All language subtitles for 1959.La vache et le prisonnier (fr)

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Original subtitles

Ça alors, mes enfants, pas d'erreur...

C'est la Royal Air Force.

Moteurs de Gloster Meteor.

Moi, je crois plutôt que c'est la Luftwaffe, c'est du Messerschmitt tout pur.

Des clous, je te dis que c'est des Anglais. Tiens, t'entends ?

Made in England.

T'as pas d'oreille, non ?

Parce que les moteurs ont l'accent anglais ?

Ah, un peu, oui !

D'abord, les moteurs, c'est un peu ma partie.

Quand on a fait cinq ans de taxi, on en connait un bout.

Ça n'a pas de rapport.

Ben, avec ça.

Rase-motte ou lèche-pavés, c'est du kif.

Tu dis rien, Pommier !

C'est-y des Anglais, oui ou merde ?

Oh, moi...

Luftwaffe ou Royal Air force...

Tout ça vaut pas une belle paire de fesses.

Oh, tu sais, les fesses, on en revient.

Oui, faut d'abord y avoir été.

T'en parles à ton aise.

Toi, tu t'en fous, de ce côté-là, t'es servi.

Toi, avec tes idées fixes...

Oui, si on peut appeler ça des idées.

Deux ans que j'ai pas touché une femme.

Un homme de mon âge...

Tu devais pas leur faire beaucoup de mal aux femmes dans ton magasin.

J'en voyais plus de 500 par jour. Et des belles !

J'avais qu'à me baisser.

Articles ménagers, tu penses... La bonne vie, quoi.

Et avec ça, madame, je vais vous l'envelopper.

Ouh ouh !

Venez ! Le dîner est servi.

Oui, on y va !

Eh bien, c'est quand même la Luftwaffe.

Alors, Bailly, tu manges en Suisse ?

La soupe, je l'aime chaude, moi.

Laisse, maman, je m'en occupe. - Oui.

On regardait passer la Royal Air Force.

Bien sûr avec ChurchiIl à bord...

Tu as même reconnu son cigare, n'est-ce pas M. Bussière ?

Quel con !

Que signifie "quel con" ?

Ne faites pas attention, Madame.

Das ist "grossier personnage"...

... Un cochon.

Bussières a raison, c'est des Anglais.

Mais, qu'en sais-tu, tu n'as rien vu !

J'ai pas besoin de les voir pour les sentir.

La preuve...

Tu les entends jouer au golf ?

Alors, pharmacoque ?

La Luftwaffe ?

J'aime mieux ça.

Chacun peut se tromper.

Tu sers ! - Merci.

Un peu de homard thermidor, Vicomte ?

J'adore les escargots...

Avec un rien de gelée de groseilles.

Sans compter que les escargots...

Un rêve !

Dis donc, c'est sérieux, cette fois, ils mettent le paquet !

Ils feraient mieux de parachuter des girls.

Qu'est-ce que tu en ferais ? Tu as les yeux plus grands que le bas-ventre.

Ah, tu me connais pas !

En 38, au moment de Munich.

J'ai eu jusqu'à 4 femmes en même temps.

On le sait, tu l'as déjà dit.

J'en ai pris une 5e pour me changer les idées...

Écoute, alors là...

Vous croyez pas ?

Vous aurez qu'à demander au BHV, ils vous le diront eux.

Change de disque ! Toujours le même air.

L'air du Don Juan de bazar.

Don Juan de bazar ? Répète un peu, répète-le.

Vous allez pas vous disputer !

Pour le dernier repas que je fais avec vous.

Attendez au moins que je sois parti.

Demain soir, pour vous distraire...

Vous pouvez vous casser la figure en pensant à moi, hum ?

Nom de Dieu, 8H heures passées... la BBC.

Et tes salades, toi !

Pas si fort.

La France alors, retrouvera son vrai visage.

Celui de Jeanne d'Arc et de Napoléon.

Et les traîtres seront châtiés.

Cette guerre que nous n'avons ni voulu ni souhaité, nous la gagnerons.

Nous la gagnerons, car les armées de la Liberté.

Savent pour quelle juste cause elles combattent.

Pardon, ça, c'est envoyé !

Oui, l'Angleterre de ChurchiIl et des bourreaux de l'Irlande.

Disparaîtra de la carte du monde.

Et de Gaulle...

Général félon, qui sacrifie les Français.

Pour les capitalistes de la City.

Aura son châtiment l'heure venue.

Mets sur Radio Paris.

Cette heure, nous la choisirons...

Mais dans la justice et la liberté qu'on voit reconquise.

La France aura retrouvé son vrai visage.

Vous venez d'entendre, les Français parlent aux Français.

On l'a pris trop tard.

Depuis midi, il n'a pas pu se passer grand-chose.

La question n'est pas là ! C'est rien que pour entendre leur voix.

Très juste.

Je me rappelle une amie que j'avais en 32.

Non... en 31.

Il fallait que je lui téléphone matin et soir.

Même quand j'avais rien à dire.

Elle voulait seulement entendre le son de ma voix.

Moralement elle pouvait pas s'en passer.

Une dingue !

Une femme impeccable.

Des seins...

À se casser la tête contre.

Bon, ça va, raccroche, on a compris.

Alors, c'est décidé.

Tu pars toujours demain matin ? - Oui, à l'aube.

Sûr ? - Et alors ?

Sans t'influencer, tu fais une connerie.

Écoute, mon vieux.

Moi, j'ai pas des raisons personnelles comme toi, qui me retiennent ici.

Tu sais, être là ou à Paris...

Y a des fridolins partout.

Mais ici, au moins, ils sont chez eux.

Alors on peut les tolérer.

À la rigueur...

L'ennui, c'est que moi, ici, je me sens pas chez moi.

On me dirait qu'il y en a pour deux ans, cinq ans.

Bon, je pavoiserais pas, non, bien sûr.

Mais je me ferais une raison et je compterai les jours.

On nous dit rien. 40, 41, 42...

On nous laisse dans le vague.

On fait courir des bruits.

