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[musique douce]
[musique pesante]
[des accents d'espoir s'ajoutent]
[la musique se fait pesante à nouveau]
[des chiens aboient]
[la musique continue]
[elle renifle]
[elle sanglote]
[Madeleine] Daniel, reviens !
Daniel !
[homme] Tu vas où, comme ça ?
[Daniel] Mon seau !
- Merci beaucoup ! - Pas de quoi.
Je l'ai pas vu partir.
Merci. On rentre à l'hôtel !
François.
Madeleine.
Vous êtes en vacances ?
Non, je suis serveuse au Beau-Rivage. Voyez ?
- Oui. - Celui qui donne sur la jetée.
- Votre pantalon est trempé. - C'est pas grave, ça va sécher.
Je suis désolée.
[François] Son papa travaille aussi à l'hôtel ?
- Non, il est mort. - À la guerre.
- Désolé. - [Madeleine] Et vous,
- vous avez été blessé ? - Non, c'est pas la guerre.
C'est la polio. J'ai attrapé ça à 15 ans.
Heureusement,
on m'a soigné à temps, mais je boite.
Alors j'ai été réformé.
Vous avez pas d'horreurs en tête.
- Et si t'as besoin de faire pipi ? - Dans le pot.
Allez !
[musique folklorique bretonne]
[cuisinier] Carré de cochon bouquetière pour la 12 !
[cuisinier] Œufs mimosa pour la 7 !
Tenez.
- Voilà ! - Une autre part et l'addition.
Très bien.
[cuisinier] Chaud ! Chaud devant !
J'ai personne, là ! Pourquoi ?
- Un jeune homme à table. - D'accord.
Tiens, c'est pour la 6.
Bonsoir.
Bonsoir.
- Vous savez ce que vous désirez ? - Un conseil ?
Bah, c'est viande ou poisson.
Ah... La viande, c'est quoi ?
Non, prenez le poisson.
On est débordés, donc ça va être long.
Je vous apporte un journal ?
- Deux coupes de champagne. - Deux coupes ?
[musique paisible]
Pour vous.
Ah non, je peux pas. Jamais pendant le service.
Ça ira. Elle parle à un type à la moustache
aussi longue que votre coiffe !
[il chuchote] Il va jouer du biniou !
[elle rit]
À Kairos.
C'est qui, Kairos ?
Un dieu grec ailé, il personnifie la chance à saisir au vol.
[la musique continue]
[le ressac de l'océan gronde]
Mon fils s'est réveillé, désolée.
- J'ai cru que vous seriez parti. - Mais non !
- Ça va, vous avez bien dîné ? - Très bien.
Et vous, pas trop fatiguée ? Ce rythme est infernal.
Je préfère quand il y a du monde. Ça passe plus vite.
[il rit] Oui...
- Je rêve de travailler au dancing. - Au dancing ?
J'adore voir les gens danser, s'amuser.
Enfin bon, c'est juste un rêve.
Elle est magnifique.
Ça fait envie. Je suis malheureux, dans cette grande baraque, pourtant.
Pas plus de deux semaines.
- Vous travaillez dans quoi ? - Dans rien, je suis étudiant.
Au grand dam mon père.
Il a une grande usine de textiles.
Il a embarqué mon frère aîné, mais moi, il m'aura jamais.
- Vous avez des frères et sœurs ? - Non, je suis fille unique.
Votre famille vous aide, avec le petit ?
Pas vraiment, non. On s'entendait pas trop.
Vous étudiez quoi ?
Une thèse d'archéologie, à la Sorbonne.
Archéologie ?
C'est mon fétiche.
C'est un nautile.
Encore plus ancien que les dinosaures.
Je peux demander quelque chose ?
Bien sûr.
Voir votre jambe.
Ma jambe ? Là, maintenant ?
Oui.
C'est rien !
Elle est plus petite que l'autre.
[il rit, attendri]
Moi, c'est ma poitrine. Vraiment trop petite.
Elle doit être magnifique.
J'ai vu plein de crevettes !
Bien dormi ?
Pas vraiment.
Moi non plus.
- Vous avez l'air soucieux. - Je viens vous saluer
mais je peux pas rester, je retourne à Paris.
Et la régate ?
J'y emmène Daniel.
Mon frère y participe avec son voilier.
Vous ne naviguez pas ?
Non. Je me fais engueuler, à bord. Et j'ai vite le mal de mer.
Je vais y aller.
Alors à samedi ?
[musique douce]
[elle chuchote] Il ne viendra pas et tu vas attraper un torticolis.
- Qu'est-ce que tu en sais ? - Ces gens sont des courants d'air.
Ça vaut pas le coup de rêver d'eux.
[la musique continue]
[elle chuchote] Tiens !
Voilà son frangin, Paul Delambre, en bleu.
Et sa bourgeoise. Mais va demander des nouvelles de son frère !
- Bon, bah moi, j'y vais ! - Ça va pas ? T'es folle ?
[des coupes de champagne tintent]
[Daniel chantonne]
[Daniel imite des tirs]
[des voiturettes roulent]
Daniel, mets ton pyjama.
Allez, Daniel.
Dépêche-toi, il faut que j'y retourne.
Allez !
Daniel, je suis fatiguée.
[elle chuchote] Au lit !
Allez,
sois sage, hein !
[patron] Mesdames, au travail !
Le bisou !
[la porte se ferme]
[cuisinier] La sole et les pommes de terre persillées pour la 13 !
[brouhaha]
- [femme] Il est à vous, ce gamin ? - Quand vas-tu m'obéir ?
Il aurait pu se noyer !
Je vous ai rien demandé !
- Malpolie, en plus. - Eh ouais, pauvre conne !
- Maman, je peux dire mon vœu ? - Non.
Sinon, il se réalisera pas.
Je te le dis quand même.
C'est qu'un jour, tu m'aimes.
Viens, il est tard.
- Fais pas de bêtises, hein. - Non.
Si t'es sage, tu auras de la tarte.
- D'accord ? - D'accord.
Hop, allez.
