All language subtitles for Indochine.1992.REMASTERED.1080p.BluRay.x264-USURY

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Original subtitles

Je n'avais jamais quitté l'Indochine.

La main de Camille était dans la mienne.

Elle venait de perdre ses parents.

Ils étaient mes amis.

Leur avion avait disparu près du Cap Saint Jacques.

Je n'avais pas d'enfant.

Elle n'avait pas de parents.

La petite princesse d'Annam est devenue ma fille.

Je l'ai adoptée.

Ses parents et moi, nous étions inséparables.

C'est peut-être ça la jeunesse.

Croire que tout est inséparable.

Les hommes et les femmes.

Les montagnes et les plaines.

Les humains et les dieux.

L'Indochine et la France.

En adoptant Camille, j'avais hérité des terres de ses parents...

... qui sont venues agrandir celles que mon père et moi possédions déjà.

La plantation de caoutchouc...

... est devenue l'une des plus grandes d'Indochine.

C'était mon domaine, 6000 hectares d'hévéas.

Non, zut.

Maman, on n'arrivera jamais à bien le répéter.

Il paraît que tu fais ta mauvaise tête.

Demain renvoyer nouvelle fille monsieur Emile.

Renvoyer Hoa, pourquoi?

Trop gourmande, chère, mauvaise fille.

Trop grande bouche.

Demander toujours plus.

Aujourd'hui plus de riz, demain cochon.

Je connais beaucoup filles prêtes à remplacer elle.

Très beaucoup gentilles, bouches plus petites.

Non, celle-là tu t'arranges comme tu veux mais tu la gardes.

Mon père n'a jamais été si bien.

Presque gai. Il pourrait même sourire.

Tu la gardes.

Congaiie pas bonne, amour trop cher.

Et s'il était heureux?

C'est peut-être la dernière fois qu'il est amoureux.

Ensemble.

Du nerf.

Dans l'eau.

Allez.

Votre père les entraîne beaucoup?

Depuis un mois, tous les matins.

Il ne peut plus rien en tirer sur la plantation, mais ça lui fait plaisir.

А huit il faut des bêtes de labour.

Molen.

Molen.

Comment peuvent-ils avec cette chaleur?

Les vôtres encore, je comprends, mais les miens?

J'espère que mes marins vont leur flanquer une raclée.

Amiral, c'est mon équipe.

C'est comme je le pense.

Il ne faut pas leur donner des idées de victoire.

Je vous parie 2000 piastres.

Tenu, mais vous allez perdre.

Arrête, t'as pas de santé.

Tu me rends fou, ça me prend.

Y a une semaine qu'on n'a pas couché.

Et ce que tu me fais faire à la sieste?

C'est pas vraiment coucher.

Les grossesses en climat de mousson, alors merci.

On voit bien que c'est pas toi qui portes.

Il faut arracher.

Madame Devries, c'est moche pour Monsieur Emile.

Tout ce tintouin à l'entraînement et total, se faire battre.

C'est pas intéressant.

Comme dit Raymond, les Indochinois ça n'a pas la carrure.

Gardez votre sang-froid, Yvette, ils n'ont pas encore perdu.

On a gagné.

Amiral, vous me devez2000 piastres.

Qui c'est qu'a gagné? J'ai rien vu.

Mesdames et Messieurs...

... l'épreuve a été remportée par l'équipage de Madame Devries.

Composition Lui Van Min...

... Phan Van Dong.

Barreur, Monsieur Emile Devries.

Une statue de Jeanne d'Arc, en stuc.

Origine incertaine, attribuée à un élève de Bouscasse.

Mise à prix, 600 piastres.

Je vous ai fait attendre?

J'ai failli acheter une chambre à coucher normande.

Il n'y a que le lit qui me plaît vraiment le reste est moche.

Achetez le lit.

Non, ce sont des meubles que ont toujours vécu ensemble.

Il ne faut pas les séparer.

Ça portera bonheur à celui qui les achètera.

Vous êtes poétique, Yvette.

C'est exactement ça.

C'est ce que vous cherchiez?

Tout le monde a vu? Merci.

Grande douceur d'exécution.

Mise à prix 300 piastres.

300.

400.

420.

450.

460.

500.

Je vous en prie, laissez-moi ce tableau.

Vous êtes riche, pas moi.

Je ne peux pas monter l'enchère.

Ce paysage représente beaucoup pour moi.

Asseyez-vous, j'accepte votre enchère.

Alors? - Attendez.

Tu es grotesque, je peux te prêter de l'argent.

Laissez-moi.

Dites-moi pourquoi vous l'aimez et je vous le laisse.

Finissons-en, 500?

Dans mon enfance j'ai dessiné ce paysage des dizaines de fois.

Mais je n'étais jamais satisfait.

Il manquait cette vallée et cette colline un peu ombrée.

Elles n'existent pas, l'artiste les a inventées.

Je n'aurais jamais eu cette audace.

À dix ans, on ne sait pas qu'il faut changer le monde.

J'ai besoin de ce tableau.

J'étouffe à Saigon. Il n'y a pas de rivages.

Je n'ai pas votre impudeur.

Je ne sais pas étaler mes émotions devant des inconnus.

Plus une chose me touche, moins je peux en parler.

Très bien.

Au bénéfice du doute, adjugé.

Madame Devries fait collection. - Adjugé.

Mêlez-vous de ce qui vous regarde.

Moi pas trafiquer.

Moi jamais trafiquer opium.

Officier français connaît moi.

Madame à moi malade.

Moi partir chercher médecine.

Quelle heure est-il? - 20:09 heures, Lieutenant.

Aucune embarcation dans le delta après 20:00.

Vous savez ce que vous avez à faire.

Qu'est-ce qui te prend? Cet homme est en règle.

Tu es fou. Ils n'ont rien fait.

Tu es ici depuis un an et ils t'ont ramolli.

Tu as déjà les yeux vagues, du fond d'une fumerie crasseuse.

Encore quelque temps et ce pays t'aura complètement cuit.

Ils vont se noyer, tu es fier de toi?

J'ai obéi au règlement. Je te laisse l'indulgence.

Tu es comme mon père.

Il disait toujours la même chose.

'Suivez votre inclination'.

Et il disparaissait, emporté par ses passions, ses folies.

Il a semé le malheur autour de lui.

Je ne serai jamais cet homme-là. Je veux me garder.

Personne ne me volera l'intérieur de ma tête.

Pas même l'Asie.

