All language subtitles for Belle Epoque 1992

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Original subtitles

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Pendant l'hiver 1930,

apr�s l'�chec du soul�vement

antimonarchique de Jaca,

un jeune soldat devenu d�serteur

erre � travers champs

et tente de vivre sa vie.

F�vrier 1931, quelque part en Espagne...

Halte !

Haut les mains !

J'�tais en train de...

D'o� viens-tu ?

De Madrid.

Tu vas o� ?

On r�pond au caporal !

- Tu vas o� ? - Je sais pas.

Pourquoi t'as d�sert� ?

- Vive Gal�n et Garc�a Hern�ndez ! - C'est un rebelle de Jaca.

Bouge pas !

Ses cris sont subversifs !

- Tu �tais en garnison � Jaca ? - Non, monsieur.

Alors, quoi ?

Je suis pour la R�publique !

C'est � n'y rien comprendre ! Un R�publicain qui a une Bible !

Attends !

- On le rel�che ? - Qui �a ?

Vous d�connez ?

- Et si la R�publique arrive ? - La Patrie, c'est la Patrie.

La patrie, c'est le gouvernement. Et je sens qu'il va changer.

Et alors ?

Plus t�t on servira le r�gime qui semble approcher,

mieux �a vaudra.

Nous autres, on doit respecter l'ordre �tabli. C'est le r�glement.

Mouais. Et lors de la r�volution de 1854,

le fondateur de la Garde Civile a �t� vir�

pour avoir d�fendu le r�gime contre les insurg�s.

Non et non !

La Garde Civile fait pas de politique, le chef l'a dit.

Et en avril, poisson d'avril !

Celui qui a invent� le tabac,

on aurait d� le pendre � un croc de boucherie

et le tirer par les pieds.

Sant� et R�publique. Donne.

Qu'allez-vous faire ?

Vous me rel�chez ?

Arr�tez !

Fais donc confiance � ton beau-p�re, merde !

Je finirai pas en cour martiale !

Tu finiras fusill�, si tu baisses pas ton arme !

Bon Dieu ! Monsieur Jean, je vais tirer !

Sur moi ? Sur le grand-p�re de tes gosses ?

Rel�chez-le et je tire !

T'as pas de couilles !

Qui �a ? Moi ?

Il a tir�, ce fils de pute !

Ne tirez pas !

Caporal, vous m'entendez ?

Monsieur Jean !

Je l'ai tu�.

Je l'ai tu� !

Et maintenant ?

Maintenant, je lui dis quoi � ma femme ?

Je veux mourir.

Je veux mourir !

Je vais me tuer.

Un homme qui �tait la bont� m�me !

Et tout �a sur un coup de t�te !

Je me suis emport�, c'est s�r !

Le r�glement, je l'emmerde !

Putain d'ordre public,

garde civile et Sainte Vierge de mes deux, je vous emmerde !

Bonsoir.

Dites...

- Ici, il y a des putes, non ? - C'est beaucoup dire : y en a une.

Mais elle est du tonnerre.

C'est combien

la nuit enti�re ?

L�, tu y vas fort.

Faut que tu parles avec Polonia.

L�-haut.

- Soixante-dix. - Je passe.

Quatre-vingts.

Je peux entrer ?

Quelle fichue manie de monter � l'�tage !

Je veux pas vous voir ici !

On m'a dit d'aller voir la Polonia.

Raconte, petit.

Combien �a co�te, toute une nuit ?

Pour les beaux gosses, 20 sous.

Mais tu peux aller au lit qu'� minuit pass�.

Pourquoi ?

Parce qu'il vient du monde jusqu'� cette heure-l�.

- Donne. - Quelle heure il est ?

- On joue ou quoi ? - J'arrive.

Il va �tre neuf heures. Tu as d�n� ?

Non.

Ben, en attendant, remonte-toi en mangeant du lapin.

Je ne permettrai pas que ma ni�ce rate un monsieur comme toi.

Assieds-toi, beau gosse.

Mais, o� tu vas ?

Faites-lui une place !

- Fait froid, hein ? - En hiver, c'est de saison.

C'est pas s�rieux. Le jeu, c'est sacr�. �a se respecte.

- Don Luis, une extr�me-onction. - Bon Dieu !

Une seconde...

- Et la partie ? - D�sol�, mais vous avez entendu...

En tant qu'huissier, dans ce cas, je dois accompagner Don Luis.

C'est pas croyable ! Vous, dans une maison close !

Tout juste. Ma place est l� o� l'on p�che. � pied d'�uvre.

- Pourquoi amener ce cul b�ni ? - C'est un pot de colle.

Qui est en train de clamser ?

Le buraliste. Sa mule lui a �clat� la t�te.

On est peu de chose, Manolo.

Je vais finir par croire que Dieu existe.

D�s que le cur� gagne,

la Providence lui envoie un viatique pour qu'il se d�file avec les gains.

Une extr�me-onction.

Peu importe ! Un viatique, une extr�me...

Lors du viatique, le mourant communie.

Dans l'extr�me-onction, on l'oint d'huiles.

Tiens.

D'abord, on arrose.

En voil� un qui s'y conna�t.

Il sait peut-�tre jouer � la belote.

Comme ci, comme �a.

Tant mieux pour nous. Allez.

Mange, et apr�s on joue.

Merde alors ! Et �a ?

- Qu'as-tu fait, fripouille ? - Rien, je vous jure.

J'ai d�sert�... J'�tais � Cuatro Vientos.

Ouvrez la valise, vous verrez.

La Bible de Cipriano de Valera ! Tu es protestant ?

Non, Monsieur. Agnostique.

C'est bon, mon gar�on. Allez.

Viens plut�t � la maison...

- que je t'enl�ve �a. - Toi, mon joli,

tu reviens aussit�t apr�s : la Encarna t'attend.

Je suis d�sol� pour le caporal.

La discipline, quelle vacherie.

Si on te la met en t�te,

tu tuerais ta propre m�re si besoin est.

- C'est ce qu'il disait. - Une sacr�e brute.

Il chantait bien, rendons-lui �a.

Le flamenco.

Eh oui, tel que tu me vois l�,

j'ai eu dans ma vie trois grandes frustrations.

- Je vois que tu te d�brouilles bien. - Moyen.

Trois frustrations qui m'ont empoisonn� la vie.

�a a l'air bon.

Au s�minaire, on disait que c'�tait divin.

Tu y �tais comme cuisinier ?

Quand on est boursier, on fait un peu le domestique, le larbin.

Et comme j'�tais dou� pour la cuisine...

Vous me parliez de vos frustrations.

La premi�re : ne pas �tre n� chez les infid�les.

Parce que bon, avec le bapt�me, tu es coul� pour la vie.

Pourquoi ?

Vous autres cur�s, vous dites bien

que le bapt�me marque l'�me de fa�on ind�l�bile.

J'ai pass� que six ans au s�minaire.

La seconde, c'est qu'� cause de mes pieds j'ai �t� r�form�.

J'ai pas pu d�serter. Bois, bois.

Plus t�t tu te d�barrasseras de l'uniforme, mieux �a vaudra.

Balance-le dans le feu.

Je ne peux pas.

�a te compromet.

Mais il n'est pas � moi. Je dois le rendre.

Une d�cision qui t'honore.

Et comment vas-tu le rendre ? Par la poste ?

Non. Quand la R�publique arrivera.

Et la troisi�me ?

Ah, oui. Un truc �pouvantable !

Voil� : comme je ne bande qu'avec ma femme,

je n'ai pas pu enfreindre

les liens du mariage.

Quel paradoxe, non ?

