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Vicky et Cristina ont décidé
de passer I'été à Barcelone.
Vicky achève une maîtrise en Identité Catalane.
Sujet auquel elle s'est intéressée
par affection pour I'architecture de Gaudí.
Cristina vient de passer six mois à écrire,
réaliser et interpréter un film de 12 minutes
qu'elle a fini par détester.
Et venant de rompre une fois de plus avec un copain,
elle rêvait de changer de décor.
Tout s'est mis en place quand une lointaine parente
de la famille de Vicky habitant Barcelone
a offert d'héberger les deux filles en juillet et en août.
Amies proches depuis I'université,
elles avaient les mêmes goûts et les mêmes opinions sur presque tout.
Mais pour ce qui était de I'amour,
on ne saurait trouver deux points de vue plus divergents.
Il n'y avait en Vicky ni résistance à la douleur
ni soif de combat.
Elle était terre à terre et réaliste.
D'un homme, elle exigeait sérieux et stabilité.
Elle s'était fiancée à Doug
parce que c'était un garçon bien qui réussissait...
conscient de la beauté qu'il y a à s'investir.
Oui, tu me manques aussi.
À I'inverse, c'est tout autre chose
que Cristina attendait de I'amour.
Elle acceptait à contrecœur
la souffrance comme élément inévitable d'une profonde passion
et se résignait à mettre ses sentiments en péril.
Quant à savoir sur quoi elle misait ses sentiments,
elle n'aurait pas pu le dire.
Mais elle savait ce qu'elle ne voulait pas.
Et c'était Ià précisément ce qui importait le plus à Vicky.
Bonjour !
Bonjour.
- Salut. Tu es Vicky ! - Oui.
- Ce que tu as grandi ! - Ça fait un bail, tu sais !
- Bienvenue à Barcelone. - Bonjour. Je suis Cristina.
Je suis Judy.
Voilà votre chambre. Je vous ai mises ensemble.
C'est superbe !
Judy, merci d'avoir bien voulu de moi ici.
Comme ça, à la dernière minute, et sans même me connaître.
M'accueillir chez vous, c'est vraiment gentil.
Ça fait du bien que ça bouge un peu ici.
C'est tellement calme depuis qu'Arthur est à I'université.
Une fois que les filles ont eu défait leurs bagages
et que Mark, le mari de Judy, a été rentré du golf,
le déjeuner a été servi sur la terrasse.
- C'est une belle maison. - On se plaît vraiment beaucoup ici.
Il fait ami-ami avec tout le monde et il parle la langue du pays,
alors pour lui, c'est youpi !
Tu te défends bien en espagnol.
Et que fais-tu, Cristina ?
Et bien, Ià, je suis libre comme I'air.
Arrête. Elle a fait un film.
- C'est très excitant ! - De 12 minutes.
Qui parle de quoi ?
Il parle, disons...
de pourquoi I'amour est si difficile à définir.
Un énorme sujet à traiter en 12 petites minutes !
Vicky, toi, tu fais ta maîtrise en quelque chose qui a...
Oui. Je fais une maîtrise en Identité Catalane.
Ah, bien.
Et où penses-tu que ça va te mener ?
Ça, j'en sais rien.
Peut-être enseignante ou bien conservatrice.
Pourquoi veux-tu que ça la mène quelque part ?
Cet automne, elle va épouser un homme merveilleux
et tous ses conflits se trouveront résolus
quand il la mettra enceinte.
Maintenant que Judy a décidé de ton avenir...
Je bois à votre bel été à Barcelone ! Bienvenue. À la vôtre.
- Santé. - Salud.
Dans les jours qui suivirent,
Vicky et Cristina s'imprégnèrent des trésors artistiques de la ville.
Elles apprécièrent particulièrement les œuvres de Gaudí et de Miró.
Un jour, Mark et Judy invitèrent Vicky et Cristina
à faire un tour en mer sur le bateau de Mark.
À I'intention de Cristina,
Mark et Judy invitèrent aussi le fils d'un associé de Mark,
un bon parti dont Mark pensait qu'il lui plairait.
Mon rêve, c'est de faire fortune pour partir sur une île quelque part
et passer mon temps à faire de la plongée.
Je suis un dingue de plongée.
Tu as déjà fait de la plongée ?
Malheureusement, Charles et Cristina
étaient loin d'être le couple du siècle.
Vicky, elle, inspectait tous les aspects de la vie catalane,
allant d'un tour de marché à une visite dans un restaurant
pour découvrir la cuisine catalane.
Par certaines douces nuits d'été,
les filles allaient parfois écouter de la guitare espagnole,
ce qui ne manquait pas d'émouvoir magiquement Vicky.
Un soir, Mark et Judy les emmenèrent à un vernissage
dans une galerie d'art d'un ami, en présence de nombreux artistes locaux
- et de plusieurs collectionneurs. - Ça vous plaît ?
Oui, beaucoup. Merci de nous avoir amenées.
Nous sommes clients de cette galerie.
Mark a commandé à cet artiste toute cette série de tableaux
pour les murs de son bureau.
C'est lui, I'artiste, Ià-bas ?
- Où ça ? - En rouge.
Non, non. Non, c'est pas lui.
Non.
Alfred, c'est... pas lui.
C'est le monsieur en veste de lin. C'est lui, Ià-bas. C'est lui.
L'autre, je sais pas qui c'est.
- Mark. - Oui.
Qui est cet homme en chemise rouge, Ià-bas ?
- Qui ? - L'homme en chemise rouge.
C'est un peintre.
Rappelle-toi, Diego nous a parlé de lui.
C'est lui qui a eu la liaison torride avec la très belle femme dingue.
- Oui. - Tu sais, les violentes bagarres...
Et rappelle-toi le divorce embrouillé. Tous les journaux en ont parlé.
- Oh, mon Dieu, oui. - Une sale affaire.
Il s'appelle Juan Antonio Gonzalo.
Il a eu un brûlant divorce, et elle a essayé de le tuer.
- Ou il a essayé de la tuer. - Quoi ?
Ç'a été un énorme truc dans le monde de I'art !
Je ne me rappelle pas les détails.
On ne fréquente pas trop ces milieux bohèmes, alors je ne sais plus.
Vicky et Cristina quittèrent la galerie
et décidèrent d'aller dîner.
Dans le merveilleux air estival, elles passèrent devant une église,
où les gens faisaient la fête
et aboutirent finalement vers minuit dans un petit restaurant.
C'est vraiment très agréable
de ne pas avoir à se demander jusqu'à quelle heure un endroit est ouvert.
Ce qu'on peut juste se demander,
c'est ce qu'on va faire après comme rêve.
Qu'est-ce que tu regardes sans arrêt ?
C'est pas le peintre qu'on a vu tout à I'heure à la galerie ?
Ah, si. Oui, oui, c'est le peintre au divorce difficile
dont Mark nous a parlé.
- Enfin, moi, j'écoutais d'une oreille. - Il n'arrête pas de regarder par ici.
C'est parce que t'arrêtes pas de le provoquer du regard.
Je I'ai pas provoqué du regard.
Tu n'as pas cessé de lui lancer des regards, toute la soirée.
Je ne fais que boire mon vin.
Hum, oui, bien sûr, je te crois.
Tu dois pas faire que ça, parce que
le voilà qui arrive !
Américaines ?
Je m'appelle Cristina et elle, c'est mon amie Vicky.
De quelle couleur sont vos yeux ?
Ils sont bleus.
J'aimerais vous inviter toutes les deux à m'accompagner à Oviedo.
Vous accompagner où ?
À Oviedo.
Pour le week-end. On partira dans une heure.
Mais où est-ce, Oviedo ?
- C'est un vol très court. - Par avion ?
Et qu'y a-t-il à Oviedo ?
Il y a une sculpture que je veux voir, une sculpture qui m'inspire beaucoup.
Une magnifique sculpture. Vous aimerez.
Vous nous demandez de faire un aller-retour à Oviedo.
C'est bien ça ?
Non, on y passe le week-end.
Comme ça, je vous ferai visiter la ville.
On mangera bien, on boira du bon vin
et on fera I'amour.
Je peux savoir qui, au juste, va faire I'amour ?
J'espère que ce sera nous trois.
Je vais demander I'addition.
T'as entendu ? Ce gars n'y va pas par quatre chemins.
Señor, on peut envisager ça dans une autre vie ?
Pourquoi ? La vie est courte.
La vie est ennuyeuse. La vie n'est que souffrances.
Il y a Ià I'occasion de quelque chose de spécial.
C'est ça... On peut savoir qui vous êtes ?
Juan Antonio. Et vous êtes...
Vicky, et vous êtes Cristina. C'est ça ?
Ou bien, est-ce que c'est le contraire ?
C'est ça, mais ça pourrait être le contraire.
Il vous importe peu de savoir qui va chauffer votre lit.
J'ai bien compris.
Vous êtes toutes les deux charmantes et ravissantes.
Merci. Mais on n'est pas du genre à s'envoler pour faire I'amour
avec quiconque nous invite dans de charmants petits villages espagnols.
Est-ce qu'elle analyse comme ça chaque inspiration,
jusqu'à ce que chaque grain de charme en soit...
extirpé ?
Je crois que je dois vous dire que...
mes yeux sont verts, en réalité.
Euh, non... écoutez... Je qualifierais pas notre réticence
à nous précipiter sur votre offre sexuelle de super analytique.
Si vous vouliez vous joindre à nous
pour quelque forme d'interrelation admise en société
comme boire un verre, alors Ià, oui, nous vous suivons.
Mais autrement, vous devriez présenter votre offre à quelque autre table.
Qu'est-ce qui vous a offusquée dans mon offre ?
