All language subtitles for Le.Placard.aka.The.Closet.2001.720p.BluRay.x264-DON [PublicHD]

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Original subtitles

LE PLACARD

Oh! Mais on a une belle cravate, Pignon!

C'est pour la photo qu'il s'est fait beau comme ça?

S'il vous plaît!

S'il vous plaît!

Je ne crois pas que ça soit utile de le rappeler, mais vous êtes tous là pour une photo d'entreprise!

Alors on sourit, on est content, on montre

qu'on est heureux de faire partie de cette belle maison!

Le monsieur en bas, à gauche!

Oui, la cravate rouge, là!

Vous n'êtes pas dans le cadre. Serrez-vous!

J'ai juste un bras là! Serrez-vous, j'vous dis!

Ah, c'est bon!

Ah, mais j'ai perdu le blouson à droite maintenant!

Allez, le blouson, vous êtes dedans!

Oui, mais la cravate, elle est sortie!

On la fait, cette photo?

Vous êtes toujours dehors, la cravate!

On y va! On a perdu assez de temps comme ça!

Bon, allez! Tout le monde sur moi!

T'avais bu, ou quoi?

Ça fait 20 ans que je fais ce genre de photos! Jamais eu de problème de cadre!

J'étais embêté pour la cravate là. Il a dû se sentir mal.

- Pas grave. Il est viré le mois prochain. - Sans blague?

Oui, mais il le sait pas encore. Il est dans la charrette.

Pauvre type.

Non, c'est un con!

- Et moi, on me garde? - Oui, y a que c'lui en comptabilité.

- Et il le sait, lui? - Pas encore, non.

- Et pourquoi ils le virent? - Compression de personnel.

C'est moche.

C'était un bon comptable. J'ai essayé de le défendre, mais...

Il est très gentil, mais pas très marrant, hein...

Non, mais honnête et plein de bonne volonté.

C'est ça, chiant, quoi!

Bonjour, Mlle Bertrand! Bonjour, Ariane!

Quelqu'un veut du café?

Non, merci.

- Vous le saviez? - Quoi donc?

Que j'étais viré.

Ah, pas vraiment, non! J'avais entedu parler d'une restructuration, mais rien de précis.

Pauvre type!

Ouais, c'est pas gai.

Bonjour! Nous ne sommes pas là pour l'instant. Laissez-nous un message.

Allô, Christine? Frank? Vous êtes là?

- Ben prends-le!! - C'est à toi qu'il veut parler.

Vous n'êtes pas là? Frank?

Tu vois bien que c'est à toi!

Et ça, c'est à moi?

Bon, apparemment vous n'êtes pas là. Je vous rappellerai tout à l'heure.

Bon, je n'ai pas le temps. Je suis déjà en retard.

Moi aussi, je suis en retard.

Ou plutôt appelle-moi au bureau, Christine.

Je suis viré, Christine. Je suis chômeur le mois prochain. J'ai appris la nouvelle ce matin...

Ça m'aurait fait du bien de te parler.

Mais ne t'inquiète pas. Je trouverai sûrement du boulot. Te fais pas de soucis pour ta pension.

Voilà, à tout à l'heure! Je t'embrasse!

Oui, c'est moi, François. J'ai eu ton message en rentrant.

Je ne m'inquiète pas. Je sais que tu vas t'en sortir.

Ne me rappelle pas ce soir, je sors! On se parle demain.

Mais je le répète: je ne me fais pas de soucis. Tu vas rebondir.

Eh bien, qu'est-ce que tu fais là, toi?

Attends, attends! Bouge pas!

Tiens! Voilà, bon appétit!

Excuse-moi, je vais te laisser, parce que je vais me foutre par la fenêtre.

Ma femme m'a dit que j'allais rebondir. On va bien voir.

Faites pas ça! Vous allez bousiller ma voiture.

J'suis garé sous votre fenêtre. Vous allez me tomber dessus à tous les coups.

C'est une vieille voiture, elle est emboutie de tous les côtés, y a que le toit d'intacte. Faites pas le con!

''Rendez-moi mon chat!''

Ah, merci! Il est très bête.

Mais c'est comme ma vieille voiture. J'y tiens.

Je suis votre nouveau voisin. J'ai emménagé aujourd'hui. Jean-Pierre Belone.

Venez, on va fêter mon emménagement! Je vous offre un verre.

C'était pas ma voiture en bas, mais j'ai rien trouvé de mieux pour vos empêcher de faire une bêtise.

Et c'est pas mon chat non plus, mais vous ne m'auriez pas ouvert la porte. Vous le voulez?

Non, ben... je vais je garder alors.

Voilà! Bonne nuit! Faites attention à vous!

J'partirai pas d'ici tant que je n'aurai pas entendu le son de votre voix!

Les gens silencieux me font peur.

Un seul mot et je m'en vais.

Merci.

Allez, venez boire un verre! Je suis très seul, et j'suis pas trop gai moi non plus.

Vous vouliez vraiment vous foutre en l'air?

Je sais pas. Je suis pas sûr qu j'aurais eu le courage.

Tout ça parce que vous avez été licencié!?

Mais non, c'est toute ma vie qui est loupée...

Racontez-moi!

Mais je vais pas vous emmerder avec ça! Elle n'a aucun intérêt, ma vie, hein.

Allez-y! Il n'y a rien à la télé ce soir.

Bien! Vous l'aurez voulu! Ma femme m'a quitté il y a deux ans et je l'aime toujours.

J'ai un fils de 17 ans qui m'a complètement laissé tomber.

Et j'ai perdu mon boulot, qui était tout ce qui me restait. Voilà! C'est passionnant, non?

Ça n'a effectivement aucun intérêt.

Au moins vous êtes sincère.

Moi, je vous ai fait sourire.

Je l'ai su par Santini, le chef du personnel.

Il doit être bien content que je sois viré, c'lui-là!

- Pourquoi? - Il m'a jamais aimé. C'est un gros con!

Il m'a pété la clavicule.

Il a formé une équipe de rugby à l'usine. Il m'a emmerdé pendant des mois pour que j'en fasse partie. Vous me voyez jouer au rugby?

Non.

Ça a duré 10 minutes. Il arrêtait pas de me tomber dessus. Trois semaines d'arrêt de travail. Ça l'a fait beaucoup rire.

Je l'aimais bien cette boîte. J'y ai passé plus de 20 ans. Je m'y plaisais.

Voilà! Je ne vais pas vous embêter plus longtemps.

Il y a peut-être un moyen de les empêcher de vous licencier. Laissez-moi y réfléchir!

Les empêcher de me licencier? Vous rêvez ou quoi?

Laissez-moi y réfléchir, j'vous dis. Sautez pas par la fenêtre ce soir. On va sûrement trouver une meilleure solution.

Il y avait 123 passagers à bord Il n'y aurait pas de rescapés.

Le travail des sauveteurs est rendu très difficile à cause des conditions météo.

Danemark maintenant: le ferry qui a fait naufrage au large des côtes danoises serait

l'une des plus lourdes catastrophes de ces dernières années.

On avance le chiffre de 400 victimes.

En Indonésie on est toujours sans nouvelle des 23 touristes pris en otage par les commandos terroristes.

Un silence qui n'encourage pas à l'optimisme!

La météo enfin: pas de quoi se réjouir.

Ah, bonjour!

Désolé pour ce bordel. Je finis d'emménager.

J'ai des tonnes de livres. J'sais pas où je vais mettre tout ça.

Et la petite armoire là, elle va où?

Oui, j'arrive. Attendez, faut que j'vous parle!

Donnez-moi cinq minutes. Je vous rejoins au café en bas. J'ai peut-être une solution à votre problème.

J'ai été psychologue d'entreprise,

donc je connais bien le monde du travail.

Si vous voulez garder votre emploi, vous devez...

Si je veux garder mon emploi?

- Sortez du placard. - Comment?

Sortez du placard! Avouez votre homosexualité!

Mais je ne suis pas homosexuel du tout!

Ca, on s'en fout! L'important, c'est que les autres le croient, et particulièrement votre patron.

Voilà les plus récentes. C'est juste avant qu'elle me quitte, il y a deux ans.

Ah, elle est jolie! Qu'est-ce qu'elle fait dans la vie?

Des traductions. Elle a un doctorat d'anglais. Elle gagne un peu de sous avec ça.

Mais elle irait pas loin sans ma pension.

Quand je l'ai rencontrée, elle sortait d'un grand chagrin d'amour.

J'étais l'ami fidèle, le consolateur, le confident. Un rôle à la con.

Elle m'a épousé sans passion, elle m'a quitté sans passion.

Oui, elle est belle...

et moi, regardez-moi cette tronche là!

C'est vrai que vous êtes moche.

Vous faites tout pour me remonter le moral!

Vous êtes dépressif, il ne faut pas s'empresser de remonter le moral d'un dépressif.

Vous êtes chiant, terne physiquement, sans avenir et plutôt con. Voilà!

Vous vous sentez mieux, non?

Je ne me sens pas plus mal.

