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Yoruba
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Musique m�lancolique
---
-Excusez-moi. Pardon.
---
Pardon.
---
Excusez-moi. Merci.
---
-ON A GAGNE, ON A GAGNE.
-Excusez-moi ?
Excusez-moi ?
De la part d'Hortense.
---
*-Oh merde. T'es s�re qu'il est mort ?
-Ah bah l�, oui, il est compl�tement d�c�d�.
D�sol�e, Hortense.
*-En m�me temps, �a fait 4 jours que ma voisine est pas pass�e.
-Pourquoi ?
*-Elle s'est barr�e � la campagne, comme tout le monde.
-Je fais au moins le tour des plantes ?
*-D�sol�e, t'es venue pour rien.
-Et �a va, toi ? Pas de sympt�mes suppl�mentaires ?
*-Non, c'est comme une grippe. Je prends que du parac�tamol.
Les courbatures m'emp�chent de dormir.
Je dois prendre mes repas � part, je sors pas de ma chambre.
On se lave tous les mains 15 fois par jour.
Mais c'est grand, chez mon fr�re.
Pour une fois que t'es � Paris, �a fait chier d'�tre coinc�e ici.
Attends, je te laisse, y a Machin qui parle.
*-Nous sommes un peuple joyeux, heureux de vivre ensemble,
peut-�tre m�me encore un peu plus
quand la peur gagne les esprits.
jeudi soir, vendredi et encore ce matin,
je suis sorti, et chacun a pu faire cette exp�rience.
Nous avons vu trop de gens
dans les caf�s, les restaurants.
car c'est la France que nous aimons,
mais pour quelques semaines,
ce n'est pas ce que nous devons faire.
En lien avec le pr�sident,
j'ai donc d�cid�
jusqu'� nouvel ordre
la fermeture, � compter de ce soir minuit,
des lieux recevant du public non indispensables � la vie du pays.
Hu�es
Il s'agit notamment des restaurants,
caf�s, cin�mas, discoth�ques.
Les lieux de culte resteront ouverts.
Une porte s'ouvre.
-Ca va ?
-Ton p�re tousse, il pense qu'il a de la fi�vre.
-Merde.
C'est dans sa t�te.
-Attends !
-Vous avez pris sa temp�rature ?
-Euh, non.
-Achetez un thermom�tre.
Ca va vraiment mal ?
-Oui, il tousse, il frissonne.
J'h�site � te laisser rentrer, c'est peut-�tre pas prudent.
-Ben, je sais pas...
-Mais si tu veux, on peut sortir d�ner.
-Non, reste avec lui. Mais il est o�, il se cache ? Papa ?
-Oui, reste pas l�, c'est dangereux.
-Mais n'importe quoi.
-Je peux m�me pas t'embrasser.
C'est b�te, j'avais fait du poulet.
-Mais je vais pas partir � la seconde. C'est absurde.
-Y a encore des trains � cette heure-ci ?
-Hortense, rebonsoir.
Je suis emmerd�e, mon p�re est malade
et ma m�re veut pas que je dorme chez eux.
Je suis en route pour chez toi, c'est le seul endroit o� dormir.
Rappelle-moi si �a te pose un probl�me.
Je t'embrasse. Et prends soin de toi.
Musique douce
---
Je viens r�cup�rer mon appareil photo.
Je suis Sam.
-Hortense m'a rien dit. Enfin, peut-�tre.
Ah si, pardon. Elle m'a dit.
-Tu nettoies ton t�l�phone ?
C'est un nid � microbes. T'as plus qu'� reprendre ta douche.
-Il est o�, cet appareil ?
-Dans le meuble � c�t� du lit,
ou � l'autre bout de la pi�ce, sous un... truc.
-Prends le temps de te s�cher, je peux attendre.
Ou revenir dans 10 minutes.
-Je serai plus l�, j'ai un train.
-D'accord. J'entre pas, t'inqui�te pas.
Je suis pas sp�cialement flipp�, mais si �a se trouve je l'ai.
Je l'ai.
-Oui, trop bien, c'est lui.
Prends soin de toi, fais ce qu'il faut.
On serre les fesses et puis haut les coeurs.
Vibreur
---
Vers, genre, 15h.
Vous vous en doutez, c'est le branle-bas de combat.
-Je serai dans le train. Je reste pas � Paris.
*-Mon planning change toutes les 5 minutes.
On dit aujourd'hui, 15h ?
Elle retire ses chaussures.
Avant tout, je souhaite entrer dans votre cabinet.
*-On travaille beaucoup. On court pas apr�s ceux qui font du perso.
Et surtout, la cl�, c'est de rester vous-m�me.
Vous avez les yeux clairs ?
-Pardon ?
Bleus. Pourquoi ?
*-Parce que je vois pas bien. Pardon, hein.
On peut plus rien dire. Les hommes savent plus comment se comporter.
Ils se sentent coupables � chaque tournant.
Beaucoup de femmes compatissent. Enfin,
plus qu'on ne le croie.
Et vous,
vous en pensez quoi ?
-Je me m�fie plus des d�rives que des discours.
Et chaque discours a ses d�rives.
*-Oui.
Vous avez de l'autorit�,
*-Vous avez une tr�s belle voix.
-Merci.
*-Je plaisante pas, �a compte.
Hurlement �touff�
Soupir
*Radio
*-1200 cas, 21 d�c�s de plus en 24h.
Il va falloir d�sormais se confiner chez soi.
Mais de nombreux Parisiens ont fait leurs valises
pour passer cette crise au vert dans leur maison de campagne.
*-Mon avis est partag�.
Je comprends ce r�flexe et cette crainte.
Je comprends ce besoin de remplir ses placards.
Je comprends de se dire "Le voisin le fait..."
-Comment il va ?
*-Il a mal dormi mais il tousse plus.
-C'est rassurant, �a.
*-J'ai achet� un thermom�tre. Il a quand m�me 37,4.
-37,4, c'est pas de la fi�vre.
Y en a pas un pour rattraper l'autre.
*-Alors du coup, tu veux venir d�ner ?
-Non, d�sol�e, je peux pas.
Je dois �tre � Montpellier cette nuit. Sinon, je serai bloqu�e.
*-Tu fais attention. Tu vas mettre un masque ?
-Ca sert � rien. T'inqui�te.
*-Du coup, t'es pas all�e voter ?
-Pfff ! Parlons pas de cette mascarade.
*-Mais �a va, toi ?
-Oui, �a va, pourquoi ?
*-T'as l'air press�e.
-Bah oui, j'ai un train.
*-T'as ta voix �nigmatique,
comme si t'avais une arri�re-pens�e.
Pourquoi est-ce qu'il m'aurait appel�e ?
*-Je peux dire quelque chose ? Sois pas trop dure avec lui.
Je trouve qu'il a raison d'envisager l'adoption.
OK, il y a le r�chauffement climatique,
t'as beaucoup de travail, mais � 29 ans,
je trouve �a triste...