Sûrement pas que je vous trouve toutes deux ravissantes et désirables.
Offusquée n'est pas le mot, non.
J'ai trouvé ça amusant.
Un petit peu énervant, bien sûr, mais...
C'est mon imagination ou est-ce qu'il se fait tard ?
- J'aimerais beaucoup aller à Oviedo. - Quoi ? Non, mais tu plaisantes ?
Ça peut être très amusant. Je crois qu'on devrait y aller.
J'adorerais y aller.
On pourrait parler de ça entre nous, plus tard ?
Dès que je vous ai aperçue, à la galerie,
j'ai remarqué que vous aviez
de très belles lèvres,
- des lèvres pleines et sensuelles. - Merci.
OK. Si tu tiens à y aller...
Quant à faire I'amour, je ne vous garantis rien, je suis lunatique.
On n'est pas en train de négocier un contrat.
Je suis venu vous voir sans le moindre subterfuge
et j'ai présenté ma meilleure offre.
J'espère que vous en discuterez
et me ferez le plaisir de vous emmener à Oviedo.
J'ai la chance de pouvoir emprunter I'avion d'un ami.
Il y a juste assez de place pour nous trois et je suis un bon pilote.
C'est sans risque apparent.
Réfléchissez-y.
J'espère que tu plaisantais. Tu vas pas y aller ?
- C'est un gars très intéressant. - Intéressant ?
Tu rigoles ? Il veut juste se taper toi et moi.
Sauf qu'il se contentera de I'une ou I'autre. De préférence, toi.
Je ne suis plus une enfant.
Si je veux coucher avec cet homme, je le ferai, sinon je le ferai pas.
Tu ignores tout de ce garçon. Tu peux pas être impulsive à ce point.
Si j'ai bien entendu, il a été très violent avec sa femme.
Au moins, il n'a rien de préfabriqué comme les autres zombies.
Ça sera une bonne façon d'apprendre à le connaître.
Non, il n'est pas question que j'aille à Oviedo
avec cette espèce de sincère et charmant tabasseur d'épouse.
Tu penses que son agressivité est attirante, mais moi, non.
Et d'ailleurs, il n'a rien de séduisant.
Je trouve qu'il est très beau et très séduisant.
Et en plus, il est vraiment sexy.
Ça ne m'étonne pas, parce que toi, tu es une névrosée.
Reconnais au moins qu'il ne fait pas de baratin.
C'est que du baratin ! Et moi, j'irai pas à Oviedo.
J'ai jamais entendu parler d'Oviedo et lui, je ne le trouve pas engageant.
Enfin, même si j'étais pas fiancée et libre de me livrer
à n'importe quel flirt avec un Espagnol,
je choisirais pas celui-Ià.
Allô... C'est toi ! Non, je peux pas te parler, Ià.
J'essaie de convaincre Cristina
de ne pas commettre une erreur qui risque de s'avérer fatale.
Quoi ?... Comme d'habitude.
Oui... Je te rappellerai.
Moi aussi, je t'aime.
Si on se dépêche de rentrer à la maison,
on prépare une petite valise et on le retrouve à I'avion.
Il m'a tout de suite plu, ce gars.
Il est pas comme tous ces mecs en série sortis du même moule.
Il est créatif, il est artistique.
Du même moule ? C'est ce que tu penses de Doug ?
Qui est-ce qui a parlé de Doug ?
C'est ridicule. Tout ce qui te séduit,
c'est la perspective de faire ta valise et de t'envoler en avion.
Je ne sais pas pourquoi j'ai peur, si ce n'est que j'ai peur de moi-même.
Tu commets une erreur, Cristina.
On a prédit un petit orage près d'Oviedo, mais rien de bien grave.
Il faut pas vous en faire. Tenez, regardez...
Ça secoue seulement un peu, c'est tout.
Vous voulez piloter ?
Non, merci.
C'est plus facile que conduire une voiture, vous savez. Essayez.
Tôt dans la matinée, ils arrivèrent à destination
et se rendirent à I'hôtel que Juan Antonio leur avait choisi.
Vicky s'assura qu'elle et Cristina avaient leur chambre
et Juan Antonio, la sienne.
S'il était déçu, il le dissimula bien.
Après un brin de toilette,
il les emmena voir la sculpture qui lui plaisait tant.
- Vous êtes très croyant ? - Non, pas du tout.
Ce qui compte, c'est de profiter de la vie,
d'accepter qu'elle n'a pas de sens, quel qu'il soit.
Pas de sens ?
Vous pensez que même le véritable amour ne donne pas un sens à la vie ?
Si, mais I'amour est si éphémère. N'est-ce pas ?
J'ai été amoureux de la plus incroyable des femmes.
Et...
pour finir...
Oui...
Elle m'a planté un couteau dans le ventre.
- Ah, mon Dieu, mais c'est terrible ! - Peut-être que vous I'aviez mérité.
Juan Antonio emmena ses invitées déjeuner.
Ils parlèrent art et amour.
Il avait plein d'histoires à propos de son ex-femme Maria Elena,
qu'il critiquait et idolâtrait à la fois.
Il s'avéra un très bon hôte.
Et I'après-midi, il les emmena faire un tour de la ville.
Elles I'écoutèrent en parler avec plaisir et prirent des photos.
Plus tard, ils achetèrent, dans une charmante confiserie,
des bonbons et des gâteaux faits maison et délicieux.
Elles continuèrent à illustrer leur voyage.
Et si Vicky restait sceptique,
Cristina, elle, passait un très bon moment.
La question de coucher ensemble ne fut pas soulevée avant le soir
alors que Juan Antonio avait un peu trop bu.
- Merci. - Je vous en prie.
Voilà.
Bon... Maintenant que la journée est presque terminée,
est-il raisonnable de ma part de vous prier
de vous joindre à moi, toutes les deux, dans ma chambre ?
Je pensais que la question était réglée.
Vicky essaie de dire
- qu'elle est fiancée, rien d'autre. - Génial !
Ce sont ses derniers jours de femme libre.
Je ne suis pas une femme libre, je vais me marier.
Et je vais vous dire ma théorie,
parce que quand j'ai bu, je suis brutalement franche.
Je pense que vous souffrez encore
du fiasco de votre mariage avec Maria Elena
et que vous voulez vous noyer dans d'insignifiants rapports sexuels.
Insignifiants ?
Auriez-vous une si mauvaise opinion de vous-même ?
Elle veut dire que pour elle, ça doit avoir un sens, c'est tout.
Nous voilà dans une ville romantique,
par une nuit chaude et parfumée.
On est vivants. Ça n'a pas assez de sens ?
Je suis venue avec Cristina pour lui tenir compagnie.
Je vais très bientôt me marier.
J'ai un très charmant et très beau fiancé avec qui j'aime faire I'amour
et qui tient une très belle et très importante place dans mon cœur.
Et pour être tout à fait franche, Juan Antonio,
si j'étais le genre de personne à m'envoyer en I'air,
je crois que ça ne serait pas jouable entre nous.
Alors oui, Ià, je suis fatiguée. J'ai pas dormi depuis 24 heures,
alors c'est ce que j'ai I'intention de faire maintenant.
Et vous ?
Je viendrai dans votre chambre,
mais il faudra me séduire.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Je ne fais que passer, le temps de prendre un verre,
de vous dire merci, et après, je retourne dans ma chambre.
D'accord. Tu jouais dans le petit film que tu as fait ?
Si j'y jouais ? Oui, pourquoi ?
J'espère que tu étais plus convaincante que tu I'es
quand tu prétends n'être venue ici que pour boire un petit verre.
Je suis venue pour coucher avec toi, tu as raison.
Alors, tu vas bientôt toucher au but,
sauf si tu devais... te planter.
- Me planter ? - Oui.
Me planter ? Tu veux dire gâcher ce moment ?
Oui.
Comment pourrais-je faire ça ?
Je ne sais pas. Ça peut aller par exemple...
de faire quelque remarque idiote
à ne pas porter le bon caleçon.
Encore que...
quand je te regarde, je me dis que tu dois porter le bon caleçon.
C'est pas facile de te plaire !
C'est vrai...
je suis assez célèbre pour mon intolérance.
Ah oui ?
Et qu'est-ce que tu veux dans la vie,
à part un homme qui porte le bon caleçon ?
Je ne sais pas.
Je sais que je ne serai satisfaite
que quand j'aurai trouvé ce que je veux.
C'est-à-dire ?
Quelque chose d'autre...
Je veux quelque chose de différent. Quelque chose de plus.
Comme une sorte...
d'amour qui va contre I'intuition.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire...
Je ne sais pas.
Je ne sais pas ce que je veux. Je sais seulement ce que je ne veux pas.
Si tu ne me déshabilles pas très vite,
cette soirée va rapidement tourner en table ronde.
Quoi ? Quoi ? Ça va pas ?
Si, ça va, ça va. C'est ce que j'ai mangé.
Qu'est-ce que tu as ? Je peux te donner quelque chose ?
Je devrais pas boire.
- Qu'est-ce qui se passe ? - J'ai mal au cœur.
C'est son ulcère ou une intoxication alimentaire.
- Ou les deux ! - Oh, Ià, mon Dieu !
- Elle doit se poser, pas manger. - Se reposer ?
Reposer.
Avec Cristina au lit,
Vicky avait hâte de retourner à Barcelone
et n'avait pas envie de faire du tourisme.
Quand il reviendra de son meeting,
dites-lui de m'appeler sur mon portable ?
Je suis encore coincée à Oviedo.
Mais le tourisme se poursuivit.
Je suis vraiment désolé pour Cristina.
Ne faites pas semblant de vous inquiéter.
Je suis sûre que vous avez continué à I'encourager à boire.
