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CINQ JOURS SANS NORA
JEUDI
De la viande surgel�e pour Mme Boren.
En son absence, on m'a dit de venir ici.
Entrez.
- Je les laisse l�, faute de place ? - Oui.
Oui ?
Vous vous trompez de num�ro.
Nora ?
Nora ?
Mon fils ? Salut, c'est moi.
J'ignore � quel h�tel tu es descendu.
Rappelle-moi au plus vite.
Ta m�re a aval� trois flacons
de comprim�s. Je viens de la trouver.
Puis-je parler au Dr Alberto Nurko ?
"Fabiana, je vous ai not� les recettes."
Fabi, commence tout de suite, le repas
de la P�que doit �tre pr�t � leur arriv�e.
Alberto, merci d'�tre venu.
De rien. Elle est dans sa chambre ?
Elle est morte � l'aube.
Sais-tu ce qu'elle a aval� ?
- Tu l'as dit � Rub�n ? - Il est en vacances.
Je lui ai laiss� un message.
Son beau-p�re tentera de les contacter.
Quelle amabilit� ! Elle a fait du caf�.
Quand lui as-tu parl� en dernier ?
Mardi. Elle voulait me rendre ma perceuse.
Plus tard, cela n'allait plus...
- Tu l'as vue ? - Non.
On aurait d� la faire interner � l'�poque.
Elle s'y est toujours oppos�e.
Elle �tait malade.
Elle a fait 14 tentatives.
On aurait tout de m�me d� le faire.
Rabbin Jacowitz !
Le beau-p�re de votre fils
m'a appris la terrible nouvelle.
Toutes mes condol�ances.
Merci. Entrez.
Votre �pouse, Dora, �tait exceptionnelle.
- Nora. - Justement, Nora.
Nous sommes divorc�s depuis 20 ans.
Bonjour, Rabbin. Asseyez-vous. Du caf� ?
Si �a ne vous d�range pas.
Aucunement. Le caf� est pr�t depuis hier.
Jos�, j'ai pris la libert� de venir car,
hormis la sympathie que je porte � votre fils Rub�n,
aujourd'hui commence la P�que.
Nous devons prendre plusieurs d�cisions.
Asseyez-vous.
�coutez.
Si l'enterrement n'a pas lieu aujourd'hui
avant trois heures de l'apr�s-midi,
nous devrons attendre que s'�coulent
les deux premi�res nuits
de la f�te de la P�que.
Sauf que ce sera un samedi.
Et nous n'avons pas l'habitude
- des enterrements lors du shabbat. - Nous ?
Jos� !
Par cons�quent,
nous devrons attendre dimanche,
soit pr�s de quatre jours
apr�s le d�c�s de votre �pouse.
Ex-�pouse.
Cela n'est possible que dans des cas
extr�mes, vu que la loi juive prescrit
que le d�funt soit enterr�
dans un d�lai maximum de 24 heures.
Quelle heure est-il ?
On ne peut pas l'enterrer sans Rub�n.
On ne peut pas attendre si longtemps.
Incroyable que tu le proposes.
Je veux �tre pr�sent aux obs�ques.
Bien. C'est toi qui d�cides.
Papa !
Tu ne la laisseras pas seule ?
Non, je resterai ici jusqu'� ton retour.
Son �ge ?
63. Mais elle en faisait 70.
Entrez.
J'ai fait venir la H�vra kadicha
pour qu'ils pr�parent le corps.
Apportez la glace.
La d�funte est dans la chambre du fond.
Allez-y.
La glace s�che est pos�e sur
le corps dans une bassine en m�tal.
Il faut la changer toutes les six heures.
Elle ne peut rester seule.
Une pri�re doit �tre r�cit�e en continu.
Voici le num�ro d'un shomer.
Appelez-le. Il est jeune et pourra vous
tenir compagnie en attendant votre fils.
Je vous
prierais de remplir ce questionnaire
afin que je puisse dire quelques mots
lors de l'enterrement de votre �pouse.
- Ex-�pouse. - Bien, au revoir.
Je vous raccompagne, Rabbin.
Au revoir.
"Les rabbins du Talmud estiment
qu'il est important
de prononcer un pan�gyrique.
Rappelez-vous que les r�ponses sinc�res
et profondes nous aideront � vous fournir
un service plus personnel et �mouvant.
