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...
La proie la plus facile.
Vous me dites que vous êtes poussé vers la proie la plus facile.
- Oui.
Comme par un grand vent.
Même si je le voulais, je ne pourrais m'y soustraire.
A qui avez-vous nui cette fois-ci?
La fille de mon frère. Pour ainsi dire, ma fille.
Je crois à chaque fois que c'est terminé,
tant je me dégoûte moi-même,
tant je me fais peur, aussi.
Mais ça recommence.
D'où vient cette peur?
C'est peut-être la délicatesse de son teint.
Quand on s'adresse à elle sans prévenir,
elle tourne la tête, puis elle pâlit.
C'est elle, pour ainsi dire, qui m'a donné l'idée.
Tout a commencé
quand j'ai vu ses chevilles si fines.
J'ai eu envie de la briser, cette enfant.
Et j'y suis parvenu.
Quel délicieux abîme!
Avant, ce n'étaient que des filles de rien,
ce n'était personne,
mais là...
Il n'y a pas de "filles de rien",
mais des femmes que vous avez choisies,
voulu posséder et détruire.
Personne n'est personne.
Penser cela, c'est nourrir le mal.
Avez-vous souvent commis ce péché avec votre nièce?
Oui. Souvent, très souvent.
Parfois plusieurs fois par jour.
Vous ne dites rien?
Je vous choque?
Venez-vous vous confesser ou mesurer dans mes réponses
l'ampleur de vos péchés?
Y a-t-il de la joie pour vous à le faire?
A votre prochaine venue,
confesserez-vous un péché encore plus grand?
Qu'est-ce qui pourrait être pire?
Ce n'est pas à moi d'en établir la hiérarchie.
Chaque pécheur commet des péchés à sa mesure.
Dieu, soyez-en sûr, les condamne tous.
Et vous, mon père?
Le mal ne vous fait pas peur?
Satan a du pouvoir, tout de même.
Satan n'a que le pouvoir que l'on veut bien lui donner.
C'est si simple que ça?
Oui. C'est si simple.
...
Pleurs de bébé.
En décembre 1595, la nuit de la Sainte-Ambroise,
un enfant fut trouvé aux portes du couvent des capucins, vers Madrid.
Il avait une tache de naissance qui ressemblait à une main
posée sur son épaule.
Certains frères, les plus craintifs, y virent l'empreinte du démon.
Mais frère Miguel, leur supérieur,
déclara que l'enfant était un cadeau de la Vierge.
Les frères décidèrent alors de l'élever en leur sein.
Ils le nommèrent Ambrosio.
Sous l'influence des frères, Ambrosio développa très jeune
une vive inclination pour l'étude des Saintes Ecritures.
Il n'eut d'autre ambition que d'être admis dans l'ordre.
A 18 ans, il prononça ses vœux.
Au fil du temps, Ambrosio devint un modèle de rigueur et de vertu,
forçant le respect mais aussi la crainte des autres frères.
Sa profonde ferveur et ses talents de prédicateur
Assurèrent sa réputation et celle de son couvent.
Nous sommes en retard.
On l'appelle "l'homme de Dieu"? Oui.
Il a ramené plus de pécheurs à la pénitence
que les prédicateurs de la région réunis.
Que fait-il? L'église est pleine.
Ne vous inquiétez pas. Il ne va pas tarder.
Donne-moi, Seigneur, un jugement droit
afin que je puisse assumer la tâche sacrée que Tu m'as confiée.
Je m'adresse à vous,
auguste Vierge, mère de Dieu,
reine incomparable.
Si du ciel vous voyez que je cherche autre chose
qu'à gagner les âmes qui vous sont si chères,
ôtez-moi maintenant la voix et la vie.
Mais, s'il vous plaît que je parle,
alors bénissez ma pauvre langue
et le cœur de ceux qui m'écoutent
afin que ma langue parle à leur cœur
et y allume le feu de la vérité.
