All language subtitles for Un.Si.Joli.Village....1979.720p.BluRay.x264.AAC-[YTS.MX].fre

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic
ar Arabic
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian
br Breton
bg Bulgarian
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified)
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian
cs Czech
da Danish
nl Dutch
en English
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French Download
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
el Greek
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hi Hindi
hmn Hmong
hu Hungarian
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian
ia Interlingua
ga Irish
it Italian
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (Soranî)
ky Kyrgyz
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ms Malay
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil)
pt Portuguese (Portugal) Download
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi
si Sinhalese
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish Download
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
ta Tamil
tt Tatar
te Telugu
th Thai
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

Downloaded from YTS.MX

Official YIFY movies site: YTS.MX

Musique douce

Musique intrigante

Un chien aboie.

Musique intrigante

Musique dramatique

Vacarme

Une cloche retentit.

- Tu es certaine d'être enceinte ?

- Évidemment.

Mais qu'est-ce qu'il y a ? T'es là depuis longtemps ?

- Ce sera un garçon, tu sais. - Et si c'est une fille ?

- J'aime pas les filles.

- C'est nouveau, ça.

Mais qu'est-ce que tu t'es fait ?

- Rien.

- Salut, Stéphane. - Salut.

- Ça va, ce matin, Mademoiselle Olivier ?

- Ça va, merci.

Elle cogne à la porte.

- Madame.

C'est Élodie.

Madame.

Elle cogne à la porte.

Madame est pas dans sa chambre. Elle a pas couché là.

- Elle allait pas chez sa sœur hier ?

- Elle était pas revenue quand on est partis à 6 h.

- Elle aura dormi là-bas, c'est pas la première fois.

- D'habitude, elle prévient.

Vous devriez téléphoner.

- Entendre ma belle-sœur, au petit déjeuner.

C'est vraiment pour vous faire plaisir, Élodie.

Vraiment.

- Au fait, son dîner, je lui avais préparé.

- Françoise ? Vous plaisantez ?

- Pourquoi ?

Elle a décidé de ne pas rentrer ? Si c'est ça, me la passez pas.

Qu'elle m'envoie son avocat. Vous lui dites adieu pour moi.

- Stéphane, ça suffit. Vous ne m'amusez pas.

- Attendez, ne quittez pas.

- Stéphane. Répondez-moi.

Où est Françoise ? Allô ?

- Madame est rentrée, elle a dîné ici.

Elle a emporté des choses, son sac de voyage n'est plus là.

- Ah bon. -Allô.

- Allô. -Oui.

- Oui. Excusez-moi, il y a un changement.

Elle est rentrée.

- Passez-la-moi.

-Non, elle est rentrée, mais elle est repartie.

- Repartie ? Mais où ?

- On ne sait pas. Il paraît qu'elle a dîné ici.

Elle a emporté des affaires, son sac de voyage...

- Je viens tout de suite.

Prévenez les gendarmes. -Oh, oh.

Vous allez pas un peu vite ?

Si vous n'avez pas peur du ridicule, prévenez-les vous-même.

Il faut que j'aille à l'usine. Au revoir.

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire de gendarmes ?

- Gordin !

Ça fout quoi là, ces chrysanthèmes ?

Fous-moi ça en l'air. - Ça faisait pourtant bien, là.

- C'est pas le jour.

- C'est quand même jour de marché.

Qu'est-ce que je fais, moi ? - Vous faites les courses.

Parlez autant que d'habitude.

Ça m'évitera de faire passer le tambour.

Battement de l'horloge

- Bah, d'où est-ce qu'il sort, celui-là ?

- Passe-moi la clé à griffe.

- C'est pas normal qu'elle fuie comme ça.

- Ces machines modernes, c'est beau, mais on a des pépins.

Tandis que la vieille, elle occupait deux ouvriers.

Maintenant, je suis tout seul.

- Lève la table et tais-toi !

- Quoi ? Vous restez dessous ?

- Lève-là, je te dis !

Voilà.

Elle produit 50 % de plus que l'autre.

T'as moins de boulot, ton copain est replacé ailleurs.

De quoi tu te plains ? - C'est vrai, ça.

Laisse tomber. Au travail !

- Ça vous arrive de vous salir les mains, Bonafon ?

- C'est pas mon rôle.

- Pour se faire respecter, un chef d'atelier garde les mains propres.

Pierre-Paul !

C'est à toi, ce détire ?

Range-moi ça, tu veux ?

Salut, Sipion. Ça va, ta femme ?

- Ouais, elle m'emmerde encore.

- Bah alors, c'est que ça guérit.

- Salut. - Il faut que je te parle.

- De quoi ?

- On a pas réglé cette histoire d'heures supplémentaires.

- Quoi ? Ils ne veulent plus en faire ?

- Peut-être, si la direction change pas les taux.

- La direction ? D'où tu prends ce vocabulaire ?

Tu lis trop les circulaires de ta fédération.

Ici, y a pas de direction. Y a un patron, c'est moi.

Tanard, tes gants, c'est pour aller pisser ?

Tu veux laisser tes mains dans la lame chrome ?

Voilà, tiens, voilà, un exemple.

Sécurité du travail, tu m'as fait chier avec ça.

- Change pas de sujet. Les heures supplémentaires.

- Bon, tu passes à mon bureau demain, 10 h.

- C'est vrai, merde, il a raison. Tu peux pas les mettre, tes gants ?

- Je les mets, mes gants ! - Oh là, là.

- Je vous cherche partout. Larsac au téléphone.

- Celui-là, il m'emmerde.

N'insistez pas, Larsac.

Je vous dis que mon affaire n'est pas à vendre.

C'est pas votre prix, le problème. Je vends juste pas.

Voilà, c'est ça. Au revoir, cher ami.

- Il est bien gourmand, Larsac.

Il a avalé l'affaire Blochet comme du pain.

- Pauvre Blochet.

- C'est marrant, j'aurais écrit évidemment avec un seul M, moi.

- Oh, bah vous, ça m'étonne pas. Faites voir.

- Quoi ? - Oh, c'est pas vrai...

- Vous êtes une mère pour moi, Vanille.

- Un bon à rien comme vous, j'en aurais pas voulu.

- Il faut revoir ce bilan.

Je préfère augmenter la participation des ouvriers

que de filer ce pognon à l'État. - Pas facile. Et pas légal.

- Légal ou pas, tu te démerdes.

- Vous avez vu la voiture que j'ai achetée, monsieur ?

- C'est à toi, ça ? - Ouais.

- Tu vas faire quoi avec ça ? Tu vas draguer les filles ?

- Ça aide. - J'ai pas eu besoin de ça.

- En ville, elles sont plus difficiles.

- Et ici, elles ont le cul sale ?

Elles l'ont aussi propre et aussi fier qu'ailleurs.

Il faut savoir faire la conversation.

Je leur ai jamais causé avec ça.

- Causez un peu avec votre belle-sœur,

elle vous demande.

- Je te vois tout à l'heure. - Ouais.

- Nelly ?

Et bah fouillez, puisque vous êtes là.

Et surtout, si vous la trouvez, vous la gardez.

Et offrez à boire aux gendarmes.

Ça se fait dans nos campagnes. On est civilisés.

- Hier, dans la journée, il y avait plus de vêtements ?

- Dans la journée, oui. - Où sont passés les cintres ?

- Madame a dû les prendre avec le reste,

hier soir, avant de repartir.

- Vous pouvez disposer, Élodie. Je n'ai plus besoin de vous, merci.

Ça va, merci.

- Tiens.

Pour Stéphane.

- Il manque pas de culot, celui-là.

- Comme si on était pas occupés.

- Tiens, Gaspard est venu.

- Et l'autre, elle fait quoi ? - Des manières.

Maintenant, elle téléphone.

- Non, je ne partirai pas d'ici

avant d'avoir parlé à mon beau-frère.

Mais oui, soyez tranquilles.

Je ne lui dirais rien de ce que j'ai découvert.

C'est entendu.

Mon mari et moi serons votre cabinet à 17 h.

Les enfants crient.

- Merci. Au revoir !

Conversations entremêlées

- T'as reçu mes cigarillos ?

- Stéphane, Élodie est passée.

- Ouais, je vois, ouais.

- Remonte le panier à provisions.

- T'as pensé au rosé, toi ? - Merci.

Ça va, Gaspard ?

- Je t'ai monté un lièvre, un gros. - Tiens.

Y a les gendarmes chez toi, tu sais ?

- Oui, je sais.

Sylvie.

- Je te cherchais.

Je veux te dire, pour ta femme, je suis désolé.

- Arrête tes conneries, tu veux.

Quoi, ma femme ?

- Bah tout le village le sait, c'est tout.

Un jour de marché, en plus. Moi je l'ai su à la récréation.

- Tu veux que je te dise quoi ?

- Hier soir, tu savais déjà qu'elle était partie ?

- Non, évidemment.

Bon, il faut que je m'en aille. Je te verrai ce soir.

Ça ira.

Conversations entremêlées

- Au menu, c'est veau aux carottes.