Sois sage, hein.
Mademoiselle, s'il vous plaît ? L'addition.
Les menus, pour la 12.
On va pas marcher ?
Je suis fatiguée, le service a été long.
La dernière fois, j'avais pas toute ma tête.
J'ai pas osé vous le dire, mais... je suis rentré à Paris pour rompre.
- Une rupture sentimentale ? - Oui.
Une séparation, c'est toujours triste,
mais en plus, c'était violent.
Vous étiez très amoureux ?
Et vous, vous l'aimiez ?
- Qui ? - Votre mari.
Le père de Daniel.
On n'était pas mariés.
Pas encore.
Ça n'a pas duré longtemps.
Parfois, il suffit de peu de temps pour s'aimer.
Je peux vous embrasser ?
Le père de Daniel...
c'était un officier allemand.
Il est parti sur le front Est, je l'ai pas revu.
À la Libération, on m'a tondue et mon père m'a chassée.
Ici, personne connaît cette histoire.
Cet Allemand, il est vraiment mort ?
Je sais pas. Pour moi, il l'est.
Ça change rien.
Depuis la dernière fois, j'ai beaucoup pensé à vous.
Je ressens comme une évidence.
Ça semble fou, on se connaît depuis peu, mais...
Je me suis jamais senti si bien avec quelqu'un.
Ça va ?
Oui.
Ça vous dit, de marcher ?
Oui.
[musique attendrissante]
En tant que maire du 19e arrondissement de Paris,
je vous souhaite la bienvenue, à l'occasion de votre mariage.
[la musique continue]
Jeune homme, les alliances,
s'il vous plaît.
Madeleine Villedieu,
François, Charles Delambre,
vous êtes unis par les liens du mariage.
Où est Daniel ?
Je sais pas.
Daniel !
Daniel !
Oh !
Pourquoi tu me fais ça ?
Je t'interdis de gâcher mon bonheur.
- Ça va ? - Je sais pas ce que j'ai,
j'ai mal au cœur.
Tu veux du bicarbonate ?
Je crois que je vais vomir !
Réveille pas Daniel.
[il régurgite]
[il vomit]
Comment c'est, l'école ? Tu t'es trouvé un copain ?
- Non. - Non ?
Range tes affaires de classe.
Donne-moi ta veste.
Tu vas vite te laver les mains.
Qu'est-ce que tu fais ?
Daniel ?
[Daniel] J'arrive.
Je vais changer de nom, moi aussi ?
Ah oui ! Daniel Delambre, ça sonne mieux
que Daniel Villedieu, non ?
Comment mon père va me retrouver, si je change de nom ?
Mais il est mort, ton papa.
C'est ce que maman dit.
Mais je sais que c'est pas vrai.
Tiens, regarde.
J'ai quelque chose pour toi.
Regarde.
T'appuies une fois pour démarrer. Ce petit bouton remet au début.
[Madeleine] J'y vais. C'est l'heure.
[Madeleine sort]
[musique de malaise]
T'as vu quoi ?
Rien, rien.
[la musique continue]
On joue ?
[la musique continue]
[il soupire]
[des pas approchent]
Je commençais à m'inquiéter.
On m'a proposé le 2e service.
Quelle ambiance ! Le cuisto a dansé
avec du boudin sur la tête !
[Madeleine rit]
- Ça va ? - Oui.
Lis ça, c'est important.
[Madeleine] Le Rodéo club...
Dancing à Châteauroux.
Le patron est intéressé.
- C'est une blague ? - Je parle anglais.
Y a que des G.I., là-bas.
- Des G.I. ? - Parce qu'y a une base militaire.
Il faut un gérant anglophone.
Tu sais même pas tenir un plateau !
Mais toi, si ! À nous deux, on a le profil.
Mais le profil de quoi ? Châteauroux, je sais pas où c'est !
T'es sérieux, là ?
Bah oui ! On est à l'étroit, ici. Et je sais pas, c'est excitant.
Mais je bosse comme une folle pour que tu fasses ta thèse.
Ton rêve, devenir chercheur.
Justement, c'est la nuit. Je rédigerai ma thèse le jour.
Mais je comprends pas, ça te fait pas plaisir ?
- T'adores voir les gens danser. - [on tambourine à la porte]
[on frappe]
- [homme] François ! - C'est qui ?
[l'homme frappe]
Ouvre, François !
[l'homme cogne] Ouvre, François !
[l'homme frappe]
[il tape] Ouvre !
- [Madeleine] C'est qui ? - Ouvre-moi !
[Daniel] Maman ?
- Reste dans ton lit, t'inquiète pas. - [homme] Je sais que t'es là !
Je sais que t'es pas tout seul !
[une voisine] Hé oh ! Ça suffit, là !
[homme] Je vais me foutre en l'air. Me foutre en l'air, François.
Faut que je te parle, ouvre ! [il frappe à nouveau]
- [elle chuchote] C'est qui ? - Je veux te parler ! Ouvre.
[il chuchote] Il s'appelle Nicolas. C'est un malade mental.
- Tu le connais d'où ? - [Nicolas] Ouvre !
La Sorbonne. Il a été interné à Sainte-Anne.
- [un voisin crie] - [Madeleine] Il est dangereux ?
- [Nicolas et le voisin s'écharpent] - [il chuchote] Oui.
[Daniel] Maman, je suis mouillé.
Je change ton pyjama et tes draps.
Va dans les toilettes.
[Nicolas] François !
[musique angoissante]
[il chuchote] C'est juste une histoire de jalousie.
Mon directeur de thèse n'a pas voulu de lui.
Nicolas, ça l'a rendu parano.
Il m'a menacé avec un couteau.
Il est fou, c'est tout.
[elle chuchote] François... Est-ce que c'est vrai, tout ça ?
Tout ça, quoi ?
Nous deux.
On est allés trop vite.
Je te connais pas, en fait.
- Je te connais pas. - Bien sûr que si. Regarde-moi.
J'ai pas le droit d'être heureuse.
- Ce sera comme ça jusqu'à la fin. - Évidemment que tu as le droit !
