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-Au revoir. -Bonsoir.
-La Vierge à l'enfant, un sujet récurrent chez Raphaël.
-Ah ouais ? -Mm.
Tu vois la pomme, juste là ?
Ca, c'est le fruit du péché. Dans le jardin d'Eden.
Dans le pot, il y a le remède contre les morsures de serpent.
Contre Satan,
contre l'ange des ténèbres.
-Ah ouais ? T'écris vraiment des trucs comme ça dans ton bouquin ?
-Ouais.
Tu crois au diable ?
-Messieurs dames, le musée va fermer ses portes.
Veuillez regagner la sortie.
-On y va ?
-(Bouge pas.)
Chhh.
Il sifflote.
Des pas résonnent.
Eva !
Regarde, c'est du fake, ça ! Regarde, ça fait rien !
C'est du plastique !
Eva !
-T'es vraiment con ! -Non,
mais... -Putain, t'es con !
-Ca va ! -Ton week-end de merde,
tu te le fous où je pense ! -Calme-toi.
L'hôtel, c'est par là. -Ta gueule !
-Bon, démerde-toi.
Bip de message.
-Cette déclaration, il sait pas qu'il me l'a faite,
mais il me l'a faite. Je le sais !
"Il faut que je vous parle." C'est son texto. Je l'ai pas ouvert.
Quand il me verra, il va vouloir me la faire, sa déclaration.
-C'est bien ou c'est pas bien ? Quand vous voulez, lui,
il veut plus
et quand lui, il veut, vous savez plus.
-Je suis tétanisée, voilà.
Je traverse une période compliquée.
- J'ai perdu l'appétit, je dors plus. - Hoquet.
J'ai le hoquet depuis ce matin ! -Mme Chassagne, il faut manger.
Et il faut dormir, aussi.
C'est très important.
Sinon, je vois pas en quoi je peux vous aider.
Je comprends plus rien. -Je ne comprends pas
qu'un petit texto comme ça me mette dans des états pareils !
Je ne peux plus
collaborer avec lui. Je vais me mettre en arrêt-maladie
un ou deux mois. Et encore. -Mme Chassagne.
-Je vais prendre l'air.
-Elle t'a parlé de moi ?
-Hein ?
-Elle a parlé de moi ? -Non.
-Je lui ai envoyé un texto. Une fois parti, j'ai fait :
"Oh putain !"
-Elle n'a pas parlé
de toi. -Capitaine, la proc' au téléphone.
-J'arrive.
Je reviens. -Oui.
-Oui, madame la procureur.
-Il a parlé de moi ? -Alors, ça va pas être possible.
-Il a dit quoi ? -Pour vos angoisses,
c'est un psy qu'il faut voir.
Je dirige un service de la PJ. -Oui.
-Sinon, le congé, ce sera pour moi. -Oh non, non !
-Vous vous croyez où ? -Euh...
On a un homicide
au château de Chantilly. La proc' veut qu'on y aille.
- -Allez-y. - Hoquet.
Un verre d'eau
et on y va.
Allez, vraiment.
On y va. Allez, filez. Maintenant.
-Mme Chassagne, vous avez reçu
mon message, ce matin ? -Oui, mais je l'ai pas lu.
C'est pas le moment, là, capitaine. -Attendez.
Comment vous savez que c'est pas le moment si vous l'avez pas lu ?
-Ecoutez, je traverse une période compliquée. J'ai perdu l'appétit,
- je dors plus... - Hoquet.
Voilà !
Donc, c'est...
C'est bof bof.
Donc, si nos échanges pouvaient
se limiter au boulot et uniquement au boulot, eh ben...
Eh ben, ce serait super. D'accord ?
-D'accord, oui. -Merci.
-Capitaine, c'est fermé. -Oui, pardon.
("Bof bof" ?)
-Bonjour. -Bonjour.
Merci. -Tenez.
-Bonjour.
Merci.
-On l'a trouvée là ce matin. J'ai jamais vu un truc comme ça.
-Ah bon ?
-Faudra faire des photos, aussi.
-Le corps
a été déplacé ? Il était là-bas ? -Oui.
Il l'a poignardé là-bas et traîné ici pour faire sa mise en scène.
-Il était posé comme ça. -Je peux ?
-Oui, c'est bon.
-Aucune empreinte. C'est le tueur
qui l'a mis là.
Vasari.
Ca vous parle ? -Moi...
-Giorgio Vasari.
C'est un Italien du 16e. Ca a été le premier à écrire
des biographies sur les peintres.
Le livre a été corné à la page de Raphaël.
-OK. Et alors ?
Vous pensez
qu'il joue ? Il essaie de nous dire un truc ?
Mme Chassagne ? -C'est évident.
-Quoi ? -Mémorisez-le bien. Regardez-le.
-Oui.
-C'est bon ?
-Oui. -Venez.
C'est par là.
-Putain ! Il y en a jusqu'au plafond, c'est un truc de malade.
-Le duc d'Aumale a légué le château à la condition qu'on touche à rien.
C'est-à-dire tout ça, l'accrochage, il date de 1886.
C'est dingue ! -Oui.
-Oui, on se croirait au 19e.
-Le mec, il a fait toutes les brocantes de France.
C'est chargé, quand même. -C'est là.
Venez.
Regardez bien ce tableau.
C'est quoi ?
-Un Raphaël.
-Oui, OK, pas ça. Regardez le tableau. Que voyez-vous ?
-Un bébé. -Non, concentrez-vous.
-Je suis concentré. -La couverture.
-Oui. -Oui ?
L'oreiller. Vous l'avez ?
Le voile ?
Le voile vert.
-Ah, putain !
-Le tueur l'a imité.
Qu'y a-t-il ?
-Vous êtes forte.
-Merci.
-Ouais ?
-Vous êtes la dernière personne à l'avoir vu.
-Et il était vivant.
-Donc, il fait cette blague,
pas drôle, en effet. Et après ? -On s'est disputés
et après, je sais pas.
J'allais pas rester avec lui après ça.
-M. Bergman écrivait un roman policier
sur ce peintre ? -Je crois, oui.
-C'est Raphaël. Vous saviez s'il se servait
de ce tableau ?
On n'a retrouvé aucun manuscrit. -Je sais pas.
- Je le connaissais depuis 15 jours. - -Il partageait sa vie
avec une certaine Alice Laurent.
Vous le saviez ? -Oui.
-Elle était au courant
- de votre week-end ? - -J'imagine
que oui.
Nathan n'était pas du genre à prendre des gants.
-Je vois ce que vous voulez dire.
Vous avez étudié l'histoire de l'art ?
Paris 1 ?
-C'est là-bas que j'ai rencontré Nathan.
-Ce tableau-là, ça vous parle ?
-Euh oui. Oui, c'est...
"La Vierge de Lorette". Il a fait son mémoire de maîtrise dessus.
Pourquoi ?
-Ce tableau représente la Vierge avec son fils Jésus
qui joue
avec un voile. -Oui.