Personne.

Tu as voulu fuir. Tu es un déserteur.

Tu m'a obligée à te battre.

Tu crois qu'une mère aime battre ses enfants?

Tu es mon père et ma mère.

Qu'est-ce que vous faites là?

Je me suis perdu.

J'ai dû tromper à l'embranchement.

Où allez-vous?

Je voudrais retrouver les occupants d'un sampan qui a été coulé.

Ça s'est passé pas très loin d'ici.

C'est vous qui errez de village en village...

...depuis trois jours?

Vous perdez votre temps.

Les gens d'ici ne vous diront rien.

Vous savez quelque chose?

Peut-être.

Il s'appelle Liem.

Laissez-le partir, vous lui faites peur.

Son père va aussi bien que lui.

Il est venu me voir hier soir.

Nous avons parlé très tard.

C'est moi qui ai donné l'ordre de saborder le sampan.

J'imaginais l'enfant noyé.

J'en rêvais.

Je ne pouvais pas m'enlever ces images de la tête.

Pourquoi l'avez-vous fait?

Parce que je devais le faire.

Vous aviez raison.

Il y avait de l'opium à bord, ce sont des trafiquants.

Opium de grande qualité.

Bao est un fournisseur réputé.

Son père l'était avant lui et son fils le sera après lui.

Si vous deviez répéter ce que je viens de vous dire, je nierais tout.

Ça ne vous gêne pas qu'ils vous regardent comme ça?

Pourquoi? Ce sont mes coolies.

Ce sont aussi des hommes.

Je suis leur patronne, c'est tout.

Commander à des hommes, c'est un métier d'homme.

C'est ce que disent les hommes en général.

Qu'est-ce que vous avez?

Je retombe en enfance.

Je devais rester allongé.

J'avais la tête qui tournait, je me mettais à rêver.

Tenez.

À quoi?

À l'amiral qui a vaincu la flotte turque à la bataille de Lépante.

Il avait 23 ans.

Il était le héros. Il s'appelait Don Juan d'Autriche.

Vous à quoi rêviez?

Je voulais être un garçon.

Et maintenant?

Je n'ai pas besoin de rêver. Tout ce que j'aime est ici.

Attendez.

Ne bougez pas.

C'est fini maintenant.

Ne vous perdez pas cette fois.

Monsieur le Directeur de la Sûreté est rentré de voyage.

De quelle humeur est-il?

C'est bon de te revoir.

Tu ne trouves pas qu'il y a beaucoup de monde pour un secret?

Luxe, mystère...

...il n'en faut pas plus pour séduire une femme.

Tu as l'air fatigué. - Cette fois c'est grave.

L'offensive est prête.

Accord complet entre communistes et nationalistes.

Ils ont même la bénédiction de Moscou.

À nous.

Tu n'as pas le choix, je vais devoir te protéger.

Il n'y a rien de mieux qu'un mariage.

On nous regarde. - Je m'en fous.

Non.

Non, quoi?

Pour le mariage, non.

Très bien. Vive l'amitié.

Maman.

Tanh va m'oublier à Paris avec toutes les belles Françaises.

Sincèrement, comment tu me trouves?

Parfaite. - Tu dis toujours ça.

Est-ce que les Françaises ont toutes la ta peau?

La vraie différence entre les gens, ce n'est pas la peau. C'est ça.

C'est ça.

La saveur.

Le fruit.

Un enfant qui a croqué toute son enfance dans une pomme...

...ne peut pas être comme moi.

Je suis une Asiate.

Une mangue.

Il revient quand, Tanh? - Pas avant l'année prochaine.

Paris le fascine toujours autant?

Il me demande si je l'aime.

Et alors?

C'est comment quand on aime quelqu'un?

Le jour où ça arrive, on le sait.

Je voulais protéger Camille.

Elle ne savait rien des hommes que j'avais rencontrés...

...de ceux que j'avais aimés.

J'avais eu des aventures avec des hommes de passage...

... ceux qui ne laissent pas de traces.

Il était venu me retrouver à la maison où j'avais grandi.

Tout près de Saigon.

Mon père n'avait jamais voulu la vendre.

Elle racontait toute sa vie, toute mon enfance.

En vous attendant, je me disais: 'quatre heures vont sonner...

...il sera un peu en retard'.

J'ai pensé que je remettrais tout en ordre.

Je refermerais la maison et je partirais.

J'aurais tout effacé.

Notre rencontre, notre rendez-vous ici.

Jean Baptiste.

Jean Baptiste...

...il est encore temps que notre histoire ne commence pas.

J'aurais dû fuir...

Mais plus rien n'existait que lui.

Je sais qu'il m'a aimée aussi.

Prépare l'opium pour lui aussi.

Bonjour, monsieur.

Eliane n'est pas là.

Je sais, on est jeudi.

Elle est à la banque.

Elle n'avait amené personne ici depuis des années.

J'ai une histoire à vous raconter.

Elle m'intéresse pas. Ah, non!

Vous êtes chez moi!

Vous allez m'écouter!

Mon père avait peur de me perdre.

Il était prêt à tout.

Chung m'avoua qu'il avait parlé...

...d'argent à Jean-Baptiste

Combien?

Combien vaut votre fille?

Allez-y.

Humiliez-moi, dites un prix.

Un chiffre.

100000 piastres, 200000?

Les banquiers, les coolies...

...elle fait tout marcher.

Ça va être très cher.

500 000!

Je vous la laisse à 500 000.

500 000, putain, je veux l'entendre!

Oui, 500 000.

Ces choses-là n'ont pas de prix.

Vous avez la vie devant vous.

Pas elle, pas moi, laissez-la!

Jean-Baptiste?

M. Officier est sorti.

Quand revient-il?

Moi pas savoir.

Faites vos jeux.

Fuyez jalousies.

Ton âme va se détacher de ton corps pour s'étreindre avec la mienne.

Allez, une petite rêverie.

Non, laisse.

J'ai lancé un défi au hasard.

Une apparition.

Qu'est-ce que tu fais ici?

Je t'ai cherché partout. Hier soir, cette nuit.

Parle-moi, Jean Baptiste.

Il y aura toujours des heures à moi.

Des jours à moi.

Des semaines à moi.

A moi tout seul.

Tu comprends ça?

Pour toi c'est pareil.

Nous sommes deux personnes.

J'ai besoin de toi.

Tu fais partie de ma vie.

J'ai besoin de ta voix, de ta douceur, tes mains.