En fait, mon problème, c'est que je suis insignifiant

Je fais souvent le même rêve: ma mère est en train d'accoucher, je suis déjà sorti depuis un certain temps.

Le docteur ne s'est aperçu de rien, il continue de dire à maman: Poussez, madame, poussez!

Et moi j'attends comme un abruti tout seul dans mon coin qu'on s'aperçoive que j'suis là.

Oui, c'est clair comme symbole.

- Je vous les rends le plus vite possible. - Qu'est-ce que vous allez en faire?

Tenez.

- Qu'est-ce que c'est, ça? - C'est vous.

Avec un ami.

On va mélanger tout ça.

Vous allez voir: on fait de miracles avec le numérique!

Voilà, voilà!

- Je vous réveille? - C'est pas grave.

La lettre est partie?

Oui, oui. Je l'ai postée hier soir.

- Ah, merde! - Quoi?

Mais j'y ai repensé cette nuit. C'est peut-être une bonne stratégie, mais il y a un problème.

Entrez, entrez.

Je pourrai jamais jouer l'homosexuel! J'suis pas acteur. Je serai démasqué tout de suite!

Vous ne voulez pas un café? Parce que moi, j'en ai besoin.

Vous avez parfaitement raison. Si vous allez jouer le pédé, vous allez vous planter lamentablement.

Mais bien sûr!

C'est beaucoup plus difficile qu'on s'imagine; surtout les folles.

Les acteurs qui s'y risquent sont la plupart du temps faux et vulgaires.

Bon, d'accord, alors c'est foutu!

Mais pas du tout. La seule façon de vous en sortir, c'est de ne rien faire.

Restez l'homme timide et discret qu'ils ont côtoyé pendant des années. Ne changez rien surtout!

Vous verrez: ce qui va changer, c'est le regard des autres.

Suzanne!

Mais c'est Pignon!

Oh, putain!

Francoise? C'et Suzanne. Tu sais pas la meilleure: Pignon, de la comptabilité, tu devineras jamais!

Attends, je te dis rien. Je t'envoie une copie.

Allô, Robert? C'est Martine. T'es assis là? Attends, ne quitte pas!

Bonjour, Martine! Bonjour, Suzanne!

Bonjour, monsieur.

Qu'est-ce qu'il y a au courrier aujourd'hui?

Je vous apporte ça tout de suite, monsieur.

Alors?

Je veux savoir qui a envoyé ces photos et pourquoi!

Si seulement il y avait une lettre anonyme avec, je n'sais pas, moi, le style

''Licenciez Pignon et demain toute la presse saura comment vous traitez les homosexuels

dans votre boîte!'' Mais ces photos, sans commentaires...

C'est pas parce qu'il est homosexuel qu'on le vire!

Je sais, mais on n'empêchera pas les gens de penser que c'est à cause de ça!

J'ai rien contre les homosexuels, moi!

Il me fait chier, ce pédé!

Qu'est-ce qu'on fait, Guillaume?

Madame...

Messieurs. Bonjour!

Avant de passer aux affaires courantes, j'aimerais que vous jetiez un coup d'oeil là-dessus.

Ah, ce sont vos fils. Beaux garçons!

Non, ce ne sont pas du tout mes fils! Et le type le derrière nu est un de nos comptables.

Faites passer, SVP!

Mais... Mais c'est Pignon!

- Qui a fait ces photos? - Je ne sais pas, mais c'est sûrement mal intentionné.

Vraiment surprenant!

Moi, ça ne m'étonne pas trop. Je l'ai essayé dans l'équipe une fois.

Et là, croyez-moi, on voit tout de suite les types qui n'ont rien dans le pantalon!

Il s'est pété cla clavicule. Ça a dû le gêner pour mettre ses bas!

Il n'y a pas de matière à plaisanter! On a maintenant un problème Pignon, et il faut le résoudre!

Mais il est tout résolu: il est viré le mois prochain!

Qu'est-ce que nous traitons dans cette usine, Santini?

Comment?

- Dans cette usine, quels produits traitons-nous? - Des produits dérivés du caoutchouc.

Et dans ce secteur, quel est le produit privilégié?

Les pré-- Les préser-- Les préserva--

...tifs?

Si on vire ce type maintenant, on aura le mouvement gay et lesbien sur le dos et ça, il n'en est pas question!

Les pédés, il vaut mieux les avoir sur le dos que dans le...

Qu'est-ce que vous faites le samedi soir, Santini?

Je vous demande à quoi vous occupez vos samedis soir. Vous allez casser du pédé, je suppose.

Mais pas du tout!

Et vous faites ça où? Au Bois de Boulogne, la chasse aux travelos?

A notre époque, il faut éviter certaines plaisanteries, je ne vous le redirai pas!

J'ai consulté notre directeur de la communication. Et on est arrivé à la conclusion suivante:

On garde Pignon pour l'instant, et on ne se mêle pas de sa vie privée!

C'est clair!

- Il est vraiment trop con, lui. - Oui, il s'est surpassé, là!

- Il faut faire quelque-chose. - On le rend moins con? Mission impossible!

On peut toujours essayer, non?

Dis donc, il t'a pas loupé!

J'ai pas compris: je voulais juste détendre un peu l'atmosphère. T'as vu comme il m'y est rentré dedans?

- Si j'étais toi, je ferais gaffe! - Pourquoi?

Parce que t'es pas passé loin de la porte, mon pote! Je l'connais bien, j'peux te dire qu'il t'a vraiment dans le collimateur maintenant.

Mais quoi, j'ai lâché une petite vanne, on vire pas un mec pour ça!

Tu crois vraiment qu'ils pourraient me virer pour un truc aussi con?

Je sais pas, mais, à ta place, je serais très gentil avec Pignon.

Comment ça, "très gentil"?

- Tu passes pour un gros macho qui bouffe du pédé. - Pas du tout! - Laisse-moi finir!

Si tu veux vraiment casser cette image, t'invites Pignon à déjeuner.

Mais je ne vais pas déjeuner avec cet enfoiré!

J'espère qu'on t'a pas entendu, hein.

"J'peux pas. Je déjeune avec Pignon, j'te dis!"

Très bien.

Je le trouve même dégueulasse, ce monde! On vire les gens normaux et on garde...

- Qui a fait ces photocopies? - J'sais pas, mais ça fait marrer tout le monde.

Rangez-moi ça vite, il va arriver.

- Ils sont pas mignons, tous les deux? - Allez, au travail!

C'est drôle, je m'en doutais, moi.

Je les repère de très loin, et lui, je l'ai vu tout de suite.

Sa manière de marcher, ses p'tits gestes.

Je me rappelle, au premier coup d'oeil, je me suis dit, "Lui, c'en est une!"

- Moi, j'ai rien vu du tout. - Mais si, observez-le bien: sa façon de vous regarder,

il vous regarde de côté, avec un oeil rond.

- Comme les pigeons. - Ils sont pédés, les pigeons?

- Quelqu'un veut un café? - Non, merci.

Non, merci.

Il marche les fesses serrées.

Alors là, tu m'étonnes, Félix. On n'est pas à leur niveau?

Et les deux rencontres en Afrique du Sud le mois dernier? Et le match en Nouvelle-Zélande?

On les rattrape, d'accord, mais ils ont encore une longueur d'avance! Faut pas s'raconter d'histoires!

Moi je dis: les "All Blacks" et les "Springboks" ont encore une longueur d'avance!

Donc tant qu'on n'aura pas en Europe une compétition comme les Super Douze...

Bon, c'est des pros, c'est de grands pros, mais enfin, on a en Europe

au moins deux ou trois équipes qui les valent aujourd'hui!

Moi, je pense comme Félix. On peut gagner un match par ci et par là,

mais sur la distance...

T'as fait une touche, dis-moi!

Les couples se forment!

T'as bon goût. Elle est mignonne, la Pignonne!

À notre époque, les mecs, il faut éviter certaines plaisanteries! Je ne vous le répéterai pas!

Tu vas bien?

Bien, oui.

C'est bien.

Tu manges des betteraves?

- Oui. - C'est bon pour la santé.

Moi, j'ai pris des carottes râpées.

Ah bon?

C'est bon aussi, les carottes râpées, pour la santé.

Je vais en prendre aussi.

- Comment? - Des betteraves. Je vasi en prendre aussi.

Bien. Bon appétit!

Merci.

Dis donc.

Oui?

Il faudrait qu'on se fasse une petite bouffe un de ces jours.

- Alors? - Ça a l'air de marcher.

Entrez!

Santini, le gros con du rugby, m'a invité à déjeuner.

Très bon signe. À votre avenir!

- Je ne sais pas comment vous remercier. - Mais c'est moi qui devrais vous remercier.

Pourquoi?

J'suis à la retraite. J'ai plus tellement l'occasion de m'amuser.

J'pensais pas qu'un chômeur suicidaire égayerait à ce point mes vieux jours.

Grâce à vous, je ne suis plus ni chômeur, ni suicidaire.