-Vous savez que ce voile
annonce la fin tragique du Christ.
C'est comme un linceul.
-Oui.
-Vous auriez pas essayé de le crucifier, votre joli coeur ?
Par jalousie ?
-Mlle Laurent, avez-vous une histoire avec ce tableau ?
-Mais non, je...
J'ai pas d'histoire avec ce tableau.
Ce tableau, c'était le boulot de Nathan,
c'est tout.
-Et dans son roman ?
- -Son roman ? - -Utilisait-il
ce tableau pour écrire son roman ?
-(Ah oui.)
Oui, d'accord.
C'est ça qu'il racontait à ses pouffiasses.
Qu'il écrivait
un roman.
-Il écrivait quoi ?
-Nathan, il écrivait rien du tout. Il était juste documentaliste.
Il faisait des recherches
sur Raphaël pour Patricia Richter.
-Pardon, pour qui ?
-C'est qui, ça ?
-C'est une romancière.
Vous connaissez pas ?
-Non, moi, je...
Mme Chassagne ? -Oui ?
-Qu'est-ce que vous faites ? -Je reviens.
Je viens de penser à quelque chose. J'arrive tout de suite.
-Lui, il a jamais rien écrit, en fait. C'est Ritcher, là.
-Richter.
C'est Patricia Richter. -Richter. Elle sort un best-seller
par an. Elle peut très bien payer un type pour faire des recherches.
-Rien dans l'ordi de Bergman ?
-Non. Sa meuf dit que Richter est parano,
qu'elle garde tout chez elle.
-Convoquez-la.
Je veux savoir ce qu'elle sait sur ce tableau.
-(Tu vois ? Depuis ce matin...)
(Elle est comme ça.) -Elle a mal dormi.
-Pas à moi.
-Restez discret. Je veux pas avoir toute la presse sur le dos.
-Oui, ça va, comme d'habitude. -Oui, mais je vous le redis.
Discrétion. Velours.
-Ca va, Mme Chassagne ?
On va en salle d'audition ?
Qu'est-ce qui... -Je prends l'air.
-Vous êtes à l'intérieur, là.
-Je suis un peu bof bof.
-Adèle.
Tu me la convoques. La victime bosse pour elle.
Elle crie. -Patricia Richter !
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Patricia Richter va venir ici ?
-Oui, elle va venir.
-OK ! J'appelle son éditeur. -Mais elle est si connue que ça ?
C'est Céline Dion ou quoi ? -Oui, elle est assez connue.
Elle écrit des romans à l'eau de rose.
James qui aime Kate, qui aime Peter. J'en ai jamais lu.
-Elle écrit les Michael Danavan. -Les quoi ?
-C'est son héros. Il résout des enquêtes. Il déchire.
-Ah oui ?
-J'adore. C'est canon.
- -Tu me la convoques ? - -Oui.
*-Et avec cette Mme Richter, alors, ça se passait comment ?
*Ils étaient proches ? -C'est bon.
Richter est convoquée.
Je vois déjà la dédicace : "Pour Adèle, ma fidèle lectrice."
Mme Chassagne,
faites pas genre ça vous fait rien. Je vous ai cramée.
James, Kate et Peter ? Les fans de Richter, je les vois à 200m.
Mais je peux comprendre : une grande chercheuse comme vous,
pour votre image, c'est pas le top.
J'aurais pas pensé ça de vous. -Non, je suis désolée,
mais je suis pas fan de Richter. -Mais vous en avez lu.
-J'en ai lu.
Mais j'en ai lu un ou...
Si j'en ai lu trois, et encore, c'est quand j'étais ado,
c'est le maximum.
-Non, mais détendez-vous,
ça reste entre nous. -J'espère,
surtout qu'il y a rien à partager.
-On a besoin de toi. -J'arrive.
-(Merde !)
-Ah, c'est elle.
Ah !
-Non, eh, Adèle... Adèle, c'est une audition.
Danavan, tu l'oublies,
et on fait notre boulot.
Efface-moi ce sourire, là.
Mme Richter ? -Oui.
-Cpt. Verlay. -Très bien.
-Mme Chassagne.
-Adèle Attias. -Bonjour.
Que s'est-il passé ? -On va vous expliquer. Par ici.
Adèle, tu vas prendre le dossier, s'il te plaît ?
-Capitaine ? -Oui ?
Excusez-moi.
Tiens.
Mme Richter, c'est confidentiel. Vous pouvez pas regarder ça.
C'est pas du tout...
-C'est exactement comme dans le roman
que je suis en train d'écrire.
-C'est-à-dire ? -De quoi ?
-Je fais mourir
mon héros comme ça,
en imitant le tableau de Raphaël.
"Michael Danavan gisait là,
"pâle et immobile, sur un oreiller blanc.
"Son sang entachait à peine
"le drap,
"les yeux mi-clos sous le voile
"qui lui servait
"de linceul."
Y a même
le livre de Vasari.
-Cette fin, vous en avez parlé à personne ?
-A mon éditeur.
Mais je vois pas pourquoi Thomas
aurait tué mon documentaliste.
-Mme Richter, Patricia.
-Pas de signature aujourd'hui.
-Le manuscrit ne sort jamais de chez vous ?
-Non, il reste dans mon bureau.
-Pardon. -Je suis maniaque sur le sujet.
Venez, vous allez comprendre.
-Pourquoi avoir tué Danavan ? -J'en ai écrit tellement.
Je devais passer à autre chose.
Je commençais à avoir l'impression de travailler.
-C'est ici que vous travailliez avec Nathan Bergman ?
C'était son bureau ?
-Oui.
On parlait de l'enquête sur Raphaël.
Il m'expliquait les tableaux.
Ses recherches restaient ici.
Le manuscrit est là-dedans.
Bip des touches.
-A part vous, qui a le code ?
-Personne.
Et je le change
tous les mois. C'est le seul exemplaire.
Je fais une sauvegarde tous les soirs et j'efface le texte
de mon PC. Je me méfie des piratages.
-Il a lu cette fin, N. Bergman ? -Evidemment, oui. Mais il savait
que s'il ne voulait pas être viré, il fallait qu'il la boucle.
-Le manuscrit n'est jamais sorti d'ici ?
-Je l'ai apporté à mon éditeur
et je l'ai rapporté ici le soir même.
Thomas est au-dessus de tout soupçon.
-Et vous ?
-Oui, qui connaît la fin, sinon vous ?
-Oui, je vois.
Là, vous vous dites que ce serait peut-être moi, la meurtrière.
-Vous étiez où, hier soir ?
-Ici.
Personne ne peut témoigner, j'étais seule.
Pas d'alibi.
-OK.
-Laissez-moi deviner.
Vous vous dites que ça pourrait être moi.
Mais pourquoi je vous aurais mis sur la trace de mon manuscrit ?
-Oui.
Mais vous vous dites aussi qu'avec mon esprit tordu de romancière,
ce serait dans mes cordes d'essayer de vous mettre dans ma poche
et d'éloigner les soupçons.