Protège-moi.

Il faut que tu me protèges.

Arrête, ce n'est pas toi cette femme suppliante.

C'est le monde que je veux, pas un coin de terre comme une tombe.

Je veux découvrir le monde.

Vous avez des ennuis, Madame?

Non, pourquoi?

Parce que vous pleurez.

Laisse-moi.

Tu es fou.

Pardonne-moi.

Jean Baptiste.

Arrête.

Arrête.

Sors.

Satait, s'il te plaît.

La vie a repris comme avant.

Le bruit des pas dans les feuilles.

Le sang qui coule de la blessure de l'arbre.

Et surtout ce que j'aimais le plus, l'odeur du caoutchouc.

J'ai tellement l'habitude des plaisanteries de Guy.

Tu es arrivé quand? - Il y a deux jours.

Et tu vas rester à Saigon?

Notre ami a été expulsé de France.

Quoi?

Qu'est-ce que tu dis?

Il a été expulsé définitivement. - Pourquoi?

Elle sait, pour Yen-Bay?

Non.

C'est son pays, elle a le droit de savoir.

Il y a trois mois, des soldats indochinois...

...ont massacré leurs supérieurs français.

Nous on a exécuté et l'incident était clos.

Il y a eu des manifestations de soutien aux assassins.

On a mis les manifestants en prison.

L'incident était clos, pas du tout.

Ça a déclenché des mouvements de solidarité...

...jusque devant l'Elysée.

Notre ami s'est senti solidaire, alors on l'a viré aussi.

Et maintenant?

C'est fini.

J'ai été méchant, je suis puni.

Sur le bateau je pensais...

...à notre enfance ici.

Bientôt ce pays sera de nouveau à nous.

C'est mon fils, je le connais.

Ce sont des folies de jeunesse. De mauvaises influences à Paris.

Je sais comment le ramener à la raison.

L'argent?

Il sera marchand comme moi.

Il sera très riche, bien plus que les ingénieurs français.

Je n'étais pas d'accord su ces études en France.

Mais vous et votre ami Guy avez tellement insisté.

Ce sont des jeunes gens comme lui qui doivent prendre en main le pays.

Il faut créer une élite indochinoise.

L'élite c'est nous les riches.

Tanh est un intellectuel.

Il ne doit pas avoir de goût pour les affaires.

Qu'il arrête de rêver.

Qu'est-ce que tu veux?

J'ai beaucoup pleuré, mon buffle est mort.

Mon enfant est malade.

L'enfant a pris le remède? - Oui.

Il a faim et j'ai besoin d'argent.

L'argent tu le joues.

Envoie-moi ta femme.

A elle je donnerai le sac de riz et les médicaments.

Toi, tu n'auras rien.

Un peu de champagne? - Non, merci.

La mère de Camille était ma cousine.

Nous avons toujours souhaité le mariage de nos enfants.

Quand vous la avez adopté, c'était la condition à mon consentement.

Il ne faut pas briser les alliances.

Aujourd'hui c'est ma fille et je veux qu'elle soit heureuse.

Deux garçons.

Ils nous donneront deux garçons.

Nos vieilles années seront douces.

Nous ne ferons plus rien.

L'aîné épousera une jeune fille riche.

Nos enfants s'occuperont de nous.

Quand l'heure sera venue, nous mourrons contentes.

Nos enfants et petits-enfants autour de nous.

Je n'avais pas revu Jean Baptiste.

Mais je ne pouvais pas l'oublier.

Qu'est-ce que les gens avaient su de notre histoire?

Certainement pas ma détresse.

Je cachais si bien mes sentiments.

Nous vivions en paix, et dans l'illusion.

Le coup de tonnerre a éclaté le jour de la fête de la Tranquillité.

Mon père et moi étions les seuls Européens invités parle Mandarin.

Madame Devries, Monsieur Emile. Venez vite.

Ils ont mis le feu.

On n'a pas réussi à maîtriser l'incendie.

Tout le caoutchouc a brûlé.

Quand peut-on reprendre le travail?

Il faut vider les cuves, les nettoyer.

Demain, je pense. - Pourquoi pas maintenant?

Ils ne veulent pas entrer dans l'usine.

Ils disent qu'on va leur tirer dessus. -Qui?

Danger, pas travailler.

Non, n'y allez pas, je crois qu'il y a eu des coups de feu.

Pas de peur.

Décidez-vous.

Il n'y a pas de danger, au travail.

Raymond, remettez le groupe en marche.

C'est trop dangereux.

Il faut attendre la police.

Kim, le groupe.

Je ne veux pas aller en pension.

Quand je suis loin de toi, j'imagine des choses horribles.

Qu'ils mettent le feu à la maison, qu'ils massacrent grand-père et toi.

Il ne faut pas avoir peur, si nous avons peur, ils ont gagné.

Guy m'a dit prépare-toi à la cruauté.

La manivelle.

Te renvoyer à cause d'un petit malaise c'est pas humain.

Après des années à son service.

Non, c'est pas humain.

Tu pourras dire ce que tu veux. Elle manque pas de culot.

Ça l'amuse d'humilier.

Moi qui la croyais une amie. - Tais-toi.

Ce que j'ai à dire je le dis.

Elle ne l'emportera pas au Paradis.

Ça porte jamais chance le manque d'amour.

C'est la pire des maladies.

Vous pouvez bien prendre vos grands airs.

La vérité c'est qu'il n'y en a pas un qui vous aime ici.

Même les arbres.

S'ils étaient sincères ils pousseraient pas.

Ça va pas être beau la suite de votre vie.

Tout le monde vous quittera.

Ça sent une odeur, le manque d'amour.

Ça empêche de respirer.

Au revoir, Madame.

On s'y trompe en vous regardant.

C'est sûr vous êtes belle.

Mais c'est pas beau d'être si beau quand on n'a pas de beauté.

Monte, Raymond, y a rien à faire ici.

Ça sent...

Révérence.

Tu finiras bien par parler.

Un communiste pour cent arrestations, c'est la moyenne.

Mes respects, Monsieur le Directeur.

Inspecteur Perrot.

Du contingent de renfort.

On m'a installé là.

Tu en as tiré quoi?

Enlève-lui les menottes.

Ton père est venu me voir ce matin.

Il paraît que tu as toujours été un fils respectueux.

Te révolter contre les autorités...

...c'est aussi grave que contre ton père et l'âme de tes ancêtres.