Je vais pas passer toute ma vie ici dans ce bled.

Moi, j'ai pas cinq femmes qui m'attendent dans la maison.

J'en ai qu'une, moi, de femme.

Et je veux la voir vieillir.

Gentiment.

Doucement.

Au jour le jour...

Et près de moi.

Puis, tu veux que je te dise une chose ?

L'Allemagne m'emmerde.

Ça se défend.

Tu penses trop, Bailly.

T'es pas fait pour ça.

Je pense pas, je me souviens.

Tiens.

Quand j'ai été fait prisonnier.

Je croyais que j'en aurais pour trois semaines.

Un mois, en comptant large.

Sans quoi, ils m'auraient jamais eu.

Je serais encore en train de courir.

Tout ça, c'est bien joli et si on te repique ?

Si on me repique ? - Oui !

Ici, c'est une bonne planque.

Y a plus malheureux que nous, même en France.

On est peinards.

S'ils te repiquent...

Ils t'expédieront dans un Stalag pourri.

Ils t'en feront baver, les vaches.

Un conseil de pair...

Reste où tu es et ne fais pas le pigeon.

Allez, avoue-le donc.

T'as déjà plus tellement envie de partir.

Toi, tu te dégonfles.

Je me dégonfle ?

Oui, tu te dégonfles, oui !

Pour Marlène, tu oses plus lui demander.

Qu'est-ce que tu crois ?

Si, je vais lui demander puisque c'est ton idée.

Tu auras la réponse dans une heure.

Tu crois qu'elle va marcher ? - Oh, tu sais...

Avec les femmes...

On sait jamais.

Pas vrai, Marlène !

Non, pas Marlène... Josepha.

Oui, mais pour moi, tu es Marlène, la vamp des vamps.

Une vraie vamp de chevet.

Allez, bonne chance, vieux.

Bonsoir, Mme Marlene.

Bonsoir.

Bonsoir, les amoureux.

Si je t'avais pas...

Moi aussi, je ferais la valise.

Tu es une femme magnifique, ma chère, Josepha.

Moi te demander... un grand service.

Tu dois... m'aider... pour mon camarade.

Qu'est-ce que vous pensez, vous autres ?

Vous croyez qu'elle va accepter, Marlène ?

Oh Marlène, tu sais !

C'est une paysanne avant tout, elle tient à ses sous.

Oui, tous les paysans sont normands ou auvergnats, où qu'ils soient.

Si je retourne en France, je lui rembourserai sa vache.

Encore faut-il qu'elle ait confiance en toi. - Je lui laisse Bussière en gage, non ?

Ah, merde !

J'ai une dent qui se gâte.

Ma meilleure molaire.

Qu'est-ce qui te fait rire ?

Je pense à l'idée de Bailly.

Dans le genre évasion.

Traverser toute l'Allemagne avec une vache.

C'est génial.

Le couple idéal !

Mieux que ça.

Deux amis...

Deux copains.

La vache me nourrira, si j'ai faim.

Si elle s'ennuie, je lui raconterais des histoires drôles.

Enfin...

Tu trouveras à qui parler.

Oui, ça me changera un peu de la société des autres animaux.

Eh ben, merci !

Oh, je blaguais.

Alors, Pommier...

Comment va ton petit harem intérieur ?

« La très chère était nue.»

« Et... connaissant mon cœur.»

« Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores.»

« Dont le riche attirail...»

Ta gueule !

« L'horrible nuit d'insomnie...»

« Sans la présence bénie de ton cher corps près de moi...»

« Sans ta bouche tant baisée...»

J'ai dit : ta gueule.

Voilà, mon cher, avec quoi on vit.

On tente de sublimer l'érotisme élémentaire de cet ilote.

Et tout ce que tant de beauté lui inspire...

C'est : ta gueule !

Seul !

Il revient sans la vache. - Ta gueule.

Alors ?

Elle a refusé ?

Mais, réponds !

Dis-moi quelque chose... Elle a refusé ?

Si elle a refusé, j'aimerais te l'entendre dire !

Oh, j'ai compris, va.

C'est foutu.

C'est foutu, hein, dis ?

Mais non, toto ! Tu l'as, ta vache.

Imbécile, va.

Elle a tout de suite accepté, sans hésitation.

Pour un peu, je l'aurais embrassée.

C'est d'ailleurs, ce que j'ai fait.

Tu peux dire que tu m'as fait une belle peur !

Non, mais...

C'est vrai, au moins, elle a accepté ?

Puisque je te le dis!

La preuve, tu vas la payer, ta vache.

Pommier, c'est moche ce que tu dis là.

C'est une chouette môme.

Elle la donne sans condition...

Alors, t'as tout ce qu'il te faut ?

J'espère que j'oublie rien.

Chocolat...

Les biscuits...

Merci.

Ah, mon rasoir...

Ma brosse à dents.

Enfin, le sucre.

La boussole...

Je vous laisse...

Ça...

Y a 3 chemises en lainage.

Et puis, « L'anglais sans peine».

« L'italien sans peine».

Et « L'allemand sans douleur».

Ah, si j'avais voulu...

Si j'avais voulu, je serais devenu le roi des polyglottes.

Mais, avec votre sacrée belote, tous les soirs...

J'ai jamais eu une minute seulement pour entrouvrir un de ces bouquins.

Toi, l'allemand, tu l'apprends sans peine et même avec beaucoup de plaisir...

Les langues vivantes...

T'as bien étudié ta carte, au moins ?

Trois mois que j'y travaille !

Voilà mon itinéraire.

Il est là et là.

250 km, à raison de 10 km par jour.

Pour 5h le matin, 5h l'après-midi.

25 jours de marche.

Jusqu'à la gare de triage de Stuttgart.

Et le 26e jour...

La France !

Si tout va bien...

Merci.

Tiens, vieux. - Merci.

Dis donc...

Puisque tu vas à Paris...

Fais un saut chez elle.

Tu peux compter sur moi.

C'est l'adresse de ma mère...

Rue Pascal.