-Ca te regarde pas. Il faut que je file.
Tonalit�
Musique intrigante
---
on aurait pu avoir pr�s de 100 000 personnes
� admettre en r�animation, en h�pital.
En France, il y a actuellement 5000 lits
permettant de traiter des patients avec ces sympt�mes.
M�me en doublant la capacit�,
on aurait trait� 10% des personnes n�cessitant une r�animation.
Autrement dit, �a pouvait amener � 90 000 morts
dans les semaines qui arrivent.
---
-Mademoiselle.
Faites la queue.
---
(-Putain.)
---
Utilisez des mouchoirs � usage unique puis jetez-les.
Saluez sans serrer la main.
-Ca va, tu survis ?
Je suis d�sol�, n'aie pas peur.
-J'ai pas peur.
-Tiens.
T'en veux ?
-T'en as trouv� ?
-Non, c'est mon dernier flacon.
-Oui.
Dis donc, je me disais...
C'est chelou de choisir ses fringues quand on sort 5 minutes.
Je parle pas de coquetterie,
mais le regard des autres, qui �tait pas si important,
mais l�, qui l'est vraiment moins...
Comme si le but �tait juste d'�tre bien avec soi-m�me.
Je pourrais arr�ter de me couper les ongles pendant un mois,
sans m'en apercevoir.
Y a un petit laisser-aller qui nous pend au nez.
-Ca d�pend si tu vis seul ou pas.
Enfin, quoique.
-T'avais pas un train ?
-Oui, mais non.
-Et tu vis chez Hortense.
-J'habite � Montpellier.
Et Hortense, �a va ?
-Elle morfle, c'est pas termin�.
*L'annonce continue.
Mais qu'est-ce qui se passe ?
Ca va se finir en tickets de rationnement ?
-Si c'est le cas, j'ai d�j� choisi mon camp.
Tra�ner un homme pareil dans la boue...
-T'es de ce genre-l� ?
Laissez-nous au moins �a.
-Si �a, �a fait pas plaisir...
Tu dois nettoyer tes courses.
Les emballages.
Le virus reste 24 heures sur du carton.
Des chercheurs disent 3 jours, d'autres 8 jours.
Sinon, �a va bien. J'y pense vraiment jamais.
-Ouais.
*-Bonjour, V�ra, c'est Ma�tre Olivet.
Malheureusement, nous ne travaillerons pas ensemble.
et il est rare de rencontrer une jeune femme
avec autant d'esprit et de...
Bon courage � vous, et au plaisir.
-Bonjour, cher voisin. Comment allez-vous ?
-Des pi�ces vont commencer � �tre communiqu�es,
et on va r�ajuster la strat�gie judiciaire.
Mais on n'a pas encore de pi�ces concernant votre licenciement.
Musique douce
Vous avez des droits.
*-C'est l'avocate.
Pardon, c'est mon mari,
il est remuant de nature et le contexte arrange rien.
V�ra pouffe.
Je dis que t'es remuant. Tu m'autorises ?
Enfants au loin
Je suis d�sol�e.
Il me fait des grimaces, et apr�s il me traite de gamine.
Il est pas possible.
-Et... Vous �tes s�par�s depuis longtemps ?
*-Ca d�pend de votre d�finition. 13 ans.
Donc oui, longtemps.
-Vous avez 2 enfants. Vous vous entendez bien ?
*-Non, avec mon fils, c'est pas toujours facile.
Mais on se voit peu, il habite � Belfort.
En revanche, avec ma fille, on s'entend g�nialement.
Elle est g�niale.
Le probl�me, c'est son mari. Je peux pas l'encadrer.
Il est insupportable.
Sa pr�sence, sa voix.
Je cherche, je lui trouve aucune qualit�.
-Votre lettre de licenciement date du 4 f�vrier.
---
-Excuse-moi, je voulais te demander ton num�ro, j'ai pas os�.
Ca pourrait �tre bien de continuer la conversation.
D'autant qu'on a que �a � foutre, de t�l�phoner.
On pourrait continuer de se parler,
faire connaissance au t�l�phone.
Que tu sois ici ou � Montpellier, c'est du t�l�phone, c'est pareil.
Mais t'aurais pu demander � Hortense.
T'�tais g�n� ?
-Elle passe ses journ�es au lit,
c'est pas bien de la faire chier avec �a.
-L�, on se voit, non ?
-Oui.
Bon apr�s, �a peut �tre un concept aussi, c'est vrai.
Piano au loin
Pas mal !
Je me mets o� ?
Faut respecter les distances sanitaires.
Je te propose une moiti� de moi.
2 fois moins de chance de te contaminer.
Alors, attends, je te propose...
J'expose uniquement ma narine gauche.
-Sinon, on peut descendre se promener 5 minutes.
Je sais pas, en restant � un m�tre l'un de l'autre
et en �vitant de se cracher dessus ?
Musique m�lancolique
Il travaillait sur l'extension d'un th��tre.
-Ah, tr�s chic.
---
Et �a fait longtemps que vous vous �tes pas vu ?
-Ouais, longtemps. Enfin, pas longtemps, 2 semaines,
mais il y bosse souvent, �a fait un an qu'on se voit peu.
Enfin, disons, pas assez.
---
-Vous habitez ensemble ? Ouais ?
-Et tu fais quoi ? Tu bosses de chez toi ?
Tu faisais quoi ? Tu fais quoi ?
-Je bosse l�, donc si tu veux...
C'est 7 jours sur 7, donc si tu fermes m�me une semaine,
-Ouais. Mais pas pour la vie.
Je veux ouvrir mon restau.
Ben d'ailleurs, m�me... Hmmm, non.
-Quoi ?
-J'ai pas encore sign�, je pr�f�re ne pas en parler.
-Je vais r�cup�rer un local avec un pote.
Financi�rement, c'est chaud.
Mais si on se d�merde bien, je pense qu'on va d�chirer.
-Trop bien.
T'es au ch�mage partiel, l� ?
-Je sais pas.
Pas encore, mais...
-Comment �a, tu sais pas ?
-Ca devrait pas tarder.
La v�rit�,
c'est qu'il y a eu des petits conflits
avec un gros con qui s'av�re �tre l'associ� de ma boss.
Il est con, mais il est con.
Enfin, bon.
J'ai �t� arr�t� par mon m�decin.
-Tu te sentais fragile ?
-Oui, enfin...
Rien de grave.
Un peu de stress, un peu de fatigue.
En cuisine, t'as pas le temps de voir venir.
-Tu dois �tre un peu sanguin, aussi.
-Un peu.
J'�tais cens� reprendre d�but avril, mais l�...
Tu t'es lav� les mains 4 milliards de fois ?
Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
On sait pas bien. Montre-moi ?
-Non, faut pas faire �a.
parce que c'est compl�tement con.
C'est pas prudent.
-T'as plus d'hygi�ne ou de morale ?
Hein ?
-Tiens, regarde. J'ai du gel sur moi.