Perrot...

...quand je le pose, tu cognes.

C'est mou.

Je sais tout sur toi. Tu vas retourner à tes réunions de cellule.

Rien ne change.

Sauf que tu me fais un rapport chaque semaine.

Je veux ton premier rapport le 24.

Si j'ai rien, tu es au bagne de Poulo Condor avec ton père et tes frères.

D'accord?

Un instant.

Qu'est-ce qu'il se passe?

Arrêtez.

Va chercher le docteur.

C'est le sang du prisonnier.

Je suis vivante?

Vous m'avez sauvé la vie.

Laisse-la.

Qu'est-ce que tu as?

Mais enfin qu'est-ce que tu as?

C'est grave?

Maman, je ne peux pas épouser Tanh.

J'aime un autre homme.

Il m'a sauvé la vie, je l'aime.

Aide-moi, je t'en supplie.

Ma petite, je vais t'aider.

Je te promets.

Qui est-ce?

Si ce n'est pas lui que j'épouse, je mourrai.

Qui est-ce?

C'est l'officier qui m'a sauvée.

Il s'appelle Jean Baptiste.

Lui, il t'aime?

Il m'aimera. J'en suis sûre.

Comment peux-tu être sûre?

Tu ne peux pas comprendre, personne ne peut.

Il est toujours là.

Il me parle, me sourit.

Il me prend dans ses bras.

Ma vie est à lui.

T'as assez d'œufs? - Oui, assez.

Tu veux tout casser?

Il n'est pas là. Il ne viendra pas.

Mais s'il va venir.

Il arrivera au dernier moment, pour que tout le monde le voie.

Je suis sûre qu'il est caché et qu'il te regarde.

C'était ça la surprise.

De la bûche, comme en France.

C'est un vrai Noël.

Tu viens?

Évente, la chaleur va faire fondre le disque.

C'est pas fait pour nos pays.

J'ai envie d'être seule avec toi.

Dans un petit chalet à la montagne.

Avec la fumée sur le toit.

Comme les contes de fées.

Reste ici.

Non.

Je quitte demain. - Tu vas où?

Haiphong.

Là- bas, c'est la mer. Tu vas pouvoir découvrir le monde.

Je ne pars pas de mon plein gré. J'ai appris ma mutation.

Sur ta demande.

Une femme décide de mon sort.

C'est cela l'ordre dans vos colonies?

Ma fille t'aime à la folie. - Quoi?

Ou du moins elle le croit.

Je la connais à peine.

Il ne s'agit pas de toi, mais d'elle.

Camille est jeune, romantique.

Elle croit que tu lui as sauvé la vie.

J'étais là, c'est tout.

Tu ne lui résisteras pas.

Elle est irrésistible.

J'ai voulu la sauver de toi.

Je ne veux pas qu'elle croie que la souffrance fait partie de l'amour.

Bonsoir.

La sauver de moi. Tu veux te venger.

Tu ne supportes pas la liberté. Elle te menace.

Lâche-moi.

Tu ne supportes pas que les autres vivent.

Lâche-moi. - Tu crois détenir le monopole de...

...la vie et tu en distribues des bouts à moi, à Camille, à tes coolies.

C'est terrible.

Tu veux étouffer ta fille comme ton père t'a étouffée?

Vous traitez les gens comme vos arbres.

Vous les achetez et puis vous les saignez pour les vider.

Vous êtes rapaces.

Vous êtes devenu complètement fou?

Suivez-moi.

Lili, tu vas venir avec moi.

Non, j'ai froid.

Je ne veux pas être dérangée.

Votre chauffeur a apporté hier vos affaires pendant votre sommeil.

Ça va ce matin?

Un peu mieux.

Apportez-nous du thé, et toi, prépare le bétel.

J'arrive du collège. C'est désastreux.

Camille est en quarantaine.

Les autres élèves la traitent de tous les noms.

Petite congaï, niakoué.

Elle est isolée.

Je dois la retirer du collège.

Elle refuse de vous voir.

Vous lui avez parlé? - Oui.

Ça m'est égal, je vais la chercher. - Écoutez-moi.

Nous allons marier les enfants très vite.

Je les emmène à Hué au palais.

La cour doit donner son accord à ce mariage.

C'est la coutume.

Je parlerai à Camille.

Vous devez vous réconcilier toutes les deux.

Venez nous rejoindre.

Je suis incapable de vous le promettre.

Il faut oublier cet homme.

Je comprendrai jamais les histoires d'amour des Français.

Il n'y a que folies, fureur, souffrance.

Elles ressemblent à nos histoires de guerre.

Vous connaissez le secret.

Je vous l'ai déjà dit.

Je sais, l'indifférence.

Après cette soirée de Noël, la mutation est devenue sanction.

Il fut envoyé dans le poste le plus reculé, le plus terrible.

L'île du Dragon.

Au milieu de la baie d'Ha-Long.

J'avais pensé qu'il refuserait de se soumettre.

Qu'il démissionnerait de la Marine.

Je croyais le connaître, et je ne le connaissais pas.

Dérision.

Nous sommes dans la dérision.

Soit vous luttez contre, soit vous faites comme moi.

Vous en jouissez.

Vous pouvez devenir un héros ici, mais personne ne le saura.

Ce sera une goutte d'eau, perdue dans cet océan de jade.

Ce sera votre goutte d'eau.

Parlez-moi de notre présence ici.

Rien.

Des fantômes pour l'Empire.

D'ici, observation des mouvements des navires étrangers.

Quelques sampans, des pêcheurs, rien.

Les pirates passent au large très loin d'ici.

De temps en temps il faut rappeler au monde notre présence...

...faites tirer le canon, sur une cible, une barque suspecte.

Rien quoi.

Mais une fois par mois...

...la fête.

La grande fête.

Le marché aux esclaves.

Dans tout le Nord du pays, on recrute de la main-d’œuvre, volontaires.

Ils n'ont pas le choix, ils ont trop faim.

C'est là que nous servons la France.

On embarque les volontaires jusqu'ici.

C'est sous votre haute surveillance que les acheteurs viendront...

...se fournir en main d'œuvre pour les plantations de Cochinchine.

Vous n'avez rien à faire, juste à être remise à quelqu'un.

Pour la première fois de ma vie, je m'en étais remise à quelqu'un.

Madame Min h avait tout arrangé.

Camille allait se fiancer avec Tanh.

Camille retournait aux siens.

Elle était enfermée...