Comme je n'ai pas pu me rebeller contre l'�glise, ni l'arm�e,

ni le mariage, qui sont, avec les banques,

les institutions les plus r�actionnaires qui soient,

moi, l'infid�le, le rebelle,

et le libertin dans l'�me,

je m�ne la vie d'un bourgeois respectable.

Dis donc.

C'est la meilleure petite morue que j'ai mang�e de ma vie !

Entre, entre donc.

Il vaut mieux que tu dormes ici, il y a un po�le.

- Comme vous voudrez. - Et il remet �a !

Tutoie-moi, bon sang !

Allez, rajoute un peu de bois dans le po�le.

Ma femme.

Ma belle enquiquineuse...

Comment �a ? On va dormir ensemble ?

Si tu veux dormir seul, va dans une autre pi�ce.

Mais sache que cette maison est une vraie glaci�re.

En plus, comme �a,

tu lis et je m'endors plus vite.

Vous �tes pas p�d� ?

J'ai rien d'un p�d�.

Je t'ai d�j� dit que sauf avec ma femme

je suis totalement impuissant.

C'est peut-�tre d�

� mon �ge. L'insomnie, je veux dire.

Lis-moi donc un passage de la Bible.

L'Ancien ou le Nouveau Testament ?

Peu importe. C'est juste pour m'endormir.

Ouvre au hasard et lis, comme font les anglais.

"Car ce qui arrive aux fils de l'homme et aux b�tes

"est une seule et m�me chose.

"Les uns meurent tout comme les autres."

Bon sang, l'Eccl�siaste. On est bien tomb�.

"... tout comme les autres.

"Et tous poss�dent un m�me souffle.

"L'homme n'en a pas plus que la b�te, car tout est vanit�.

"Tout rejoint un m�me lieu.

"Tout est poussi�re et tout retourne � la poussi�re.

"Qui sait que l'esprit de l'homme monte vers les hauteurs

"et celui des b�tes descend vers la terre ?"

C'est l� o� le b�t blesse.

"Aussi, j'ai vu qu'il n'y a meilleure chose pour l'homme

"que de se r�jouir dans son travail, car c'est son lot.

"Car, qui l'emm�nera pour qu'il voie ce qui viendra apr�s lui ?"

- Bonjour, Don Manolo. - Bonjour, Palomo.

Que fait ici notre andouille de maire ?

Il attend la fanfare qui vient pour le carnaval.

Quel pays, Fernando ! Quel pays !

L'Espagne est � l'aube d'une �re nouvelle

et la mairie organise un carnaval !

Bonjour, Don Manolo.

Bonjour, Jesus�n.

Vraiment, Fernando, je regrette que tu partes.

�a devait bien arriver un jour.

Je voulais te dire

que j'ai pas seulement mang� comme un cur�

et eu � qui parler...

Bref, �a ne m'aurait pas d�rang� que tu restes.

Mais, maintenant, avec mes filles, �a change tout.

- Tu comprends ma situation ? - Mais oui, bordel !

Je sais pas... Comme je n'ai pas eu de gar�on,

ben, je t'avais pris en affection, quoi.

Moi aussi.

D�s que tu as une adresse, tu me l'envoies.

Sois tranquille.

Le voil� qui arrive.

- Le mien ou celui de tes filles ? - Je sais pas.

Tiens.

- Non, vraiment, j'en ai pas besoin. - Allez, allez.

C'est le train de Madrid.

Les voil� !

Bon, encore une fois :

Sant� et R�publique.

Bonne chance !

- Papa ! - Clara !

- Violeta ! - Papa, comment vas-tu ?

Papa !

Tu es beau comme le jour !

Vous, vous �tes vraiment belles !

Papa !

Luz, ma fille ! Un baiser !

Regarde-le, tout d�penaill�.

Ne le gronde pas.

Il pue l'anisette !

Bah ! C'est sa m�re tout crach�.

Prenez vos valises. On va � la maison.

- Qui est ce gar�on ? - Un ami.

Il part � Madrid. Au revoir, Fernando.

Allons-y ! La carriole est dehors.

Quelle mouche vous a piqu�es de venir comme �a ?

Tu sais pas ce qui se passe ?

Madrid est irrespirable : manifestations, fusillades...

Le journal arrive ici avec trois jours de retard.

Tiens, Violeta.

- Y en a encore ? - Non, tout y est.

Encore heureux ! Que de cochonneries, bonne m�re !

- D�j� r�par� ? - C'�tait bouch�, c'est tout.

Tu peux mettre cette robe de Maman.

D�j� fatigu�e de nettoyer ? Laisse les robes et aide-moi.

Je n'irai pas au bal.

Pourquoi ?

Je ne danse pas avec une fanfare.

Ici, les hommes sont des rustres.

Ils rentrent une charrue dans le bal et soul�vent les pav�s.

Papa nous a racont� �a.

- Quand on parle du pou... - Luz, va ouvrir.

Fait chier ! C'est toujours moi.

Tiens ! Le gars de la gare !

Oui.

J'ai rat� mon train.

- Manolo est l� ? - Non. Il revient bient�t.

Monte par l� !

C'�tait qui, Luz ?

Ce gar�on, qui vient chercher

Papa.

Bonjour.

Je ne veux pas d�ranger.

Tu nous d�ranges pas. Entre.

Comme demain c'est carnaval...

Il �tait � la gare avec Papa. Il a rat� son train.

Je suis all� au village.

Mais il n'y a pas d'auberge.

Comme j'ai s�journ� ici avec Manolo, je me suis dit :...

"Peut-�tre que..."

Non. J'�tais affect� � l'a�rodrome de Cuatro Vientos.

Gal�n et Garc�a Hern�ndez ont �t� fusill�s le 1 4

mais le soul�vement a �t� maintenu. � l'aube, la radio a dit :

"La R�publique a �t� proclam�e � Madrid. Sonnez la diane."

J'�tais clairon : je l'ai sonn�e.

- Joue-la ! - Ne les �coute pas. Continue.

Ils sont all�s voir � Madrid.

� Madrid, pas de gr�ve g�n�rale, rien !

Ram�n Franco qui devait bombarder le Palais Royal

ne l'a pas fait, car il a vu sur la place

des enfants jouer.

Quand t'es-tu enfui ?

Quand le gouvernement a envoy� l'arm�e.

D�s que j'ai vu nos chefs s'enfuir au Portugal en avion,

habill� en civil,

je suis parti en vitesse.

O� es-tu all� ?

J'ai pris le maquis.

J'ai err� dans le coin.

Tu mangeais quoi ?

Ce que je trouvais.

Surtout du chou, beaucoup de chou.

Des potagers, bien s�r. Et pour dormir ?

O� je pouvais. Souvent dans les �glises.

Je me cachais dans un coin, puis je m'allongeais sur un banc.

Je me chauffais aux cierges.

Tu allais o� ?

� La Corogne.

� La Corogne ?

Pour aller en Am�rique.

- Heureusement que tu as rencontr� Papa. - Joue.

Tu prends le clairon pour un saxophone ?

Tu vois pas qu'il mange ?

Non, �a me d�range pas.

Le r�veil ordinaire ou fleuri ?

... alors, j'ai dit � Unamuno :

"Non, Don Miguel, l� vous �tes dans l'erreur."

Tu sais bien qu'il avait son quant-�-soi.

Imagine dans quel �tat �a l'a mis !

J'imagine. �a fait combien de temps qu'il ne t'a pas �crit ?

C'est quoi, �a ?

�a, mon cher Luis, c'est ce foutu s�minariste

qui a rat� son train, par l'odeur du con de mes filles all�ch�.

Quelle brute tu fais !

