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COURS SANS TE RETOURNER
Hiver 1942/43
Hé, gamin ! Qu'est-ce que tu fais ?
C'est ma veste !
Je vais t'apprendre !
Attends un peu !
Reviens ici !
Fiston, il faut que tu sois...
fort et courageux.
Il faut que tu survives.
Tu dois survivre, tu m'entends ?
N'abandonne jamais !
Tu dois oublier ton nom.
Mais même si tu dois tout oublier...
ton nom... et même ta mère, et moi...
n'oublie jamais que tu es Juif. Tu m'entends ?
Tu dois cacher qui tu es, mais tu ne dois jamais l'oublier.
Oui, papa. Je te le promets.
Six mois plus tôt
Reste où tu es !
- C'est quoi ton nom ? - Srulik.
Et le tien ?
Moi, c'est Awrum.
Eux, c'est mes copains. Tu t'es échappé du ghetto ?
T'as quelque chose pour nous ? Des bijoux ? Une montre ?
- Non, rien ! - T'as sûrement quelque chose.
Laisse-le, Shleme ! Il te dit qu'il a rien.
T'es jamais venu dans cette forêt ?
Si, bien sûr...
Pour jouer ou pour ramasser des champignons.
Mais pas pour y habiter !
Sans cette forêt, les Allemands nous auraient déjà pincés.
Mais ils ont peur d'y venir, à cause des partisans.
- C'est quoi ? - Des hommes armés.
- Mais ils sont... - Polonais ?
La forêt nous protège, Srulik. T'as pas à avoir peur.
J'ai pas peur.
Janek, je t'ai posé des cerises là-bas.
Attendez qu'elle rentre.
Icek et Ljebele, vous courez vers le potager.
Josele et moi, on chipe le fromage.
- Moi, je m'occupe du poulet. - Et moi...
je vais récupérer les cerises.
Quoi ? Je cours super vite.
Sois prudent. C'est pas un jeu.
En avant !
Maman !
Des voleurs !
Vous allez voir !
Bande de sales Juifs !
Je vais t'arracher les jambes !
- Je vais te tuer ! - Aidez-moi, les gars !
- Qu'est-ce qu'ils vont lui faire ? - À Ljebele ?
Ils vont le livrer aux Allemands en échange d'une récompense.
- Je peux en avoir ? - Bien sûr.
Tu veux des cerises ?
Pas mal, petit.
"Pas mal" ?
Et moi, alors ? Regardez-moi ça !
Je suis le roi de la chasse !
Josele, passe-moi le couteau.
C'est grand-père qui me l'a donné. Je suis le seul à en avoir un.
Il faut pas d'abord le plumer ?
T'es bête !
J'ai une meilleure idée.
- Qu'est-ce que tu fais ? - Je nettoie ma plaie.
N'oublie pas : après avoir nettoyé une plaie,
il faut toujours la désinfecter.
Je veux du blanc !
Moi aussi, je veux du blanc !
C'est pas juste ! T'en as déjà eu la dernière fois. C'est mon tour !
Plus vite !
- Du calme ! - Mais j'ai faim !
Tu penses à quoi ?
À tes parents ?
Essaie de pas penser au passé.
Sinon, c'est encore pire.
Imagine comment ce sera quand vous allez tous vous retrouver.
C'est plus gai et ça t'aide à t'endormir.
T'as des frères et sœurs ?
Deux frères et deux sœurs.
Mon grand frère Józef est le meilleur trafiquant du ghetto.
Un jour, il nous a rapporté deux carottes.
Et ton père ?
Il a dit qu'il reviendrait nous chercher...
dès qu'il aurait trouvé une cachette pour nous.
Ça fait longtemps ?
Mon père est cordonnier.
Et le tien ?
Boulanger.
À chaque fois que j'allais le voir, il me donnait un petit pain.
Tout chaud, sorti du four.
Qu'est-ce que tu regardes ? Tourne la tête !
Et souviens-toi, Srulik :
n'enlève jamais ton pantalon en présence de Polonais.
- Pourquoi ? - Parce que tu es circoncis.
Et pas les Polonais ?
Il y en a un là.
Moi aussi, j'en ai un !
Couchez-vous !
Courez !
Awrum !