...au palais pour des jours de méditation et...

...de purification que la tradition de la cour imposait aux fiancés.

Comme Européenne, je n'avais pas le droit d'assister à la cérémonie.

Mais j'avais obtenu une entre vue avec Camille...

... la veille des fiançailles.

J'ai vu le tombeau de l'empereur Ming.

Il avait 25 ans quand il a commencé à...

...chercher le lieu où il voulait qu'on enterre son corps.

Un jour, il a trouvé l'endroit qui ressemblait au paysage qu'il rêvait.

Il l'a dessiné.

Il a fait planter des arbres, des fleurs...

...pour que tout ne soit qu'en lignes douces...

...et continues, pas une seule ligne brisée.

Quand le paysage est devenu exactement celui de son rêve, il a dit...

...'je peux mourir'.

Je rêve d'un lieu d'harmonie mais pour y vivre.

Cet endroit existe, Camille. Il est à toi.

Le domaine t'appartient.

Bientôt tu seras ma fille.

Elle était tellement douce.

Tellement calme.

Comme si elle avait accepté sereinement son sort.

Épouser l'homme qui lui était destiné.

En fait, elle venait secrètement de décider sa vie.

C'est pour ça qu'elle était si belle.

Attention, Camille.

Dis-leur que nous savons ce que nous faisons.

C'est elle que j'aimais le plus au monde et je ne lui avais jamais dit.

Elle me quittait pour toujours.

Elle avait décidé de rejoindre Jean Baptiste.

Elle avait choisi.

J'avais pas voulu comprendre...

...qu'elle l'aimait comme on aime la première fois.

Rien ne l'arrêterait.

Continue.

On ne l'avait pas arrêté à la gare.

Elle se doutait bien qu'on l'y attendrait.

Je me souvenais d'une phrase de son père...

...en Asie on ne meurt pas.

J'espérais qu'il l'accompagnerait dans le voyage...

... et la protégerait.

Tay!

Ça n'a pas avancé depuis hier.

Allez, avancez!

Plus vite!

Attendez.

Attendez.

Que veux-tu?

Je vais vers le Nord.

Vers la mer.

Je m'appelle Sao.

Sao.

C'est pour une famille.

Ça va.

Tu répondras des malheurs de Camille.

Camille est libre.

Elle est entrée dans sa vie...

...une vie qui ne doit rien à personne.

Moi aussi je pars.

Ose dire que tu abandonnes l'autel sacré de tes ancêtres.

A genoux.

Je t'ordonne.

L'obéissance a fait de nous des esclaves.

Les Français m'ont appris les mots liberté, égalité.

Avec ça je les combattrai.

Adieu, mère.

Je rêvais souvent d'elle.

Je la voyais avancer dans ces paysages...

... qui bougeaient si doucement.

Comme s'ils lui entraient dans le corps par les yeux, comme du sang.

Je pensais, maintenant elle a l'Indochine en elle.

Nous sommes sauvés, nous allons vivre.

C'était à la tombée du jour qu'on envoyâmes bateaux.

Ils arrivaient sur la côte par centaines.

Dans l'espoir d'une vie meilleure.

Les bateaux les transportaient pendant la nuit...

... pour que l'obscurité dissimule la honte de ce trafic humain.

Par ici.

Descends.

Descends.

Mon amour.

Vous les voyez là, dociles.

Un jour ils se lèveront tous ensemble et on partira.

Que s'est-il passé?

Un début de soulèvement.

Une émeute.

Ils ne voulaient pas qu'on les sépare.

Ils ont exhorté les autres et ont poussé le cris de guerre.

Il fallait bien les faire taire.

Mais l'enfant?

Un danger.

Un hystérique, le diable.

Gesticulant, hurlant.

Contrôlez-vous, on vous regarde.

Personne n'a vu ce que j'ai fait.

Qu'est-ce qu'il fout? Il se ramasse une congaï, ou quoi?

Faites quelque chose, allez les chercher.

Allez-y vous.

Mais vous êtes complètement cinglé?

Faites commencer l'embarquement.

Sao.

Sao.

Sao.

Ils ne voulaient pas qu'on les sépare.

Sao.

Vous les avez tués.

Tu vas la boucler.

Pars, Camille.

Arrêtez-la.

Pars.

Accompagnez-la au fort.

Restez où vous êtes.

Occupez-vous d'eux, ils vont vous déborder.

Cette garce a tué.

Elle est à moi.

Elle est sous ma protection.

Vous n'avez pas le droit, lâchez-moi.

Je veux la crever.

Je veux la juger.

C'est moi qui déciderai ça.

Descends.

Tire.

Recule.

Tire.

Recule.

Traître.

Pourquoi?

Vous mentez.

Ma fille n'est pas une meurtrière.

Vous savez ce que c'es qu'une balle dans la tête?

Le sang, la cervelle, partout.

La veste, la chemise, le visage, l'œil.

Posez ça.

Je sais pas si c'est votre fille, mais c'est une terroriste communiste.

J'ai vu la haine dans ses yeux.

Si je lui mets la main dessus...

...j'aurai pas plus pitié qu'ils n'ont eu du lieutenant.

Deux balles dans la tête.

Voilà ce qu'ils méritent.

Ça suffit, sortez.

Je vais y aller. - Bêtises. Laisse-moi mon métier.

Le Corse t'a mis au courant?

Tu pars avec lui. Officiellement tu es sous ses ordres.

Mais en fait tu me rends compte à moi directement.

Bien.

Cette jeune fille est comme si c'était ma fille.

Pourquoi tu envoies Castellani? Il la tuera.

Parce qu'il ne laissera jamais tomber la piste.

Minh sera là. Fais-moi confiance.

Qu'est-ce qu'ils t'ont dit?

Je n'ai pas répondu à mon père.

Camille était à moi.

Qu'est-ce qu'ils voulaient? - Je ne voulais parler d'elle.

J'avais l'impression qu'en me taisant je la protégeais.

Que mon silence dissimulait son meurtre.

Qu'avec le temps il l'aurait effacé.

Ils sont partis vers le labyrinthe de la baie d'Ha-Long.

C'est un endroit sacré pour tous les Annamistes.

Les montagnards, les paysans, les pêcheurs du Golfe.

Tous connaissent son existence, sans l'avoir jamais vu.

Ils savent la malédiction qui plane sur ces îles.

Quand j'ai appris qu'ils ont disparu...

... j'ai lu tous les livres.