- Magnifique ! - Et si gai !

- Tr�s joli ! - Quel souffle !

- Bonsoir ! - Bonsoir Papa. Regarde qui est l�.

Je sais.

- Tu as rat� ton train, je parie. - Ben, oui.

- Comment allez-vous ? - Pas aussi bien que vous.

Vous embellissez de jour en jour.

Et cette d�licieuse odeur ?

Ce gar�on, Fernando, cuisine merveilleusement.

�a, je le savais d�j�.

Sant� et R�publique, mon fils. Dieu merci, tu n'es pas parti.

C'est quoi ?

Du poulet basquaise.

Je suis d'abord all� au village

mais comme y a pas d'auberge...

Mouais... Tu aurais pu aller chez la Polonia...

Voyons, Papa. Lui, dans un antre pareil !

J'y ai pas pens�.

L�-bas il y a la Encarna, qui doit encore �tre � t'attendre...

Ici, Maman.

Vous �tes pr�ts ?

Un, deux...

D�cid�ment, c'est la nuit de la musique !

C'est l'instituteur !

Ce sont les petits matins que chantait le Roi David.

Aux jolies jeunes filles nous les leur chantons ainsi :

R�veille-toi, ma douce, r�veille-toi.

Regarde, il fait d�j� jour.

Les petits oiseaux chantent. La lune s'est couch�e.

Mon petit, elles s'en vont.

- Clara, attends ! - Oui ?

Ouvre-nous. �coute, je suis venu avec ma m�re.

� vrai dire, ce gar�on est de plus en plus cingl�.

Les instituteurs sont comme �a.

� force de voir des gosses, ils s'infantilisent.

Entrez. Comment allez-vous, Do�a Asun ?

Mal, ma fille. Imagine un peu.

La Garde Civile a commenc� � se suicider. Deux par deux !

Les temps sont durs pour les gens d'ordre !

Dis-donc, tu n'�tais pas en deuil ?

Le deuil, �a se porte dans le c�ur, Do�a Asun.

Je ne vous parle pas, vous le savez. Vive le Christ Roi !

Qu'il vive.

Comment pouvez-vous recevoir un cur� qui est la honte de l'�glise ?

Et ce jeune homme ?

Un cousin.

Beau gar�on.

- Nous en �tions o� ? - Le bracelet.

Tu l'as d�j� sorti ? Alors, donne-le-lui.

Non ! Selon l'�tiquette, d'abord tu dois parler.

Ah oui. Personnellement, j'aurais pr�f�r�

m'allier � une famille carliste, mais enfin,

mieux vaut des r�publicains que des s�ides

- des Bourbons. - Viens-en au fait.

Comme Juanito est fils unique,

et que je lui passe tous ses caprices...

Luz !

Je sais : la porte !

Don Manolo,

un petit verre.

D�s qu'il a appris l'arriv�e

de vos filles, il s'est lav� les pieds et m'a dit : "Maman,

"profitons de la fanfare : donnons une s�r�nade chez Manolo

et demandons-lui sa main."

La main de qui ?

Ben, de ma fianc�e.

Tu nous avais cach� �a.

Ben, y'avait rien � cacher.

Avec, on a demand� ma grand-m�re en mariage,

puis ma m�re, puis moi.

Tu lui as dit que je vivrais avec vous ?

Apr�s, Maman. Il te pla�t ?

Il est splendide.

Mais tu veux �pouser

ce type ?

Ben, je sais pas.

Mais enfin, quand avons-nous parl� mariage ?

- Je te l'ai �crit dans un po�me ! - Tu n'en veux pas ?

Merci, ma mignonne.

Rentrons. Avec qui seras-tu mieux qu'avec ta m�re ?

Maman, attends.

Ce n'est pas ma faute. C'est la luxure qui l'aveugle.

On a br�l� l'�glise !

Le sacristain est devenu fou, a mis le feu et vol� le tronc !

Putain de merde ! O� est mon b�ret ?

Quelle mouche l'a piqu� ?

L'exemple de ce cur� h�r�tique et franc-ma�on !

Faites pas chier, Madame.

Je ne voulais pas l'augmenter.

Et comme son nouveau dada, c'est l'anarchisme...

- Partons, Juanito. - O� �a ?

� l'�glise. Pour expier.

Dis-lui que nous sommes fianc�s !

Que nous sommes tomb�s amoureux en p�chant des �crevisses !

- Fais attention � la marche cass�e. - Oui, j'ai vu.

Tu seras bien ici, tu verras.

Ils sont en feuilles de ma�s. Moelleux, tu verras.

Passe-moi les draps.

Tu as vu un peu ce nigaud ?

Alors, y a rien entre vous ?

Rien. De l'amiti�.

Bon, l'�t� dernier, on a un peu flirt�, c'est tout.

Je vois.

L'�t� ici, on s'amuse bien.

Si tu �tais venu en �t�, �a aurait �t� diff�rent.

Pourquoi ?

Nous, on vient tous les ans.

Vous faites quoi ?

Plein de choses...

On part en excursion, on fait des go�ters,

on se baigne dans la rivi�re.

Vous p�chez des �crevisses...

N'aie pas l'esprit mal tourn�.

Y a rien eu entre nous.

C'est le plus riche du village, alors il nous croit folles de lui.

La bassinoire.

Tu seras bien au chaud, tu verras.

Que veux-tu au petit-d�jeuner ?

- C'est moi qui le pr�pare. - Ah oui, c'est vrai.

Parce que nous, comme cuisini�res... Papa a d� te dire.

Oui.

Que vas-tu faire ?

Qui, moi ?

Pour le petit-d�jeuner.

Vous aimez le pain frit ?

C'est ce qu'on pr�f�re.

Si je viens en �t�, on ira � la rivi�re ?

� la p�che aux �crevisses ?

Si tu veux.

Que fais-tu ? Tu es fou ?

Allez, bonsoir, � demain.

J'oubliais. Au cas o�... Pas besoin de descendre.

A�e ! La bassinoire !

Non, non.

Non, vraiment. Non, pas �a.

Non. �a suffit.

Roc�o ! Que se passe-t-il ?

Rien, Papa ! Je descends !

Continue.

Je lui ai dit qu'on passait l'�t� ici.

Qu'on s'amusait bien.

Il m'a demand� s'il pouvait venir cet �t�.

P�cher des �crevisses...

Arr�te ! Il peut pas juste se baigner ou quoi ?

Le pauvre !

Qui �a, Fernando ?

Non, Higinio.

Quel rapport avec ton mari ?

- Ben, c'est l� qu'Higinio s'est noy�. - Ah oui, c'est vrai !

- Chaque fois que j'y pense... - Eh bien, n'y pense plus !

Et en plus, sa paella �tait tellement r�ussie ce jour-l� !

�a, pour le riz, il �tait dou� !

Mijoter �tait son fort !...

C'est bien vrai !

Il aurait pu me faire un enfant au lieu d'une paella !

- Continue. - Bon, alors...

Comme je passais la bassinoire,

il en a profit� pour m'embrasser.

- Il �tait d�j� � poil ? - �coute un peu cette gamine !

Une gamine, moi ? Je suis peut-�tre vierge, mais pas idiote.

Luz, je t'en prie...

Il essaye de t'embrasser et toi tu t'enfuis !

En voil� une idiote ! Il est si mignon !

Mignon ou pas, tu te calmes !

Ou on aura un gros probl�me avec ce s�minariste !

"Les signataires se mettent � son service

"sans forme de parti, dans un souci d'unification,

"dans le but de susciter un tr�s vaste rassemblement

au service de la R�publique."

Qui sont les signataires ?