Ce serait même malin de ma part. Mais vous n'avez pas de mobile.
Et forcément, pour faire une bonne histoire,
il faut un mobile. -Ca, c'est vrai.
-Pourquoi
j'aurais tué mon documentaliste en imitant mon propre roman ?
-Mais pourquoi le meurtrier aurait-il mis en scène la fin
de votre roman ?
-Mme Richter ?
-Nathan avait vu que j'étais arrivée à la fin avec Danavan.
Il m'a suggéré d'écrire un dernier roman et de le faire mourir.
-Ce serait
une vengeance, c'est ça ?
On aurait tué Bergman parce qu'il a fait mourir Michael Danavan ?
-Qui d'autre savait ?
-C'était censé rester entre lui et moi.
-OK. Soit Bergman l'a ouvert, soit vos murs ont des oreilles.
Je pourrais interroger votre personnel ?
-Bien sûr.
Suivez-moi.
-Mme Richter,
la scène de crime,
tout ça, vous en parlez à personne.
-Vous me prenez pour une débutante ?
-Soit quelqu'un a lu le manuscrit, soit Bergman a parlé à sa femme.
-On peut pas le prouver.
On n'a pas de quoi mettre Alice Laurent en examen.
- On doit la relâcher. - *-Ah oui, bah putain !
- Je te rappelle. - *-OK, ça marche.
-Michel-Ange ?
Pourquoi ? Y a que du Raphaël.
-J'ai tellement admiré cet artiste.
-Oui. Vous vouliez même aller voir ce qu'il faisait
à la chapelle Sixtine et lui, il voulait que personne ne rentre.
-Un ami m'y a conduit en secret.
-Et ce que vous y avez vu, ça vous a absolument subjugué.
Vous avez été ébloui par son oeuvre au point de lui piquer ses idées.
Ce drapé, là,
gonflé par le vent.
Ca, c'est Michel-Ange. Et ça, c'est le vôtre.
Un tout petit peu pareil, quand même.
-Il m'a accusé de plagiat. Lui aussi, il a pris des choses de moi.
Il voyait en moi un rival.
-Car vous étiez très fort. Vous auriez pu imiter n'importe qui.
Même de Vinci, vous l'avez imité.
-Je voulais me mesurer à eux.
J'ai été leur meilleur élève sans qu'ils ne m'aient
jamais donné aucune leçon.
-"Ton peintre, c'est un voleur comme toi !"
-Personne d'extérieur
à la maison n'est rentré ici ?
- -Non. - -Mme Richter !
Capitaine !
-On est là, ici. -Bougez pas, j'arrive.
-Merci.
-Regardez
ce que j'ai trouvé. -"Ton peintre est un sale voleur !"
C'est l'écriture de Thierry, mais je vois pas pourquoi il a écrit ça.
-C'est qui, Thierry ?
-Thierry Françon, mon autre documentaliste, avec qui j'ai écrit
tous les Danavan. Enfin, hormis le dernier.
-Il a été
- écarté ? - -Non !
Il travaille sur un de mes autres projets de romans.
-Je sais pas
quel est ce projet, mais il a pas l'air super content, M. Françon.
-Bonjour.
-Vous avez bien
envoyé ça à Nathan Bergman ?
-Oui, c'était juste un peu de documentation
pour aider.
-Aider quelqu'un qui vous a piqué votre place,
c'est généreux.
-Surtout que c'était pas un cadeau, Bergman.
Il vous a envoyé
des petits mots doux. On a trouvé ça chez vous.
"En plein travail avec Patricia. Je pense à toi, Nathan."
Il vous nargue, là.
C'est pas très gentil.
-C'est méchant.
-Apparemment, ça lui faisait plaisir de vous enfoncer.
-Vous connaissez ce tableau, M. Françon ? C'est un tableau
de Raphaël : "Autoportrait avec un ami". Là, c'est Raphaël
et lui, on suppose que c'est
son ami, Giulio Romano, peintre aussi, mais surtout qui était
son plus proche collaborateur. Une sorte de...
Comment je pourrais dire ?
C'était une sorte
de fils spirituel, d'héritier spirituel.
Un peu comme vous auprès de Richter.
Tout ce que vous partagiez avec Patricia Richter,
elle le partageait
ensuite
avec Nathan Bergman.
-Ils couchaient ensemble ?
-Non.
-Comment vous pouvez en être sûr ? -Patricia ne pense qu'à ses romans.
Elle a besoin d'être admirée, c'est tout. Il lui faut sa...
sa cour.
Je savais que Patricia finirait
par s'ennuyer avec Nathan, qu'il tiendrait pas plus d'un livre.
-Sauf que ce livre, c'est... c'est devenu le dernier de la série,
finalement.
-J'ai votre portable, ici.
Avec ça, dedans.
*-Salut Thierry, c'est Nathan. C'est pour te dire que Danavan,
*c'est fini, quoi. Donc, tu vois, Patricia a suivi mes conseils.
*T'inquiète, elle le tue en beauté.
*Allez, à plus.
-Donc, il vous pique
votre romancière,
il bute votre héros.
Vous vous êtes
vengé.
-C'est pas moi qui ai fait ça. Tout ce truc avec le tableau
de Raphaël,
- je savais pas. - -Me dites pas qu'après ce message,
vous êtes pas allé vérifier
dans le manuscrit. -J'avais pas le code du coffre.
Et surtout, je voulais
- que Patricia me le dise elle-même. - -J'aurais dû prévenir Thierry.
J'étais tellement embarquée dans mon écriture.
Croyez-le ou non,
mais dans ces moments-là, plus rien n'existe.
-Françon pouvait être violent ? -Non. Travailler
sur des récits de meurtres
ne fait pas de vous un meurtrier.
Je veux savoir qui a tué Nathan.
Pour Thierry, vous vous trompez.
-Ah, oui ? Vous seriez surprise de tout ce qu'on découvre
sur certains individus après une nuit de garde à vue.
-Si Thierry avait tué quelqu'un,
aurait-il laissé toutes ces traces ?
Si j'avais écrit ça,
il m'aurait tout fait jeter. C'aurait été très mauvais.
-Même si vous trouvez ça décevant,
un bon mobile, ça fait souvent un bon meurtrier.
-Avez-vous lu
mes romans ? -C'est-à-dire, je...
Je... J'ai commencé un...
Non. -Vous ne savez rien de Thierry.
Il faudrait maîtriser le sujet. Je vais vous en faire déposer
quelques exemplaires.
- -C'est gentil. - -Vous serez surpris
de tout ce qu'on peut découvrir par la lecture.
Bonsoir, commandant.
-Bonsoir.
-Michel-Ange.
Quand vous peignez
"L'école d'Athènes", ce personnage, là,
c'est Héraclite. Vous lui avez donné les traits de Michel-Ange.
C'était votre exact opposé.
Lui, il était ombrageux, extrêmement colérique.
Il était même carrément asocial.
