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[...]
[Thème onirique]
[...]
[Thème doux et mélodique]
[...]
Il était une fois, dans un grand bois,
un pauvre bûcheron
et une pauvre bûcheronne.
Non, rassurez-vous,
ce n'est pas "Le Petit Poucet", d'ailleurs, moi-même,
je déteste cette histoire ridicule.
Où a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants
faute de pouvoir les nourrir ? Allons, allons...
Pauvre Bûcheron et Pauvre Bûcheronne n'avaient jamais
quitté leur bois.
Pourtant, le froid, la faim, la misère,
leur rendaient la vie bien difficile.
Surtout en ces temps où sévissait la guerre mondiale.
Oui, oui, la guerre mondiale.
Fort heureusement, à quelque chose malheur est bon.
Pauvre Bûcheron et Pauvre Bûcheronne
n'avaient, depuis quelques années, plus d'enfant à nourrir.
N'ayant plus de cœur à chérir, Pauvre Bûcheronne s'en lamentait.
Mais Pauvre Bûcheron, lui,
s'en était très bien accommodé.
Plus d'enfant à chérir, soit,
mais pas non plus de bouche à nourrir.
Petit à petit, l'âge aidant, Pauvre Bûcheronne comprit
que les puissances terrestres, célestes et féeriques
s'étaient toutes liguées avec son bûcheron de mari
pour la priver d'enfant.
Et elle accepta son sort, s'accoutumant au froid,
à la faim, à la misère
et à la solitude.
Et puis, un jour...
[Sifflet de train]
[Grincements] [un train approche au loin]
[...]
Dieux du train,
je vous bénis de venir encore et de ne pas m'abandonner.
Je vous bénis
de m'amener le bruit et la vie.
Vous avez changé ma vie.
Délivrez-moi de la faim et de la misère.
Donnez-moi de quoi manger, de quoi me vêtir, une marchandise.
Juste une toute petite marchandise.
J'implore votre bonté, dieux du train,
vous êtes ma lumière et mon seul espoir.
Je vous en prie, écoutez-moi.
Amen.
[Sifflet du train]
[Le train s'éloigne.]
[...]
[Un bébé pleure.]
[...]
[...]
[...]
[Elle est essoufflée.]
[...]
[Le bébé pleure.]
[Elle est encore plus essoufflée.]
[Le bébé gazouille.]
[...]
[Elle reprend son souffle.]
[Le bébé, tout proche, pleure.]
[Thème mélancolique]
[...]
[Battements de cœur]
[...]
[...]
[Le bébé se remet à pleurer.]
[...]
Chuuut...
[...]
[Le bébé tousse et pleure.]
[...]
[Le bébé recrache.]
[Il a un hoquet.]
[...]
[Le bébé tète le doigt.]
[...]
[Thème sombre]
[Le bûcheron referme la porte.]
[...]
[Le bébé éternue.]
[...]
[Le bébé éternue deux fois.]
Hm...
[Le bébé gazouille.] C'est quoi ça ?
- C'est quoi !? - Les dieux du train me l'ont offert.
- Les dieux du train ? - Pour remplacer notre enfant perdu.
Ne sais-tu pas à quelle espèce appartient cet enfant ?
C'est un Sans-Cœur !
Non, c'est une petite Marchandise donnée par les dieux du train.
Elle pue, ta Marchandise !
[Marchandise pleure.]
Elle pue.
Rejeton de la race maudite.
Non, c'est mon ange.
- Un ange... Écoute-le donc brailler. - Une fois grand, il sera comme eux.
Pas si nous l'élevons.
- Ils ont tué Dieu. - Ce sont des voleurs.
Il me faudrait travailler longtemps pour avoir de tels habits.
Des voleurs !
Nous n'avons rien à voler et bientôt il m'aidera à fagoter du bois.
S'ils le trouvent, ils nous colleront au mur.
Qui le saura ?
Les autres bûcherons nous dénonceront !
Non, je dirai que je suis redevenue grosse de tes œuvres.
- Non, il est marqué. - Comment ça ?
- Marqué ! - Leur nature n'est pas comme la nôtre.
Regarde. Vois la marque !
Je ne vois pas de marque.
Il n'est pas fait comme moi !
- Ne vois-tu pas ? - Non.
Mais elle est faite comme moi.
Vois comme elle est belle.
[Marchandise gazouille.]