En t�te du manifeste, Ortega y Gasset,

Gregorio Mara��n et P�rez de Ayala.

Pas moins !

Unamuno n'en est pas ?

Je ne le vois pas. Peu importe.

Le Roi a accept� la d�mission de Berenguer

et a re�u Romanones.

Papa, on est de retour.

- Allons-y. - Au revoir, Don Luis.

Je suis curieux de voir ce que ce vaurien de Romanones va nous sortir.

Moi, si Unamuno n'a pas sign�...

- Bonjour. - Bonjour.

Il est p�nible, le cur�, avec son foutu Unamuno !

Il comprend pas qu'Unamuno est un po�te, pas un penseur.

Pardonne ton peuple, Seigneur.

Pardonne ton peuple.

Pardonne-lui, Seigneur.

- Papa. - Dis-moi, ma jolie.

- Tu me laisses aller au bal ? - Qui t'a dit que non ?

Tu vois bien !

Ne demeure pas en col�re �ternellement.

Pardonne-lui !

Trop grand pour moi.

- Que faites-vous ? - On choisit notre d�guisement.

Tu mets quoi, toi ?

Moi ? Rien. Je ne veux pas y aller.

Comment �a ? Vas-y et amuse-toi. Toi, tu peux...

Ben, je sais pas.

Mais je ne me d�guiserai pas.

Je crois que �a, �a t'ira � ravir.

- Les bretelles... - Non, arr�tez !

Laissez-moi, je vous dis !

Non !

Laissez-moi. J'y vais pas, j'ai trop honte.

- Tu es tr�s bien. - Ne sois pas gnangnan.

Non. Allez-y, vous ! J'irai tout � l'heure.

Tu es un vrai d�sastre !

Laisse-moi faire.

Fais comme �a.

Que tu es belle !

Faites place !

Faites place au b�b� nain !

Roc�o...

Tu es beau ! Tu es d�guis� en quoi ?

En rien. C'est l'uniforme carliste de mon grand-p�re.

- Il te va bien. - Je sais.

- Je ne veux pas danser. - Moi non plus.

Tiens, tes lettres.

Tu peux me dire ce que �a signifie ?

Tu l'entends ? Et hier soir, alors ?

Quoi ? C'est pas ma faute si ta m�re est maboule.

Respecte ma m�re !

Regarde !

Ici !

"Cher Juanito, j'ai re�u ton po�me. J'�tais si surprise !"

Sign� : Roc�o. Tu savais que je voulais t'�pouser !

Ma main, �a ne se demande pas comme 1 kg de viande !

J'ai raison, oui ou non ?

- Soit. Rends-moi le bracelet. - �a, pas question.

Comment �a ?

Viens ici, nigaud ! Tu n'es qu'un nigaud !

Ne sommes-nous pas fianc�s ?

- Moi, oui ! Toi, non ! - Mais si.

Mais il faut du temps, tu comprends pas ?

Apporte-nous deux limonades. On parlera apr�s.

- Des limonades ? - Oui, et bien fra�ches.

Parfois il me fait de la peine.

Tu le traites si mal !

Qu'y puis-je, si c'est une chiffe molle ?

�a, c'est bien vrai.

Avec Romanones comme ministre, je suis tranquille.

La R�publique, �a finira en eau de boudin.

Ben voyons.

Comme �a, tu restes maire et tu continues � pr�ter � 50 % d'int�r�t.

Mieux vaut que ce soit moi plut�t que ce sc�l�rat de sacristain.

- Il est pas bien, le nouveau cabinet ? - Si, tr�s, tr�s bien.

Tu parles d'un cabinet !

Ministre d'�tat : Romanones,

conseiller de la Banque Espagnole de Cr�dit.

Tu voulais des r�volutionnaires au pouvoir ?

Alcal� Zamora, un r�volutionnaire ?

Il va � la messe tous les jours ! Allons donc !

- Mince alors ! Tu ne les envies pas ? - Qui �a ?

Eux deux.

Ben oui, je les envie.

Les limonades.

Et je te pardonne.

- Allons danser. - Non, non.

Tu m'as pardonn�e, non ?

L'�glise condamne le tango.

- Sans blague ! - Si, si. Pie X l'a interdit.

- Il s'y conna�t en danses, le Pape ? - Il sait tout.

Il est infaillible.

Quelle honte !

- Qu'est-ce que t'as ? - Je danse plus, merde !

- T'es toute seule, ma poulette ? - Fous-moi la paix !

Regarde, ma jolie, pour t'ouvrir l'app�tit...

Attends, je perds ma chaussure.

Putain ! Tu as r�agi comme un vrai mec !

C'est que j'en suis un.

Putain !

Minute, petite.

Viens.

Monte.

- L� ? - Monte !

Et maintenant ?

� ton avis ?

Non !

Comme �a, mets la langue comme �a !

Et souffle !

Souffle, nom de Dieu !

Un cul b�ni, le cur� a raison ! Il voulait pas danser le tango !

L'influence de sa m�re !

Mais dis-moi : tu l'aimes ou pas ?

Ben, je crois que oui car cet idiot se fait aimer.

Mais, de l� � me plaire...

Pour se marier, il faut qu'il te plaise, non ?

En th�orie. Tu crois qu'Higinio me plaisait au d�but ?

Avec tous ces poils dans le nez ?

Et alors ?

Ben, je m'y suis faite peu � peu.

Et il me manque de plus en plus.

Normal, tu vois plus ses poils ! Ah, si Juanito mourait...

D�trompe-toi. Les femmes ne peuvent se passer d'un homme.

Surtout la nuit.

Je te le fais pas dire.

M�me pas Violeta !

Qu'est-ce que tu racontes ?

Jure-moi que tu ne le r�p�teras pas.

Je le jure. R�p�ter quoi ?

Violeta...

Bonjour, Fernando !

- Bonjour. Tu as vu Violeta ? - Non.

- Regarde. - C'est quoi ?

Un drap.

Devine ce qu'on va faire avec.

J'en sais rien.

- Ben, viens. Tu verras bien. - O� �a ?

- � l'atelier, �a va te plaire. - L'atelier ?

Celui de Papa. Il t'a pas dit qu'il est peintre ?

�a fait des ann�es que je n'entrais plus ici.

J'ai arr�t� le jour o� j'ai compris que la peinture, c'�tait fini.

� quoi bon peindre si tout a d�j� �t� fait en peinture ?

Et j'ai choisi le respect envers la toile.

Ma derni�re �uvre.

Maman dit que c'est un feignant.

Elle a peut-�tre raison, toute ignare qu'elle est.

Un Russe me l'a d�j� copi�e.

Malevitch, qu'il s'appelle.

Mais regarde la date.

Je l'ai fait un an avant.

Manolo, j'ai un truc

� te dire.

Et bien dis-le.

Ben, voil�...

- Je suis amoureux. - Je le savais !

C'est pas pour rien que je t'avais

demand� de partir.

Maintenant, au mieux, je gagne un gendre et je perds un ami.

Je serai toujours ton ami.

Ne sois pas na�f.

Qui est l'heureuse �lue ?

Roc�o, non ?

Non.

Violeta.

Violeta ?

Au village, ach�te-moi des allumettes.

T'as qu'� y aller toi-m�me, petite garce !

Qu'est-ce qu'elle a ?

Qu'est-ce que tu veux,

elle s'�tait fait des illusions !

- Non, je suis � jeun. - Bois, tu en auras besoin !

Car c'est comme dans les romans-feuilletons :

cet amour est impossible !

Pourquoi ?

Parce que Violeta...

Voyons voir...

Tu le lui as dit ?

Le lui dire ?

