All language subtitles for Limonov.The.Ballad.2024.WEB.H264-RBB.fr

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Original subtitles

- Bon, M. Limonòv... - Limònov !

- Ah, d'accord. Rire gêné

M. Limònov... Je recommence.

Alors, M. Limonòv... - Limònov !

- Limònov...

Quand vous serez prêt, regardez la caméra et commencez quand je dis "action".

- Je parle face caméra ?

- Oui. Face caméra, c'est bien.

Raclement de gorge

Et... action.

avec un accent russe - Je suis un communiste

indépendant.

-Nom : Limonov. Prénom : Édouard.

Aussi appelé Edichka ou Eddie-baby.

Né quelque part en Russie, en 1944.

Domicile connu dans les années 50 et 60 :

Kharkov, grande ville industrielle d'Ukraine,

et Moscou.

Professions :

écolier, voyou,

ouvrier, poète.

A émigré à New York dans les années 70.

Professions :

plongeur dans un resto, majordome, poète.

Dernier domicile connu : rue de Turenne, Paris.

Eddie, c'est dur d'être écrivain à Paris, aujourd'hui,

quand on est russe et immigré ?

-Disons que partout, c'est dur d'être écrivain.

-C'est dur d'être un immigré ?

-Pour ma part, non.

Euh... Il faudrait que les écrivains soient mis à la porte

de leur pays d'origine.

Oui, c'est impératif. Voilà.

Voilà ce que je pense.

Il y a deux images de l'écrivain russe.

Le dissident et le Soviétique.

Moi, j'étais...

le nouveau.

Un nouveau type d'écrivain, ni officiel ni dissident.

-Alors, pourquoi ne pas retourner en URSS ?

Petit rire d'Eddie

-Si pour certains, il est inconcevable qu'autre chose existe,

pour moi, la question n'est pas de vivre ici ou là.

C'est stupide.

Musique électronique

Moteur de voiture Crissement de frein

HÔTEL UKRAINE

- Je vous souhaite une bonne nuit.

Soupir

Walk on the Wild Side (Massimo Pupillo)

Il urine.

Fermeture éclair

-On a besoin de territoires !

À quoi bon combattre

l'Angleterre, l'Amérique et la France pour leurs colonies ?

Faites de l'URSS votre colonie !

Ou du moins ses faubourgs florissants,

ses républiques,

ou même l'Ukraine.

Applaudissements

-Tout a changé dans notre pays,

grâce à la politique de la perestroïka et de la glasnost.

Aujourd'hui, nous pouvons enfin faire revenir des gens

comme notre invité du jour ici en Russie.

Il est devenu un écrivain célèbre à l'Ouest

et c'est formidable

qu'il puisse aujourd'hui revenir dans son pays natal,

où son roman La Grande époque

figure parmi les meilleures ventes.

Applaudissements nourris

-J'aimerais que l'auteur nous dise

pourquoi un homme qui se prétendait dissident

défend en fait le KGB.

-Jamais je n'ai prétendu être dissident.

Je n'étais qu'un homme qui était en désaccord avec le Code pénal.

Applaudissements

-Je me souviens de vous quand vous viviez à Moscou.

On s'est un peu fréquentés à l'époque.

Mais ce n'est pas important.

L'important, c'est que je me souviens d'un jeune poète

aux cheveux longs, bourré d'inspiration et de talent.

Ce que je vois aujourd'hui, pardonnez-moi,

c'est un bureaucrate, un vieux secrétaire du Komsomol.

Et ça me brise le cœur.

-Votre cœur, je m'en contrefiche.

Applaudissements

C'est moi, Eddie,

et me voilà de retour en URSS.

C'est devenu intéressant ici, par rapport à la vie mesurée de l'Ouest.

Avec l'empire en ruine, le pays en plein chaos,

les gens ont parfois l'impression d'être des bons à rien.

Pour moi, c'est le contraire.

Là où d'autres se contentent de leur vie morne et banale,

j'emprunte de nombreux chemins,

en attendant que mon heure sonne.

L'heure du héros.

Et quand elle sonnera, mieux vaudra que je sois dans ma patrie.

Il faut avoir vécu en Russie longtemps

pour voir le pendule du temps faire un tour complet,

pour entendre sa lame fendre l'air,

pour se sentir partie intégrante de l'Histoire.

Russian Dance Cover (Massimo Pupillo)

-"Ô ma patrie bienveillante et maternelle,

"je te maudis en paroles interdites.

"Pour ceux qui vivent en toi, pour les morts,

"pour les jeunes, pour les nus, pour les fous.

"Tu vas faire quoi d'un monstre, putain ?

"Je suis un triton qui vit dans un ruisseau.

"Né et élevé dans la difformité,

"dans les ténèbres d'une mer urbaine."

Je vis à Kharkov, une ville en Ukraine.

Je suis un poète, mais personne ici ne le sait.

Pour eux, je ne suis qu'une bête de somme

qui se démène pour remplir un quota.

L'URSS carbure aux quotas.

Mais j'abhorre la monotonie d'une vie planifiée.

Avec le talent que j'ai, je fous quoi dans cette usine ?

CAMARADE : TON USINE, TA FIERTÉ !

Ainsi va la vie à Kharkov.

Tu finis poignardé dans une bagarre ou ivre mort d'ennui,

il n'y a pas de troisième choix.

Les règles de la patrie empêchent ses enfants de s'épanouir.

-"Chers amis, merci d'être venus à mon secours.

"Et j'allumerai un cierge en votre honneur.

"Et chaque Russe admirera son ardeur

"et il comprendra le but de votre vie,

"enlèvera son chapeau et pleurera pour la patrie."

Applaudissements épars

- Tolya,

je me demandais, si jamais Eddie allait à Moscou

avec des poèmes de ce style, ça marcherait ?

- C'est trop avant-gardiste.

C'est pas pour les éditeurs officiels.

Si tu veux percer à Moscou, il faut vraiment avoir le cuir épais.

- C'est un bon poème, même très bon.

Va à Moscou, Eddie.

Rires

- Moscou va bientôt exploser.

Pourquoi tout le monde est-il obsédé par cette ville ?

Ici, on a un cadre idéal pour écrire, peindre,

faire la fête, débattre.

La vie est douce à Kharkov.

Tellement loin de l'artificialité,

de la vacuité frénétique de la capitale.

La vie est très douce

dans cette ville.

Vous savez, j'en viendrais presque à vous envier.

- Puisqu'on parle de la vie,

j'aimerais vous dire mon dernier poème.

J'aurais besoin d'encouragements.

Applaudissements épars

"Ne te dissous pas, ma chère étoile.

"L'heure est venue d'être aussi joyeux que possible..."

- Hé ! Eddie.

Hou, hou.

J'adore comment tu plisses des yeux. Tu veux résoudre une énigme ?

- Je suis myope, c'est tout.

- Comment tu le trouves ? - Il dit que de la merde.

Pourquoi il s'est barré si c'est si génial, Kharkov ?

Toux au loin

- Maman ?

- Avec le vent salé du chagrin

Chaque souffle est empoisonné par la perte du bon sens

Elle choisit une proie qu'elle attirera...

La chanson continue au loin.

Chasse d'eau

L'homme se racle la gorge.

- Ah, continue comme ça.

- Là, j'ai... J'ai quelques-uns de mes poèmes.

Si tu peux les faire lire.

- D'accord.

Tu as recopié tout ça à la main ?

- Moi ? Non !

Mes fans, certains... - Je préfère ça.

Discussions mêlées

-... et ça, pour la première fois depuis que ce pays a été créé.

- On n'aura pas la paix tant que les capitalistes

et les impérialistes ne seront pas détruits.

- Savenko...

Savenko...

Tu aurais dû tailler dans la longueur.

Pas en travers.

- Oui.

Maintenant, je le sais.

- C'était à cause d'une fille ?

- Entre autres, oui.

Petit rire

-Ils t'ont interné pour ça ?

- Oui.

C'est ma mère qui l'a demandé.

Elle a dit que c'était pour mon bien.

-Écoute...

Si tu as l'intention de le faire...

fais-le comme un homme.

Avec une arme.

Ou une corde.