Ça vous ira, mademoiselle Olivier ? - Très bien.

- Le pain, il arrive. - Merci, merci.

- Vous partez ? - Oui.

Votre belle-sœur téléphone partout. Et à de grosses têtes, en plus.

Donc ça passe un peu par-dessus les nôtres.

- Merci quand même de vous être dérangé.

Des pas approchent.

- Vous ne pourriez pas manger comme tout le monde ?

- Pressé.

- J'ai fermé la chambre de Françoise et j'emporte la clé.

J'ai rendez-vous à 17 h avec le procureur.

Je compte déposer plainte pour rapt,

disparition frauduleuse ou enlèvement

concernant ma sœur.

- Rien que ça ?

- Vous savez qu'elle n'est pas partie comme ça.

- Je suppose que d'après vous, je l'aurais fait disparaître.

- Je vous crois capable de n'importe quoi.

- Café ?

- Dans une tasse, si ça ne vous gêne pas trop.

- C'est comme ça que vous vous êtes conduit

avec ma sœur ?

Comme avec cette porcelaine ?

- Au lit, seulement.

Là, je lui faisais mal.

Donc, elle refuse le divorce...

Je la tue.

- Vous l'avouez ?

- Non, je suis en train de réfléchir à ce qui se passe

dans votre petite tête depuis ce matin.

C'est ce que vous pensez ?

Que j'ai tué Françoise ?

Ses pas s'éloignent.

Un moteur de voiture vrombit.

- Doucement, doucement.

- Alors.

Tu es toujours en retard, c'est toujours toi, mon vieux.

Il faut choisir entre la municipalité et le commerce.

- Tu vas me chercher le dossier d'aide sociale.

- Mais c'est pas à l'ordre du jour.

- Je sais, mais tu vas me chercher le dossier d'aide sociale.

- Tu crois que j'ai pas mon travail, j'ai mon commerce.

- Je les ai commandés, mais j'attends.

- C'est pas vrai, ça. C'est toujours lui.

- Bien. Ce n'est pas à l'ordre du jour,

mais je vais vous parler de ma femme.

Puisque c'est ce que vous attendez.

Elle est partie, vous le savez.

Où ?

Je n'en sais rien et ça m'est égal.

Ça aussi, vous le savez.

Ce que vous ne savez pas encore, c'est que,

qu'on la retrouve ou non, j'ai décidé dorénavant de vivre

avec mademoiselle Olivier.

Quelqu'un a quelque chose à dire ?

Tu peux ouvrir la séance, monsieur le Maire.

Il se racle la gorge.

- La séance est ouverte.

Bon, rentrons dans le vif du sujet, discussion du budget

de la réfection de la route entre la tannerie et le village.

Quelqu'un a-t-il un mot à dire ?

Eh bah, vas-y.

- Je pense que la commune n'a pas à payer les dégâts

causés par les camions de la tannerie.

- Tu crois pas que tu pousses un peu ?

Tu sais combien elle paie d'impôts, la tannerie ?

- C'est juste.

- Je maintiens.

- Peut-être, mais t'es pas contre le fait qu'elle te fait croûter.

Comme tout le village.

Sans elle, ce serait aussi vide qu'à Saint-Jean.

- C'est pas la question.

- Rappelle-toi que l'entretien des locaux de l'école

a été payé par Stéphane et que sans lui,

nous n'aurions plus d'école.

- Je sais.

- Bon, on met aux voix.

Pour la prise en charge par la commune

des travaux de réfection de la route.

Contre.

Adopté.

- T'es bien une tête de lard.

Je prêterai quand même mes camions pour les travaux.

Musique douce

Voilà.

- T'es plus beau de loin que de près.

- Entre quand même.

De quoi tu as peur ? - Et si ta femme rentre ce soir ?

- Ça risque pas.

- J'aime pas tellement. Ça te ressemble pas.

- Remarque, moi à part ma chambre et la cuisine ici...

Tu veux voir ma chambre ?

- J'aime mieux qu'on parte.

- Qu'est-ce que tu as ?

Hein ?

- Non, laisse-moi.

Musique inquiétante

Pourquoi tu m'as amenée ici ?

- Comme ça.

Je pensais que ça t'intéresserait. - Tu me connais mal.

Qu'est-ce que tu leur as dit, quand tu m'as obligée à sortir ?

- Je leur ai dit que j'avais décidé de vivre avec toi.

- Mais, c'est chez ta femme, ici. - Et alors ?

- Y a des moments où je me demande si tu penses à ce que tu dis.

- Chut, chut. Te fâche pas.

Tu sais que t'es très très belle quand t'es en colère ?

Musique douce

En fait, c'est vrai, si on y réfléchit bien.

Je me demande comment j'ai pu vivre ici aussi longtemps avec elle.

J'ai une idée, viens.

Je suis né là.

Mon père aussi.

Mon grand-père y a vécu, et y est mort.

- Et toi, pourquoi t'es parti ?

- Ma femme n'aimait pas.

- Qu'est-ce que ça sent ?

- Ça sent la tannerie.

C'est à côté.

- Tu viens souvent ? - Non. Rarement.

- T'amènes jamais des filles ?

- Hein ?

C'est drôle, ce soir, tu fais rien que me donner des idées.

Viens.

- En fait, ça t'aurait pas gêné que j'aille vivre au château.

- Non.

- T'es amoral. Rien te gêne.

- Rien.

Quoique pour la maison, t'avais raison.

On est mieux ici.

- Et si ta femme revient ?

- Ça changerait rien.

- Et si elle veut toujours pas divorcer ?

- Ça changerait toujours rien.

- C'est vraiment à cause de moi que tu veux divorcer ?

- Oui. À cause de toi, et...

parce que je ne peux plus la supporter.

- T'as failli dire à cause de l'enfant...

- Oui, j'ai failli dire.

Attends.

Il fouille.

Une porte s'ouvre.

Regarde, c'est pas beau, ça ?

Mon fils naîtra ici, dans cette chambre.

- Tu sais, on accouche en clinique, maintenant.

- Non, non, pas lui.

Dès le premier jour, il aura mon berceau pour dormir

ou pour gueuler si ça lui chante.

Et s'il gueule, ce sera tant mieux.

- Viens.

Tu crois pas que ça va nous compliquer la vie, tout ça ?

- Quoi, tout ça ? - La maison, l'enfant.

- Quoi, l'enfant ?

- Oui, ça serait peut-être mieux que je le garde pas, non ?

- Ne redis jamais ça.

Je t'enverrai Élodie.

Pour t'aider à emménager.

- Non, je préfère le faire toute seule.

Musique classique

- Je sais pas ce qui lui arrive.

Ça vous dérangeait d'y jeter un coup d'œil ?

- Aujourd'hui, j'ai pas le temps. - Moi si, je suis pas pressé.

Voyons, il est... Il est 14 h 12. - Ah, il est 14 h.

Les cloches sonnent.

- J'avance peut-être un peu.

Si vous pouviez voir ça d'ici 17 h, ça m'arrangerait.

- Et vous, vous restez là ? - Ça a l'air charmant.

Je vais faire un tour à la campagne.

Vous trouvez pas qu'il y a... une drôle d'odeur ?

- Une drôle d'odeur.

Des pas approchent.

- Bonjour, monsieur.

- Qu'est-ce que je vous sers ?

- Un cahier de papier à cigarettes Job.

Gommé.

- 90 centimes, monsieur. - Oui, je sais, je sais.

Voilà. Monsieur.

Messieurs dames. - Monsieur.

Des enfants récitent une leçon.

- C'est de qui, ça ? Sandrine.

- Gabriel. - C'est bien.

Maintenant on va faire des mathématiques,

alors vous prenez vos cahiers, et vous changez celui-là.

Dis donc, Pierrot, tu fais pas de bruit.

Les enfants rient.

- Vous cherchez quoi ?

- Chrysanthemum indicum.

Très belle variété, ils sont superbes.

- Je répète, vous cherchez quoi ?

- Mon nom est Fernand Noblet. Je suis juge d'instruction.

- Je descends.

- Superbe.

Des chiens aboient.

- Rassurez-vous, je vais tuer personne.

- Monsieur Bertin, j'imagine ? Vous êtes chasseur ?

- Ça m'arrive.

Je ne m'enfuis pas, je déménage.

On m'a pas dit que vous veniez.

- Comment, on vous avait pas prévenu ?

Mon greffier devait vous téléphoner,

il a dû manger la commission.

Les jeunes, maintenant.

- Vous êtes venu à pied ?

- Ma voiture est au garage, elle est en panne,

une bricole, je sais pas quoi.

- Restez pas planté là.

- Vous avez une bien jolie maison, M. Bertin.

- C'est à ma femme.

Ma belle-sœur a dû vous le dire. Vous l'avez vue ?

- Votre belle... Oui, je l'ai vue, j'avais oublié.

- Quoi ? - Pour la maison, j'avais oublié.

- Entrez.

- Très belle maison.

- Je vous reçois à la cuisine, vous m'en voulez pas.

- J'aime beaucoup les cuisines.

- Vous comptez vous installer où ?