Vierge Marie,
puissante reine, obtenez de l'Esprit saint
qu'il éclaire mon entendement.
Faites qu'il donne de la force à mes paroles
et de la puissance à ma voix.
Il n'y a entre l'enfer et le pécheur impénitent
que la distance d'une légère respiration,
d'un souffle,
pas davantage. Vous êtes suspendus
au-dessus de la bouche de l'enfer, retenus par un fil.
Ce fil, c'est votre vie.
J'en entends qui disent: "Le mal est trop puissant.
"Je suis trop faible, je ne peux y résister."
Pitoyable prétexte!
Oui, le Malin est puissant.
Oui, il est dangereux.
Mais seulement pour ceux qui se complaisent dans leur faiblesse.
N'épargnez donc aucune peine pour élever votre âme vers Dieu.
Écoutez Son appel quand Il vous dit: "Revenez à moi,
"repentants de vos égarements.
"Convertissez-vous à moi
"et je vous donnerai ma gloire et ma grâce.
"Et le paradis."
Alors, qu'en dis-tu? Ma tante, vous aviez raison.
Sa foi est si vivante.
J'avais l'impression de voyager dans mon propre cœur.
J'en ai la tête qui tourne.
Ma tante, je ne me sens pas très bien.
Je vous en prie, laissez-moi faire.
...
Je vous remercie, monsieur.
Permettez-moi de me présenter: Lorenzo de Medina.
De la famille de Medinaceli?
Et vous?
A qui ai-je l'honneur? - Je me nomme
Leonella Dalfa,
et voici ma nièce,
Antonia.
J'ai hâte de retrouver maman et de tout lui raconter.
Ma tante, rentrons vite. Vous partez déjà?
Ma mère est souffrante. Je n'aime pas la laisser seule.
Merci encore pour votre aide.
J'espère vous revoir bientôt, mesdames.
Nous aussi, monsieur.
...
Ambrosio, mon fils...
Frère Andrés m'a fait le récit de ton prêche.
Tes paroles semblent avoir encore gagné en force.
Vous avez mal?
Mon enveloppe charnelle me lâche petit à petit.
Peut-être n'était-ce qu'un mauvais hiver.
Tout rentrera dans l'ordre.
L'ordre est déjà là, Ambrosio, même si tu as du mal à t'y résoudre.
Mon père?
Depuis quelque temps je fais un rêve dont je ne sais que penser.
Veux-tu me le raconter?
Cela se passe ici, au couvent.
Je suis sur le toit de l'église,
dans un état de grande agitation.
Il vient d'arriver un malheur
et je ne sais pas comment y faire face.
J'entends le cri d'un rapace.
Un cri perçant et effrayant.
Je m'approche du bord du toit.
J'aperçois une jeune fille priant en plein soleil.
Je m'approche d'elle.
Elle ne se retourne pas.
Je ne vois pas son visage, mais je sens que je la connais.
Je tends la main...
mais je n'arrive pas à la toucher.
Je n'y arrive pas.
Peut-être est-ce la Vierge qui t'est apparue.
Elle est à la fois proche et inatteignable.
Mais tu as dû y penser toi-même.
Je sens que cette explication ne te satisfait pas.
Ton esprit est plus aiguisé que le mien.
Il va falloir que tu trouves toi-même la signification de ce rêve.
...
Mon nom est Imanol Estevez.
Nous venons de Burgos.
Mon filleul, Valerio,
souhaiterait être admis comme novice au sein de votre couvent.
Un incendie a ravagé la maison de ses parents.
Il a eu la chance et le malheur de survivre.
Il n'a plus de lèvres, plus de nez,
et sa peau tombe en lambeaux.
Il porte ce masque pour protéger sa peau meurtrie de la lumière.
Il ne peut l'enlever que dans l'obscurité, pour manger et dormir.
Est-ce son souhait ou le vôtre qu'il entre ici?
Le mien.
Je souhaite me détacher du monde pour me rapprocher de Dieu.