Moi aussi, je suis allée en hôpital psy. C'était pas si mal.

J'ai fait des rencontres très intéressantes.

Il acquiesce.

- Comme mon camarade de chambre.

Il se branlait toujours,

en me matant les pieds.

- Savenko...

Elle rit.

Savenko...

Savenko...

Il te faut un pseudonyme.

- J'ai pensé à Limonov.

- Comme "limonade" ?

- Euh...

Comme "limonka"...

Grenade à main.

Elle rit. - T'es qu'un petit voyou.

- Un petit vaurien.

Légers gémissements

Ronflements

Elle gémit.

Les ronflements reprennent.

Il rit.

Soupir Elle gémit à nouveau.

- On est en train de foncer dans le mur.

- J'ai démissionné de l'usine et quitté Anna.

Les deux m'empêchaient d'écrire mes poèmes.

J'ai déménagé à Moscou, à la recherche de la gloire et de la fortune.

Je sais que je suis une crapule. Et j'en suis fier.

Mais je vaux mieux que tous ces étrangers stupides de Moscou.

À Kharkov, les ouvriers étaient des gens simples et honnêtes.

Ils puaient le tabac, la vodka et la sueur.

Ceux-là n'ont pas d'odeur.

Ce sont des professeurs satisfaits

ou bien des poètes flagorneurs, domestiqués, pseudo-rebelles.

Ils se retrouvent dans leurs datchas,

leurs riches résidences secondaires à la campagne,

où ils lisent leurs poèmes et se congratulent.

Des menteurs, dépourvus de talent, assoiffés d'attention, poseurs.

Ils paradent, l'air de dire : "On a réussi !"

Ils se proclament "visage de la génération".

Le visage de cette génération, c'est moi !

Pas eux. Moi, Eddie.

Musique douce à la guitare

Discussion au loin

-"Je m'étire,

"je m'étire et j'essaie de trouver,

"entre deux miroirs,

"la tache de naissance que j'ai caressée si longtemps.

"Le dernier morceau de ma personne,

"visible, enfin.

"Pourquoi penser aux autres ? C'est inutile.

"Un visage oublié, une main qui se retire.

"Tous, sans exception, inconsistants, se dissoudront.

"Mais quoi qu'il arrive,

"seul avec moi-même, je resterai."

Applaudissements épars

- Je trouve que c'était super, non ?

On fait une petite pause ? Hein ?

Musique intrigante

-"Vers un but béni,

"quel triomphe pourrait bien le pousser

"à transcender la distance ?

"Il y a un homme,

"regardez-le bien.

"Dans l'obscurité du temps,

"son visage est beau dans sa constance.

"L'Égypte et ses déserts ont fait de cet homme un esclave,

"un paria basané, qui étouffait sur son chemin

"et qui serait mort

"s'il n'avait pas compris que la course..."

- Elle s'appelle comment ?

- Elena. Oublie tout de suite, elle est trop bien pour toi.

La récitation continue.

- Alors, tu as vraiment examiné ton cul dans la glace ?

- Ouais.

- Je vois tout à fait ce que tu veux dire.

Je le fais aussi.

T'imagines si on pouvait se voir en entier ?

Pas que par bouts.

À 360 degrés.

Mon trésor...

- Elena ? Où es-tu, ma chérie ?

Evtouchenko va commencer.

- J'arrive.

Musique douce à la guitare au loin

Ton jean est pas mal.

- C'est moi qui l'ai fait.

- C'est dingue.

C'est une copie conforme du Wrangler classique.

- Tout va bien. Le chien gémit.

- Si tu veux, je peux t'en coudre un.

- Ce serait génial.

Calme-toi, trésor. Tout va bien.

- Le mien fait 32 de large sur 34 de long.

Mais ils ont tendance à rétrécir au premier lavage.

Le chien gémit. - Du calme, j'ai dit.

- Il faudrait prendre tes mesures. - Oui, faisons ça.

Ces verres sont beaux, hein ?

Elle rit. Fracas des verres

Musique douce au piano

- Elena, tout va bien ? J'ai entendu du bruit.

Récitation de poème au loin

-"Tandis que tu éprouves la même honte

"à faire des affaires qu'à être bradé.

"La vie teint en gris l'homme de quarante ans.

Si tu ne peux être un bai..."

Attends, tu vas où ?

- Je dois me lever tôt.

- Ton poème était magnifique.

- Comme toujours. Rires

Allez, on va reprendre.

"La vie teint en gris l'homme qui fête ses quarante ans.

"Si tu ne peux être un bai, sois gris, mais pommelé.

"Quand tu atteins quarante ans,

"rappelle-toi que le monde n'est pas qu'un marché."

I'm Waiting for the Man (The Velvet Underground)

- Alors, on fait comment ?

- Euh... Tu...

Tu as un mètre ?

- J'ai une tête à avoir un mètre ?

- Euh... Très bien. Je vais le faire à la main, dans ce cas.

- Je t'en prie.

- D'accord.

Euh...

Je vais d'abord mesurer l'extérieur de la jambe.

Un.

Trois.

Quatre.

Cinq.

Six.

Sept.

Sept et un quart.

Maintenant, l'intérieur de la jambe.

Alors...

Un.

Trois.

Il tousse.

Tu peux... Tu peux peut-être retirer...

- Bien sûr.

C'est mieux ?

Il acquiesce.

Sonnette

La musique s'arrête.

- Eddie ? T'as vu l'heure qu'il est ? - Ton jean !

- Merci. Tu peux repasser demain ?

- Oh.

- Mon mec est à la maison. Va-t'en, s'il te plaît.

Sonnette

- Tu veux quoi ?

- Je dois parler à Elena. On est amoureux !

On est voués à passer notre vie ensemble, sois gentil, laisse-moi passer.

Petit cri

Oh, putain.

Gémissement de douleur

Musique urbaine

Elena !

Elena !

Cris choqués

- Eddie. Eddie ?

Elena rit.

- Elena abandonna sa vie aisée pour Eddie-le-fauché.

Elle renonça à tout pour moi,

qui n'avais ni maison ni argent.

Un acte insensé pour le commun des mortels.

J'adore la folie, rien que la folie.

Je n'aspire pas à la logique, mais au plaisir.

Elena et moi, on vivait pour le plaisir,

pour faire crever de jalousie ceux qui calculent tout.

Allez vous faire foutre, les calculateurs !

Nous, on ne calculera rien.

Musique urbaine

- Je suis prête.

- Elena, c'est parfait. Continue.

-"Une lame.

"Une lame est une arme féminine.

"Perfide et rapide.

"On est obligés de tuer pour ne pas devenir des tas de viande fatiguée.

"Obligés de tuer les créations, obligés de tuer les idées

"et l'âme des autres personnes."

Ça n'a ni rime ni raison.

- Pourquoi vous dites ça ?

- Aucune musicalité, aucune image puissante.

- Du genre : "La Terre est aussi bleue qu'une orange" ?

Un truc de ce style ? - Oui, voilà.

- J'aime écrire à ma manière. -Écoutez, c'est vous qui voyez.

Mais vous êtes sur le fil du rasoir.

- Honnêtement, c'est plutôt inoffensif.

- Peut-être, mais...

On parle trop de vous, Savenko. Vous attirez beaucoup l'attention.

Beaucoup trop. - Limonov.

- Stupide, ce pseudonyme. Ça sonne vraiment aigre.

- En un sens, oui.

Que me reproche-t-on exactement ?

- La distribution de samizdat...

Vous n'êtes pas membre du syndicat des écrivains, si ?

C'est un délit puni par la loi. - Je vois.

Et vous pouvez me dire ce que vous attendez de moi ?

Raclement de gorge

Quelqu'un toque.

-Il existe bien sûr

des moyens pour que ce problème disparaisse.

- Quel genre de moyens ?

- Vous avez beaucoup de relations

dans des milieux spécifiques : artistes, écrivains...

Vous fréquentez leurs datchas.

- Oh, vous voulez que je sois une balance ?

- Appelez ça comme vous voudrez.

Pour être honnête, vous n'avez pas le choix, Savenko.

Soit vous coopérez,

soit c'est la prison.

J'attends votre réponse, Savenko.