Tu lui diras comment ça se passe ici.

Ça, je te le promets.

Et même, si tu as d'autres commissions... -Non, non...

Rue Pascal, c'est aux Gobelins.

Ça t'ennuie pas ?

Mais au contraire, tu parles...

Dire que j'ai passé deux ans ici.

Et voilà !

Alors, on va la choisir cette vache, moi, j'y connais rien.

Fais-moi confiance, va.

Pourquoi, il y avait un rayon de vaches au BHV ?

Je te dis de me faire confiance.

Ben laisse le faire puisqu'il prend ses responsabilités.

Je vais te trouver une bonne laitière.

Une marcheuse surtout. - Ah, naturellement...

Ah, voyons.

Non !

- Pourquoi non ? - La vivacité de l'œil est très importante.

La vivacité de l'œil ? - Oui.

Alors, si elle a l'œil bovin, c'est mauvais signe.

Très mauvais.

La douceur du regard est l'indice d'un caractère paisible.

Sociable et bienveillant.

Humain. - Voilà.

Tu aimes le lait frais ? - Oui.

T'aimes pas le beurre rance !

Bon, alors, laisse-moi faire.

L'humidité du mufle.

La régularité de la respiration.

Le poil lustré...

Tout ça, c'est une question de muqueuses...

De robe.

Attends voir.

Attends...

Eh ben, tiens ! La voilà.

Pas d'hésitation pour celle-là.

J'en réponds comme de moi-même.

Ça, c'est de la vache !

Non !

Pas bon.

Mauvais.

Celle-là, celle-là est bonne !

Jeunes ! Forte !

Ah ! Toi t'y connais, hein, tu vois ?

Allez, va !

Je sais pas comment vous remercier.

C'est la première fois qu'on me donne une vache.

Au revoir !

Et bonne chance !

Et, hum...

Merde.

Formidable.

Qu'est-ce que je dis ? -Merci, c'est tout.

Merci, Marlène.

Merci, Josépha.

Merci, madame.

Tâche de faire le plus de chemin possible, pendant les deux premiers jours.

Marlène ne signalera ton absence aux chleuhs que dans 48 h.

Oh, dans 48 h, je serai loin ! Si elle veut marcher...

Oh mais, elle marchera !

Mais, oui, elle a de qui tenir.

Son aïeule a jadis traversé la mer à la nage.

Franchi les Balkans et gagné le Nil.

Où d'ailleurs, elle accoucha.

Elle s'appelait Io.

Elle a vampé Jupiter, une vraie pineuse.

Allez, au revoir, mon vieux.

Et...

Enfin, tu me comprends à demi-mot...

Comme dirait Marlène...

Au revoir, vieux.

N'oublie pas, hein, Rue Pascal.

Compte sur moi.

Et ne pense pas trop...

À la chose...

Casanova...

Je voulais te dire... - Pas la peine.

Allez, va.

Va. -Merci.

M'en voulez pas trop de vous quitter comme ça ?

Mais, fous le camp, andouille !

Salut, Bailly !

Promenade - Oui, Promenade.

Allez, Marguerite, vite.

Adieu, Bockman.

Oui, il s'appelait Bockman.

C'était notre voisin.

Je pensais bien ne jamais le revoir, lui et sa bétaillère !

Je ne me doutais pas que...

Mais n'anticipons pas.

Allons bon...

J'avais pas fait plus de deux km et déjà, deux silhouettes inquiétantes.

La maréchaussée.

Que faire ?

J'ai décidé de prendre le taureau par les cornes.

Cette fois mon aventure commençait véritablement.

J'allais enfin savoir si mon truc tournait rond.

Ouf...

Je venais de passer avec succès mon permis d'évasion.

Mais, on a beau dire...

Des gendarmes sur une route, c'est jamais bon pour le touriste.

À éviter...

Il était midi quand on arriva dans un paysage.

Qui me rappelait un peu des coins de chez nous.

Ah, on a beau dire, la France...

C'est un beau pays...

Surtout à l'étranger !

He ! Que faites-vous là ?

Ah, non, vous faites erreur.

Parce que, moi, pas avec vous.

Je ne fais pas partie de votre compagnie.

Êtes-vous fou, non ?

Au travail !

Je vais vous expliquer, donc.

Non, moi travailler...

Grosse ferme.

... Bauer... commando.

Taisez-vous !

Suivez-moi !

Allez !

Allez, avance !

Ah, ne me touchez pas, hein ?

Alors ça, c'est un peu fort, quoi ?

Obéis, c'est une peau de vache!

Je vais vous expliquer. - Taisez-vous... votre gueule !

Allez !

Discute pas, c'est un dingue. - Allez !

Mets-toi là. Prends le manche!

Pour quoi faire ? - Tire !

D'où viens-tu ? Je t'ai jamais vu.

Ça ne m'étonne pas.

Attention !

D'où es-tu ? - Du Midi, tu l'entends pas ?

C'est pas ce que je te demande ! - Ah, ici...

Je travaille dans une ferme, par là-bas.

Je ramenais tranquillement ma vache.

Quand le fridolin m'est tombé dessus.

Tu t'expliqueras avec le vieux. - Le vieux ?

Oui, le commandant.

Tu verras, c'est pas un mauvais cheval.

60 piges, il est plus dans le coup.

Puis, il parle français comme père et mère.

Il a appartenu à la 5e colonne, alors, c'est qu'il aime la France!

Il vient en fin de journée.

Je serai parti, moi.

Ah non, ne fais pas l'idiot.

L'autre te tirerait dedans comme un rien, c'est un cinglé.

Tiens, un nouveau visage.

Quel est ce monsieur qui a pris ma place ?

Présentez-vous, je vous prie. - Charles Bailly.

Continuez, mon ami...

Je vais en profiter pour fumer une cigarette.

Dans les "closets", comme disent messieurs les Anglais.

Attention !

Dis donc...

Qu'est-ce qui flotte au fond de son pantalon ?

Des rubans. - Des rubans ?

Oui, on a annoncé une victoire alliée. -Et alors ?