-C'est fou, je l'ai peint et il m'a toujours considéré comme son rival.
-Il y a même une histoire fameuse :
en 1517, Jules de Médicis vous commande cette transfiguration-là,
et exactement
au même moment, il va demander à un autre peintre, un autre tableau,
histoire de bien vous mettre en compétition.
-Sebastiano del Piombo.
Un très bon peintre et un très bon ami de Michel-Ange.
-Oui, parce qu'en fait, Michel-Ange l'a aidé en secret.
Donc, en face de vous, vous aviez pas un maître, mais deux maîtres.
-Je savais que je risquais ma réputation.
-C'est pas votre réputation que vous avez risquée,
c'est votre vie.
Parce que vous vous êtes tué à la tâche, tout bonnement.
Mort avant de terminer votre tableau.
Vous aviez...
-37 ans.
-Vous aviez 37 ans.
-Toc toc.
-Que faites-vous là ?
-Ca va mieux ?
-Euh... -Vous aviez pas l'air...
-Oui, je vous remercie.
-Si vous êtes pas bof bof,
alors, j'aimerais vous parler.
Comme ce matin,
je vous ai envoyé un message... -Y a quoi, dedans ?
-Ben... Plein de trucs, c'est compliqué...
-Y a quoi, dedans ? Dans cette boîte ?
-Ah ! -Oui.
-Tous les Danavan.
C'est Alex qui veut qu'on les lise.
Enfin, le dernier
et les autres. Y a "Un givré bien refroidi", "La chute d'airain".
Et le dernier,
"Mission Raphaël",
en exclu.
-Pourquoi moi ? -Il veut qu'on maîtrise le sujet.
C'est rapport à Françon. Il veut qu'on les lise
pour capter sa psychologie.
-D'accord. OK. -Celui sur Raphaël, c'est un peu
votre partie.
Donc, vous devriez le lire. -Ah non !
Moi, je... Non. Je connais à peu près tout sur Raphaël,
donc si je dois me farcir la psychologie de Patricia Richter...
-Vous avez un problème avec ces bouquins ?
-Pas du tout. Absolument pas.
Lisez-les, vous apprendrez
2, 3 trucs sur Raphaël, mais moi non.
Non.
Il soupire.
-Alors...
"1982. Michael Danavan songe à se retirer,
"mais il accepte une ultime mission :
"retrouver un tableau du célèbre peintre Raphaël."
Pourquoi tu l'as acceptée, cette mission, avec ta tête de gland ?
Michael Danavan.
"Au lieu d'être
"sous les tropiques,
"je me retrouvais au Louvre pour mon enquête."
-Au lieu d'être sous les tropiques,
je me retrouvais au Louvre pour mon enquête.
Même les spécialistes
ne savaient pas où avait disparu ce foutu portrait.
Les tableaux de Raphaël semblaient me dévisager d'un air narquois.
Mais il fallait laver
l'honneur d'un homme. Sa fille en personne me l'avait demandé.
Barbara.
J'aimais bien Barbara.
Cette histoire la rendait nerveuse et je voulais l'aider.
C'est Jason
qui lui avait parlé de moi.
-Jason et Barbara. Putain, au secours, c'est pas possible.
"Je savais
"que Jason était fou d'elle.
"Comment dire à Barbara qu'elle se mentait à elle-même ?
"Bien qu'ayant refusé ses avances, son coeur brûlait pour lui.
"Dans son bureau,
"Barbara ne voyait pas que Jason la dévorait des yeux."
Barbara.
-Jason !
-On va sortir votre père de là.
Je vous laisse.
-Jason.
-Oui ?
-Je pensais qu'après ce qui s'était passé entre nous,
vous me détesteriez.
-Non.
Je serais toujours là pour vous.
Toujours.
"J'ai besoin de vous, Jason."
"Si vous saviez comme je souffre."
Je ne mange plus.
"Je ne dors plus."
Je sens votre coeur
battre contre le mien, Jason.
-"Je serais toujours là pour vous."
-"Merci.
"Oh, Jason..."
-Salut.
-Eh ben, ça va, vous maîtrisez le sujet Richter.
-J'ai commencé à lire.
J'ai pas fait que commencer, j'ai presque tout lu.
-Ah bon ? -C'est pas si mal. Surtout
les histoires
d'amour.
-Ah bon ?
-Oui.
Dans le dernier, par exemple,
y a une femme qui dit non à un homme.
-Très original.
-Oui, mais enfin, elle le vit... Elle le vit mal, très mal.
Elle se rend compte qu'elle est amoureuse de lui.
Mais... elle veut pas se le dire.
-OK.
-On comprend que...
Qu'elle se ment un peu à elle-même.
-OK.
OK.
-Et du coup, elle mange plus...
Hoquet.
Ne dort plus.
Elle est très mal.
Elle est bof bof.
Vous voyez ce que je veux dire ?- ...
Dès que je vais m'approcher de vous, vous allez avoir le hoquet ?
-Non, pas du tout. Ne ramenez pas tout à vous.
Ca n'a vraiment rien à voir avec vous. Je sais pas ce que j'ai.
-(Et là ?)
Hoquet.
-Capitaine, Mme Chassagne.
-Oui, j'arrive.
-Vous allez où ?
- -C'est une influenceuse littéraire. - Hoquet.
Ca a été posté il y a 48 heures.
*-Hello, les amis ! J'ai une exclu de malade à vous partager.
*Devinez ce qu'on m'a envoyé il y a 1h.
*Un manuscrit qui parle de votre héros préféré : Michael Danavan !
-Le manuscrit de Patricia Richter ? -Elle détaille la mort de Danavan.
*-"Michael gisait, pâle et immobile sur un oreiller blanc comme neige,
*"les yeux clos..." -Et cerise sur le gâteau...
Avance rapide.
*-Alors, pourquoi elle a fait ça ?
*Pour ce dernier opus, elle a un nouveau documentaliste.
*J'aimerais le rencontrer.
-Elle a posté ça, avant le meurtre. -Excuse-moi, 150 000 personnes
ont vu cette vidéo ?
-Oui. -Et ont pu imiter le tableau.
-150 000 suspects.
C'est qui, le type dans mon bureau ?
-L'éditeur de P. Richter. C'est lui qui m'a dit pour l'influenceuse.
-Tu me le dis pas ?
-L'éditeur est arrivé. -Voilà.
M. Sarkis.
-Bonjour. -Cpt. Verlay.
-Bonjour. Florence Chassagne.
-On vient de voir la vidéo de l'influenceuse, là.
Asseyez-vous.
Si c'est un fan qui a tué Bergman, c'est que c'est un obsessionnel.
Il a cherché à rentrer en contact avec Patricia Richter avant.
-Peut-être, oui.
C'est sur ses réseaux qu'elle reçoit le plus de messages.
-On pourrait les lire ? -Bien sûr, je vous transmets ça.
-Si on peut y jeter un oeil.
-Dis-moi comment ça a pu arriver. -Patricia.
-Tu es le seul
à avoir eu le manuscrit.
