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Original subtitles

Le Sud

Augustin ?

Augustin ?

Casilda ! Casilda !

Qu'y a-t-il, Madame ?

Mon mari n'est pas là.

Sinbad n'arrête pas d'aboyer.

Augustin !

Augustin !

Hôpital provincial

Le Dr. Arenas est là ?

C'est sa femme.

Madame ! La bicyclette d'Estrella a disparu.

Non, je voulais juste savoir s'il avait passé la nuit là-bas.

Vous savez où il peut être ?

Oui

Si vous le voyez, dites-lui qu'il appelle immédiatement chez lui.

Oui, c'est très urgent.

Oui, c'est sa femme.

Merci.

Ce jour-là, à l'aube

quand j'ai trouvé son pendule sous mon oreiller

je sentis que je savais que tout serait différent.

qu'il ne retournerait jamais à la maison.

Alors ?

Une fille.

Tu es sûr ?

Certain.

Comment elle s'appellera ?

Estrella.

On me raconta que mon père avait deviné

que je serais une fille.

C'est la première chose qui me vienne en mémoire.

Une image très intense, qu'en réalité

j'avais inventé.

Tu en veux ?

Oui.

J'ai grandi en bougeant d'un endroit à un autre.

Il cherchait un emploi à plein temps.

Il en trouva un dans le nord

dans une ville entourée de murailles

sur les berges d'une rivière.

Nous vivions dans une maison louée en banlieue.

"La Mouette".

C'était dans un champ abandonné

entre la campagne et la ville

près d'une route que mon père avait l'habitude d'appeler "La Frontière".

Nous allons continuer le même traitement, ok ?

Quand est-ce que je vais sortir d'ici ? Je suis fatigué.

- Je dois rentrer à la maison. - Très vite.

Mais tu dois faire ce que Dom Lucie a demandé, ok ?

Et ne t'inquiète pas.

Tu me fais faire un tour ?

Il n'est pas un peu tard ?

Non allez, juste un !

Ok Allez, monte.

Plus vite !

- Plus vite ! - D'accord !

Estrella !

Moins de bruit !

Papa est en haut.

Je ne savais pas.

Si tu le déranges, il ne pourra pas faire ses expériences.

Estrella ! Que

Qu'est-ce que je t'ai dit ?

Il m'a échappé

Maman

Pourquoi papa ne veut pas qu'on monte au grenier ?

Parce que toute la force qu'il y enferme

pourrait s'échapper.

D'accord. C'est pour ça qu'il ferme la porte à clé ?

Si il perd cette force

Il ne pourra plus faire tout ce qu'il fait.

D'où il la sort ?

De nulle part.

C'est une chose qu'il a.

Il l'a toujours eue ?

Oui.

Depuis qu'il est né.

Et moi ? Je peux l'avoir aussi ?

Je ne sais pas

Comme tu es sa fille

Oui, peut-être.

Tu aimerais l'avoir ?

Beaucoup !

Eh bien, maintenant il faut dormir.

- Bonne nuit, ma chérie. - Bonne nuit, maman.

La première chose que tu dois apprendre

C'est comment tenir le pendule.

Tiens

Ne serre pas trop les doigts.

Voilà.

Comme ça.

Maintenant

Ferme un peu les yeux,

sans penser à rien.

Non, non.

Ne le tiens pas si fort. Laisse un peu de mou.

Voilà. Comme ça.

Maintenant

toute seule.

Sans penser à rien.

Lentement.

Doucement.

Doucement.

Comme ça.

Comme ça.

Très bien.

Ton esprit est complètement vide.

Comme ça. Très bien.

Papa ! Il tourne !

Arrête-toi !

Arrêtez-toi là !

Il tourne !

Il l'a trouvée. Maintenant, il va mesurer la profondeur.

Allez, compte-les.

- Alors Don Agustin, il y en a ? - Oui, l'eau est ici.

- Et à quelle profondeur ? - Chaque pièce a un mètre.

Le total est égal à la profondeur que vous devez creuser.

Sept Huit.

- Et combien de pièces il y a ? - Il y en a huit.

Huit mètres. C'est la profondeur à creuser.

Eh bien, maintenant, on sait ce qu'on doit faire.

C'est très facile. Ce n'est pas si profond.

Mon père était capable de faire des choses

que d'autres voyaient comme des miracles.