Je te prends un peu la main, et je te file du gel.
C'est une affaire qui roule, non ?
Ca manque de pas se toucher.
Je parle pas d'ambigu�t�, mais juste...
de faire �a, quoi.
-C'est...
-Mais quoi ?
-Allez, �a suffit comme �a.
-Oui. Tiens.
Chose promise...
Pardon.
Je t'en ai pas mis, �a va ?
*-Vous �tes sur la messagerie d'Hortense Beloeil.
Laissez un message, je vous rappelle.
*Tonalit�
Toute l'action du gouvernement
doit �tre d�sormais tourn�e vers le combat contre l'�pid�mie.
De jour comme de nuit,
rien ne doit nous en divertir.
C'est pourquoi j'ai d�cid� que toutes les r�formes en cours
seraient suspendues,
� commencer par celle des retraites.
Mercredi, en Conseil des ministres,
sera pr�sent� un projet de loi permettant de r�pondre � l'urgence
et lorsque n�cessaire, de l�gif�rer par ordonnances
dans les domaines relevant de la gestion de crise.
Elle �teint.
*-J'en ai marre, moi.
mais vous d�couragez pas.
c'est ce qui favorise l'impunit�.
-Mais laissez-moi faire, calmez-vous.
*-Si ! Je me fais tout le temps engueuler !
Chez moi, dans l'immeuble, au travail !
A la sup�rette, soi-disant je parle trop pr�s !
Je suis pas malade, sinon, je ferais pas �a.
Qu'est-ce que c'est que cette vie de trouillards ?
vous irez pas au tribunal comme �a.
*-Le tribunal, c'est dans tr�s longtemps !
J'ai le temps de me calmer 50 fois.
Et de me refoutre en rogne, et de me calmer.
-Une bonne fois pour toutes, calmez-vous.
(-All� ?)
Je peux pas te parler, Mehdi.
*-T'es jamais joignable
et tu rappelles pas. Qu'est-ce qu'il y a ?
*-Quand je peux te rappeler ?
-Je t'ai pas tout dit. Je suis chez Hortense, l�.
-Pas �tre ensemble, on l'a d�j� assez exp�riment�.
*-Mais l�, je subis pas, je d�cide.
-Hortense a s�rement �t� contamin�e � Paris.
C'est con de rester chez elle.
-J'ai nettoy� et �a fait 10 jours qu'elle est partie.
Je te rappellerai.
Excusez-moi. Merde !
Cri
G�missement
Excusez-moi. Bon. On va reprendre calmement.
J'ai besoin
de me familiariser avec les faits.
L'employeur met en cause votre attitude.
Cri
Je vous rappelle.
Respirations fortes
---
Oh, putain !
---
Sonnette
Y a quelqu'un ?
---
Y a quelqu'un ?
---
...
Allez, putain !
Sam !
Sam !
Sam !
Sa m�re la pute.
...
Cri
---
*-Vous �tes sur la messagerie d'Hortense Beloeil.
Laissez un message, je vous rappelle.
-C'est V�ra. Ce serait long � expliquer
mais j'ai besoin du num�ro de Sam, ton ami qui... Putain !
Sam !
Pas rapides
---
-Putain.
-C'est pas le moment. Est-ce que je suis tr�s ouverte ?
Tu peux regarder ?
-Je fais le max, mais je vois rien.
Je peux pas aller aux urgences.
-Franchement, ils sont tranquilles en ce moment.
-Oui, pardon. T'as que ce d�sinfectant ?
Remets le torchon. Tu bouges pas, tu laisses la porte ouverte.
-OK. J'arrive, je g�re, t'inqui�te pas.
Pardon.
Pardon, d�sol�.
Ma m�re est tomb�e, y en a partout.
Je vais... Pardon, merci.
Alors, attends.
-Pardon. Je vais r�cup�rer.
J'ai vu que le virus reste quelques heures dans les poils, donc...
Demain, je fais la t�te et les sourcils.
-Attends, t'es s�rieux, l� ?
-Je suis pas m�decin, il faut ce qu'il faut.
Le pharmacien m'a expliqu�.
T'as de la chance, t'aurais pu avoir besoin d'un point.
Au cas o�, j'ai pris du fil et une aiguille
mais je crois pas m'en servir. Le fer � souder non plus.
Dommage, les innovations scientifiques, c'est � la mode.
Impeccable.
Ca tient nickel.
Hmmm.
Pas mal. Tu veux te voir ?
-Non, merci.
-Merci beaucoup, Sam.
Putain, je suis d�gueulasse.
Tu veux que je te fasse une tisane ?
-Ca va pas la t�te ? Pourquoi pas une roulade arri�re ?
Non, tu restes assise, tu te reposes.
-T'as tort. C'est super pour les bronches.
-Tu sais qu'on n'est pas malade ?
-Qu'est-ce que t'en sais ?
-On a d�conn� ?
-Non. Je sais pas. Non.
-Je vais te la faire, la tisane. Je peux ?
Oh !
-Au fait.
T'as couch� avec elle ?
-Je vais r�pondre. Et...
Oui, enfin, vite fait.
-Vite fait ?
Il balbutie et soupire.
-C'�tait il y a tr�s longtemps.
C'�tait un peu bizarre, c'�tait une amie de mes parents.
C'�tait ma premi�re fois.
J'avais un peu de retard � rattraper, enfin bref.
Et maintenant, on est amis.
-On s'est jamais crois�s.
J'habite Montpellier depuis 7 ans, mais je connais Hortense de la fac.
-Tu penses qu'elle te cachait ? Pour pas qu'il y ait d'ombre ?
-Ah non, c'est pas le genre.
Il verse l'eau.
On a aussi couch� ensemble.
-Mais non.
-C'�tait juste un soir, on �tait tr�s bourr�es.
C'est pas l'ivresse qui a d�clench� le truc,
on a plut�t eu besoin de boire pour assumer l'envie.
Apr�s, elle �tait hyper mal, elle se posait la question
de l'�ge, de l'emprise, parce que c'�tait mon ancienne prof.
-J'ai un peu chaud. Je peux ouvrir la fen�tre ?
(Quelle chaleur ici, putain.)
Oh !
C'est le paradis. Moi, je suis sur cour, c'est tout petit.
-Merci.
-Tu fais quoi de tes journ�es, sinon ?
-Pas grand-chose.
Je pensais lire plus, mais j'arrive � rien.
Si, j'arrive � me supporter.
Ca marche pas si mal, d'ailleurs.
Comme tout le monde est enferm�, tu loupes rien, il se passe rien.
Et toi ?
-Je dors mal. Mais...
-Tu bosses beaucoup ?
-Oui. Tu fais de la photo ?
-Pourquoi ? A cause de l'appareil photo ?
J'aime bien l'avoir toujours sur moi, au cas o�.
C'est Hortense la plus forte. Ce sont ses photos, l�.
-Ouais, je sais. J'adore.
-Tu vois, en bas � droite...
Le truc flou, l�...