-Que s'est-il passé ? -Quand j'ai lu la fin,
j'ai eu besoin d'un remontant. Je suis allé au café.
J'ai oublié le manuscrit sur la banquette.
-T'as fait quoi ?
-Je m'en suis rendu compte, je suis revenu
et il y était toujours. -Ca a duré combien de temps ?
-10 à 15mn. -Il peut se passer plein de trucs.
-Tu réalises que Nathan est mort à cause de cet oubli stupide ?!
Excuse-moi. C'est ma faute aussi, j'aurais jamais dû écrire ça.
-Je suis désolé.
-Vu les circonstances,
je dois vous mettre sous protection.
Je vous demande de rester ici en attendant.
-Combien de temps ?
-Non, mais jusqu'à ce soir. Ce soir, vous aurez une escorte.
-"Si Nina Plume dit vrai, c'est nul.
"Michael ne mérite pas ça ! J'espère que c'est de l'intox."
-C'est dingue !
En dessous du poste de Richter, y a plus de 10 000 commentaires.
-Excusez-moi, on cherche un obsessionnel, on est d'accord ?
-Oui. -Ils le sont tous.
Ils écrivent des lettres d'amour à un personnage fictif.
Des dingos !
-Totalement. -Ils disent leurs sentiments, eux.
-Mme Chassagne.
Je peux vous parler ? -Pas le temps.
-Juste 1mn.
C'est pas long. -1mn.
-Il faudrait expertiser ce tableau pour une autre enquête.
-Non, Adèle, j'ai trop de travail.
-Donc, je peux appeler votre père ? -Mon père ?
Mais tu crois pas que j'ai assez
de problèmes ? -Bon, ben tant pis.
-C'est le livre de Richter ?
-Ouais.
La fin est pourrie, mais l'histoire d'amour entre Jason et Barbara...
Ooh ! Une dinguerie !
-Je peux voir ? -Je dois le ramener à l'éditeur.
-D'accord.
(Approche.)
(Est-ce que tu peux me le prêter ?
(Tu me le prêtes jusqu'à ce soir et je te jure
(que je te le rends.) -Donc, je peux appeler
votre père ?
-Tu peux l'appeler.
-C'est de la bonne.
-Rectification, c'est pas pour mon usage personnel, c'est vraiment
pour le travail. -Ouais, on se sait.
Elle lit à voix basse.
"Barbara et moi étions plus forts que jamais...
("Barbara s'accrochait à Jason...)
"Barbara s'accrochait à Jason comme s'il n'y avait que lui au monde,
"sans voir l'évidence du sentiment qu'elle avait pour lui."
(What ?!)
(La salope !)
La salope !
Où est la fin ?
("Barbara était terrorisée, mais dans les bras de Jason,
("c'était soudain comme si elle s'était sentie invulnérable.")
Tir.
-"Ils sont partis."
On risque plus rien. -J'ai eu si peur.
Touchez mon coeur. Il bat à tout rompre.
-"Oui, je le sens. Barbara,
je serai toujours là pour vous.
Vous êtes ma vie.
-"Ne pouvant plus résister...
"Barbara embrassa Jason
"dans un élan passionné."
Qu'est-ce qui nous arrive, Jason ?
-Je crois que c'est l'amour.
-"Tous deux s'abandonnèrent l'un à l'autre."
Votre bouche...
-La vôtre...
-Ah, Jason.
-Ah, Barbara.
-"Comme un abandon trop longtemps retenu,
"la digue lâchait enfin.
"Oh, Jason...
Oh, Jason...
-Oh, Barbara. -Oh, Jason...
"C'était comme si tout le mal-être de Barbara
"s'était soudain envolé.
"Elle avait enfin cessé de se mentir à elle-même."
(C'est de la merde !)
C'est un torchon !
Elle est conne, cette Barbara !
-Mme Chassagne ?
Qu'est-ce que vous faites ? -Eh bien...
Je suis allée dans les scellés, parce que... vous vous souvenez
de cette histoire de faux pharaon ?
-Euh... Je ne sais plus. -D'accord.
Voilà, c'est tout. -OK.
On a trouvé un truc sur l'Insta de Richter. Venez.
Vite, si possible. -Après vous.
-C'est là-bas.
-Jason.
-Ah ! -C'est là.
-C'est là.
Regardez. Là. -"Alors, Richter,
"tu vas faire comment sans ton documentaliste ? Tu vas
"m'écouter moi."
-Un certain Michael-est-vivant-87 a posté ça il y a deux heures.
Et si on clique
sur le lien, là... -C'est "Le Grand saint Michel".
-Et alors ?
-C'est un tableau de Raphaël.
Et là, l'archange saint Michel. Là, il tue l'ange du mal qui, lui-même,
s'est rebellé contre son dieu.
-Dans le roman, Danavan est dans le Louvre et voit ce tableau.
-Ah bon ? -Oui.
-Y a un message dessous.
-"Michael Danavan, comme saint Michel,
"est immortel.
"Si jeudi à 11h00, vous ne sauvez pas Michael en réécrivant la fin,
"vous aurez un 2e meurtre sur les bras."
-(Putain.)
-Bon...
-Il veut que je réécrive la fin pour demain ?
Un forcené va me dire quoi écrire ?!
-Il se prend pour le saint Michel de ce tableau qui tue l'ange.
Il va sans doute tuer encore. Il se croit investi d'une mission,
d'un truc
mystique. -Formidable.
-Il faut réécrire. On peut pas prendre ce risque.
Il faut pas tuer Danavan. -Ils ont pas pu remonter le lien.
Vous aviez une rencontre avec vos fans à 15h ?
- -On va l'annuler. - -Non.
Vous allez y aller tous les deux, interroger les fans
et trouver ce Michael-est-vivant-87.
- -Moi aussi ? - -Oui.
-OK. -On va amener
votre ordinateur.
- -Apporter. - -Apporter.
-On fait souvent
l'erreur. -Un café ?
-Vous me l'apportez ? -Je vous l'apporte.
-"Elle voulut savoir qui j'étais.
"Cette connaissance augmenta son affection.
-Regardez. -Ecoutez ça.
"Elle fut flattée d'avoir fait la conquête d'un amant tel que moi."
-Stop ! -C'est pas mortel ?
Quoi, stop ? -J'en peux plus de Richter.
-OK.
-Vous allez pas me raconter tous les Richter que vous avez lus.
C'est pas possible. -Je vous lis juste un passage
que j'ai bien aimé. -Je comprends pas que vous aimiez.
C'est un ramassis de clichés. C'est cucul la "praloche" !
-Cucul ? -Oui, cucul !
-Deux personnes qui mettent du temps à réaliser qu'ils s'aiment,
- je... - Hoquet.
-Qu'en savez-vous ? Vous les avez pas lus.
-Eh ben... Je le sais parce que l'avantage de ces bouquins,
c'est qu'on sait ce qu'il y a dedans avant de les lire.
-Pardon. Excusez-nous de vous déranger.