À chaque bonne nouvelle, il met des rubans.

Un derrière pavoisé...

c'est bien la première fois que je vois ça.

Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'ils l'ont dans le cul.

Oh ! Il a pourtant l'air très distingué.

Je te crois, c'est un marquis. - Ah oui ?

Oui, il tutoie personne.

Un vrai réactionnaire, quoi... un original.

Et toi, tu le tutoies ? - Le tutoyer, moi ?

Il me dit "vous", comme à un domestique.

Il peut courir !

Hé vous, là-bas !

Ouais, patate.

Appuie pas sur la scie là... Léger... léger.

Devine, depuis combien de jours, on est sur ce tronc-là, le marquis et moi ?

Il y a eu sept jours hier.

Et c'est pas fini !

Tu as raison, pas d'excès de zèle.

Mais, pour qui nous prennent ces gens-là ?

Ce n'est même pas eux qui vont nous apprendre à ne rien foutre !

Léger, léger, léger.

Dis, ton commandant, où il est ?

Je le vois pas.

Tu sais, il vient pas tous les soirs.

Il va pas me faire ça !

S'ils m'embarquent, qu'est-ce je vais devenir?

Quoiqu'en nous comptant, ils s'apercevront bien qu'il y a un de trop.

Alignez-vous ! Redressez-vous !

Restez immobile !

Trois... Six...

54 hommes.

48 hommes.

J'en veux 50, compris ! Recomptez-les.

54 hommes.

49 hommes.

Moi, je suis en trop - Silence !

Bon sang, dépêchez-vous !

Allez, embarquez-les dans le camion et comptez-les un par un.

J'en veux 50 et pas un de plus, espèce d'idiots !

J'ai dit 50, deux fois vingt-cinq, compris ?

Compris !

Allez ! montez, allez, allez.

TROIS. SIX.

Laissez-moi vous expliquer... - Montez !

Dis, combien on est en réalité ? - Avec toi, 51.

Ah ! Ben merde, alors !

Alors, si jamais ils se foutent encore dedans.

Et qu'ils comptent 50 par hasard.

Ben, ton compte est bon, le camion démarre.

Qu'est-ce qu'il fout, ton commandant ?

Pour une fois que je veux voir un commandant allemand, il est pas là.

T'énerves pas, on va trouver une combine.

On dit ça. - St-Léonard, ayez pitié de lui.

St-Léonard, qui c'est celui-là ?

Tu sais pas que St-Léonard, c'est le patron des prisonniers.

S'il y avait un patron des prisonniers, il n'y aurait pas de prisonniers.

Voilà le vieux. - Pardon.

Halte !

Tout est en ordre ?

Tout est en ordre ? - 50 Hommes.

50 hommes ! Tout est en ordre !

Merci !

Pardon, il y a une petite erreur, mon commandant.

Je descends, je vais vous dire. Pardon.

"Une petite erreur" ?

Oui, mon commandant, j'appartiens pas au commando, moi.

Je travaille dans une ferme à côté, mais Monsieur m'a embauché de force.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Mais, monsieur, j'ai voulu m'expliquer, mais on m'a pas laissé parler.

Et Marguerite m'attend là, près de la rivière.

Marguerite ?

Oui, Marguerite, ma vache. Je la ramenais du pré.

Pourquoi un autre prisonnier ? Ça ne vous suffit pas les nôtres !

Allez-vous-en.

Allez filer, vous ! - Oui.

Vous voyez, je vous l'avais dit, t'as pas voulu m'écouter.

Partez ! - Oui, commandant.

À la tombée du jour, Marguerite et moi.

D'un commun accord et sans échanger un mot.

Avons décidé de passer notre première nuit...

Sous ces beaux arbres, tout près du lac de Tegernsee.

Ou peut-être Wurmsee, ou Amersee... Je ne me souviens plus très bien.

Notre premier soir...

Marguerite !

Oh... Un vrai champ de Marguerites.

Marguerite...

Marguerite...

Marguerite...

Ah, te voilà, toi, hein ?

Et alors ? Et alors ? Hein ?

Viens ici.

Qu'est-ce que c'est, ça ?

Alors, on a rencontré quelques petites copines ?

Oui, je sais ce que c'est, on parle, on bavarde.

On papote !

Cancanière, va !

Allez, viens !

Allez !

Qu'est-ce que je vous avais dit ? - ( Hé, Bailly !)

Vous vous rappelez de lui... Bockmann ?

Bockmann et sa bétaillère, sur le chemin du retour.

Tu retournes à la ferme? - Oui, retour ferme.

Viens, Marguerite.

Il fallait faire vite trouver une explication.

Pour justifier ma présence sur cette route.

Chaleur, chaleur ! - Oui, chaleur, oui !

Moi mener vache au taureau.

Euh, madame à monsieur. Die Dame à Herr...

Alors, on retournait tranquillement.

Pas vrai, Marguerite ?

Tu ne vas quand même pas retourner à pied.

Vous, fatigué ?

Ah non, non, pas fatigué.

Non, mais... Oui, oui, fatigué.

Oui, oui, fatigué. - Je suis pas fatigué.

Pourquoi ? - Fatigué.

Bon !

Vous voyez...

Allemands...

Nicht bose...

Pas méchants.

Et voilà...

J'avais parcouru plus de 20 km pour rien.

On me ramenait au point de départ.

Zigarette ? -Danke schon.

Beau souvenir, pour plus tard.

Oui, mais les beaux souvenirs sur le moment...

Belle journée.

Jolie journée. - Ah, oui, jolie journée.

Merveilleuse journée.

Descends, madame.

Marguerite ?

Là, là...

Au revoir.

Au revoir. - Au revoir.

Bonjour. - Bonjour.

Content, vous ? - Très... très content, oui !

Vous pouvez pas vous imaginer, ce que je suis content.

Euh... merci, auf Wiedersehen. - Au revoir.

Est-ce que quelqu'un parmi vous, comprend l'allemand ?

Bien !

Mon collègue dit que...