Tous les récits que j'ai pu trouver.

Ils disent la même chose.

On n'a jamais revu ceux qui assez fous...

... ont bravé la malédiction.

Ils deviennent invisibles pour les autres hommes.

C'est extraordinaire.

Ils sont vivants.

Sauvez-la.

Je veux qu'elle vive.

Emmenez-les à l'entrée de la vallée.

J'y serai.

N'en parlez à personne.

Mon pays a souvent été envahi depuis des siècles.

Mais aucun étranger ne connaît l'accès à cette vallée.

C'est là qu'on va vous cacher.

Vous n'êtes pas prisonniers, mais vous ne pourrez quitter...

...cet endroit qu'avec moi.

N'aie plus peur, personne ne nous trouvera ici.

Je n'ai pas peur.

Si tu te rends maintenant, ils te pardonneront.

Va voir Guy, il t'aidera.

Il dira que tu n'es pas responsable.

Si demain quand je me réveille tu n'es plus là...

...je comprendrai.

Avec les pluies la grotte sera inondée bientôt.

Nous reviendrons après la mousson.

Nous devons partir. Adieu.

Putain de pays de merde.

Il peut pas nous aider, le vieux macaque...

...au lieu de nous faire des salamalecs.

Il te salue parce que tu es un homme respectable.

Un blanc.

Va chercher de l'aide.

Vite.

Il y a longtemps que vous les cherchez?

Trois mois.

C’est une tâche très difficile.

Quoi?

Mais il y a des choses que les femmes savent...

...et que les hommes ne savons pas.

Ils sont où?

Qui c'est qui a vu quelque chose ici?

Ils sont là?

Femmes, il est où soldat français...

...petite fille annamite?

Minh, traduis.

C'est ça.

On a une piste.

Ils sont où?

Elles se foutent de moi.

Merde.

Bon voyage, Monsieur le Directeur?

Utile, comme toujours.

La Chine est le grand réservoir.

Et vous?

Je vous parle.

Rien, évidement.

Ça fait quatre mois qu'on tourne et qu'on vire au Tonkin. Rien.

Les réseaux d'indics, rien.

Les menaces, rien.

Les récompenses, rien.

Ou ils sont en Chine ou ils sont noyés.

Faut arrêter les frais. J'abandonne.

Vous allez les retrouver, vous n'avez que ça faire.

Même si vous devez y passer toute votre vie.

L'inspecteur a raison.

On ne la trouvera pas.

S'met en boule, et se grignote...

... les genoux.

La môme caoutchouc...

... ce qu'on peut faire avec elle.

Elle vous prend et on n'est plus qu'une loque.

C'est pas du toc. Elle vous disloque.

C'était elle, ta surprise?

Quand elle veut vous plaire ce qu'elle peut vous faire.

Car elle a tellement d'appât.

Je veux bien vous le dire entre nous...

... la môme de caoutchouc c'est ma pomme.

Oui, c'est comme ça qu'on me nomme.

La guimauve à côté de moi c'est un vrai morceau de bois.

Quant à la femme-serpent...

...jeté ferai la roue, je me tirerai les joues.

Je bondis comme un ouistiti.

Je te nargue.

Je te regarde.

Avec mon nombril.

Comment vas-tu?

Ça va, tu as bien fait de m'amener ici.

Elle est bien roulée. - Tu as remarqué aussi.

C'est ma tournée de champagne.

Permettez que je vous embrasse.

Ça me fait plaisir de vous revoir. Surtout après ce que vous est arrivé.

Vos enfants vont bien?

Raymond les a emmenés en France avec lui.

D'un sens ça me simplifie la vie.

De l'autre côté, quand ça me prend de penser je chiale à plus finir.

Vous me pardonnerez, je dois rentrer.

Vous voulez pas boire avec moi?

C'était de bon cœur pourtant.

Vous pouvez plus faire la fière avec ce qu'on raconte sur votre fille.

Et sur vous aussi.

Oui, c'est moche.

A midi j'ai préparé le piquetage d'une parcelle avec Kim.

Je n'ai pensé qu'à mes plants d'hévéas.

En m'habillant...

...je me suis mise à sangloter.

Maintenant je suis presque gaie.

Parfois le désespoir diminue.

On croit qu'il s'est évaporé.

Parfois il tient toute la place.

Tu ne me caches rien? - On la cherche partout.

Les indicateurs deviennent fous.

On vérifie chaque piste et au bout, rien.

Elle est en train de devenir une légende.

Une Jeanne d'Arc d'Indochine.

Tu penses qu'elle est toujours vivante?

Tu vas la retrouver?

Oui, je vais la retrouver.

Allez dans la pagode. Je ne veux pas qu'on vous voie.

Vous devez partir.

Nous avons des personnes plus importantes que vous à cacher.

Viens avec nous, le Parti a besoin de toi.

C'est bien plus tarde que j'ai appris le rôle de Tanh.

Il était l'un des chefs clandestins du parti communiste Indochinois.

Xuy va essayer de vous faire passer en Chine.

C'est tout ce que je peux faire pour vous.

C'est lui qui avait convaincu ses amis qu'il fallait les protéger.

Tu as des nouvelles de ma mère?

Aucune, ni de ta mère, ni de la mienne.

Vous ne devez pas sortir du chariot.

Vous êtes un blanc déserteur.

Mais il n'y a personne, cet endroit est désert.

Des yeux il y en a partout.

Mettez-vous ça dans votre tête d'officier français ignorant.

Vous menacez notre sécurité.

Les Français barrent toutes les routes.

Ça devient même dangereux de vous laisser là- dedans.

Jean Baptiste.

Pousse.

Encore.

T'as voulu rester, je t'avais prévenu.

C'est pas une chose pour les hommes.

Essuie toi, on dirait un diable.

U vas faire peur au petit.

Le voilà.

C'est un garçon.

Tu as un fils, c'est bien un fils.

C'est mieux qu'une fille.

A mort les voleurs de terres qui nous ont affamés.

A mort les mandarins et les notables...

...ils soutiennent les Français.

Vous êtes bien des couilles molles.

Les soldes, les primes, tirer sur le bambou, les congaïs.

Ça vous savez.

Mais dès qu'il s'agit d'avoir une idée, plus personne.

А cause de veaux dans votre genre la France va perdre l'Empire.

J'ai l'impression de me battre seul contre l'Asie.

Je suis fatigué.

Bon.

Des troubles ont éclaté là...