Mais pour moi, elles faisaient partie de lui

Elles mes paraissaient les plus normales du monde.

Ma mère fut l'une des enseignantes écartées après la guerre civile.

Elle m'apprit à lire et à écrire.

Monte doucement

Et descends rapidement.

Encore un peu.

Tu n'as plus d'encre, trempe la plume.

Un autre pâté !

C'est pas grave. Continue.

Voilà.

Elle restait avec moi pratiquement toute la journée.

cependant je n'ai que quelques souvenirs

la concernant de cette époque.

Je me la rappelle assise près d'une fenêtre

le soir

à coudre mes vêtements.

Dans la serre, prenant soin de ses fleurs.

Dans la cour, vernissant des meubles anciens

qu'elle avait récupéré Dieu sait où.

Et la nuit

lisant ces romans qu'elle aimait tant.

C'est comment ?

Très bien.

Les origines de mon père ont toujours été

pour moi, un vrai mystère.

De son passé, je ne savais rien.

Mais cela ne m'a jamais dérangé.

Qu'est-ce que c'est ?

De la menthe poivrée.

Ça sent si bon !

Prenons-en un peu pour que ta mère en mette dans la soupe.

J'appréciais quand il était à côté de moi

parce que rien ne me dérangeait plus.

L'histoire que ce mystère contenait

se déroulait devant moi petit à petit

à travers les paroles de ma mère.

Dans le Sud, il ne neige pratiquement jamais.

Quel endroit bizarre !

Maman

Pourquoi on est jamais allés là-bas ?

Ton père est parti quand il était très jeune

Et il n'a jamais voulu y retourner.

Pourquoi il est parti ?

Il ne s'est jamais entendu avec son grand-père.

On m'a raconté qu'ils étaient comme chats et chiens.

Ton père était très rebelle

et ton grand-père était très capricieux.

Alors tu peux imaginer ce qui est arrivé.

Depuis le début, ces histoires se présentaient

comme très propices à la fantaisie.

Et je les mettais en forme avec des images réunies de partout.

Sans connaître les distances réelles

je l'imaginais de l'autre côté du globe

toujours sur un paysage de palmiers

quelque part dans le Sud.

Là-bas, quelque chose que je ne pouvais pas comprendre

était arrivé à mon père.

Quelque chose qui fit qu'il ne revint jamais.

Venant du Sud, un après-midi de mai

le jour avant ma première communion

apparurent deux femmes.

La Mouette ! C'est là !

- Tu la vois ? - Où ?

Au sommet de la maison, on dirait qu'elle vole vraiment !

Milagros, je ne vois rien.

Pepe ! Freine ! Ça doit être ici !

Tu es sûre Milagros ? Il ne faut pas se tromper.

Arrête-toi, je te dis.

Je crois qu'ils sont arrivés.

Cours. Va ouvrir.

Mais quel boucan tu fais !

J'arrive !

Maman ! Ils sont arrivés !

J'espère que tu seras sage.

Où est ton père ?

Papa !

Papa !

Viens ici, Estrella.

Pourquoi ?

Je vais peigner tes cheveux.

- Mais ils sont biens ! - S'il te plaît, viens.

- Don Agustin Arenas vit ici ? - Oui, on vous attendait.

Pepe, tu peux descendre les valises !

Je n'aime pas sur le côté.

Mais c'est comme d'habitude.

Mais c'est moche.

Mais c'est plus beau qu'avec les cheveux sur le visage.

N'oublie pas d'embrasser ta grand-mère quand tu la vois.

D'accord, c'est bon.

Je te dis ça parce que je te connais.

Augustin, mon fils !

Combien d'années

et combien de malheurs de ta part.

Tu as beaucoup changé.

- Tu es heureux ? - Oui.

Tu ne me mens pas, non ?

Et ma mère ?

Elle est dans la voiture.

Elle va plus ou moins bien. Elle a eu la colique il y a quatre jours.

C'était assez mauvais, on a failli rester à la maison.

Allez, va lui parler.

Estrellita ?

- C'est toi l'étoile, pas vrai ? - Oui, et vous êtes Milagros.

C'est moi !

Bonjour, mon fils.

- Comment vas-tu ? - Un peu faible, mais bien.

Et Estrella ?

Elle a beaucoup grandi, tu ne la reconnaîtras pas.

Cette barbe...

Elle te fait paraître si vieux.

Rase-la.

Et ta femme ?