Si réellement ce prisonnier ne s'est évadé que ce matin...

Nous le récupèrerons.

Et que nous prendrons contre lui des sanctions sévères.

Mon collègue dit...

Qu'il existe en Pologne des camps de représailles à l'usage des réfractaires.

Ici, c'est le paradis et là-bas, l'enfer.

Pensez-y !

La semaine dernière, trois prisonniers ont tenté de s'évader du Stalag 11.

Vous n'êtes pas dans un bon commando, ici ?

Je vous parle ! Répondez !

Vous !

Oui...

Je me plains pas, personnellement.

Bon !

Alors... pourquoi tenter le pire ?

Mon collège dit...

... Que si vous êtes prisonniers...

... C'est que Dieu l'a voulu...

... Et notre Führer.

Et que c'est aller...

... Contre la volonté de Dieu...

Que de tenter de vous soustraire à la providence.

Compris ?

Vous êtes soldats.

Ne l'oubliez jamais.

La vache...

Bailly est mort.

Vous devez soutenir...

... La réputation et l'honneur de l'armée française.

En vous soumettant aux lois de la défaite.

Qu'allons-nous faire d'eux ?

Ils doivent rentrer au camp tous les soirs. - Bon !

Pour commencer, sanction No 1.

À partir d'aujourd'hui, vous coucherez au stalag. !

On viendra vous chercher tous les soirs...

Et on vous ramènera chaque matin sous bonne garde.

Heil Hitler. - Heil Hitler.

Pauvre gars...

Il se sera fait descendre par une patrouille.

S'il m'avait écouté...

Maintenant...

... Il est évadé pour toujours...

... Évadé à perpétuité.

Dommage... - Oui.

Je l'aimais bien, moi, Bailly.

Un brave type, gentil et accommodant.

Pas compliqué.

Mais, le voilà, ce con-là.

Eh ben, qu'est-ce qui t'arrive ?

Ne m'en parlais pas !

J'ai été kidnappé.

Kidnappé ? - Oui, par le père Bockman.

Quand je suis parti.

Il part en même temps que moi avec sa bétaillère

Et en revenant... par malchance.

Il me retrouve sur la route...

Et de peur que je me fatigue.

Ce bougre de couillon a voulu me ramener dans sa voiture.

Impossible de refuser.

Tu nous as fait une drôle de peur.

Qu'est-ce que tu vas faire, tu peux plus repartir ?

Pourquoi ?

Tu sais que Les Schleus te recherchent et ils sont pas contents.

Et après ?

Ils recherchent un homme, mais pas un couple.

Tu dois avoir la dent.

Tu vas manger un morceau avec nous.

Non, je préfère repartir tout de suite, parce que je me connais...

Si je m'attarde, je m'attendris.

Et si je m'attendris, je reste... non, allez, eh.

Au revoir.

Et vous savez que je vous aime bien.

Au revoir.

Depuis cinq jours...

La pluie ne cessait de tomber.

Une pluie pénétrante.

Verticale...

... Et glacée.

Depuis cinq jours, nous pataugions dans cette vase.

Marguerite était bien courageuse.

Sans elle, je crois bien que j'aurais abandonné.

Le 6e jour, la pluie cessa enfin.

Le ciel restait maussade et gris.

Moi, je connaissais un ciel à corbeaux.

Il n'y a même pas de corbeaux.

On s'ennuyait bien un peu, avec Marguerite.

Mais je vous assure...

Que je n'avais pas la moindre envie de faire le rigolo !

Et pourtant...

Je ne sais pas ce qui m'a pris.

Un réflexe idiot.

Et machinalement, sans y penser...

Il paraît que les forêts allemandes sont d'une grande beauté

Et que les Allemands en sont très fiers.

Quand on les traverse en touriste, peut-être.

Je vous assure que moi, j'étais pas fier d'être dedans.

Des kilomètres et des kilomètres d'arbres qui n'en finissent plus.

J'étais abruti de fatigue.

Écœuré, le moral à zéro.

La forêt que je traversais était particulièrement célèbre.

Un chef-d'œuvre de forêt.

Et pourtant...

Je ne pensais qu'à deux choses.

Un gigot aux haricots et un lit bien chaud.

Oui, vous me direz que c'est pas un idéal.

Mais il y a des moments...

Où le sublime, la grandeur et la poésie...

On s'en fout !

Voilà...

Voilà...

Psst...

Russe... Camarades...

Ah ! Tu veux un peu de lait ?

Merci.

Mon collègue, je comprends rien.

Russes... mes camarades... là.

Ah ! Russe... - Oui !

Tes camarades... - Là, là...

Allons-y.

Moi, prisonnier français de guerre... Évadé!

C'est ça !

Mais moi, train, Paris. Paris...

... Costume civil... Costume...

Vous n'avez pas un costume civil ?

Mon Dieu, mon Dieu...

Bon ! Un moment.

Hé !

Moi... Train... Paris... Train...

C'est ça, oui !

Mais moi pas prendre train...

Avec costume militaire.

Prisonnier évadé.

Costume civil.

Je ne comprends pas ! - Tu ne comprends pas.

Mais... Cravate... Chapeau...

Hé !... Là...

Là...

Da jakiet.

Jakiet. Da ? - Oui, oui...

Voilà !

Là !

Ici... ça... là...

Ça... ici.

Mmm... Cravate.

Je comprends rien du tout, moi, là.

Un moment !

La vache...

Ben, oui ! La vache.

Oui, la vache.

Pour vous !

Pour moi ?

Le costume.

Pour moi la vache.

Manger par mes camarades.

Ah... Vous me donnez le costume...

Et vous, vous mangez la vache ? - Oui, oui !

Marguerite contre un costume...

C'est beaucoup, ça !

Ah, non...

Marguerite contre un costume, c'était beaucoup...

Beaucoup trop.

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Hey viens-ici - Oui ?

Là... Regardez !

Des mûres !

Agréable.

Je me suis piqué. - Tu ne mourras pas.

Une lettre de votre épouse ! - Non. C'est une lettre de Paris.