Comme vous nous y avez poussées toutes les deux pendant le dîner.
Seulement, moi, je sais boire.
Elle ne m'a jamais parlé de son ulcère.
Non. Non, parce que...
elle est mentalement adolescente
et en vraie romantique, elle a un désir de mort.
Alors pour un très bref moment de passion,
elle est prête à oublier jusqu'à la moindre responsabilité.
Après le déjeuner,
Juan Antonio emmena Vicky voir le vieux phare de Avilés
qu'elle trouva très beau.
Je suis né tout près.
Ce serait un péché d'être venu ici
et ne pas aller rendre visite à mon père.
- Est-ce que ça t'ennuierait ? - Moi ? Non.
Je pense même que c'est la première...
oui, la première proposition vraiment intéressante que vous me faites.
Et j'aimerais voir votre père et sa maison.
Bien.
- Holà, hijo. - Holà !
- Como estas ? - Muy bien.
Muy bien. Esta guapo. Mira, mi amiga Vicky.
- Buenos dias. - Buenos dias.
- Mon père, Julio. - Buenos dias.
Quelle jolie maison !
Tu es chez toi !
Si ça continue, je suis pas certaine...
T'en fais pas, c'était super. Il ne parle que I'espagnol.
- Entiende un poquito de español. - Porque no, no me importa.
Pasa, pasa adelante.
Je suis sûre que mon espagnol va me lâcher !
Il refuse de parler toute autre langue.
C'est une chose particulièrement importante pour mon père.
C'est vrai ? Pourquoi ?
C'est un poète et il écrit
les plus magnifiques phrases en langue espagnole,
mais il ne trouve pas qu'un poète
doive polluer ses mots par une autre langue.
Je comprends. Il a raison. C'est vrai à cause de la traduction
et des choses qu'on peut y perdre.
J'ai appris un petit peu I'espagnol,
et c'est vrai, je suis pas très douée pour les langues,
mais je le lis beaucoup mieux que je le parle.
D'ailleurs, peut-être que je pourrais lire ce qu'écrit votre père ?
Non, il ne publie pas, justement.
- Un cognac ? - Pourquoi ?
Je t'expliquerai ça. Tu veux un peu de cognac ?
Oui, merci, juste... mais très peu.
- Un poquito. - Merci.
Tu as I'air en bonne santé, papa.
Tu as I'air en forme, aussi.
Tu as des nouvelles de Maria Elena ?
Maria Elena...
Elle vit toujours à Madrid avec son architecte.
Cette femme était la meilleure.
Je fais encore d'elle des rêves érotiques, à mon âge.
Elle t'aimait beaucoup.
Quel dommage qu'avec ce don de Dieu...
C'était mon endroit préféré pour lire quand j'étais jeune.
Je voulais être écrivain, pas peintre. La peinture, c'est venu plus tard.
Et je voulais faire de la musique aussi.
Enfin, tout ce que je savais, c'était qu'il y avait en moi beaucoup...
de vraies émotions et je devais trouver un moyen de I'exprimer.
Cristina dit la même chose.
Cristina est une fille très intéressante. On s'assied ?
Oui.
Alors...
dites-moi, pourquoi votre père ne veut pas publier ses poèmes ?
Parce qu'il déteste le monde
et c'est sa façon de se venger de lui, de créer de belles œuvres,
qu'ensuite il refuse au public, ce que moi, je trouve...
Mon Dieu.
Qu'est-ce qui fait qu'il en veut tellement à la race humaine ?
C'est que, après des milliers d'années de civilisation,
elle n'a toujours pas appris à aimer.
Ils retournèrent à I'hôtel.
Cristina se sentait mieux, mais pas très solide
et elle avait encore besoin de repos.
Vicky et Juan Antonio allèrent dîner dans un charmant petit restaurant.
Elle était plus détendue qu'au déjeuner
et elle avait bu beaucoup de vin.
Cette fois, elle apprécia la conversation.
Je ne le connais pas bien.
Mon père m'amenait souvent ici.
Allô...
Allô. J'espère que je tombe pas mal, ma belle.
Non, je commence à dîner. Est-ce que je peux te rappeler ?
Laisse-moi juste te dire une chose.
Paul et Maryanne ont trouvé une maison près de chez eux,
qu'ils aiment encore plus que celle de Bedford Hills.
Ah oui ! Eh bien, c'est... La communication est mauvaise.
Rappelle-moi. La maison a une piscine et un court de tennis.
On pourrait prendre des cours avec le prof de Paul.
Je vais te rappeler. Je ne t'entends plus.
Je t'aime.
Allô...
Je ne I'entendais plus.
- Ah, merci. - Voilà.
- C'est quoi, ce vin ? Il est délicieux. - Excellent.
C'était ton fiancé ?
Oui, oui.
Pourquoi tu étais si nerveuse en parlant avec lui ?
J'étais nerveuse ?
Oui, tu as rougi !
C'était sûrement le vin.
Il ne serait pas fâché s'il savait que nous dînons ensemble ?
Non ! Sûrement pas, non. Vous voulez rire !
Je doute qu'il accepterait I'idée en soi de me voir
assise avec un homme en buvant du vin à la lueur des chandelles,
mais très vite, il se rendrait compte qu'il n'a pas à s'inquiéter.
Vous pourriez dissimuler votre œuvre au public par simple rage ?
Non, je ne suis pas comme mon père.
Je te I'ai dit...
Je proclame la vie, quoi qu'il puisse arriver.
Hum... oui, oui...
Je serais vraiment curieuse de voir vos œuvres.
C'est vrai ?
Pourquoi ? Tu me désapprouves tellement.
J'ai appris à vous connaître mieux.
Je serais intéressée.
Après tout, vous êtes peintre catalan, et c'est ma matière.
Pourquoi tu t'es intéressée à la peinture catalane ?
Je suis tombée amoureuse de I'église de Gaudí,
quand j'avais 14 ans...
et une chose en a entraîné une autre.
La guitare espagnole te plaît aussi, je crois ?
Oui, c'est vrai. J'adore la guitare.
Tu veux que nous allions écouter un merveilleux guitariste ce soir ?
Ce soir ?
Il se fait tard et...
le vin me fait un peu flageoler.
Tu as dit que tu supportais bien I'alcool.
Et puis, nous partons demain.
Bon, d'accord.
C'était extraordinaire ! Merci. Merci.
Je regardais ton visage, tu avais I'air très émue.
Oui.
J'ai pas souvent vu un regard comme le tien.
Celui de Maria Elena, bien sûr.
Oui, peut-être celui de Maria Elena...
quand elle voyait ou entendait quelque chose qui I'émouvait.
Vous êtes toujours amoureux d'elle.
Non, je ne le suis plus. Je ne le suis plus.
Oui, c'est ce que je disais.
Non. Elle fera toujours partie de moi.
C'est quelqu'un d'important dans ma vie,
mais il y avait entre nous quelque chose qui ne marchait pas.
Quoi, exactement ?
On ne I'a jamais découvert.
Vous...
Vous avez dit que vous regardiez mon visage.
Pourquoi ?
Pourquoi regardais-tu le mien ?
Je le regardais ?
Tu as dû voir mes larmes.
Oui. Euh...
Je suis un peu perdue.
Je regardais ton visage
parce que je trouve qu'il est merveilleusement beau.
- Ah oui ? - Mais oui.
Bien sûr, je le trouve beau et tu le sais.
Pendant le voyage de retour,
Vicky, qui n'avait rien raconté à Cristina, garda le silence.
Cristina, au contraire, parlait nerveusement.
Je vous dois des excuses à tous les deux
pour avoir gâché tout le week-end.
J'en suis absolument mortifiée. Je suis humiliée.
Je sais même pas si c'est le vin ou peut-être les crustacés,
à cause de... vous savez que j'ai un ulcère.
Je remercie Dieu que tu aies pu faire visiter tellement d'endroits à Vicky.
Vous pouvez pas savoir les cauchemars que j'ai faits.
Je vous voyais comme chien et chat, incapables de vous supporter un instant.
Je pouvais pas bouger.
Vicky se plongea dans le travail à la bibliothèque.
Elle sortit toutes les folles idées de sa tête et se concentra sur sa thèse.
Mais elle ne pouvait empêcher ses pensées
de retourner souvent à Oviedo.
Cristina, à la recherche de possibilités de libre expression,
arpentait les rues de Barcelone.
Elle se livrait à sa dernière passion, la photographie.
Et pensait qu'elle s'était ridiculisée à I'heure de vérité avec Juan Antonio.
Et puis, 48 heures plus tard,
Cristina vint annoncer une nouvelle à Vicky.
Vicky ! Il a appelé !
- Quoi ? Qui ? - Juan Antonio vient de m'appeler.
Juan Antonio t'a appelée ?
Oui !
Il veut me voir et m'emmener dans un genre de vignoble
pour une dégustation de vins ou quelque chose.
J'ai dit : "Bien sûr !"
Une dégustation de vins ?
Et ton ulcère ?
Non, ça va. Un peu de vin peut pas me faire de mal.
Tout ce qui compte, c'est qu'il veut me voir.
- C'est pas génial ? - Si.
J'arrive pas à le croire. Jamais j'aurais pensé qu'il appellerait.
C'est super. Ça me fait plaisir pour toi.
Cette nuit-Ià, les deux femmes eurent du mal à s'endormir.
Cristina resta assise dans la cuisine
à boire du café et travailler sa poésie.
Vicky, elle, était plongée dans les souvenirs
d'une nuit qui lui semblait de plus en plus irréelle.
Allô...
Salut, ma belle. Est-ce que je t'ai réveillée ?
Non, non, non.
J'étais sur le point de m'endormir.
Je suis désolé d'appeler si tard.