Josele ! Icek !
Sofia !
Je t'ai eu !
Tout ce qu'ils m'ont laissé, c'est quelques poulets.
Ils ont abattu les porcs et les vaches.
Pourquoi ?
Mon mari et mes fils sont avec les partisans.
Tu sais ce que c'est, les partisans ?
Des hommes armés. Polonais.
Tu peux te lever ?
Au bout de 3 jours, il faut refaire travailler tes muscles.
3 jours ?
Tu étais couché devant ma porte...
presque mort de froid.
Tu te rappelles ?
Tu peux rester quelque temps.
Mais sans sortir ni mettre ton nez à la fenêtre.
Compris ?
Je m'appelle Magda Janczyk.
Et toi ?
Jurek. Jurek Staniak.
Un joli nom.
Même si ce n'est pas ton vrai nom. Pas vrai ?
Rassure-toi, je ne dirai rien.
C'est plus prudent d'avoir un nom polonais.
Pour moi, tu es Jurek Staniak. C'est tout.
Je vais te montrer
où tu pourras te cacher si les Allemands arrivent.
Tu es fils unique.
Quand la guerre a éclaté, tu as fui ton village avec tes parents.
Quel était le nom du village ?
Je ne m'en souviens pas !
Vous avez voyagé à bord d'une charrette.
Avec plein d'autres gens.
Et tout à coup, un avion allemand a fait irruption.
Il volait très bas et nous a tiré dessus.
J'ai sauté dans un fossé, mais mes parents ont été touchés.
"Que le Seigneur soit avec toi...
"tu es bénie entre toutes les femmes...
"et béni le fruit de ton sein, Jésus."
"Je te salue, Marie..."
- "mère du Seigneur... - Mère de Dieu !"
"Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure..."
"Mère de Dieu, prenez soin de mes fils et de mon mari.
"Aidez-les à survivre à l'hiver
"et protégez-les du mal. Amen."
Oui ?
Bonjour, mon nom est...
Tu ne dois pas hésiter, ou ils vont te suspecter.
Qui es-tu ? Qu'est-ce que tu veux ?
Mon nom est Jésus-Christ, gloire à Jurek Staniak.
Je me suis trompé ?
Dieu soit...
C'est mon mari qui les a faits.
Joyeux Noël, Jurek.
Elles étaient à mon plus jeune fils.
Elles sont sûrement trop petites pour lui maintenant.
Toi, là ! T'as pas vu un jeune garçon ?
Il a dû passer devant toi.
Si tu restes allongé calmement, je pourrai te sortir du ghetto.
Mais si tu veux rester ici, saute maintenant.
Hue !
Halte !
Vos papiers !
Maman ?
Auriez-vous vu mon enfant ?
Restez où vous êtes !
Maman...
Maman...
Maman !
Jurek !
Jurek, tu as fait un cauchemar.
Tu veux que je laisse la bougie allumée ?
Rendors-toi.
Jurek Staniak.
Jurek, réveille-toi !
J'ai entendu des voix hier soir, et on a marché autour de la maison.
C'est trop risqué de te garder ici.
Mais n'oublie jamais ça : si tu cours un grand danger,
tu pourras toujours revenir.
Mais tu es un gentil garçon, Jurek.
Les gens t'aideront toujours.
Ça aussi, ça t'aidera.
Ça t'ouvrira sûrement beaucoup de portes.
Jurek !
C'est pour quoi ?
Béni soit Jésus-Christ.
Je m'appelle Jurek Sta...
On n'a rien à manger ! Déguerpis !
Béni soit Jésus-Christ.
Pour l'éternité.
Je m'appelle Jurek Staniak.
Entre...
Mes parents gisaient à terre, immobiles.
Des paysans m'ont recueilli mais ils me frappaient,
alors je me suis enfui.
J'erre à la recherche de travail. Si on me frappe, je repars.
Pauvre garçon.
Merci, madame.
Eh bien...
Vas-y.
Merci.
Jurek, continue de remuer.
On peut aller jouer au foot ?
Rentre-moi ça, et vous pourrez y aller.
Tu viens ?
- En hiver ? - Et alors ?
- "Pourquoi tu restes à l'arrière ?" - Imbécile !
Passe !
Youpin !