Oh, là, là ! Paris. Le paradis du soldat.

Paris...

Montmartre...

Folies Bergère...

Casino de Paris.

Êtes-vous déjà allé au restaurant "La Tour d'Argent" ?

Bien sûr, nous l'avons fait !

La bécasse à la Périgourdine.

Bécasse ? - À la périgourdine.

Mais, qu'est-ce que la bécasse ? - Un canard sauvage.

Et "une farce de foie gras", mon ami. - Avec des "truffes" !

Et... Sauce fine au champagne.

Et une bonne bouteille de Châteauneuf-du-pape.

Ça, c'est Paris !

C'est vrai que les émotions, ça creuse.

J'avais une faim.

Une vraie faim.

Une faim de pauvre.

Et cette roulante à quelques mètres de moi.

Ce magasin rempli de vivres...

Alors, tant pis...

Je pris mes risques...

Ma vie contre quelques boîtes de conserve.

C'est absurde.

Oui, c'est absurde.

Comme la guerre...

Oh, Marguerite...

Pour fêter mon 100e kilomètre...

Je m'étais rasé de frais...

Brossé les dents...

Nettoyé de fond en comble.

Je me sentais léger...

Heureux...

Aérien...

Peau neuve, quoi !

Ah ! On a beau dire, la propreté...

C'est déjà la liberté.

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Qu'est-ce que c'est, ça ?

Marguerite !

Marguerite !

Qu'est-ce que c'est, ça ?

Brave, brave...

Hé !

Marguerite !

Marguerite !

Viens ici, tout de suite, tu m'entends ?

Marguerite, laisse ce jeune homme.

Tu le connais même pas.

Imprudente, va !

Ces femmes...

Toutes les mêmes...

Entrez.

Bonjour. - Bonjour !

Que voulez-vous ?

Prisonnier français. - Français ?

Bonjour. - Bonjour !

C'est un prisonnier français. Dis-lui ce qu'il veut.

Vous demandez quelque chose ?

Mais c'est formidable.

Vous parlez français.

Oui, mauvais français.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Ah, je ne sais pas si je peux vous dire ça... à vous.

Oh, quoique, à la campagne... vous avez l'habitude.

À la campagne ?

Oui, je travaille dans une ferme, pas très loin d'ici.

Vous comprenez ? - Très bien, oui.

Dites-moi...

Le pré qui est là derrière, il est à vous ? - À mon père, oui.

Et le taureau qui est dedans, aussi ? - Le taureau aussi, oui.

Venez.

C'est la nature.

Il faut attendre un peu. - Combien de temps ?

Oh... le temps qu'il faut.

J'attendrai...

J'attendrai qu'ils aient terminé.

Marseille.

Ça, alors !

Votre fiancé ? - Mon frère.

C'est chez moi, ça. - Chez vous ?

Oui, je suis né dans ce coin-là.

C'est très bien, vous savez.

Qu'a-t-il dit ?

Il dit qu'il est né à Marseille. - Marseille...

Notre fils se trouve là-bas.

Est-ce que c'est dangereux là-bas ?

Hans nous a rassurés, maman.

Elle croit que Marseille est une zone dangereuse.

Marseille, zone dangereuse ?

Non, madame.

Marseille...

C'est la ville où tous les soldats du monde...

Voudraient être en ce moment.

Mais c'est pas une ville pour les soldats.

Tu vois, Marseille est calme !

Il dit ça juste pour me rassurer.

Elle croit que vous dites ces choses pour la rassurer.

Vous savez, quand on est prisonnier de guerre.

On a pas tellement envie de rassurer ceux qui...

Enfin, dites-lui simplement...

Que j'ai pas le cœur à mentir.

Il dit qu'il dit la vérité.

Je préfère l'avoir ici.

Elle dit qu'elle aimerait mieux de le savoir ici.

Dites-lui que Marseille est une ville, comme on n'en fera plus jamais.

C'est une ville comme dans le temps.

Un climat...

Un ciel, du soleil...

Comme s'il en pleuvait.

Croyez-moi, il est mieux là-bas qu'en Russie.

Ne parlez pas de la Russie.

Mon frère cadet a été tué là-bas.

Il y a des noms qu'elle comprend très bien.

Les noms de villes par exemple.

Veut-il manger avec nous ?

C'est une bonne idée, ça nous rapproche de Marseille.

Ma mère demande...

Si ça vous ferait plaisir de déjeuner avec nous.

Ce serait pour moi, un grand plaisir. Mais, je ne sais pas si je dois.

Mon père dit...

Que ça vous rapprocherait de Marseille tous les deux.

Ah ben ! Rien que pour cette bonne parole.

J'accepte.

Vous voulez que je vous aide, madame ?

C'est pas la peine de crier.

Elle ne comprend pas mais elle entend très bien.

Si vous étiez venu avant-hier...

Vous ne m'auriez pas trouvée.

Je travaille à Munich.

Chez un industriel.

Je suis secrétaire.

Parce que moi, la campagne...

Mais, avec ces bombardements...

Ma mère a voulu que je revienne ici.

Quel âge il avait, votre frère ?

Vingt-deux ans.

Que fait-il ?

Comment coupez-vous les pommes de terre ?

Oh ! Pardon, c'est machinal.

Je fais des frites sans me rendre-compte.

Puisqu'elles y sont...

Il faut en profiter.

Écoutez, je vais vous faire un plat de frites.

Dont vous me direz des nouvelles.

On peut ?

Bien sûr, on peut !

Vous allez manger comme votre fils.

Il en mange tous les jours, là-bas à Marseille, des frites, lui !

Nous allons manger des frites comme Hans.

Toutes les mères sont les mêmes.

Dommage que les pères soient si bêtes.

Voilà, Marguerite qui revient à elle.

Ça m'a fait quelque chose, de manger avec vous.

Comme ça...

Autour d'une table.

Et maintenant...

Il faut que je parte.

Pardon...

Bon voyage.

Ne te perds pas en route !

Il vous souhaite bon retour.