- Que pensez-vous de l'exil ?

- L'exil ? - De l'Union soviétique.

- Oui ?

- Vous voyez, comme Brodsky.

Je suis pas moins parasite ou profiteur que lui.

Si vous avez pu expulser un vieux type rasoir

comme... Il rit.

comme Soljenitsyne

ou une putain d'esthète inutile comme Brodsky,

vous devriez me faire partir par le premier train.

Au lieu d'avilir notre mère patrie communiste,

je ferais aussi bien d'aller avilir la société capitaliste.

Je vais renvoyer tout ce cirque à l'âge de pierre.

- Doucement, Savenko !

Ça ne marche pas comme ça.

- Et pourquoi pas ? - Déjà, il faut devenir célèbre.

- Vous venez de me dire que je l'étais trop.

- Je veux dire célèbre à l'Ouest.

- Ah, d'accord. Ouais.

Je le deviendrai.

Musique douce intrigante

- Mais enfin... Merde, elle marche plus.

- Dans ce cas, viens me voir.

Musique sensuelle

Ouais...

Soupir d'excitation de l'homme

- Oh, mon Dieu, quel dard !

Gémissements de plaisir

-Oh, mon chéri !

Tu l'as réparée ?

-Aidez cette femme et d'autres comme elle à se remettre sur pied.

en gémissant - Aidez cette fille ! Aidez-la !

-... de nettoyage pour moquettes, disponible en quatre parfums.

- Nous avons fui le KGB

et cette existence terne, médiocre et végétative.

Mes œuvres m'avaient rendu juste assez célèbre

pour qu'ils veuillent m'exiler.

Puissions-nous rester jeunes et beaux pour toujours.

Puissions-nous rester toujours heureux,

souriant jusqu'aux oreilles et follement amoureux.

Notre nouvelle vie libre

est sur le point de commencer.

Sunday Morning (The Velvet Underground)

Brouhaha

Musique douce au violon

Tu peux être ce que tu veux !

SIGNE POUR L'ÉMANCIPATION DE l'HOMME

Brouhaha de la rue Chanson folk en anglais

-... la vie de tant de personnes.

-... pèse qu'un peu plus d'un kilo.

Regardez, les boutons ne gênent pas...

-Je me bats pour la liberté, contre le communisme !

-... n'importe quelle coiffure.

Papa épargne temps et argent, et pas de boutons gênants...

-Je me bats pour la liberté, contre le communisme !

-... de nombreuses dissensions viennent de là.

- Voilà ton chouchou. Elle rit.

-Les contemporains distinguent aisément dans le monde deux forces.

- L'écrivain Soljenitsyne,

lauréat du prix Nobel.

Il fait l'antisoviétique, mais il est soviétique jusqu'à l'os.

Il mérite d'être noyé dans un seau de merde,

pour la description barbante qu'il fait d'un monde sans amusement.

Mieux vaut fumer de l'herbe, boire de l'alcool,

sniffer de la cocaïne, se shooter à l'héroïne ou que sais-je...

Mieux vaut casser sa pipe que de faire comme toi, Soljenitsyne.

Tricher, torturer, cambrioler des villas, tirer par la fenêtre...

Profiter de la vie autant que possible...

et baiser les meilleures femmes.

Gémissements de plaisir

Amado Mio (Grace Jones)

Qu'il nous regarde.

- T'es un grand malade.

- Oh oui. Oh oui.

- Magnifique, Elena, splendide !

Redonne-moi ça.

Regarde vers moi. Ouvre la bouche. Je suis là.

Reste comme ça.

Voilà, parfait.

Sublime ! Tu peux regarder par là ? En l'air ? Voilà.

- Je veux venir avec toi. Je dirai rien.

Je resterai assis.

- Va au musée.

- Je peux te soutenir moralement. - Va faire du shopping.

- Je me ferai passer pour ton agent.

Allez, s'il te plaît. - Tu m'emmerdes, Eddie.

Musique mélancolique

- Dans une semaine, vous recevrez un chèque par la poste.

Je ne peux rien faire.

Au suivant !

- Réessayez. - Encore ?

- Maintenant, je touche les allocs, 278 dollars par mois.

Je vis sur le dos des contribuables américains.

Ils banquent pendant que je branle rien.

Le matin, vous quittez votre lit chaud et vous courez servir.

Je déteste servir.

J'ai un complet blanc très cher

et je vous ai tous baisés.

Je mérite mieux que ces allocs de merde,

mais à quoi bon avoir des héros russes

quand on a Dalí et Warhol en chair et en os ?

Quelle importance que je sois un grand poète russe ?

Quelle importance, mes efforts acharnés pour incarner mon destin héroïque ?

Ici, il y a un paquet de gens riches,

des bars à chaque coin de rue.

Mais la littérature est avilie,

réduite à un bavardage entre professeurs.

J'ai pas besoin de toute cette merde.

-La santé.

Les services de santé.

Édouard, peux-tu nous dire qui fournit les soins de santé dans ton pays ?

- L'État.

- L'État...

Donc si tu es malade, tu vas...

-À la polyclinique. - La clinique ?

- Polyclinique. - Et tu dois débourser...

- Rien.

- Rien ?

Eh ben...

Et l'éducation ? Qui paie pour l'éducation ?

- L'État !

- Dans ce cas, pourquoi t'es là ?

Rires de la salle de classe

Musique intrigante

- Le parti socialiste des travailleurs est le parti trotskiste américain.

On veut la révolution mondiale.

- La révolution mondiale ? Oui, je suis pour.

- Prends un tract. - Pas besoin, tu peux compter sur moi.

Je suis pour les rouges, les homos, les Noirs, les Arabes...

Et aussi, je suis pour ceux qui n'ont rien à perdre.

- Viens à la manifestation pour la Palestine.

Je te préviens, ça risque d'être agité.

- Ouais. Cool.

On y va.

-Ça, nous, on fait pas.

- Et vous faites quoi ?

- Ben...

On discute, on vote des résolutions.

- Et après ?

- Et après, on fait une autre manif.

- Putain !

Putain !

- Tu t'attendais à quoi ?

- Je veux que tout le monde se lève, prenne un flingue

et attaque un bâtiment officiel, ou alors...

détourne un avion, commette un meurtre ! J'en sais rien !

Putain, quelque chose !

- OK, prends un tract.

Brouhaha de la manifestation

LES FEMMES FONT LA GRÈVE POUR LA PAIX

- Déception, intolérance, colère.

Voilà ce qu'on éprouve ici.

À quoi servent toutes ces boutiques, ces hôtels,

ces restaurants luxueux,

si nous, les immigrés, on ne peut pas y aller ?

Tu es au paradis de la consommation, il y a tout,

mais tu en es exclu.

L'inégalité existe aussi en URSS, mais elle est bien dissimulée.

Ici, les inégalités matérielles sont affichées,

personne ne les remet en cause.

Devrait-on sourire et dire que tout va bien ?

Mais au nom de quoi mentir ?

Pour le prestige des États-Unis ?

Pour alimenter le mythe de l'Ouest ?

Il n'y a que la terreur,

les cadavres pendus aux réverbères.

La révolution, voilà ce qu'il nous faut.

Musique douce intrigante

Une porte s'ouvre.

POUR NOTRE LIBERTÉ ET LA VÔTRE

Chasse d'eau

La porte s'ouvre.

T'as passé une bonne soirée ?

- Rendors-toi, je me sens pas bien.

- Qu'est-ce que t'as fait ?

- Euh... Champagne.

Cocktails, cocaïne.

Désolée.

- Désolée de quoi ?

- On m'a invitée à dîner.

Je pouvais pas refuser.

Je dois être disponible, si je veux avoir du boulot.

Alors, je suis restée, j'ai souri

et j'ai hoché la tête.

Endors-toi, Edichka.

- J'ai pas envie. Viens, on discute.

- Maintenant ? Mais de quoi ?

- De nous. Quoi d'autre ?

Je te vois quasiment jamais.

On baise plus.

- Putain, Eddie, demain !

J'ai la tête qui explose.

- Explique-moi ce qui se passe.

- Rien du tout.

C'est l'interrogatoire dès que je franchis la porte !