Police... Police judiciaire.
L'un de vous connaît-il...
-Un compte Michael-est-vivant-87 ? Tiret 87.
-C'est un compte fan.
-Je connais un Danavan-is-alive.
-Là, c'est Michael-est-vivant-87. Personne ne connaît ?
-Danavan...
voyait la mort en face.
"...la mort en face."
Il n'y avait plus... aucune issue.
-C'est pas possible.
-Bonjour, Victor.
J'ai rendez-vous, là, avec le lieutenant Attias.
C'est pour une expertise. -Oui.
Ne bougez pas. Je vais la chercher.
-Il fallait pourtant...
qu'il s'en sorte.
Oui.
Comment ?
-"Patricia Richter".
"Ne m'enterre pas encore."
"L'été meurtrier semblait sans fin.
"Son corps était alangui, écrasé sous une hypnotique torpeur."
Elle écrit vraiment comme un pied.
"Sous sa chemise,
"son revolver glissait sur sa peau luisante de sueur."
Un style pareil, y a pas de mots.
C'est...
-C'est ?
J'aurais aimé
entendre
la suite. Un si grand admirateur.
-Oui, bonjour.
-Enchantée.
- -Pierre Chassagne. - -M. Chassagne !
Bonjour.
Vous vous êtes présentés ?
-On allait. -Oui.
-P. Chassagne, P. Richter.
C'est elle qui écrit les Danavan. -Oui.
-Le héros qui s'en sort toujours.
-Oui.
-Vous venez ? -Oui.
-Une dédicace ? Avec grand plaisir.
-Commandant ? -Oui ?
-On a un nouveau message du tueur.
-J'appelle Verlay.
-Merci beaucoup, messieurs dames. Excusez-nous pour le dérangement.
Oui, Alex ?
-On a un nouveau message du tueur. Je te l'envoie.
-"Vous êtes derrière votre clavier, Mme Richter ?
"Il vous reste 19 heures." -Montrez l'image.
C'est un autre saint Michel peint par Raphaël.
-Alex,
*on te rappelle. -OK.
-"Michael Danavan
"marche au milieu
"des deux anges de lumière." -Sûrement les deux saint Michel
peints par Raphaël.
-Quoi,
celui-là aussi, il est au Louvre ? -Oui. Je vais vous montrer.
Vous voyez ?
Le premier. Et là, c'est le 2e. Dans la Grande Galerie,
y en a un à droite, un à gauche.
-Comment le tueur peut-il
le savoir ? -Il est allé au Louvre.
-Quoi ? -Il vu la vidéo de l'influenceuse
et a voulu marcher dans les traces de son héros. Il est allé au musée.
-Alors, il a forcément été filmé par les caméras de surveillance.
Je demande à la proc' de récupérer les vidéos.
A voix basse.
-C'est quoi, ça ? C'est n'importe quoi !
-C'est vous, l'auteure ? -Qu'y a-t-il ?
-C'est nul !
-Non, mais ça va ! Vous vouliez que Danavan soit vivant. Voilà.
-Mais pas comme ça ! Là, y a aucune surprise. On n'y croit pas. C'est
merdique !
-Vous pourriez être critique littéraire !
-Je sais ce que je dis. Si on poste ça, il y aura un autre mort !
-Il faut prendre le tueur au sérieux.
-Merci.
-Il reste 19h. Vous pourriez peaufiner.
-Ca va, c'est pas
pour le prix Goncourt. -Si c'est pas bon,
il faut recommencer. -Vous croyez que c'est facile ?!
Un roman, si on change un élément, tout le reste bouge !
Là, il faut tout reprendre.
-Un petit café ?
-Voilà les dernières 48 heures dans la Grande Galerie.
-Super ! -On accélère
ici. -Ca marche.
-Appelle-moi quand vous avez fini. -Bien sûr.
- Merci beaucoup. - -Oui, merci.
-Là, le "Petit
- "saint Michel", et là, le Grand. - -Notre cinglé
s'est forcément arrêté devant.
Vous pouvez zoomer sur lui ?
Imprimez ça.
-Ca sort ?
-C'est net.
-Pierre,
la Renaissance italienne... -Ma spécialité.
La haute Renaissance.
-OK, très bien. Raphaël, là, il a peint la même femme ou pas ?
C'est pour mon roman. Une réponse simple.
-Oui.
C'est très intéressant. Il y a débat.
-OK. -Il y a
des études qui disent que c'est la même femme.
-Stop. Si certains le disent, ça me suffit.
Merci beaucoup.
Danavan
ne pouvait s'empêcher de regarder cette femme voilée,
vieille de cinq siècles,
qui semblait le dévisager. -Il faut dire
que c'est la femme que Raphaël aimait en secret,
- car il était fiancé à la nièce... - -J'écris un roman,
pas un livre d'histoire.
-Vous permettez que je jette un coup d'oeil ?
Comme je suis là, autant pas écrire d'âneries.
Alors...
Ouais ?
-Non... -Là, regardez.
Là, on n'est pas sûrs que c'est la même femme.
Si c'est pas la même... -Ca ne change rien.
-Mais si. -Non.
Mon récit ne parle pas de ça.
-Elle.
Vous voyez ? Elle a l'air chelou.
-Sur le "Petit saint Michel".
Et voilà ! Elle va
au 2e saint Michel.
-Zoomez ça et imprimez-le.
La qualité est parfaite.
On la voit bien.
-Pourvu qu'elle soit physionomiste. -Oui.
-Je peux pas écrire ! -On ne transige pas
avec l'histoire !
-Qu'y a-t-il ? -Elle a voulu de l'aide.
-Il m'a tout démonté !
Vous êtes un cauchemar. Pire qu'une page blanche.
-C'est toujours mieux que vos inepties.
-Pardon ? -Ecoutez,
on a du nouveau et on a besoin de vous.
-Eloignez-moi de lui !
C'est par où ? -Dans mon bureau.
Vous êtes grave, vraiment.
-T'y es allé fort.
-Ses livres sont nuls !
-Je sais.
-Et c'est des best-sellers ! -Je sais aussi.
-Je vois bien le genre de ses lecteurs :
zéro culture, pas de vie sentimentale.
Non, franchement, ça fait peur.
T'es pas d'accord ?
-Elle, sa tête me dit quelque chose.
-OK, vous êtes sûre de vous ?
-Je me souviens. Je l'ai vue à plusieurs séances de dédicaces.
Avec 5, 6 bouquins à faire signer. -D'accord.
Vous avez son nom ? -Non, ça, je sais pas.
-Dans tous vos fans,
y en a sûrement un qui la connaît. Je vais balancer sa photo
sur les réseaux.
-J'espère que vous la coincerez. -Votre roman, vous en êtes où ?
Il nous faut ce texte, Mme Richter.
-Oui. Sinon, elle tuera quelqu'un.
-Bon... On va vous raccompagner. -Oui.
-Deux agents vont rester avec elle. -Oui.
-Je préfère rester ici.