Et vous dit, de ne pas vous perdre en route.

Oh ! Soyez tranquilles...

Je connais le chemin et je sais où je vais.

Au revoir - Au revoir.

Et merci.

Viens, Marguerite.

C'est un prisonnier de guerre français...

... Qui s'évade.

Le Danube.

Tu vois, Marguerite toute réflexion faite.

Le Danube, ça casse rien.

Je préfère le Rhône.

Et même la Seine.

C'est que ça a une autre gueule, la Seine.

Monsieur, s'il vous plaît ?

Moi cherche pont pour traverser Danube.

Un pont ?

Pont ? Le pont est à 6 km.

Oui, oui ! - 6 km.

Oui... merci !

Mais le pont, kaput ! Boom !

Oh, merde alors !

Ah, je m'en souviendrai, de ce Danube.

Pont, kaput.

Passerelle, kaput !

Après ces renseignements...

Nous avons marché sans un instant de repos.

Jusque très tard dans la nuit.

À la recherche d'un pont hypothétique.

Hé, ma pauvre Marguerite...

Il va falloir se quitter.

J'aurais aimé te garder, mais...

Si je t'emmène...

On coule.

Ça me fait de la peine.

Mais, d'un côté, il vaut mieux, parce que...

Ici, tu es chez toi.

Tu as tes habitudes. Eh oui !

Et puis, tu comprends la langue.

De toute façon, j'aurais pas pu te garder, parce que

J'habite un 4e, sans ascenseur.

Hein, tu me comprends, dis ?

Tu m'en veux pas, dis, hein ?

Marguerite !

Adieu, Marguerite.

Adieu, ma vieille copine, va.

Le lendemain matin...

À peine réveillé...

Je me demandais si je dormais pas encore.

Un vrai miracle !

Pendant la nuit, le génie avait jeté un pont par-dessus le Danube.

Et sur ce pont, qui je vois ?

Marguerite !

Oh ! Chère Marguerite...

Marguerite, mon coupe-file, mon laissez-passer.

Marguerite, mon passe-partout.

La vache, à moi.

Marguerite !

Marguerite !

Oui, oui, tu es une brave bête, oui.

Et on va reprendre la vie commune.

Allez, viens !

Marguerite ! Marguerite ! Recule !

Y a du monde qui arrive.

Et ceux-là, ils rigolent pas.

Allez, Marguerite.

Compagnie, halte.

Que fait cet homme avec une vache ?

Faites-les partir. - Dégagez cet homme du pont !

Toi, viens.

Prisonnier de guerre français !

Ah, oui, c'est bien, oui.

Écoutez-moi, messieurs.

Prisonnier de guerre français ! - Oui, prisonnier...

Mais, je vais vous expliquer...

Pas "expliquer". Foutre le camp. Compris ?

Foutre le camp.

Et moi, j'ai compris, "foutre le camp".

Mais comment voulez-vous ?

Une bête qui ne veut pas reculer.

Vous comprenez, elle est têtue.

Essayez vous-même. Là, essayez.

Vous voyez ce que je vous avais dit, hein ?

Marguerite.

C'est pas la peine.

Reviens.

Vache stupide.

Imbécile ! Comme vache française !

Ah, pardon ! Moi, je suis français.

Mais la vache elle est allemande.

Deutsche vache !

Pousse-toi !

Tu vois pas qu'ils arrivent, pousse-toi !

Tu vas m'attirer des ennuis.

Marguerite, allez...

Marguerite, sois gentille, allez, allez...

Les voilà, les voilà.

Regarde...

J'ai tout essayé, mais elle ne veut rien savoir.

Allez ! Allez !

Viens, Marguerite.

Des prairies en fleur...

Des villages...

Encore des prairies...

Des montagnes et des vallées...

Prairies, montagnes, villages...

J'avais l'impression de traverser un documentaire.

Un de ces documentaires qui n'en finissent pas de finir.

Comme tous les documentaires.

J'aurais jamais cru si grande l'Allemagne.

Ah, si j'avais été fait prisonnier par la garde suisse...

Il y a longtemps que je serais en France.

La Suisse ? En deux enjambées et hop !

Esslingen était la seule ville qui fit partie de mon itinéraire.

« Service communal... Fondation pour la mère et l'enfant».

Ah, bien sûr, ça vaut pas « Montparnasse-Bienvenue».

C'est drôle...

Quand j'y pense, à toutes nos stations de métro...

J'avais jamais fait attention...

Porte des Lilas.

Notre-Dame-de-Lorette

Filles du Calvaire.

Château-Rouge.

La Motte-Picquet-Grenelle...

La Motte-Picquet-Grenelle...

Arrêtez ! Le passage est fermé ! - Ah, oui, oui.

Viens...

Évidemment...

Pour dormir, c'est l'idéal.

Mais c'est pas ici que je passerais ma vie...

Plus que 20 km, que c'était Stuttgart !

Pour moi, ce cimetière...

C'était un peu la banlieue de la liberté.

Marguerite, hein !

Brave bête, va.

Debout ! - Oh, merde.

Une pièce d'identité !

Je vais vous expliquer... - Que faites-vous ici ?

Répondez-moi. - Mais, je...

Que faites-vous ici ?

Ah ! Français !

Ton badge d'identification.

Matricule ? - 12 642.

Quoi ? - 12 642 !

Vous... crapule.

Cochon français.

Numéro du Stalag ?

12 C. Je suis détaché. Commando.

Quel commando ? - Commando... travaux... ferme...

Moi, cultivateur. Euh, vache... Deutsch. Deutsch!

Ce type est en fuite !

Vous... prisonnier.

Ça, je peux pas dire le contraire.

Moi, prisonnier.

Prisonnier... évadé.

Ah non, je suis pas évadé. - Pas évadé ?

Pas évadé ?

Oh, merde, oui...

Je suis un prisonnier évadé.

Finissons-en, écoutez, c'est fini.

Venez avec nous. - Allez !

Halte !

Hé, peau de fesse ! On t'a eu, hein ?