C'est une tactique de KGB ou quoi ?

On dirait que c'est de famille.

- Je suis vraiment désolé, Lenochka.

Excuse-moi, Lenochka.

Je voudrais juste que tu me dises la vérité.

Je me fâcherai pas.

J'ai besoin de toi, c'est tout.

Du moment qu'on est ensemble...

je peux tout accepter.

Même si tu t'es tapé un autre mec, je peux l'encaisser.

Tu peux même faire la pute si ça te chante.

Laisse-moi juste être ton mac. Il rit.

Tu peux être la plus grosse salope de tout Manhattan, ça m'est égal.

Je veillerai...

toujours sur toi.

Je serai là pour te protéger.

Je t'achèterai de jolies fringues.

Et les meilleurs parfums.

Alors...

tu étais avec quelqu'un ?

- Oui.

- Qui ?

- Un photographe.

Il veut faire un shooting avec Grace Jones.

Un truc lesbien, une Noire et une Blanche.

- Il s'appelle comment ?

- Jean-Pierre.

Il est belge.

- Vous avez baisé ?

Elle acquiesce.

Raconte.

- Comment ça ? - Raconte comment il t'a baisée.

Par quels trous ?

- Par tous les trous.

Et aussi je lui ai enfoncé un gode.

- C'est quoi, un gode ?

- Une fausse queue.

Qui vibre.

- Je vois.

Elle gémit. - Non !

- Espèce de salope ! - Non !

- T'es qu'une grosse pute !

Gémissements d'Elena

Grognements d'Eddie Cri d'Elena

Grognements d'Eddie

Elle tousse.

Fracas des affaires

Musique douce intrigante

- Jean-Pierre !

-Ça va pas ? - T'as baisé ma femme !

- Tu veux quoi ?

- Tu veux savoir comment on s'est mariés, Jean-Pierre ?

- Casse-toi ! - Tu me prends pour un con ou quoi ?

On s'est mariés dans une putain d'église !

Avec trente icônes, putain !

Et trente bougies, bordel de merde !

Enfoiré ! Fils de pute !

- Je m'appelle Brian ! B-R-I-A-N !

- Pars ou j'appelle la police.

- T'es malade ! - Pauvre raté !

-Ça va ?

- Brian ?

- Brian !

Tu vas me le payer !

Grandes inspirations

Spots publicitaires à la télévision

Musique intrigante

Musique rock

- Salut.

Moi, c'est Eddie.

Tu m'en donnes un peu ? - Mec...

Va te faire foutre.

Je t'ai dit de te casser.

- Comment tu t'appelles ?

- Putain de taré !

Gémissements

- J'ai envie de toi.

Faisons l'amour.

Respirations haletantes

Baise-moi.

Eddie crie.

sanglotant Putain ! J'y crois pas...

- Moins fort, bébé.

On pourrait nous entendre.

Respiration pantelante de l'homme

Bébé.

Mon bébé.

- Je m'appelle Eddie.

J'ai personne pour s'occuper de moi.

Toi, tu veux bien t'occuper de moi ?

- Oui, bébé, je te le promets. - C'est vrai ?

Et tu promets de jamais me quitter ?

- Jamais, mon bébé.

- Et tu promets de jamais me tromper ?

- Jamais, bébé.

- Si jamais tu me trompes...

Il sanglote.

je te jure que je te tue.

Putain.

J'hésiterai pas une seconde. - Bébé, du calme !

Du calme.

Du calme.

Du calme.

Du calme.

- Dépoussière-toi un peu, Eddie.

T'as du sable dans les cheveux,

dans les oreilles, dans les bottes, partout.

Enlève le sable et vas-y !

Une pute qui rentre de sa nuit.

Maintenant, je suis libre.

À quoi me sert cette liberté ?

Aucune idée, mais je suis libre, je le sens.

Et cette sensation donne à Eddie envie de danser.

Regarde, New York,

c'est Eddie qui danse, putain !

Russian Dance (Tom Waits)

Eh, vous savez quoi ?

Je l'ai laissé me baiser !

- Ferme ta gueule, connard ! Il est 5h du mat' !

- C'est qui l'homme ? C'est moi l'homme !

C'est qui l'homme ? C'est moi l'homme !

- On n'en a rien à foutre de ta vie, putain !

Ta gueule, fous le camp !

Walk on the Wild Side (Lou Reed)

Brouhaha

- Dites, vous attendez qui ?

- Sûrement pas toi.

- Quand on lira mon roman, le monde entier sera à mes pieds.

Je dois juste le faire comprendre à ceux sur qui tout ça repose.

Trop égocentriques, ils n'ont pas le temps pour l'ingénieux Eddie.

La gloire internationale dort comme une prostituée fatiguée

qui ne serait pas pressée de me faire plaisir.

Cris énervés

- Brodsky n'aimera probablement pas ton livre.

Alors, n'attends pas trop de sa critique.

- Shmakov, je n'ai pas de rival.

C'est pas ma faute, on n'a pas besoin de mon talent. Ni ici ni en URSS.

Brodsky peut aller se faire foutre. Son avis aussi.

- D'accord, Joseph est un génie, mais un génie de la vieille école.

Quand tu écoutes et que tu lis ses poèmes,

c'est un peu comme si tu écoutais du classique.

Prokofiev ou disons...

Britten.

Alors que ton livre, c'est comme lire les beatniks ou...

écouter du Lou Reed, Walk on the Wild Side.

Ton Edichka, c'est un vrai voyou.

- Je sais, le livre est génial.

Je mérite d'être célèbre, faut juste que je sois publié.

- Le parfait monologue du parfait raté.

- Je suis pas un raté. - Non, ton protagoniste.

- Je suis pas un raté !

Je sais ce qui traverse l'esprit d'un raté

désespéré au point de prendre un fusil et de mitrailler la foule.

Mais si j'en fais la description, je suis pas un raté.

Elles chantonnent en chœur.

C'est toi, le raté !

Personne veut de toi, sale pédé d'immigré.

T'es tout seul, c'est quoi ton avenir ? - Et le tien ?

- Je vais soit devenir célèbre, soit finir assassiné.

- T'es toujours habillé en blanc.

Tu es une lumière dans ce royaume de ténèbres.

T'es splendide.

Tu ferais quoi si un million de dollars te tombait dessus ?

- J'achèterais des armes et je déclencherais une émeute.

N'importe où.

- Moi, je préfère vivre la belle vie,

les étincelles, être entouré de...

de belles choses. - C'est de la merde !

La pauvreté, c'est magnifique.

J'ai toujours été pauvre. Être pauvre, c'est beau.

Les ordures dans la rue, c'est magnifique.

La révolution, c'est magnifique.

- Ah, Eddie...

- Protégez vos enfants !

- Quelque chose ne va pas.

Quelque chose ne va vraiment pas

dans cette ville.

Sûrement parce que c'est la fin

des temps qui... - Oui, super !

New York ? Oui.

Va te faire foutre !

Tu vois, plus c'est le chaos et plus j'aime ça.

- Tu es plutôt franc dans ton bouquin.

Tout est vrai ?

- Je ne sais écrire qu'à propos de ce qui m'est arrivé.

- Les remarques de Brodsky ne t'ont pas vexé ?

- J'en ai rien à foutre.

- Barychnikov, lui, est enthousiaste.

- Quand on lui a demandé qui j'étais, il a dit :

"C'est un Russe parmi tant d'autres."

J'aime cette réponse. Oui.

Oui, je suis un Russe parmi tant d'autres.

- Eddie, tu es si beau.

- Non, non, non.

- Donc tout n'est pas vrai.

- C'est juste que c'est pas ce que je veux là, maintenant.

- Désolé. Eddie.

Je suis désolé !

Cris de panique

Russian Dance Cover (Massimo Pupillo)

Oh ! Eddie !

Appelez une ambulance !

Cris désespérés de Shmakov

Eddie !

Eddie !

Le célèbre écrivain russe Édouard Limonov assassiné aujourd'hui à New York

- Je le coupe en morceaux ? - Non, c'est bon. Je le ferai.

- Autre chose, Édouard ?

- 200 g de jambon de Parme, en fines tranches.

- Tout de suite.