...là, là et jeudi dernier, là.

Qu'est-ce que ça veut dire?

Quelqu'un se déplace sur cette ligne et allume des incendies.

D'accord?

Qui circule sur cet itinéraire sans attirer l'attention?

Qui passe de village en village depuis des siècles?

De telle sorte...

...que Еa paraisse naturel, aussi naturel que la pluie ou le vent.

Tellement naturel que vous n'êtes pas foutus de les contrôler.

Qui?

Les troupes de théâtre.

Monsieur, les acteurs sont des gens libres et neutres.

Depuis des siècles.

Il est impossible que les communistes les aient corrompus.

Vous n'avez pas le droit de les soupçonner.

Dans les 8 jours je veux que tous les comédiens, danseurs, chanteurs...

...et les marionnettistes qui tournent au Tonkin Nord soient bouclés.

Nom de code opération Molière.

Cinq heures de route et c'est la Chine, la province de Yunnan.

Vous savez ce que veut dire Yunnan?

Le pays au Sud des nuages.

Où allez-vous?

Pas loin. Ne vous inquiétez pas.

Avec l'enfant?

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit...

...je te baptise...

...Etienne, Marie, Loïc.

Mon petit, mon tout petit.

Tu as tué. Ils te tueront et l'enfant aussi mourra.

Laisse-les, il faut fuir.

Tu les retrouveras un jour.

Pour ça il faut vivre.

Fuis avec nous.

Elle n'a pas eu le temps de s'attacher à toi.

Tu venais juste de naître.

Je me suis demandé si tu devais savoir cette histoire.

J'ai pensé qu'il fallait rencontrer la famille de Jean Baptiste.

Je ne l'ai pas fait.

Eux non plus d'ailleurs.

Attendez, lieutenant. Calmez-vous.

Il a faim.

Qu'est-ce que j'y peux?

Trouvez une femme.

Congaï.

Congaï.

Viens ici.

Les femmes indochinoises t'ont nourri de leur lait.

C'est comme ça que la légende a commencé.

Toutes les femmes déclaraient t'avoir nourri.

Même les asséchées depuis longtemps.

Même celles que ne t'ont jamais vu.

Un jour la légende s'est emparée de Camille et de Jean Baptiste.

Elle s'est répandue à travers tout le pays.

De village en village.

Depuis la frontière chinoise jusqu'à Saigon.

Pourquoi m'as-tu emmenée ici?

Accompagnez-les sur la route.

Allez dépêchez.

Réponds-moi. Pourquoi tu m'as fait venir ici?

Camille a été arrêtée. Elle est au bagne de Poulo-Condor.

Elle est vivante.

Tu vas la faire libérer, je veux la voir.

Personne ne peut la voir.

C'est impossible.

Arrête de parler.

Tu es le chef de la Sûreté.

Je veux Camille.

Dans l'Indochine il y a peut-être 100 troupes qui jouent leur histoire.

Je ne peux rien faire.

Sors-la, je t'en supplie.

Tu ne comprends donc rien?

Non seulement elle ne sortira pas du bagne...

...mais elle va finir comme les autres, communiste.

Le bagne est au monde la plus grande fabrique de communistes.

On y entre parricide, prostitué, nationaliste.

On en sort marxiste.

Je souhaite de tout mon cœur qu'elle devienne communiste.

C'est sa seule chance de tenir là-bas.

Les autres meurent.

Maintenant je sais qui tu es.

Rien. Rien que des mots.

Tu es pire qu'un lâche.

Tu accompagnes, regardes, renifles et parles.

Tu te demandes pourquoi je n'ai jamais voulu coucher avec toi?

Parce que je ne voulais pas t'avoir dans mon ventre.

Les femmes n'ont pas besoin de mots dans leur ventre.

Eliane.

Eliane.

On m'a prié de vous confier l'enfant.

Si vous voulez bien signer ici.

Lui vilain, lui goutte de boue.

Tu as raison, Shen, très vilain.

Pas réussi.

Lui pas beaucoup gros.

Fagoté as de trèfle.

As de pique, Shen, fagoté comme l'as de pique.

Les mauvais génies nous écoutent.

Si nous disons qu'il est beau ils seront jaloux et lui feront du mal.

Donnez-moi Le Guen. - Non.

Qu'est-ce que vous allez en faire?

J'attends les instructions de Paris.

Laissez-le moi deux jours. J'ai besoin de l'interroger.

Ce qu'il sait sur les réseaux communistes, les chefs, les planques.

C'est un intérêt majeur pour la Sûreté.

Trois points.

Un, Le Guen ne parle pas, il n'a dit un mot.

Même à mon chef d'Etat-major, qui est pourtant son camarade.

Deux, si je vous livre...

...peut-être il parlera.

Je préfère ne pas essayer. On connaît vos méthodes.

Trois, il est un marin.

Son affaire sera instruite et jugée par des marins.

Ce qui vous intéresse vous sera communiqué.

Nouvelles preuve de la coopération exemplaire armée police.

C'est avec ça que les Empires sont grands.

Tu t'es décidé à parler. Je t'écoute.

J'ai une requête.

Une seule.

Jean Baptiste, bonjour.

Bonjour, Eliane.

Ils m'ont donné 24 heures de liberté.

J'ai donné ma parole.

Je prends le bateau demain.

Je passerai en cour martiale à Brest.

Mon procès ici aurait éclaboussé l'honneur de la marine.

Ça aurait été le procès de la France.

J'ai une journée pour expédier mes affaires courants.

Tu veux l'emmener dans ta famille?

Je suis venu te demander de le garder.

Plus tarde nous verrons.

Acceptes-tu?

Je ne t'aurais pas laissé me l'enlever.

Tu n'as pas changé.

Je n'ai jamais eu un bébé à moi, un vrai, tout petit.

Où vas-tu passer la nuit?

Je ne sais pas.

Emmène-le. Allez dans la maison de Saigon.

Ça sera bien pour lui d'avoir passé une nuit avec son père.

Tu veux que Shen t'accompagne pour s'occuper de lui?

Non, je saurai.

Je viendrai demain. Je t'accompagnerai au bateau.

Tu n'as aucune nouvelle?

Non, aucune.

Tu la reverras.

Elle est devenue tellement forte.

Ils ont bien dormi?

Moi pas savoir.

Tu n'es pas monté?

Non, le petit pleurer cette nuit. Puis dormir.

Etienne.

Mon amour.

On va à la maison.