Sa requête est touchante et son destin tragique.
Mais nous nous destinons à la prédication.
Son état lui interdit de le faire.
De plus il ne pourra ni dormir dans les dortoirs,
ni participer aux repas en communauté.
Cela est contraire aux règles de l'ordre.
Je ne pense pas que sa place soit ici.
Vous avez raison, frère Iago.
Mais nous allons l'accepter. Puis-je savoir pourquoi?
Nos novices, pour la plupart, sont comme vous:
Bien portants et de familles aisées.
Ce n'est pas son cas et cela fait peur.
Plutôt que de rejeter sa différence,
nous devrions l'accueillir avec joie.
Son expérience de la souffrance sera salutaire à tous.
C'est un peu à l'écart, mais tu y seras plus tranquille.
...
Tu n'auras pas peur, tout seul?
Non.
Tu souffres beaucoup? Je mets une pommade qui me soulage.
S'il te plaît, parle-moi de frère Ambrosio.
Les novices ont le droit de lui parler?
Oui.
Mais il y a des moments où il ne faut pas le déranger.
Quels moments?
Lorsqu'il est dans sa roseraie.
Viens. D'ici on peut la voir.
Il s'en occupe depuis qu'il est petit.
Elle lui est réservée.
Je pensais que les frères partageaient tout.
La roseraie est une exception.
Il s'y retire lorsqu'il a ses maux de tête.
A-t-il souvent ces maux de tête?
Oui.
Il paraît qu'ils sont terribles.
Pas assez pour l'abattre.
Avec lui, nous n'aurons rien à craindre.
Que veux-tu dire?
Que devrions-nous craindre?
Le mal.
Satan.
Les cloches sonnent.
...
...
J'espère être confessée par frère Ambrosio.
Je voudrais tellement le voir de près.
Derrière quel rideau crois-tu qu'il se trouve?
Sœur Agnes.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Bénissez-moi, mon père, car j'ai péché.
Ouvrez votre cœur à notre Seigneur Jésus-Christ.
Mon père, je suis parfois distraite dans mes prières.
De quelle manière?
Il arrive que mes pensées vagabondent vers ma vie d'avant.
Vers ma famille.
Il n'y a pas de mal à penser à sa famille.
Offrez ces pensées à Dieu.
Qu'elles fassent partie de votre prière.
Oui, mon père.
Y a-t-il autre chose?
Non, mon père.
Êtes-vous sûre?
Oui.
Alors prions ensemble.
MON DIEU, JE REGRETTE DE VOUS AVOIR OFFENSE.
VOUS ÊTES INFINIMENT BON ET LE PÈCHE VOUS DÉPLAIT.
JE PRENDS LA FERME RÉSOLUTION, AVEC LE SECOURS DE VOTRE GRÂCE
DE NE PLUS VOUS OFFENSER ET DE FAIRE PÉNITENCE.
Je vous pardonne,
au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.
Sœur Agnes, quel est cet embarras?
Pourquoi cachiez-vous ce pli?
Donnez-le-moi.
"Cristobal, mon amour, mon seigneur et mon maître..."
Pauvre créature.
Ainsi votre réserve n'était que dissimulation.
Je vous en conjure, rendez-moi ma lettre.
Je ne peux le faire.
Je la remettrai à votre mère supérieure.
Je vous en supplie ne dites rien à l'abbesse.
J'ai cru pouvoir vous en parler.
J'implore votre miséricorde.
Ayez pitié de ma jeunesse.
Ayez pitié de la faiblesse d'une femme.
J'ai peur des punitions.
Ce n'est pas la punition qui devrait vous tourmenter,
mais l'offense que vous avez faite à Dieu.
Seule la sévérité peut guérir
la profonde blessure que vous avez faite à votre âme.
Au lieu de chercher à l'éviter,
vous devriez la souhaiter de tout votre cœur.
...
Une femme chante en espagnol.
...