[...]
[Marchandise pleure.] Que fais-tu, où vas-tu ?
Je vais le redéposer près de la voie ferrée.
Les dieux le reprendront.
Fais ça, bûcheron,
et tu devras me jeter avec elle sous le train de marchandises.
Et tous les dieux, ceux des cieux, de la nature et du train
te poursuivront où que tu ailles !
Tu seras maudit à jamais et pour toujours !
[Marchandise pleure.]
[...]
Soit, qu'il en soit ainsi.
Que tout le malheur à venir soit le tien.
Elle fera notre bonheur.
Garde tout le bonheur pour toi.
Je ne veux plus l'entendre ni la voir, jamais.
Va la remettre dans la remise et fais-la taire.
[Une porte claque.]
[Thème apaisant]
[...]
[Marchandise pleure.]
[...]
[Il grommelle.]
[...]
C'est du lait qu'il lui faut.
Elle n'a aucune chance.
[Thème intrigant]
Si les dieux du train m'ont confié cette petite Marchandise,
c'est pas pour la faire mourir, elle vivra. Elle vivra.
[...]
[Un corbeau croasse.]
- [Un homme :] - Qui va là !?
Une pauvre bûcheronne !
- Que veux-tu, Pauvre Bûcheronne ? - Du lait pour mon enfant.
- Pourquoi ne pas lui donner du tien ? - J'en ai pas, hélas.
Si elle n'a pas de lait aujourd'hui, elle mourra.
La belle affaire, t'en feras une autre.
J'ai plus l'âge et puis cette enfant m'a été confiée
par le dieu du train de marchandises qui passe sur la voie ferrée.
Le dieu du train t'a confié une de ses marchandises ?
- Que ne t'a-t-il donné du lait avec ? - Il a oublié.
Les dieux ne peuvent pas penser à tout, ils ont tant à faire.
Et ils le font si mal.
Dis-moi, Bûcheronne, d'où crois-tu que je tire du lait ?
Du pis de ta chèvre.
- Qui te dit que j'ai une chèvre ? - Je l'ai entendue bêler en fagotant
à la lisière de ton domaine.
- Que me donneras-tu en échange ? - Ce que j'ai.
- Et tu as quoi ? - Rien.
- C'est peu. - [Il ricane.]
Je t'apporterai un fagot chaque jour contre deux gorgées de lait.
- Tu veux me payer avec mon bois ? - C'est pas ton bois.
- Et c'est pas le tien non plus. - Et ton lait est celui de ta chèvre.
Rien, dans la vie, ne se donne sans contrepartie.
Sans lait, ma fille va mourir, sans contrepartie. Aide-moi.
Si tu m'aides, elle vivra. Les dieux te protégeront.
Ils m'ont déjà assez protégé comme ça. Vois.
Vois comme ils m'ont protégé, tes dieux.
[Respiration rauque]
Je te fais peur ?
Non.
- Je te fais pitié, alors. - Non, les dieux t'ont gardé en vie.
Et ta chèvre aussi.
En vie, oui.
Prends ce châle, regarde comme il est beau.
Il a été tissé par les dieux eux-mêmes avec des fils d'or.
- Tu t'y connais en affaires. - Fais voir ta petite Marchandise.
Oh, ta créature divine a faim.
Comme un vulgaire enfant d'humain.
- Je vais te donner du lait. - Merci.
- Merci. - Relève-toi.
- Relève-toi. - Tu es bon.
- Non, nous avons conclu un marché. - Viens prendre ce qui te revient.
- Qui t'a cassé la tête, homme de bien ? - La guerre.
- Celle-ci ? - Une autre, peu importe.
Ne t'agenouille plus jamais devant moi, ni devant quiconque.
Ne dis plus jamais que je suis bon
ni que je te donne du lait de ma chèvre.
Sinon, je te tuerai.
[Thème sombre et mélodique]
[...]
[Marchandise gazouille.]
[...]
[Thème sombre]
[...]
[Le chien geint.]
[...]
[Thème mélodique et apaisant]
[...]
[Sifflet du train au loin]
[Le train approche.]
[...]
[...]
[Marchandise pleure.]
[...]
[Un feu crépite dans l'âtre de la cheminée.]
[...]
[Thème mélodique]
[...]
[Pauvre Bûcheronne verse la soupe.]
[...]
[Thème enjoué]
[...]