- Chez moi. Dans la maison de mon père.

- Non, non, je bois pas de vin.

- Vous buvez quoi, alors ? - De l'eau.

J'ai des...

- Voilà. À la vôtre quand même.

- Elle est bien fraîche.

Oh, vous voulez me permettre ?

J'ai une passion pour les montres anciennes,

et la vôtre est magnifique.

Elle est plus belle que la mienne.

- Ça va, je vous fais pas perdre trop de temps,

vous êtes pas pressé ?

- Non, j'ai tout mon temps.

C'est peut-être moi qui vous dérange.

- Comme je suppose que vous êtes pas venu pour rien, allez-y.

J'attends vos questions.

Vous avez perdu quelque chose ?

- C'est mon carnet, je voudrais voir aussi...

Et puis j'ai noté... j'ai noté deux ou trois choses.

Mais je voudrais voir aussi

la chambre de madame, par exemple.

- J'ai pas la clé.

- Moi, je l'ai. Il y a des choses que j'oublie pas.

Vous avez l'air surpris,

Monsieur Bertin.

Vous savez pas que votre femme perd ses cheveux,

et qu'elle ne porte plus que des perruques ?

Les épouses ont parfois de ces cachotteries.

Par pudeur.

- Par crainte du ridicule.

- Voyez-vous, monsieur Bertin, je vis tout seul depuis longtemps.

Moi aussi, j'ai été marié.

Et puis, un jour, ma femme est partie.

Pas tout à fait dans les mêmes circonstances

que la vôtre, si je peux me permettre ce rapprochement.

Je sais avec qui elle est partie et où elle est.

Je m'y attendais pas. Je me demande encore pourquoi.

La salle de bains, c'est par là ?

Elle était affligée d'une légère claudication.

À la jambe gauche.

Et elle s'astreignait à porter des chaussures spéciales,

pour la dissimuler.

Mais quand elle est partie, comme ça, précipitamment...

elle a oublié des tas de choses.

Mais elle a emporté toutes ses chaussures.

Elle n'en a oublié aucune.

Aucune.

- Ça vous va ? - J'aurais dû prendre ma serviette.

Je vous les rendrai, évidemment.

- Faites-en ce que vous voulez. Vous voulez du feu ?

- Du feu ? Non, non, je ne fume pas.

Non, je ne fume plus.

J'ai beaucoup fumé, mais c'est fini.

- Bon, alors maintenant, écoutez-moi bien.

Ma femme est partie.

Pourquoi ? J'en sais rien. Où ? J'en sais rien.

Mais je préfère que vous sachiez tout de suite une chose,

c'est que cette situation m'arrange.

- Est-ce que votre femme portait des bijoux ?

- Elle en portait toujours.

- Non, mais tachez de vous souvenir, ce soir-là,

particulièrement, est-ce qu'elle en portait ?

- Ce soir-là, je l'ai pas vue, monsieur le juge.

Ma belle-sœur a dû vous le dire.

Même qu'elle a dû vous dire que j'avais une maîtresse.

Muriel Olivier, l'institutrice.

- C'est très bien.

- Pardon ?

- C'est très bien qu'il y ait une école.

Y a tellement d'endroits où on les a supprimées.

Vous devez y être attaché. - J'y ai usé mes fonds de culotte.

- Je parlais de mademoiselle Olivier.

Vous devez y être attaché.

- J'ai décidé de vivre avec elle, si c'est ce que vous voulez savoir.

- Vous pensez que madame Bertin ait pu faire une fugue ?

Stéphane rit.

- Françoise ?

Non.

Non, mais ce qui est possible, c'est qu'elle se cache quelque part

uniquement pour m'attirer des emmerdements.

- Vous l'en croyez capable seulement pour vous embêter ?

- Ça, ce genre de questions, c'est à vous d'y répondre.

- Je crains d'avoir beaucoup abusé de vos instants, M. Bertin.

Si jamais je reviens

vous revoir, ce sera toujours

avec plaisir.

- Je vous demande pardon. Monsieur le curé est là.

Il vient chercher le chandelier.

Madame lui aurait acheté pour son église.

- Eh bien, donnez-le-lui.

- Je me disais tout à l'heure, cet objet n'est pas à sa place

dans un salon aussi bien tenu.

- Françoise me l'avait apporté de la ville le jour où...

Puis elle l'avait gardé pour vous demander de le nettoyer.

- C'est sûr que j'aurais astiqué, si j'avais su.

- C'est sans importance.

Ça ne te gêne pas, que je le reprenne ?

- C'est à vous. - Merci.

Toujours pas de nouvelles ? - Absolument aucune.

Je me présente, Fernand Noblet. Je suis juge d'instruction.

Mais je vois, Monsieur le curé, vous êtes motorisé ?

- Oui. Oui.

- Ça vous dérange pas de m'accompagner jusqu'au village ?

- Mais, avec plaisir.

Au revoir, Élodie. À bientôt, Stéphane.

Mais, je vous préviens, je ne vais pas très vite.

- Ça fait rien, je suis pas pressé.

Je suis jamais pressé. Au revoir.

Merci pour le sac. Au revoir.

- Eh bien, il est courageux, ce monsieur.

Monter avec le curé.

Le moteur vrombit.

- Comme il tenait à ce que son église conserve un curé,

eh bien, il m'a offert la deux-chevaux.

- Je ne pensais pas que monsieur Bertin

était aussi pieux.

- Allons donc, il se moque pas mal du Bon Dieu.

Mais que le coq du clocher penche un peu,

alors là, il le fait réparer tout de suite.

N'est-ce pas, l'église, pour lui, fait partie de...

de son décor personnel.

Moi avec, d'ailleurs.

- Il a l'air d'avoir beaucoup d'estime pour vous.

- Oui, comme arbitre des matchs de rugby. Ah oui.

- Et madame Bertin ?

- Entre Stéphane et Françoise, ça a été, dès le début, la mésentente.

Alors, chacun a cherché une consolation.

Françoise, dans sa foi chrétienne.

Et mon chenapan de Stéphane, auprès des femmes du pays.

Quand je pense qu'il a été mon meilleur enfant de chœur.

- Il a dû l'acheter après avoir vu sa sœur.

Elle ne m'en a pas parlé.

- Pardon ? - Le chandelier.

- Ah oui, elle l'a trouvé chez le brocanteur,

en face du départ des cars.

- Oui, je vois.

Je vois même... - Qu'est-ce qu'il a ?

- Qui ? - Le chandelier.

- Il a des cheveux.

- Il mérite un bon astiquage.

- Si vous permettez, M. le curé, je vais m'en charger.

Oui.

- Castelin.

Alimentation, nouveauté, et maire du village.

Qu'est-ce qui se passe, Monsieur le juge ?

Oui, on a vu votre laissez-passer

du palais de justice dans la voiture.

- Au fait, elle avait quoi ? - Pas d'eau dans le radiateur.

- Ce sont des choses qui arrivent.

- Oh, c'est pas la peine. - Ah si, si, si.

Monsieur le maire, vous présidez aux destinées

d'un bien joli village.

Mes félicitations.

La campagne alentour est ravissante.

J'aurais certainement l'occasion de revenir, merci.

Au revoir.

Parfait. Parfait.

Le moteur vrombit.

- Ah ! Non ! Écoute !

- On l'essaye. - Stéphane ! Non !

On n'a pas le temps. - Si, j'aime quand tu résistes.

- Arrête !

Arrête. Aide-moi plutôt à ranger mes bouquins.

- T'as lu tout ça ?

- Bah oui, presque. Allez, donne.

- Mais pourquoi tu les gardes, si tu les as lus ?

- Tu ferais bien d'en lire de temps en temps.

- Ah, ça y est. On croirait entendre parler ma...

Je te demande pardon.

- Où elle est ?

- Quoi ? Qui ? - Ta femme, où elle est ?

- J'en sais rien, je te dis. - Et il te croit, le juge ?

- Le juge, j'en ai rien à foutre.

- Tu sais, je voulais pas t'embêter.

Alors je te l'ai pas dit, mais elle est venue me voir.

Elle m'a dit qu'elle divorcerait jamais.

- Et alors ?

- Je me demande ce qui va arriver, c'est tout.

- Il va arriver que tu vas t'installer ici,

qu'on va vivre ensemble.

- N'empêche que je préférais avant, moi.

- Moi, je préfère maintenant.

- Vous arrivez après la bataille, monsieur Bertin.

- Oui, excusez-moi, j'ai été retardé.

Élodie vous a ouvert ? - Oui, elle a été très coopérative.

- Vous avez trouvé ce que vous vouliez ?

- Qu'est-ce qui vous dit que je cherche un truc ?

Quelque chose d'important, vous savez, dans un cas pareil,

une perquisition c'est... c'est de la routine.

Mais je ne vous aurais pas dérangé pour rien.

J'ai là une convocation à laquelle j'aimerais que vous vous rendiez.

J'ai quelques questions à vous poser.

Mais cette fois-ci, à mon cabinet, en présence de mon greffier.

- Un élément nouveau ?