- Tu l'emmènes, j'ai pas le temps. - Oui.
Mme Delambre ?
- C'est pour toi ? - Ouais.
Qui c'est ?
[Madeleine déplie la lettre]
Mon père...
- [une cloche sonne le glas] - [des chiens aboient]
[Daniel] Il avait quel âge, papi ?
[Madeleine] 57 ans.
C'est jeune, pour mourir ?
[Madeleine] Un peu, oui.
- [Daniel] C'est elle, ta maman ? - Oui, c'est elle.
Elle a l'air gentille.
Et mon père ?
Elle est où, sa tombe ?
On n'a jamais trouvé son corps.
Ça arrivait souvent, pendant la guerre.
Descends.
Allez, descends de là.
Daniel.
Viens.
Allez !
On mange dans un restaurant ?
Mhm.
[Daniel] C'est quoi, ça ?
Montez, je vais nettoyer.
[musique étouffante]
Tu vas recommencer, t'as tout dans la tête.
[homme] M. Delambre ?
Brigadier Lenoir.
On peut parler un instant ?
C'est un acte criminel.
Vous venez au commissariat pour une déposition ?
Oui, bien sûr.
Le feu serait parti du lit.
Vous connaissez Nicolas Meunier ?
[François] C'est un copain de fac.
[brigadier] Il s'est constitué prisonnier.
On l'a mis à l'infirmerie du dépôt.
[François] Il est schizophrène.
- Vous avez quelles relations ? - [François] Aucune depuis longtemps.
[brigadier] Il a des raisons de vous en vouloir ?
- [François] Non, je vois pas. - Il dit avoir vécu ici avec vous.
[François chuchote] C'est faux.
[brigadier] Pas d'après votre voisin.
[François] Je l'ai peut-être hébergé une ou deux fois.
- Mais c'est tout. - [brigadier] On va éclaircir ça.
- Vous venez avec moi ? - [François] Oui.
Je voudrais parler à mon mari.
[brigadier] Je vous attends en bas.
[Daniel] Regardez ce que j'ai retrouvé !
On descend.
[tic-tac]
[Madeleine] Arrête ça.
On va dormir où ?
Je sais pas.
C'est le fou qui a fait ça ?
Oui.
Bah, tu vois ? C'est lui qui a gâché ton bonheur.
[tic-tac]
[Madeleine] Excusez-moi, je peux téléphoner ?
[la clochette tinte]
Bonjour, je cherche à joindre le 34 17 71, s'il vous plaît.
Porte des Lilas. Merci.
Ici Madeleine Delambre.
- Elle téléphone à qui, ta mère ? - Je sais pas.
[Madeleine] Ça fait 10 000 par mois ? Je vais voir avec mon mari. Bien.
[Daniel] Je veux une autre grenadine.
- [Madeleine] Merci beaucoup. - [François] Oui, on va commander.
[Madeleine] À bientôt.
Tu l'as gardé ?
"À nous deux, on a le profil."
À Kairos.
À Kairos.
[musique complice]
[détonation]
[ils rient]
[les G.I. s'écrient]
[G.I.] Okay!
So sorry!
Hey, kiddo! Get the window down.
- D'you want a gum? There you go, kid. - [G.I. 2] Come on! Leave the kid alone.
Leave the kid alone, man!
Bye, kiddo!
[musique jazzy]
This is me, tonight. This is me, tonight!
- Hi, guys! - This is what I'm talking about.
Everybody is so beautiful.
You look beautiful, I gotta say.
Come on, you're going home. Come on!
[rires]
- [du verre se brise] - Oh, my God!
- I'm so sorry! - Ladies.
[chanson française irrévérencieuse]
Oh! No way!
[les G.I. s'exclament]
- ♪ J'en ai tellement envie que... ♪ - ♪ J'oublie tout dans la vie ♪
♪ C'est insensé Ce que j'aime t'embrasser ♪
♪ Plus nous nous embrassons ♪
♪ Plus j'aime t'embrasser ♪
♪ Je t'aime ♪
Yeah, come on!
♪ J'en ai tellement envie que... J'oublie tout dans la vie ♪
♪ C'est insensé Ce que j'aime t'embrasser ♪
[tous] Come on! Come on! Come on! Come on!
[acclamations]
Ça fait trois heures que je demande à boire !
- Je te sers quoi ? Une coupe ? - Champagne.
[elle s'indigne]
Sorry.
Mais ça va pas ?
[musique country]
- François ! - [chanteuse] Enfin !
[des hommes crient]
[G.I.] Asshole!
[cris]
Stop !
[en anglais] Il y a une bagarre au Rodéo club. Venez vite !
[le réveille-matin sonne]
Tu peux m'aider ?
Signe mon bulletin.
[François] Bonne journée.
Bonne nuit !
[musique paisible]
- [femme] Bonjour, Daniel. - Bonjour.
[des bris de verre tintent]
[la musique continue]
- [Daniel] Salut, ça va ? - Ouais, ça va.
[musique enjouée]
[un groupe d'hommes chahutent]
Absinthe !
- [serveuse] Tu veux quoi ? - [G.I.] Absinthe !
De l'absinthe ? On n'a pas. On fait pas, ici.
[en anglais] Allez, quoi !
[musique enjouée étouffée]
Qu'ont-ils, avec l'absinthe ?
Un con dit que c'est aphrodisiaque.
Et on n'en a pas ?
[G.I., en anglais] Sers-moi ce qui rend sexy.
[tous] Absinthe ! Absinthe ! Absinthe !
Y pas d'absinthe. C'est interdit. Non, non !
Absinthe !
[tous] Absinthe ! Absinthe ! Absinthe !
Absinthe ! Absinthe ! Absinthe ! Absinthe !
Merde !
Absinthe ! Absinthe !
[musique rockabilly]
Suzy ?
Suzy, ils veulent tous de l'absinthe.
- Tu me dépannes ? - De l'absinthe ?
Va en chercher une caisse.
Tu la remontes pour Madeleine.