Ca...
-Oui, je te jure, c'est vrai.
Bon.
T'as besoin de rien ?
D'ailleurs...
Tiens, pour les compresses et tout le reste. Merci.
-Tu rigoles ? Tu me paieras un verre quand tout �a sera termin�.
-Merci encore, vraiment.
-De rien. J'ai l'impression de t'avoir toujours connue comme �a.
-Franchement, bravo. Je reviendrai.
Ca va aller, s�re ?
-Oui, je suis s�re.
Ah, tiens, ton linge.
-Mon linge ? Merci.
Le virus reste moins sur le tissu.
Mais les scientifiques disent tout et son contraire.
Les tests sont fiables, mais les crit�res un peu foireux,
enfin, c'est pas vraiment "foireux",
mais un peu compliqu� � appliquer � notre quotidien.
La charge de virus projet�e par les malades est difficile �...
...
V�ra g�mit.
Elle respire fort.
---
Il g�mit.
Elle g�mit.
(-Ah, putain.)
C'est ballot, je remonte de la pharmacie.
Elle g�mit.
Arr�te, arr�te.
Il sort.
Dans quel monde on vit, putain !
Cri de joie
Je suis d�sol�.
Non, mais, je vais...
Ils g�missent.
Attends. Stop, stop, stop.
Il inspire profond�ment.
-Tu me fais trop d'effet, bouge plus.
Il g�mit et respire fort.
Il rit l�g�rement.
-Je rigole pas.
-Arr�te, c'est chiant.
-C'est comme toi, c'est dur de se retenir.
Il grogne.
-Ca va ?
(-Oui.)
-Moi aussi, c'est gentil de demander.
(-Ca avait l'air d'aller.)
-Avant, on avait peur du diable, maintenant, des microbes.
Je sais pas ce qui est plus con.
Je suis � ta merci, maintenant.
-Maintenant que ?
-Tu vas r�p�ter ce que je dis ?
-Jusqu'� la fin du confinement ?
Il rit.
Musique m�lancolique
---
-Au fait, t'as eu des nouvelles de ton p�re ?
-Oui, il dit qu'il a rien.
En fait, c'�tait rien.
-Il peut �tre porteur sain.
Asymptomatique, mais contagieux.
-Ah merde. Tu crois ?
---
Enfin, j'ai plus que mon p�re. Ma m�re est morte il y a 3 ans.
Enfin, c'est un p�re.
-C'est-�-dire ?
-Toujours un peu trop pr�s et trop loin en m�me temps.
Il �tait aussi en restauration. C'est un monde de mecs un peu...
un peu mec, mec.
Tu me donnes faim avec ton truc.
---
En 6 ans de relation, vous avez jamais voulu d'enfant ?
Pardon, �a te g�ne qu'on parle de lui ?
C'est d�gueulasse, ils sont p�rim�s.
-On n'est plus � �a pr�s.
En plus, non.
Je peux pas en avoir.
Ca marche pas.
-C'est lui ou c'est toi ?
-C'est moi.
Mais je suis pas absolutiste.
Je veux pas m'obstiner � faire un million de tests.
Je veux pas vouloir des enfants � tout prix.
-Quand j'avais, genre, 20 ans,
j'ai fait un stage dans un HP.
Juste un �t�, gr�ce � un ami de mes parents.
Et il y avait une jeune meuf,
qui se baladait avec une peluche.
Elle disait : "Ca te g�ne que je le nourrisse pendant qu'on parle ?"
Et l�, elle lui filait le sein,
en ayant des conversations rationnelles.
C'�tait tr�s dur de pas rigoler.
-Si je pouvais �viter d'en arriver l�...
-Je suis d�sol�. Te dire �a maintenant, apr�s...
Il soupire.
Petite sortie de route, pardon.
(-Je suis pas pr�te pour une histoire.)
(-Je sais.)
(Je crois comprendre.)
Il soupire.
(Je vais pas rester.)
(-C'est pas ce que je voulais dire.)
(Rester, tu peux.)
(Sauf si...)
Elle soupire l�g�rement.
(J'ai envie que tu restes.)
Musique triste
hommage aux soignants en premi�re ligne.
Ces cris d'encouragement, � 20h, depuis les balcons...
*-Non, elle est bien, cette femme.
Vous la connaissez personnellement ?
-Je sais qu'elle a aid� beaucoup de gens.
la r�paration que vous demandez � vos employeurs
fait partie d'une r�paration plus grande et plus longue.
*-Oui, je sais. On en a parl� un petit peu, mais...
Comme je me m�fie des psys se pose la question du traitement.
-Il faudra voir avec elle, c'est pas vraiment mon domaine.
Mais je suis heureuse que �a se passe bien.
Je suis press�e, je vous rappelle tr�s vite.
-Tu fumes ?
-J'ai arr�t� y a 3 semaines.
Il reste exactement 17 clopes dans ce paquet.
Ca m'aide � regarder ma r�sistance en face.
Faudrait que je les jette.
-T'as essay� l'hypnose ? Ou les ECT ?
-N'importe quoi.
-Attends, tiens, regarde. Je vais te faciliter la t�che.
-Non, je suis asthmatique. Je peux ?
-Vas-y, je regarde pas.
Elle g�mit.
-C'est fait.
Qu'est-ce que tu fais ?
Ah ben bravo. Franchement, c'est beau.
-C'est l'asthme qui te fait flipper ?
-C'est toi qui flippes plus que moi.
Elle rit et crie.
---
-Y'en a partout.
---
C'est quoi ?
-Non, on s'en fout.
On s'en fout.
-Oh, V�ra ! C'est moi, c'est Muriel. La soeur d'Hortense.
-Hortense m'a dit que tu serais peut-�tre encore l�.
-Alors, j'ai fait des provisions pour Hortense.
Avant que tout ne soit d�valis�.
C'est pour son retour. Du coup, profites-en aussi.
-Merci, c'est gentil.
-J'arrive de Meudon, j'ai mis 18 minutes montre en main.
C'est simple, y a personne.
-Attends un peu avant d'y toucher, c'est toujours plus prudent.
Ce que je fais, je lave mes l�gumes dans de l'eau vinaigr�e.
C'est impeccable.
Et faut pas h�siter sur le vinaigre, sinon, �a marche pas.
T'as de l'alcool pour les emballages?
-Oui, j'en ai.
-Tu dormais ?
-Euh... Oui et non, enfin...
En ce moment, �a va vite de prendre le jour pour la nuit.
-C'est pas tr�s structurant, comme vie.
Ils disent que �a va faciliter la transition �cologique.
Ca va surtout faire de la d�pression.
Sans compter ceux qui pourront plus payer leur loyer.
Moi, je suis tr�s d�prim�e.
D�j�, de base, je supporte pas d'�tre seule.
Alors je lis,
je regarde des s�ries,
mais est-ce que c'est vivre ?
Tu me diras : il vaut mieux �a que de mourir.
-Vous avez des nouvelles d'Hortense ?