- Je préfère pas tricher avec vous.

On a trouvé des traces de sang

et des cheveux sur le chandelier que votre femme a rapporté.

- Oui, mais ça m'ennuie un peu. Demain, c'est vendredi.

J'ai la paye des ouvriers...

- Remettre cet entretien à lundi, moi, ça...

Ça me contrarie.

- Pourquoi on n'irait pas maintenant ?

Le temps de passer à la tannerie, régler quelques détails, et puis...

Si vous voulez, vous venez avec moi.

- Non, je préfère que vous laissiez votre voiture

on prendrait la mienne, elle marche.

- Ah bon ? - Oui, elle marche aujourd'hui.

- Remarquez, on pourrait aussi prendre le panier à salade.

Ça risque d'être rigolo, non ?

- Je ne doute pas que ça vous amuse.

Si vous voulez bien.

- Capitaine, on passe par la tannerie.

Vous voulez nous suivre ?

J'aimerais.

- Vous avez déjà vu une tannerie ? - Non.

- Ça va vous faire une occasion de visiter.

Ici, c'est le séchage.

On sèche par le vide et la vapeur.

Alban, rendez-vous dans mon bureau.

Mon grand-père a fondé la... Attention à vous.

Mon grand-père a fondé la première tannerie, ici, en 1895.

C'est comme ça qu'on a commencé.

Avant, on était des paysans.

Maurois, à mon bureau, cinq minutes.

Attention à vous, allez-y.

Là-bas, c'est le tannage.

On emploie exclusivement des sels minéraux,

les sels de chrome.

Ou alors, organiques.

Comme le formol, ou... Bonafon, conférence.

Quoi, ça va pas ? - C'est l'odeur.

- Ah oui ?

Y a que les étrangers au village qui la sentent.

Nous, on en est imprégnés, même les femmes,

même les enfants.

C'est une odeur rassurante.

Le jour où on ne la sentira plus, ça sera la mort.

Je vous présente monsieur le juge d'instruction Noblet.

Il m'emmène à son bureau pour m'interroger.

Au fait, je suis témoin ou suspect ?

- Vous êtes témoin, bien sûr.

- Je suppose qu'on peut entrer dans votre cabinet

comme témoin et en sortir suspect ?

- Ça arrive.

- Je suppose qu'on peut même ne pas en sortir du tout.

- Ça arrive aussi.

- Debray,

est-ce que tu penses que l'entreprise

peut fonctionner sans moi,

même un certain temps ?

- Certainement pas. Même quelque temps.

- C'est ton avis aussi, Maurois ? - Je te l'ai assez reproché.

- Fanny, où en est le carnet de commandes ?

- Du travail pour 3 semaines. - Et après ?

- On a le nouveau marché avec Air France.

- Ils signeront, sans moi ?

- Non, et puis de toute façon, y a le contrat avec les Belges.

Ça sera pareil.

- Ah oui, c'est vrai, il y a les Belges.

- Si vous voulez me permettre,

vous serez sûrement rentré ce soir même.

- Vous pouvez me le garantir ?

- Non, je peux pas vous le garantir formellement.

- Bien.

Par conséquent, j'ai décidé de suspendre

les activités de l'entreprise dès que les commandes en cours

seront exécutées.

Debray, si je ne suis pas de retour lundi,

tu feras envoyer des lettres de renvoi à tout le monde.

Conserve seulement quelques gars pour l'entretien et la sécurité.

Vos droits seront préservés,

et vous recevrez vos indemnités d'usage.

Pour le reste, je ne peux rien vous dire.

Voilà, messieurs, vous pouvez retourner au travail.

- Je demande la réunion du comité d'entreprise immédiatement.

- C'est ton droit. Tu vois ça avec Debray.

Trouve immédiatement Demaison.

Tiens-le au courant de ce qui se passe ici.

Tu lui dis qu'il appelle Varan. - Le député ?

- Oui, il le trouvera sur le journal.

- C'est les voitures ! Les gendarmes !

Une sirène de police retentit.

- Elle est charmante.

Je constate que vous n'entrez pas facilement dans le jeu, M. Bertin.

- Ah bon, c'est un jeu ?

- Parfois, j'aimerais être comme vous.

Si, si, je vous envie un peu.

Vous faites tout le contraire de ce qu'on attend

d'un homme dans votre situation, vous foncez.

Votre jeune collaborateur, lui aussi, il a l'air de foncer.

- Ouais, c'est pas comme vous.

- Vous pouvez fumer, monsieur, si ça vous dit.

- Bon, qu'est-ce qu'il fait, l'autre ?

- Oh, il va venir, rassurez-vous.

- Pardonnez-moi.

- Bon, alors c'est quoi, cette histoire de sang

sur le chandelier ? C'est quoi ?

- Décidément, vous n'aimez pas vous sentir sur la défensive.

Qu'est-ce que vous en pensez, vous, au fond ?

De ces traces de sang et des cheveux

sur ce chandelier que votre femme a rapporté

à la maison le soir même de sa disparition ?

- Je pense qu'un chandelier posé sur une étagère peut très bien

tomber sur la tête de quelqu'un, et voilà.

- C'est intéressant. - Ouais.

- Oui, c'est très intéressant.

C'est une hypothèse à retenir parmi d'autres.

C'est possible que ça se soit passé comme vous dites.

Ce chandelier est assez lourd pour blesser quelqu'un.

Le blesser à la tête.

Précisément.

C'est ce qui vous est arrivé, M. Bertin ?

J'ai dû omettre de préciser, pardonnez-moi...

Il s'agit de vos cheveux et de votre sang, M. Bertin.

Je pensais vous l'avoir dit.

Alors comment avez-vous fait pour vous blesser

avec ce chandelier à la tête ?

- D'après l'examen de la blessure qu'il a la tête,

sa version est plausible, il aurait pu effectivement

se la faire lui-même de 50 façons.

- Je me contenterai d'une seule.

La bonne.

- Il arrive des choses bizarres chaque jour à chacun de nous.

Cela ne nous conduit pas forcément aux assises.

Vos présomptions, c'est quoi ?

Elle l'aurait frappé,

il aurait répliqué et l'aurait tuée ?

- Dans un premier temps, ça me suffirait.

J'aurais la preuve qu'il l'a vue ce soir-là,

contrairement à ce qu'il affirme.

- Vous en auriez une meilleure s'il y avait

du sang et des cheveux de la femme sur le chandelier.

- Alors là...

Ce serait trop beau.

Merci de votre promptitude, docteur.

Merci.

- Il se fait tard. On peut reprendre cet entretien un autre jour.

- Non, je préfère qu'on en finisse, si vous voulez bien.

- Comme vous y allez.

Vous changez pas de tactique, vous foncez.

Si vous voulez téléphoner chez vous.

Bon.

Alors ce chandelier que vous n'avez jamais vu à la maison.

Vous le rangez sur une étagère d'où il tombe et vous blesse.

C'est ça ?

- C'est ça.

- Et après ?

- Après quoi ?

- Vous avez fait quoi après ?

- Je l'ai ramassé, et c'est possible que j'aie dit :

"Merde."

- C'est généralement ce qu'on dit dans ce cas.

Et ensuite ?

- Ensuite, j'ai essuyé le sang que j'avais sur la tête.

- Et vous l'avez lavé ?

- Quoi ?

- Le chandelier.

- Je... Je pense, ouais.

- Vous pensez ou vous savez ?

- Attendez, non, je... Mais oui, je l'ai lavé.

Je suis sûr, je l'ai lavé.

- Je suis ravi que vos souvenirs soient moins confus,

parce que le chandelier

a été lavé, le brocanteur le dit.

J'avoue que ça m'intriguait...

Mais puisque vous me dites que vous en avez eu l'idée,

je ne pose plus de questions à ce sujet.

Sauf une.

Pourquoi ?

- Quoi, pourquoi ?

- Pourquoi vous l'avez lavé ?

- J'en sais rien, j'ai dû faire ça machinalement.

- Vous voyez une trace de sang sur ce chandelier,

et bien que ce soit naturel, car vous vous êtes blessé avec,

ça vous ennuie de laisser une trace de sang sur cet objet,

alors comme ça, machinalement,

vous le lavez, machinalement, comme ça.

Après tout.

Vous pouvez consigner cette version, hein ?

Provisoirement.

- "J'ai quitté la tannerie vers 20 h,

"retenu par l'installation d'une nouvelle machine

"et suis allé avec mes ouvriers boire un verre au café Fréval

"que j'ai quitté vers 21 h.

"Je suis rentré, il y avait de la lumière

"dans la chambre de ma femme, mais je n'ai rien entendu

"et ne l'ai pas vue.

"J'ai dîné seul dans la cuisine, à mon habitude,

"car je ne mange jamais avec elle."

- Vous ne mangez pas votre...

- Si ça vous fait plaisir.

- "Car je ne mange jamais

"avec elle,

"qui généralement, monte dans sa chambre très tôt,

"lit, et éteint la lumière à 22 h.

"J'ai quitté le château vers 22 h 10, sans remarquer si sa lumière..."