- Mes fils dorment chez toi ? - Oui, ils sont avec Daniel.
Tu bois quoi,
- ma chérie ? - Du whisky.
Merci.
Non, laisse. Ici, ils s'en foutent.
- Donne-moi une caisse de Lawson. - J'envoie Lola.
[en anglais] Sortez pas avec ça. On va tout vous voler.
- Il dit quoi ? - De pas te promener seule avec ça.
Je le connais, c'est un gentil.
- Tu peux y aller. - OK, merci.
- OK. - Oui ?
[en anglais] Je peux vous appeler Maddy ?
[en anglais] Oui.
- [du verre se brise] - [on s'exclame]
[en anglais] Vous ne parlez pas un mot d'anglais, Maddy ?
[en anglais] Non. L'anglais, non. Mais mon mari, oui.
[en français] Mon mari.
[musique slow]
- [en anglais] Tenez. - Merci.
De rien.
- [en anglais] Voici mon mari. - Ah...
- Hello. - Jimmy Wayle.
- [en anglais] François. Enchanté. - Enchanté.
Je peux vous offrir un verre ?
- Avec plaisir. - Je vous sers quoi ?
- Vous aimez les cocktails ? - Pourquoi ?
Et devenir riche ?
- Pourquoi pas ? - J'en connais un
qui va faire la renommée de votre bar.
Vous avez du whisky,
- du bitter, du citron et un œuf ? - Un œuf ?
Faites-moi confiance.
[musique endiablée]
Vous pouvez casser cet œuf ? J'ai besoin que du blanc.
[ils rient]
Presque !
- Voilà... - [homme] Hé, Jimmy !
Hello ! Qu'est-ce que tu fous, là-derrière ?
Regarde, gamin !
- Regarde-nous, mec ! - Chez moi,
ils adorent les cocktails,
mais pas les mélanges.
Santé !
- [François] C'est délicieux. - Oui ? Ça vous plaît ?
Merci.
[musique langoureuse]
Vous venez d'où ?
- Blackfoot City, en Idaho. - Où ça ?
L'Idaho, le pays des patates.
Je suis né dans le champ de patates de mon père.
C'était pas drôle tous les jours.
Vous avez entendu parler de Jack London ?
Oui.
J'aimerais voyager comme lui.
Il aurait tout fait pour partir : balayeur, menuisier, chercheur d'or.
- Vraiment tout... - [homme] Hé, Jimmy !
Jimmy !
- Jimmy ! - Fous-moi la paix.
Jimmy, mon pote !
Debout ! Allez, lève-toi !
Viens danser avec nous.
[tous] ♪ Une rose jaune du Texas m'attend à la maison ♪
♪ Elle me manque à en perdre la raison... ♪
Un whisky sans l'amertume.
[la chanson paillarde américaine continue]
Jimmy ?
Réveillez-vous, Jimmy.
Jimmy ?
[Madeleine rit]
[Jimmy] Qu'est-ce qui vous fait rire ?
Rien.
- On vous raccompagne ? - D'accord.
Oui ?
Allez.
[Jimmy s'exclame]
[Jimmy] C'est votre caisse ? Y en a plein, des comme ça, chez moi !
C'est quoi, votre combine ?
[Jimmy ricane]
[des jeunes jouent]
[musique mélancolique]
Montre celui-là.
Moi, je m'occupe des modèles humanisés.
OK ! Ah, ça me fait 11.
Alors...
[Jimmy rit]
J'ai trop bu.
Beaucoup trop...
Les amis !
[il rit]
Je peux... Je peux vous dire un secret ?
Chut !
Je déteste l'armée !
Je déteste ces blancs-becs !
[Jimmy s'écrie]
Ouais !
Je les déteste !
[tous rient]
[la musique continue]
On crève de chaud, dépêche.
[François] Ouais. J'ai un petit souci de retardateur.
Ça va.
[en anglais] Viens, Jimmy !
- [Jimmy] Vous êtes sûrs ? - Oui.
[Jimmy] D'accord.
[François] Attention.
J'enclenche.
[cliquetis]
[déclic d'obturateur]
- Ah, merde. - [Jimmy rit]
- Ça suffit, t'en as fait trois. - Dernier essai.
Juste... Madeleine !
[Jimmy] Maddy.
- Tu joues avec moi ? - Ouais, attends.
[Madeleine] On va se baigner, elle est bonne. Tu viens ?
[François] Je jouerai avec toi plus tard.
[Jimmy rit]
Je peux vous dire un truc ?
[François] Oui, quoi ?
Je sais pas nager.
Je peux t'apprendre.
Allons-y.
OK...
Penche-toi.
[rires]
- [femme] Bonjour, Daniel. - Bonjour.
- Que fais-tu dans ma chambre ? - T'as rien à me dire ?
Bah, quoi ?
Tu fais l'idiot.
T'as rien à me dire ?
Dans mon sac.
Je sais que c'est toi. Rends-la-moi.
Rends-la-moi, je te dis !
Puisqu'il a pas de cercueil, j'en ai fait un.
Mais t'es complètement malade.
Qu'est-ce que tu vas inventer, là ? Faut te faire soigner, Daniel.
C'est lui !
Je sais que c'est lui, mon père ! Je sais que c'est lui !
- Il est vivant ? - Tu vas me tuer !
Dis-le-moi !
[Madeleine pleure]
[François] Mon frère veut racheter mes parts.
[Madeleine] Tes parts de quoi ?
Mon père prend sa retraite. Il va diriger l'usine.
Il a besoin de mes parts.
[Madeleine] Et alors ?
Ça va nous faire beaucoup d'argent.
C'est-à-dire ?
Vraiment beaucoup d'argent.
Pourquoi tu dirais non ?
T'as pas envie de la diriger, cette usine.
[Jimmy, en anglais] Bonsoir, mesdames et messieurs.
Merci d'être venus ce soir.
Il y a...
une chanson qui me tient à cœur.
Une chanson triste.
Certains d'entre vous la connaissent.
D'autres pas.
Mais après cette soirée, vous ne pourrez plus l'oublier.