Parce qu'elle me r�pond plus.
-Pas en r�animation, elle avait juste du mal � respirer,
elle avait tr�s mal.
Les m�decins sont rassurants, bien que surmen�s.
Quand y a plus de place,
on achemine des patients par avion militaire.
Mais Hortense devrait gu�rir la semaine prochaine.
Ca va d�j� mieux depuis qu'elle a �t� admise.
-Tant mieux.
-C'est juste dur d'�tre � 600 km sans pouvoir la voir.
C'est pour �a, je savais pas si t'�tais l�.
-Oui, je suis d�sol�e, du coup.
-Mais entre nous, je la pr�f�re � l'h�pital de Valence,
o� on sait ce qui se passe,
que confin�e chez mon fr�re dans sa ferme inchauffable.
Parce que mon fr�re, c'est quelque chose.
Elle t'en a parl� ?
La porte se ferme.
Bonjour Sainte-Anne, �a va.
Applaudissements
seront transf�r�s par TGV sanitaires.
Ces transferts soulagent des h�pitaux d�bord�s
mais les soignants submerg�s s'en aper�oivent � peine.
Comme ici au CHU de Strasbourg, un reportage d'Olivier Vogel.
*-Des intubations en cha�ne, c'est le quotidien d'Alexis
qui voit se succ�der les cas de coronavirus en r�animation.
*-On est, depuis maintenant 2 semaines, pleins.
On a ouvert des lits pour pouvoir accueillir davantage de patients.
A peine les patients sortent qu'on en attend d�j� des nouveaux.
*-Une situation qui impacte tout le CHU
et mobilise du personnel de soin intensif ou continu
oblig� de se former sur le tas.
*-Des �quipes qui n'ont pas l'habitude de �a
luttent et sont en souffrance, parce que...
*-...que nous traversons,
elle n'est pas li�e simplement � la mondialisation.
La grippe espagnole, le chol�ra, la peste
ont voyag� � des �poques o� il n'y avait pas la mondialisation
que nous connaissons aujourd'hui.
Mais � l'�vidence, il y a des questions de souverainet�
au sens le plus pur du terme.
Comment reste-t-on ma�tre de son propre destin ?
Et quand on voit que nous avons d�l�gu� � la Chine
une part de notre souverainet� sanitaire...
Eh oui, il y a un probl�me, un sujet.
Quand il n'y a plus de masques chinois, il y a p�nurie en France.
C'est une vraie probl�matique qu'il faut �videmment se poser.
Et l'apr�s-crise du coronavirus devrait �tre pens�e
en fonction de cette d�pendance trop forte � l'ext�rieur.
*-...des productions vitales
en m�dicaments, en masques, en respirateurs, etc.
Et donc, il faudra tirer toutes les le�ons...
-Je t'�crase pas ?
(-Non.)
*-...la constitution d'une commission d'enqu�te parlementaire
-Refais-le : "Vous, les mecs". C'est trop sexy.
-Vous, les mecs, vous avez...
Vous les mecs, vous avez un probl�me d'introspection.
-N'importe quoi. Pourquoi nous plus que vous ?
-Je croyais qu'on s'en foutait, de la nature.
-Ecoute-moi 2 secondes. C'est tout con.
Une fille, pour regarder son sexe, pour se voir dedans,
faut qu'elle se plie en deux,
pour esp�rer voir un truc incomplet.
Elle a besoin d'un miroir.
On est pr�par�es � ce que la vie soit myst�rieuse,
� ce que ce soit pas simple,
que �a fasse mal,
que les choses importantes soient cach�es ou en creux.
Nan mais vous, pardon...
Il vous suffit de vous lever, de baisser la t�te,
et de contempler fi�rement vos attributs.
Et vous pensez "C'est bon,
"je ma�trise."
M�me toi,
t'occupes le terrain, t'as envie de montrer que t'assures.
Je dis pas qu'il faut que tu changes.
C'est juste que vous, les mecs,
oui, vous les mecs,
vous avez du mal � vous regarder dedans.
Vous avez peur de votre trou du cul. Vous �tes pas habitu�s.
Il soupire.
-On peut m�me plus r�pondre.
-Ah mais si, r�ponds, vas-y.
Non, tu me fais pas �a.
C'est pire que tout, tu me maternalises.
Pardon.
-Te g�ne pas.
Musique douce
-All� ?
Mehdi, je sais pas si c'est bien de s'appeler.
C'est pour �a que je r�ponds pas. Je suis d�sol�e.
Ben, on s'�crit.
Ou on s'inqui�te, on accepte de s'inqui�ter un peu.
Oui, j'ai re�u ton mail,
mais j'ai pas pu r�pondre encore, j'ai besoin d'un peu de temps.
---
Elle chuchote.
---
(Viens. Tout va bien.)
(Tout va bien.)
(-J'arrive pas � dormir.)
Musique de vari�t�
V�ra rit.
On dirait une boum.
-C'est vrai.
Y a tr�s longtemps.
---
Ah, putain.
-Attention, �coute.
Oula, faut suivre, l�.
Musique entra�nante
-Saute.
-Je suis si lourde que �a ?
Attention, j'ai peur.
---
Yeah, whoohoo !
---
-Je tente un truc.
-Quoi ?
-On va essayer de d�coller.
Je promets rien. Oh putain, �a part !
Ca part, �a part... Ah putain !
Attention, aux abris !
Aux abris, attention !
Attention, V�ra.
Regarde.
Paf !
Il mime l'essoufflement.
Il mime un nettoyage.
J'ai r�cup�r� ma bite.
Chut.
On n'est pas � l'abri de se prendre des teubs dans la tronche.
Ouais, Constantin.
Tu m'as pas rappel�, je te rappelle.
Je voulais savoir si t'avais re�u mes calculs de rentabilit�
et si t'avais eu l'occasion d'en parler au banquier.
Je suppose qu'il manque encore des pi�ces pour le dossier.
Voil�. Rappelle-moi, qu'on r�gle tout �a. Je t'embrasse.
Hortense vient de me r�pondre.
Elle est encore � l'hosto, assomm�e, tr�s isol�e, mais �a va.
-Tu lui as dit que t'�tais l� ?
Piano au loin
---
-On avait dit qu'on courait, ce matin.
-Bonjour, madame Galibert. Ca va, vous vous en sortez ?
*-Je me suis inscrite par internet et j'ai envoy� mon attestation,
mais elle �tait pas assez droite, car j'ai pris une photo.
Je les ai appel�s et ils m'ont dit de la mettre droite
et j'ai essay�, mais c'�tait pas assez droit.
-D'accord.
*-J'�tais en train de faire un grand m�nage, l�.
-Oui, papa, c'est moi.
Je voulais savoir comment t'allais
et te demander si tu pouvais me d�panner ce mois-ci,
m�me pas grand-chose. Et je rembourserai.
J'esp�re que tu vas bien et je t'embrasse.
-Tu rigoles. C'est juste histoire de participer aux courses.