J'ai commencé à écrire ici et... je me sens bien dans votre bureau.
-Ben, pas de problème.
Aucun souci. Très bien.
-Je viens de créer un nouveau personnage.
-Ah ? -Mm.
Il vous va très bien, ce gilet.
- -Merci. - -Si j'ai besoin de renseignements
sur le tableau de Raphaël, pour cette nuit, on fait comment ?
*Musique dans le casque.
*...
Aucune issue.
Non, ça marche pas.
On s'ennuie. Y a quelque chose qui bloque.
Si Danavan ne meurt plus, autre chose doit arriver.
Une autre épreuve. Si vous avez une idée, c'est le moment.
-Si vous me demandez : Jason et Barbara ne finissent pas ensemble.
-L'épreuve, ce serait l'amour impossible
entre Jason et Barbara.
Pourquoi Barbara dirait non à Jason ?
-Elle se méfie.
Le coup de l'homme idéal, elle a déjà donné.
Voilà, c'est tout.
-D'accord.
Donc, une grosse déception amoureuse dans le passé
qui l'aurait marquée au fer rouge.
Et depuis, elle n'arrive plus à dire oui.
-Voilà.
Exactement ça.
-Mm mm.
-Vous pensez que cette nouvelle fin va régler le problème ?
-Absolument.
Je me dis qu'il va lire la fin
et se dire : "Il faut que j'arrête de lui faire des sous-entendus,
"que j'arrête d'essayer de lui faire ma déclaration."
-Un amoureux ne lâche pas si facilement
l'objet de sa passion.
Il recommencera d'une autre façon. -Ah bon ?
-Bien sûr.
-J'ai pas d'autre solution. A moins de lui dire :
"Il faut que je vous parle franchement. Je suis traumatisée,
"je suis incapable de construire une relation avec un homme."
Ca, c'est même pas en rêve.
-Pourquoi pas ?
-Non.
Vous lui avez dit la vérité, vous,
à votre fiancée, la nièce du cardinal Bibbiena ?
-Non.
-Mais elle, elle s'est pas fiancée avec un sale type.
Elle était pas avec un pervers manipulateur.
-C'est ça.
Il vous a coupée de vos amis ?
Il contrôlait vos sorties ?
Il vous disait comment vous habiller,
quoi penser ?
Vous étiez sa chose ?
-J'étais sa... toute petite chose.
J'arrêtais pas de lire du Richter.
Je croyais à l'homme idéal.
J'étais trop con.
-"Des murmures
"se glissaient dans l'air épais de mystères." J'adore !
-Alors, vous en êtes où ?
-On en est que Jason et Barbara ne finissent plus ensemble.
-Et ça marche ?
-Ca déchire !
- Ca, c'est du Danavan ! - -Bravo.
On tient le bon bout.
-Quand j'ai vu la photo sur les réseaux, j'ai pas tilté.
Mais là, j'en suis sûr,
je lui ai parlé à une dédicace, l'année dernière.
Elle s'appelle Charlotte. -OK, je vais noter ça. Charlotte
comment ?
-Ca, j'en sais rien.
On se parle de Michael Danavan, on se raconte pas nos vies.
Contactez ce type.
Il a organisé la dédicace.
Il doit encore avoir les noms.
-Il reste un dernier chapitre ? -Oui.
J'ai plus que 2h, je sais. Je bois un café et j'y retourne.
-Charlotte Vallet. Elle travaille
dans une agence immobilière à Sèvres.
-OK, on fonce.
-Allez.
-Bonjour. -Bonjour.
-Bonjour.
Capitaine Verlay. -M. Laurin. Bonjour.
C'est par ici.
Voilà, c'est vide.
Comme je vous le disais, elle fait du gardiennage pour nous.
Ca rassure les clients.
-Vous ne l'avez pas contactée ? -Non.
-Mme Vallet ?
Police !
- Il frappe. - Mme Vallet ?
(Venez, ouvrez.)
Antoine, viens.
Antoine. Viens voir.
"Voile = linceul."
C'est elle. J'appelle
la proc'.
Allô ? Madame la procureur ?
C'est bien Charlotte Vallet. Il nous faut un mandat de recherche.
-(Et merde !)
Alex.
-Je vous rappelle.
Françon est
le prochain.
-Vous êtes sûrs de vous ? -C'est le seul moyen de la coincer.
-Si on lui envoie la nouvelle fin, on la retrouvera jamais.
-Voilà.
-"Je refuse. La culture nourrit
"les gens, vous, vous les tuez.
"P. Richter." C'est parfait.
-On vous entendra
comme si on était avec vous. Grâce à ça.
Donc, ne vous inquiétez pas. Je vais vous l'installer.
*-On est là, M. Françon, ne vous inquiétez pas.
*Vous faites comme si de rien n'était.
*-A tous, Françon est rentré. Je répète, Françon est rentré.
-OK, bien reçu.
*-Tenez-vous prêts.
-OK.
*...
Pas dans des escaliers.
*...- ...
*...
*Claquement.
*...
-C'était quoi ?
-Personne n'est rentré ? -Non, personne.
Soyez prêts.
-M. Françon ? -Non !
*Non !
-On y va !
-Laissez-moi !
Je vous en supplie !
Laissez-moi !
Non, non !
Non !
*...
Elle s'est jetée sur moi.
*...
-(Oh, putain !)
Alex !
-Je me suis juste défendu.
*...
Je suis désolé.
Je voulais pas.
Je suis désolé.
Je voulais pas.
-Elle est morte. -Non !
-J'appelle
une ambulance. -Je sais pas ce qui s'est passé.
Elle était complètement folle.
- J'ai cru que... - -Amenez une ambulance
au 84, rue du général Crépin, à Sevran.
Dépêchez-vous, c'est urgent.
Sirène.
-Chambre, en haut à gauche : claire.
-Non, on sait pas comment elle est rentrée.
*-Vous savez pas. C'est ça, votre réponse ?
*Notre principal suspect est mort et vous, vous savez pas.
-On va vous apporter des réponses.
On va trouver.
*-Non, vous allez pas trouver, vous trouvez !
*Je veux une réponse rapidement ! -Très bien,
madame la procureur. Vous aurez un rapport demain matin.
*-Je compte sur vous, commandant.
-Alex, descends à la cave.
-J'arrive.
-Je suis là !
Viens voir.
-Oh, putain.
-Elle était déjà là.
Elle l'attendait.
Regarde.
-Tout le temps où on cherchait Charlotte Vallet,
elle était chez François ? -Oui.
Je comprends même pas comment elle a eu l'idée de faire ça.
-Elle l'a lu.
Dans "Visée nocturne", un roman que j'ai écrit
il y a 10 ans.
Décidément,
si j'avais imaginé que mes romans serviraient de manuel...
Il me reste plus qu'à vous dire au revoir.
Et merci.
Merci à vous deux.
Et... Il est charmant, hein.
Je suis sûre que ça collerait bien, vous deux.
-Qu'a-t-elle dit ?