Et moi, grâce à vous, j'ai peut-être trouvé une solutin au problème de l'emploi.

Si tout le monde suit votre exemple, il y aura 3 millions de chômeurs en moins, et 3 millions de pédés en plus dans l'entreprise!

Il y a autre chose.

Je m'suis fait virer moi aussi dans le temps.

J'ai déjà un peu l'impression de prendre ma revanche.

Ah, oui! Ah, j'arrive! C'est incroyable ce que ce chat peut manger!

Il est gros comme le poing et j'arrête pas d'ouvrir des boîtes de ronron.

Il a dû avaleur l'équivalent d'un boeuf depuis ce matin!

Ils vous ont viré pourquoi?

Ben disons que... j'ai été viré il y a 20 ans pour la même raison qui fait qu'on vous garde aujourd'hui.

Comme quoi les choses évoluent!

Allez! Allez, bougez vos culs, là!

Allez, allez les feignasses!

Serrez-vous, allez, serrez-vous!

J'sais pas quoi lui dire. Je vais me retrouver au restaurant avec ce pédé et je ne sais pas quoi lui dire!

D'abord arrête de le traiter de "pédé"!

Oh, putain c'est vrai, oui!

Ça va t'échapper au restaurant, j'te connais et tu vas lui dire "On n'est pas des pédés au PSG"...

Pourquoi lui dirais-je ça?

Parce que c'est le genre de truc que tu dis.

Mais j'suis pas du tout PSG, c'est l'OM mon équipe!

Bon, c'est pas le problème. Sois aimable avec lui, c'est tout.

Mais de quoi je peux lui parler, bordel? On n'a rien en commun, c'est une petite fiotte!

D'abord, tu l'emmènes dans un bon restaurant.

J'ai réservé à la Truffe. Ça va me coûter une fortune!

Et tu lui fais comprendre que t'es pas la brute qu'on imagine.

Tu lui dis, j'sais pas, moi... Que c'que t'aimes dans le rugby, c'est la chaude complicité des vestiaires après le match.

Comment ça, la chaude complicité des vestiaires?

Tous ces hommes qui se retrouvent sous la douche, ces corps nus dans la vapeur d'eau,

ces beaux corps luisants et musclés.

Le copain qui te savonne le dos, et toi qui savonnes le dos du copain.

- Voilà c'que t'aimes dans le rugby. - J'aime ça, moi?

Mais non, j'te dis pas que tu aimes ça, je te dis qu'il faut lui dire que tu aimes ça!

Faut casser ton image de casseur de pédés, tu comprends ça, bordel?

Oh putain!

Ça roulait mal aujourd'hui.

Oui.

Et à Paris, quand ça roule mal, ça roule mal!

Je suis content pour ton licenciement...

- Enfin, j'veux dire, je suis content que ça s'arrange. - Merci.

Ben ça me fait plaisir. T'es un bon élément.

Je voulais dire que j'étais désolé pour ton pépin au rugby.

Oh, ça va, c'est oublié.

Non, parce qu'on me prend pour une espèce de grande brute, c'est vrai, mais...

j'ai ma sensibilité comme tout le monde, quoi.

Moi, ce que j'aime au rugby, c'est les douches.

Ah bon?

Les douches?

Pas les douches elles-mêmes. Les douches, on peut les prendre ailleurs qu'au rugby.

Eh oui.

Mais, comment dire?

Quand t'as un copain nu sous la douche. Tu vois ce que je veux dire?

- Non. - Mais si.

Quand t'as un copain tout nu sous la douche et que tu lui savonnes...

Quoi? Qu'est-ce qu'il y a, hein?

Vous avez choisi le vin, monsieur?

Donnez-moi la carte!

Qu'est-ce que je disais, là?

Que tu savonnais tes copains sous la douche.

J'ai dit ça, moi?

Ah ouais, j'ai dit ça.

Tu veux du blanc ou du rouge?

Merci, j'bois pas à midi, sinon je dors au bureau.

Ben moi, je vais boire. Ça va me rendre gai. Enfin, c'est pas ce que je voulais dire. Pas "gay" au sens où...

Oh, putain!

Allô, Christine, c'est moi. Tu es là?

Bon je sors du restaurant là, j'ai déjeuné avec Santini. J'ai l'impression que ça s'arrange pour moi. On ne va plus me virer de la boîte.

Et puis je voulais te dire que j'ai pas de nouvelles de Frank depuis deux semaines.

Attends, il y a un flic qui me siffle. C'est sûrement parce que je téléphone en conduisant. J'te rappelle.

Quand vous téléphones d'une voiture, il vous faut un téléphone "mains libres", monsieur.

Je sais, j'en ai commandé un, je vais l'avoir un de ces jours, monsieur l'agent.

Vos papiers, SVP!.

Vous n'allez pas me donner une contravention pour ça! J'ai appelé ma femme parce que je suis inquiet pour mon fils.

Il est à un mauvais âge. Vous avez des enfants, monsieur l'agent?

Pas pendant le service.

Il m'a complètement laissé tomber. Il ne vient plus me voir du tout.

Je l'ai attendu toute la journée, samedi.

Oh, tout à l'heure, c'était une vieille dame. Elle passe au feu rouge, je siffle, elle pleurait parce que son chien est mort il y a trois jours She cried over her dead dog.

Ce matin une jeune fille en sens interdit avait des larmes parce que son petit copain l'a quittée.

Mais laissez-moi faire mon boulot, bordel! Gardez vos emmerdes pour vous!

C'était mon petit garçon.

C'est un étranger maintenant.

Bon, allez, allez! Foutez-moi le camp!

- Alors? - Ah, tu m'as fait peur!

Ça s'est bien passé?

Très bien. Il a pris du confit de canard. Et moi, du cassoulet. Il est très bon, le cassoulet.

J'te demande pas ce que vous avez mangé.

J'étais très délicat. Une vraie jeune fille! On a papoté, c'était charmant!

Je me suis conduit comme une tante avec cette fiotte!

Il est persuadé maintenant que je me fais des mecs dans les douches!

Mais non, personne ne nous entend! Tu fais chier avec ta paranoïa, et même si on nous entendait,

j'ai le droit de dire que j'ai honte de moi.

C'est la dernière fois que je mange avec cet enfoiré!

Ça va?

- Très bien. Et toi? - Vous parlez de qui?

- Comment? - Il m'a semblé entendre "enfoiré". Vous parlez de qui?

Non, on n'a pas dit "enfoiré". On a dit "enfoiré"?

Pas du tout. Absolument pas.

- Merde alors! - Quoi?

- Il a tout entendu. T'es vraiment doué, toi! - Et alors? C'est un copain, Matthieu.

Mais il répète tout à Victor, et Victor fait un rapport au patron tous les jours.

Tu crois qu'il va me dénoncer, le négro?

- Qu'est-ce qui t'arrive? - Si t'es un raciste en plus, moi j'abandonne!

- Mais j'suis pas raciste du tout! - "Négro", tu trouves ça amical, toi?

Ça m'a échappé. Mais c'est pas méchant.

J'veux plus te parler, Santini! J'veux pas me faire virer moi aussi.

- Écoute-moi, Guillaume! - Attention!

T'as vu? Il me répond à peine. C'était affreux au restaurant, il était glacial.

Plus je faisais des efforts, plus il se fermait. Je ramais, je ramais.

- Affreux. - T'es pas allé assez loin.

Il a dû sentir que tu te forçais et il s'est fermé. C'est intuitif, ces gens-là, tu sais?

Pas assez loin? Mais qu'est-ce que tu voulais que je fasse en plus? Qu je l'emmène en boîte?

Il faut que tou le monde comprenne ici qu'il est ton ami et que c'est pas bidon. Que tu l'aimes, quoi!

Que je l'aime?

Ha, il était détruit, là!

Je voudrais être là quand il fera sa déclaration d'amour!

Vous poussez peut-être un peu trop loin le bouchon, les mecs!

- Il t'a traité de négro. - Ah bon?

Oui, mais il a dit que c'était pas méchant.

Vous pouvez y aller, les gars! Mettez la pression!

Allez!

Poussez!

Mais donnez-moi tout, merde!

Vous jouez comme des tantes, là!

Des couilles, merde! Des couilles!

C'est le vocabulaire du rugby. Tu vas pas me faire chier avec ça!

- J'ai rien dit. - J'vois de loin ton regard. Je peux plus dire un mot, là... Lâche-moi un peu, bordel!

Tu sais le bruit qui court à la boîte? Que c'est toi qui as pris ces photos de Pignon.

- Ah oui, j'ai entendu dire ça. C'est vrai, cette histoire? - Mais pas du tout!

Really?

Qu'est-ce que c'est que cette connerie encore?

Je sais pas, mais on dit aussi que tu dois être un homosexuel rentré pour les détester comme ça.

Putin, c'est pas vrai! Mais qui dit ça?

C'est pas le problème! Je t'ai proposé une stratégie; t'en veux pas, tant pis pour toi!

Quelle stratégie?

Mais c'est tout simple: on pense que t'es homosexuel à cause de ta haine des homosexuels.