Mentionnez cinq virtus du d�funt.
D�crivez un acte de charit� important
men� � bien
par le d�funt durant sa vie."
Rien ne me vient � l'esprit. Et toi ?
Rub�n s'en occupera.
Je vais dans la chambre.
Tu vas rester ? Je peux attendre Rub�n.
Je lui ai promis de rester.
Bien. N'h�site pas � m'appeler.
Je te dirai l'heure des obs�ques.
Je te fais cadeau de tout mon temps,
et, en lui, de tout mon amour. Jos�.
Je ne veux pas que tu te tues.
Je ne me tuerai pas.
VENDREDI
Bonjour, Don Jos�.
Toutes mes condol�ances.
Merci.
La Se�ora m'avait demand� de le garder
pendant quelques jours.
Il n'arr�te pas de miauler.
Vous savez ce qu'on dit
des chats et je crains qu'il ne s'enfuie.
Elle a dit qu'elle partirait en voyage ?
Oui, c'est pour �a qu'elle m'a laiss�
le chat. Elle a dit de vous faire porter
la livraison de viande qui arriverait.
Quand l'a-t-elle dit ?
Tout juste mercredi.
- Qui l'aurait cru ? - Merci, Heladio.
Je vous en prie, Don Jos�.
Une livraison pour Mme Boren.
Si l'enterrement
n'a pas lieu avant trois heures...
Quelle amabilit� ! Elle a fait du caf�.
... on devra attendre dimanche.
Le chat !
On ne restera pas ici jusqu'� dimanche.
Tu veux jouer avec lui ?
Nous avons des forfaits de s�r�nit�
en traites. Je peux vous montrer
des plans sur 20, 10, 5 ans.
Il me faut une tombe pour mon ex-femme.
Est-elle d�c�d�e ?
On envisage de l'enterrer vivante.
Vous avez les papiers requis ?
� quelle adresse se trouve le corps ?
La veill�e fun�bre a lieu au domicile.
Pour 5 % de plus, nous vous livrons tout
le n�cessaire - en moins d'une heure.
Je vais l'ajouter � la facture.
Puis-je vous �tre utile ?
- Vous �tes M. Jos� Kurtz ? - Oui.
Je m'appelle Mo�se.
Le rabbin Jacowitz m'a pri� de venir.
Entrez.
Je viens accompagner la d�funte
jusqu'� son enterrement.
Merci, mais ce n'est pas n�cessaire.
Le rabbin Jacowitz
est profond�ment touch�.
Il consid�re Rub�n comme un membre
de sa propre famille. Il a insist� pour
que je vous accompagne dans vos pri�res.
Mes pri�res ?
Voyez-vous,
pour nous, l'�tre humain est aussi sacr�
qu'un des rouleaux de la Torah et...
Bien le bonjour.
Vous �tes bien Monsieur Kru... Kurtz ?
C'est bien moi.
Le "Pant�on de Jes�s" nous envoie.
Entrez.
Permettez ?
Le rabbin est au courant ?
Non. Voudriez-vous le pr�venir ?
Doit-on mettre le corps en bi�re ?
Oui. C'est dans la pi�ce du fond. Venez.
Un instant, S.V.P.
All� ?
- Papa ? - Salut, comment vas-tu ?
Bien, mais je suis encore � l'a�roport.
Je ne trouve pas de vol.
J'ignore si j'arriverai aujourd'hui.
Tu as besoin de quelque chose ?
Non.
Nous ferons au plus vite.
Je t'avertis d�s que j'ai un vol.
Tr�s bien. Embrasse les petites.
Oui, Papa.
�a maintient la temp�rature basse.
On vient prendre le corps � 4 heures ?
Vous ne pouvez l'enterrer sans son fils.
Ne pr�voyez rien pour l'instant.
J'avertirai les pompes fun�bres.
Entendu. Veuillez signer l�, S.V.P.
- Permettez ? Au revoir. - Passez.
Voici le corps, et l�, la glace.
Dites s'il vous faut quoi que ce soit.
� pr�parer pour le d�jeuner.
Ajouter du poivre noir...
Pas de poulet... Pas d'origan...
Juste � r�chauffer...
Jos� ?
Vous avez faim ?
Une pizza, S.V.P.
Jambon, lard et double ration de chorizo.