♪ J'ai été un vilain garçon ♪
♪ J'ai vraiment pas été réglo ♪
♪ Ils voudraient me filer 35 ans ♪
♪ Et certains veulent ma peau ♪
♪ Me tuez pas, je vous en prie ♪
♪ Je me tiendrai à carreau ♪
♪ Maintenant, j'écouterai ce qu'on me dit ♪
♪ Pour moi, ce sera quelque chose de nouveau ♪
Merci, merci, merci.
Et merci à vous.
[en français] Alors ?
[musique attendrissante]
[musique rock'n'roll]
[accent américain] Je meurs d'amour pour toi.
[en anglais] T'entends ?
[en français] Je meurs d'amour pour toi, Maddy.
Oh, François !
- [en anglais] Où tu te cachais, mec ? - Je travaillais.
[homme] Hello!
Good evening.
[en anglais] On vérifie les permissions des soldats.
- Tu fais quoi ? - Chut !
[homme] Sortez-les, messieurs.
[en français] Tout va bien, ce soir ? Pas d'individu violent ?
- Non. - Tout va bien.
On vérifie les permissions
- des soldats américains. - [François] Très bien.
All right.
[en anglais] Inspecte ce côté-là.
[il chuchote, en anglais] Viens avec moi.
[homme] Qu'est-ce que tu fais là à cette heure?
Lui, il n'a pas ses papiers.
[Jimmy] Je suis consigné à la base, ce week-end.
[François] Non, merci.
Reste là. Je te préviens dès qu'ils partent.
Un bisou pour m'endormir ?
[Jimmy rit]
François !
[Jimmy éclate de rire]
[musique dansante étouffée]
Arrête.
[Jimmy rit]
- Tu vas voir ! - [en français] Je suis chatouilleuse !
[en anglais] Chatouilleuse ? T'as pas l'air.
C'est vrai !
Tu as de très jolis pieds.
Tes bas sont doux.
[la porte s'ouvre]
[Jimmy] Viens, mon pote.
Viens faire une pause avec nous.
François.
Approche.
Approche.
Voilà.
[François rit, gêné]
Tu vas le ramener ?
J'ai l'impression, oui.
Je vous aime trop.
Avec vous, je me sens...
Vous voyez ?
[tintement]
[la boucle de ceinture tinte]
[Jimmy et Madeleine halètent]
[ils gémissent]
[Madeleine gémit de plaisir]
[Madeleine pousse de petits cris]
[Jimmy halète]
[Madeleine crie]
[François halète]
[Madeleine] Viens.
[les amants halètent]
[Jimmy proteste]
[en anglais] Qu'est-ce que tu fous, bordel ?
[François s'écrase lourdement au sol]
[François geint]
Vous me prenez pour qui ? Vous me prenez pour qui ?
Je suis pas votre chose !
[Jimmy claque la porte]
[François sanglote]
C'est ce que j'appelle un acte de barbarie.
Faites-leur voir, madame.
C'est toi qui as fait ça ?
Oui.
[proviseur] Demande pardon à ton camarade.
Daniel, t'as entendu ?
Pardon.
Je me vois obligé d'exclure votre fils de mon établissement.
Quel gâchis, Daniel.
Vu tes tests psychotechniques, tu peux être le meilleur partout.
Ah oui.
- Il a de bonnes notes. - Ses notes n'excusent pas ce geste.
Il est dangereux.
- Je suis désolé. - [mère] Faut l'enfermer, ce gamin.
[proviseur] Mme Arnaud vous enverra la facture de l'hôpital.
Qu'est-ce qui t'a pris ? Je vous croyais amis.
Il m'a menti.
J'ai pas supporté.
Je vous rejoins.
- Tu vas où ? - À la pharmacie.
Je vais dans ma chambre.
Je vais préparer à dîner.
Tu crois que je suis malade ?
T'es pas malade.
- Que fais-tu, dans le noir ? - [François] Je t'attendais. T'étais où ?
- Je m'inquiétais. - J'avais besoin de marcher.
Faut que tu parles à Daniel.
- De quoi ? - À ton avis ?
Que veux-tu que je lui dise ?
- La vérité, il a dix ans. - Que sa mère est une salope ?
- Que c'est un sale fils de boche ? - Arrête ! N'importe quoi.
T'as une cigarette ?
Tiens.
T'as connu beaucoup de garçons ?
J'en ai connu qu'un seul, celui que tu sais.
C'était comment, avec lui ?
Tu m'aimeras jamais comme Nicolas, comme Jimmy.
Tu te mens.
Je suis sûr d'une chose, je peux pas vivre sans toi.
Je suis pas heureux, sans toi.
Sans toi, je suis rien.
Ma chérie.
[musique langoureuse]
[Madeleine soupire de soulagement]
- C'est bon, tu viens ? - [Daniel] Mhm...
Daniel !
Lève-toi !
[Daniel soupire]
- [Jeanne] J'ai compté, il y en a 12. - Waouh ! Il est passé, alors ?
- [Jeanne] Non, arrête. - Quoi ?
[Jeanne] Tu sais que je sais.
T'as des preuves qu'il existe pas ?
- T'as des preuves qu'il existe ? - Bah, oui !
Y en a plein le salon !
[Jeanne] Les cadeaux, ça compte pas. C'est pas des preuves.
Ah oui ? Et ça, c'est quoi, alors ?
C'est de la suie. Normal, parce qu'il passe par la cheminée.
Après...
[Daniel siffle] Il décolle
par la fenêtre.
[musique festive]
Tu vois ? C'est là où il gare son traîneau.
- Pas de chance, on l'a raté. - [elle rit]
- C'est quoi, ces traces ? - C'est le père Noël.
Tu les nettoieras.
- Joyeux Noël. - Joyeux Noël.
- Joyeux Noël, ma chérie. - Joyeux Noël.
- Papa. - Merci.
C'est un grand cadeau !
Daniel.
Tiens, Daniel.
Merci !
- [François] Ah, des raquettes ! - [Madeleine rit]
Génial.