Printemps 1943
Jurek !
Qu'est-ce qu'elle a ta patte ? Laisse-moi regarder.
Ça fait mal ?
Allez, on y va.
Viens ! Allez, viens !
J'espère que votre père sera content de voir ce chien.
- Le voilà. - Papa !
On devrait l'abattre, il souffre.
Jurek voudra jamais !
Azor non plus.
Tu as presque fini.
- C'est pas trop serré ? - Je pense pas.
Jurek !
Comment va ton berger allemand ?
Mieux.
Été 1943
Qui va gagner aujourd'hui ?
Je crois que ce sera Franek.
J'ai tiré plus loin que toi.
Regardez ! Je savais qu'il était juif !
Laisse-le tranquille. Arrête de l'embêter !
T'inquiète pas, je laisse la Gestapo s'en charger.
Bonne chance, petit.
Tu en auras besoin.
Chut !
C'est bon, tu as gagné, vilain toutou !
Tu as eu ce que tu voulais.
Azor.
Bon chien.
Azor ! Azor, reviens !
Sur la gauche ! Vous aussi, là-haut !
Que fais-tu ici, petit ?
Pourquoi vous l'avez tué ? Il avait rien fait !
- Pourquoi tu as tiré ? - Sûrement un chien enragé.
Allez, on avance !
Tu devrais décamper aussi, gamin. Les Allemands sont dans la forêt.
En avant !
Tiens.
Tu sembles en avoir besoin.
Avant, j'avais des chaussures comme les tiennes.
Je suis désolé pour ton chien.
Prends soin de toi !
Hé, petit !
Tu veux travailler pour te nourrir ?
Monte !
Va l'aider !
Je parie que tu as faim.
On te donnera bientôt à manger.
Ils vont te donner à manger ici.
Aide-le !
Sacrebleu, petit. Tu leur as facilité la tâche, aux Polacks.
Et notre récompense ?
- "Belohnung" ! - Chaque chose en son temps.
On veut d'abord voir.
Pas même besoin de voir ta quéquette
tellement tu transpires le Juif !
- Je suis pas juif ! - Bien sûr.
Dans le bureau, votre récompense.
Sales vautours !
C'est bien ce que je pensais. Ils ont encore attrapé un enfant.
Merci beaucoup !
Mange à ta faim.
Les Juifs sont des êtres humains, eux aussi.
Je suis pas juif !
Ça fait mal !
Ne me tape pas ! Non !
Srulik !
Srulik !
Srulik !
Comment ça va ?
Maman !
Allez, à ton tour.
Alors ?
Rompez !
Nom ?
Jurek Staniak.
Tu es juif ?
Non.
Tu mens !
Où sont tes parents ?
Quand la guerre a éclaté, on a fui notre village.
Un avion nous a tiré dessus.
Je suis le seul à avoir survécu.
Tu vis de quoi ?
Les paysans me donnent du travail.
S'ils me frappent, je cherche dans le village suivant.
Quand as-tu été battu pour la dernière fois ?
Il y a... peu de temps.
Baisse ton pantalon.
Et ça, c'est quoi ?
J'ai été opéré à la suite d'une infection.
Que dis-tu quand tu fais ça ?
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Tu es très dégourdi.
Dommage que tu sois juif.
Même si tu étais polonais, tu rejoindrais vite les partisans.
Allons-y.
- Des partisans ? - Des civils.
- Juifs ? - Oui.
Continuez.
Tu aimes les lapins ?
Il y en a dans la grange là-bas.
Leurs cages sont dans le coin, au fond.
Silence !
La ferme !
Faites taire ces cabots !
Lâchez les chiens !
Ramenez-le-moi !
D'une manière ou d'une autre !
Il est parti vers la rivière !
Je vais pas me laisser berner par ce petit morveux !
Par ici !
Deux par deux ! Ouvrez l'œil !
En avant !
Vous deux, par ici ! Vous, avec moi !
Il a retrouvé sa trace !
Assis !
Vous avez quelque chose ?
Lâchez les chiens !
Faites revenir les chiens, on y va.
Il manque pas de courage, ce môme.
Tirez dans l'eau !
Venez.
En avant !
Salut.
Tu peux dormir ici si tu veux.