Votre bouillie �tait
casher ? Votre maigreur est due au rabbin ?
Je me suis converti au juda�sme � 18 ans.
Vous �tes aussi comme de la famille ?
Il �tait l� quand mes parents, tr�s
catholiques, ne m'ont plus parl�.
Ils ont d�sapprouv� ma conversion.
Toutes les religions tendent vers
la manipulation et l'argent.
Non, Jos�. Elles tendent vers Dieu.
Dieu...
Vous, les jeunes, vous impliquez
Dieu dans des choses o�
il n'est pour rien.
Dieu n'est pour rien dans tout �a.
Dieu est pour tout dans tout, Jos�.
Dieu n'existe pas.
SAMEDI
Vous avez froid ?
Enfilez ceci.
Je peux poursuivre la lecture.
- Je vais bien, Jos�, merci. - Permettez.
Se�ora ?
Je ne comprends pas.
Elle voulait faire le souper de la P�que.
Elle m'a demand� de revenir plus t�t
pour l'aider � le pr�parer.
Que lui est-il arriv� ?
Buvez votre th�, Fabiana.
- Bonjour, moi, c'est Mois�s. - Fabiana.
- Vous d�sirez lire avec moi ? - Non.
Laissez-la. Le corps n'a d�sormais
plus d'importance.
Comment �a ?
Vous aimeriez qu'on vous enterre ainsi ?
C'est une coutume juive d'enterrer
nos morts propres et sans fioritures.
Peut-�tre, mais ce n'est pas votre mort.
All� ?
Oui, oui, Rabbin Jacowitz.
Oui. C'est d�j� annul�.
Que faites-vous ?
Je vais pr�parer le souper de la P�que.
�coutez bien. Vous ne pr�parerez rien
qui sorte de ce frigidaire.
Elle voulait que je pr�parer le souper.
Je respecterai ses derni�res volont�s.
Vous n'�tes pas forc� de manger.
- Salut, Papa. - Salut, fils.
- Comment vas-tu ? - Je suis mort.
J'ai pass� la nuit � l'a�roport de Dallas.
- Les petites ? - Elles suivent avec Barbara.
Dans sa chambre. Tu veux la voir ?
Allons-y.
Qu'a-t-elle aval� cette fois-ci ?
- Qui est-ce ? - Un agent du service
de renseignements du rabbin Jacowitz.
On vous demande � la porte.
- Qui ? - Un monsieur.
Jos�, j'ai besoin de vous parler.
C'est Fabiana qui la lui a mise.
J'ai averti votre p�re,
mais il n'a rien voulu lui dire.
On ne nous a pas pr�sent�s.
Moi, c'est Rub�n.
Voyez-vous, Jos�, tout cela
n'a pas �t�, disons, normal.
Vous auriez d� m'informer de
la cause de la mort.
Le cimeti�re Beth Shalom
est plut�t conservateur.
Les membres du conseil de direction
n'aimeront pas entendre
qu'elle s'est suicid�e.
Qu'aimeront-ils entendre, � votre avis ?
N'importe quoi.
Un arr�t respiratoire,
une insuffisance cardiaque, au hasard.
Il suffirait d'un coup de t�l�phone
du beau-p�re de votre fils,
un homme tr�s influent...
�coutez, Rabbin.
Ni vous, ni moi, ni quiconque
n'appellera Sim�n afin qu'il mente
- sur la mort de Nora. - Jos� !
C'est la climatisation, apport�e
avec le cercueil, la croix, les fleurs.
Par qui ?
Votre p�re a organis�
un enterrement dans ce cimeti�re.
Mon p�re a organis� �a ?
Mais bon, on a d�j� annul�.
Papa, qu'est-ce que c'est, �a ?
Rabbin ! Bonjour.
Mes sinc�res condol�ances.
Merci.
Ton papa et moi, nous discutions de
l'affaire du cimeti�re Beth Shalom et...
L'affaire est claire, je pense.
R�fl�chissez-y.
C'est tout r�fl�chi. Inutile d'en parler.
- Je vous accompagne ? - On me jette dehors ?
Non, n'allez pas croire �a.
Restez pour le repas.
D'accord, je reste.
Comment vont ta femme et tes filles ?
Tr�s bien, merci.
Ils restent manger ?
Rien de ce que vous pr�parez.
J'ai rencontr� ton beau-p�re.