[la musique continue]
Merci, François.
[François] Qui peut dire à quoi servait cet édifice à deux étages ?
[étudiante] C'est un sarcophage ?
[François] Exactement, c'est un sarcophage. Un tombeau,
dans lequel on mettait les morts à l'Antiquité.
Sur la partie basse de sa construction,
des saynètes sont représentées dans des niches.
À gauche, la première saynète,
un enfant s'appuie sur une béquille. C'est un lépreux.
Dans la 4e niche, vous avez Pierre, qui sera le premier Pape.
À droite, Jésus.
Et un coq se trouve à leurs pieds. Quelqu'un sait pourquoi ?
Ce coq représente la trahison de Pierre envers Jésus.
Jésus lui a dit : "Avant le chant du coq, tu me trahiras trois fois."
Ça, c'est le cours sur les techniques de fouilles.
Nous étudierons ça la semaine prochaine. Merci.
[musique envoûtante]
[Vincent gémit discrètement]
[la musique continue]
[ils grommellent de plaisir]
[François soupire]
[François grogne]
Je peux plus.
Faut qu'on arrête.
François !
[voix chevrotante] François !
♪ C'est bon, d'avoir peur un instant Lorsque la route ♪
♪ Fait un brusque tournant ♪
♪ Sans aucun doute Le risque est exaltant ♪
♪ Et puis surtout Quand l'amour est au rendez-vous ♪
[elle fredonne]
[on entre]
Qu'est-ce que tu fais dans mon bureau ?
- On doit réviser. - C'était ouvert ?
- Oui, pour une fois. - Enlève ça.
- T'es quoi ? - Une chanteuse !
- Je serai chanteuse. - Non. Tu seras pas chanteuse.
T'es trop maligne pour ça. Tu feras des études et t'auras une belle vie.
Enlève ce rouge à lèvres.
- Ta mère est rentrée ? - Elle est repartie au cinéma.
- Germaine a fait à manger ? - Oui, c'est pas Daniel !
Voyons ça.
Au Xe siècle, le pouvoir du roi s'affaiblit à cause de quoi ?
L'invasion des Vikings ?
Mhm. Et puis ?
C'est quoi, la féodalité ?
Seigneurs, euh...
Un suzerain.
Réfléchis !
- J'ai réfléchi ! - Non, t'es pas concentrée.
Je sais pourquoi tu t'énerves.
T'as peur de voir que je suis bête.
- Tu les as tous lus ? - Mhm, presque. Et un jour,
tu les liras aussi. Y a plein d'aventures, dedans.
Ils seront tous à toi et à Daniel.
Change pas de sujet !
Les tables de multiplication, c'était pas brillant.
D'ailleurs, 7x8 ?
56.
- Mhm... 8x9 ? - De toute façon, je m'en fous.
- Je serai chanteuse. - Oui, bah, ça n'empêche pas.
Sylvie Vartan connaît ses tables par cœur.
Comment tu le sais ?
- Bah, je l'ai lu. - Où ça ?
Dans le journal, la semaine dernière.
Alors ?
[François] Qui est-ce qui jouait, ce soir ?
- Bill Coleman. - Vous vous êtes amusés ?
- Y avait du monde ? - C'était plein.
Tu me donneras un carnet de chèques ?
Déjà ? Je t'en ai donné un il y a deux semaines.
Écoute ça, Stefan Zweig. J'adorais ce poème, étant jeune.
"Seule la passion qui trouve son abîme
"Sait embraser ton être jusqu'au fond
"Ce qui se perd entier est donné à lui-même"
C'est magnifique, non ?
Magnifique.
Ça va pas, ma chérie ?
Il s'appelle comment ?
- Zweig ? Stefan Zweig. - Non. Merci, j'ai compris.
Celui à qui tu penses quand tu lis ce poème ?
Je pense à personne.
À personne...
Ah, t'as picolé.
Alors, il s'appelle comment ?
Vas-y, dis-moi tout.
Il "t'embrase jusqu'au fond" ?
Ça doit brûler !
- Calme-toi ! - Je suis calme.
[François] Mon Ming !
[Madeleine ricane]
Un vase du XIVe siècle !
Ça te fait rire ?
Non.
Tu fumes pas dans notre chambre.
Oh ! Ce que tu peux être chiant !
- [elle souffle] - Tu vas où ?
Tu me fais mal.
- Tu cherches quoi ? - À dormir seule. Je louperai rien.
Bonne nuit !
Tu me suis comme un chien.
Ça te dérange que je dorme là ? Je vais dans la chambre d'amis ?
Où il n'y a jamais d'amis !
C'est un musée, pas un appart.
- C'est ma faute si tu t'ennuies ? - Tout est ma faute !
Si je m'emmerde, si j'aime pas lire.
Bien sûr ! Tu t'intéresses à rien.
Je t'ai proposé des cours d'art, des études.
Tu dis non à tout.
T'es là, avec Germaine, avachie.
Avec vos magazines à la con !
Tes activités de riche, là...
Moi au musée ou à peindre des croûtes, ça t'arrangerait bien !
- Et les chéquiers ? - Je me fous du fric !
Tu achètes n'importe quoi !
T'as pas une femme mais une couverture.
Je te couvre pas, moi ?
Quel nom porte ton fils ?
[Madeleine] T'as marché sur le Ming, je crois.
Je nettoierai le tapis.
Non, je vais le faire.
Tu viens pas ?
[Madeleine] Non.
Tu vas pas dormir sur ce canapé inconfortable ?
[elle soupire]
[des bips résonnent]
[François] Elle te plaît ?
Ouais.
Elle est comment ?
Euh... Brune, avec des yeux verts. Et voilà.
Je la connais pas trop.
Faut que t'apprennes à la connaître, voyons !
- Tu l'as vue hors des cours ? - Non.
Allez au cinéma.
Non, je l'intéresse pas.
- Comment tu le sais ? - Je le sais, c'est tout.
Soit tu t'accroches, soit tu laisses tomber.
Une histoire d'amour, ça se partage.