En t'affichant avec un homosexuel, tu démontres que t'es pas homosexuel!

Répète ça plus lentement, STP!

C'est la Saint-François, jeudi.

La Saint-François?

Oui, et je pense qu'un petit cadeau à François Pignon ferait bien dans le tableau! C'est tout.

- Vous savez la dernière? On l'a vu au bois cette nuit!

M. Robert du marketing est passé en voiture, il l'a vu dans ses phares: moitié à poil!

Regardez-moi cette folle!

- Ça va? - Très bien. Et vous?

- Je dois passer à la maintenance. A tout à l'heure! - A tout de suite!

Paraît qu'il drague Didier, le petit stagiaire, un gamin d'à peine 16 ans.

Je me dépêche!

Il serait pédophile en plus, le salaud!

Hier vous le trouviez chiant, alors qu'aujourd'hui, c'est le type le plus pervers du monde.

Il cachait bien son jeu, oui.

Ça fait six ans que je travaille avec lui. Je crois pas une seconde à toutes ces histoires. Pour moi, ce type est le contraire d'un sexuel.

Et quand son p'tit copain lui met la main au cul sur les photos, c'est pas sexuel, peut-être?

Vous les avez toujours, ces photos?

- Ouais. Il y a quelque-chose de bizarre. - Quoi donc?

D'abord les vêtements. Il n'y a plus de pédé qui s'habille comme ça à notre époque. Le pantalon en cuir, les fesses nues, elles ont vingt ans, ces photos!

C'est pas un argument. Ils aiment peut-être s'habiller rétro.

- C'est pas lui. - Quoi, c'est pas lui?

Vous voyez cette petite tache sur son bras? Regardez.

Je l'ai vu souvent en manches courtes, et je vous garantis qu'il n'a pas de serpent tatoué sur le biceps.

Il a pu s'en faire un récemment. Ou c'est un tatouage provisoire.

Non, mais c'est pas son bras non plus. Il n'est pas musclé comme ça! C'est pas lui, j'vous dis!

C'est qui alors?

Je n'en sais rien, mais je suis à peu près sûre que c'est un montage.

Pourquoi un montage? Qui a intérêt à le faire passer par un pédé?

Je sais pas, mais je vous dis que c'est pas lui!

- Faudrait lui retirer sa chemise. - Comment?

Pour le tatouage: pour le vérifier, il faut lui enlever sa chemise.

Ah ben, oui, c'est tout simple. Vous lui dites "M. Pignon, j'aimerais voir vos beaux bras musclés! Mais déshabillez-vous!"

Non, quand il rentre, on va s'mettre à crier toutes les deux: "A poil, Pignon! A poil, Pignon!"

Rebonjour!

- Toujours pas de café? - Non, merci.

- Vous croyez qu'il a entendu? - Eh ben, j'espère que non.

- J'ai une idée. - Je m'attends au pire.

Il revient avec son gobelet à café et je me cogne à lui par mégarde.

Sa chemise est inondée, je lui propose de l'enlever pour réparer les dégâts...

- Oh, mais vous n'allez pas tâcher la chemise à ce pauvre type! - Mais pourquoi pas?

Parce que c'est dégoûtant!

On s'en fout de sa chemise. On va enfin savoir!

Oh, pardon!

Je suis désolé.

Oh là là, votre chemisier!

Excusez-moi.

Vous devriez le retirer.

C'est pas ma faute. C'est elle qui m'est rentrée dedans, hein!

C'est pas de votre faute, non.

Bon, ben je vais aller me chercher un autre café, moi.

- M. Pignon! - Oui?

Si ça ne vous ennuie pas, je voudrais vous garder un peu plus tard ce soir. J'aimerais qu'on termine le bilan le plus vite possible.

Aucun problème.

Puis, si on finissait trop tard, on pourrait se faire monter un petit plateau-repas et dîner ici. D'accord?

Voilà: si on ajoute la TVA, on arrive au même chiffre.

Bravo.

- Allez, on arrête. Vous êtes fatigué. - On n'a pas tout à fait terminé.

On finira tout à l'heure. On se détend maintenant. A table!

C'est une nouvelle invention, vous devriez essayer.

Merci.

On pense à la balance du mois d'août.

Si on faisait passer les primes d'assurance de juiller sur...

Ah non, non, non! Soyez gentil! On dîne maintenant!

- On travaillera après. - Excusez-moi.

Ça fait 6 ans qu'on partage ce bureau et je crois que c'est la première fois qu'on dîne ensemble.

C'est la première fois, oui.

Attention avec le vin. Ça ne me réussit pas trop.

A notre premier dîner!

- Je suis contente que vous ayez gardé votre place. - Vous êtes gentille.

Et surtout que vous l'ayez gardée pour cette raison-là,

ça prouve que les mentalités évoluent.

Mais ça vous gêne peut-être d'en parler?

- De quoi? - Mais de la raison pour laquelle on vous a gardé.

Non, pourquoi ça me gênerait?

Attendez. Je voudrais être sûre d'une chose. Est-ce que vous la connaissez, la raison?

Eh ben, oui, j'imagine qu'ils se sont rendu compte que j'étais pas un si mauvais comptable finalement!

Vous n'êtes pas au courant pour les photos?

Quelles photos?

Je ne devrais peut-être pas vous en parler, mais comme elles ont fait le tour de la maison...

Le patron a reçu des photos de vous avec un homme dans un club gay...

et dans une position très équivoque.

J'sais pas qui a envoyé ces photos, mais c'est sûrement pas un ami à vous!

Remarquez, il a raté le coup, parce que c'est comme ça que vous avez gardé votre place.

Attention avec le vin!

C'est trop salé, cette cuisine, ça donne soif.

J'ai pas cru, moi.

Comment?

A ces photos. J'ai pensé que c'était un montage.

Comment ça, un montage?

Mais je vous connais depuis un certain temps et...

j'arrive pas à croire que ce type sur les photos, c'est vous.

Je vous ai connu marié, je vous ai connu en instance de divorce, toujours amoureux de votre femme.

J'arrive pas à y croire.

C'est vous sur ces photos?

C'est vous, F. Pignon, les fesses nues dans un pantalon de cuir, avec un type qui vous tripote?

Oui, c'est moi.

Remarquez, c'est pas que ça me choque.

Chacun a sa vie privée, mais ça m'a un peu surpris, c'est tout.

Et je ne suis pas la seule.

Je crois que j'ai un peu trop bu. Je ne me sens pas bien. Je vais me reposer deux minutes.

Ça va pas?

Non. C'est... Je récupère un peu et on se remet au travail.

Oh, pardon. Je savais pas qu'il y avait du monde.

Votre col de chemise vous serrait. J'ai voulu vous mettre à l'aise.

Excusez-moi. Il faut que j'y aille.

- M. Pignon! - On se voit demain. Excusez-moi!

Elle a cherché à vous déshabiller?

Oui. J'ai bu trop de vin. Je me suis assoupi. Quand je me suis réveillé, elle était en train de déboutonner ma chemise.

Et il y a quelque-chose entre vous?

Mais rien du tout! On n'a jamais eu que des rapports de boulot. J'comprends pas ce qui lui a pris!

Vous la trouvez intéressante? J'veux dire, elle vous plaît?

Ah oui, elle est magnifique. Elle est belle, intelligente, mais elle a tous les hommes qu'elle veut. Pourquoi elle s'intéresserait à moi?

- Eh ben, parce que vous n'êtes pas un homme justement. - Comment?

Elle vous croit pédé. Elle veut peut-être vous ramener dans le droit chemin. Il y a des femmes que ça excite, ce genre de trucs.

Par Mlle Bertrand. En plus elle n'y croit pas. Elle m'a posé des questions, j'ai bien vu qu'elle avait des doutes.

Quel genre de questions?

Sur les photos entre autres. Elle a parlé de montage.

Oui, mais j'ai remis les choses au point tout de suite.

C'était dur, d'ailleurs, parce que c'est la première fois que j'ai dû affirmer à quelqu'un l'oeil dans l'oeil que j'aimais les hommes.

Ce soir je suis officiellement sorti d'un placard où j'étais jamais entré.

- Je sais pas de quoi vous êtes sorti, mon p'tit vieux, mais vous êtes dans la merde. - Pourquoi?

Ben parce que cette bonne femme qui cherche à vous déshabiller ne me rassure pas du tout.

- Elle peut foutre votre couverture en l'air. - Et qu'est-ce que ça peut lui faire que je sois pédé ou pas?

J'en sais rien, mais y a du danger. Et il faut contre-attaquer, tout de suite!

Asseyez-vous, M. Pignon.

Merci, M. le Président.

Vous vouliez me parler?

Oui, M. le Président. C'est un peu délicat. C'est au sujet de Mlle Bertrand.

Je vous écoute.

Il faudrait lui dire d'arrêter de me toucher.

Je vous demande pardon?

Mlle Bertrand, elle est après moi. Et ça m'est très pénible.

Comment ça, elle est après vous?