- Attends.

- Oui ?

- Excusez-moi, mais... Je suis sûr, elle était éteinte.

- "Et suis allé retrouver mademoiselle Olivier,

"chez qui j'ai passé la nuit."

- On va en rester là pour ce soir.

- Tu veux pas continuer ?

On a bientôt fini, il est quoi ? Il est 21 h 45.

À cette heure-là, moi, j'ai pas prévu de voiture

pour rentrer, et je haïs dormir à l'hôtel.

- Je ne peux pas vous fournir une voiture de service à cette heure-ci.

- Vous êtes d'accord pour reprendre demain matin, quand même ?

- Si vous voulez.

- Bon, alors voilà ce que je vous propose.

Vous rentrez chez vous vous coucher.

Vous me trouvez un petit coin, que je puisse me reposer un peu.

Le concierge doit avoir un lit de camp

pour vos clients éloignés.

Ce sera plus simple, je serai sur place.

- Drôle de bonhomme, M. le juge. - Ouais.

- Vous l'avez quand même mis en difficulté.

- Vous croyez ? - Oh, vous verrez.

Vous allez finir par le coincer. - S'il m'épuise pas avant.

- Je vous laisse la clé, comme ça on vous dérangera pas.

Les WC sont au bout du couloir. On vous réveille demain matin ?

- Vous pouvez m'amener un café ?

- C'est trop. - Ouais, ça va.

- Merci.

Les cloches retentissent.

Musique douce

Musique dramatique

- C'est ça, Monsieur le préfet.

Au revoir, Monsieur le préfet.

-Le doyen des juges vient vous voir, M. le procureur.

- J'ai lu, j'ai lu.

Mais dites-moi, c'est vous qui m'avez conseillé

de mettre Noblet sur cette affaire.

Mais au fond...

quel genre d'homme est ce Noblet ?

- Voilà.

Musique classique

"On s'interroge sur le sérieux du parquet,

"qui n'hésite pas à mettre en péril

"l'équilibre socio-économique d'une région.

"Un chef d'entreprise respecté...

"Cette même justice qui laisse les voyous..."

Le chat miaule.

C'est assez fort comme ça ?

Bonne journée, Mademoiselle.

Le chat ronronne.

- Votre conviction intime, mais vous vous trompez de rôle.

Laissez donc ça aux jurés.

Vous avez lu, j'ai pas besoin de vous faire un dessin.

Et si ce Bertin est votre coupable,

apportez contre lui des preuves non discutables.

Comme le disait le préfet.

- Qu'est-ce qu'il a à voir dans l'instruction, le préfet ?

- Rien, naturellement, rassurez-vous.

Instruisez, Noblet, instruisez.

C'est votre dossier. Personne ne veut vous le retirer.

- Mais cela va de soi, vous avez notre confiance.

- Ouais, j'ai impression qu'ici, on ne souhaite pas trop

que monsieur Bertin soit le meurtrier.

- Il y a des coupables qui arrangent et d'autres qui dérangent.

- Bon.

- Pensez-vous, Monsieur le doyen, que je puisse poursuivre ce matin

la déposition de monsieur Bertin ?

- Vous l'avez reconvoqué ?

- Il a dormi au palais.

- ici, mais où ça ?

- La pièce près de mon bureau.

- Mais, c'est tout à fait inhabituel.

- Il a beaucoup insisté.

Je comprends, maintenant.

Je comprends.

- Vous vous êtes fait manœuvrer.

- Quoi qu'il en soit, il serait souhaitable

que vous reportiez cette déposition.

Que monsieur Bertin rentre chez lui

le plus rapidement possible

apaisera au moins les esprits.

- Je comprends.

Je comprends surtout que quand on veut se débarrasser

de sa femme, mieux vaut commencer

par engager du personnel.

La porte se ferme.

- Vous avez passé une bonne nuit, Monsieur le juge ?

- Pas mal. Ça serait plutôt le réveil qui...

- Oh merci. - Ah bah, j'arrive trop tard.

- C'est l'intention qui compte.

- Pardonnez-moi j'en ai donné un petit bout à Malvina.

C'est ma chatte.

- On partage ?

- Vous avez lu ?

- Ouais. Et vous ?

- J'en ai même entendu parler.

- Alors on ne m'inculpe plus ?

- C'est vous qui vous êtes mis ça dans la tête.

Pourquoi ?

- Avouez tout de même que vous êtes déçu.

- Troublé.

- Vous savez, juge,

vous vous en êtes peut-être pas aperçu, mais...

- Mais quoi ?

- Pendant que vous aviez le nez plongé dans vos dossiers,

des trains sont passés que vous n'avez pas pris.

Encore juge d'instruction, à votre âge.

Pour une petite ville comme ça.

Vous avez pas su nager dans le sens du courant.

Vous avez dû commettre pas mal d'erreurs.

- Qui n'en commet pas ?

Vous avez du feu ?

- Excusez-moi, mais...

- Au revoir, Monsieur Bertin.

- Oh, j'oubliais mon cache-nez.

Des pas s'éloignent.

Au revoir, juge.

La porte s'ouvre et se referme.

- On dirait que mon papier a eu un effet immédiat.

- Merci, Varan. - Y a pas de quoi.

Debray a informé Demaison, m'a alerté, j'ai su quoi faire.

- Salut. - Plutôt génial, ton chantage.

- C'en est pas.

On continue à m'emmerder, je ferme pour de bon.

On se barre, ou quoi ?

On klaxonne.

Arrête ça, charrie pas, quoi.

- Regarde ça, le retour de l'empereur après l'île d'Elbe.

- Arrête tes conneries.

- Je vous le ramène !

- Ça va, n'en faites pas trop.

- Salut. - Salut.

- Allez venez, oh ! C'est la tournée du patron.

- La tournée du patron, faut pas exagérer.

- Tu viens pas ? - Non.

Y a des coups que j'aime pas boire.

- Dis donc, Stéphane, la tournée du patron.

Tu parles pas sérieusement ? - Si.

C'est qui le patron, c'est pas toi ?

- Je préfère.

Qu'est-ce que tu fous ? Apporte des bouteilles.

- Mes amis !

Je voudrais vous faire une déclaration.

- Vous fatiguez pas, Varan.

Y a une seule personne à convaincre, moi.

Le reste suit.

Vous prenez un pot, Monsieur le député ?

- Très drôle.

- Tu nous as fait une de ces peurs

quand on t'a vu être embarqué comme ça.

- T'inquiète pas, Monsieur le maire, va, c'est fini.

Le jour est pas arrivé où on fera sauter

Stéphane Bertin dans un cerceau s'il en a pas envie.

- OUAIS !

Brouhaha

- Vous voyez, ce style-là paye encore aujourd'hui.

- Oh ! T'as pas la petite sœur, là ?

- Vous semblez craindre qu'il vous prenne votre siège à la chambre.

Dormez tranquille.

Stéphane est un rapace qui a délimité une fois pour toutes

son territoire de chasse.

Là où il est assuré d'être le maître.

- Salut, Stéphane.

Conversations entremêlées

Une voiture s'éloigne.

- Muriel.

Muriel.

Muriel.

Muriel !

Muriel !

Muriel !

Muriel.

Muriel.

Muriel.

Muriel.

- J'ai cru que t'étais partie.

Que t'étais partie avec lui.

Avec mon petit.

- Oh !

Pierrot, tu ne vois plus clair ?

- Pardon, Mademoiselle. - Bon allez, va doucement.

Des enfants crient.

- Allez.

Tenez, c'est pour vous.

- Faut pas, Monsieur Stéphane.

Votre visite lui a tellement fait plaisir.

- Soignez-le-moi bien.

T'aurais pu venir avec moi.

- Comment il va, Lapierre ? - Il est foutu.

Alors, Alban, ça pousse comme tu veux ?

- Oh, ça pousse en tout cas, Monsieur Stéphane.

- Bon dimanche.

- Merci, vous aussi, Monsieur Stéphane.

Tiens, tu vois, ces maisons.

Mon père les a fait construire quand on a agrandi l'usine.

Il a fait venir du personnel d'ailleurs, il fallait les loger.

Avec leurs familles.

Maintenant, je leur loue ça une bouchée de pain.

Ils sont bien. Ils ont pas envie de partir.

- Tu me déposes à l'école ?

- Tu viens pas au stade ? - Non, j'ai du travail.

- Pourquoi tu l'as pas pris ? Tu l'aurais fait à la maison.

- J'ai envie d'être un peu seule, j'ai le droit, non ?

- Bah t'énerve pas.

C'est ton état qui te rend comme ça ?

- Je le porte pas depuis six mois, ton garçon.

De toute façon, ça a rien à voir.

- Oh pardon, le cigare.

Je te demande pardon.

- Allez, allez, allez, allez, allez.

Allez, allez, ici, donne, donne !

- Mais démarquez-vous !

On siffle.

- Quoi, merde, y a quoi, encore ?

- J'ai vu un coup de poing,

je ne sais pas de qui.

Le prochaine fois, c'est dehors.

- Crache pas sur ma pelouse, tu paies pas l'entretien.