Jeune, je l'ai adorée, cette chanson, puis je l'ai détestée.
C'est vrai qu'elle était jolie.
Un gentilhomme souhaiterait vous parler.
Don Lorenzo de Medina.
Antonia, le connais-tu?
Oui, mère.
Nous l'avons rencontré l'autre jour à l'église.
Puisqu'il est là, je vais le recevoir.
Y es-tu hostile? Non, mère.
- Monsieur?
Pardonnez-moi de rester assise.
Ma santé déclinante m'interdit de me lever.
Madame, j'ai eu l'honneur de rencontrer votre fille à l'église.
Depuis cette rencontre, son souvenir ne me quitte plus.
Je sollicite auprès de vous la permission de la revoir.
Si je pouvais lui inspirer les mêmes sentiments que je ressens pour elle,
je ne souhaiterais rien de moins que de recevoir sa main à l'autel.
Don Lorenzo, vous êtes jeune et ardent.
Mais comparez notre demeure à votre palais.
Vous êtes riche et d'une famille distinguée.
Antonia n'a ni biens, ni titres.
Une telle union est irréalisable.
Jamais votre famille ne l'approuvera.
Mes parents sont morts.
Seul mon oncle pourrait s'y opposer, et quand bien même...
Je suis maître de mes choix.
Mon mari était noble, comme vous.
La famille de las Cisternas. Il était aussi
plein d'illusions, comme vous.
Il croyait que l'amour est plus fort que tout.
Il m'a épousée secrètement, moi, la fille d'un marchand de tissu,
et s'est aliéné toute sa famille.
Nous avons été obligés de fuir et de nous exiler à Caracas,
une ville malsaine au bord de la jungle.
Il a fini par me reprocher d'être la source de son malheur.
Il est mort là-bas,
dans le regret et l'amertume.
Je ne voudrais pas exposer Antonia aux mêmes souffrances.
Si votre mari était de la famille de las Cisternas,
alors Antonia en fait partie, elle aussi.
Mon beau-père, le marquis, n'a jamais reconnu ce mariage.
Il a déshérité son fils. Antonia n'a aucun droit au titre.
J'irai voir mon oncle et je lui soumettrai ma demande.
Mais avant d'entreprendre ce voyage,
je voudrais revoir Antonia. M'y autorisez-vous?
Je vous autorise à la revoir.
Mais une seule fois.
Et en présence de Leonella.
- Je suis inquiet, Ambrosio.
Le danger est partout.
Le mal s'infiltre parfois de manière sournoise.
Dis-moi,
y a-t-il des cas de possession, dans la région?
Oui.
Un berger, dans un hameau non loin d'ici.
Il se passe quelque chose.
Je perçois des signes.
"Des signes"?
Quelque chose rôde autour du couvent.
...
- Mon père?
Pardonnez mon audace.
Ma grand-mère avait le don de calmer les douleurs.
J'en ai hérité.
Partez!
...
- "Cristobal, mon amour, mon seigneur et mon maître.
"Depuis notre dernière entrevue
"dans les jardins du couvent,"
"il se passe quelque chose dont je ne peux m'ouvrir à personne ici.
"La mère supérieure ne peut pas comprendre.
"Fuir est la seule solution.
"Je dois quitter cet enfer au plus vite.
"Oh, Cristobal,
"je me sens si seule avec mes pensées.
"Je me languis de vous.
"Je vous embrasse tendrement.
"Agnes."
Quelle est cette chose
que je ne peux comprendre?
Levez la tête. Regardez-moi.
Pensez-vous être plus habile
que d'autres pour dissimuler de si lourds secrets?
Comment avez-vous osé commettre ce péché ici?
Dans un sanctuaire de notre Seigneur?
Vous allez subir le supplice de la faim
et de la soif jusqu'à ce que vous rendiez votre âme.
Non!
Elle ne peut pas me laisser là. Elle nous aime et nous protège.
Et mon enfant?
Que deviendra mon enfant?