- C'est vrai ? - Et nous avons parl�
de la r�novation de la synagogue.
Il m'a dit que tu y participerais.
En effet. On travaille sur un projet
tr�s int�ressant qui...
Qui en veut ?
Jos�, ignorez-vous que
nous c�l�brons la P�que en ce moment ?
On ne mange pas de pain � la levure !
Et le porc, on n'en parle m�me pas.
Je ferais mieux de m'en aller.
On se reparle plus tard, Rub�n.
Rabbin, je suis sinc�rement d�sol�.
Mon p�re est boulevers�. Apr�s tout,
ils ont �t� mari�s pendant plus de 30 ans.
Je comprends.
Si je suis venu, c'est par amiti�
pour toi, ta femme et ton beau-p�re.
Mais c'�tait un vrai manque de respect.
Lorsque mon p�re se sera calm�,
il vous appellera pour s'excuser.
Je l'esp�re.
� demain, Rabbin.
- T'en veux ? - Qu'est-ce qui te prend ?
Tu sais les probl�mes qu'on risque ?
Qu'il fasse ce qu'il veut.
C'est quoi cette croix g�ante au salon ?
Elle te g�ne, toi aussi ?
Je croyais t'avoir bien �lev�.
Tu comptais r�ellement l'enterrer l� ?
Sans moi ?
Tu crois que c'est un hasard
qu'elle se soit suicid�e �
- ce moment pr�cis ? - Quel est le rapport ?
Le rapport ? Tu ne saisis pas que tout ce
qu'elle a fait visait � nous manipuler ?
On n'en discutera pas aujourd'hui.
Elle voulait tout contr�ler.
Elle espionnait
chacun de mes allers et venues.
C'est ta faute !
Qu'avais-tu � d�m�nager juste en face ?
Pour ne pas te quitter.
Je ne vis plus ici depuis 15 ans !
Papa, pourrais-tu appeler le rabbin
Jacowitz et lui pr�senter tes excuses ?
Pourquoi ? Pour que ton beau-p�re
continue � te donner du travail ?
N'y fais pas attention, tu le connais.
D�licieux, Nana.
Je vais voir si Mo�se a faim.
Ton p�re ne lui a donn� que de la pizza.
Vous ne voulez rien manger ?
Je vous ai laiss� du poulet sur la table.
D'accord. Merci beaucoup.
All� ?
Oui, Don Sim�n.
Bien. Et vous ?
Oui.
Il est pass� tout � l'heure.
Oui. Je comprends, oui.
� plus tard.
Je veux pas !
- Barbara, comment vas-tu ? - Bien, merci.
Bonjour, mes jolies !
Laura veut pas entrer.
Elle a peur de mamie morte.
Je m'occupe d'elles.
Merci, Jos�.
Salut !
Votre poulet est d�licieux.
La Se�ora met des olives et du poivre.
Moi, j'y ajoute un peu d'�pazote,
comme on fait dans mon village.
D'o� venez-vous ?
Vous ne connaissez s�rement pas.
De Santa Maria Atoyac.
Vous n'y croirez pas.
Je suis n� � San Francisco Atoyac.
� une demi-heure environ de Santa Maria.
C'est vrai ?
Vous voulez un peu plus de poulet ?
� la porte, j'ai dit au rabbin combien
j'�tais navr�, que papa �tait perturb�.
Qu'a-t-il dit ?
Il aimerait des excuses de papa.
- Il a raison. - Vous avez mang� ?
Non.
Dis-lui bien
que, sans �a, ce sera probl�matique
d'enterrer ta maman.
J'essaierai, mais tu le connais.
Tu nous fais � manger, Fabi ?
Mes jolies ! Comment c'�tait les vacances ?
Maman a accident� la voiture de location
et papa lui a dit : "Bordel, B�rbara !"
- Moi, j'ai eu une poup�e. - Tr�s belle !
Asseyez-vous !
Coucou, petites sorci�res !
O� est papi ?
Il v�rifie si mamie est encore morte.
- Tu fais quoi, Papa ? - Rien.
Tu devrais pas fouiller dans
- ses affaires. - Je ne fouille pas.
Que fais-tu, alors ?
Je cherche une chose � moi.
Dans le bureau de maman ?
J'ai trouv� �a, regarde.
Ce type, ce n'est pas moi.