Mais je te préviens :
demain, je marche tout seul.
Pas question que quelqu'un me ralentisse.
- D'où vient ce poulet ? - Il y a une ferme tout près d'ici.
Ils ont besoin de main-d'œuvre ?
C'est grand, il y a sûrement du travail.
Il est comment, le fermier ?
Qu'est-ce que j'en sais ? Il dormait.
Mais le poulet était gentil !
La ferme appartient à des Polonais d'origine allemande.
Le mari est parti à la guerre, c'est Mme Herman la patronne.
- Elle a l'air gentille. - C'est parce qu'on est vendredi.
Chaque vendredi, son petit ami vient lui régler son compte.
Son compte de quoi ?
Viens, on va lui dire bonjour.
Qu'y a-t-il, Pawel ?
Ce garçon est orphelin, madame, il cherche du travail.
Il nous a beaucoup aidés aujourd'hui.
C'est pas vrai !
Comme on se retrouve !
Mes hommes se sont bien fichus de moi.
- Tu le connais ? - Bien sûr, c'est un...
C'est un Jurek !
Un Jurek Staniak !
J'ai tout de suite vu qu'il était très intelligent.
En principe, il m'appartient...
Mais si tu le veux...
je t'en fais cadeau.
Zenek ! Laisse ton cheval se reposer !
Et contrôle ses sabots ! D'accord ?
Tu as faim ?
Jurek ! Laisse ça !
Pawel !
La voiture, vite !
Déshabillez-le.
Docteur, nous sommes prêts.
- Je n'opère pas les Juifs. - Quoi ?
Je n'opère pas les Juifs !
C'est impossible, il est polonais.
J'ai déjà payé 100 marks pour l'opération.
Je ne risque pas ma vie pour un gamin juif.
Remmenez-le.
Je vous conseille de réfléchir.
Vous allez le regretter.
J'ai des amis haut placés chez les SS.
Tant mieux.
Comme ça, ils pourront l'emmener.
Je vous le promets...
Je vous le promets...
Srulik !
Srulik !
Papa ?
N'abandonne jamais !
Je vous le promets...
Hélas, nous sommes à court de calmants.
Il y a beaucoup de patients que nous ne pouvons pas soulager.
Pourquoi est-il ici ?
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Quelle cruauté, nom de nom !
Infirmière !
Hier, on aurait pu sauver son bras.
Aujourd'hui, il s'agit de lui sauver la vie !
Infirmière, scalpel !
Maman. Maman !
Maman.
Maman.
Du calme, Jurek.
Je reviens tout de suite.
Vous allez guérir.
Demain, nous changerons le pansement.
Voici sœur Aldona. Elle va s'occuper de toi.
Non !
Tiens.
C'est ton préféré.
Alors on m'a opéré la jambe.
Et maintenant, regarde ce que je peux faire.
- Vous pouvez danser. - Oui !
Oui, c'est bien.
Très bien. Encore un peu.
Attention, je vais te lâcher.
Et maintenant, tout seul...
Très bien !
Allez, tu dois te battre !
Natalia, ne fais pas semblant !
Vas-y, Jurek, encore ! C'est bien !
Tu as gagné !
Automne 1943
- Bonjour ! - Regarde ce que je peux faire !
- Il y a quoi dans ce sac ? - Jurek...
Tu dois partir, vite !
Il contient des vêtements et à manger.
- Mais Mme Herman... - C'est elle qui m'envoie.
L'officier a été remplacé, tu n'es plus en sécurité ici.
Ils risquent d'arriver à tout instant.
Trop tard. Passez par là.
Heil, Hitler !
Premier étage, chambre 123.
En haut, cette direction.
- Vous parlez allemand ? - Non.
Cigarette ?
Merci.
Viens !
Il n'y a personne.
Il n'y a personne.
Qu'est-ce que ça signifie ?
Alors cherchez, nom d'un chien !
Il me faut un téléphone ! Téléphone !
J'ai une faveur à vous demander : pourriez-vous emmener ce garçon ?
Où, plus précisément ?
Le plus loin possible, dans cette direction.
- D'accord. - Merci !
Viens !
Jurek, je dois y retourner.
La ferme est le premier endroit où ils vont chercher, tu comprends ?