Musique intrigante

- Eddie est mort, longue vie à Eddie.

Je travaille maintenant comme majordome.

Mon maître, patron et esclavagiste est le multimillionnaire Stephen.

Stephen paie bien et je ne suis pas exigeant.

De toute façon, le plus important pour un écrivain, c'est l'expérience.

Je sais que je ne suis pas un vrai domestique,

mais un imposteur, un écrivain qui joue le rôle d'un serviteur.

J'écris le matin.

De temps en temps, j'envoie mes manuscrits

et je reçois des lettres de refus de la part des éditeurs.

C'est à ça que se résume mon identité d'écrivain.

Je consacre le reste de mon temps

au monde de la servitude.

Alors peut-être qu'en fait, j'en suis bien un, de serviteur.

Un serviteur qui joue le rôle d'un écrivain.

- Bonsoir, Eddie. - Monsieur.

- Tu as écrit aujourd'hui ?

- Comme toujours, deux heures le matin, monsieur.

- C'est l'heure où on est le plus productif.

Euh... Ils arrivent à 18 h.

- Tout sera prêt, monsieur. - Bien.

- Votre limonade. - Merci.

Qu'y a-t-il au menu ?

- Crudités et charcuterie

suivies d'un steak magnifiquement persillé

et d'une mousse au chocolat.

- Parfait. C'est parfait.

Regarde ce que j'ai là.

Ça m'a été offert par un client français.

Petits rires

- Monsieur...

-Écoute, Atlas, je dois absolument te le présenter.

Richard a une maison d'édition. Et pas des moindres.

Il publie Soljenitsyne, il a tous les droits américains.

Je te sers un verre, Eddie ?

- Oui, monsieur.

- Tout à l'heure.

OK.

Bon, alors...

Tu peux préparer la chambre d'amis ? - Oui.

- Evtouchenko restera peut-être dormir.

L'un des plus célèbres poètes russes. Tu le connais ?

- Oui, monsieur.

- Qu'est-ce que tu en penses ?

- Il flirte aussi bien avec l'URSS qu'avec l'Ouest.

Il est pour toutes les causes et ne dit rien. Il fait ça très bien.

- Eddie, les auteurs russes sont en vogue aux États-Unis en ce moment.

Evtouchenko est extrêmement demandé.

- Monsieur.

- Bon...

où sont mes lunettes ?

- Sur la table de nuit, monsieur. - Merci.

-Je trouve que Tarkovski fait un cinéma nouveau,

loin de l'absurdité hollywoodienne.

- Tu as tout à fait raison.

- Quel est le problème avec Hollywood ?

Ils utilisent des narrations... - Il a une certaine musicalité, oui.

- J'aime beaucoup. - Pas moi.

- C'est un dissident dans le paysage.

- Oui, j'adore.

-"Khrouchtchov", on dit comme ça ?

- Khrouchtchev...

-Ça sonne comme si on te rompait tous les os !

- Le dîner est prêt, monsieur. - Merci, Eddie.

Messieurs,

le dîner est servi.

Eddie nous a préparé de fabuleux steaks.

- Fabuleux. - Suivez-moi.

- Allez, faut se lever.

- Khrouchtchev...

Je meurs de faim.

- Alors, ça, c'est un whisky de 1955.

- Mazette ! - C'est un scotch incroyable.

J'en tairai le prix...

Musique intrigante

Cliquetis de la machine à écrire

- Tout ça, c'est de la connerie !

Je suis destiné à être quelqu'un d'autre.

J'ai toute la vie devant moi, c'est une certitude.

Mais j'en ai déjà marre des gens, de cette planète,

des rêves étranges, des aubes, des couchers de soleil,

et de la perspective affreuse de la vieillesse.

Si tu t'en vas maintenant, tu seras jeune pour toujours.

D'ici ce soir,

le monde entier te connaîtra et regardera ton visage.

Ta photo sera dans tous les journaux.

Tu ne seras plus Édouard, le majordome qu'on ne connaissait pas,

mais un personnage historique.

Tire, Eddie.

Le monde qui t'a repoussé toutes ces années

ne parlera plus que de toi.

Vas-y, tire, Eddie !

Tire !

Ils publieront tout ce que j'ai écrit.

Jusqu'à la dernière ligne.

Et avant qu'ils m'asseyent sur la chaise électrique,

j'aurai tout le temps

de me prélasser dans ma gloire.

Tire, Eddie !

Tu auras toute la gloire du monde.

Une gloire instantanée, éclatante.

Coup de feu Téléphone

Oui, monsieur.

-Eddie, tu peux descendre ? On a besoin de toi.

- Oui, monsieur.

- Voici mon royaume. Stephen rit.

Regarde, Jackson Pollock, action painting.

Rothko, un peintre letton. - De Lettonie ?

- Une croûte dorée que ma femme a achetée

je ne sais où. Oh, regarde !

Eddie, Evtouchenko !

- Eddie, mon petit frère !

- Eddie est un formidable majordome. On mange ?

- Non, on boit ! On boit de la vodka. - On boit !

- Tout ça s'est fait au nom du présent.

J'étais poète, si tu veux savoir.

J'étais poète. Un poète non officiel, clandestin.

- D'accord.

- Mais tout ça, c'est derrière moi. Maintenant, je suis l'un d'entre vous,

une ordure.

- Eddie !

- Je suis celui que vous nourrissez de chtchi.

Et lui, c'est un poète ! - Un poète ?

- Oui, un vrai poète, crois-moi ! - Eddie, assieds-toi.

- Je me rappelle même quelques strophes.

"Je retiendrai l'autre sous l'emprise de mon esprit..."

- J'ai arrêté, je n'écris plus de poésie.

- Tant mieux, Eddie.

Écoute.

J'ai quelque chose à te dire. - Tiens.

- Je vais devoir tirer quelques ficelles pour faire publier ça.

Le contrat, je lui extirperai.

Et toi, maintenant,

toi aussi, tu dois le promettre.

- Je promets ! Les hommes rient.

Évidemment.

Le mégot (Dina Vierny)

-"L'enfer blanc de la Kolyma.

"Nous nous rendions à la zona."

C'est une prison.

"À travers un brouillard givré.

"Et j'ai remarqué qu'il y avait un mégot

"avec une marque de rouge à lèvres."

Je sais pas pourquoi.

"Et je me suis échappé de la colonne

"pour aller le prendre.

"Je n'ai pas vu de femme depuis...

"à peu près quatre ans."

Tu me suis ? - Bien mieux.

- Tu vois ?

Tu vois, cette fille ? C'est pas vraiment elle...

C'est Yuz Aleshkovsky qui l'a écrite, il était en prison.

- Faut que j'aille pisser.

Grognement

- Oh, fais attention, mon ami. - Tout va bien.

- Eddie.

Eddie, Eddie.

Tu sais ce qui va faire de toi un grand écrivain ?

Assieds-toi. Assieds-toi.

Tu vas devenir un grand écrivain.

Fais-moi confiance, je me trompe jamais.

Pour commencer, tu vas te faire publier

en France.

Ensuite, tu vas rentrer en Russie

et tu vas te retrouver en prison.

Et je volerai à ton secours.

Et c'est à ce moment-là

que tu deviendras un grand écrivain russe.

Réfléchis bien à ça.

Où sont les toilettes ?

Stephen ?

Musique inquiétante

- Ils viendront tous :

les hooligans et les peureux,

les dealeurs et ceux qui distribuent les prospectus des bordels.

Ils viendront,

les masturbateurs et les amateurs de porno.

Ils viendront.

Ceux qui errent en solitaire dans les musées

et ceux qui feuillettent les livres, seuls,

dans les bibliothèques chrétiennes publiques.

Ils viendront.

Ceux qui perdent leur temps chez Macy's et chez Alexander's,

sans fric pour acheter quoi que ce soit.

Ils viendront.

Ceux qui ne boivent que du café, pendant deux heures, au comptoir

en regardant tristement par la fenêtre.

Ils viendront.

Les malheureux en amour,

en argent, au travail

et ceux qui ont la malchance d'être nés dans une famille pauvre.

Ils viendront.