C'est de votre faute.

Vous croyez avoir de l'autorité ?

- C'est pas le moment d'en discuter.

- ici comme en ville, d'ailleurs. Un curé, c'est un curé.

Ça doit être habillé en curé.

Sans ça, il n'y a plus de religion.

- Passe-la-moi, passe-la-moi.

- Avec lui.

Les joueurs crient.

On siffle.

- Allez reculez ! - Recule !

Les joueurs crient.

Musique dramatique

Les cloches résonnent.

La sonnerie de l'école résonne.

- Ça va pas, non ? - T'héberges le juge, maintenant ?

- Quoi ? Vous avez pas lu ?

Café hôtel restaurant. C'est écrit en toutes lettres.

Je peux pas le refuser.

- T'avais qu'à dire que c'était complet.

- Il m'aurait pas cru. - Faux-cul.

- Je veux pas d'ennuis avec la loi.

- Vous savez, au village, la loi,

par la force des choses, c'est un peu Stéphane.

Y a même des jours où je me demande si le Bon Dieu

n'a pas élu domicile plutôt à la tannerie qu'ici.

- Jamais personne ne conteste son autorité.

- À la tannerie, ça m'arrive de ne pas être d'accord avec lui.

Au conseil municipal non plus.

On peut dire que c'est souvent la bagarre entre nous.

Mais ça s'arrête là.

- Et madame Bertin ?

Elle aimait pas beaucoup les gens du village.

- Pour ce qu'elle nous voyait,

elle avait pas à nous juger.

- Et vous, au village, vous l'aimiez pas non plus ?

- Pour être franc, si on servait au château,

c'était sûrement pas pour elle.

- C'était pour lui ?

- On l'a connu tout gamin.

Avec lui, comment dire, c'était...

On a toujours eu l'impression d'être du même bord.

- Et comment il était avec madame ?

- Il lui en faisait voir de toutes les couleurs.

Pas de brutalité.

Mais avec ce qu'elle avait là, normalement,

elle aurait pas pu porter de chapeau.

- Elle le savait ?

- Naturellement.

Et sans vous livrer le secret du confessionnal,

je peux vous dire qu'elle en souffrait beaucoup.

Elle était tellement orgueilleuse, la pauvre.

- Elle était ? - C'est-à-dire...

- Mademoiselle Olivier,

vous la connaissiez depuis longtemps ?

- À l'arrivée d'une nouvelle instit,

on parie sur le temps que Stéphane mettra

à la faire tomber dans son lit.

Apparemment, celles qui m'ont précédée

ne résistaient pas au-delà de la Toussaint.

Moi, j'ai tenu jusqu'à Noël.

C'est une sorte de record, vous trouvez pas ?

- J'avoue que j'ai pas beaucoup d'idée là-dessus.

- Vous comprenez, à la longue, si j'avais pas cédé,

ça aurait été mal vu par les parents.

- Oui, il y en a qui auraient perdu leurs paris.

- Pourquoi vous m'interrogez pas sur sa femme ?

- Vous répondez bien

quand on vous pose pas de questions.

- Elle m'a toujours ignorée. Et pourtant, elle savait, bien sûr.

Puis un jour, elle s'est décidée à venir me voir.

C'était peu de temps avant sa disparition, d'ailleurs.

- Elle a dit quoi ?

- Ce qu'une femme dirait à celle qui couche avec son mari.

- Elle vous a menacée ?

- Non, c'était pas son genre.

Non, je crois qu'au fond,

elle était tout simplement malheureuse.

- Vous pensez que malgré tout,

elle était encore amoureuse de son mari ?

- Pourtant, il ne lui faisait plus l'amour depuis longtemps.

- Vous aimez pas mon bouillon de thon ?

- Si, mais lui, il m'aime pas.

Une petite tranche de jambon cuit,

ça m'irait assez.

- Du jambon, c'est triste. Déjà qu'ici, c'est devenu sinistre.

- Y a quelque chose de changé ? - Ça se voit pas

que c'est désert, ici ?

- Avant, ça l'était pas ?

- T'entends ça, Sylvie ?

- Je pourrais prendre mes repas dans ma chambre.

Ils me verraient pas, ça les ferait venir.

- Ouais.

L'ennui, c'est que votre chambre, c'est aussi chez moi.

- Ils vous en veulent tellement ?

- Mais je vous le demande, c'est à moi que c'est arrivé,

ma femme a disparu ?

- Qu'est-ce que tu dis ?

- T'occupe pas, toi, va chercher le jambon.

Stéphane, qu'est-ce que je te sers ?

- File-moi un paquet de cigarillos.

T'as encore de la chance d'être le seul tabac du pays, toi.

- Écoute, je te sers un verre.

Je te l'offre. Je te jure.

- Ça va l'appétit, Monsieur le juge ?

- Qu'est-ce que vous venez foutre ici, vous deux ?

- Bah, boire un coup.

Pourquoi, t'as quelque chose contre ?

- On peut peut-être le prendre à la maison.

Non, reste. Tu bois avec nous, Stéphane ?

- Non, pas ce soir, Maurois.

Merci quand même.

- Bon allez, deux gnôles.

- C'est ma tournée, les gars.

- T'as le droit de boire où tu veux quand tu veux.

- Il va quand même pas faire la loi ici, non ?

- Écoutez, je vous ai souvent proposé un bon prix

pour votre affaire.

Aujourd'hui, je le maintiens.

- C'est très aimable à vous, mais je suis pas encore en prison.

- Je ne compte pas là-dessus pour faire une meilleure affaire.

- Les prix baisseraient, si j'étais au trou.

- Forcément.

Je serais tenté.

Mais je suis honnête.

Et je vous propose de traiter immédiatement.

- La tannerie, c'est pas seulement mon capital.

C'est aussi ma meilleure protection

par les temps qui courent.

Alors vous me proposeriez le double, je ne vendrais pas.

- J'aurais bien dû me douter que vous bluffiez.

- Je ne bluffe pas, Larsac.

Si on m'arrête, je ferme, mais je ne vends pas.

- Si vous faites ça, ce sera pour vous la mort à petit feu.

C'est certain.

J'attendrai.

Les cadavres ne m'ont jamais fait peur.

- Foutez-moi le camp.

- Vous croyez trop en votre bonne étoile, Bertin.

Vous risquez de la perdre de vue

un petit moment,

en prison.

Note aiguë à la flûte

- Larsac...

Conversations entremêlées

- Qu'est-ce tu fous là, Debray ?

- Maurois me questionnait.

- À propos de quoi ? - On a vu Larsac dans ton bureau.

- Alors qu'est-ce que vous voulez, que je vende ? Hein ?

Vous dites que dans le fond, ce serait une bonne idée.

Comme ça au cas où il lui arriverait quelque chose,

vous conserveriez votre petit boulot.

- Ça nous regarde pas. - Tu te trompes,

parce que vous êtes concernés.

Vous êtes tous concernés.

Qu'est-ce que vous croyez ?

Si je vends à Larsac, demain,

il liquidera le tiers d'entre vous.

Il augmentera les cadences.

En plus, il vous foutra à la porte de vos maisons

pour les vendre à des touristes. - C'est faux, l'écoutez pas.

Il essaie de se servir de nous pour régler ses problèmes.

- Vous êtes combien à penser comme lui ?

- Vous avez pas répondre à ça ! - Montrez-vous, sortez des rangs.

- On est une minorité, si tu veux savoir.

Bon ça changera peut-être.

Tout le monde te suivra pas toujours.

- Ca, on verra.

Pour le moment, vous rentrez chez vous, c'est terminé.

Rentrez chez vous. Allez, allez.

Allez, allez, allez, allez !

Débarrassez le plancher.

- J'y suis pour rien, je vous assure.

- Bon allez, ça va, laisse tomber.

- Monsieur Stéphane.

Je voulais vous dire, au sujet de Maurois.

Une faute professionnelle, ça peut toujours s'organiser.

Comme ça...

- Touchez pas à Maurois, Bonafon.

C'est mon délégué syndical. J'en veux pas d'autres.

Même s'il m'emmerde.

Au moins, je connais tous ses tours de con.

Nos premières raclées datent de la communale.

Vous mêlez pas de ça. - Oui, monsieur.

- Qu'est-ce qu'il y a, Vanille ? - Lapierre est mort.

Les cloches sonnent.

- Cette menace de fermer la tannerie,

tu as bien dû te rendre compte que ça fait peur au village.

Et puis l'autre, le juge,

il marchera peut-être pas toujours dans cette histoire.

- Il marchera tant que vous tiendrez tous le coup autour de moi.

Toi le premier, si tu veux conserver

ton écharpe, Monsieur le maire.

Lapierre, je l'ai toujours connu.

Quand j'ai débuté à la tannerie, il était déjà là.

Il m'a appris mon métier.

C'était...

C'était un bon ouvrier.

C'était aussi un homme bien.

Il était des nôtres.

Il est né ici.

Il a vécu, il y a travaillé,

dans ce village,

dans notre village.

Comme nous.

Comme nous qui voulons continuer à travailler ici.