Que veux-tu que je lui dise

apr�s ce qui s'est pass� hier soir ?

Ne me dis pas que,...

qu'il y a eu copulation ?

Miracle !

C'est un miracle !

Violeta !

Violeta, ma fille, embrasse-moi !

- Embrasse-moi ! - Pourquoi ?

Embrasse-moi.

Et que le premier soit un gar�on !

J'en ai soup�

des femmes dans notre famille !

T'es con ou quoi ?

Pourquoi lui dire ?

Je ne pouvais pas lui faire �a.

Hier soir, �a veut rien dire !

Rien ! Hors de ma vue !

Ben, quoi ? Puisque je veux l'�pouser...

Malheureux, comment vas-tu �pouser un homme ?

Et alors ?

La salope !

Quel imb�cile !

Faut pas lui en vouloir.

C'est la faute de notre m�re.

Apr�s ma naissance, elle voulait un gar�on.

Elle a achet� toute la layette en bleu.

La manie du couple gar�on-fille !

Elle l'a habill�e en gar�on jusqu'� sa pubert� !

Mais, Manolo, enfin... ton p�re, il ne disait rien ?

� l'�poque, il �tait obs�d� par la peinture.

Je crois que le confessionnal a beaucoup marqu� Violeta.

- Vous �tiez pas ath�es, vous ? - Si.

On a fait notre premi�re communion, pour les robes.

Maman aimait nous faire belles !

Enfin, "beau" pour Violeta ! Elle a fait sa communion en costume marin !

Et le confessionnal ?

Comme Violeta se confessait du c�t� des hommes,

le cur� lui parlait de caresses impures, imagine un peu !

J'imagine, j'imagine !

Juanito et sa m�re...

Qu'y a-t-il ?

Il veut que j'essaye la robe de mari�e de sa m�re.

Faut peut-�tre la retoucher.

On n'y touche pas. Attention � ne pas la salir.

Ils vont se marier ?

Ben, Juanito est un bon parti.

Pr�pare-toi le sandwich...

je vais voir ce qu'ils font.

Ben, euh...

Merci beaucoup pour tout. Et donne la Bible � ton p�re.

De rien, voyons.

J'ai �t� mari�e par un �v�que, un oncle � moi.

Le pauvre est mort. Tu n'as pas un oncle �v�que ?

- Ou encore mieux, cardinal ? - Ben non.

- Juanito peut entrer ? - Non.

C'est le fianc�, voyons.

Quelle merveille, cette robe ! Elle te va si bien !

Elle est belle, hein ?

Elle n'a pas d'oncle �v�que !

Se faire marier par un cur�, �a fait pauvre !

L'important, c'est le sacrement. Hein, mon amour ?

Oui, mais un �v�que, �a vous pose plus qu'un cur�.

Elle sait pour la lune de miel ?

Maman dit

qu'on doit aller � Rome. Et toi ?

Elle sera ravie de voir le Pape et les catacombes.

- Je sais pas. - On peut aussi aller � Paris.

Pour le mariage, je pr�f�re attendre la R�publique.

Quand on sera en r�publique,

le divorce sera permis. On pourra divorcer.

Divorcer, mon fils ? Jamais ! Enl�ve la robe !

Rends-moi ma robe, femme indigne !

Avec plaisir ! Vous pouvez vous la foutre

au cul !

- Roc�o, je t'en prie... - Et le voile aussi !

Quelle grossi�ret� ! Je t'arracherai la langue !

Prends-la par les jambes !

T'en fais pas. Demain, �a ira mieux.

Va-t'en ! Je ne veux plus te voir !

Mais, j'ai rien fait, moi ! C'est elle !

Juanito ! Je vais te mettre au couvent !

Calmez-vous, Do�a Asun !

Ah, Fernando ! Que je suis malheureuse !

Ne pleure pas.

Toi au moins, tu es gentil !

La porte...

Laisse tomber la porte. Viens ici, canaille.

Esp�ce de petite canaille !

Ton pantalon...

Voil�, voil�...

- C'�tait quoi ? - Le vent. Continue, allez.

Et moi, comme une idiote, je lui fais son omelette.

Qu'y a-t-il ? �a t'a pas plu ?

Mais si, �videmment.

Mais comment je vais dire �a � ton p�re ?

Lui dire quoi ?

Que je suis amoureux de toi.

C'est pas ses oignons.

Si je ne dis rien, j'abuse de sa confiance.

Si tu le lui dis, tu abuses de la mienne.

Je ne comprends pas.

Et Juanito ?

Mais alors, c'est lui que tu aimes ?

C'est pas �a, mais...

O� vas-tu ?

� Madrid !

Tu as lu "La Montagne magique" ?

Dans ce livre, c'est tr�s bien expliqu�.

"O enchanteresse beaut� organique,

"compos�e non de peinture, ni de pierre,

"mais de mati�re vivante et corruptible !"

"Regarde les �paules et les hanches,

"et les seins fleuris de part et d'autre de la poitrine,

"et les c�tes align�es deux par deux,

"et le nombril dans la mollesse du ventre,

"et le sexe obscur entre les cuisses !"

"Laisse-moi sentir l'exhalation de tes pores

"et palper ton duvet,

"image humaine d'eau et d'albumine

"destin�e � l'anatomie du tombeau."

"Et laisse-moi mourir

"les l�vres coll�es aux tiennes !"

Ah, cette jeunesse !

Hue, Lucero !

Don Luis !

- O� vas-tu si vite ? - Je dois parler avec vous.

Que dois-je faire pour renier ?

Renier ? Renier quoi ?

La religion catholique ! Je paierai ce qu'il faut !

Un ren�gat, toi ? Tu viens de te signer !

Voil� ! Quoi d'autre ? Je vous crache dessus ?

Je chante l'hymne r�publicain ?

Si les cur�s savaient

la racl�e qui les attend, ils crieraient :

"Libert�, Libert� !"

Je ne supporte plus ma m�re !

Je veux �tre libre ! Libre !

�a, ta m�re, c'est un os !

Que se passe-t-il ?

Elle veut me mettre au couvent ! Et moi, je veux me marier !

�a me semble correct.

O� est le rapport avec renier ta foi ?

Ben, si je renie, ma m�re me r�pudie et j'�pouse Roc�o.

�videmment, vu sous cet angle...

Mais, apostasier, ce n'est pas une mince affaire, Juanito !

Et le v�u de chastet�, vous connaissez ?

Voyons, Juanito, fais pas chier !

Pardon.

Voyons, crois-tu � l'enfer ?

Moi, oui ! Mais pas elle !

Dites-moi ce que je dois faire. Et vous me donnez le certificat.

Quel certificat ?

Comme quoi j'en suis plus, de l'�glise !

Je le montre � Roc�o. Elle voit que ma m�re, c'est fini.

Elle me pardonne et m'�pouse.

�a doit �tre l'heure du repas. Parfait ! Allons-y.

Faut pas le faire dans la sacristie ?

Tais-toi et viens par ici.

Toi, aide-moi. Tiens le cheval.

- O� allons-nous ? - On va manger.

- Et le certificat ? - Je te le ferai oralement, bordel !

Bonjour !

Et voil� ! L'�glise et le Capital, toujours unis !

�coute ce que le cur� va te dire !

J'ai le devoir de te dire que cet homme a reni�

sa Sainte M�re l'�glise

et vient d'�tre excommuni�.

On mange quoi ?

Bon sang, du pot-au-feu !

C'est quoi, cette connerie ?

Explique-le-lui.

Excommuni� par amour pour toi. J'irai droit en enfer.

Ne me touche pas !

Va rejoindre ta m�re, la seule qui compte !