Bien, bien. Allons à la maison.

Oui, allez.

Cet endroit est si loin.

Je croyais qu'on n'arriverait jamais, tu sais ?

- Bonjour, Madame. - Comment tu t'appelles mon enfant ?

Casilda.

Rends-moi service, prends ma cane dans la voiture.

"La Mouette".

C'est toi qui lui a donné ce nom ?

Non, il était déjà là quand on est arrivés.

Estrella !

Tu te souviens de moi ?

C'est la grand-mère !

La dernière fois que je t'ai vue, tu venais pratiquement de naître.

Julia.

- Comment allez-vous ? - Comme ci comme ça, ma chérie.

Comme ci comme ça, sans plus.

Mais je voulais voir ma petite-fille

le jour de sa première communion.

Et me voici !

Vous devez être fatigué et il commence à faire froid.

Allons à l'intérieur.

- La cane de madame. - Aidez Pepe avec les bagages.

Tu sais de qui je me souviens maintenant ?

- De qui ? - De ton père.

S'il était ici

Milagros était la femme qui avait pris soin de mon père quand il était enfant.

Elle avait un visage particuliers qui lui donnait un air extraordinaire.

différent de toutes les personnes que j'avais connues.

Cette nuit-là, nous avons dû dormir ensemble.

Quand est-ce qu'il commence à faire chaud ici ?

Il ne fait presque jamais chaud ici.

Non ? Quel monde bizarre !

Dans certains endroits, les gens meurent de chaud,

et dans d'autres ils gèlent de froid.

Je suis assez vieille pour savoir ce qu'il faut faire.

Il fait très chaud dans votre ville ?

Beaucoup.

Et comment vous le supportez ?

Avec de la patience et une bonne ombre.

C'est vrai qu'il y a beaucoup de Maures ?

Il y en a encore, mais ils se déguisent.

- Pourquoi tu ris ? - J'aime ta manière de parler.

Mon père ne parle pas comme ça.

Parce que c'est un monsieur.

Et un renégat, qui préfère oublier sa ville natale.

Mais ne m'écoute pas, Estrellita

ou je vais commencer à parler comme une pie sans m'arrêter.

Mais c'est dommage qu'il ne soit jamais retourné à l'endroit où il est né.

Et il s'est passé beaucoup de temps depuis qu'il est parti.

Je sais.

Et tu sais quoi, ma chérie ?

Que mon père n'est jamais revenu parce qu'il s'est brouillé avec son grand-père.

C'est ce que t'a dit ton père ?

Non, c'est ce que m'a dit ma mère.

C'est vrai que le grand-père était un homme très mauvais ?

Allez ! Ce sont des choses du passé.

Et tu sais quoi ?

Même un animal sauvage devient doux avec l'âge.

Ton grand-père a changé.

Avec toutes les choses qui se sont passées

et le nombre de morts qu'il y a eu

tout ça pour des idées.

Et oui, les pires sont celles de ton grand-père.

Et comme ton père pensait toujours le contraire, il ne le supportait pas.

Ton grand-père aurait pu le garder pour lui,

mais ton père n'a pas pu rester tranquille.

Au contraire.

Ils se disputaient tout le temps

et ils ont perdu le respect

jusqu'au jour où ton père a quitté la maison.

Ton grand-père n'a jamais su vraiment pourquoi.

Et comme ça jusqu'à aujourd'hui.

Les deux sont entrés dans un tunnel qui n'a pas de sortie

et maintenant, ils y sont enfermés.

Mais le grand-père était mauvais, non ?

Il était mauvais, il était bon.

Regarde, pour que tu puisses comprendre.

Lorsque la république -eh bien, avant la guerre.

Ton grand-père faisait partie des méchants

et ton père, des gentils.

Mais après, quand Franco a gagné

Ton grand-père est devenu un saint

et ton père en un démon.

Tu vois comment sont les choses dans ce monde !

Des phrases, rien que des phrases.

Mais pourquoi ils ont mis mon père en prison ?

Pourquoi, oui. Parce ceux qui gagnent font toujours la même chose.

Mais bon, tu es juste une petite fille. Qui t'a dit toutes ces choses ?

Ma mère.

Mon Dieu. Elle ne pouvait pas dire des choses meilleures ?

Ou j'aurais attendu un peu.

Après tout, tu as beaucoup de temps pour tout apprendre.