À y vivre.

À y élever nos enfants.

Et le jour venu, à y être enterré.

Comme lui.

Ça paraît simple.

Il paraît qu'il y a des gens que ça dérange.

Des gens qui voudraient que ce village devienne

aussi mort qu'à Chevry, ou à Saint-Jean.

Mais ça n'arrivera pas

si nous restons tous solidaires,

si nous nous serrons les coudes.

Voilà ce que j'avais à vous dire.

Voilà ce qu'il aurait dit, s'il était encore avec nous.

Des pas s'éloignent.

- Prions ensemble.

- Mademoiselle Olivier. - Ça va, merci, laissez-moi.

- Vous êtes... - Non, merci, vraiment.

- Et la joie, avec ceux que tu appelles

à entrer dans ton royaume.

- Muriel ! - Elle a eu un petit malaise.

Rassurez-vous, c'est pas grave.

Un petit évanouissement, quoi. L'émotion, sans doute.

Dans son état, c'est normal.

Un moteur d'avion vrombit.

- Vous pouvez me réparer ma voiture ?

- Je suis fermé. Cause d'enterrement.

- Mais, qu'est-ce que vous faites ?

- On est en plein Moyen-Age.

Je demande le droit d'asile, Monsieur le curé.

Oui.

- Où t'étais passée ?

Je te cherche depuis une heure.

Pourquoi t'as quitté le cimetière comme ça ?

- Tu continues à croire qu'on t'appartient, même morts.

Jusqu'où tu crois pouvoir aller ?

- Viens, je t'emmène. Dans ton état, tu devrais pas fumer.

- Il sait que je suis enceinte.

- Aucune importance.

- Il n'avait pas le mobile pour t'accuser, là, il l'a.

- Il n'a pas de preuve, il ne peut rien faire.

- Moi, je peux.

J'ai décidé de te quitter et me faire avorter.

Ah !

- Jamais, tu entends ? Jamais !

Jamais je te laisserai faire une chose pareille, jamais !

- Pourquoi tu l'as tuée ?

C'est pour l'enfant ?

Des pas s'éloignent.

La porte claque.

- Où il est ?

Des oiseaux chantent.

Il tire.

Qu'est-ce que vous foutez dans ce trou ?

- Vous savez où ça peut vous mener ?

- Oui, aux assises.

Dans ma situation, personne croira à un accident.

- Personne, en effet.

- Je vous ai pris pour un cochon.

Pour un sanglier, si vous préférez.

- Je ne préfère rien.

- Y a un vieux solitaire dans le coin.

Je le poursuis depuis des jours.

Il doit faire près de 100, 150 kilos.

- Oui, je fais pas le poids.

Vous êtes pas un fameux tireur.

Drôle de costume, pour la chasse.

- Je vous comprends pas. - Qu'est-ce vous comprenez pas ?

Que je dépose pas plainte pour entrave à magistrat

dans l'exercice de ses fonctions. Ça s'appelle ainsi.

Bah, ça m'intéresse pas. Par philosophie.

Et par tactique.

- Pourquoi vous acharner contre moi ?

- Je ne m'acharne pas, je veux retrouver votre femme,

et je la retrouverai. Soyez-en sûr, je la retrouverai.

- Oh, quelle histoire.

Je l'avais prévu.

Et c'est le moment que vous choisissez, vous, pour partir.

- Dès que ma remplaçante sera là, oui.

- Stéphane le sait ? - Oh oui, il le sait.

Mais il y croit pas encore.

- Alors ?

- Ils commencent à l'étang, Monsieur le juge.

- C'est qui, là-bas ?

- C'est Gaspard.

- Le cochon nous jette des pierres quand on passe.

C'est pas l'envie qui nous manque de l'arrêter.

- Pourquoi vous le faites pas ? - Difficile.

Monsieur Stéphane l'aime bien et paie les amendes pour lui.

Musique intrigante

Musique dramatique

- Lâche !

Mais lâche !

Lâche !

- Qu'est-ce que vous foutez ?

- Lâche ! Rappelez votre chien.

- Laissez-lui son chiffon, sinon il vous mordra.

- Rappelez votre chien !

Dites-lui de le lâcher ! - Mais laissez-le jouer avec.

- Rappelez-le !

- Mais qu'est-ce ça peut vous foutre ?

Musique d'action

- Vous avez tué mon chien ! Vous le paierez !

Ils ont tué mon chien !

Ils ont tué mon chien ! Salauds !

Salauds ! Ils ont tué mon chien.

On cogne à la porte.

- Un instant.

Vous n'auriez pas dû tirer sur le chien.

- On pouvait pas approcher.

L'ambulance est partie avec le corps.

- Je veux une autopsie immédiate. Je vais appeler le légiste.

- Pardonnez-moi, Monsieur le procureur.

- Eh bien, vous avez enfin votre cadavre.

Et du même coup, un suspect intéressant.

- Un suspect qui ne dérange personne,

comme vous les aimez, monsieur.

- Mais cette perruque, vous l'avez trouvée chez lui.

Quelle explication donne-t-il ?

- Aucune, il se défend pas, il ne dit rien.

Un mur. Il injurie, c'est tout.

- Les injures ne l'aideront pas à la cour,

surtout s'il a des antécédents fâcheux.

- En l'occurrence, vous voulez peut-être dire heureux.

- Vous allez l'arrêter ou je comprendrais pas.

- Je peux faire quoi ?

Oui, je vais l'arrêter. Même ici, on comprendrait pas.

- Je compte sur vous, Noblet.

- Il est où, Stéphane ?

- En ville. - Ouais, c'était pas le jour.

- Bien, dis donc ! - Laissez.

Alors, vous voulez rien dire ? Vous savez toujours rien ?

- Ce que je sais, bande de pourris,

c'est que vous avez tué mon chien !

Ils ont tué mon chien.

- Alors ? On l'embarque ?

- Pas tout de suite, je veux que quelqu'un le voie avant.

- Dites, vous allez l'arrêter ? - Qui ?

- Gaspard.

- Ouais. Vous avez quelque chose contre ?

- Contre, mais non.

- Je m'en doutais. C'est ce que vous vouliez, quoi ?

Que j'arrête Gaspard pour le meurtre de madame Bertin.

Car vous êtes sûrs que c'est lui le coupable.

Donc faites pas cet air-là !

Vous devriez être contents. Contents et soulagés !

Vous allez pouvoir dormir tranquilles.

Tranquilles, en pensant à votre avenir.

Gaspard, un coupable comme ça, ça se trouve pas chaque jour.

- Il a avoué ?

- Ç’a une importance ? - Oui.

Gaspard, on le connaît depuis toujours.

Chasser, voler des poules, des lapins, il peut le faire.

Pour le reste... - Alors qui ? Hein ?

Bien sûr, c'est à moi de le savoir.

Qui ?

Une voiture approche.

Vous êtes allé au village ? - Non.

- J'ai deux nouvelles à vous apprendre.

Une bonne et une mauvaise. Je commence par laquelle ?

- Commencez par la mauvaise.

- On a retrouvé votre femme, morte, naturellement.

Enterrée dans une carrière, aucun objet personnel,

pas de bijoux.

Mes condoléances, Monsieur Bertin.

La bonne, maintenant.

On a arrêté le coupable.

Le suspect numéro un.

Une voiture s'approche.

- Gaspard s'est échappé.

- Gaspard ?

On tire.

- Ne tirez pas !

- On l'a aperçu en montant par le champ.

On l'a poursuivi, mais il avait de l'avance. Il est arrivé avant.

- Il a combien de balles, selon vous ?

- Assez pour soutenir un siège.

C'est moi qui lui ai offert ce fusil.

Il s'en était jamais servi. - Il a changé d'avis.

- Laissez-moi y aller seul. Il tirera pas.

- C'est pas pour votre vie que je crains,

c'est plutôt pour la sienne.

- C'est de votre faute. - Peut-être.

Mais je vous préviens, si vous vous approchez,

je vous fais tirer dessus.

- Alors vous savez ce qui va se passer ?

Il va tirer sur vos gars jusqu'à l'avant-dernière balle,

et la dernière sera pour lui.

C'est ce que vous voulez ?

- Bon, d'accord, on va y aller.

Mais je vous accompagne et c'est moi qui parlerai.

- Vous voyez la fenêtre, là-bas ?

- Ne tirez pas !

- Gaspard, tire pas, c'est moi. Tire pas !

- T'as de la veine que je n'ai plus de réflexes

ou je t'en aurais mis une.

Ils ont tué mon chien !

- C'est pas une raison pour tirer. - Merde alors ! Il faut te quoi ?

Il a rien fait.

T'es venu pour dire des conneries...

- Plutôt pour t'empêcher d'en faire.

- Oui, bien je voudrais bien savoir comment.

- Le juge t'a arrêté par erreur.

- Je sais que c'est une erreur.

Puisque c'est toi qui l'as tué, ta femme.

De près, je vois mal, mais de loin, ça va encore.

J'ai reconnu ta voiture.

Puis je t'ai vu l'enterrer dans la carrière.