Constantin, c'est encore moi.
Toujours pour savoir si t'as pu parler � la banque.
Rappelle-moi quand tu peux. Je t'embrasse.
Oui, je vous �coute.
Votre employeur ne peut pas vous demander de d�missionner.
Oui, je comprends.
Si c'est plus simple pour vous � l'oral...
Mais les permanences syndicales sont ferm�es, l�.
D�tonateur
Je serais �tonn�e qu'elles soient ouvertes.
c'est leur envoyer un courrier recommand� pour les contrer.
Pas un mail, un courrier.
Oui.
Je vous envoie un mail dans la matin�e pour tout clarifier.
Au revoir, madame.
Je peux t'aider, Sam.
mais de quitter ton boulot la t�te haute.
T'as envie d'y retourner ?
-De quoi on parle ?
-D'aller voir un m�decin du travail qui certifierait ton inaptitude.
-Je sais pas d'o� tu sors �a, mais je suis pas inapte.
Ca va pas la t�te ?
-Le monde du travail, je connais par coeur.
9 personnes sur 10 mesurent pas ce qu'elles subissent.
Je le vois, j'ai un certain pif pour �a,
c'est les derni�res � le reconna�tre et � se plaindre.
T'es pas inapte,
mais tu gagnerais � obtenir un licenciement pour inaptitude
cons�cutive � du harc�lement.
Je veux enfler personne. Je m'entends bien avec ma boss.
C'est son associ� avec qui j'ai failli me battre.
Y a plus grave.
Le pire, �'aurait �t� de lui p�ter les dents.
Et encore, franchement.
et que je me d�brouille, c'est ton employeur qui doit
te trouver un emploi.
Ton m�decin t'a quand m�me arr�t� 3 semaines.
C'est pas rien. Y a aucune raison que tu te laisses faire.
Pour demander � ton p�re...
-Arr�te, putain ! T'es s�rieuse, l� ?
-T'es trop s�rieux. Qu'est-ce que t'as ?
-Rien, tout va bien.
Y a des choses que tu peux pas comprendre.
C'est rien. Ca va. Je sais combien on en chie...
-Quel rapport ? C'est parce que j'ai parl� de ton p�re ?
mais juste, viens.
-T'as l'autre qui me r�pond pas.
-Qui ?
-Constantin. Je sais pas s'il est malade, s'il est � Paris.
(Je sais pas ce qu'il se passe.)
-Vous �tes proches ?
-C'est mon futur associ�, donc quand m�me, oui.
Je veux plus t'�couter. Je te demande une putain de chose :
laisse-moi me d�merder.
Hm ?
-OK.
Il souffle l�g�rement.
-C'est d'un cul, comme aurait dit ma m�re.
C'est juste une id�e, le bonheur. Je pr�f�re la joie.
Y a pas plus beau que la joie.
Parce que �a dure pas.
-C'est �trange d'avoir chang� d'heure.
-Tu dis que tu me crois pas ?
Je l'ai, je te dis. Pardon.
-T'as la trouille, en fait, je vois.
-La trouille ? Je sais pas ce que c'est.
J'ai vu ma m�re morte, j'ai peur de rien.
-Tu poserais pas 5000 questions si tu l'avais.
-Je l'ai pas... Tu mens, je l'ai. 6 de pique.
-T'as pas bu quand je disais la v�rit�.
-J'avais pas compris.
-"Ca fait 2h qu'on joue, j'avais pas compris."
(-Putain.)
-Ouh lou lou. Allez.
Pas mal. Un deuxi�me.
Une vraie rasade, pas tes shots de Parisienne.
Je t'accompagne avec mon Ch�teauneuf-du-Pape 1802.
---
pour confondre un 6 de pique avec un 9 de pique.
Faut �tre vraiment teub�.
-T'es s�rieux ?
-Ca va.
-Arr�te, putain, je te jure, tu m'�nerves.
-C'est bon, c'est bon.
Arr�te. On en refait une derni�re.
-Non, on refait rien du tout.
On refait rien du tout ! Arr�te, tu me soules !
-Arr�te, putain.
Bruit sourd
-Le pauvre, il s'est p�t� le bras.
-Tu fais quoi ?
Arr�te. A�e !
V�ra respire fort.
Tu fais quoi ?
Cliquetis
Fermeture �clair
Il rel�che son souffle.
---
Il g�mit.
(Putain.)
---
(Putain.)
Il souffle.
(Putain.)
(Tu fais quoi ?)
Ah, putain, non !
Ah, putain.
-C'est l'arroseur arros�.
La justice, c'est mon m�tier.
Elle rit.
Ils ronflent.
---
-C'est violent.
-Faut s'activer, l�.
-J'arrive.
-Pardon.
-Ca m'�nerve.
-Tu le fais expr�s, ou quoi ?
-Bah oui, j'adore �a, ramasser les ordures.
-Tu vois bien que c'est rempli.
les chiffres montent.
Mais le nombre de malades admis � l'h�pital dans un �tat grave
n'a jamais �t� aussi bas.
C'est peut-�tre un effet du confinement.
*-Mais nous ne devons pas baisser la garde.
Regardons les chiffres en Italie.
Le pays qui reste le plus touch� avec 16 500 morts
a cru pendant quelques jours � une am�lioration
Inqui�tude au Royaume-Uni autour de la sant� de Boris Johnson,
le Premier ministre britannique.
Malade depuis 15 jours, il a �t� admis en soins intensifs,
son �tat de sant� s'�tant d�grad� au cours de la journ�e.
Il reste toutefois conscient.
-Excuse-moi, maman,
c'est pas que j'ai pas envie de te parler,
mais j'ai rien � raconter, alors c'est un peu �puisant.
On sait pas si �a va durer jusque juillet.
J'ai pas envie de penser aux hypoth�ses les plus sombres.
-Constantin, c'est encore moi. Essaye de me rappeler.
Dis-moi merde ou quelque chose, mais �a devient... Bon, voil�.
-Genre, il t'appelle.
Il soupire et jette son t�l�phone.
Piano au loin
---
(-Caresse-moi.)
Il grogne.
(Attends.)
Viens.
Il souffle.
Non, attends.
-Arr�te, putain.
-Quoi ?
T'y mets pas beaucoup du tien.
-Je suis comme toi, je suis pas une machine.
Il soupire.
-T'avais pas envie ?
-Mais si, mais c'est... Bon.
Pouce ? On souffle ? On respire ?
-Je sais pas comment tu fais pour rester calme.
-Je suis pas calme, c'est toi qui es tr�s agit�.
Il soupire.
-Je me demande si t'es pas perverse.
Elle pouffe.
Genre, passive-agressive.
Genre,
qui aime avoir le dernier mot, sans le montrer.
-T'as une fa�on d'�tre dans la sup�riorit�.
Non, je rigole pas, l�.
-Qui a insist� pour vivre cette histoire ?
-Tu rigoles, j'esp�re.
Voil�.