Cache-toi pendant quelque temps.
Demain, ils rechercheront déjà quelqu'un d'autre.
Tu es l'homme le plus courageux que je connaisse.
Assieds-toi, petit.
Comme si tu n'étais pas juif !
Si ça se trouve, t'en es même pas un !
Garde ça, petit.
Qui sait ce qui t'attend encore !
Qu'est-ce que vous voulez ?
Livrez-nous le garçon. Le Juif estropié !
Je ne sais pas de quoi vous parlez.
Pas de garçon ici.
Ferme-la !
On l'a vu entrer dans le village.
Livrez-nous ce petit salopard.
Je vous l'ai dit : il n'y a...
On sait tout sur toi, sale pute de partisan !
Personne en bas !
Il est quelque part dans le village. Et tu sais où.
Pas tant de manières ! Je veux la voir brûler !
Brûler !
Très bien !
Ne faites pas ça !
La porcherie aussi, derrière !
"Flammes, élevez-vous !"
"Flammes, élevez-vous !"
Jurek !
Jurek !
Jurek !
Jurek !
Jurek !
Vous m'aviez dit de ne pas faire de bruit.
Qu'est-ce que tu as là ?
Suis-moi !
Vite !
Tout ça... c'est à cause de moi ?
Jurek, ce n'est pas de ta faute.
Ils savent qu'on aide les partisans. Ça leur suffit.
Mais les gens du village...
vont être en colère si...
Je ne sais que te dire, Jurek. Je suis à bout de forces.
Et je n'ai plus rien à te donner.
Je t'en prie, pardonne-moi.
Pars, maintenant.
Ne retourne pas dans la forêt, Jurek.
Ils t'y attendent sûrement.
Marche sans t'arrêter.
Va vers l'est, là où le soleil se lève.
De l'autre côté de la Vistule.
Hiver 1943/44
Quand tu ne pourras pas aller plus loin, cherche une ferme...
et travailles-y pour te nourrir.
Mais ne reste pas trop longtemps au même endroit, tu entends ?
Les Russes vont arriver par l'est et ils repousseront les Allemands.
- Les Russes sont déjà passés ici ? - Non.
Tant mieux. Je croyais les avoir ratés.
Mes parents gisaient, immobiles.
Depuis, je suis tout seul.
Et puis un char m'a roulé sur le bras.
Ensuite, l'avion est revenu.
J'ai levé les bras au ciel...
et ils m'ont tiré sur le bras.
Tu en es sûr ?
C'était vraiment lui ?
C'est Adolf Hitler qui t'a privé de ton bras ?
Comment tu t'appelles ?
Jurek. Et toi ?
Alina. Tu viens d'où ?
De la forêt.
Tu vis dans la forêt ?
Qu'est-il arrivé à ton bras ?
Comme je te le disais, je vais de ferme en ferme.
Oui.
Dans une des fermes vivait une certaine Mme Herman...
C'était la saison du battage et...
Papa !
Voici Jurek.
Béni soit Jésus-Christ !
Pour l'éternité... Amen.
Il a perdu son bras dans une ferme, et il cherche du travail.
Il aimerait nous aider.
- Tu as déjà forgé le fer ? - Non, jamais.
Mais si vous me montrez, je m'en sortirai.
Emmène-le à l'intérieur.
J'arrive.
Ses parents gisaient à terre, ils ne bougeaient plus.
Et des gens l'ont recueilli dans une ferme.
On a beaucoup parlé.
Jurek m'a tout raconté,
comment il a perdu son bras en travaillant à la ferme.
Jurek, il faut que tu manges.
- Merci. - De rien.
Alina !
Viens !
- Je vais te montrer quelque chose. - Quoi ?
C'est magnifique.
Quelle drôle de forme !
Si on allait se baigner ?
Tu peux peut-être pas nager ?
Avec un seul bras.
Bien sûr que je peux !
Le premier arrivé dans l'eau !
Elle est froide !
- "T'as aucune chance ! - Et pourquoi ça ?"
C'est pas juste !
Regardez qui est revenu nous voir.
Non, merci.
Comme ça. C'est bien. Et là...
Allons voir les chars.
Tu veux monter sur le char ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Les Polonais se battent à Varsovie.