[Marchandise gazouille.]
[...]
[Marchandise éclate de rire.]
[...]
- [Bûcheronne rit, ] - [Marchandise gazouille.]
[...]
[Marchandise gazouille et rit.]
[...]
[Le chien jappe.]
[Marchandise éclate de rire.]
[Le chien couine, puis geint.]
Pas bouger.
Pas bouger !
[Marchandise proteste.]
[Bûcheron soupire.]
[Le chien geint et pleure.]
[Marchandise sanglote.]
[...]
[Grondement au loin]
[Sifflet du train]
[Grondement]
[Grincements, hurlements]
[Marchandise hurle.]
[...]
Chut...
Bûcheronne, fais taire cet enfant de pourceau, qu'on dorme !
Tais-toi, tu l'effraies.
Lui, effrayé ? Tu t'es fait rouler.
Ce suppôt de Satan ne craint rien. C'est un Sans-Cœur, tu comprends !?
Les Sans-Cœurs ont un cœur.
Tais-toi, tu ne sais rien.
Les Sans-Cœurs jettent leurs enfants par les lucarnes du train
et c'est nous, pauvres couillons, qui devons les nourrir.
Tu entends ?
Tu entends que t'entends rien ?
Un Sans-Cœur, je te dis.
[Marchandise rit.]
[...]
[Battements de cœur]
[...]
Les Sans-Cœurs ont un cœur.
[...]
Non, les Sans-Cœurs n'ont pas de cœur, impossible.
Demain, elle devra partir. Il faut choisir, femme.
Entre ce résidu de fausse couche, tueur de Dieu,
et ton honnête bûcheron de mari !
Demain, elle part. Avec ou sans toi.
[Craquements]
[...]
[Coup de sifflet]
[Battements de cœur]
[...]
[Thème léger et guilleret]
[...]
[Battements de cœur]
[...]
[Battements de cœur]
[...]
[Battements de cœur]
[...]
[Battements de cœur]
[...]
[Marchandise gazouille et rit.]
[...]
Ah ?
[Battements de cœur]
[Marchandise éclate de rire.]
[Battements de cœur]
[...]
[Bûcheron rit.]
[...]
[Petit cri de joie]
[...]
[Marchandise sanglote.]
Chut...
[...]
Si tu veux revenir dans la maison, tu peux.
Et la petite ?
Hm[...]
[Rires et gazouillis.]
[...]
[Thème romantique]
[...]
Bûcheronne ! Bûcheronne, viens donc !
[...]
[Marchandise éclate de rire.]
[...]
[Le chien aboie.]
[Sifflet du train]
[Vacarme du train]
[...]
[Coup de sifflet]
[Des hommes éclatent de rire.]
[...]
À la fin de cette guerre maudite ! Et qu'elle arrive bientôt.
Et que la fin des Sans-Cœurs maudits arrive aussi !
- Ouais ! - Ouais !
Ils ont tué Dieu
et ont voulu cette guerre, ils méritent pas de vivre !
Ils doivent disparaître à jamais !
- À mort les Sans-Cœurs ! - Qu'ils crèvent !
J'en ai vu sortir l'autre fois d'un des trains. Des porcs !
Sales, mon vieux... Des porcs !
Allez, mort aux porcs !
[Éclats de rires]
Tu bois pas ?
Si.
Les Sans-Cœurs ont un cœur.
Quoi ?
- Qu'est-ce qu'il dit ? - T'es malade ?
Les Sans-Cœurs ont un cœur !
[Éclats de rires]
[...]
Il débloque, il est complètement bourré.
- Allez, va, ça ira mieux demain. - À la fraîche.
Cet abruti ne tient plus l'alcool.
Ouais !
Les Sans-Cœurs ont un cœur.
Les Sans-Cœurs ont un cœur.
Les Sans-Cœurs...
ont un cœur.
Les Sans-Cœurs ont un cœur !!
Les Sans-Cœurs... ont un cœur !!
[Grondement du train au loin]
[...]
[Sifflet du train]
[...]
[Sifflet du train]
[...]
[Vacarme du train]
[...]
[Vacarme du train]
[...]
[Claquements des roues du train sur les voies]
[...]
[Le train ralentit, les freins grincent.]
[...]
[Sifflet du train]
[Le train réaccélère.]
[...]
[Le train ralentit, les freins grincent.]
[...]
[Des branches craquent.]