Regarde, Estrellita, tu es juste une enfant !

Oublie toutes ces choses et pense à ta première communion.

Je pense que ce sera l'un des plus beaux jours de ta vie.

Comme si tu te mariais.

C'est ce que dit le prêtre, aussi. Mais je ne comprends pas.

Moi non plus. Mais c'est pareil, tu porteras du blanc comme une jeune mariée.

Quand je serai grande, je ne pense pas me marier.

Et tu peux me dire pourquoi ?

Parce que toutes les mariées ressemblent à des idiotes.

Regarde les photos de mariage dans les magasins et tu verras.

Allez ! Assez parlé.

- Attends. N’éteins pas ! - Qu'est ce que tu veux ?

Milagros, tu penses que mon père va aller à l'église demain ?

Naturellement ! Ce serait bien.

Mais il n'y va jamais.

Oui je sais, mais ne t'inquiète pas.

Il entrera dans l'église même si je dois le pousser.

Allez, allez, on dort.

Bonne nuit, Estrellita.

Bonne nuit, Milagros.

Maman, ces chaussures me font mal.

Je te l'ai dit dans le magasin, mais tu ne m'écoutes pas.

C'est toujours comme ça au début. Après elles sont plus confortables.

Tiens Julia, mets un peu de talc.

Et maintenant, le voile !

Jesus ! Qu'est-ce que c'était ?

Augustin, il tire dehors.

Mais qu'est ce qui lui arrive ?

Ce fils à moi, s'il ne se fait pas remarquer, il n'est pas content.

Tirer un jour comme aujourd'hui, il n'a pas d'excuses.

Il fait ce genre de choses quand on s'y attend le moins.

Mais je m'y habitue.

Il va revenir bientôt ?

- Maman, il va revenir bientôt ? - Je ne sais pas, Estrella.

Comme une mariée !

Milagros !

Attention à ce que vous dites !

Ce n'est pas vrai, Estrellita ?

Amen.

Amen.

Maintenant, mes filles, après avoir reçu le Seigneur

allez saluer vos parents.

- Il est venu. - Où il est ?

Derrière, au fond.

Si tu es fatigué, tu peux sortir un peu.

Mais tu ne pars pas, hein ?

D'accord.

Il l'a fait pour moi. Il l'a fait pour moi.

Ils sont partis après la fête,

avant la tombée de la nuit.

Depuis ce jour-là, quand je pensais au Sud

l'image de ces deux femmes me revenait toujours en mémoire.

Je ne m'en souviens pas avec exactitude

mais je crois que c'était à ce moment-là

que j'avais découvert que dans l'imagination de mon père

il y avait une autre femme.

Irene Rios.

Qui pouvait être Irene Rios ?

Existait-elle vraiment ?

Ou était-elle simplement une personne imaginaire ?

Pourquoi papa avait écrit son nom autant de fois ?

Maman, tu connais Irene Rios ?

Non. Qui est-ce ?

Personne. C'est une nouvelle fille

qui vient d'arriver dans ma classe.

Je mentis quand je parlais d'Irene Rios pour la première fois.

L'ignorance de ma mère me donna l'impression que

derrière le nom de cette femme,

mon père gardait quelque chose d'inconnu.

Ainsi, sans vraiment comprendre, je devins son complice secret.

Quelques mois plus tard, quand je m'y attendais le moins

arriva quelque chose d'extraordinaire.

Je compris qu'Irene Rios existait vraiment.

Ce fut un après-midi d'hiver, à la sortie de l'école.

UNE FLEUR DANS L'OMBRE

Vous avez un programme ?

Vous savez que ce n'est pas autorisé ?

Oui, je sais.

Tiens.

- Qui est Irene Rios ? - Qui ?

Irene Rios. Elle est dans le film.

Ah oui, la voilà. Tu as raison.

C'est la blonde ou la brune ?

Carmencita Alonso est la brune.

Donc Irene Rios doit être la blonde.

Dans combien de temps se termine le film ?

Une demi-heure.

- Bien, au revoir. - Au revoir.

Toi !

Oui, moi.

Je t'ai surpris ?

Je pensais que..

Continue ! Je veux tout entendre !

Tu te trompes. Ce n'est pas ce que tu penses.

Tu pensais que j'étais mort.

Ce n'est pas vrai.

- Je te le jure ! - Ne jure pas, parce que Dieu t'écoute.