Cruel Ambrosio!
Pourquoi n'avez-vous eu aucune pitié?
...
Je ne vous ai pas remercié pour cette nuit.
Je tenais à le faire. Mon père...
Levez-vous.
Mon père, puis-je vous soumettre une question?
Je vous écoute.
Il est dit: "Celui qui ment tue son âme."
Je me demandais s'il existait des circonstances
où le mensonge était acceptable.
Vous êtes confronté à un tel cas de conscience?
Non.
Je me posais la question.
Vous pouvez mentir uniquement si la vérité pouvait mener
à un péché plus grave que le mensonge.
On peut donc cacher la vérité pour servir un but plus élevé?
Oui. Mais cela ne rend pas le mensonge louable.
Il faut le faire à regret.
Comment savoir si le but est suffisamment élevé?
Si vous ne savez pas, vous devez en parler à votre confesseur.
Merci, mon père.
...
Mon père...
Mon père!
Il est ici.
Il est ici.
Je l'ai vu.
...
Mère Sainte-Agathe?
Ma mère, j'ai peur pour mon enfant.
J'ai soif! Donnez-moi à boire.
Cœur sec!
N'aurez-vous pas de pitié? Brûlez! Brûlez en enfer!
...
Sanglots.
- Restez.
Valerio, qu'y a-t-il?
Je veux pas vous importuner
alors que vous pleurez encore le père Miguel.
Père Miguel est auprès de Dieu. Il n'y a pas de raison de pleurer.
Cessez de vous torturer.
Confiez-vous à moi.
Je ne peux pas.
J'ai peur que vous me détestiez pour ma faiblesse.
Que vous me chassiez du couvent.
Je ne vais pas vous chasser.
Parlez.
Mon père,
vous m'avez dit qu'on pouvait mentir pour servir un but plus élevé.
Je vous ai trompé.
Ce n'est pas pour me rapprocher de Dieu que je suis venu ici,
c'est pour être auprès de vous.
...
Il fallait que je vous dise la vérité.
Laissez-moi vous expliquer... Taisez-vous.
Allez dans votre cellule.
Dialoguez avec Dieu. Demain, vous partirez.
Vous aviez promis de ne pas me chasser.
J'ai fait cette promesse à Valerio. Valerio n'existe plus.
Valerio est toujours là. Je suis la même personne.
Je n'enlèverai plus jamais mon masque.
Voulez-vous que je trompe les autres frères?
Bien sûr que non. Alors obéissez.
Je vous en supplie. Vous avez entendu ma décision.
Je vous inclurai dans mes prières.
Je prierai pour le salut de votre âme.
Avant de quitter ces lieux, j'ai une dernière requête.
Je vous en prie, ne me la refusez pas.
Voudriez-vous m'offrir une rose que je pourrais emporter et chérir?
Je la porterai toujours sur moi.
S'il vous plaît.
Accordez-moi cette faveur.
...
Il n'y a pas d'espoir?
Allez prier pour notre frère.
Je resterai pour le veiller.
...
Puis-je le veiller avec vous?
...
Un miracle! Merci, mon Dieu!
- Quand vous étiez à Caracas, avez-vous vu
des indigènes, des Indios? Oui.
Est-il vrai qu'ils utilisent le poison d'une grenouille
pour tuer leurs ennemis? Oui.
Comment font-ils? Ils mettent la grenouille sur le feu.
La chaleur fait sécréter le poison, qui suinte sur le corps.
Les Indios le récupèrent pour y tremper leurs flèches.
C'est extraordinaire.
Pensez-vous qu'un homme comme moi
pourrait vous aimer comme vous l'entendez?
Je n'en doute pas, Lorenzo.
J'aime voir vos pensées sur votre visage.
On peut les lire avant que vous vous exprimiez.
Cela est un don du ciel.
Mais...
Mais il me faut encore un peu de temps.
Ne soyez pas déçu.
Allez voir votre oncle à Saragosse.