Vous allez pas les aider ?
Et toi, tu veux y aller ?
- Pas trop serré ? - Non, c'est bien.
Essaie-le.
Jurek ?
Quelles belles branches !
Elles ont perdu leurs fleurs.
Écoute, le printemps prochain,
certains enfants vont célébrer leur première communion.
Je pense que tu pourrais te joindre à eux.
Que Dieu te garde.
- Le corps du Christ. - Amen.
Le corps du Christ.
Amen.
Printemps 1945
Franek !
Tiens, la guerre est finie !
La guerre est finie, la radio l'a annoncé !
Monsieur... Monsieur !
Buvons à la capitulation allemande !
Un bien pour un mal. Les Russes ne valent pas mieux.
Venez, monsieur !
Jurek !
Alina !
Alina, où est Jurek ?
Tu entends pas ?
Quel malicieux !
Jurek !
J'ai des pommes !
On a parlé de lui.
Bonjour.
Bonjour.
Je m'appelle Mosche Frenkiel.
J'ai ici des documents...
Comment tu t'appelles ?
Jurek Staniak.
Jurek ! C'est vrai, ce que dit le monsieur ? Tu es juif ?
Non, je suis pas juif !
Il est polonais !
Ses parents sont morts quand la guerre a commencé !
Tenez, vos papiers.
Calme-toi, petit. Ensuite, on pourra discuter.
Qui êtes-vous pour lancer de telles accusations ?
Mosche Frenkiel, de l'orphelinat juif de Varsovie.
On nous a informés...
Il faut pas qu'il vive dans la peur, comme moi !
Je suis pas juif ! Laissez-moi !
Calme-toi, tu vas te faire mal.
Les enfants dispersés sont l'avenir de notre peuple.
On ne peut pas les abandonner à leur sort.
Tu sais très bien que tu es juif !
Plus besoin de te cacher, la guerre est finie.
Il est temps de reprendre ta place. Auprès de nous.
J'irai nulle part !
Je veux rester ici ! Allez-vous-en !
S'il vous dit qu'il n'est pas juif. Laissez-le en paix !
D'accord, petit Polonais.
Si tu baissais ton pantalon ?
Vas-y.
La dame va se tourner.
Si je me trompe, tu ne me reverras jamais.
Jurek ?
Jurek...
Jurek, rien ne t'y oblige.
Il y a des années, je me suis blessé et on m'a opéré.
C'est vrai !
Vous avez pas le droit de m'emmener !
À la maison !
Alina !
Vous pouvez me tenir ça ?
Laissez-moi !
Laissez-moi, je vous dis ! Je viendrai pas !
Ils ont pas le droit !
Si. Il m'a montré les papiers.
Pourquoi ? C'est qu'un gamin.
Je reviendrai ! C'est promis !
Je resterai pas là-bas !
Soyez sans crainte, ça va bien se passer.
Il a peut-être encore de la famille.
Nous sommes les mieux placés pour les retrouver.
Jurek !
Reste là !
Jurek ! Arrête !
Jurek ! Arrête ! Jurek !
Tu n'es pas le premier à arriver chez nous avec de telles idioties.
J'ai pas peur de toi !
- Vraiment ? - On m'a tiré dessus plusieurs fois.
Lâché des chiens sur moi. Brûlé la maison où je me cachais.
Mais je suis toujours vivant.
Je vous laisserai pas m'enfermer dans un orphelinat.
Je me sauverai !
Vous feriez mieux de me laisser.
Je ne peux pas.
Nous avons besoin de gens comme toi.
Qui sont les gens comme moi ?
Nous, les Juifs.
Ton peuple.
Les enfants d'Israël.
Mais je veux pas être juif.
Si je l'étais pas, j'aurais encore mon bras !
Jurek.
Tu ne vas peut-être pas me croire...
mais je te comprends.
Jusqu'à maintenant, tu as suivi ton propre chemin...
et tu as pris tes propres décisions.
Je te félicite.
J'ai beaucoup de respect pour toi.
Sincèrement.
Mais nous voudrions
te montrer un chemin que nous croyons bon pour toi.
Pour toi.
Pour nous.
Et pour notre peuple torturé.
Mais si tu ne veux pas aller avec nous...
c'est à toi seul d'en décider.