Ceux qui en ont marre de tout,

les employés de banque et les vendeurs qui ont déjà gâché leur vie

dans des métiers interminables et sans intérêt.

Ils viendront.

Les mineurs qui ne supportent plus les mines,

les ouvriers qui haïssent leur usine.

Ils viendront.

Les clochards et les pantouflards qui ne supportent plus leur famille.

Ils viendront.

Les soldats de l'armée, les étudiants des campus.

Ils viendront.

Les courageux et les vigoureux, de tous les milieux.

Ils viendront pour se distinguer et chercher la gloire.

Ils seront tous là.

Ils prendront les armes et mettront fin à cet ordre,

une fois pour toutes.

-"Et la garde révolutionnaire des ratés

"conquiert ville après ville,

"en commençant par une explosion dans cette belle ville de New York.

"L'Amérique est en train d'être libérée et moi, Eddie,

"j'ouvre la marche et tous me connaissent et m'aiment."

Il y a... de la personnalité.

On perçoit bien l'idée.

Y a un héros, hein ?

C'est... C'est juste un peu...

Tu as vu Taxi Driver ?

- Euh, non.

- Ton livre m'y fait penser.

Faut le voir.

Ça t'aiderait à développer l'intrigue, ton bouquin en manque.

- D'accord, j'irai le voir.

- On veut Tanya Brown.

- Je la fais venir demain matin ? - Oui.

Je veux plus de choses comme ça sur mon bureau.

T'as une clope ? - J'ai celle-là.

À basse concentration de cyanure. - De quoi ?

Ça existe, ça ? - Oui. Depuis cette année.

- T'as du feu ? - Non.

- D'accord, à plus tard.

Basse concentration de cyanure.

On aura vraiment tout vu.

Taxi Driver, Robert De Niro. Tu vois ?

De Niro,

dans Taxi Driver, il veut éliminer

toute la racaille avec un Magnum 45.

Alors que ton héros veut que la racaille prenne le contrôle

pour détruire la civilisation.

Il y a une petite différence, tu vois.

- Oui.

- Tu sais où est le problème ?

Le problème, c'est ton personnage principal.

Comment il s'appelle ?

- Eddie. - Eddie, c'est ça. Eddie.

Eddie...

Eddie...

Eddie ne change pas, tu vois ?

Tout ce qu'il veut, c'est se faire tout et tout le monde.

Tu vois ? Femmes, hommes, lui-même.

Et...

il veut tout détruire.

Alors que toi, Édouard,

tu vis dans un bel appartement,

dans un quartier très très huppé.

T'as un travail facile, t'es pas au plus bas de la société,

puisque t'en profites, d'une certaine manière.

- Connard. - Je me demande si tu devrais pas

rendre ton protagoniste

plus...

loyal

envers cette société,

envers la civilisation.

Plus détendu, bien nourri.

- Pauvre merde. - Tu penses pas...

qu'il devrait...

changer un petit peu ?

Trouver sa place dans la société, mûrir... trouver la rédemption !

- Crève.

- T'as dit quoi ?

- Oui, d'accord. D'accord.

Téléphone J'y travaillerai.

- Formidable.

Excuse-moi.

Guin à l'appareil.

Mmh... Jim !

Jim !

Une semaine que je te cherche ! Comment tu vas ? T'es où ?

Musique intrigante

- Tu es malade ?

- Un petit peu.

On va se balader ?

- Bloomingdale's ?

Je t'achèterai un beau truc, tout ce que tu veux.

- Tu as du fric ? - Pas de problème.

Je suis majordome. Je suis blindé.

- On pourrait aller déjeuner ? - D'accord.

Quand tu m'as étranglée, ça m'a beaucoup excitée,

mais je savais que si ça se reproduisait, tu irais jusqu'au bout.

Alors, c'est pour ça que je t'ai quitté.

- C'est vrai, je l'aurais fait.

Je serais allé jusqu'au bout.

Tu as quelqu'un en ce moment ?

- Comment une fille survivrait dans cette ville, sinon ?

Mais c'est un vrai salaud.

Il note tout ce qu'il dépense.

Il me donne 100 $ pour faire du shopping

et il le note dans son petit carnet.

Tu vois le truc ?

Alors, je lui ai dit :

"Tu devrais aussi noter chaque pipe que je t'ai faite dans ton cahier."

Il aime que je me fasse des couettes et que je m'habille en écolière.

Elle rit. Et là, il me la fout dans la bouche.

- Lenochka...

Je suis un écrivain raté

et toi, une mannequin ratée.

- Je dois me casser de cette ville !

Je vais aller à Madrid.

Peut-être que là-bas, j'aurais du boulot.

Écoute...

Elena... Lenochka...

c'est pas grave.

On va se donner une seconde chance.

Elle rit.

J'ai déjà tout prévu.

La seule chose importante dans la vie, c'est l'amour.

C'est de pouvoir...

toujours compter sur quelqu'un. Tu peux compter sur moi.

Je suis vigoureux et je serai toujours présent pour toi.

On ne peut pas rentrer à la maison,

mais on va quitter ce trou à rats

et trouver un coin tranquille.

Je vais trouver du boulot...

au Texas ou n'importe où, comme n'importe qui.

Je bosserai dans une station-service et...

on fondera une famille.

Tu me prépareras de la soupe,

je te raconterai ma journée de travail.

Le soir, on se couchera l'un contre l'autre,

et je te dirai que je t'aimerai toujours.

Et à la fin,

je te fermerai les yeux,

ou tu fermeras les miens.

C'est très simple.

Musique intrigante

- Edichka,

c'est adorable, c'est vrai !

Mais c'est des conneries.

C'est pas moi, ça et tu le sais bien.

Et c'est pas toi non plus, d'ailleurs.

Toi, tu es fait pour être un héros, Edichka,

ne l'oublie jamais.

C'est ton destin.

Majordome... N'importe quoi.

Elle rit.

- Elena ? - Carlos !

Lui, c'est mon billet pour Madrid.

Souhaite-moi bonne chance.

Merci pour tout, Eddie.

- Tu es prête ? Allez, on y va.

- L'addition. Autre chose ?

- Un autre.

Un double.

Ma vie insignifiante.

J'arpente les rues vides de New York les dents serrées de colère.

J'emmerde ce monde

où je n'ai pas ma place.

Ce qui va m'arriver ? Alors là, C'est un mystère.

Finalement, moi, je suis prêt à tout.

Vous attendez de moi que je vous donne quelque chose, je le sais.

Vous attendez

et je vais essayer.

Un acte d'héroïsme,

ma mort insignifiante.

Comment ça, "essayer" ?

Je vais vous l'offrir.

Pretty Vacant (Sex Pistols)

ATTENTAT CONTRE REAGAN

ASSASSINAT D'INDIRA GANDHI

Eddie vit à Paris.

Je suis beau, comme une orchidée dans la neige.

Je suis le même en France qu'en Amérique.

Ce sont les pays qui s'adaptent à moi, pas l'inverse.

Les pays changent, mais le héros reste le même.

J'ai publié dix-sept livres à Paris, plus que Soljenitsyne.

Aujourd'hui, je suis célèbre.

Longue vie à Eddie.

- Donc, est-il vrai, monsieur Limonòv...

- Limònov.

- Limònov.

Pardon, je ne suis pas russe.

- Je sais.

-Recommence, s'il te plaît.

- Il n'y a vraiment qu'un sujet sur lequel vous pouvez écrire ?

À savoir vous-même ?

Il rit. - En plein dans le mille !

J'ai pondu ces petits... petits bouquins...

pour me faire un peu de thunes,

mais en vérité, je ne me suis jamais

considéré véritablement comme un homme de lettres.

Et je ne cherche surtout pas à faire partie du...

"gratin" qui reçoit la Légion d'honneur à 60 ans,

meurt d'un cancer de la prostate dans une villa sur la Côte d'Azur,

et qui a sa tombe...

au Père Lachaise.

Moi, je suis un homme d'action, qui bosse dur.

J'ai travaillé de mes mains ma vie entière et...

pour moi, la vie est bien plus intéressante que...

l'écriture.

- Vous cousiez des jeans quand vous habitiez à Moscou.

- J'ai été tailleur, sidérurgiste,

fabricant de pâtes, majordome, cambrioleur...