Il fallait que je sorte du bureau pour prendre I'air et boire un café
et Ià, j'ai eu une idée géniale ! Écoute ça.
Papa a des contacts à I'ambassade américaine en Espagne.
Je pourrais venir plus tôt, travailler Ià-bas sur mon ordinateur
et on pourrait se marier à Barcelone.
C'est un endroit romantique, tu m'as dit.
Ce sera juste un machin civil à la mairie !
On recommencera tout ça à New York.
On fera une énorme fête pour la famille et les amis.
Ce serait une bonne idée, non ?
De se marier ici ?
Oui, pourquoi pas ? Ça fera une belle histoire à raconter à nos enfants.
Et les amis de mon père nous faciliteront les choses.
Euh... je...
Je sais pas quoi dire.
On dirait que ça t'emballe pas.
Euh... non...
C'est juste la surprise.
On doit se marier à I'automne et ça, on le fera aussi. Je le promets.
Alors à quoi bon ?
Ça va être différent et excitant.
J'ai dit mon idée à Ken et Alice. Je les ai appelés tout à I'heure.
Ils ont dit qu'ils regrettent de ne pas avoir fait ça,
à Londres, dans leur cas, mais ils trouvent ça excitant.
Bien... euh... je...
À t'entendre, tu sembles un peu réticente.
Moi ? Non...
Pourquoi je le serais ?
Non, c'est...
Je trouve que c'est une bonne idée.
Je trouve ça génial. C'est une idée géniale !
Oui, oui. Je crois que ça sera bien. Je te rappellerai demain.
Je me rends compte que je t'ai réveillée.
Demain, je te donnerai plus de détails. Je t'aime tant, ma chérie.
Juan Antonio emmena Cristina à une dégustation de vins.
Après quoi, il la ramena chez lui, dans une jolie maison
qu'il avait achetée il y a des années à un autre peintre,
et qui lui servait de domicile et d'atelier.
Il lui montra ses œuvres qui la ravirent.
Elle adora les couleurs,
et la sauvage intensité avec laquelle il appliquait la peinture.
De Ià, il n'y avait qu'un étage pour aller à sa chambre.
Il lui parla de son mariage avec Maria Elena,
et de leur grand amour, et de leurs terribles bagarres.
Il lui dit qu'il n'avait plus jamais voulu faire I'amour
avec une autre dans la chambre qu'ils avaient partagée.
Jusqu'à maintenant.
Cette fois, Cristina digéra bien son repas.
Juan sortit encore plusieurs fois avec Cristina.
Ils allèrent voir une nouvelle sculpture d'un de ses amis.
Il lui fit visiter certains de ses endroits favoris
qu'elle photographia.
Juan Antonio était ami avec toutes les putains
et trouvait qu'elles étaient de bons sujets de photographie.
Il encourageait le travail de Cristina,
bien qu'elle soit trop timide pour le lui montrer.
Il I'emmena déjeuner avec des amis à lui :
poètes, peintres et musiciens.
Cristina s'en sortait très bien.
Et puis, un jour, en retournant observer de plus prés le parc Güell
qui avait été conçu par Gaudí et qui figurait en bonne place dans sa thèse,
Vicky fit une rencontre fortuite.
- Ah. - Vicky...
- Salut. - Comment vas-tu ?
Ça alors, qu'est-ce que tu fais ici ?
Rien. Je fais juste quelques croquis.
Eh bien, je veux surtout pas te déranger.
Me déranger ? Comment pourrais-tu me déranger ?
On a jamais eu I'occasion de se dire un vrai au revoir.
Ah... oui...
Tu aurais pu m'appeler.
J'ai... oui.
J'ai hésité à le faire.
Je pensais que c'était pas la peine.
T'as jamais téléphoné, ne serait-ce que pour dire...
"Merci. C'était bien."
On peut pas faire I'amour avec quelqu'un et jamais lui téléphoner.
À moins que tu aies été terriblement déçu.
Bien au contraire.
Mais...
tu as des projets de mariage.
J'ai pensé qu'il valait mieux ne pas aller plus loin
et éviter de faire du tort à tout le monde.
Oui, mais moi, ce que je dis,
c'est qu'on a fait I'amour et qu'après, tu as disparu de la surface de la terre.
Je sais bien que c'est le genre de chose qui ne compte pas beaucoup pour toi.
J'ai pensé que poursuivre aurait été pour toi
une source d'angoisse et pour moi, une déception.
J'aurais la capacité de te blesser après une nuit ?
Maria Elena, elle, disait que...
que seul I'amour insatisfait peut être romantique.
C'est ça, oui...
Je crois qu'en réalité, tu es beaucoup plus fait pour Cristina.
J'ai beaucoup d'affection pour Cristina.
Bon. Je suis...
très heureux pour toi et pour ton futur mari.
Et moi...
pour toi et Cristina.
Bon...
- Au revoir. - Au revoir.
Et un matin, le futur mari de Vicky arriva de New York.
Juan Antonio, comme certains artistes, avait besoin de vivre avec une femme,
et il avait invité Cristina à s'installer chez lui,
ce qu'elle avait accepté.
Je peux vous aider ?
- Et ces deux sacs. - Laissez-les Ià.
Vous travaillez chez Global ? Tom Sutter est un vieil ami.
Vous connaissez Tom ? On joue au golf ensemble !
- Ah oui ? - Oui.
- Tom ne m'a jamais battu ! - C'est pas le meilleur au monde.
Mon Dieu.
Tu es une tout autre personne ici.
Ah bon ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
Je t'ai sentie tellement dans le coup.
Parce que je le suis pas, d'habitude ?
Si, bien sûr.
C'est... c'est un compliment que je te fais.
- Viens. - C'est peut-être I'air de Barcelone.
Serre-moi contre toi, serre-moi.
- Ça va ? - Oui.
Oui.
Et Cristina, ça va ?
Tu sais, elle vient déjà de se mettre avec un gars.
Ça, c'est rapide. Pas un torero, au moins ?
Non.
Un écrivain ? Compositeur ?
Un pseudo-intellectuel torturé et autodestructeur ?
C'est vrai que parfois, elle me tape sur les nerfs
avec ses espèces de liaisons tordues.
Tu sais, moi, je I'aime bien parce que c'est ton amie...
mais j'ai souvent voulu te mettre en garde.
C'est quelqu'un de malheureux.
Elle se cramponne à I'image qu'elle se fait d'elle-même,
la femme super spéciale, I'artiste toujours en quête d'elle-même.
Je trouve que son mépris des valeurs normales
est prétentieux. C'est un ennuyeux cliché.
- Oui, mais elle plaît aux hommes. - Elle est mignonne.
Et ça n'a rien de difficile de la faire rentrer au plumard.
Alors que toi, au contraire, il a fallu un effort pour t'y mettre.
Mais ça valait le coup.
- Oui ? - Oui.
Juan Antonio veut m'emmener dans un vieux parc d'attractions.
Il pense que je vais adorer.
Je me suis dit qu'on pourrait déjeuner tous les quatre
et ensuite, y aller ensemble.
- Demain pour le déjeuner ? - Non. On peut pas, on est pris.
Ah non, on fera du bateau avec Mark et Judy une autre fois.
J'aimerais aller avec Cristina et Juan Antonio.
Ça sera super. À demain !
Les deux couples se retrouvèrent pour déjeuner,
et au cours de la conversation, il y eut un moment délicat.
Juan Antonio, attiré qu'il était par Cristina,
essaya de lui faire du pied sous la table,
et accidentellement, c'est à Vicky qu'il en fit.
Le parc d'attractions était bien
ce que Juan Antonio leur avait promis.
Très ancien et plein de charme avec vue sur tout Barcelone.
Je vois pourquoi tu aimes ton fiancé. Il est vraiment charmant.
- Oui, oui. Il est adorable. - Et tout à fait I'homme qu'il te faut.
J'aime pas tellement ta façon de dire ça.
Je veux seulement dire que vous faites un couple confortable.
Tu n'as pas I'air de comprendre. Je ne peux plus rien y faire.
C'est pas que I'idée...
que I'idée ne m'ait pas traversé I'esprit, mais...
Je t'en prie, ne reprenons pas cette conversation.
Les choses ont évolué
et j'éprouve des sentiments très profonds pour Cristina.
Alors pourquoi tu as frotté ton pied contre le mien sous la table ?
J'ai pas fait ça.
- Si ! - Mais non !
- Si. Quand je t'ai jeté un coup d'œil. - Si j'ai fait ça, c'était par erreur.
Je veux dire, je voulais toucher le pied de Cristina.
Oh, euh...
OK, je... oui, pardon... Pardonne-moi mon erreur.
- C'est moi qui ai commis une erreur... Non, je...
Écoute... tu es prête à te lancer dans une vie différente.
C'est la vie que tu as toujours voulue avec I'homme que tu aimes.
Oui, non, mais merde, Ià ! Parce que je t'ai rencontré
et on a passé ce week-end insensé ensemble et maintenant...
- Je ne sais plus où j'en suis. - Je t'en prie !
Moi, je suis avec Cristina,
et toi, tu vas te marier dans deux semaines, Vicky.
- Oui, je sais. - Oui.
Tu as raison. Cristina, elle t'aime.
Et jamais je ne voudr...
Oui, Cristina et moi, on va bien ensemble.
On parle la même langue. Toi et moi...
on se sauterait sûrement à la gorge au bout d'un mois.
- Tu vois ? - Oui.
Nos chemins pourront peut-être se croiser à nouveau
dans d'autres circonstances.
Qui sait ce que la vie réserve ?
Tu as raison. Je suis vraiment une idiote.
Je ne sais même pas ce que j'espère.