On �tait toujours mari�s, que je sache.
C'est toi qui l'as quitt�e.
Qu'est-ce que �a peut te faire ?
- Bonjour. - Bonjour, Heladio.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Elle vient voir la Se�ora Nora.
Merci bien. Entrez. Les filles...
- Merci. - Non, par ici.
Merci, mon enfant.
Merci.
Qui es-tu ?
B�rbara, la femme de Rub�n.
Tu es aussi venue faire � manger ?
J'ai apport� du poisson frais.
Pour Nora, ma recette est la meilleure.
Chouette. Dites � papa de venir.
C'�tait d�licieux.
Vous me donnerez la recette ?
Je vous montre, si vous voulez.
J'adore faire � manger.
Si j'�tudiais pas le rabbinat,
je voudrais �tre chef.
Vous ne voulez pas m'aider ?
- Et Nora ? - Dans sa chambre.
Nora !
Je suis arriv�e, ma ch�rie.
Qu'est-ce qu'il fait froid !
Tata !
Rub�n ?
Oh, Rub�n !
Mais tu n'as pas du tout chang� !
Petit, il adorait
jouer � sauter sur mes genoux.
Il accourait vers moi, s'asseyait sur
mes genoux et se balan�ait tout seul.
- Il �tait tout petit. - Tata, ma maman...
Oui, je sais.
�a passera vite.
Elle m'a invit�e � pr�parer le repas de
la P�que. Tu sais, je compte l'inviter
� passer quelques jours avec moi.
Je vais l'avertir de ton arriv�e.
Vas-y.
Pourquoi tu ne lui as rien dit ?
La pauvre. Elle vient de Guadalajara
- pour le repas. - Et quoi ?
On lui fait croire qu'elle est vivante ?
- Qui est l� ? - Tante Leah.
Maman l'aurait invit�e.
Ta m�re a tout maniganc�.
Jos�, je crois qu'il faut lui dire
que Nora est morte.
Leah.
Jos� !
Que fais-tu ici ?
Non ! Ne me dis pas que tu es retourn�
vivre avec ma cousine !
Il est arriv� quelque chose ?
Elle m'avait demand�
de l'aider � la cuisine.
La pauvre !
Bien, puisqu'elle a essay�...
tant de fois, il faut croire que
c'�tait ce qu'elle voulait, non ?
Le poisson, on ne va pas le jeter !
Vous n'avez pas mang�. Un peu de poulet ?
Oui, merci.
Leah, j'aimerais savoir une chose.
Je me suis demand� si Nora,
pendant qu'on �tait mari�s,
en avait eu un autre.
Nora ?
Cette idiote,
elle n'avait d'yeux que pour toi.
Je suis tomb� sur quelque chose...
- T'as fouill� ses affaires ? - Non, non !
Je ne vais pas te raconter ce que Nora
n'a pas voulu te raconter de son vivant.
Ses secrets sont ses secrets.
Fabiana est l�, dans la cuisine.
C'est comme �a qu'il faut faire.
Dans ce sens-l�.
Tu entends ?
Quoi ?
Jos� ?
- Je peux �tre seule avec Nora ? - Oui.
Le vampire !
Ferme, Papi.
Papi ? Je suis le vampire
mangeur de petites filles !
Celle-ci, je vais la croquer vite fait !
Tu descends.
Viens par l�, ma poup�e.
C'est quoi ?
Les secrets de ta grand-maman.
C'est quoi ?
Une lampe de poche.
Paola, viens.
C'est quoi ?
Mamie morte.
Mamie ! Elle a boug� !
Ma puce, c'est impossible.
Viens voir.
- Tata. - Que s'est-il pass� ?
Les filles ont d�couvert
maman et ont pris peur.
- Fais-les sortir, O.K. ? - Viens, mon amour.
C'�tait s�rement Fabiana.
Elle est si t�tue.
Elle aimait beaucoup ta m�re.
Enlevons-lui �a avant l'enterrement.
Si le rabbin la voyait ainsi !
Je le ferai.
S�r ?
Mercredi, le 16 juillet 1969.
Des millions attendent de voir d�coller
Apollo 11 du Kennedy Space Center.
Connectons-nous avec Cape Canaveral...
JE T'AIME, MAMAN
Et Rub�n ?
� la maison, avec Fabiana.