J'ai tout fait. J'ai toujours travaillé et je sais que travailler,

c'est de la merde.

Les travailleurs sont les cocus de l'Histoire. C'est toujours eux...

qu'on poignarde et ça continue de se produire aujourd'hui.

- Dans un article récent, vous sembliez regretter

d'avoir quitté l'Union soviétique.

- Tout le monde ne fait que...

répéter cette connerie en boucle.

L'Union soviétique aurait été

l'Empire du Mal,

et tout ça... Mais pour nous, qui y avons vécu,

grandi, y sommes tombés amoureux,

y avons eu des enfants, y sommes morts,

c'était pas comme ça. Et en fin de compte,

l'Union soviétique,

c'était...

le bazar complet, mais...

le bazar, c'est toujours très marrant.

- Et donc pour vous, la chute du mur de Berlin, c'est...

- C'est une catastrophe.

- Quoi ? - D'accord, alors c'est quoi ?

C'est une victoire pour les Européens ?

- Bien sûr, c'est la fin d'un cauchemar.

La fin d'un système despotique commencé sous Staline.

- Staline ?

Si Staline n'avait pas existé, vous parleriez tous allemand.

Mais 20 millions de Russes sont morts pour vous sauver des nazis.

Mon père a été blessé à la guerre.

- Le mien aussi !

- Quand les Allemands ont aligné leurs chars dans les Ardennes,

vous vous êtes pissé dessus,

défroqués et mis à quatre pattes.

- Et les victimes de Staline ?

- On ne fait pas d'omelette sans casser quelques œufs.

- Le communisme était une farce !

Un colosse aux pieds d'argile qui s'effondre comme un château de cartes.

- Vous croyez que le temps des idéologies est révolu ?

Et que nous assistons à la fin de l'Histoire ?

- On peut dire que nous avançons de plus en plus

vers une acceptation globale de la démocratie,

du libre marché et de l'État de droit, et ce,

depuis le 17e siècle, avec quelques contretemps.

Aujourd'hui, malgré la chute de son empire,

la Russie pense être unique, invincible et destinée à la grandeur.

Mais les Russes n'ont connu que la tyrannie autocratique,

puis une révolution sanguinaire qui a élevé une idéologie primitive

au rang de fausse foi aveugle.

La Russie a besoin...

- Espèce de roulure.

Entendre le mot "Russie" sortir

de ta sale bouche immonde me donne envie

de gerber !

- Arrêtez ! - L'Histoire n'est pas morte !

L'Histoire va revenir et vous donnera une putain de raclée !

Il crie.

- Quoi ? Ça fait mal ?

Vichy ! Vichy, parfait !

Tu veux quoi ? Va te faire foutre !

- Appelez la sécurité ! - Allez vous faire foutre !

Russian Dance (Tom Waits)

-Quand Erofeïev a su que vous veniez à Moscou

et que vous seriez publié par cet obscène Semenov, Édouard...

-Je n'en pense strictement rien.

-Vous aimez quoi de la Russie ? - Son peuple.

-Vous ne vous êtes jamais considéré comme un dissident ?

D'accord.

Que pensez-vous des dissidents soviétiques, en général ?

-Ce qu'ils aiment, c'est que leur dissidence soit exhibée.

Qu'elle soit bien en évidence.

-Merci beaucoup.

Applaudissements épars

-Édouard Veniaminovitch,

je travaille dans l'usine où vous avez travaillé.

Et...

avec quelques copains, on a lu votre livre

sur l'Amérique.

Et il y a ce passage

dans lequel vous racontez que vous...

je veux dire...

Rires

vous avez couché avec ce type noir.

Applaudissements

Est-ce que c'est vrai ?

-Oui, je l'avoue.

Exclamations surprises

Et c'était formidable.

C'est une expérience que je conseille à tous les hommes.

-Je transmettrai le message. -Oui.

-Merci.

Acclamation

- Votre monnaie.

- M. Limònov.

- Oui ? - Enchanté de faire votre connaissance.

Vous êtes rentré pour de bon ?

- Je suis là pour la sortie de mon nouveau livre.

Parce que mon éditeur m'a invité.

- Je peux m'asseoir avec vous ? - Allez-y.

- J'ai lu quelques-uns de vos livres.

Ils m'ont plu. Beaucoup.

C'est la deuxième fois que je viens ici.

Je suis fasciné par tout ce qui se passe.

J'ai conscience qu'il y a beaucoup de problèmes...

- C'est pas à moi d'en juger.

Les Russes savent mourir, mais ils ne savent pas vivre.

- Ah...

Mais...

les visages des habitants y sont très animés,

très authentiques.

Alors qu'à l'Ouest, tout le monde a un visage de bébé.

Là-bas,

tout est permis et rien ne compte.

Ici, c'est le contraire.

Rien n'est permis

et tout a de l'importance.

Ce serait terrible que tout ceci se perde à cause des changements.

- Oui.

Comme en Afrique, ce serait terrible qu'ils soient vêtus.

On ne pourrait plus faire de photos exotiques.

Rire gêné

- Mais l'âme de ce pays,

c'est pas quelque chose qu'on peut perdre.

- J'espère qu'un jour la Russie vous enculera bien profond.

Comme ça, vous saurez ce que ça fait.

Et à ce moment-là, on verra ce que vous avez à dire.

Musique urbaine russe

Sonnette

- Qui est là ? - Papa, maman, c'est moi.

C'est moi, Eddie.

- Ici, à la maison, on a tout ce dont on a besoin.

On a 30 kilos de sucre.

Tout un sac de kacha

et la cave est pleine jusqu'à ras bord.

On n'a besoin de rien du tout.

Qui aura l'appartement quand on sera morts ?

Si tu vis ici, c'est toi qui auras l'appartement.

On est bien ici.

C'est calme et confortable.

- Je ne reste que quelques jours.

Je ne reste que quelques jours !

On a publié un de mes livres.

- D'accord. - Conférences de presse, lectures...

J'ai plein de choses à faire.

- Je vois.

- Et ta femme ?

Tu as une femme ?

- Des enfants ?

- Non, pas d'enfants encore.

- Pas encore ?

N'oublie pas que tu as 46 ans.

- Gorbatchev.

Ce connard va détruire le pays.

Tu sais, je viens de lire une histoire qui parle d'une femme

qui a enchaîné sa fille dans la cour pour la punir,

alors qu'il faisait -30 degrés dehors.

Les bras et les jambes de la petite étaient gelés.

Il a fallu l'amputer.

Et quand ils l'ont ramenée après l'opération,

l'amant de sa mère a violé ce qui restait de la petite fille.

Elle a eu un bébé

qui, un jour, s'est lui aussi retrouvé enchaîné dehors.

C'est pour ça qu'on s'est battus

pendant toutes ces années ?

- Je suis sûr que c'est inventé.

- Non, c'est vrai !

Je l'ai lu dans le journal ! - Ah oui ?

Quel journal ? Montre-le-moi.

- Peu importe ! Les journaux mentent pas.

- Laisse !

Ça met un peu de chaleur.

Et comme ça, j'ai l'impression qu'il y a une autre âme dans la pièce.

- Si je faisais ça à Paris, j'en aurais pour une fortune.

- Tu veux dire que le gouvernement vous fait payer le gaz ?

- Oui. Exclamation incrédule

- Gorbatchev et ses sbires vont faire la même chose ici.

Regarde-les !

Ils sont fous à lier !

C'est qui, ce Sakharov, de toute façon ?

On a l'impression qu'ils enterrent à nouveau Staline.

-Nous verserons des larmes pour les visionnaires idéalistes,

ceux que nous enterrons aujourd'hui...

-Ça veut dire quoi ce "six" ?

- C'est des conneries antisoviétiques !

On est entourés par les ennemis.

Staline les aurait remis à leur place.

Elle soupire.

- Tu veux un peu de soupe ?

-Trois ressortissants russes et un letton,

membres du mouvement national-bolchevique,

ont été reconnus coupables de terrorisme.

Le tribunal de Riga a jugé criminelle

leur menace de faire sauter le clocher d'une église en Lettonie.