À ton âge, je tombais amoureux de personnes qui font souffrir.
La bonne personne pour traverser la vie, on a entière confiance en elle.
Comment tu sais si c'est la bonne ?
[des bips en morse retentissent]
[musique touchante]
[journaliste] On est à moins de 60 km de Saïgon.
Deux bataillons américains nettoyant la zone
sont tombés dans une embuscade.
L'attaque a duré des heures. Les rebelles, un régiment protégé...
Maman, tu viens ?
La colonne américaine a essuyé un tir violent.
Les pertes sont lourdes.
Les Viets ont eu 200 tués, selon l'état-major américain.
Il annonce un nombre important de blessés et de morts américains.
Des chefs militaires du Vietnam auraient demandé l'engagement
de 350 à 400 000 hommes de plus,
c'est-à-dire deux fois plus
que l'effectif actuel au Vietnam du Sud.
[Madeleine et Jeanne] ♪ Joyeux anniversaire ♪
[tous] ♪ Joyeux anniversaire ♪
Joyeux anniversaire, François
Joyeux anniversaire
[ils applaudissent]
[François soupire d'émotion]
[Jeanne] Ça va, papa ?
Oui, ça va.
C'est moi qui l'ai fait.
Je vous aime tellement.
- [Madeleine] Tiens. - [Jeanne] Merci.
- [Daniel] Tu l'as fait toute seule ? - [Madeleine] Oui, j'ai pas aidé.
- [Daniel] Ça se sent ! - Elle l'a fait seule.
- [Jeanne] Allez-y, goûtez ! - Ça a l'air délicieux.
- Muerta ! - [on sonne]
- François a dû oublier sa clef. - [Germaine] D'accord.
C'est la police, madame.
Il s'est passé quelque chose ?
Je sais pas. Ils demandent après monsieur.
- [policier] Bonjour, madame. - Bonjour.
On a un mandat d'arrêt sur M. Delambre.
- C'est quoi, cette histoire ? - Il y a une plainte contre lui.
Mon mari devrait pas tarder. Il est...
- Il est professeur à la Sorbonne. - [policier] On sait.
On voulait pas l'arrêter au travail. On va l'attendre ici.
Il avait une relation avec un étudiant.
Les parents ont porté plainte.
Leur fils est encore mineur, il a 20 ans.
Vous connaissez la loi ?
Il ne vous en pas parlé, j'imagine ?
Non.
Cette histoire tient pas debout.
[policier 2] Vous êtes mariés depuis quand ?
14 ans.
Il n'a jamais parlé de penchants contre-nature ?
Il n'a aucun penchant. C'est un homme formidable.
Ce jeune homme a dû... mal supporter une mauvaise note et il se venge.
Où le Pr Delambre range-t-il ses affaires ?
Vous avez pas le droit de faire ça.
L'homosexualité est un délit, madame.
Détournement de mineur, ce sera un procès.
[policier 2] Regarde.
C'est quand même très orienté, comme lecture, non ?
C'est des livres d'art, ça prouve quoi ?
Les plus à plaindre sont vos enfants.
Arrêtez de nous insulter ! Je ne veux plus vous entendre.
[policier] Regarde ça.
C'est pas de l'art, c'est de la pornographie.
[on entre]
François...
- Quoi ? - [policier] M. Delambre ?
Vous auriez détourné un mineur,
Jean Carrion. Suivez-nous au commissariat.
Allez !
Dis rien aux enfants.
Je t'aime, François !
- [la porte claque] - [elle tressaille]
Bonjour. Commissaire Bossard. Ôtez ses menottes.
[cliquetis]
Asseyez-vous, M. Delambre.
Je viens de prendre la déposition de M. Carrion.
Tout enseignant signe un certificat de moralité.
N'est-ce pas ?
D'après ce jeune homme, ce certificat a été bafoué.
Vous risquez la révocation à vie de votre poste de fonctionnaire.
Ce jeune homme est mineur de moins de 21 ans.
Vous risquez aussi une amende et jusqu'à trois ans de prison.
Elle peut être doublée dans le cadre d'un rapport homosexuel.
[père] Quelle honte...
On confie nos enfants à des détraqués.
J'ai pas fini de te détruire, salopard. Tu vas tout perdre.
[musique émouvante]
[Jeanne] Regarde, y a la sacoche de papa.
Il a dû l'oublier.
T'as une perruque ? C'est du cirage ?
T'occupe !
[la musique continue]
[klaxon]
[une femme hurle]
[prêtre] Notre Père, qui es aux Cieux...
[tous] Que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel.
donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons
à ceux qui nous ont offensés.
Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. Amen.
Amen.
François a été... l'homme de ma vie.
J'ai choisi de vous lire un poème qu'il aimait beaucoup.
[Madeleine renifle]
"Ouvre-toi, monde souterrain des passions
"Et vous, ombres rêvées, et pourtant ressenties,
"Venez coller vos lèvres brûlantes aux miennes
"Boire à mon sang le sang et le souffle à ma bouche
"Montez de vos ténèbres crépusculaires
"Et n'ayez nulle honte de l'ombre que dessine autour de vous la peine
"L'amoureux de l'amour veut vivre aussi ces maux
"Ce qui fait votre trouble m'attache aussi à vous
"Seule la passion qui trouve son abîme
"Sait embraser ton être jusqu'au fond
"Seul qui se perd entier est donné à lui-même
"Alors, prends feu
"Seulement si tu t'enflammes, tu connaîtras le monde autour de toi
"Car, au lieu seul où agit le secret
"Commence aussi la vie."
[Jeanne] Quand il est mort, il avait pas sa sacoche.
- Ah bon ? - Ouais.
Je l'ai vue.
Elle était sur le porte-manteau.
Il a dû revenir pour la chercher.
Il a pas fait attention, en traversant, il était trop pressé.
Pourquoi il l'a oubliée ?
[Jeanne] Regarde.
T'en penses quoi ?
- Qui t'a donné ça ? - C'est la mère de papa.
Ça lui ressemble. Ça fait mémé friquée.