Tu me fais encore croire que tout vient de moi.
Tu kiffes le trouble que tu cr�es chez l'autre.
-C'est humain, non ?
-Tr�s humain. Ca s'appelle la perversit�.
-La perversit� serait de jouir de ta souffrance.
Tu souffres � ce point-l� ?
-Tu dis �a avec un petit sourire qui t'�chappe.
Je sais pas � quoi sert cette conversation.
-Je sais pas.
A faire le point, non ?
On baise bien,
mais on s'aime pas.
C'est la situation qu'on aime, non ?
Peut-�tre qu'� un moment, �a fait du bien de le dire, aussi.
Il soupire longuement.
Arr�te de sourire tout le temps, c'est vraiment...
On t'a un peu trop dit que t'�tais jolie.
Mais c'est faux, tout �a. Personne n'accepte jamais rien.
-Tu p�tes jamais un c�ble ?
T'es flippante, putain. Jamais, tu perds le contr�le ?
-C'est blessant d'avoir � prouver le contraire.
Wow.
T'es parfaite.
Tu es par-faite.
Change rien, jamais.
Parfaite.
Tu sais, quand tu fais semblant de jouir,
-Vas-y, tu vois, quand tu veux.
-Bah d�gage ! C'est ce que tu veux entendre ?
-Ce que je veux entendre ? Ecoute-moi bien, toi !
Je sais pas trop ce que t'essayes de combler avec moi,
mais te prends pas pour ma m�re. On se connait pas.
Je sais pas ce que tu fais, si c'est un jeu, pour toi.
Je m'en fous, de toute fa�on.
Je joue plus. Je suis pas bouche-trou.
-D�gage. Habille-toi.
D�gage ! Prends tes trucs et d�gage.
Vas-y, d�gage.
D�p�che-toi, putain !
Elle respire fort.
...
-Les modalit�s de la proc�dure, notamment,
s'il y aura une plainte contre cette coll�gue,
�a d�pend de pi�ces qu'aujourd'hui on n'a pas encore.
Donc...
Pour l'instant, on navigue un peu � vue.
On est face � une...
une sorte d'empilement d'hypoth�ses.
Et je sais pas si c'est utile de les �num�rer.
Euh...
Donc...
*-Ca va, madame ?
Madame, �a va ?
Excusez-moi, je crois que j'y arrive plus.
*-Vous aussi, vous �tes anxieuse ?
Vous savez...
Ce qui compte, c'est de croire aux choses.
Croire au lit, croire au matelas,
croire � nos mains, � nos poignets, chacun de nos doigts.
Ca demande beaucoup de force.
On n'a pas id�e.
Ca vous parle pas ?
(-Si. Justement.)
Piano au loin
---
On toque.
T'es venu chercher tes affaires ?
...
-Je sais que je peux m�me plus demander pardon.
-Qu'est-ce qui s'est pass� ?
Sam, c'est pas moi le probl�me.
(Qu'est-ce qui s'est pass� ?)
Il g�mit.
(-J'ai eu peur.)
(J'ai jamais autant flipp�.)
(C'est parce que)
(tout est au ralenti, dehors)
(qu'on a l'impression d'aller trop vite.)
(C'est �a qui fausse la donne.)
(-Mais quelle donne ?)
(Y a rien de faux entre nous, c'est m�me l'inverse.)
(-Ca me fait plus peur.)
M�me si on paie cher.
(J'ai tellement �t� emp�ch�, dans ma vie.)
(-Emp�ch� ?)
(De quoi ?)
(Qu'est-ce qui t'a emp�ch� ?)
Tu m'as pas dit comment �tait morte ta m�re.
(-D'un accident.)
(Elle roulait trop vite.)
(Elle avait la bougeotte.)
(Je tiens �a d'elle.)
(Elle �tait pas faite pour avoir un gosse.)
(Elle a pas vu venir la taille du truc.)
(Je comprends.)
(-Tu t'endors.)
(-Non.)
(-Si, tu t'endors.)
(Je t'aime.)
c'est un effondrement du commerce
plus grave encore que lors de la pr�c�dente crise en 2008-2009.
-T'as pas faim ?
*-...une baisse � 2 chiffres.
Les exportations d'Am�rique et d'Asie seront les plus touch�es.
Elles avaient d�j� �t� mises � mal par les tensions commerciales
qui avaient oppos� les Etats-Unis et la Chine.
Musique douce
---
(-Serre-moi.)
---
Plus fort.
---
(Plus fort.)
---
Elle n'a pas r�ussi � refaire ses stocks.
...dans son enqu�te "Masques, un mensonge d'Etat".
Putain, mais t'es br�lant.
---
-J'arrive...
Chut.
Il frissonne.
-Franchement, barre-toi.
Fais ta valise.
On est dans le m�me bain, je te laisse pas.
-Non, faut pas que tu restes l�.
Laisse-moi dormir sur le canap� ou rentrer chez moi.
-N'importe quoi.
-On est trop, l�.
-Je sais pas comment je suis arriv� ici.
Faut pas que ma boss sache tout �a.
Chut.
(-Faut pas que tu restes l�. Arr�te �a.)
Respiration sifflante
---
il faut des mesures in�galitaires, surtout pour les plus pauvres
qui sont indispensables.
Les gens en Seine-Saint-Denis, ils font pas du t�l�travail.
Toux
---
Tu respectes pas les distances, l�.
-Bah, Constantin.
-C'est pas le moment de penser � �a.
(T'inqui�te pas, il va te rappeler.)
(Tout est un peu fig�, l�.)
(T'as pr�venu ton p�re que t'�tais malade ?)
-Non.
(-Tu veux que je le fasse ?)
-Non, surtout pas.
(-Personne m'a jamais regard� comme toi.)
(-Tu dis �a parce que t'as de la fi�vre.)
(-Tu serais la derni�re personne sur Terre, j'aurais pas peur.)
(-Pas tant que �a.)
(-Dis-le.)
(-Je sais pas dire.)
(-Je t'entends quand m�me.)
...
*Tonalit�
*-Vous �tes sur la messagerie d'Hortense Beloeil.
Laissez un message, je vous rappelle.
---
-Sam ?
Sam, qu'est-ce que t'as, l� ?
Sam, ho, Sam !
Sam, r�veille-toi, ho !
Tu m'entends ?
R�veille-toi, r�veille-toi.
Putain, mais...
Sam !
Sir�ne
---
-Depuis l'appel, il bouge plus, il respire plus.
-Sam, vous m'entendez ?
Si vous m'entendez, serrez ma main.
-Ecartez-vous. J'ai besoin de renseignements.
-Il est inconscient.
Je regarde s'il respire.
-Il est asthmatique.
-Monsieur, il respire ?
-Vous avez ses papiers ?
Si vous pouviez me donner sa carte vitale,
ses papiers d'identit� ?
Allez. Son �ge ?
-OK, j'ai une respiration.
-OK, reprise de la respiration � 22h50.
-Il respire ?