Bonjour à vous.
Bonjour à vous.
Il est à vous cet enfant ?
- Oui, c'est notre fille. - Quel âge ?
- Un an, à peu près. - À peu près ? C'est marrant.
Ton mari n'a rien dit.
- Ça aussi, c'est marrant. - Il est pas causant.
Ben ouais, ça explique.
- J'y vais, j'ai du travail. - Au revoir.
Bonjour à vous.
[Coups de haches, un arbre tombe.]
[...]
[Thème rappelant une berceuse]
[...]
[Claquements des roues du train sur les voies]
[...]
[Thème triste]
[...]
[Berceuse en yiddish : "Rozhinkes mit mandlen"]
[...]
[Le train freine.]
[Le chien aboie.]
[...]
[Le train s'arrête.]
[Aboiements]
[On ouvre la porte du wagon.]
[...]
[Ordre en allemand]
[Aboiements]
[...]
[Ordre en allemand]
[...]
[Marchandise gazouille et rit.]
[Air de comptine]
[...]
[Thème sombre]
[...]
[Quelqu'un frappe à la porte.]
Qu'est-ce qui vous amène si tôt ?
Il fallait déclarer ta fille en mairie.
- Il sait pas écrire. - Ben oui.
Je comprends que le bois, alors, les papiers...
Pourquoi tu nous as rien dit ?
Vous m'avez rien demandé.
Hm[...]
Écoute, on est tous
des bons patriotes.
Aider un Sans-Cœur, c'est la peine de mort.
Et nous, on respecte les lois. Donc, on doit livrer la gamine.
La loi, c'est la loi, camarade. On va pas trahir notre pays
pour une saloperie d'enfant de tronc de figuier.
J'ai été assez clair ?
Allez, fais pas d'histoires, va.
Donne-nous la gamine,
qu'on s'en débarrasse.
[...]
- Prépare la petite. - Je vais chercher son couffin.
Le camarade a raison.
C'était une terrible erreur.
Ah !
- [Bûcheronne crie, le chien aboie.] - Emmène la petite !
[Marchandise pleure.]
[Coups, Marchandise hurle, ] [le chien aboie.]
Arrêtez !
[Coup de fusil]
[Coup de fusil]
[Il tire.]
[Bûcheronne hurle, aboiements.]
- Non ! - Cours.
- Oh non... - Cours.
Sauvez-vous. Sauvez-vous.
Et que Dieu...
Et que Dieu fasse crever ces maudits sans âme...
ni foi.
[Thème dramatique]
[Le chien geint.]
Cours, cours.
[Le chien geint.]
Et que vive notre[...]
petite Marchandise.
[...]
[Le chien aboie et geint.]
[...]
Qui va là ?
C'est moi, Pauvre Bûcheronne.
- Que veux-tu, Pauvre Bûcheronne ? - Asile.
Pour moi et ma petite Marchandise.
- J'ai entendu des coups de feu. - T'étaient-ils destinés ?
Ils voulaient me la prendre, alors mon mari, Pauvre Bûcheron,
avec sa hache, il les a...
N'en dis pas plus.
Je connais la noirceur du cœur des hommes.
Ton bûcheron a bien agi et s'il le faut, je le ferai aussi.
Confie-moi ta petite Marchandise.
Suis-moi.
[...]
Allez, viens.
[...]
Fille des dieux,
voilà ta mère nourricière.
Celle qui t'a donné son lait.
Ta troisième maman.
Pourquoi pleures-tu, Pauvre Bûcheronne ?
Tu auras désormais pour ton enfant du lait à volonté.
J'y perds un fagot, mais j'y gagne une camarade de jeu
pour ma chèvre solitaire.
Ainsi, nous sommes gagnants tous les quatre.
Nul ne peut rien gagner sans consentir à perdre quelque chose.
Fût-ce la vie d'un être cher ou la sienne propre.
[Marchandise rit.]
[Bêlement]
[Thème apaisant]
[...]
[Grondement des cheminées]
[Thème dramatique]
[...]
Les jours succédèrent aux jours.
Les saisons aux saisons.
La guerre à la guerre.
Les héros ont succédé aux héros.
Le chagrin au chagrin.
Et les trains aux trains.
Dans leurs wagons plombés, agonisait l'humanité.
Nul n'entendit les cris des convoyés.