Tu comprends donc pas ? C'est pour �a que j'ai reni� !

Laisse-moi t'expliquer !

Que se passe-t-il ?

Juanito a montr� qu'il avait des couilles,

sauf votre respect, en apostasiant pour �chapper

- au joug maternel. - Ces carlistes ont de la classe !

Mais, c'est s�rieux ?

Il reste du bouillon ? Parce que sans bouillon...

Je vous l'apporte !

Je vais pas ratifier une �normit� pareille !

Mais �a revient au m�me car, d�s que sa m�re l'apprendra...

Elle le tue, c'est s�r !

�a, encore, passe ! Mais elle va le d�sh�riter !

Y a pas de quoi se moquer. Ce qu'il a fait, chapeau !

C'est tellement romanesque !

Ma m�re compte pour du beurre !

Z�ro ! On pourra passer la lune de miel � Paris !

- On vivra � Madrid ? - Tout ce que tu veux !

C'est vrai ?

Je refuse de passer ma vie dans ce bled !

Mais oui ! Et l'�t�, on ira � la mer � Saint-S�bastien !

Gros b�ta !

- Prends pas �a au tragique ! - Quoi ?

Je ne suis pas n�e d'hier !

Juanito, �a non. Non, �coute...

Allez, reste l� � te ronger les sangs !

Roc�o a bien le droit d'�pouser qui elle veut, non ?

- Elle ne l'aime pas ! - Tu te trompes.

Elle l'aime � sa fa�on, mais elle l'aime.

En plus, elle doit se caser. C'est pas comme Violeta.

Bien s�r que non !

Je voulais dire : comme Violeta est v�t�rinaire

aux Abattoirs, elle n'a besoin de personne.

Mais, Roc�o, sans �tudes, que peut-elle faire ?

�tre vendeuse toute sa vie ?

Je la croyais dactylo.

La pauvre ! Elle m'aide au magasin d'antiquit�s que m'a l�gu� mon mari.

Parce que mon mari...

Qu'as-tu fait ?

- Moi ? - Excuse-moi.

C'est moi qui t'ai amen�.

Non, pas moi. Ce sont mes pieds...

Oui, mes pieds...

Mon mari s'est noy� ici-m�me.

Ton mari ?

L'�t� dernier. On �tait venus pique-niquer.

J'ai insist� pour qu'il se baigne apr�s manger.

Il a d� avoir un malaise et...

C'est comme si je le voyais.

Il �tait l�, juste l�.

Et soudain, il a coul�.

Il ne refaisait pas surface...

Et moi qui croyais qu'il nageait sous l'eau !

Il m'a laiss�e toute seule ! Seule � jamais !

Enfin, tu as ton p�re,

tes s�urs...

Fernando, voyons !

Un mari, c'est un mari !

Oui, je comprends. Mais, tu peux encore bien

te remarier.

Si jeune...

Si bonne...

Si belle...

Clara, d�s le premier instant...

Non. Je suis une femme honn�te.

Je sais.

Tu es fou.

Je te consolerai.

Non, pas ici !

Mon Dieu ! Fernando !

Au secours !

Attends ! Mon Dieu, que faire ?

Une corde !

O� y a-t-il une corde ?

Je me noie !

Non, Fernando, pas toi !

Attrape-la !

Serre-la fort !

Attrape-la, je t'en prie !

Je suis d�sol�e !

Donne-moi la main ! Tiens bon !

Ah, mon Dieu ! Monte.

J'ai aval� plein d'eau.

Pardonne-moi. Embrasse-moi, mon tout beau...

C'est de ma faute. Tu vas mieux ? Dis-moi que oui.

Mais oui, je vais bien.

- Viens. - Non, pas pr�s de la rivi�re.

Ah, mon Dieu.

Oui, Fernando, oui...

Je ne sais pas ce qui m'arrive. Oui, oui...

- Bande de canailles ! - �a sort d'o� ?

�a circule � Madrid.

Le meilleur c'est la fin.

"Le triomphe monarchique devra donner

l'impression d'une vraie opinion publique."

- C'est quoi ? - Un c�ble du Ministre de l'Int�rieur.

Ils concoctent le trucage des �lections.

- Incroyable ! - Quel culot !

- Accompagne-les donc. - O� �a ?

- Au meeting. - �a va pas ! Je suis pas r�publicain !

Apostat, �a ?

Si c'�tait du flan, gare � toi !

Mais non ! J'y vais. J'irai o� il le faudra.

Attendez-moi ! Je vous accompagne !

Au revoir, Roc�o !

Attendez ! Ne partez pas !

Que s'est-il pass� ?

Fernando est tomb� � l'eau.

- � l'eau ? - O� �a ?

Ben, dans la rivi�re.

Pourquoi y �tes-vous all�s ?

Je sais pas. On se promenait. Il n'y �tait jamais all�.

- Le pauvre a attrap� froid. - Froid ? Une pneumonie, oui !

- Comment est-ce arriv� ? - Vous �tes p�nibles !

Il est tomb� � l'eau, et alors ?

Je vais au lit. J'ai des frissons.

Tu as une fi�vre de cheval ! S�che-toi et couche-toi !

- C'est ce que je dis. - Couvre-toi bien.

Il vaudrait pas mieux qu'il prenne d'abord un bain chaud ?

On appelle le m�decin ?

Du lait chaud au cognac et demain il sera sur pied.

- Y a pas de cognac. - Anisette, alors.

Je vais remplir la bassinoire.

- Plut�t des bouillottes. - Pour les pieds.

- Et des inhalations d'eucalyptus ? - Il doit transpirer.

Tu es tomb�e aussi ou quoi ?

T'es b�te. J'ai d� me salir en le sortant de la rivi�re.

Quelle co�ncidence : il est tomb� juste l� o� Higinio s'est noy�.

- Je n'en menais pas large. - Va chercher l'anisette.

Vous ne le croirez pas !

Il a eu le toupet de vouloir m'embrasser. J'ai d� le pousser.

Je sais pas ce qui m'a pris.

Entre le souvenir d'Higinio et Fernando qui m'embrassait...

je me suis sentie toute dr�le...

Lui qui voulait aller au meeting avec Papa !

C'est �a, prenez l'air innocent.

Vous m'avez fait sortir pour que j'entende pas.

B�casse, de quoi veux-tu qu'on parle ?

De Fernando, �videmment.

Si je l'apprends, vous verrez.

- �a va mieux ? - Une pneumonie, je vous dis.

Arr�te de geindre. Prends les aspirines et transpire.

D'abord les inhalations ?

Je lui mets les bouillottes.

Il a les pieds glac�s !

Il a encore le front br�lant. Assieds-toi.

Respire fort. Tu verras, �a va te soulager.

�a me rappelle que j'ai bu la tasse.

Le lait et les aspirines.

Qu'il transpire maintenant.

Rien. Toujours glac�s.

T'en fais pas. Il va se r�chauffer.

Merci beaucoup.

Vous �tes si bonnes.

Laissons-le se reposer.

- Remets-toi vite. - Couvre-toi.

- Sant� et R�publique ! - Sant� !

- � bas le clerg� ! - Je vais te foutre deux baffes !

Ce cur� ne me conna�t pas. Demain je br�le l'�glise, �a lui apprendra.

- � demain. - Comment �a "� demain" ?

Tu rentres chez toi, non ?

J'abjure, je vais � un meeting r�publicain,

je crie "A bas le clerg� !",

et maintenant je rentre chez moi,

je fais un bisou � ma maman et ma pri�re du soir ?

Pas question ! Je reste ici.

- Comme tu voudras. O� dormiras-tu ? - Sur le sofa du salon.