Et le jour du mariage arriva,
et Vicky épousa Doug.
Cristina était Ià.
Elle n'avait pas amené Juan Antonio qui avait trouvé une excuse.
Après la cérémonie, les jeunes mariés partirent
pour une mini lune de miel à Séville.
C'est alors que Cristina commença à pressentir
la possibilité du genre de liaison qu'elle avait toujours recherchée,
mais qui, dans le passé, lui avait échappé.
Elle était la maîtresse d'un homme excitant, un artiste,
dont elle admirait I'œuvre.
Elle se voyait déjà comme une sorte d'expatriée,
qui ne se laisserait pas étouffer par ce qu'elle considérait
comme une culture américaine puritaine et matérialiste
qu'elle avait du mal à supporter.
Elle se sentait plus Européenne,
en accord avec les penseurs et les artistes qui, selon elle,
savaient exprimer la vision tragique et romantique
de la libre-penseuse qu'elle était.
Dans le cercle d'amis de Juan Antonio,
elle frayait avec des créatifs de tous genres.
Elle appréciait leur compagnie
et continuait à faire I'expérience de I'écriture et de la photographie.
Vous avez passé un bon moment ?
Oui. Séville est une ville à vous couper le souffle.
On a rencontré des amis de New York avec qui on a passé un peu de temps.
- Ç'a été génial. - Un peu trop de temps, oui.
Tu leur en veux parce qu'ils nous ont massacrés au bridge.
- J'aime pas le bridge. - Moi non plus.
Regardez ça ! Attention, les yeux !
Cristina et Juan Antonio vous ont envoyé ce cadeau de mariage.
Quand j'ai appris que c'était du sérieux entre eux,
j'ai eu du mal à le croire.
Il ne nous manquait plus que les taches d'encre de Rorschach !
- J'aime pas trop. - On t'en offrira un d'Alejandro.
Si...
Si.
Como esta ?
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Maria Elena a essayé de se tuer.
- Quoi ? - Mon Dieu !
Elle va bien ?
Oui, je crois. Je sais pas. Il faut que j'y aille.
Mais où est-ce que tu vas ?
Je vais aller à I'hôpital.
Tu veux que je vienne avec toi ?
Non. Je crois pas que ce soit une bonne idée.
Elle est complètement déboussolée.
D'accord. Appelle-moi si tu veux que je vienne.
- Oui, bien sûr. - OK ?
Juan Antonio se précipita dehors en pleine nuit.
Cristina essaya de se rendormir, mais elle était inquiète.
Elle somnola nerveusement et se réveilla bien avant I'aube.
Je suis Ià, en train de faire du café.
Alors ? Tout va bien ?
Ça va. Cristina, voilà Maria Elena.
Je me sens idiote.
Ici, tu ne dois pas parler espagnol. Tu veux ?
Je me sens gênée.
Ah non...
Surtout, ne soyez pas gênée. Je peux vous offrir quelque chose ?
Vodka.
De la vodka maintenant ?
Après toutes tes pilules ?
Tu es folle ou quoi ?
Je peux me doucher et enlever ces putains de vêtements ?
Pas d'espagnol !
Quand tu es ici, tu dois pas parler espagnol.
Si tu veux prendre une douche, tu vas dans la chambre d'invités.
Me voilà une invitée chez moi ?
Oui, tu es une invitée.
Va, Maria Elena.
Tu sais où est la chambre.
Alors, qu'est-ce qui se passe ?
- Rien. - Tout va bien ?
Je crois qu'elle va bien, oui.
Les choses n'ont pas bien tourné pour elle à Madrid et...
elle est revenue en bus toute seule, cette nuit.
Tout son monde lui paraissait sans espoir
et tous ses projets avaient raté...
Elle a fait une overdose en arrivant.
- Ah, mon Dieu, c'est terrible ! - Oui, il faut qu'elle reste avec nous.
Quoi ? Elle va rester avec nous ?
Il faut qu'elle reste ici.
Elle n'a pas d'argent et n'a personne capable de s'occuper d'elle.
J'ai toujours...
J'ai toujours été son seul lien avec la réalité.
Je comprends, mais comment peut-elle rester ici ?
Tu sais, je pense...
qu'on ne peut pas prendre le risque de la laisser seule.
C'est ça, le problème. Je veux dire que même si...
Je réfléchis... Même si...
Même si on lui trouvait un endroit...
Peut-être que c'est un psychiatre qu'il lui faut.
Elle s'est toujours mal entendue avec les médecins.
- D'accord, mais où on va la mettre ? - Là-bas.
Combien de temps elle va rester ici ?
Cristina, je sais que...
que ce n'est pas ce que tu avais prévu, mais il faut qu'elle reste.
- Je comprends. - Elle n'a personne.
C'est pour peu de temps.
Quelques mois, au plus.
- Elle va rester quelques mois ? - J'ai déjà vécu ça avec elle.
Alors... Enfin...
Et merde !
Si seulement tu I'avais connue quand je I'ai rencontrée.
Sa beauté était...
Sa beauté était à couper le souffle.
- Oui, je sais. - Elle était douée, brillante...
et tellement sensuelle.
Elle m'a choisi parmi 100 hommes prêts à tuer pour elle.
- Han, han. - On était tous les deux convaincus
qu'on était un couple parfait, mais il y manquait quelque chose.
Tu vois, parce que...
L'amour exige un équilibre absolument parfait.
C'est comme le corps humain. Il peut s'avérer...
qu'on a absolument toutes les vitamines et les minéraux,
mais si jamais il y a un seul petit ingrédient
qui manque, comme...
le sel, par exemple...
on en meurt.
Le sel ?
Qui est-elle ?
C'est la femme avec laquelle je vis.
S'il te plaît, tu ne dois pas parler espagnol quand elle est Ià.
Par égard pour elle ?
Oui, c'est ça, par courtoisie.
Je lui fais pas confiance.
Ses yeux ne sont pas que d'une couleur.
Tu as toujours été paranoïaque
au sujet de toutes les femmes que j'ai connues.
- Elle est jolie. - Si.
Tu crois que ça te suffira ?
Bon, écoute...
Elle est très intelligente et libre-penseuse comme toi.
Comme moi ?
Tu me cherches dans toutes les femmes.
Ce n'est pas vrai.
J'ai été avec une femme à Oviedo qui était le contraire de toi,
une Américaine, et ça a été... très beau avec elle.
Donc, tu te trompes.
Tu cherches toujours à dupliquer ce qu'on a connu.
S'il te plaît, dans cette maison, pas d'espagnol. D'accord ?
Ne me parle pas comme ça !
Pourquoi tu te mets en colère contre moi ?
Écoute-moi, toi, pourquoi il t'est venu I'idée de te tuer ?
Comment cette stupide idée a-t-elle pu te venir à I'esprit ?
Vouloir te tuer... Pourquoi, nom du ciel ?
Reste ici jusqu'à ce que tu sois remise et après,
je t'en supplie, disparais, va-t'en, sors de ma vie !
On frôlait la perfection, toi et moi !
- Tu es trop esquintée. - Et c'est ce que tu aimes.
Tu as toujours aimé mes sautes d'humeur.
Qu'est-ce qui nous manquait ?
Qu'est-ce qui nous manquait ?
Pas d'espagnol !
Elle est pas bien pour toi. J'ai pas confiance en elle.
Et tu sais à quel point j'ai toujours défendu tes intérêts.
Pas quand tu as essayé de me tuer.
- Oh, ça... - Oui, ça, ce petit détail, oui.
Je sais... Je sais que tu...
Je sais que tu te méfies d'elle parce qu'elle est ma maîtresse.
Je le sais. C'est évident.
Je te vois si perdu, si désordonné depuis qu'on a rompu !
Tu parlais de renoncer aux femmes et à I'amour...
Et voilà que tu perds la tête, pas pour une, mais pour deux...
touristes américaines.
Encore du café ?
Oui, merci.
- Excuse-moi. - C'est pas grave.
Du sucre...
Non, merci, ça va.
J'ai pensé qu'on pourrait faire un tour à la campagne,
tout à I'heure, parce qu'il fait un temps magnifique.
C'est sûr qu'il va pleuvoir.
- S'il te plaît... - Non, non, ça va.
Tu n'as rien en espagnol ?
Du chinois ?
Pourquoi ?
Je trouvais que ça sonnait bien.
Parle-moi en chinois.
Moi ?
Hum, hum.
Tu trouves que ça sonne bien ?
Peut-être pas comme je le prononce, bien sûr, mais...
Je trouve le chinois strident comme une perceuse !
Maria Elena, pas d'espagnol !
Tu entends les cuisiniers chinois ? C'est affreux.
Arrête, Maria Elena ! Pas d'espagnol.
Excuse-moi, je suis nerveuse. J'ai fait des mauvais rêves.
- Tu vas peindre ? - Tu peins aussi ?
Elle le demande !
Demande-lui ! Tout ce qu'il fait, il me I'a volé !
Son style tout entier !
Elle adore toujours inventer ces histoires.
Juan Antonio, ta vision des choses, c'est la mienne.
- Je dis pas que tu m'as pas influencé. - Influencé ?
- Oui. - Influencé ?
Oui. Mais de Ià à dire que j'ai volé ton style...
Dire que j'ai volé ton style, c'est du délire.
Bon, on a peint I'un à côté de I'autre
et tu as adopté ma vision des choses.
Tu as inventé ça et tu te plais à le répandre, mais c'est faux.
Elle a toujours eu du mal à voir la réalité.
Je ne vais pas me mettre en colère maintenant.
Aux Beaux-Arts, qu'est-ce qu'on disait de moi ?
On disait que j'étais un génie. Pas vrai ?
J'ai toujours encouragé ton talent.