D'ici votre retour, j'y verrai plus clair.
Cher Lorenzo,
vous devrez être patient avec moi.
...
Préparez-la,
afin qu'elle ressemble à une digne fille de Dieu.
...
Je ne vois pas Valerio.
A-t-il quitté le couvent? Il est dans sa cellule.
Il dit qu'il est souffrant,
mais il refuse que je l'examine.
...
Valerio?
Mon père,
ne vous inquiétez pas de me voir encore ici.
Vos souhaits seront exaucés.
Nous serons bientôt séparés à jamais.
Le mal est en moi, maintenant.
J'ai aspiré le poison qui coulait dans vos veines.
Je vais chercher frère Andrés. Il doit vous guérir.
Voulez-vous qu'il découvre que je suis une femme?
Et il ne saura pas trouver de remède.
Y en a-t-il donc un?
Répondez-moi.
Oui, mon père.
Je connais un moyen, mais je ne veux l'employer.
Si je l'emploie et que je vis,
vous allez me demander de partir.
Je préfère mourir avec vous à mes côtés.
Employez ce remède,
et je vous autorise à rester.
Vous garderez votre masque.
...
Attendez-moi ici.
...
- Mon enfant...
Mon enfant.
Mon enfant est mort.
C'est vous qui l'avez tué.
Vous m'avez condamnée, sûr de votre vertu.
Et vous aussi avez été faible.
Vous aussi avez commis le péché de chair.
...
Que s'est-il passé l'autre nuit?
Qu'avez-vous fait après avoir aspiré le venin?
...
Vous trompez bien votre monde, mais pas moi.
Vous entretenez une relation avec Valerio.
Demain, à la réunion,
je dévoilerai votre hypocrisie à la communauté.
...
Maman?
Ma petite Antonia...
Je me sens très mal.
Mère!
Ai-je été une bonne mère pour toi, Antonia?
N'ai-je pas été avare de mes affections?
Je t'ai imposé cette vie loin de tout.
C'était la nôtre, mère.
J'ai vu des choses que beaucoup de filles
ne connaîtront jamais.
Oh oui, tu as raison. Quel cadeau je t'ai fait!
Ce retrait, cette tristesse,
ce dégoût de tout, cette affreuse solitude.
Je ne me suis jamais sentie seule dans ma vie.
Antonia, tu dois me promettre quelque chose.
Si Lorenzo obtient l'accord de sa famille,
épouse-le.
Ce qui est arrivé à ton père et moi n'est pas une fatalité.
Oui, mère, je vous le promets.
L'amour est un fardeau, un poison.
Il faudrait ne jamais aimer.
...
Qui êtes-vous?
Je m'appelle Antonia Dalfa.
Pardonnez-moi de vous importuner.
Mon père,
jusqu'à récemment, ma foi ne me distinguait pas des autres.
Elle était comme le sommeil, la faim,
le sang qui coule dans mes veines.
Je n'y entendais pas plus qu'une enfant de 10 ans.
Mais depuis que je vous ai entendu prêcher,
la parole du Christ m'emplit d'une force, d'une joie nouvelle.
Vos paroles m'ont fait comprendre que personne n'est voué au malheur.
Ma mère est malade, et je crois
que si elle vous entendait,
cela lui apporterait un réconfort sans pareil.
Vous trouverez les mots pour l'apaiser.
Expliquez à frère Andrés où vous demeurez.
Je rendrai visite à votre mère cet après-midi.
...
Voulez-vous que je vous soulage?
Non.
...
Madame, votre fille m'a prié de vous rendre visite.
L'ardeur de sa demande m'a touché.
Antonia pense qu'un tourment vous habite,
une amertume qu'elle est impuissante à chasser.
C'est une délicieuse enfant.
Si différente de moi.
De tout, elle considère le versant plus lumineux.
Elle éloigne d'elle avec tant de délicatesse ce qui lui déplaît.
Votre âme est en souffrance.