Hé ! Tu vois pas qu'on est du même bled, non ?

Voyez, à première vue, comme ça...

Ah ! Vraiment, vous êtes des Français ?

Hé, oui, mon patron, on fait le même tour que toi.

Nous aussi, on fait la malle.

Direction « Dupont, tout est bon».

Ça te dit rien, ça ?

« Dupont, tout est bon».

Oui, mais...

Excuse-nous.

On a voulu savoir si on nous prenait vraiment pour des Allemands.

Alors on a fait un test, quoi ?

Un test idiot.

Si j'avais été malade du cœur, j'aurais pu tomber raide mort.

Oui, je sais, vous allez me dire, « Ici...»

D'accord...

Mais tout de même.

Il y a longtemps que vous vous promenez en chleuhs ?

On a mis les bouts ce matin.

C'est un bel endroit ici pour passer la nuit...

Surtout que les voisins du dessous, ils sont pas bruyants !

Si t'allais casser la graine, continue.

Tu marches au lait, toi ? - Ah, vous voulez en goûter?

Juste pour trinquer, quoi.

Bon, hein ?

Merci, j'adore le lait.

Ah celui-là, il est pas trafiqué, il est pur.

Un litre de lait vaut une poignée de riz.

On peut tenir le coup dans ces conditions.

Dis donc, c'est une bonne vache, ta vache.

Ah, c'est mieux que ça.

Marguerite...

C'est une bonne copine.

Alors, tu t'évades comme ça, toi ?

Avec ton étiquette sur la hure ?

Marguerite, c'est mon passe-partout.

C'est une invention à moi.

Je la ferai breveter.

C'est original !

Ça se défend, comme idée.

Si ça se défend, je comprends !

Nous avons fait près de 200 km à pied.

Tous les deux, bras dessus, bras dessous.

Sans aucun accrochage.

Un vrai voyage d'agrément.

Oui, mais notre combine à nous est bien meilleure, tu te rends pas compte.

Non, mais regarde !

Ha, ha ! Franzose !

Crapule ! Cochon !

Mais enfin, pour tout ça, il faut savoir parler allemand.

Ah, ça, c'est vrai, c'est vrai, monsieur.

Messieurs, pour passer le temps, nous faisons une petite partie de belote.

Non !

Je n'ai pas le cœur à jouer aux cartes.

Et dans quelle direction vous allez ?

À la 1re gare, on saute dans le train et hop.

Moi, je vais à Stuttgart, la gare de triage.

Pour moi, c'est plus délicat, parce que.

Il faut que je trouve un costume civil.

Oui, mais là, ton idée est faible.

Tandis que nous c'est du gâteau.

Tiens, prends une carte...

Merde, du pique.

La poisse.

Tu vas te faire prendre...

Hé !

On y va ?

Allez ! On y va !

Allez, viens, Marguerite.

Marguerite !

Dis, on passe devant et vous suivez.

On se retrouve à la sortie la ville.

Si on marche avec toi, on va se faire repérer.

D'accord, je vous perds pas de l'œil. - Au revoir.

Au revoir et bonne chance.

Bonne chance, c'est à toi qu'il faut le dire.

Allez, viens, Marguerite

Heil Hitler !

Je m'excuse Messieurs. Contrôle des papiers.

Puis-je voir vos livrets militaires ?

Capitaine Müller.

Capitaine Rupp.

Allons Messieurs... Nous sommes dans l'armée allemande.

Vous n'avez pas chance, votre bataillon est en Russie.

Il faudrait mieux choisir vos papiers la prochaine fois.

Gardes !

Papiers.

Prisonnier, moi, travailler, ferme, commando

Passez...

Cette fois, j'étais sur la bonne voie.

Là-bas, tout au bout, se dressait ce qui était pour moi...

Le plus beau monument du monde...

La gare de Stuttgart.

Encore quelques kilomètres.

Les derniers...

Et je serais sauvé...

Presque...

Voilà, Marguerite...

On va se quitter et cette fois, c'est pour de bon, hein ?

Hé, oui !

J'aurais jamais cru qu'on puisse s'attacher à une vache.

Une vache...

Écoute, Marguerite, je vais te jurer quelque chose.

Tu peux me croire.

Je te jure que jamais plus je mangerai du veau.

Après ce que tu as fait pour moi, c'est la moindre des choses.

Et maintenant...

Tu peux me dire merde.

Parce que...

J'en ai besoin, tu sais ?

Adieu.

Adieu.

Dix-huit wagons.

Vérifie ça. 2420 caisses de munitions.

Wagon numéro 4754.

348 caisses de munitions, pour la France.

Pour O.K.W. France.

Via Stuttgart, Karlsruhe, Strasbourg, Lunéville et Vitry-le-François.

Vite, vite, dépêchez-vous ! Tout va bien ?

Tout va bien ? - Oui, il peut partir.

Que se passe-t-il ? - Je vérifie.

Une valve était ouverte.

Allez-y !

Merde, merde et merde.

On part en France... - La France...

On part en voyage.

On se prépare pendant 15 jours.

Et voilà comment...

Lunéville...

Message aux rapatriés.

Le centre d'accueil de la Croix-Rouge vous attend sur le quai No 1.

Un verre de lait ? - Non, non, merci.

Les voyageurs pour Nancy, Bar-le-Duc, Châlons, Paris, ' quai numéro 3. '

Attention au départ.

Nous vous rappelons que les cinq derniers wagons sont réservés à l'armée allemande.

Attention au départ.

Vos papiers, s'il vous plaît.

Mes papiers ?

J'arrive de là-bas...

Vous savez bien qu'ils m'ont pas laissé de papiers.

Alors, si vous n'avez pas de papiers sur vous, je regrette.

Veuillez nous suivre.

Allez, venez...

Vous vous expliquerez au commissariat spécial de la gare.

Attention... Attention...

Quatrième étape. "Train direct pour Karlsruhe et Stuttgart."

Et c'est ainsi que je fus libéré...

Comme tout le monde, deux ans plus tard, le 17 mars 1945.

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