- C'est moi. - Que fais-tu ici ?

- Chut. Tu vas r�veiller Luz. - Que veux-tu ?

Elles sont bien chaudes.

On n'a plus besoin de se marier, tu sais.

La R�publique d�cr�tera l'amour libre.

L'amour libre ?

Ils l'ont dit au meeting. Demande � ton p�re.

Que fais-tu ?

Qu'y a-t-il ?

Il a un de ces culots ! Il veut l'amour libre.

Cochon ! C'est pour �a que tu es devenu r�publicain !

Laisse-moi t'expliquer !

Roc�o, ouvre-moi.

Toi et moi, c'est fini pour toujours ! Tu entends ?

Je me r�tracte.

Plus question de renier !

Catholique, apostolique et romain !

Et r�publicain, encore moins ! Carliste jusqu'� la mort !

Quel culot ! Se glisser dans mon lit comme un fant�me !

Quelle importance puisque tu vas l'�pouser ?

Mais tu es folle ! Ce type, il ne me...

Que tout le monde le sache !

Je me r�tracte !

Pour Dieu, la Patrie et le Roi, sont morts nos p�res !

Pour eux, nous mourrons aussi !

Meurs donc, cr�tin !

Co�te que co�te, nous devons parvenir

� faire rentrer le Roi Carlos � Madrid.

Enfin !

- O� vas-tu ? - Boire de l'eau.

Non, pas la rivi�re !

Non ! Je ne sais pas nager !

Je ne sais pas nager !

Clara ! Non, pas la rivi�re !

Couche-toi. Calme-toi.

Pas la rivi�re.

La grange.

La grange.

Je t'aime, Violeta.

Je veux �pouser Roc�o.

Roc�o...

Clara...

Violeta...

Et moi alors ?

Non, pas dans l'eau !

Dans un pays merveilleux,

vivait un vieil artiste.

Une fl�te magique

�tait toute sa fortune.

Il �tait si pauvre et si rustique

que le fl�tiste mis�rable

dormait dans la cime des arbres,

faute d'un foyer.

Les oiseaux de la for�t

- ... venaient le r�veiller. - Enquiquineuse !

Les oiseaux

de la for�t venaient le r�veiller.

Et le vieux fl�tiste chantait � son tour

et aux oiseaux il disait avec arrogance...

Amalia !

Maman !

C'est Maman !

- Maman ! - Maman !

Moi aussi, dans ma vie, j'ai vol�

sans but et sans nid o� m'accoupler.

Maman !

Vous chantez

des complaintes d'amour.

Je chante l'amertume

qui emplit mon c�ur.

Tu as vu �a, Danglard ? Plus belles chaque ann�e !

Amalia !

Manolo !

Morte, l'op�rette ? Raconte-lui, mon amour

comment l'Am�rique s'est rendue � mes pieds.

Racontez.

�v�nement indescriptible � Buenos Aires,

Montevideo, Santiago du Chili,

Rio de Janeiro, Caracas...

Au Mexique, ils voulaient me porter sur les �paules.

J'ai refus�, naturellement.

- Pour �viter qu'on la tripote. - Papa, voyons.

Non, il a raison.

- Tu es un vrai Othello. - Bien s�r, et j'en suis fier.

Tu as bien raison, bordel !

Alors, tu racontes ou pas ?

Des th��tres remplis, des contrats prolong�s,

des tonnes de fleurs...

Tu es riche, alors ?

Demande-lui. Moi, je suis une artiste.

Des frais �normes.

- D�licieux, ce pain perdu. - Tr�s bon.

Depuis quand cuisinez-vous ?

Cuisiner, elles ?

C'est Fernando, Il �tait cuistot au s�minaire.

Beau gar�on, bien �lev�, avenant...

Une vraie perle, ce jeune homme.

Enfin un ami � toi convenable.

Tu ne bois pas, j'esp�re.

Non, Madame.

Formidable.

Vous m'excuserez,...

mais le voyage m'a fatigu�e et je veux me reposer.

- � tout � l'heure, mon amour. - Tr�s bien ! Je reste avec Manolo !

- Et les cadeaux ? - Quand je d�ferai mes valises.

- Cette fille est une �go�ste. - C'est l'�ge.

Un bisou, Violeta.

Repose-toi, Maman.

Ma pauvre petite, si jeune et d�j�...

Mais je me porte � merveille !

Je sais pas. Crois-moi : profite de la vie tant que tu peux.

Merci beaucoup pour ce d�licieux petit-d�jeuner.

Tu viens ?

Non, pas toi.

Et moi alors ?

Toi, pendant ce temps, tu sors prendre l'air

et tu respires la nature.

C'est pas juste !

C'est pas juste !

- Ne le prenez pas au tragique. - Vous saviez ce qui allait arriver.

Un petit verre d'anisette ?

Pourquoi pleure-t-il ?

Idiot ! Tu vois pas que c'est l'amant de Maman ?

N'y allez pas, monsieur Danglard, c'est pire.

Quelle impatience !

Attends.

Je ne peux pas ! Presque un an � t'attendre !

Amalia...

Mon Dieu, quelle plaie !

Qu'y a-t-il ?

�a ne serait pas mieux si on se reposait, toi et moi, maintenant ?

Non. Et si tu m'emb�tes, je te plaque et je reviens avec lui.

Non, pas �a !

On n'en a que pour un instant !

Pourquoi te tourmenter ? Nous, c'est pour la vie !

C'est vrai ?

Je te le jure.

Mais maintenant, va-t'en.

Sors vite.

Il me fait de la peine.

Je me mets � sa place. Qu'il se mette � la mienne, non ?

Tu es s�r que tu vas pouvoir ?

Moi, ne pas pouvoir ?

Alors, je peux ou pas ?

C'est impressionnant !

� ton �ge, en plus...

- Qui est-ce ? - L'impresario de Maman.

- Pr�sente-moi. - Oublie les mondanit�s. Aide-nous.

Bon, mais tu me pr�sentes apr�s.

Je ne t'ai pas pardonn�.

Si tu es l�, c'est pour que Maman n'apprenne pas notre rupture.

- Ne t'en fais pas. - Ne me l�chouille pas !

Danglard !

Tu disais en avoir pour un instant ! Quatre heures

quarante-sept minutes !

Tu as chronom�tr� ?

Vous n'�tes pas un gentleman ! Vous n'aviez pas le droit

de me faire �a ! Vous me devez une explication !

- Tu l'auras. Attends. - Attendre encore plus ?

La pauvre Amalia est �puis�e. Laisse-la dormir un peu.

Il dit �a tout content !

Ton p�re n'a pas de vergogne !

Oui, monsieur Danglard. Papa, la R�publique a gagn� !

- S�r ? - Des nouvelles de Madrid !

- Au village, c'est la folie ! - Allons f�ter �a !

Toi, am�ne le drapeau !

Je m'en fiche de votre R�publique !

Je veux une explication !

Quelle explication veux-tu que je donne ?

Et tu me le demandes ?

� moi, qui dilapide ma fortune

pour qu'elle soit heureuse et puisse chanter !

Mais alors, la tourn�e en Am�rique ?

Un d�sastre.

Pourquoi ils ne l'interdisent pas une fois pour toutes ?

Quoi ?

L'op�rette � la con !

Des pertes colossales !

Le pire, c'est que, quand je n'aurai plus le sou,

ta femme me quittera.

Non, �a non, parce qu'elle t'aime pour de bon.

Tu crois ?

Elle me l'a jur�.

Mais alors, pourquoi elle me...

Mais non. Si tu ne te laissais pas aveugler par la passion,

tu verrais que le cocu, c'est moi.