Tu es si bête.

C'est vrai, je suis bête. C'est pour ça que je t'aime.

Tu me donnes du feu ?

Eh bien, pourquoi tu es venu ?

Je vais partir dans une minute et je ne peux pas perdre de temps.

Je voulais juste te dire adieu.

Tu t'en vas ?

Non, moi non. C'est toi qui t'en va.

Mais qu'est-ce que tu racontes ?

Tu es fou.

Oui, c'est vrai, je suis fou.

J'ai écouté pendant un moment derrière la porte.

Je t'ai entendu chanter notre chanson.

On aurait pu être si heureux.

Heureux ?

Oui, heureux !

Je n'ai jamais su ce que ça voulait dire.

Je l'aimais !

Chère Laura

Tu seras sûrement surprise de recevoir cette lettre

après un si long silence.

Mais je viens de voir comment ton amoureux dans le film

t'envoie avec deux coups de feu dans l'autre monde.

Oui, je sais que les choses qui arrivent dans les films ne sont pas réelles

mais je suis toujours un superstitieux irrémédiable.

Et je veux vérifier que tu es toujours ici, sur la terre.

Même si tu es là-bas, en utilisant ce nom de scène.

A propos, ton meurtrier était très bien.

Mais le protagoniste et l'acteur principal étaient terribles.

Comme je ne sais pas où tu es

je t'envoie cette lettre à Seville.

Je n'oublierai jamais la tête que mon père faisait quand

il était assis au Café Oriental

et a levé les yeux de la feuille

et il m'a vu de l'autre côté de la vitre.

Maintenant, je comprends qu'il avait réagi

comme si on l'avait surpris à fauter.

Mais je ne pouvais pas m'en rendre compte à l'époque.

Je savais seulement qu'il avait l'air d'écrire une lettre.

- Julia ! Écoute-moi ! - Silence ! Tu vas la réveiller !

Écoute-moi un instant, s'il te plaît.

Combien de fois je dois te dire que je ne veux pas savoir quoi que ce soit.

Si tu veux aller lui parler, c'est tout ce que je demande.

Fais ce que tu veux, je ne veux pas savoir.

Rien !

Ce n'est pas ça. Tu te trompes, Julia !

Les idées que je me faisais de mon père ont commencé à changer.

C'était comme ouvrir les yeux et découvrir tout à coup

que je ne savais rien à son sujet.

Cher Augustin

une fois, il y a huit ans

j'ai décidé de ne jamais rien attendre de toi.

J'étais si seule

beaucoup plus que tu ne pourrais le soupçonner.

Ça n'a pas été facile.

Mais petit à petit, je m'y suis faite.

Durant tout ce temps, je n'ai jamais entendu parler de toi.

C'était normal.

Les choses entre nous deux étaient devenues très difficiles.

Et il y avait des gens autour de toi qui étaient plus importants que moi.

Je l'ai compris.

J'ai essayé de l'accepter, et cela m'a aidé.

Mais maintenant, c'est différent. Je ne comprends pas la lettre que tu m'as envoyée.

Pourquoi Augustin, tout ce temps ?

Pourquoi tu m'écris ? Pour voir si j'étais encore en vie ?

Eh bien oui, je le suis.

Mais pourquoi ? Je ne crois pas que

c'est pour la magie du film que tu m'écris.

Magie que si tu veux savoir, j'ai quittée il y a plus d'un an.

J'ai eu des hauts et des bas

mais je n'ai jamais rencontré à cet endroit.

Tu te souviens ? L'endroit où personne ne veut aller.

Je me demande s'il existe vraiment.

Donc, je suis ici.

A la maison de nouveau.

Le passé ne me déplace plus comme avant.

Et je ne veux vraiment plus y penser.

J'essaie d'aller de l'avant

et j'ai bien peur que, enfin, j'ai mûri.

J'ai fait quatre films, mais je n'ai pas eu de chance.

Dans trois d'entre eux, je suis allé dans l'autre monde, comme tu le dis.

Avec un coup de feu, avec des bas de soie, et même avec un rasoir.

A propos, que choisirais-tu ?

C'était juste une blague, pardonne-moi.

Personne ne parlait de moi, mais de la femme fatale

qui t'a poussé a écrire cette lettre.

Pauvre Irene Rios, qu'elle repose en paix.

Elle ne peut pas te répondre. Et je ne peux pas le faire à sa place.