Que lui as-tu dit ?
Que t'�tais partie en Afrique en tant que
- missionnaire. - S�rieusement !
Qu'aurais-je d� lui dire ?
Que sa maman ne veut plus vivre ?
Ce n'est pas juste.
Quoi ?
Je veux vraiment aller mieux.
On a un fils de 4 ans, Nora.
Si tu meurs, il se souviendra pas de toi.
Je ne le fais pas expr�s.
Voil� qui consolera s�rement Rub�n.
Tu ne me comprends pas.
Si, je comprends parfaitement.
Tu veux te tuer, vas-y, tue-toi !
Mais pas chez moi ou devant mon fils !
DIMANCHE
Papa.
Les messieurs du cimeti�re sont l�.
Rub�n.
Tu te rappelles quand maman est partie ?
- Maman est partie de la maison ? - Oui.
Tu �tais tr�s petit.
Tu ne t'en souviens plus ?
Non.
Entrez.
On part dans 20 minutes, Papa.
O� est mamie ?
Dans son cercueil.
Elle s'est d�j� transform�e en esprit ?
Pas encore.
- Pourquoi pas ? - Parce qu'il faut d'abord
l'enterrer. Pas vrai, Papi ?
Cette nuit, quand y aura plus personne,
elle sortira
et se transformera en esprit.
Que se passe-t-il ?
Apparemment, il ne viendra pas.
On fait quoi ?
Il a d�p�ch� un rempla�ant.
Le rabbin s'est senti mal au lever ?
C'est �a, oui.
Qu'a-t-il ?
- O� va-t-on ? - On suit les ordres.
La loi juive
estime que le suicide
est une vraie offense vis-�-vis de Dieu.
Le rabbin Akiba ben Josef,
c�l�bre Talmudiste du premier si�cle,
a dit ceci � propos du suicid� :
"Ne le b�nissez pas, ne le maudissez pas.
Faites-le dispara�tre."
Je n'y crois pas !
Il ne r�pond pas.
Enterrer nos morts fait partie
des obligations
de notre communaut�. C'est pourquoi
nous avons r�serv� cette zone
du cimeti�re aux corps des criminels
- et des suicid�s. - Pardon. Ma m�re
n'a rien � voir avec des criminels !
Le rite appliqu� � ceux qui...
D'o� sortez-vous cette lecture ?
Du Talmud.
Qui vous a dit de lire ce passage ?
La direction du cimeti�re l'a ordonn�.
Papa ? Rien, c'est juste...
C'est ridicule.
Attends.
Mon p�re.
Je ne veux pas lui parler.
Ma m�re ne sera pas enterr�e ici.
R�fl�chissez-y.
Peu m'importe ce que dit la direction.
Vous voulez manger ?
Pas moi, merci.
Moi non plus, Fabiana. Merci.
Remplis-moi �a. Je rajoute de la glace.
Pourquoi demander � Alberto de venir ?
Pourquoi quoi ?
C'est intime et ne regarde que la famille.
- Tu veux mettre la glace ? - Non.
Mais je ne veux pas que ce soit Alberto.
Sais-tu qui c'est ?
Non.
C'est Alberto Nurko.
Comment le sais-tu ?
Regarde.
Tu as lu la derni�re page ?
Non.
"L'autorisation d'embaumer", comment �a ?
La loi interdit de conserver un corps
plus de 72 heures sans l'embaumer.
Je ne veux pas l'embaumer.
On trouvera un cimeti�re.
C'est le carnet d'adresses de Nora.
Oui.
Comment savais-tu o� il se trouvait ?
Quoi ?
- Y a des adresses de cimeti�res ? - Oui.
Oui, bonjour.
J'ai besoin d'un service fun�raire.
Pour un enterrement.
Se�ora Nora Kurtz.
K-U-R-T-Z.
�a fait 20 ans qu'on a divorc�.
Pas religieusement, Papa.
Oui, merci.
Comment �a, un suicide ?
Quel est le rapport ?
En quoi �a vous regarde ?
Non. Vous savez quoi ?
On oublie. Merci beaucoup.
Qu'ont-ils dit ?
Le rabbin leur a tout racont� et
ils n'en veulent pas.
All� ?
Oui, c'est pour un enterrement.
Nora Kurtz.
Que faites-vous ?