Eh bien, elle m'agresse, quoi. Sexuellement, je veux dire.

Je vois.

Elle a failli me déchirer ma chemise hier.

Ah oui, c'est pas bien, ça.

Non. C'est ma chef, d'accord, mais je ne suis pas un objet, M. le Président.

Je comprends.

- Et je vais aviser, M. Pignon. - Merci, M. le Président.

Ne soyez pas trop sévère avec elle. Je ne voudrais pas lui faire du tort. Qu'elle me laisse tranquille, c'est tout.

Je vais aviser, je vous dis.

C'est pas mal, mais c'est un peu cher.

Oui, puis j'digère pas les poivrons, moi.

Did donc, mais c'est pas Pignon là-bas?

Mais si, c'est lui. Qu'est-ce qu'il fout là?

- Oh putain! - Quoi?

Il mate les p'tits jeunes du lycéen l'enfoiré!

Oh, la salope!

Frank!

Je passais dans le quartier, j'ai voulu te faire une petite surprise.

- tu vas bien? - Très bien. Et toi?

Bien, mais je ne te vois pas souvent. Dis-moi, je t'ai attendu la semaine dernière.

J'ai pas pu. J'avais un truc à faire.

Dans ce cas-là, appelle-moi! Je t'attends pas.

Ouais, ouais. Faut que j'y aille.

Tu viens déjeuner samedi?

Ouais, ouais.

Il était là, derrière son panneau, à mater les mômes. Ça m'a vraiment écoeuré!

Ah si j'avais pas été en voiture, j'aurais bien pu lui mettre mon pied au cul, moi!

- Ça lui ferait plaisir! - Il est vraiment dégoûtant, ce type! Malsain! Beurk!

J'ai un gamin de quinze ans, moi, et je me dis qu'il pourrait tomber sur une pourriture comme ça...

En tout cas, moi, si j'étais un homme, et un homme costaud comme vous, je crois que je pourrais pas résister...

à l'envie de lui donner une petite leçon.

Vous vouliez me voir, M. le Président?

Oui, asseyez-vous, Mlle Bertrand.

- C'est au sujet de M. Pignon. - Oui?

Voilà, c'est un peu délicat.

- Faudrait arrêter de le toucher - Pardon?

Je vais pas parler à mots couverts, il vous accuse d'harcèlement sexuel, il faudrait arrêter ça.

Il m'accuse... Oh, le pédé!

Eh ben, justement.

Il m'accuse de harcèlement sexuel?

Je voulais pas que ça sonne vil, mais il n'aime pas les femmes, il n'aime pas les femmes, laissez-le tranquille!

Bien, M. le Président.

Je connais plein d'hommes dans notre entreprise, Mlle Bertrand, qui seraient ravis d'être agressés par vous!

Je vais prendre l'air.

C'est vraiment dégueulasse, ce que vous avez fait à Mlle Bertrand!

Mais je lui ai rien fait, j'ai juste demandé à...

Vous voue êtes conduit comme une bonne femme hystérique

et je peux vous dire que, si vous continuez comme ça, vous n'aurez plus beaucoup d'amis dans l'entreprise!

François?

C'est pour toi.

- Qu'est-ce que c'est? - Ben ouvre!

Bonne fête, François!

Je pensais que la couleur te plairait, mais tu peux toujours changer, si tu veux.

- Ouais. - Ça va?

T'es sûr que t'avais pas cours aujourd'hui?

Ouais, ouais.

Tu devrais aller voir ton père un peu plus souvent, tu sais.

Arrête de t'abrutir avec ces trucs débiles et écoute-moi!

J'irai voir mon père quand tu lui répondras au téléphone.

C'était mon mari, il l'est plus et j'ai pas envie de lui parler,

mais c'est toujours ton père et tu dois aller le voir!

Maman, je suis peut-être abruti, mais je suis pas con. Tu l'as quitté...

parce qu'il était chiant et je veux pas le voir parce qu'il est toujours aussi chiant.

Voilà, maintenant je voudrais qu'on me laisse tranquille si c'est possible.

Eh ben, tu lui dis, tu lui dis que t'aimes pas les spaghettis tomates-basilic.

C'est pas que j'aime pas ça.

C'est quoi alors, quel est le problème?

Le problème, c'est que je sais qu'il va sortir de la cuisine avec son plat de pâtes en disant "Spaghettis tomates-basilic"!

C'est ton père, il est comme il est. On le changera pas.

J'pourrais peut-être y aller la semaine prochaine?

Ne m'énerve pas!

Spaghetti tomates-basilic!

Hmm, ça sent très bon!

C'est vraiment gentil de votre part de m'avoir invité.

J'en avais fait trop pour moi tout seul.

Hmm. Ils sont délicieux!

Si je dois faire une toute petite critique, je dirais que ça manque un tout petit peu de basilic.

Ce qui manque à ces pâtes, M. Belone, c'est mon fils.

- Ça va? - Ça va.

- Ça s'est bien passé au bureau aujourd'hui? - Glace!

Je te demande si ça s'est bien passé au bureau aujourd'hui.

Très bien, oui. Eau!

Et moi, tu me demandes pas comment s'est passée ma journée?

Je sors du boulot, je suis fatigué. Tu peux pas me lâcher un peu, hein!

Qu'est-ce qui t'arrive, Félix?? Ça fait une semaine que tu es bizarre.

Je te parle, tu réponds à peine ou tu te mets en colère. Qu'est-ce qui t'arrive, féfé?

Mais rien du tout, ça va très bien, au revoir.

C'est quoi, cette facture?

"Maison du Cachemire" Un pull, 600F. Tu t'es acheté un pull à la "Maison du Cachemire"?

Oui. Et alors?

Tu t'es acheté un pull en cachemire?

Mais c'est pas du cachemire, ils ne vendent pas que du cachemire. C'est du fil d'Écosse et je l'ai eu en solde.

C'est quand même pas donné, 600F!

- Ben pour cette couleur c'est c'qu'il y avait de moins cher. - Il est de quelle couleur?

Rose. Tu vas m'emmerder longtemps avec ces questions?

J'veux le voir.

Il est dans ton placard? Il est pas dans ton placard, j'ai vérifié.

Tu vas me pourrir la vie longtemps?!

T'as offert un pull à une pétasse et tu te mets en colère parce que tu as honte!

Un pull à une pétasse? Mais elle est folle!

Eh ben, mets-le alors, ton pull rose, que je te voie avec.

C'est qui cette fille?

- Oui, c'est un cadeau, mais c'est pas une fille. - Ah bon, et à qui alors?

Un collègue à la boîte.

T'as offert un pull rose à 600F à un collègue de l'usine?

Il est homosexuel et c'était sa fête, voilà.

J'veux être tranquille maintenant.

Tu as offert un pull à un homosexuel?

C'est qui cette fille?

T'as pas regardé la télé hier soir?

Ah on, j'ai dîné chez ma belle-soeur.

Il y avait un film, c'était vraiment bien.

L'histoire d'une fille qui tombe amoureuse d'un mec. Et elle découvre que c'est son père.

Ah, c'est dur.

Elle nous a cueillis, la petite, quand elle a crié "Papa!"...

elle était tellement touchante, émouvante.

Elle avait des putains de seins d'ailleurs, la salope!

Elle avait de beaux?

Ah oui, il y avait de quoi faire là!

Ça doit être dur pour un mec de découvrir que la fille qui le sautait, c'est sa fille!

C'est un sujet de société, hein. Un frai sujet de société.

Tiens, le voilà!

Mais qu'est-ce qui se passe?

C'est deux types dans le parking.

- J'appelle la police. - C'est pas la peine.

On va les retrouver, ces salauds.

Ils étaient masqués, ils m'ont rien volé.

Je vous conduis à l'hôpital.

Ça va aller.

Je pensais pas que ce genre de choses pourraient encore arriver aujourd'ui.

Ah, te voilà, toi!

Si t'avais pas atterri sur mon bacon,

j'en serais pas là,

j'aurais pas prétendu être c'que je suis pas et j'me serais pas fait casser la gueule dans le parking.

Je serais peut-être chômeur, mais intacte.

Tu entends, Pomponnette?

Si tu avais pas déclenché le vieux pédé d'à côté, il serait tranquille, le pauvre Pignon.

Regarde dans quel état tu l'as mis, Pomponnette!

Foutez-vous de ma gueule en plus!

Vous préféreriez me voir pleurer, M. Pignon?

- T'es au courant pour Pignon? - Quoi donc?

Il s'est fait tabasser dans son parking.

Deux mecs avec des cagoules. Ils lui auraient pété la clavicule.

- J'y suis pour rien, moi. J'ai pas bougé de chez moi. - Je t'accuse pas.

- Ils l'ont dépouillé? - Non, juste tabassé.

Leur façon de dire qu'ils aimaient pas les pédés, je suppose.

C'est dégueulasse.

- Il est à l'hôpital? - Non, je ne pense pas. Il doit être chez lui.

Tu crois qu'il faut que je l'appelle?