On va rentrer chez nous.

Madame. Madame Devries.

Jure-moi que ce n'est pas toi qui as fait ça.

Je n'ai pas fait quoi?

Jean Baptiste est mort. Vous l'avez tué.

Il est dans la maison d'Emile.

L'arme est dans sa main.

Il ne s'est pas suicidé, pas avec son enfant dans les bras.

Calme-toi, Eliane.

C'était ça la journée de liberté?

Vous étiez tous d'accord.

Il était libre de mourir.

Libre de se faire descendre.

Je vais me battre.

Je trouverai les preuves, contre toi, l'armée, contre le gouvernement.

Arrête, maintenant.

C'est les communistes.

C'est les communistes.

Ils l'avaient infiltré.

Il était avec eux, et il les a trahis.

Il a trahi tout le monde.

Il l'a bien cherché sa punition.

La bataille est perdue d'avance.

Avant midi tout Saigon sera convaincu qu'il s'est suicidé.

Poser les scelles sur la maison de Monsieur Devries.

Prévenez le Chef de Cabinet, et l'Amiral.

J'y serai dans 10 minutes.

La commission d'enquête avait conclu au suicide.

Engager le combat pour sa mémoire...

... c'était comme se battre contre la France et l'Empire.

J'ai écrit une lettre au plus grand journal de Saigon.

Elle disait que ton père aimait trop la vie...

... pour décider de la quitter comme ça.

Je l'ai accompagné au bateau. Je lui avais promis.

Sans toi, je l'aurais suivi. Là où il allait.

Tu as eu 5 ans.

Je n'avais aucune nouvelle de ta mère.

Sauf qu'elle était toujours en vie.

Pour obtenir sa grâce, j'avais écrit au Président de la République...

...au ministre de la Justice, des Colonies, au Gouverneur.

On ne me répondait plus.

J'ai rien fait.

Je vous dis que j'ai rien fait.

C'est pas moi, c'est mes parents.

Ils disent que vous êtes... - Que je suis?

Une rouge, une communiste.

Tu leur diras que c'est vrai.

Ce domaine que j'aimais tant tu en étais devenu le petit roi.

Je devais résistera la pression des banquiers.

Ils voulaient me terres.

Je voulais tout conserver pour ma fille et pour toi.

Lorsque Camille serait à nouveau libre, tout reprendrait comme avant.

Et puis un soir, Guy a téléphoné.

Comme si nous nous étions quittés la veille.

Comme s'il n'y avait pas eu trois ans de silence entre nous.

Mesdames et Messieurs, saluez bien bas, voici la femme que j'aime.

Chameau.

Je te pardonne tout.

Moi rien. - Aucune importance, je pars.

Ne te ménage pas et ne me ménage pas.

C'est le dernier. Fais-le inoubliable.

J'ai passé la moitié de ma vie ici.

Pourquoi tu pars?

Limogé. Tu ramasses?

Non.

Le Front Populaire est comme toi, comme les militaires.

Comme tout le monde.

On n'aime pas Guy.

Tu vas où?

Me poser quelque part sur un confetti de l'Empire.

Les innocents sont virés, on va libérer les coupables.

Buvez mes amis, pour que j'oublie mon malheur.

Interrogez-vous les uns les autres.

Vous savez tout de Saigon.

Je n'étais que la boîte à lettre, la Grande Poste.

Je vous relève de vos serments de silence.

Ce soir, on se dit tout.

Allez.

Vous croyez que j'ai un destin?

Retournez vite près de Guy.

Ce n'est pas le genre d'homme à laisser seul.

Ces hommes-là n'arrêtent pas de se blesser.

À moi.

À moi.

Viens.

Moi.

Tu vois, c'est facile.

Guy l'avait su avant tout le monde.

Quelques jours plus tard la nouvelles était officielle.

Le Front Populaire ouvrait les portes du bagne.

Et amnistiait les prisonniers.

Les prisonniers amnistiés seront transportés à Saigon en camion.

Ils seront libérés dans les locaux de la Sûreté Nationale.

Restez à distance.

Reculez.

Allez.

Laissez passer.

Ma petite fille.

Mais comme tu as maigri.

Donne-moi ton sac, je le porte. - Non, ça va.

J'ai tout essayé pour te sortir de là.

J'aurais donné ma vie.

J'avais tellement peur que tu ne résistes pas.

J'ai tout gardé.

La maison, les terres, c'est pour toi.

Je ne rentrerai pas.

Je dois y aller.

Mais qu'est-ce que tu dis?

Réfléchis. - Ça fait 5 ans que je réfléchis.

C'est trop tard.

Je ne peux pas revenir en arrière.

Je n'ai plus de passé. J'ai tout lâché, tout oublié.

Si j'avais pensé à toi, à Jean Baptiste, je serais morte de chagrin.

Comment il s'appelle?

Etienne. C'est un petit garçon merveilleux.

Écoute...

...essaie.

Je t'aiderai.

Mon chéri.

Je ne veux pas qu'il sache ce que j'ai vécu et j'ai souffert.

Je veux qu'il soit heureux.

Mon chéri.

Va en France, emmène-le.

Ton Indochine n'existe plus.

Elle est morte.

Non.

T'as vendu?

Oui. - Beaucoup piastres?

Beaucoup. - Toi acheter autre plantation?

Non, Shen, tu sais bien que non.

Satait, et Kim et moi, où on va?

Vous restez. C'est décidé avec Madame Minh.

Monsieur Emile reste aussi.

Et toi, aller où?

Je suis partie pour la France.

Pour une autre vie.

Je n'ai emmené que toi.

Demain, la France perd l'Indochine pour de bon.

Les Vietnamiens sont venus avec une nombreuse délégation.

Ta mère est dans cet hôtel.

Chambre 212.

Tu veux la voir?

Et toi?

Moi non.

Tu l'as vue?

Dans le hall, il y avait beaucoup de monde.

Des policiers, un service d'ordre, des barrières.

Je n'ai pensé qu'au ridicule de la situation.

Je me suis imaginé avec une Indochinoise en criant 'maman'.

J'ai pensé qu'il fallait qu'il y ait un miracle.

Qu'une de ces femmes allait se jeter vers moi en criant 'mon fils'.

J'ai attendu.

Il ne s'est rien passé.

Alors je suis sorti.

Tu plaisantes toujours. - Non.

Ma mère c'est toi.

Qu'est-ce qui t'arrive?

J'ai cassé mon talon.

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