Vous redoutez les mêmes tourments pour votre fille.
Qu'est-il arrivé dans votre vie pour empêcher tout apaisement?
Je ne sais pas.
Madame...
vous devez vous libérer de ce poids.
Antonia en sera libérée aussi.
Mon père,
on dit que vous n'avez pas connu d'autre vie
que celle du monastère. Est-ce vrai?
Ne doit-on pas savoir de quoi l'on se détourne?
Vous l'avez fait, madame.
Le savoir vous a-t-il apaisée d'une quelconque façon?
Bien avant Antonia, j'ai eu un premier enfant.
Il s'appelait Mateo.
Il est mort par ma faute.
Quand j'ai été obligée de fuir Madrid, il était chez ma sœur.
Je n'ai pas osé aller le chercher, craignant pour ma propre vie.
Je ne pensais pas que le vieux marquis allait s'en prendre à lui.
Il a ordonné à ses hommes de le tuer.
Comment ai-je pu le laisser?
N'aurais-je pas dû être prête à mourir pour lui?
Madame, vous étiez jeune.
Et si vous étiez morte,
vous n'auriez pu donner naissance à Antonia.
Il n'y a que cela qui compte aujourd'hui.
Soyez fière d'être sa mère et de lui avoir donné naissance.
Soyez fière de cette enfant dont la foi est hors du commun.
...
Votre mère a apaisé sa conscience.
Mon père, je ne sais comment vous remercier.
Vous pouvez prier pour le salut de mon âme.
Moi?
Oui.
Jésus et Marie.
Que ces noms sont grands, puissants et terribles.
Jésus et Marie.
Noms dignes de tout honneur et de tout respect.
Noms vénérés au ciel par les saints,
redoutés en enfer par les démons et les damnés,
qui en les entendant prononcés sont saisis de terreur.
Oh, puissante reine, nous nous jetons à vos pieds
et vous offrons les armes qui serviront à engager le combat
contre l'ennemi du salut.
Voici donc que je vous offre en premier lieu
cette couronne d'épines.
Je la mets sur mon front par amour pour vous,
en vous suppliant de faire pénétrer ces épines dans ma tête,
de telle sorte que je ne pense qu'à mon Dieu,
ainsi qu'à votre bon plaisir et au Sien.
...
Frère Andrés, dites-moi la vérité.
Mon prêche était-il moins convaincant que d'habitude?
- Certainement pas. C'est le plus beau prêche que vous ayez fait.
...
Mon père?
Comment va votre mère?
Elle va mieux.
Je sens qu'une ombre l'a quittée.
Je suis tellement heureuse.
Cette nuit, j'ai fait un rêve merveilleux.
J'avançais sur un chemin de terre,
ma mère m'accompagnait,
et aussi un homme que je ne connaissais pas,
mais qui, trois pas devant, semblait nous guider.
Il marchait devant nous,
se retournait parfois pour nous regarder.
Parfois il allait parler, mais n'osait pas.
Cela nous amusait, toutes deux.
Et il ne nous en voulait pas.
Mon père, pensez-vous que les rêves peuvent avoir un sens?
Je ne l'ai pas toujours pensé, mais aujourd'hui je le crois.
La signification de certaines choses nous échappe pendant longtemps,
jusqu'à ce qu'un jour, tout s'éclaire.
Oui.
Mon père, puis-je vous demander une faveur?
Pouvez-vous me réciter le sixième psaume?
Quand j'étais petite, à Caracas,
mon père me le récitait souvent, le soir, avant de m'endormir.
Je ne sais pourquoi,
mais j'ai envie de l'entendre à nouveau.
"Je suis à bout de forces,
"mes os sont brisés,
"mon âme est bouleversée.
"Reviens, et délivre mon âme.
"Sauve-moi, en raison de Ton amour."
Poursuivez, je vous en prie.
"Je songe à Toi sur ma couche,
"mon âme se presse contre Toi,
"Ta droite me sert de soutien."