Si tu veux, oui.

Il doit être tout seul chez lui, avec personne pour l'aider. Ce serait peut-être mieux que j'aille le voir.

Ne te fais pas trop de soucis quand même. Ça doit pas être si grave que ça, hein.

Agnès ne m'adresse plus la parole.

Comment?

Ma femme. Elle ne me parle plus parce que j'ai offert un pul à Pignon.

Tu lui apporterais des chocolats, toi?

- A ta femme? - Mais non! A Pignon.

- J'ai peur qu'on soit allés un peu loin. - Il est peut-être tombé amoureux.

Non, je rigole pas: il avait l'air vraiment bizarre.

Mais s'il avait l'air moins con, c'est déjà un résultat.

Tu sais ce que je pense, moi? C'est qu'il a compris que tu te foutais de sa gueule et il te fait marcher à son tour.

Je sais pas. Je me demande s'il n'est pas plus fragile qu'on pensait, finalement.

C'est pour qui, ces chocolats?

- Tu m'as fait peur! Qu'est-ce que tu fous là? - Il faut que je te parle, Félix.

Merde, mes chocolats, bordel! Tu m'as suivi?

- Oui. - Tu crois toujours que j'ai une maîtresse? Mais t'as rien compris alors.

Si, j'ai parfaitement compris. Tu fais la cour à un homosexuel pour ne pas être viré de l'usine.

A la réflexion, je trouve ça plus grave qu'une maîtresse.

Elles sont foutues maintenant! Je peux pas lui donner ça.

Tu m'entends, Félix? Pour plaire à ce pédé, tu lui offres un pull-over et puis tu lui rends visite avec des chocolats!

C'est quoi, la prochaine étape? Venise?

Je ne veux pas que tu me suives! Je t'interdis de te conduire comme un flic! Je fais c'qui m'plaît et je veux qu'on le foute la paix!

Tu es malade, Félix. Il faut te soigner.

Si tu ne m'écoutes pas, tu vas te trouver dans la chambre de cet homme, tu vas lui offrir tes chocolats.

- Ils sont foutus, mes chocolats! - Et s'il te demande de t'allonger un peu à côté de lui?

- Il ne me demandera jamais ça. - Qu'est-ce que tu en sais?

Je ne suis pas du tout son type, je lui plais pas.

Quand je le rencontre, il détourne les yeux. Il n'a jamais mis mon pull-over.

Je ne lui plais pas.

J'peux pas te laisser dans cet état. Rentrons à la maison. Je vais m'occuper de toi. Je t'aime, moi.

Il y a peut-être une pâtisserie dans le coin. Je peux pas lui donner ça.

Si tu montes chez ce type, Félix, je ne serai plus là quand tu rentreras à la maison.

Il y a sûrement une pâtisserie.

Féfé!

Bonjour. Vous avez eu un problème?

Rien de bien grave.

François Pignon?

Le patron veut vous voir. Vous pouvez monter tout de suite?

Le patron? Oui, j'arrive.

Ah, entrez, mon p'tit François, asseyez-vous!

- Vous êtes blessé? - Non, non, c'est rien.

Ben alors vous me rassurez, parce qu'on aura besoin de vous.

Moreau a une idée publicitaire que je trouve intéressante et je voulais qu'il vous en parle.

Allez-y, Moreau.

Comme vous le savez, François, samedi prochain, c'est la Gay Pride.

- Comment? - La Gay Pride, votre grande manifestation.

C'est devenu un très très gros truc. Il y aura toutes les télés, toutes les radios.

Et j'ai suggéré au président d'en tirer parti.

Au départ d'étais un peu réticent. Nous avons quand même quelques clients hétérosexuels.

Et puis je me suis dit que votre fête était tellement entrée dans les moeurs.

Ouais. Nous avons un char dans la parade...

décoré d'une grande banderole avec un préservatif géant.

Et j'ai pensé que ça vous ferait plaisir d'être sur le char.

- Moi? - On vous a même fait faire un T-shirt.

Et ce petit chapeau, pour être tout à fait dans la note.

Ça va. C'est la bonne taille!

Il est pas beau comme ça?

- Ça va? - Nous, ça va. Mais lui...

- Sa femme l'a quitté. - Merde.

Oui, on a fait le con, Guillaume.

Salut, Félix. Tu vas bien?

Ça va, oui.

Félix, il faut que je te parle.

Faut que je t'avoue une chose.

Je me suis foutu de toi. T'as jamais vraiment été en danger ici.

Je me suis amusé à te paniquer pour t'aider à évoluer, tu comprends?

Ne le prends pas mal, on était plusieurs à te trouver un peu pénible dans ton personnage de gros macho.

Alors on s'est dit "Il y a peut-être moyen de le rendre plus... plus nuancé?

Tu comprends?

Mais on n'aime pas t'avoir fait du tort. On a entendu que ta femme était partie et on s'en sent mal maintenant.

Faut pas.

Ah si! On voudrait bien que ta femme revienne et que tout rentre dans l'ordre.

Tu m'en veux pas trop?

non, je ne t'en veux pas. Pourquoi je t'en voudrais?

Tu me rassures. On t'aime bien, tu sais. On voulait juste te faire marcher un peu.

Je comprends votre timidité, François. Mais il faut surmonter ça.

S'il y a un homme qui doit être sur ce char, c'est bien vous, non?

Je sais, mais c'est pas mon truc, je vous dis. La foule, les projecteurs, la parade, c'est pas moi.

Autant vous dire tout de suite que le président comprendrait mal votre refus. C'est lui qui a eu l'idée.

Agnès est partie.

Comment?

Ma femme, elle m'a quitté. J'habite tout seul maintenant.

Ah bon?

Je vais vous laisser, François, mais j'aimerais bien avoir une réponse rapidement.

Agnès est partie. J'habite tout seul depuis deux jours.

J'ai entendu, oui.

Tu, tu veux un café?

Tu veux pas habiter avec moi?

Puisque je suis tout seul. On pourrait peut-être vivre ensemble.

Non.

Pourquoi?

Parce que.

Il a fallu huit personne pour l'immobiliser. Il était, il était comme fou!

Pauvre garçon.

On l'a hospitalisé, on parle d'une dépression nerveuse.

Putain, quelle journée!

Ça va mieux?

Ah oui.

Pour ce qu'il y a du défilé, à votre place, moi, j'irais.

Ah ben oui, vous, c'est normal.

Quelle réponse idiote.

Si vous y allez...

vous allez être définitivement intouchable, vous devenez, comment dire, emblématique

Voilà, emblématique.

Je ne sais pas ce que je deviens, mais ça me gêne de défiler avec des folles.

Et en plus ils veulent que je porte un bonnet en forme de préservatif.

Et alors?

Alors je vais ressembler à une tête de noeud!

Oui, ça vous fait rigoler tout ça. Mais j'en ai marre de ces conneries. J'irai pas à votre défilé!

Faites comme vous voulez.

Moi, je suis fatigué, là. Je vais me coucher.

Excusez-moi, je suis maladroit. Mais j'en sais plus ou j'en suis aussi.

Faut dire qu'il m'est arrivé beaucoup de choses en ces quelques jours. Plus que dans toute une vie.

- N'exagérons rien. - Ma chef comptable a voulu me foutre à poil.

Le chef du personnel m'a proposé de me mettre en ménage avec lui, et puis il a essayé de m'étrangler.

Je me suis fait tabasser dans mon parking. Je dois défiler samedi avec des lesbiennes et des pédés.

Et vous trouvez que c'est pas assez?

Disons que vous aviez une vie bien vide jusqu'à présent. Et que maintenant il vous arrive enfin quelque chose.

Disons aussi que, si j'étais vous, je ne m'arrêterais pas en chemin.

- Je suis si heureux de te voir, mon cheri! - Tu vas bien, papa?

Très bien. Entre, Franck, entre.

Assieds-toi. Je vais te préparer quelque chose à grignoter.

Spaghettis tomates-basilic.

Je m'attendais si peu à avoir ton message.

Tu sais, c'était presque un mois que je n'ai pas eu de tes nouvelles.

Tu manges pas?

Non, je n'ai pas faim. Je suis bien.

Je suis très bien.

Je t'ai vu à la télé.

Une chance. Je ne regarde pas beaucoup, surtout à cette heure-là.

C'est pour ça que t'es venu me voir?

Disons que j'ai eu envie de te voir.

Pourquoi?

Pourquoi? Je sais pas, moi, parce que j'ai eu envie de te voir.

Tu découvres ton père dans un défilé de folles et tu te dis "Tiens, je vais lui rendre une petite visite."

Non, je me dis je me suis peut-être trompé, finalement. Putain, ce qu'elles sont bonnes, tes pâtes!

Tu t'es peut-être trompé...?

- Oui, je me suis dit "Il est peut-être pas aussi..." - Chiant?

Oui. Enfin, non. Pas drôle, quoi.

Et maintenant tu me trouves drôle?

Je sais pas si je te trouve drôle, mais je suis content d'être avec toi.