[Jeanne] T'es jaloux. Je te le donne.
- [Madeleine] Un cadeau, c'est un cadeau. - Pourquoi on est ici ?
Pourquoi on rentre pas ?
Jeanne doit connaître ce lieu.
J'ai plein de souvenirs,
ici, tu sais. J'étais serveuse dans ce restaurant.
Daniel était tout petit.
J'y ai rencontré votre père.
[Madeleine] Daniel !
Daniel, arrête-toi !
C'est quoi, son nom ?
- Quoi ? - Tu sais bien !
- Le nom de mon père ! - Ton seul père, c'est François.
- Calme-toi. - Son nom !
- On rentre. - Dis-moi !
Donne-moi son nom ou je te tue !
Son nom, c'est quoi ?
Dis-moi !
Son nom !
Mathias Richter.
Répète.
Répète !
- Mathias Richter. - Il est mort ?
- Je sais pas. - Il est mort ou pas ?
- Réponds-moi. - [Jeanne] Maman !
Maman !
Maman ! Maman...
[Madeleine pleure]
[musique déchirante]
- [Madeleine] Bonsoir. - Bonsoir.
[la musique continue]
Bonsoir.
- Mais... t'as vu l'heure ? - [Jeanne] J'arrivais pas à dormir.
Et je me sens bien, ici.
Y avait du monde ?
C'était plein.
C'est décidé.
Je vais tous les lire.
Ah bon ?
- Et t'as déjà commencé ? - Oui.
Mais je vais les lire lentement.
Comme ça, ça durera très longtemps. Toute ma vie.
Tu devrais aller dormir.
Sinon, tu tiendras pas.
Ouais.
- Toi non plus, tu tardes pas. - Oui.
Bonne nuit, ma chérie.
Mon mari, il a dit que, si c'est un garçon,
il achète une bouteille de champagne.
Et si c'est une fille, il achète une bouteille de vin blanc.
- Et toi, tu préfères quoi ? - Je préfère le champagne !
- [on sonne à la porte puis on frappe] - J'y vais. C'est Jeanne ?
T'avais pas dit demain ?
Non, ça s'est décalé.
Je peux entrer ?
Bah oui, bien sûr !
Ça va ?
Je t'ai fait peur, on dirait.
Non. Te voir en uniforme, ça fait bizarre.
- [Germaine] Daniel ? - Ah, Germaine !
[ils rient tendrement]
[Germaine] T'es devenu un homme. Et un bel homme !
[ils rient]
[des couverts tintent]
Où est Jeanne ?
En cours, elle devrait pas tarder.
Et comment tu te sens ?
Avec le club, je vis un peu à l'envers.
La chimiothérapie me fatigue, mais ça va.
Au travail, je suis bien.
J'ai une date d'opération.
- C'est quand, exactement ? - Dans trois semaines.
J'ai tout organisé avec Germaine. On se débrouille.
Et toi, alors ?
Moi, quoi ?
Le service est bientôt fini, non ?
- Tu restes pas dans l'armée ? - J'ai signé pour cinq ans.
- Quoi ? - Ce qui est génial, dans l'armée,
c'est qu'on pense à ta place.
Et l'Algérie, c'est fini. Pour l'instant, je suis peinard.
Tu te souviens de ce que François disait ?
Tu peux faire polytechnique.
Arrête, avec François !
Il est plus là.
J'ai écrit aux archives de la Wehrmacht.
Pour lancer la recherche sur Mathias Richter,
il faut une lettre de toi.
Une lettre circonstanciée qui certifie...
la paternité.
T'es là pour ça ?
Oui.
Alors, tu veux bien ?
[on entre]
- C'est Jeanne. - [Jeanne] Regarde, maman !
15 sur 20 en français. Pas mal, non ?
T'étais pas censé arriver demain ?
T'as perdu ta frange ?
- Je te reconnais pas. - Ça se perd pas.
T'as encore ton gros nez.
[ils rient]
- Tu veux manger quelque chose ? - Une pomme.
[Madeleine] Sois gentil avec elle.
Ton départ du jour au lendemain a été dur pour elle.
Et pour moi.
Fallait que je m'en aille.
[brouhaha]
Mesdames et messieurs, bonsoir. Bienvenue chez Maddy.
Je vous demande d'accueillir la chanteuse de ce soir.
Elle est jeune, elle est belle.
Elle s'appelle Candy.
[en anglais] Bienvenue à Paris, Candy !
[le public applaudit]
[musique soul]
♪ J'ai été une vilaine fille ♪
♪ J'ai vraiment pas été réglo ♪
♪ J'ai été une vilaine fille ♪
♪ J'ai vraiment pas été réglo ♪
♪ Mais souviens-toi de moi ♪
♪ Même quand je serai partie ♪
♪ Oh, je suis désolée ♪
♪ Si un jour, j'ai eu tort ♪
[la musique continue]
[musique attendrissante]
Je soussignée Madeleine Delambre, née le 3 mai 1925
à Pont-de-Croix, dans le Finistère,
déclare avoir été serveuse à l'hôtel du Prieuré,
16 route de Keraudy, à Locronan.
Cet hôtel réquisitionné a hébergé
des officiers allemands.
En mars 1944, j'ai fait la rencontre du Lt Mathias Richter,
officier de santé dans la Wehrmacht.
J'en suis tombée amoureuse.
Notre liaison a duré 15 jours, car il partait sur le front Est.
Deux mois plus tard, j'étais enceinte.
Je peux affirmer que cet homme est le père biologique de Daniel,
né le 6 décembre 1944 à Morlaix,
et adopté à l'âge de six ans par François Delambre, décédé.
Longtemps, certainement à tort,
j'ai eu honte d'avouer à mon fils ma liaison avec un Allemand.
Si je me décide à rédiger cette lettre,
c'est pour lui laisser une chance de le retrouver,
mort ou vivant.
- [musique émouvante] - [le chef de quai siffle]
Maman ?
Maman ?
[la musique continue]
Sous-titres SME : Damien Armengol
Sous-titrage : EVA France ST'501
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