C'est pas de talent que je parle, mais de génie ! GÉ-NIE !
J'ai même failli tuer pour toi.
Tu as failli me tuer, moi, avec une chaise !
Je ne faisais que me défendre.
Tu tenais un rasoir et tu étais soûle !
Avec un rasoir et ta colère...
C'était de la jalousie. J'étais folle de toi
- et tu m'as trompée. - Jamais.
Avec la femme d'Agostino !
- Par le regard ! - Tu m'aurais tué pour ça ?
Je veux plus en parler. C'est fini.
Je te vois avec une autre et ça ne me fait rien.
Je suis polie. Qu'est-ce que tu veux d'autre ?
Tandis que les jours passaient,
Cristina observait Maria Elena et Juan Antonio
et plus que jamais trouvait que le cœur est une énigme.
Où étais-tu ?
- Tu écrivais ? - Oui. Enfin, j'essayais.
Je suis très curieuse.
Est-ce qu'elle pense vraiment que tu lui as tout volé ?
Euh...
Bien... je...
Je pense que je lui ai pris davantage que je ne veux I'admettre.
C'est pour ça que je suis toujours susceptible quand elle parle de ça.
Oui.
- Je suis triste, tu sais. - Pourquoi ?
Parce que j'ai I'impression que jamais, je ne serai capable
de t'influencer ou de t'inspirer de quelque façon que ce soit.
- C'est pas vrai. - C'est ce que je ressens.
C'est pas vrai.
J'avais encore jamais entendu la sonate de Scriabine,
la sonate pour piano, jusqu'à ce que tu passes le disque pour moi,
et maintenant, j'arrête plus de I'écouter.
Voilà qui me fait très plaisir.
Qu'est-ce qu'il y a ?
C'est peut-être pas une bonne idée... ici.
Quoi ?
Elle va mieux depuis quelque temps.
J'aimerais pas lui faire de peine.
Ah, bien sûr, non.
C'est au cours de langue que suivait Vicky
I'après-midi pour améliorer son espagnol
qu'elle fit la connaissance de Ben,
un jeune homme qui ne la quittait pas des yeux,
et qui se mit à la draguer jour après jour.
C'est incroyable qu'on m'ait engagé au consulat.
Mon espagnol est loin d'être parfait. C'est le moins qu'on puisse dire.
- Non, moi, je le trouve bon. - Ah oui ? Il est pas mal.
Est-ce que t'es content de ton séjour à Barcelone ?
- Je le serais si j'avais plus d'amis. - Bien sûr, oui.
Hier, j'ai marché de la plage jusqu'au Parc Güell
à la recherche de Gaudí.
Euh... Tu veux voir un film ?
- Un film ? - Mercredi, I'après-midi ?
Euh... Oui !
Le film fut un grand succès.
Et Ben s'avéra de très bonne compagnie pour Vicky.
Un après-midi, ils entrèrent dans un magasin pour acheter des cerises,
et quand le marchand s'éloigna pour répondre au téléphone,
Ben ne put s'empêcher de prendre la main de Vicky.
Euh... Non.
Tu...
- Non ? - Non.
Tu sais bien que je viens de me marier.
Oui... je...
Mais j'avais comme I'impression...
que c'était peut-être un peu précipité et que tu le regrettais.
Regretter ? Est-ce que j'ai laissé entendre ça ?
J'ai dû mal interpréter.
Non. Je...
Je devrais pas te dire ça.
Mais, tu sais, j'avais toujours cru être une personne
qui savait exactement ce qu'elle voulait.
C'était pas le cas ?
Bien, non. J'ai connu quelqu'un d'autre et...
Non, je vais pas te raconter cette histoire.
- Et celui que t'as rencontré ? - C'est un garçon...
qui vit avec ma meilleure amie. Tu vois ? Mais de quoi je parle ?
Quand je m'entends parler, je me dis que c'est vraiment dingue.
Je viens d'épouser celui que je voulais.
Vraiment ?
Je le croyais.
Et alors ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Cette connerie de week-end à Oviedo.
Cristina, Juan Antonio et Maria Elena
étaient allés faire du vélo à la campagne.
Maria Elena avait décidé qu'ils se cuisineraient un bon dîner
et insista pour qu'ils cueillent des mûres.
Attendez-moi !
- Là, c'est I'endroit idéal. - Comme ça...
Tu peux prendre...
Qu'est-ce qu'il y a ?
Quoi ? Quoi ? Quoi ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Assieds-toi ! Allez, assieds-toi.
Tu as mal en haut du dos ou en bas ?
Ici.
- Ici ? - Oui.
Bouge pas, attends.
Laisse-moi... Attends...
Attends, laisse-moi faire.
Tu veux prendre une aspirine ? J'ai de I'aspirine dans mon sac.
D'accord.
Détends-toi. Je reviens tout de suite.
C'est tout dans sa tête. Il a tellement de tension.
Extérieurement, il est insouciant, rien ne compte, la vie est courte...
elle n'a pas de but véritable...
Mais toute sa peur, elle lui monte à la tête.
Tu sais qu'elle joue du piano ?
Non... je... je...
Je savais pas. C'est pour ça qu'il y a un piano dans la maison ?
Oui, j'aurais pu être une grande pianiste.
Oui, tu aurais pu. Personne ne joue Scarlatti comme Maria Elena.
Elle comprend Scarlatti. C'est pas vrai ?
Tu joues d'un instrument ?
Non. D'ailleurs, je dois regarder les choses en face
et admettre le fait que je n'ai pas de don.
Tu vois, je sais apprécier I'art et j'aime la musique, mais...
C'est triste, en fait, parce que j'ai I'impression
que j'aurais beaucoup à exprimer, mais je n'ai pas de don.
Mais si, tu as du talent.
- Non. - Si.
Quoi ? C'est quoi, mon talent ?
- Tu fais des belles photographies. - C'est vrai qu'elle n'arrête pas
de prendre des photos qu'elle me cache.
C'est parce qu'elles sont nulles. Comment tu sais que j'en prends ?
J'en ai trouvé dans tes bagages.
Tu as fouillé dans mes bagages ?
Bien sûr, j'ai fouillé dans tes bagages.
La nuit où je suis arrivée,
je t'ai pas fait confiance. Je croyais pas que tu étais celle que tu disais.
Je voulais savoir qui était celle qui partageait le lit de mon ex-époux.
Quoi ?
Comment savoir ce que je trouverais ?
Comment j'aurais pu être sûre que tu me ferais pas de mal ?
Après tout, moi, j'ai bien pensé à te tuer, toi.
S'il te plaît, tu ne dis pas qu'elles te plaisent si c'est pas vrai.
- Non, non, elles sont bien. - Elles sont magnifiques !
Tu vois !
Le lendemain, Maria Elena alla prendre des photos avec Cristina.
Elle avait un très bon œil et connaissait I'art de la photographie.
Elle en apprit long à Cristina sur son esthétique et ses subtilités.
Elle lui conseilla de se débarrasser de son appareil numérique,
elle lui en recommanda un ancien pour de meilleurs résultats.
Elle disait qu'il fallait une chambre noire
et qu'elle en installerait une au sous-sol pour Cristina,
et qu'elle lui enseignerait diverses techniques de développement.
Elles photographièrent tout, des chiens à I'air idiot...
aux enfants au regard sombre.
Mais le meilleur sujet était Maria Elena elle-même.
Un après-midi, en faisant des courses,
Vicky et Doug rencontrèrent, par hasard, Adam Tabachnik et Sally.
Adam et Doug travaillaient dans la même branche. Ils étaient copains,
même si à New York, ils passaient peu de temps ensemble.
- Ça alors ! J'en reviens pas ! - Doug !
Tous les programmes de télé, tous les programmes en direct,
tu pourras les passer sur ton ordinateur.
Tiens, par exemple, je suis en avion pour Tokyo. Je vole à 40000 pieds
et je regarde un match des Mets en direct sur mon portable.
C'est stupéfiant ! On ne perd jamais le contact.
Notre nouvelle maison va bientôt être câblée pour tout.
Je m'intéresse aux nouveaux écrans de télévision haute définition.
Il faudrait que tu demandes à mon technicien de faire I'installation.
C'est un vrai génie de I'informatique. Je te donnerai sa carte.
On vient de tout refaire chez nous. Il faudra absolument que tu voies ça.
On a le plus merveilleux décorateur. Fais appel à lui.
C'est un créatif, mais il sait s'effacer quand il faut.
On a fait moderne, avec quelques bribes d'époque.
J'adore combiner les deux, mais alors, les prix...!
Tu as une idée de ce que coûte un tapis oriental de bonne dimension ?
C'est vrai. Elle dit vrai. Il y a une vieille blague Ià-dessus.
"100000 pour un tapis persan..."
La vie s'écoulait de façon prévisible pour Vicky et Doug
jusqu'à ce que se produise, un après-midi,
un événement imprévisible.
Quelques jours plus tard, Judy demanda à rencontrer Vicky en privé,
loin de la maison, pour prendre un café.
Ce qui s'est passé I'autre jour...
Je ne veux pas que tu te fasses de fausses idées.
Ça me regarde pas.
J'ai pas de liaison avec I'associé de Mark.
- C'est pas... C'est pas... - J'ai pas pensé que tu en avais une.
Non que je n'aie pas parfois rêvé que quelqu'un pourrait venir un jour
et m'arracherait à ma situation...
Mais...
dans mes rêves, je ne vois pas Jay Lewis.
Encore que ça lui dirait bien. Il aimerait.
T'arracher à ta situation ?
Je ne suis plus amoureuse de Mark depuis des années.
Enfin, je I'aime, mais je ne suis pas amoureuse de lui.
Je suis désolée d'entendre ça.