Continuez.
"Protégez-moi des ouvriers du mal.
"Voici qu'ils guettent mon âme.
"Ils reviennent au soir,
"rôdent par la ville.
"Tant qu'ils n'ont pas leur soûl, ils grondent.
"Tu me tires du gouffre tumultueux,
"de la vase du bourbier."
"Et moi, je chanterai Ta force,
"j'acclamerai Ton amour au matin.
"O ma force, pour Toi, je jouerai.
"Oui, c'est Toi ma citadelle,
"le Dieu de mon amour."
Que faites-vous?
Antonia...
Partez.
Ne reviens plus jamais.
...
Promettez-moi que nous serons heureux ensemble.
Je vous le promets.
...
N'est-ce pas ce que vous voulez? Non.
Ce n'est pas moi que vous désirez.
Parlez-moi.
Confiez-vous à moi.
Son image ne me quitte plus.
J'ai besoin d'être auprès d'elle.
Alors laissez-moi vous aider.
Quand vous m'avez accompagnée au cimetière...
Je vis le démon trembler devant moi.
Je le vis obéir à mes ordres.
Je peux à nouveau invoquer son aide.
Accompagnez-moi cette nuit au cimetière,
et Antonia sera à vous.
Je ne peux accepter votre aide.
Savez-vous qu'elle en aime un autre?
Un jeune homme d'un mérite distingué.
Il va l'installer dans son palais,
et alors il sera trop tard.
Comment savez-vous qu'elle en aime un autre?
Comment le savez-vous?
Je le sais.
...
Avec ce myrte, les portes s'ouvriront devant vous.
Vous aurez accès à la chambre d'Antonia.
Faites-lui sentir le parfum de cette fleur dans son sommeil.
Agissez la nuit prochaine, pendant la procession de la Sainte Vierge.
Personne ne fera attention à vous.
...
Mateo...
Quelqu'un chante au-dehors.
...
Elle hurle.
...
- Frère Ambrosio,
Le saint tribunal ne tolère pas l'obstination marquée par ce silence.
- J'accuse frère Ambrosio d'être une subtile machine
que le démon a imaginée contre l'Eglise catholique.
Je l'accuse d'avoir entraîné dans l'hérésie un novice à sa charge,
d'avoir commis les pires crimes imaginables,
d'avoir profané un lieu sacré.
Nous vous déclarons hérétique et impénitent,
et vous laissons au bras séculier de la justice
afin qu'elle vous condamne aux peines prévues à cet effet.
...
- Tu es condamné au bûcher.
Viens.
Quelqu'un veut te rencontrer.
...
Satan n'a que le pouvoir qu'on veut bien lui donner.
Rejoins-moi, Ambrosio.
Nous ne sommes pas si différents.
Qu'est devenue Antonia?
Elle a sombré dans la folie.
Elle ne reconnaît plus personne.
Tu n'as pas fait les choses à moitié.
Oublie Antonia.
Cède-moi ton âme, reconnais mon pouvoir,
et je t'offre l'éternité à mes côtés.
Je vous céderai mon âme
si vous sauvez Antonia de la folie.
Ambrosio, pense à toi maintenant.
Je t'offre le paradis à mes côtés.
Je veux qu'elle puisse être heureuse.
Très bien.
Si c'est ce que tu veux.
Dis-moi que tu acceptes de me céder ton âme
et d'abandonner tous tes droits au salut.
Je vous cède mon âme
et j'abandonne tous mes droits au salut.
Je ne reconnais de pouvoir que le vôtre.
Je renie mon Créateur,
ainsi que Son Fils
et la Vierge Marie.
"Je suis à bout de force.
"Mes os sont brisés.
"Mon âme est bouleversée.
"Je songe à Toi sur ma couche.
"Mon âme se presse contre Toi.
"Ta droite me sert de soutien.
"Reviens.
"Protège-moi."
Sous-titrage: Eclair Vidéo
[FRENCH] NN1
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