Blonie.
Jurek ?
Ça va ?
Blonie, c'était le nom de notre village.
Blonie, d'accord.
De l'autre côté de la Vistule.
C'est de là que tu viens ?
C'est là !
Juste là !
Srulik ?
Tu es vivant !
Mosche Frenkiel, de l'orphelinat juif de Varsovie.
- Ewa Staniak. - Staniak ?
Quoi ? Voilà comment j'ai pu me souvenir du nom.
Avant, je venais ici tous les jours.
Te souvenir de quel nom ?
Il se faisait appeler Jurek Staniak.
Jurek ?
C'est le nom de ce garçon qui te martyrisait, pas vrai ?
Et je venais chercher un bonbon pour me faire consoler.
Sers-toi.
Jurek Staniak.
J'aurai quand même pu faire quelque chose pour ta famille.
Même si c'est peu.
Je peux aller faire un tour ?
Les Fridman avaient 5 enfants.
Srulik était le plus jeune.
Le père était boulanger. La mère, couturière.
La sœur aînée et l'oncle
ont réussi à partir en Russie avant la guerre.
Le reste de la famille a été envoyé dans le ghetto de Varsovie.
Je n'ai plus jamais eu de nouvelles.
Si ce n'est...
Si ce n'est ?
Une amie du village voisin...
m'a dit qu'une fois, elle avait vu le père Srulik.
Selon elle, il s'était enfui du ghetto
et cherchait une cachette pour sa famille.
Vous n'avez pas l'air convaincue.
C'est que sa description... ne correspondait pas à M. Fridman.
Srulik !
Srulik !
Continue à ramper ! Ils vont arriver !
Srulik ?
Papa ?
Srulik !
Le paysan a dit qu'il l'avait vu sur le chemin.
Tu en es sûr ?
Ta mère ? Et les autres ?
On gèle ! Dire qu'hier, c'était l'été.
Je veux pas attraper froid avant ma permission.
- C'est dans combien de temps ? - Dix jours.
Fiston, il faut que tu sois...
fort et courageux.
Il faut que tu survives.
Tu dois survivre, tu m'entends ?
N'abandonne jamais !
S'ils ont des chiens, cache-toi dans l'eau ou dans une mare.
Ils perdront ta trace.
Tu dois oublier ton nom. Trouve-toi un nom polonais.
Dorénavant, tu t'appelleras...
Staniak !
Comme la dame de l'épicerie.
Tu t'en souviendras ?
Et ton prénom...
- Jurek ? - Oui ! Très bien !
Voilà ton nouveau nom.
Comment tu t'appelles ?
- Jurek Staniak. - Bien !
Je vais voir là-bas.
Mais même si tu dois tout oublier...
ton nom...
et même ta mère, et moi...
n'oublie jamais...
n'oublie jamais que tu es juif.
Tu m'entends ?
Tu dois cacher qui tu es, mais tu ne dois jamais l'oublier.
Oui, papa. Je te le promets.
Je vais courir maintenant. Si les soldats me poursuivent,
cours dans la direction opposée.
Cours aussi longtemps que tu pourras.
Ne te retourne pas, cours sans...
Tu vas y arriver.
Le voilà ! Reste où tu es, Juif !
Srulik ?
À droite, la route mène à l'orphelinat de Varsovie.
À gauche... c'est la maison des Kowalski.
Tu veux prendre quel chemin ?
À l'âge de 14 ans...
on m'a placé dans un orphelinat, à Lodz.
Je suis allé au collège, puis au lycée.
J'ai eu mon baccalauréat avec deux ans d'avance.
J'ai reçu une bourse pour étudier à l'université.
À 20 ans, j'ai obtenu une chambre dans une résidence universitaire.
J'ai étudié les mathématiques.
En 1962, je suis parti vivre en Israël.
J'y ai retrouvé ma sœur Feiga...
que je n'avais pas vue depuis trente ans !
J'ai fait la connaissance de sa famille.
Avec Sonia, ça a été le coup de foudre.
On s'est mariés...
et on a eu deux enfants : Michal...
et Zvika.
Nous avons six petits-enfants :
Elad, Hagar, Nevo, Nimrod, Itamar et Naamah.
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