Je pense qu'elle est tombée dans un piège sans s'en rendre compte.

Je me rappelle le passé

et les mauvaises blagues que tu avais l'habitude de faire.

Tu es le coupable

pour avoir écrit les choses que tu écris.

En résumé, que veux-tu de moi ?

Peut-être vaut-il mieux que tu ne répondes pas.

Ça n'en vaut pas la peine.

Oublie-la s'il te plaît.

J'aurais préféré que tu ne m'écrives pas.

Je dois faire un grand effort pour te répondre.

Le temps, Augustin, est la forme de justice la plus implacable que je connaisse.

Et quand je pense que je vieillis, parfois

surtout la nuit, j'ai peur.

Augustin !

Augustin !

Ce fut la première fois que mon père était absent au milieu de la nuit

sans rien dire à personne.

Il est l'heure ! Le train s'en va !

Il est revenu dans la matinée.

Nous ne l'avons pas vu rentrer.

Il avait dû utiliser la porte arrière

non visible, pour ne pas nous réveiller.

- Maman. - Quoi ?

Qu'est-ce qui lui arrive à papa ?

Pourquoi tu me demandes ?

Il est bizarre. Tu n'as pas remarqué ?

Oui, un peu.

Il est comme ça depuis qu'il a fui de la maison.

Il n'a pas fui. Estrella, les choses que tu dis

C'est vrai, il a fui.

Ne parle pas comme ça, tu m'entends ?

De toute façon, qu'est-ce que tu sais ?

Je sais. Et toi aussi.

Estrella !

Depuis ce jour-là

mon père n'a jamais plus utilisé le pendule.

Un soir, fatigué de l'atmosphère qui régnait à la maison

je voulais protester à ma manière.

Je me suis cachée sous un lit, décidée à ne pas sortir.

Lorsqu'elles s'aperçurent de mon absence

ma mère et Casilda me cherchèrent partout.

Estrella !

Estrella !

De ma cachette, je les défiais de mon silence.

Je me rendis compte qu'elles étaient de plus en plus préoccupées.

Estrella !

Peu à peu, la nuit tomba.

Estrella ?

Estrella !

Estrella !

Je savais que mon père était à la maison.

Pendant tout ce temps j'attendis qu'il m'appelle.

Mais il ne le fit pas.

A mon silence, il répondit avec le sien.

Et tout à coup je compris

qu'il jouait le même jeu

acceptant mon défi

pour me prouver que sa douleur était beaucoup plus grande que la mienne.

- Estrella ! - Quoi ?

Pourquoi tu pleures ?

Parce que j'aime ça !

Je commençais à souhaiter de toutes mes forces

de grandir et devenir adulte pour pouvoir partir d'un coup.

Je grandis plus ou moins comme tout le monde.

Je prenais l'habitude d'être seule

et je ne pensais pas beaucoup au bonheur.

Chère Estrella

J'ai adoré ta lettre ! Je l'ai lue plusieurs fois.

Tout ce que tu as écris est vrai ?

J'aimerais que tu viennes ici, un jour.

Je ne te reconnaîtrais pas !

Dans la photo que je t'ai envoyée, c'est ta grand-mère et moi à Rome

Quand on est allés voir le pape. N'est-ce pas beau ?

Beaucoup de bisous à tout le monde

et pour toi, un gros bisou de Milagros.

La télévision va bientôt arriver.

Je vais chanter et tu me verras.

Je serai bonne, maman, je serai bonne.

Ça va être bien, parce que je serai à la radio !

Qu'est-ce qu'il y a à manger ?

De la soupe et du poisson frit.

Tu fais toujours la même chose.

Dans l'état de ta mère, qu'est-ce que tu espères ?

- Elle s'est levée ? - Non.

Tu as vu ce qui est écrit sur le mur ?

Non.

Alors, c'est quoi ?

- Encore une fois ! - Encore une fois.

Ne ris pas, ce n'est pas drôle.

Je sais qui l'a fait.

Moi aussi.

- Comment ça va ? - Tu sais, comme d'habitude.

Je pensais que je pouvais me lever, mais j'ai eu des vertiges.

- Tu as mangé ? - Non. Pas encore.

N'attends pas ton père. Il rentrera tard.

Estrella

Quoi ?

Téléphone !

Tu peux prendre ça pour moi à la pharmacie ?

N'oublie pas.