C'est drôle, je viens de...
Je viens de tenir le même discours à mon psy.
Et qu'est-ce qu'il en dit, lui ?
Il dit...
que j'ai peur de passer à I'acte et que...
que je veux trouver une solution magique en quelque sorte...
ce qui est peu réaliste. Et que...
Et que ce n'est pas une liaison, la réponse.
Je suis désolée de t'imposer toute cette histoire,
mais j'ai eu tellement honte quand tu nous as vus !
C'était juste...
Écoute, ne crois pas...
Dis-toi bien que tu n'as pas à me donner d'explication.
Je veux dire...
Mark est génial.
Je suis bien certaine...
que toute I'insatisfaction qu'il y a en moi
est mon propre problème.
Seulement...
Je peux pas le quitter et je sais que je le quitterai jamais.
Mais...
Pourquoi ?
Je ne pourrais pas.
J'ai trop peur.
Le moment est passé.
Tu sais, quand je vous vois ensemble, toi et Juan Antonio,
il me paraît évident que vous êtes toujours amoureux.
Notre amour durera toujours, c'est pour la vie.
Mais ça ne marche pas.
C'est pour ça qu'il sera toujours romantique.
Parce qu'il reste inachevé. Tu comprends ?
Il reste inachevé, peut-être parce que...
parce que je me mets en travers.
Enfin, je sais pas, il me semble que...
Avant toi, nous nous causions
tellement de peine, tellement de souffrances.
Sans toi, rien de tout ça ne serait possible.
Tu sais pourquoi ? Tu es I'ingrédient qui manque.
Tu es cette nuance...
qui, ajoutée à une palette, fait que la couleur devient belle.
Toi et Juan Antonio, vous n'êtes pas tentés de faire I'amour ?
Il me semble que... Je ne sais pas.
Non. À la fin de notre mariage, c'était terminé.
Mais j'avoue que ces émotions reviennent maintenant...
grâce à toi... d'une façon nouvelle et plus profonde.
En tout cas, ça ne me ferait pas de peine, à moi.
Je ne veux surtout pas me mettre en travers.
- Ça me ferait pas de peine. - Je sais que ça t'en ferait pas.
C'est comme la chaleur que j'éprouve, moi,
quand je vous entends, emportés par la passion, chaque nuit.
J'écoute et ça me rend heureuse.
Est-ce que Cristina accepta
que Juan Antonio et Maria Elena fassent I'amour, un après-midi ?
Au préalable, elle leur avait donné sa bénédiction à tous les deux,
mais Ià, elle était partagée.
Elle n'était pas tout à fait aussi large d'esprit qu'elle I'avait cru.
Et le fait de penser à eux deux au lit, forcément pleins d'intensité,
provoqua un conflit en elle.
En fin de compte, elle se calma un peu.
Et se laissa aller au déroulement des choses
avec une tolérance dont elle fut fière.
Au début, c'est vrai que ça m'a ennuyée,
mais je me suis mise à réfléchir
à tous ces clichés si souvent admis sur I'amour...
Ce qui est bien, ce qui est mal...
ce qui se fait ou pas selon "la police des bonnes manières".
Regardez tous ces rapports foireux.
En fait, tu partages un homme. Comme une épouse mormone.
Oui, je sais que ça peut paraître étrange,
mais chacun de nous apporte sa contribution à ses relations
et nous nous en nourrissons tous.
Si tout le monde faisait ça, la société en pâtirait.
Je t'en prie, n'entrons pas dans une argumentation tordue,
genre impératifs catégoriques. Le tout, c'est que ça marche.
Maria Elena pense qu'il y a toujours plusieurs vérités dans la vie
- et pas une seule. - Tu pourrais vivre comme ça ?
J'ai jamais eu, comme Cristina...
Quoi ? Tu n'as pas eu son manque de structure ?
- C'est très structuré, en réalité. - J'ai jamais eu son courage.
Son courage ? Elle finira par coucher avec Maria Elena
et elle s'en glorifiera comme s'il fallait voir Ià
une espèce de mode de vie alternatif supérieur à tout autre.
J'ai déjà couché avec elle.
- Non. - Si.
Quand ?
Juan Antonio et Maria Elena ont installé une chambre noire pour moi,
tu sais, pour m'encourager à la photographie.
D'ailleurs, je fais des progrès.
Croyez-moi ou pas, je me fais de plus en plus confiance.
Et on était dans la chambre noire.
Et j'étais en train de retravailler certaines photos,
chose que j'aurais jamais faite si elle m'y avait pas poussée.
Et ça c'est passé très naturellement pour toutes les deux.
T'étais pas nerveuse ?
Non. Ç'a été très affectueux, très tendre.
- Tu y as pris du plaisir ? - Oui, oui.
Et... euh...
Ça s'est passé qu'une seule fois ?
Oui, oui. C'est arrivé comme ça, tu sais.
J'ai pas I'intention d'en faire... d'en faire forcément une habitude.
Mais si tu y as goûté... bien...
Oui, j'ai aimé sur le moment.
Tu I'as dit à Juan Antonio ?
- Oui, il y avait rien à cacher. - Tu dirais que tu es bisexuelle ?
Je ne vois aucune raison de vouloir tout étiqueter. Je suis moi.
J'ai couché avec Juan Antonio depuis,
et j'y ai pris aussi beaucoup de plaisir.
Quelle belle histoire !
Ouais...
C'est une belle histoire.
Je ne voudrais pas m'ériger en juge, alors...
À quoi tu penses ?
Hum ?
Ah, je sais pas.
Je me dis que le temps passe vite.
L'été va être bientôt fini.
On va bientôt rentrer chez nous.
Je croyais que t'étais encore en train de penser
à I'intermède torride de ton amie "Volupté dans la chambre noire".
À propos de chambre noire...
Viens ici.
Au cours des semaines qui suivirent,
Cristina devenait de plus en plus sûre d'elle comme photographe.
Juan Antonio et Maria Elena lui apportaient des idées
et la soutenaient quand elle doutait d'elle.
Grâce à leur encouragement,
la photographie révélait un intérêt fructueux dans sa vie.
À présent, elle, et Juan Antonio, et Maria Elena
étaient devenus amants.
Tout semblait parfaitement équilibré, parfaitement accordé.
Maria Elena était calme et détendue.
Juan Antonio traversait une période très créative dans sa peinture.
Seule Cristina, pendant les derniers souffles de I'été,
commença à éprouver un vieux sentiment familier,
un malaise croissant qu'elle redoutait
mais ne reconnaissait que trop bien.
Brusquement, les pensées prirent le pas sur les sentiments.
Des pensées et des questions sur la vie et sur I'amour.
Et malgré ses efforts pour y résister, elle ne pouvait se sortir ces idées
de la tête.
Prenant enfin sa résolution,
un soir après le dîner, elle fit une annonce qui surprit tout le monde.
Je ne veux pas de la vie que mes parents avaient.
Je ne veux pas de celle que j'avais avant de venir ici. J'en suis certaine.
Mais je sais que je ne peux pas vivre éternellement comme ça.
Je te I'avais dit.
- Qu'est-ce que tu veux, Cristina ? - Je veux autre chose.
Quoi ?
Je... je ne sais pas, mais pas ça.
Il n'y a pas de réponse, Cristina.
Elle a eu ce qu'elle voulait et ça ne lui suffit plus.
C'est comme une maladie. Rien ne lui suffira jamais.
Ne te fâche pas.
Et ne parle pas espagnol, je ne comprends pas.
Elle ne se satisfera de rien.
Parle anglais pour qu'elle comprenne.
Je savais que tu te servirais de nous et tu I'as fait.
Je le savais !
Assez !
Pas d'espagnol, s'il te plaît, pour qu'elle te comprenne. D'accord ?
Alors...
Tu souffres d'insatisfaction chronique.
Voilà, tu souffres d'insatisfaction... chronique.
Une grave maladie.
C'est pas ça, Maria Elena.
C'est juste que... Regarde-moi !
- Tu sais combien on t'aime ? - Et je vous aime tous les deux.
Non, pas du tout !
Petite salope !
Je le savais !
Tais-toi, maintenant.
Elle n'a pas trouvé la bonne personne.
Quand elle la trouvera - et ça ne sera ni toi ni moi -
tout ce besoin de trouver la paix et le bonheur, ça lui passera.
- Il s'agit pas de ça. - Bon, d'accord.
Où est-ce que tu iras, Cristina ?
Il faut juste que je m'éloigne d'ici pour quelques semaines.
J'ai besoin de m'éclaircir les idées. C'est pas... C'est juste moi.
C'est mon problème. Ça n'a rien à voir avec vous.
Viens, viens ici.
Soyons...
reconnaissants de tous les bons moments
que nous avons passés ensemble.
D'accord ?
Et souvenons-nous les uns des autres avec respect.
D'accord ? Et avec amour et affection.
D'accord ?
Cristina raconta tout ce qui s'était passé à Vicky
et lui dit qu'elle allait passer quelques semaines en France
pour réfléchir, et qu'elle reviendrait la chercher
pour qu'elles rentrent ensemble à New York.
Alors, ça a toujours été Juan Antonio ?
Je vais rien faire du tout. Oublie ce que je t'ai dit.
J'avais besoin d'en parler à quelqu'un et comme on est devenues proches...
Pourquoi tu ne fais pas quelque chose ?
Que je fasse quoi ? Tu voudrais que je rompe avec Doug,
qui est vraiment quelqu'un de très gentil
et qui m'a épousée en toute bonne foi ? Et pour qui ?
Pour un bohème, pour un peintre espagnol,
qui lui, est passionnément attaché à son ex-femme
et qui ne partage peut-être pas mes sentiments,
si tant est qu'il les ait partagés un jour ?