Franck! Faut que je te dise quelque chose. Ce défilé aujourd'hui, moi sur un char avec ces types, ces banderoles...

C'était génial.

Qu'est-ce que tu voulais me dire?

Non, rien. Je suis content que tu sois venu.

Mais, dis-moi, toi...

tu es attiré par...

Par quoi?

Par les garçons?

Pourquoi tu me demandes ça, c'est héréditaire?

Non, je plaisante pas. Réponds-moi.

Non. Moi, c'est plutôt les filles.

C'est dommage, on pourra pas défiler ensemble.

Qu'est-ce que c'est, ça?

C'est du bon.

Tu fumes ces saletés-là, toi?

De temps en temps, pas souvent. T'inquiète pas!

- Ta mère le sait? - J'le fais pas souvent, j'te dis.

Seulement quand je me sens vraiment bien.

Mais ce soir on est bien, non?

On est très bien, mais je t'interdis de fumer cette merde-là!

C'est à cette heure-ci que tu rentres? Où étais-tu? J'étais morte d'inquiétude!

- J'étais avec papa. - Quoi?

J'étais avec papa. J'ai dîné avec lui.

- Franck, j'aime pas quand tu mens. - Je te mens pas, je te jure qu'on a dîné ensemble.

C'est parce qu'il est pédé que tu l'as quitté?

Comment?

T'aurais pu me le dire, hein.

Franck, qu'est-ce qui t'arrive? T'as bu ou quoi?

Je l'ai enregistré. J'ai pas le début, mais tu vas voir, il est génial.

Bonjour. Nous ne sommes pas là pour l'instant. Laissez-nous un message.

Allô, Christine, c'est moi. Tu es là?

Tu n'es pas là?

Ah, tu es là. Ça me fait vraiment plaisir de t'entendre.

Tu vas bien?

Très bien.

- J'ai dîné avec Franck ce soir. - Je sais, ilme l'a dit.

Est-ce que... Est-ce qu'il t'a parlé...

Oui. Et j'étais en train de te regarder à la télé.

Ah bon? Ça repasse? Et sur quelle chaîne?

Mais non, il t'a enregistré. Qu'est-ce que c'est que cette histoire, François?

Commence pas par l'embêter.Il a trouvé son truc. Il est heureux. Ne le culpabilise pas!

Quitte pas. Te mêle pas de ça, toi! Vas te coucher!

T'es devenu homosexuel?

C'est une histoire compliquée, tu sais.

L'emmerde pas, j'te dis. Il était cool ce soir. Bien dans a peau, cool, relax...

Tu vas me foutre la paix?

Non, non, c'est pas à toi que je parle, j'ai Franck qui m'embête. Est-ce qu'on peut se voir, François?

Oui, on peut se voir.

Tu veux qu'on dîne un soir de cette semaine?

- Elleva le faire chier, c'est sûr, elle va le faire chier! - Ta gueule!

Et grossière en plus.

Je t'appelle pour te dire quel soir. A demain, François!

Mon fils est venu chez moi ce soir. Et je dîne cette semaine avec ma femme. Vous êtes un génie!

Tant mieux, je suis content pour vous.

Qu'est-ce qui vous arrive là? Vous n'avez pas l'air en forme.

- Le chat est parti. - Où ça?

Comment "où ça"? Il n'a pas laissé d'adresse.

Oui, excusez-moi. Je peux entrer une seconde?

J'pensais pas que ça me ferait autant de peine.

Je ne pensais pas que ça me ferait autant de peine. Il était là depuis si peu de temps.

Ne vous en faites pas, on va le retrouver.

Je vais mettre des affiches dans l'immeuble et chez les commerçants avec un descriptif.

Un descriptif?

Oui, un signalement, quoi.

Allez-y, décrivez-le-moi.

Comment?

Le chat, décrivez-le-moi.

Il est petit, il est gris...

Ah oui, là on peut pas le rater.

On pourrait même y rajouter qu'il lui arrive peut-être de miauler de temps en temps.

Vous avez vécu avec lui quelques jours. Il doit bien avoir une marque, un signe distinctif?

Rien. On peut pas faire plus ordinaire. C'est le chat de gouttière le plus anonyme du monde.

En tout cas, je suis content que vous ayez vu votre fils et que ça s'arrange avec votre femme.

Je vais retrouver votre chat, M. Belone.

Même si je dois explorer moi-même toutes les gouttières du quartier.

- Bonjour, Suzanne! - Bonjour, Mlle Bertrand. Vous allez bien?

Très bien.

Qu'est-ce qu'il y a, Suzanne?

Rien.

- Vous êtes sûre? - Oui, oui. Pourquoi?

Quand la secrétaire du patron vous regarde comme ça, on se sent pas très rassuré.

Non, non, tout va bien.

Mlle Bertrand.

Je ne devrais pas vous le dire, mais le Président parle de

donner une promotion à Pignon.

Bonjour, Mlle Bertrand! Bonjour, Ariane! Quelqu'un veut un café?

Pas de café.

Vous le saviez?

Quoi donc?

Que j'étais virée.

Le président est content des retombées publicitaires de votre défilé.

Vous allez bientôt être chef comptable à ma place.

Mais on ne peut pas vous virer comme ça, c'est pas possible.

Il y a cette histoire de harcèlement sexuel qui doit être un bon prétexte. Vous avez bien manoeuvré, mon p'tit bonhomme!

- Je voudrais parler au président. - Il est occupé.

Pardon de vous déranger, M. le Président, mais il fallait absolument que je vous parle.

Je vous rappelle.

- J'ai prévenu la sécurité, monsieur. - C'est pas la peine.

Un problème, M. Pignon?

Oui. Je viens d'apprendre que je vais être promu.

Les nouvelles vont vite dans cette maison.

Il était effectivement question de vous promouvoir. Mais c'est pas ça qui vous pose un problème.

Il est question aussi de virer Mlle Bertrand et là, ça va pas du tout!

C'est une excellente chef comptable, elle doit rester à son poste. S'il y a quelqu'un à virer, c'est moi.

Vous restez à votre place. Personne n'est viré. Tout va bien.

Quelqu'un veut un café?

Oui. Je prendrais bien un café, moi.

Moi aussi.

Et trois cafés, trois!

Oh, Pignon!

Tu vas bien, Félix?

T'es venu me rendre visite! Et t'as mis mon pull-over!

Oui, il est très beau. Tout le monde me fait des compliments.

Tiens! J'ai trouvé ça marrant comme porte-clés.

Oh, un p'tit ballon! C'est chouette, dis donc!

J'ai essayé de former une équipe ici, mais c'est pas facile avec les dépressifs: ils pleurent tout le temps.

Ah oui, c'est moche ça.

Oui, surtout en mêlée: quand tu pleures, tu vois plus le ballon.

- Faut que tu reviennes à la boîte, Félix. - A la boîte? Mais je peux plus, je suis viré.

Non, j'en ai parlé au patron et il est d'accord avec moi: on retrouvera difficilement un aussi bon chef du personnel.

Et un aussi bon entraîneur pour l'équipe de rugby.

Oh, arrête, François.

J'ai les larmes aux yeux. Regarde-moi ça! J'ai l'air d'une fiotte.

Oh, pardon!

Y a pas de mal.

Reviens vite, Félix. C'est promis?

C'est promis, François.

François! Il est trop rose, ce pull. T'as l'air d'un con avec. S'il te plaît, change-le!

OK. A bientôt, Félix.

A quelle heure il a lieu, ce pot?

Attention, il arrive!

- Vous n'avez rien fait de spécial pour moi, j'espère! - Non, non, pas que je sache.

Si, si, je le savais: vous avez fait un pot. Je me sens mal, François.

- Mais pourquoi? - Je suis pas encore très solide. Oh, putain, je me sens mal.

Mais non, ça va très bien se passer, n'aie pas peur! Allez, donne-moi la main.

C'est Pignon qui tient la main de Santini?

Mais c'est Pignon, oui!

Bravo, Félix.

Pignon et Santini.

J'aurais jamais pu imaginer une chose pareille!

Qu'est-ce que vous faites là?

Rien, je traîne... J'avais pas envie de rentrer. Et vous?

Je vous ai suivi. Je voulais vous remercier.

Il n'y a vraiment pas de quoi.

- Et de vous demander de m'excuser. - De quoi?

Pendant six ans, j'ai vu en vous un petit bonhomme grisâtre,

sans physique, sans intelligence, sans couilles, sans rien.

Ne vous excusez pas. Je fais cet effet à tout le monde.

Puis un jour, le petit bonhomme est apparu sur une photo en pantalon de cuir, les fesses nues et dans les bras d'un pédé.

Et ici on a trouvé ça étonnant ou simplement amusant...

Et moi, j'ai pensé: "le petit salaud a trouvé une astuce pour garder son boulot".

Et vous aviez raison.

Non, j'avais tort.

Vous avez peut-être trouvé une astuce, mais vous n'êtes pas un p'tit bonhomme grisâtre.

Vous êtes quelqu'un de bien.