Cette nuit je n'ai pas pu dormir.

- Estrella ! - J'arrive !

Casilda te donnera de l'argent.

Qui c'est ?

Qui crois-tu ? Toujours le même : "Le Carioco".

- Je ne suis pas là ! - Parle-lui !

Va-t-en !

Qu'est-ce que tu veux ?

Rien, seulement te parler.

Je t'ai attendu une heure ce matin. Où tu étais ?

Je suis allé de l'autre côté.

Pourquoi ? On devait se voir ?

Oui, je sais qu'on devait se voir, mais...

Tu ne veux pas me voir, hein ?

Non.

Mais pourquoi ?

Écoute, parce que je suis fatiguée de toi,

et de toutes les choses que tu écris sur les murs.

Qui penses-tu que tu es ?

Moi ? Tout ce que tu veux.

Tu m'invites au cinéma, tu m'emmènes au parc

et tu me donnes un baiser.

Bon, et alors ?

Comment, "et alors"

Estrella, ne joue pas avec moi.

Tu ne me connais pas.

Je suis capable de faire n'importe quoi.

Tu sais pourquoi les filles m'appellent "Le Carioco"?

Si tu ne le sais pas, tu le découvriras.

- Bonjour. - Tu pars ?

Je suis en retard.

- A tout à l'heure. - A tout à l'heure.

C'est de Milagros, tu peux la lire.

A la sortie de la classe

quand les lumières s'allumaient,

et qu'il y avait encore un peu de lumière dans le ciel

j'aimais marcher seule et sans me presser

dans les rues de la ville.

Je n'ai jamais oublié Irene Rios.

Je regardais les affiches de films.

Mais je ne l'ai jamais retrouvée.

C'était comme si la terre l'avait avalée.

Je passais toujours par le magasin de photo.

Dans la vitrine, entre les photos de couples, communions et soldats

il y avait ma photo.

Vous avez du feu, s'il vous plaît ?

Merci.

tous les soirs avant de dormir, j'écrivais dans mon journal.

Aujourd'hui, quand je lis les pages de ces jours

pour voir comment j'avais commencé à accepter les crises de mon père

comme un fait quotidien irrémédiable.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle je n'avais pas

pu prévoir ce qui se passerait.

Bien que mon père avait fait quelque chose

qu'il n'avait jamais fait auparavant.

Un jour, il vint me chercher à la sortie de l'école

et il m'emmena déjeuner au Grand Hôtel.

Dans un de ses salons, ici au milieu de l'automne, se célébrait un mariage.

Vive la mariée !

Vive le marié !

- Je t'ai vue ce matin. - Où ?

Tu marchais vers l'Oriental avec un garçon.

Oui, Miguel.

Ils l'appellent "Le Carioco". Il est un peu fou.

Il est dangereux ?

Non, il écrit seulement sur les murs.

Ah oui. Je pense que j'ai vu une de ses œuvres.

Il est si ennuyeux.

Et c'est vrai ce qu'il écrit ?

Je ne sais pas.

Il dit que oui. Mais je pense qu'il veut juste attirer attention.

- Mais c'est bien, non ? - Attirer l'attention ?

Dire au monde ce que tu penses.

Eh bien, ça dépend.

Eh bien moi, j'aimerais le faire.

Pourquoi tu ne le fais pas ?

Parce que je ne suis pas le "El Carioco".

Tu as remarqué qu'on ne parle jamais sérieusement ?

Et c'est de ma faute, c'est ça ?

Je crois que oui.

Je peux avoir un autre verre ?

Très bien.

Pourquoi tu bois autant ?

- Tu me grondes ? - Non, je demande seulement.

Votre café.

- Votre cognac. - Merci.

Pourquoi tu m'as fait venir ici ?

Je ne sais pas. Ça m'est venu subitement, je pensais que tu aimerais.

Oui, j'aime. Mais pourquoi ?

Je voulais faire la paix avec toi.

- Mais on ne se- - Oui, je sais que, cette fois, on ne se dispute pas.

Mais l'autre soir, quand je suis rentré tard,

je crois que je ne me suis pas bien comporté.

Il y a quelque chose que tu veux me demander ?

Non.

Moi, au contraire, je voudrais te demander beaucoup de choses.

Très bien. Demande.

- Non, ça va. - Non, non. Demande.

Il y a une chose. Ça peut sembler idiot.