-Reprise de la respiration : 22h50.
-C'est bon. Posez le sac. Mettez votre masque.
-On prend le sac dans l'ambulance.
Je prends le sac.
-Demain, appelez votre m�decin et restez enferm�e chez vous.
Elle renifle.
Bonjour, je voudrais des nouvelles d'un patient en r�animation.
Il s'appelle Sam Berthier.
Je suis pas de la famille, mais j'ai appel� le SAMU.
C'est moi qui ai appel�.
Non, je suis pas de la famille.
Est-ce que vous pourriez lui donner mon num�ro pour son r�veil ?
Normalement, il est sur la fiche de renseignements, mais bon.
Je suis d�sol�e, mais c'est vraiment important.
Vibreur
-Oui, maman.
Ca va ?
Salut, In�s.
J'esp�re que tout va bien pour toi et tes proches.
Est-ce que tu as les coordonn�es d'un ami d'Hortense, Sam Berthier ?
Rien � voir avec la fac, mais tu le connais s�rement.
Rappelle-moi d�s que tu peux.
*-Je vois pas.
-Sam Berthier, un grand roux.
Il bosse dans la restauration, "Chez Lulu".
*-Ca me dit rien du tout.
T'as essay� la soeur d'Hortense ?
-C'est V�ra. All� ?
-Je me d�place, je sais pas si c'est moi.
*-V�ra ?
-Vous avez les coordonn�es d'un ami d'Hortense qui s'appelle Sam ?
Ca vous dit quelque chose ? Longue histoire.
All� ?
Hortense est morte.
Hortense est morte cette nuit.
T'es l� ?
(-Oui.)
...
*-Cette boite vocale contient trop de messages.
Musique m�lancolique
---
-Bonjour, Muriel, c'est V�ra. Ca y est, j'ai tout nettoy�.
Faudra peut-�tre recommencer dans une semaine.
Pour les cl�s, le mieux, c'est que je vous les envoie par la poste.
Et merci encore pour le num�ro et l'adresse de Sam Berthier.
J'esp�re que vous tenez le coup.
C'�tait dur de pas �tre l� lundi.
Je vous embrasse et je vous serre dans mes bras.
---
...
Excusez-moi.
-Oui ?
Plus depuis 3 ans.
-3 ans ? Mais je croyais...
-Je l'adore, il est super dou�.
Mais �a devenait trop compliqu�.
Sa m�re venait tous les jours pour renouer.
Toujours en terrasse.
Il vous en a jamais parl� ? Bien d�glingue, elle aussi.
-De s'�tre barr�e. A cause de lui, d'apr�s lui.
D'avoir quitt� son p�re.
Elle est pas morte.
II dit �a � tout le monde.
S'il pouvait la tuer, il le ferait.
Il a 800 balles par mois du minist�re de la Sant�.
De temps en temps, il taxe son p�re.
-Pourquoi le minist�re de la Sant� ?
-Vous avez pas compris ?
Il est dingue, Sam.
Il fait des �pisodes schizophr�niques.
Il est en HP, il revient.
Il est adorable, mais d�s qu'il faut composer avec d'autres...
Il va mieux ?
Il est gu�ri ?
Du covid.
-D'apr�s l'h�pital, oui. Enfin, autant que je sache.
Sa messagerie est satur�e.
Il est peut-�tre en quarantaine quelque part.
-Je crois que je sais.
C'est pas bien dur � imaginer.
Il para�t que c'est chaud, la contagion dans les HP.
Au moins, il est immunis�.
Quoique, m�me �a, on sait pas grand-chose.
Comme pour les intubations.
Des m�decins commencent � dire qu'on aurait pas d� intuber autant.
-Vous savez dans quel HP il a ses habitudes ?
-Non, d�sol�e.
Vous prenez le train ?
Prenez soin de vous.
-Vous aussi.
-Ca va durer longtemps.
-De se reconstruire ?
-Surtout d'accepter ce qu'on a perdu.
Musique m�lancolique
---
-Oui, Mehdi. Je sais, j'arrive dans un quart d'heure.
Mon p�re est d�j� l� ?
OK.
Je suis d�sol�e, �a n'en finissait plus.
Attends 2 secondes.
Oh, merde.
Rien, je suis �nerv�e, ils ont report� les audiences.
Attends, j'ai un double appel. J'arrive.
Oui, Madame Camara ?
S'il consid�re que sa sant� n'est pas prot�g�e
et qu'il est dans une situation, on le voit beaucoup dans les m�dias,
malgr� l'all�gement des mesures et les vaccinations,
une situation dans laquelle sa sant� est en danger,
il a plusieurs choses � faire.
D'abord, exercer son droit de retrait.
Il doit pr�venir son employeur par �crit.
we just don't have the money.
Il peut aussi pr�venir l'inspection du travail.
-It's great to have amazing ideas, but you need to pay for it.
Les deux conversations continuent.
---
-Pardon, mais je suis en retard.
Je te comprends pas.
Il est � l'agonie, ce truc.
-Si tu l'avais jet� sans me le dire...
-Encore ?
Ca fait des semaines que c'est arriv�.
-C'�tait le bordel,
mais c'est bon pour le changement d'adresse.
Papa, t'es o� ?
Mouettes
OK, on descend.
-Il est o� ?
-Il m'a dit "Je suis l� dans une minute."
-Vas-y, on le pose.
Sauf qu'on s'est � peine vus, je bosse trop.
Il m'a pos� des �tag�res.
C'est hyper beau.
Il �tait encore plus content que moi.
Il est rest� 2 jours. Il aime pas �tre sans ma m�re.
Je sais pas ce qu'il fout, en plus, il met jamais le GPS.
Papa, tu fais quoi ?
OK.
Il a pas anticip� le sens interdit, il doit faire le tour.
-Mais encore ?
-C'est con, je sais pas comment te le dire.
J'ai...
J'ai rencontr� quelqu'un.
-C'est g�nial.
-Ah ouais.
Cachottier, quoi.
Elle est comment ? Elle est belle ?
D�cid�ment.
-Tu me dirais, si t'avais quelqu'un ?
-Oui, je te dirais.
Ou pas.
En ce moment, je suis seule.
Et c'est tr�s bien.
Je te retarde, l�. Vas-y. Je vais g�rer.
-Je suis contente qu'on y arrive.
-A quoi ?
-A �a.
J'ai cru qu'on se parlerait plus.
Au fait, t'es vaccin� ?
-Premi�re dose.
Elle souffle.
Papa, t'es o� ?
Musique triste
Comment �a, avenue Saint-Lazare ?
T'as pris � gauche au lieu de la droite.
Non, faut faire demi-tour.
Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
Faut que tu fasses demi-tour.
Oui.
---
All� ?
Oui, pardon, je...
Hein ? Oui, �a va.
Non, je t'assure, �a va.
Attends.
Je te vois.
Tu peux pas me rater.
Je suis l�, regarde.
---
Sous-titrage : Capucine Griot
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