- Où il est ? - Avec le vieux, dans la cabane.

- Oh la vache.

Laissez-moi. La vache.

Salaud.

- Pourquoi tu leur as rien dit ?

- Bien, dis donc. Pour qui tu me prends ?

C'est pas mon genre.

T'as pas envie de parler, non ?

Ça te ferait peut-être du bien.

- Je venais de lui annoncer que Muriel était enceinte.

Je lui ai dit qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait,

demander le divorce ou...

Ça m'empêcherait pas de reconnaître le gosse.

Ça l'a rendue folle.

Elle a pris un chandelier.

Elle m'a frappé.

J'ai essayé de lui enlever, on s'est bagarrés.

Je lui en ai foutu un coup.

Elle est tombée.

Elle était morte.

- Et alors ?

Pourquoi t'as pas cherché les gendarmes pour expliquer ?

- Ils m'auraient pas cru.

- L'ennui c'est qu'ils te croiront pas plus maintenant.

T'as intérêt à continuer à la boucler.

- Oui, je sais.

- En voilà encore un qui a dû avoir chaud aux fesses.

Je finirai bien

par en avoir un de ces salopards.

- Arrête, Gaspard.

C'est toi qui vas te faire avoir. - Bien, en attendant,

je vais me payer un beau feu d'artifice.

J'ai toujours rêvé de finir en beauté.

Dis donc, ça t'arrangerait bien, toi, que ça finisse comme ça ?

Moi, tu sais, à mon âge, j'en ai rien à foutre.

Allez laisse-moi, va. Tu peux te tirer tranquille.

- Juste assommé, Monsieur le juge.

Notes au violon

- Et maintenant ? - Maintenant ?

Vous allez voir.

-Écroué ce matin par le juge Noblet,

l'industriel Stéphane Bertin continue cependant

farouchement à nier,

alors que des examens auraient prouvé

que le sang trouvé sous les ongles de la victime

serait bien le sien.

Querelle d'expert en perspective

a souligné maître Demaison, avocat de l'inculpé,

lequel a d'ailleurs déposé une demande

de mise en liberté provisoire pour son client.

Celui-ci, comme il l'avait promis, a décidé de fermer son entreprise,

mettant au chômage plus de 200 personnes.

- La... La fermeture de la tannerie, c'est la mort du village.

- Non, coupez.

Écoutez, ça va pas du tout.

Vous êtes pas naturel. Essayez d'être naturel.

- Oubliez-nous. - Oui.

- Allez, on la refait.

- Ça va, le son ? - Ça va.

- La fermeture de la tannerie, 11, deuxième.

- La fermeture...

- Gilbert, où t'as mis le carreau ?

- Coupez ! - On s'excuse.

- On peut remettre l'usine en marche

et on peut la faire fonctionner nous-mêmes.

On sait que certains l'ont fait ailleurs, avant nous.

Alors pourquoi pas nous ?

- J'ai une femme, des gosses. Il faut que je travaille,

alors j'ai pas envie d'aller ailleurs.

La tannerie, faut qu'elle rouvre.

J'adhère donc au comité de soutien

pour la libération de monsieur Bertin.

- Autrement dit, c'est secondaire qu'il soit coupable ou non ?

Un chien aboie.

- Aucune preuve formelle ne peut être retenue contre mon client.

La contre-expertise concernant le sang trouvé

sur la malheureuse victime a balayé les assertions

du dossier d'accusation.

-La tannerie doit rouvrir.

On se mobilisera tous ici

s'il le faut, pour obtenir la libération de monsieur Bertin.

-Pour vous, Monsieur le maire, il est coupable ou innocent ?

-Innocent.

Innocent, j'en suis sûr.

-Je vais pas me battre pour lui.

Je dis pas que c'était un mauvais patron,

c'est autre chose.

On sonne à la porte.

- T'attends quelqu'un ? - Non.

J'espère que c'est pas un autre journaliste.

-J'ai trouvé du travail ailleurs.

Comme ça, au moins, on pourra pas se servir de moi.

-Nos reporters ont interviewé maître Demaison.

- Ah, c'est vous.

- Je peux entrer ? Je vous dérange pas trop ?

- Nadine, une collègue.

C'est monsieur Noblet, le juge d'instruction.

-Que d'une saine application des règles de justice.

C'est pourquoi, si demain on nous refuse une nouvelle fois

la liberté provisoire, nous nous trouverons en droit

de nous poser des questions sur l'indépendance réelle

de la justice et notamment...

- Non, laissez, laissez.

Si c'est pour moi, ça ne me gêne pas.

Ces jours-ci j'en ai entendu pas mal.

-Mais ma sœur ne voulait pas m'écouter,

elle ne se décidait pas à quitter cet homme,

et maintenant, il...

Maintenant, c'est l'affaire de la justice.

- Je viens de refuser la liberté provisoire.

Si vous voulez lui rendre visite,

je peux vous obtenir une autorisation.

Vous ne voulez plus le voir ?

- C'est pas ça, mais c'est pas le moment.

Pas maintenant, en tout cas.

- Il m'a demandé de vos nouvelles.

Il s'inquiète de... - Ah bah vous pouvez le rassurer.

- Si vous changez d'avis, vous avez qu'à me téléphoner.

Je vais pas vous déranger plus longtemps.

Au revoir, mademoiselle Olivier.

Ne vous dérangez pas.

- Au revoir.

- Bien entendu, je lui en ferai part.

Mes respects, Monsieur le chef de cabinet.

Évidemment, je l'aurais parié.

On estime à la chancellerie qu'il n'y a pas lieu de saisir

la chambre d'accusation.

Mais ça reste votre dossier, Noblet.

Ce n'est qu'un avis. Ferme, mais un avis.

On souhaite seulement que vous le partagiez.

En toute conscience, naturellement.

- En conscience, je maintiens le dossier

devant la chambre d'accusation.

- Votre dossier repose sur un débat d'experts

que cinq mois d'instruction ne vous ont pas permis de régler.

Sur quoi voulez-vous aller au procès ?

- Sur le dossier. Je le trouve très solide.

- Par votre obstination, vous allez bafouer

la règle de solidarité entre les membres du parquet.

- Si je cédais, y a quelque chose de plus important

qui serait bafoué, Monsieur le doyen.

- Vous vous rendez compte

que vous m'obligez à informer Paris ?

Enfin, une dernière fois,

Noblet, pensez à votre carrière.

- Ma carrière.

À mon âge.

Puis manquer les trains pour manquer les trains,

autant que le dernier en vaille la peine, messieurs.

- LIBÉREZ BERTIN !

LIBÉREZ BERTIN !

LIBÉREZ BERTIN ! LIBÉREZ BERTIN !

LIBÉREZ BERTIN ! LIBÉREZ BERTIN !

LIBÉREZ BERTIN ! LIBÉREZ BERTIN !

LIBÉREZ BERTIN !

LIBÉREZ BERTIN ! LIBÉREZ BERTIN !

- Il est beau pour un bébé de 8 jours.

Vous l'appelez comment ? - Julien.

- C'est vrai que je m'appelle Fernand, moi.

J'ai eu un certain mal à m'y faire.

Le bébé pleure.

Ça vous dérange pas que...

De toute façon,

je les roule, et je les fume pas.

Le téléphone sonne.

- Allô.

Ah oui, ne quittez pas. C'est pour vous.

- Pardonnez-moi, je me suis permis de dire

que j'étais là, en cas d'urgence.

Allô, Javel ?

Merci, Javel.

Non-lieu.

Il va être libéré dans la soirée.

Bon, je m'en vais, je n'ai plus rien à faire ici.

Il va certainement venir vous voir.

Vous voyez, il y avait dans ce dossier assez d'éléments

pour envoyer n'importe quel homme aux assises.

Sauf lui.

Bonne chance.

On acclame.

- Lundi, mes amis, la tannerie rouvrira ses portes.

- OUAIS !

- Emmène-moi la clinique, vite.

- Tu verras ton fils plus tard. - Vite, je te dis.

- Monsieur Bertin.

- Oui, c'est moi.

- Mademoiselle Olivier m'a chargé de vous remettre cette lettre.

- Une lettre ? Je veux la voir.

- Mais monsieur, elle n'est plus ici.

Elle est partie tout à l'heure, avec son fils.

- Partie ? Où ça ?

- Je peux seulement vous dire qu'elle voulait

prendre son train le plus vite possible.

Celui de 18 h, je crois.

- Viens.

- Quel train ?

- Tu as lu ?

Elle n'acceptera jamais qu'il porte ton nom, tu le vois.

Si elle s'est fait nommer en Nouvelle-Calédonie,

c'est pour être le plus loin possible.

- Fous-moi la paix.

- Enfin, réfléchis.

On klaxonne.

Stéphane ! Attends !

Le train siffle.

- Je crois que vous l'auriez gardée.

Elle vous aurait attendu tous les deux.

Si au moins vous aviez été jugé.

Oui, au moins jugé, vous gardiez toutes vos chances.

Musique mélancolique

Sous-titrage : EVA France ST'501

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.