J'ai toujours voulu te demander, mais je n'ai jamais eu le courage.

Qui est Irene Rios ?

Irene Rios ?

L'actrice. Tu la connaissais, non ?

Non, j'ai rencontré une femme qui lui ressemblait beaucoup.

Mais ce n'était pas Irene Rios.

Quelle désillusion. Et alors ?

Pourquoi tu écrivais son nom autant de fois ?

- J'ai fait ça ? - Oui, tu ne te souviens pas ?

Non.

Je me souviens. Une fois j'ai trouvé un morceau de papier

une de tes enveloppes

sur laquelle tu avais écrit plusieurs fois le nom de cette femme.

Ça paraissait étrange. Je ne la connaissais pas...

et maman non plus.

Jusqu'au jour où j'ai vu son nom sur une affiche dans un film.

"Fleur de l'ombre".

Je l'ai vu.

C'était bien ?

Je suis parti avant la fin.

Je sais. Cet après-midi, je me promenais près du cinéma

et j'ai vu ta moto.

Alors j'ai pensé : "Je parie qu'il est là."

J'ai attendu à l'extérieur.

Cachée. Il faisait très froid.

Quand tu es sorti, je t'ai vu

et je t'ai suivi dans la rue.

Jusqu'à ce que tu entres au Café Oriental.

Je me suis rendu compte que tu écrivais une lettre.

J'ai frappé à la fenêtre.

Tu te souviens ? Tu m'as emmenée en moto à la maison.

C'est vrai.

Je reviens de suite.

- Vous voulez autre chose ? - Non merci.

Comment est le mariage ?

Comme tous les mariages.

- Gardez-là. - Merci.

- Je dois y aller. - Maintenant ?

C'est l'heure.

- Quel cours tu as ? - Français.

Pourquoi tu ne le laisses pas pour un autre jour ?

Tu veux vraiment que je sèche un cours ?

- Oui. - Vraiment ?

Oui !

Je ne te comprends pas.

Et quand tu étais petite comme ça

tu me comprenais ?

Papa, ce n'est pas comparable.

Écoute.

Tu te rappelles de ce "Paso doble" ?

Tu ne te rappelles pas.

"Dans le monde".

Nous l'avons dansé ensemble.

Oui.

Le jour de ma première communion.

Je m'en vais.

Tu restes ?

- Oui. - Au revoir.

Attention avec "Le Carioco".

Merci.

Je l'ai laissé là, assis contre la fenêtre

écoutant ce vieux "Paso doble".

Seul

abandonné à son sort.

Aurais-je dû rester avec lui

plus longtemps que je ne l'ai fait ?

C'est ce que je me suis toujours demandé.

Parce que ce fut la dernière fois que je parlais avec lui.

Avant de quitter la maison

il a vidé ses poches.

Parmi les choses qu'il a laissées dans un tiroir

j'ai trouvé le reçu d'un appel téléphonique.

Je découvris ainsi que la dernière nuit de sa vie

mon père avait appelé le Sud

un numéro que je ne connaissais pas.

J'ai pris le papier et l'ai gardé sans rien dire à personne.

Estrella.

Pourquoi tu dors ici ?

Il faisait froid.

Pourquoi tu ne vas pas dans ton lit ?

Il n'est pas fait.

Allez, je vais le faire pour toi.

- Ce n'est pas la peine. - Ça ne sera pas long.

Quelques jours plus tard, je suis tombée malade.

Seule, enfermée dans ma chambre

les heures étaient interminables.

Toujours tout sur le sol !

- Quelle heure est-il ? - Presque midi.

- Je vais me lever. - N'y pense pas !

Tu sais ce que ta mère a dit !

- Mais je vais mieux ! - Non ! Tu restes tranquille.

Du Sud, la voix de Milagros est venue me sauver.

Quand elle découvrit la situation,

il ne lui fallut pas longtemps pour convaincre ma mère

que je devais passer quelque temps dans le Sud pour récupérer.

J'avais une bonne raison.

Un changement de climat serait meilleur pour ma santé.

Et d'autre part, aussi bien elle que la grand-mère Rosario

ne m'avaient pas vu depuis de nombreuses années.

La nuit avant de partir, j'avais à peine dormi.

Estrella ! Le taxi est ici.

Bien que je ne le montrais pas

j'étais très nerveuse.

Enfin

j'allais connaître le Sud.

Traduction : jcdr

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