Qu'est-ce que je raconte ? Mais c'est un rêve très excitant.
Si j'étais toi, je perdrais pas une seule minute. Je foncerais.
- Sur quoi ? - Tu es amoureuse de lui.
Écoute, fais quelque chose,
ou les années vont passer très vite et toi, tu vas le regretter, Vicky.
Non. Qu'est-ce que tu racontes ? Écoute...
Je peux pas prendre ce risque.
Si Juan Antonio n'avait jamais existé, je serais bien avec Doug.
- Tu serais juste bien ? - Oui, c'est prévu comme ça.
Je peux vraiment être brutale ? Quand je regarde Doug, je vois Mark.
Oui, bien Ià, tu te sers de moi pour réécrire ta propre histoire.
Malgré les protestations de Vicky,
Judy s'entêtait à trouver une façon de réconcilier Vicky et Juan Antonio.
Et elle persuada son amie Gabriella, une personnalité du monde des arts,
de donner une réception où elle inviterait Vicky et Juan Antonio.
Pendant ce temps, de façon prévisible,
sans Cristina, les rapports de Juan Antonio et de Maria Elena
avaient retrouvé leur penchant destructeur.
Je passe mon temps à te dorloter, à soigner tes tics et tes phobies.
Mon travail en souffre.
C'est pas ma faute si tu fais de la merde et si tu ne mûris pas !
Tu sais la peine que ça me fait
de voir que tu ne te réalises jamais complètement ?
Fiche-moi la paix !
Comme c'était déjà arrivé auparavant,
d'un commun accord, Maria Elena fit ses bagages
et quitta la maison de Juan Antonio.
Je le trouve gentil, seulement... ce que je lui reproche,
c'est qu'il s'approche un peu trop.
Il parle de très près.
C'est probablement ce qui fait son succès.
Je disais en venant ici en voiture que je suis très content.
Il va être un bon contact pour moi.
Je vais voir s'il y a quelque chose à manger.
- Quelqu'un veut quelque chose ? - Non, merci.
C'est vrai qu'il parle de très près.
Bonjour.
- Bonjour. - Je suis surpris de te voir.
Comme je le suis de te voir.
Je pensais pas que tu aimais les fêtes.
Gabriella a insisté pour que je vienne. Et c'est une vieille amie.
Tu sais bien sûr que Cristina et moi, on n'est plus ensemble, n'est-ce pas ?
Oui.
Alors tu n'es plus qu'avec ton ex-femme ?
Non, Maria Elena est aussi partie.
Pour le moment.
C'est bizarre. Maria Elena et moi...
on est faits et pas faits I'un pour I'autre.
C'est une contradiction.
Je pense que pour le comprendre, il faut un poète comme mon père.
Moi, je comprends pas.
Ah bon.
Alors, toi ? Je suis sûr que ça va avec ton mari.
Ah oui, oui. Il est merveilleux. Il est super.
Je suis ravie de la tournure que les choses ont prise.
Pourquoi je ne te crois pas ?
Ne commence pas à flirter.
Tu sais, je me rends bien compte que ton lit est vide maintenant
et que tu as toujours un petit peu envie de moi,
mais on se prépare à partir pendant le week-end...
Retrouvons-nous pour le déjeuner.
Ça me fait trop peur.
Hein ? Quoi ?
Je t'entends très mal, Tom.
Je t'entends mal. Où es-tu ?
Là, c'est mieux. C'est mieux, oui, oui.
Essaie de ne pas bouger.
Tu m'entends ?
Il faut absolument qu'on achète un oiseau pour Mark et Judy.
Oh non ! On va pas leur acheter un oiseau !
- Pourquoi pas ? - C'est ridicule.
Ils sont magnifiques. J'ai toujours voulu en avoir un.
On devrait s'en acheter un quand on rentrera.
Je t'avoue que j'aimerais bien en avoir un
- pour notre nouvelle maison. - Ah oui ?
Oui. Et tu sais, je crois que j'irais bien à Bedford Hills.
- Qu'est-ce que tu en penses ? - Oui.
Attends.
Allô...
Passe I'après-midi demain avec moi.
Non, c'est pas possible.
On se prépare à quitter le pays ce week-end.
Mets-toi au coin de la Calle Tillers à Pedralbes.
Je passerai en voiture Et je te prendrai à midi.
Euh... non...
Tu perds ton temps. Je peux pas parler.
Moi, je suis pas le genre d'homme
qui voudrait venir se mettre entre un mari et sa femme.
Pas moi. C'est pas ça, mais Judy Nash m'appelle
et elle dit que tu n'es pas heureuse parce que...
tu es, en réalité, plus amoureuse de moi que de ton mari.
Je peux pas te parler.
- Qu'est-ce que c'est ? - Qu'est-ce que t'en penses ?
C'était qui ?
Au téléphone ?
Ah, c'était... c'était mon professeur de langue.
Ah oui ?
Il veut faire un déjeuner d'adieu avec moi demain à midi.
C'est parfait.
Je fais un parcours de golf avec Mark, en matinée.
- Si tu veux. - Bien sûr.
Voilà, ça, c'est...
Là, ce sont les toiles
sur lesquelles je travaille en ce moment.
- Oui... - Ah, elles sont bouleversantes !
Ah oui ? Enfin, c'est pas facile d'expliquer une toile.
Non, c'est pas la peine. C'est fascinant. C'est... fascinant !
Celle-Ià devrait être dans I'autre sens, mais...
Non, elle me plaît beaucoup.
Je peux...
- Je peux te parler franchement ? - Oui.
Celle-Ià...
elle a quelque chose de très effrayant, je trouve.
C'est une toile de Maria Elena.
Oui, eh bien, ça explique son côté très chaotique.
Disjonctée un petit peu, même.
Oh, mon Dieu, qu'est-ce que je fais ici ?
Je ne sais pas à quoi je m'attends, au fait.
Il s'est passé beaucoup de temps
depuis la nuit où on a fait I'amour à Oviedo.
- Oui. - J'y ai souvent pensé.
Je suis sûre que tu y pensais pas
quand tu faisais I'amour avec Cristina ou Maria Elena.
Je ne t'ai jamais menti.
Rappelle-toi que je t'avais dit dès le début
que vous me plaisiez toutes les deux, toi et Cristina.
Oui. Tu... Écoute...
Je peux pas juste coucher avec toi.
Je sais pas faire ça.
- Ça ne t'a pas gênée, cette nuit-Ià. - J'étais pas mariée.
Tu allais bientôt I'être.
Oui, tu as raison. J'en ai très envie.
Mais qu'est-ce que je peux faire, moi, alors ?
Faire I'amour avec toi et retourner à mon mariage
comme si rien ne s'était passé, ou alors y mettre un terme ?
Judy Nash dit que tu te prépares à avoir une triste vie.
C'est d'elle qu'elle parle à mon avis.
Peut-être que tu comprendras un peu mieux tes sentiments
- une fois qu'on aura fait I'amour. - Ou au contraire.
Écoute, je peux pas dire que ça me tente pas,
mais ça nécessiterait un tel bouleversement émotionnel !
Et puis, d'un point de vue purement pratique,
tu n'es pas exactement le genre d'homme avec qui on envisage-
- Maria Elena ! - Oh, mon Dieu !
- Non ! Maria Elena ! - Qu'est-ce que tu fais ?
Non ! Non !
Tu vas te tuer !
Je ne veux pas vivre, bon Dieu !
Lâche ça !
Je ne veux pas vivre comme ça,
ma tête va exploser !
- Je n'en peux plus ! - Maria Elena...
Donne-moi ce flingue !
Donne-moi ce flingue ! Merde !
Écoute-moi, mon amour.
Mon amour, écoute-moi !
Donne-moi ta main.
Ça va aller, mon amour.
- Ah, mon Dieu ! - Je suis désolée !
Mon Dieu !
Mais vous êtes complètement fous, tous les deux !
Complètement, mais complètement malades !
Deux dingues ! Comment je vais expliquer ça à mon mari ?
Je peux pas vivre comme ça ! C'est pas ma vie ! Pas ma vie !
Maria Elena...
Je n'arrive pas à comprendre
ce que ton professeur de langue faisait avec un flingue.
Je te I'ai dit : il fait collection d'anciennes armes à feu.
Il m'a montré une de ses préférées-
Il faut lui faire un procès ! Cet homme est un irresponsable !
Non, c'est pas si grave, je t'assure.
Qu'est-ce que je deviens s'il t'arrive quelque chose ?
Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?
Je t'aime tant !
Doug ne sut jamais la vraie histoire.
Judy, elle, était au courant, et bien sûr, elle était soulagée
que Vicky n'ait pas été plus gravement blessée ou tuée.
Avec le retour de Vicky à New York,
les plans de Judy pour lui épargner le même destin qu'elle
étaient en attente permanente.
Quand Cristina revint d'Antibes, Vicky lui raconta tout
et Cristina trouva bien triste que Vicky ait tant voulu Juan Antonio
et n'ait jamais rien pu dire ou faire pour I'avoir.
- Je me serais effacée. - Non. Non, non.
J'ai su que tu éprouvais des sentiments pour Juan Antonio
dès le moment où tu I'as vu.
Si j'avais su ce qui s'était passé, jamais je ne serais allée plus loin.
C'était qu'une... passade. C'est tout.
Maintenant, c'est fini.
Vicky rentra pour sa grande fête de mariage avec Doug,
s'installa dans la maison qu'ils avaient enfin choisie
et décida de mener la vie qu'elle avait envisagée
avant I'été à Barcelone.
Cristina, elle, poursuivit sa quête...
certaine seulement de ce qu'elle ne voulait pas.
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