Toi ?

Plut�t, oui !

Tu as peut-�tre raison !

Amalia ne m'a tromp� avec personne, � part toi.

Va donc embrasser cette sainte.

Tu ne la m�rites pas, crois-moi.

Hue, Lucero !

Le roi n'a plus de couronne ! Il en a une en papier.

Celle en or, Berenguer la lui a piqu�e !

Je l'ai mis dehors, il a eu le toupet de se glisser dans mon lit !

Tu as bien fait.

Les hommes, surtout les hommes d'ordre comme lui,

d�s qu'ils t'�tent ta virginit�,

ils ne te connaissent plus.

- Tu es encore... - Bien s�r !

Et toi, Violeta ? Que me dis-tu ?

Vous permettez ?

Qu'il est assommant, cet homme ! Quoi encore ?

Rien. C'est seulement pour que tu saches que je suis l�.

Tr�s bien, je le sais maintenant.

Tu me laisses profiter un peu de mes filles ?

Bien s�r. Je suis l�, n'oublie pas.

Si je trouvais un homme comme Danglard, j'y r�fl�chirais.

Il ne lui manque plus qu'une sonnaille !

Si seulement j'en avais mis une � ton p�re !

Non, le mariage, �a ne t'irait pas du tout.

Tu n'es pas fait pour supporter

ces �go�stes. Tous les hommes le sont.

Trouve-toi une fille qui te comprenne, qui t'aime

et qui te tienne la maison.

Toi, par contre...

Les hommes n'entrent pas dans ta boutique ?

Et pas rien qu'un peu !

Mais c'est des vieux. Y a qu'eux qui ont de l'argent.

Que comptes-tu faire ?

Parce qu'en un rien de temps, toutes ces belles rondeurs se dess�cheront !

Et toi ?

Que me racontes-tu, ma princesse ? Je vais te d�vorer de baisers !

Personne ne fait attention � moi.

C'est des profiteuses !

Tu n'as rien remarqu� ?

Quoi donc ?

- Ne lui dites pas ! - Elle est amoureuse !

- Tais-toi ! - De qui ?

Vous me le paierez cher !

De qui crois-tu ? De Fernando, bien s�r.

Du cuisinier ?

Elle est bonne ?

�a va ?

Pas de comparaison avec Higinio !

Tu es b�te ! Un peu de d�licatesse !

Tu vois ? Toujours � me gronder !

Qu'y a-t-il ?

Comme le mari de Clara s'est noy� ici...

Maintenant, �a ne me...

Fais-moi go�ter.

Incomparable !

Higinio l'�pi�ait trop.

Qu'a-t-elle, la petite ? Elle est furieuse.

C'est une enfant g�t�e, voil� tout.

Voil� les rudiments de la salade.

Violeta a chass� quelque chose ?

Elle n'est pas encore revenue.

J'ai amen� Maman. Elle est devenue r�publicaine !

Moi, du moment

que le Bourbon part !

Le rouge et le jaune, c'est de la fraise et du citron.

Le violet, de la betterave.

Merci au nom de la R�publique.

R�publique ? C'est le communisme qui arrive.

Ne dites pas �a !

C'est la v�rit�.

Moi, je rentre � Paris.

Comme �a, je ferai mes d�buts � New York. Le r�ve de ma vie !

Avec des d�cors et des costumes neufs et un orchestre

d'au moins 90 musiciens.

Amalia, �a va co�ter terriblement cher...

Ne t'en fais pas. Tu te rattraperas

quand ils verront que Broadway, c'est rien compar� � l'op�rette.

Do�a Amalia est chanteuse de cabaret ?

Laisse-moi !

Qu'est-ce que je t'ai fait ? Je m'occupe de toi et voil�...

Luz...

Laisse-moi, saligaud !

Pourquoi ?

- Toujours � leur donner raison ! - � qui ?

� Roc�o ! � Clara ! � Violeta !

Comme je ne te plais pas...

- Tu ne me plais pas ? - Non !

Tu m'as plu d�s le premier jour !

Alors, pourquoi tu es toujours � leur courir apr�s ?

Je suis pas aveugle !

C'est pas la m�me chose.

Ah bon ? Et ben, va donc les rejoindre !

Tu vois pas que c'est toi que j'aime ?

- Moi ? - Toi, idiote !

Alors...

Qu'y a-t-il ?

Ma pauvre petite !

Que regardez-vous ?

Ils font un joli couple !

Ah, le premier amour !

Si pur, si chaste, si spirituel !

Spirituel, tu disais ?

J�sus, Marie, Joseph !

Le s�minariste va nous la d�florer !

Foutu s�minariste !

- Tu es folle ? - C'est pour leur faire peur.

Et maintenant, marions-les !

Mais, Luz...

Je dois �tre s�re.

- S�re de quoi ? - S�re que tu m'aimes.

Tu le sais bien.

Je ne veux pas qu'il m'arrive la m�me chose.

Qu'� qui ?

Qu'� mes s�urs.

Avec toi, c'est diff�rent.

Je veux en �tre vraiment s�re.

Viens.

Apr�s, si tu ne m'aimes plus,

tu pourras toujours partir.

Et je ne dirai pas ce qu'on a fait.

Luz...

Avant �a, je veux que tu me fasses la m�me chose qu'� mes s�urs.

Manolo...

- Qu'y a-t-il ? - Un grand malheur.

Un grand malheur.

- Que s'est-il pass� ? - Don Luis...

Dieu l'a puni, Don Manolo !

Quelle horreur !

Pourquoi s'est-il pendu, lui qui aimait tant manger ?

"Qui s'�te la vie

s'�te la peur de mourir."

C'est Shakespeare qui a dit �a.

Allons, d�p�chons.

- Comment je suis ? - Splendide.

J�sus, Marie, Joseph !

- Qu'allons-nous faire ? - T'en fais pas.

Comme l'Espagne est devenue une R�publique la�que,

consid�rez-vous mari�s.

Et toi, Juanito, va pr�venir le juge pour qu'il...

Manolo a raison.

Si vous remettez le mariage, nous raterons le bateau.

Pas question de le rater ! Je d�bute � Buenos Aires.

Mais je ne pourrai pas chanter l'Ave Maria

et �a m'aurait fait tellement plaisir !

Allez, embrassez-vous. Et je veux un petit-fils pour tr�s bient�t.

- Vite, vite ! Il s'en va ! - Allez !

Une bise, Papa !

- Maman, �cris-nous. - Ne t'en fais pas.

- Et toi, marie-toi donc. - Mais oui.

Tous mes v�ux de bonheur !

Soyez tr�s heureux !

Prends-en soin ou tu auras affaire � ton beau-fr�re !

Je serai le parrain du b�b�.

Que tu es b�te !

Montez dans le train.

T'as beau parler d'amour et de chagrin, tu t'es bien amus�, va !

Petit coquin, va !

Au revoir !

"Partir, c'est mourir un peu", a dit le po�te.

C'est plut�t le contraire.

C'est celui qui reste qui meurt.

Ne sois pas ridicule. Embrasse-moi.

Bon voyage. Embrasse-moi, Danglard.

Tant que tu veux, mon ami.

Une bise.

�a nous fait de la peine de partir ! Hein ?

Ne partez pas alors. Restez.

C'est pour son avenir.

Je sais. Vous faites bien. En Am�rique, tout est possible.

En voiture.

Tu te rappelles ce que j'ai dit...

quand tu pensais �tre amoureux de Violeta ?

Que tu gagnais un gendre mais perdais un ami.

C'est �a.

Je serai toujours ton ami.

Allez, monte.

Au revoir, Manolo.

Hue, Lucero.

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