Et si je pouvais vous en convaincre, ce serait une bonne façon de vous remercier.

Meconvaincre que je suis pas minable, ça va être dur.

Je vous promets de faire tout mon possible en tout cas.

Je dois dîner avec ma femme demain.

Elle m'a quitté il y a deux ans et depuis elle refuse de me voir.

Et là, elle a accepté parce qu'elle est intriguée par cette histoire d'homosexualité.

Et moi, je suis mort de peur à l'idée de me trouver seul en face d'elle parce que je sais que je vais être lamentable.

Elle vous a remplacé?

Plusieurs fois, oui.

Plusieurs fois, c'est pas grave.

Et vous, vous avez eu une aventure?

Non. Je ne pense qu'à elle.

- C'est pas bon, ça. - Pourquoi?

Pour la récupérer, c'est pas bon.

Les femmes sentent la solitude d'un homme. Ça les fait fuir.

Et elles sentent aussi quand un homme a traversé d'autres femmes avant de les retrouver,

et ça, ça les excite.

Si c'est votre façon de me remercier...

Attends, attends! T'as une protection?

Non.

Moi non plus. D'habitude j'en ai dans mon sac, mais...

D'ici, messieurs, nous dominons nos chaînes de montage et d'emballage.

Et ça, c'est...

Ca, c'est... Ce sont les essayeurs!

Madame.

Messieurs, bonjour.

Avant de passer aux affaires courantes, j'aimerais évoquer un problème qui me laisse un peu perplexe.

Je me pose des questions sur la sexualité de M. Pignon.

Bnsoir. Tu vas bien?

J'arrive pas à y croire. J'ai attendu ce moment depuis longtemps.

Qu'est-ce que c'est, que ce restaurant?

Je suis venu avec un type de la boîte et j'ai trouvé ça bon.

C'est le genre de cuisine rustique.

Plutôt, oui. T'aimes pas?

C'est trop lourd, en général Je vais prendre une salade.

Tu veux qu'on aille ailleurs?

Mais non, c'est pas pour le dîner que je suis venue. Tu me dois des explications. Je t'écoute.

Tu n'es venue que pour ça?

Pour quoi d'autre?

- Oui. - Vous désirez un apéritif?

Tu veux pas un peu de champagne?

- Non, de l'eau minérale. - Bien, madame.

Et le monsieur?

Je prendrais une coupe de champagne, moi.

C'est quoi, cette histoire d'homosexualité?

Pendant deux ans j'ai été malade de toi, à un point que tu n'imagines pas.

Je me réveillais le matin, t'étais là. Je te parlais dans ma tête toute la journée.

Quand je me couchais le soir, j'arrivais pas à dormir. Je te parlais toujours.

Les seules fois que je ne te parlais pas, c'est quand je te téléphonais, parce que tu ne me répondais pas.

Je t'en pris, on va pas revenir là-dessus. Tout a été dit à ce sujet.

Quand je te parlais dans ma tête, je te disais que tu avais eu tort de partir,

que je t'aimais comme personne au monde ne pourrait t'aimer,

que je n'avais eu qu'une envie, c'est de te rendre heureuse.

J'suis allé voir des psychiatres et ils m'ont dit que je souffrais d'un désordre obsessionnel-compulsif.

Ils ont mis une étiquette sur ma douleur, mais ça n'a servi à rien, j'ai continué à avoir mal.

Qu'est-ce que j'ai pu t'aimer!

J'ai accepté ce dîner parce que je t'ai vu faire le clown sur un char dans un défilé homosexuel.

Et tu m'as promis des explications.

Mais je vais te les donner. T'inquiète pas!

Je suis content.

Je suis vraiment content ce soir.

Pourquoi?

Parce que je découvre à quel point tu es antipathique.

Tu es formidablement antipathique, et je vais même te dire

- et pardonne-moi d'être aussi sincère -

tu n'as aucun intérêt.

Si c'est pour m'insulter que tu m'as fait venir...

Non, non, je t'en prie, ne te fâche pas. Je ne t'insulte pas. Je respire.

Je respire pour la première fois depuis deux ans.

Je me suis asphyxié tout ce temps-là dans mon obsession que j'ai perdu de vue qui tu étais vraiment:

une femme sans générosité, une femme qui n'a jamais voulu me faire cadeau d'un peu d'amour,

juste un tout petit peu.

Tu n'as aucun intérêt, Christine, et tu ne peux pas savoir combien je suis heureux.

Ça suffit comme ça! Je m'en vais.

Assieds-toi! Je ne suis pas homosexuel. J'ai fait ça pour garder mon boulot et payer ta pension.

Et je regrette pas de l'avoir fait, parce que c'est depuis que je passe pour un homo que j'ai commencé à me conduire comme un homme.

Tu vas appeler ton fils demain matin. Et lui expliquer cette mascarade.

Depuis trois jours, il parle de toi comme d'un héros.

- Ça t'embête? - Quoi donc?

Qu'il soit fier de moi, il m'a méprisé pendant des années, et il a enfin une raison de s'intéresser à moi.

Ça te gêne à ce point-là?

Je trouve malsain qu'un garçon commence à admirer son père parce qu'il le croit pédé.

Si je lui dis que c'est pas vrai, il va être horriblement déçu.

T'inquiète pas. C'est moi qui vais le lui dire. Et tout va rentrer dans l'ordre.

Tu ne m'en voudras pas si je te laisse dîner seul.

J'ai fumé un joint avec lui mardi dernier.

- Quoi? - Du hasch. Il m'a affirmé que c'était du bon et il avait raison.

J'avais la tête comme une citrouille le lendemain matin.

Qu'est-ce que tu racontes?

Je te raconte que je t'interdis de lui dire ce que je suis vraiment.

Il traverse une crise, on va attendre qu'il s'en sortepour mettre les choses au point.

Pour l'instant je veux garder le contact avec lui. Tu l'élèves mal, c'est évident.

Il a besoin d'un père, pédé ou pas.

Vous avez choisi?

Donnez-moi quelque chose de bien lourd, de bien riche.

Madame ne dînera pas ici. Je mangerai seul.

Bonsoir, Christine.J'étais ravi de te voir.

Ah! Ah, c'est pas vrai!

J'arrive pas à le croire.

Je vous avais dit que j'allais le retrouver.

Il a été sur votre balcon?

Oui. J'ai entendu miauler et...

- Mais quand ça? - Tout à l'heure.

C'est drôle, j'étais là et j'ai rien entendu.

Ça y est. je suis guéri de ma femme.

Ah! Ben voilà une bonne nouvelle.

Il faut que je vous raconte ce dîner. Enfin, si on peut appeler ça comme ça, puisqu'elle est partie sans manger.

- Vous êtes sûr que c'est le même? - Comment?

Il y ressemble et pourtant je ressens quelque chose de différent.

- Quoi donc? - Je sais pas, c'est indéfinissable.

- L'autre n'avait rien de particulier. - Eh bien, celui-là non plus.

- Non, mais ça ne veut pas dire que c'est le même. - Ça veut dire non plus que c'est une autre.

Je saurai jamais si c'est le même chat, mais vous, en tout cas, je suis sûr d'une chose:

Vous n'êtes plus le même homme.

Alors là, je sais plus du tout lequel est le bon!

Je vais pas y aller par quatre chemins, Pignon.

Si j'ai demandé à vous voir, c'est parce que je sais plus très bien à quoi m'en tenir à votre sujet.

Il y a quelques mois, vous sortiez officiellement du placard. Nous sommes d'accord?

Oui, M. le Président.

Quelques jours plus tard, vous accusiez votre chef de service, Mlle Bertrand, de harcèlement sexuel.

- Nous sommes toujours d'accord? - Oui, M. le Président.

Encore quelque jours et je vous surprends en train de faire frénétiquement l'amour

sur une de nos chaînes de montage avec la même Mlle Bertrand,

et cela devant des clients japonais

qui depuis me téléphonent sans arrêt pour revisiter l'usine.

Je suis content que ça vous amuse. Moi, je trouve pas ça drôle!

Je commence à croire que vous avez joué l'homosexuel pour garder votre emploi.

Je pense que vous êtes un menteur, M. Pignon.

Vous avez raison, M. le Président. Je suis un menteur, je ne suis pas homosexuel.

Est-ce que je dois aller m'inscrire au chômage?

Le problème ne se pose pas en ces termes.

Mais si, M. le Président.

Homosexuel ou pas, vous êtes vraiment un chieur, M. Pignon.

Toute ma vie on m'a reproché d'être chiant, M. le Président.

Aujourd'hui vous me traitez de "chieur". Je considère ça comme une promotion.

Un an plus tard...

Bon, SVP.

SVP!

Vous connaissez tous la chanson: photo d'entreprise.

Alors on sourit...

on est content, on montre qu'on est heureux de faire partie de cette belle maison.

Le monsieur en bas à gauche, là.

Oui, le costume bleu.

Je ne suis pas dans le cadre?

Ça va?

Oh, merde, ma clavicule!

On peut y aller maintenant!

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