On cherche un cimeti�re.
Je ne saisis pas.
Vous �tes l�galement tenus d'enterrer
les morts, vous �tes un cimeti�re !
Je sais que c'est priv�, n�anmoins...
Entendu. Au revoir.
Que fait-on ?
L'enterrement est pay�
au "Pante�n de Jes�s".
Ils n'ont aucune objection.
Papa ! Si tu ne nous aides pas...
- Tu t'occupes des filles ? - Combien
je vous dois ?
Cinq pesos.
1, 2, 3, 4, 5.
- Votre monnaie. - Merci.
Donnez-moi de celles-ci et celles-ci.
Il faut qu'elles tiennent.
Oui, naturellement, Madame.
Je veux tout le bouquet.
C'est impossible.
Ah non ? Alors, j'emporte la vendeuse !
- Non, Papi ! - Oh que si, que si.
Je prends aussi la cliente.
- On a faim. - Vous voulez de la pizza ?
Oui !
C'est la P�que, on peut pas manger ce qui
- est fait de pain. - La pizza, je peux.
- Non, tu peux pas. - Si.
- Non, non, non. - Si. Si. Si.
- Si, elle peut. - Non.
Et si on l'amenait � Guadalajara ?
- � Guadalajara ? - Ton p�re est fautif.
Il est ath�e. Il serait capable de
- l'incin�rer. - Les petites ont f...
Je n'ai rien contre vous,
mais c'est vrai. Que fait ici la croix ?
Les bougies,
- les fleurs... - Que faisait ici le rabbin
de ton p�re et qui devait nous aider ?
- Il ne nous a gu�re aid�s. - Jos�...
Laisse-la en dehors de �a.
On est tous venus aider.
C'est ce que souhaitait Nora. Et lui.
Si tu l'avais pas rendue si malheureuse !
Ah ? Tout ce qu'elle voulait �tait de
nous g�cher la vie. Elle a r�ussi.
Tu n'as gu�re facilit� les choses.
Je commence par l�cher le cul du rabbin ?
Rub�n !
Ou jouer au parfait psychiatre,
baiser la femme de mon ami
tout en sugg�rant de l'interner ?
Tu dis quoi, Jos� ?!
Pas devant les filles !
Rub�n, ne me la fais pas.
Elles en entendent des pires chez elles.
Les filles, on s'en va. Viens, ma fille.
- Et la pizza ? - Quelle pizza ?
Papa.
Et si tu rentrais un peu chez toi ?
On t'avertira au sujet des fun�railles.
Bien. Je m'en vais.
Celle-l� et celle-l�.
Et moi, celle-l�, celle-l� et celle-l� !
Maman me l'a rapport� de la mer.
G�nial !
Elle t'a aussi apport� un cadeau.
Montre.
Merci.
Bonjour, Jos�.
Que puis-je faire pour vous ?
Voyez-vous, mes parents sont
tous les deux enterr�s dans ce cimeti�re.
Entre leurs deux tombes,
il y a une place qui m'est r�serv�e.
� ma mort.
Or je suis toujours l� et,
il y a quelques jours, mon ex-femme,
Nora Kurtz, est morte.
Nous l'avons longtemps veill�e et avons
eu des tas de difficult�s � l'enterrer.
Mon fils, �a le touche beaucoup et
je me suis dit que...
Je me suis dit que, peut-�tre,
nous pourrions profiter de cette tombe.
Merci.
Jos�, j'ignore si vous �tes au courant.
Nous avons re�u un appel
du rabbin Jacowitz
faisant �tat d'un certain
�tat de chose.
La pizza au chorizo.
Vous croyez aussi que les suicid�s
ne m�ritent pas d'�tre enterr�s l� ?
Ce qui passe par la t�te des autres
est un myst�re
qu'il convient de ne jamais juger.
Le deuil ne peut passer de main en main.
Chacun de nous a sa propre douleur.
Tiens. C'est � toi, �a.
J'ai essay� jusqu'au bout de l'aider.
Mais jamais, elle n'aurait chang� d'avis.
Tu la voyais souvent ?
Elle ne pouvait pas retomber amoureuse.
Non ?
Non.
Ta m�re t'a laiss� �a.
Ta m�re t'a laiss� �a.
Ajouter du poivre noir et de l'ail.
La Se�ora vous a laiss� ceci.
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