Les sanglots des mères se mêlant aux râles des vieillards,
aux prières des crédules,
aux gémissements et aux pleurs des enfants séparés de leurs parents
déjà partis dans les limbes du paradis réservé aux innocents.
Et puis...
Et puis, les trains cessèrent de rouler.
[Des avions les survolent.]
[...]
Allez, viens, on y va.
[...]
Il s'est échappé.
[Explosion au loin]
[Bombardement]
[...]
[Explosion plus proche]
[Explosions encore plus proches]
[Bombardement au loin, ] [va-et-vient des avions]
[...]
[Des voix résonnent dans la forêt.]
Qui va là ?
[Il tire.] Qui va là, j'ai dit !?
[Armement d'un fusil]
Rha...
[Tirs]
Ah...
[Bombardement au loin]
[Le soldat parle en russe.]
[...]
[Thème funèbre]
[...]
[Un corbeau croasse.]
[...]
[...]
Oh.
[...]
Qui que vous soyez, prenez soin de cet homme si bon.
Qu'il trouve le bonheur et la paix qu'il n'a pas eu sur Terre
et accueillez-le où que vous soyez.
À quoi bon ?
Je vous ai prié tellement de fois de faire tellement de choses.
Et si cette enfant est là, c'est pas grâce à vous,
c'est grâce à la main qui l'a jetée du train,
grâce à mon mari, Pauvre Bûcheron, et grâce à cet homme et à sa chèvre.
Non, c'est pas grâce à vous.
S'il vous plaît, bénissez-les.
[...]
[Croassements]
[Thème funèbre, le glas sonne.]
[...]
[Claquements des roues d'un train sur les voies]
[...]
[La berceuse "Rozhinkes mit mandlen" s'ajoute au thème.]
[...]
[...]
[Un homme parle en russe.]
[...]
[Un homme tousse.]
[...]
- [Un homme siffle.] - Zdes' !
[...]
[Bruissement des feuilles]
[...]
[...]
[Grondement]
[...]
[Thème dramatique]
[...]
[Le vent siffle.]
[...]
[Un chien aboie.]
[...]
[Thème mélancolique]
[...]
[Conversations disparates, brouhaha]
[...]
[Thème dramatique]
[...]
Bien des années plus tard, presque une vie,
alors que la paix était plus ou moins redevenue mondiale,
l'homme était devenu un pédiatre de renommée internationale.
Après la guerre, il avait repris ses études de médecine
et il consacrait sa survie à s'occuper des enfants des autres.
Il était régulièrement invité à expliquer son approche de l'enfance
dans divers colloques à travers le monde.
Nous le retrouvons en route vers une capitale européenne,
dans un pays qui avait eu son lot de tragédies.
[Thème léger et enjoué]
[...]
[Quelqu'un tourne la page d'un journal.]
[...]
[Grincements des freins du train]
[...]
Je peux vous aider ?
Vous pouvez me traduire ?
Ils disent que sur la photo, c'est Maria Czekolowska, vingt ans,
qui a été désignée comme la plus méritante des jeunes pionnières.
Car fille d'une pauvre femme illettrée.
Une simple bûcheronne devenue marchande de fromage.
Je vais le prendre.
Il paraît que cette histoire est un conte.
Que rien de tout ça n'est arrivé.
Ni les trains, ni les camps.
Ni les familles dispersées en fumée.
Ni le feu, ni les cendres.
Ni les larmes, ni la guerre.
Ni les survivants.
Ni la douleur des pères et des mères recherchant leurs enfants disparus.
Oui, on dit que rien de tout cela n'est arrivé.
Que rien n'est vrai.
Mais on dit tant de choses.
La seule chose vraie, vraiment vraie,
c'est qu'une petite fille qui n'a jamais existé
a été, un jour, jetée d'un train de marchandises imaginaire
et qu'une pauvre bûcheronne, qui n'existait pas non plus,
l'a ramassée, nourrie, chérie,
aimée plus que tout, plus que sa vie même.
Oui, voilà la seule chose qui mérite d'exister,
dans les histoires comme dans la vraie vie : l'amour.
L'amour offert aux enfants,
aux siens comme à ceux des autres.
L'amour qui fait que, malgré tout ce qui existe,
et tout ce qui n'existe pas,
l'amour qui fait que la vie continue.
Le reste est silence.
["Chiribim, Chiribom" The Barry Sisters]
[...]
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