-Qu'en marchant, ça irait
mieux. -Mm.
-Oui, c'est bizarre.
Capitaine, à propos de ça, je...
Vous avez lu la nouvelle fin
du roman ?
-Oui. -Je trouve ça bien
que Jason et Barbara ne finissent pas ensemble.
-Ah bon ? -Oui. Pas vous ?
-Ben, non.
-C'est plus réaliste.
Vous y avez pas plus cru ? -Non, je préférais l'autre fin.
-Je trouvais ça super cliché. -OK. Peut-être que je suis cliché.
-Vous aimez les fins au crépuscule,
avec votre femme en amazone.
Ca vous plaît ?
-Ben je... Oui. Peut-être que je suis comme ça.
-D'accord.
-Moi, je suis du genre à faire des déclarations.
Je...
-Capitaine, les scellés qui viennent de chez Françon
sont arrivés.
Vous les regardez avant que ça parte au labo ?
Capitaine...
-Je...
-Il y a aussi les PV à signer pour établir sa légitime défense.
-Oui. -Venez, alors.
- -Ben oui. - -Oui ?
- -Oui. - -Oui ?
-Oh, putain !
Pourquoi tu fais pas ça tout seul ? On n'est pas à deux secondes près !
Bref, c'est quoi ?
-Il faut une signature, là.
Très bien. Et là aussi.
Voilà, on n'a pas fini.
-Capitaine, vous voyez ce ruban bleu ?
-C'est dans un tableau de Raphaël, "La Fornarina".
Regardez. Là,
sur son bras, ce ruban bleu.
C'est bien le même ? -Oui.
Carrément. -C'est
à qui, ça ? -Euh... "Agenda T. Françon."
-De Françon ? -Oui.
-Il travaillait pas sur Raphaël.
-Yes, merci.
Une facture
pour 1m de ruban.
-Richter fait allusion à ce ruban dans son livre ?
Dans "Mission Raphaël", elle en parle ?
-Vous avez raison, ça me parle.
Ca me parle. C'est au début.
-OK, je vous explique.
La Fornarina, c'était une fille du peuple, dont il était fou amoureux.
Comme c'était une fille du peuple, il pouvait pas l'épouser.
En plus, il était déjà fiancé. Enfin, peu importe.
Regardez. Vous voyez ce ruban avec écrit
- "Raphaël" ? - -Raphaël.
C'est une manière de lui dire : "Tu es à moi." Je le dis pas bien,
mais vous avez compris. C'est... un mariage de peinture.
-Là : "Un cinglé jaloux d'une meuf qu'il étrangle
"avec ce ruban." -"Pour crier au monde qu'elle était
"à lui." -"A lui."
Oh, la vache !
-J'ai donné congé au personnel.
Je trouvais pas les coupes. -Qu'est-ce qu'on fête ?
On garde quelle fin pour Danavan ?
-Regarde. C'est l'exemplaire qu'on n'a pas envoyé à la tueuse.
L'unique exemplaire de la version où Danavan est sauvé à la fin.
-Putain !
Françon est le meurtrier.
-Il détestait Bergman.
-Il est temps de passer à autre chose.
-Il savait que ça serait le premier suspect.
Il a fait exprès de nous mettre
sur une fausse piste.
-C. Vallet.
-Une femme un peu à la masse, un peu isolée. C'était parfait.
Il a trouvé un prétexte pour aller chez elle.
Il lui a raconté la mort de Danavan.
Il l'a envoyée au Louvre sur les traces
de son héros.
Il l'a gardée pendant trois jours chez lui alors qu'il savait
qu'on allait l'arrêter.
Et il a effacé
les traces. C'était le seule témoin.
Il l'a séquestrée et sortie de sa cave
quand il en a eu besoin.
*...
-Il a jamais accepté que Richter le remplace par Bergman.
Il considère que Danavan, c'est sa créature.
-Maintenant, il va s'en prendre à Richter.
Vibreur.
-Ah !
-Non ! Ah !
-Police ! Lâche-la !
Mets les mains sur la tête, dépêche-toi.
Tourne-toi !
Dépêche-toi !
Sarah, passe-lui les menottes.
Vas-y, Sarah, vas-y.
-Ton bras !
-Appelle une ambulance.
-Mme Richter ?
On est là.
Ca va aller.
-(Je suis dégoûtée.)
-Votre père, fier de moi ? -Oui, il vous a instruit.
-Elle l'a fait.
Elle l'a tué.
-Quoi ? -Elle l'a tué.
Danavan est mort. J'ai l'impression d'avoir perdu mon meilleur ami.
- Je suis déprimée. - -Mais non.
C'est pas grave. Tu vas en retrouver un autre.
-Tiens. -Hein ?
-Je vais taper des PV, ça me fera du bien.
-Très bonne idée. -Oui.
C'est pas si nul
comme fin, en fait.
-Ah bon ? -Oui. Enfin,
la nouvelle fin, elle est pas si mal.
Barbara finit pas avec Jason, mais lui, il l'accepte.
Ils sont pas ensemble,
mais... ils...
Ils continuent de se voir.
Ils...
-Ils se quittent pas. -Ils se quittent pas, c'est ça.
Ils se quittent pas.
-Ils sont là.
Ca me fait tellement plaisir de vous voir.
Eh oui !
Vous aviez raison, ils sont... -Ils sont surpris, oui.
Ca se voit.
-Ca, oui, c'est une surprise. On est ravis de vous voir.
-J'allais pas lâcher l'équipe. En plus, maintenant, j'en fais partie.
-Ah bon ? -Quasiment.
Quasiment. Le prochain roman de Patricia, enfin de...
de Mme Richter, se passera à l'OCBC.
Donc, elle va passer un peu de temps avec nous pour s'imprégner,
pour s'inspirer des lieux. -D'ACCORD.
-C'est bon pour l'image du service. Et la femme
du ministre est une admiratrice.
-Si c'est une admiratrice... -Mon enquête va se dérouler
dans le milieu de l'art et je pense
ajouter une grande
histoire d'amour. -Formidable.
-D'accord.
- -Comment... - -Une histoire d'amour...
-Je pense reprendre l'aventure entre Jason et Barbara.
Quelque chose me dit que leur histoire n'est pas terminée.
Excusez-moi. Est-ce que je peux...
-Oui. Vous êtes chez vous.
Bonne nouvelle, non ? -C'est une blague ?
-Ca va aller. -C'est une blague.
-Non, ça va être
très chouette.
Allez-y, installez-vous.
Vraiment comme à la maison. Vous voulez un café ?
-Avec joie.
-Je vous l'apporte.
Je lui fais... A tout de suite.
-C'est ça, ils se quittent pas.
Pas encore.
Hoquet.
-Le commandant Dopard avait choisi un gilet gris perle.
Il ne voulait pas rater
cette arrestation. -La fête est finie, Chastard.
Rends-moi ce Raphaël.
M'oblige pas à tirer.
-Que connaissez-vous de Raphaël ?
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