Les activistes du parti de Limonov

ont été condamnés à 10 ans de prison.

En novembre de l'année dernière...

Rodnaya Zemlya (Shortparis)

- Putain de merde !

C'est une déclaration de guerre.

- Qu'ils viennent, l'homme est né pour ça.

- C'est naturel. Y a pas de quoi avoir honte.

- La guerre, c'est de la connerie.

On l'emmerde. Merde à la guerre !

- J'avais dit qu'ils viendraient

et regardez, ils sont déjà là.

Jeunes, enragés et désespérés.

Nous n'avons rien à perdre, nous avons soif de pouvoir.

Pour le moment, nous sommes clandestins.

Tout ce que nous avons, c'est ce bunker et il est déjà plein à craquer.

On est un jeune parti politique qui fait frémir les criminels au pouvoir.

Un parti de 300 Spartiates.

Et je suis leur chef,

moi, Eddie.

-"Il était déjà bourré

"quand on a commandé les pelmeni

"à la gare de Savelovsky.

"Et parmi nous autres, les primates..."

- La Russie nous attend,

apeurée et anxieuse.

Comme une vierge dans une remise bombardée

qui attend qu'un homme fort et beau la prenne.

Il est un peu dangereux, et alors ?

Les ennemis seront écrasés, il n'y a rien à craindre.

Même si la guerre et la mort se profilent,

mieux vaut rejoindre la meute.

Vous êtes soit avec nous

soit contre nous.

Nous assistons à la révolution russe.

Rien que d'être ici, ça me remplit de fierté.

Cette révolution, c'est un vrai motif de réjouissance.

Même si ça devait finir par un naufrage,

je suis en paix, je n'ai pas honte de mon pays.

- Que répondez-vous, si je vous dis "guerre civile" ?

- Ces mots m'emplissent de joie.

Rodnaya Zemlya (Shortparis)

- Un bon bourgeois est un bourgeois mort !

La foule répète.

- Non à la pourriture qui empoisonne nos cerveaux !

Le capitalisme est une merde puante !

Rodnaya Zemlya (Shortparis)

-Ô ma patrie aimante et maternelle...

Je te maudis en paroles interdites

Pour ceux qui vivent en toi, pour les morts

Pour les jeunes, les nus, les fous

Tu vas faire quoi d'un monstre, putain ?

Je suis un triton qui vit dans un ruisseau

Difforme de nature, élevé...

-Si tu es un rebelle...

- La voiture est là.

-... si tes héros sont Jim Morrison, Lénine, Mishima, Baader,

félicitations, tu es déjà membre de notre parti.

-M. Limonov, qui sont les membres de votre parti ?

-Ils sont jeunes, fatigués de vivre dans un pays de merde,

ils ne veulent pas être des paysans pathétiques

ni des connards qui ne pensent qu'à l'argent,

ni des agents du KGB.

On a renversé ce putain de...

de régime dégueulasse qui n'a jamais été le nôtre.

Et dès aujourd'hui, je vous garantis

que même si on se noie dans le sang, notre honneur est sauf pour toujours.

Nos petits-enfants diront : "Ils sont descendus dans la rue,

"ils ont trouvé le courage de le faire, même sans armes."

-Avez-vous attaqué la tour Ostankino ?

-Ils diront qu'ils ont envahi la rue et qu'ils ont tout niqué comme en 1945.

Sirènes

On me traite d'extrémiste,

de fasciste, mais tu sais bien que ce n'est pas vrai.

- Oui, je sais, mais ton parti ne sera jamais reconnu officiellement.

- J'ai tout planifié et organisé moi-même.

Arrêtez-moi et relâchez les jeunes.

-Ça marche pas comme ça.

On n'est pas une république bananière, il y a des lois.

- Nous avons 7 000 membres, c'est très simple.

S'ils ne nous enregistrent pas, nous serons obligés d'agir

illégalement.

- Qu'essaies-tu de me dire ?

- Ce que j'essaie de te dire, c'est que

si vous nous coupez la route légale pour nous empêcher d'avancer,

on sera dans l'obligation

d'emprunter d'autres chemins.

- Explique-moi tes slogans, tu veux ?

Cette grenade limonka, sur le tract,

c'est une référence à ton pseudonyme ou un appel aux armes ?

- La représentation de ce type de munitions

ne tombe pas sous le coup de la loi.

Et nos slogans ne sont rien de plus

que de la poésie. L'homme rit.

- Il y a longtemps, je t'ai dit

que tu avais choisi un horrible pseudonyme.

Tu te rappelles la conversation qu'on avait eue ?

- Trop tard pour changer, Andreï Sergueïevitch.

- Il n'est jamais trop tard, Édouard Veniaminovitch.

Rires

Tu es né dans la bonne famille,

ton père a longtemps travaillé pour nous.

Pourquoi méprises-tu autant ta vie ?

Tu es un écrivain, un ingénieur de l'âme humaine.

La politique, c'est salissant.

Écris donc tes livres, assieds-toi et gribouille,

n'emprunte pas ce chemin.

- D'accord, je vais continuer à écrire.

Mais ce que je te demande,

c'est de me donner un coup de main.

Est-ce que oui ou non, tu veux bien m'aider ?

- Je crois que c'est impossible.

- Alors, on va en rester là.

- Comme tu voudras.

Mais ce n'est pas moi qui ai sollicité cette entrevue.

Maintenant...

j'ai une autre proposition, si tu es intéressé.

- C'est quoi ?

- Le bureau du président lance un groupe de réflexion,

stratégie et géopolitique, ce genre de choses.

Ça te correspond bien.

- Et ?

- Ce serait un travail parfait pour toi.

Excellent salaire,

une datcha, une voiture, un bureau.

Et un accès direct à l'oreille du président.

- Un accès à son oreille ?

-Ça tombe sous le sens.

Si tu regardes la plateforme de ton parti,

c'est quasiment identique à ce que veut le gouvernement.

Le président est un professionnel, un homme sérieux et patient,

qui va dans la bonne direction,

à un bon rythme.

D'importants changements sont en cours.

Il est temps de devenir raisonnable.

Édouard Veniaminovitch...

Russian Dance Cover (Massimo Pupillo)

Raclement de gorge

- Dieu me garde de mourir en hiver.

Il neige.

Ça n'a pas l'air près de s'arrêter.

Je n'ai nulle part où aller.

Mes parents sont morts.

Mes amis sont partis.

Mes amours sont des chimères.

Je n'ai pas de compagnon de beuverie.

Je ne bois plus.

Personne ne m'attend, il n'y a personne.

Moi non plus, je ne suis plus là.

Je suis le prisonnier Savenko.

Ils m'ont traîné en Sibérie, m'ont enfermé

et m'ont retiré ma voix.

Tout est froid.

Vide.

Il neige.

Musique mélancolique

COLONIE N° 13, 2003

Propos en russe au haut-parleur

Je ne suis nulle part,

et pourtant, je suis tout entier ici.

Je suis mort, mais je n'ai jamais été aussi vivant.

Il n'y a rien, mais il y a tout.

Et il se passe quoi après ?

Il y a quoi après la célébrité internationale ?

Après la prison ?

Après tout ce qui m'est arrivé ?

Peut-être que je devrais inventer une nouvelle religion

ou déclencher une nouvelle guerre.

C'est sûr qu'Eddie,

en "vrai héros" qu'il est,

ne peut pas mourir de vieillesse, dans son lit.

Ça serait si injuste.

Ça serait si laid.

- Vous pouvez signer mon livre ?

- Oui, bien sûr.

Raclement de gorge - Vous allez nous manquer,

Édouard Veniaminovitch.

Merci.

Cris de la foule

- Le premier pas vers la liberté !

Cris de joie

- Désolée, Édouard Veniaminovitch, on peut la refaire ?

Votre arrivée. On s'est trompés. - Oui.

-Édouard Veniaminovitch, juste une chose.

On peut vous mettre un micro ? - Oui, bien sûr.

En Russie, on dit :

"Si tu viens au bal, prépare-toi à danser."

Rires

- Prêts ? On la refait, s'il vous plaît.

Russian Dance (Tom Waits)

Action !

Cris de joie

Rodnaya Zemlya (Shortparis)

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