All language subtitles for Na Srebrnym Globie (Restored)_1988_BluRay_2

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Original subtitles

KADR présente

SUR LE GLOBE D'ARGENT

basé sur le roman de JERZY ŻUŁAWSKI

Vous allez voir un film réalisé il y a 10 ans.

Un lambeau de film amputé de 20%.

La partie qui manquait

quand la réalisation du film fut arrêtée en 1977

n'a jamais été tournée.

Une voix off expliquera ce qui se passe

dans les séquences manquantes.

Nous terminons la réalisation du film en 1987.

Tombé des nuages, la nuit, d'en haut.

Ils étaient tout près, ils chassaient.

Ils l'ont trouvé le matin, frétillant, beau.

Deux jours à travers la neige, épuisé.

Il a pensé : pour eux. Sûrement.

Qu'est-ce que c'est ?

Ils l'ont vu tomber ?

Impossible ! Ils ont dû voir une étoile filante.

C'est ancien ? Ça n'a pas pu tomber maintenant.

Tous l'ont vu, la nuit, il y a deux jours.

Ils l'ont trouvé le matin, pour nous.

C'est un petit transmetteur d'il y a cinquante ans.

Du titane bêta carbonisé.

Ça a décollé sur un engin à six buses.

Tu n'as pas connu ça.

Pourquoi est-ce tombé maintenant ? Impossible :

cinquante années dans l'espace...

À moins que...

S'ils disent la vérité...

Ils ne mentent jamais.

Un des vieux récepteurs pourrait l'analyser.

Si le cerveau n'a pas sauté, il nous dira

d'où ça vient et pourquoi.

Dis-lui de ne pas franchir le seuil.

Il y a trop d'instruments. Ça peut les dérégler.

À moins qu'elle ne vienne te voir.

Elle ne vient pas te voir, elle vient te chercher.

Tu ne comprends pas. Elle est à moi.

C'est toi qui es à eux. Couvre-toi : il fait froid.

Plus tard !

Qu'adviendra-t-il quand tu n'en auras plus ?

La liberté, peut-être...

Ils pourraient nous tuer

ou profiter de notre sommeil pour voler ces comprimés.

Mais non, nous sommes ceux qui les distribuent.

Ceux qui n'en prennent pas, étrangers comme un arbre.

Ceux à connaître, à apprivoiser,

à empoisonner, à embrasser...

Sommes-nous les derniers de ceux qui détiennent le pouvoir

ou les premiers de ceux qui se retrouvent sans défense ?

Les deux astronautes descendent

dans un laboratoire.

Une grande salle remplie de postes récepteurs.

Une des vieilles machines

est capable de déchiffrer le message

contenu dans la boîte.

C'est un journal : une suite de plaques translucides

dans lesquelles des images ont été enregistrées.

Les premières nous montrent

le vol et l'atterrissage de la capsule spatiale.

Seul un fragment en a été conservé.

Je vois !

LA MORT APPROCHE

Les pilotes descendent de la capsule.

C'est la montagne, l'air n'est pas respirable.

Le chef de l'expédition, O'Tamor, est mort.

Les survivants descendent de la montagne.

L'un d'eux, Tomasz, est grièvement blessé.

La deuxième fusée s'écrase dans la montagne.

Ses pilotes, les frères Remogner, étaient-ils partis

à la poursuite du premier vaisseau ?

La planète est parfaite pour y fonder une nouvelle vie.

Les astronautes voient une masse de pierres

faisant penser aux ruines d'une civilisation.

Tomasz a de la fièvre. Il délire.

Il lui semble que ceux qui ont déjà péri

viennent le chercher.

O'Tamor le défend, les Remogner le poursuivent.

O'Tamor avait raison : ici, l'air est respirable.

Nous allons vivre.

Attends.

Te souviens-tu de l'homme au moment où il naît ?

Par son père, il est doté de semences

renfermant toutes ses virtualités.

Celle qu'il va cultiver

s'épanouira et portera ses fruits.

Si elle est végétale, il sera plante.

Si elle est sensuelle, il sera animal.

Si elle est rationnelle,

son essence sera céleste.

Si elle est intellectuelle, il deviendra ange.

Ou fils de l'Homme.

Il est temps peut-être de dire que la République

est en danger.

Que nous sommes des lâches qui doivent

défendre le courage, le sexe, la conscience,

la beauté du corps, la recherche de l'amour.

Et cette lutte peut quand même devenir

un destin héroïque.

Mais prononcer ces paroles,

c'est montrer l'immensité de notre chagrin.

Car ceux d'entre nous qui croient le plus

ont passé leur vie à parler de la peur,

de l'impuissance, de la laideur,

de l'amour propre et de l'apathie.

Bien que ce fût notre tentative

de voir la réalité brute,

celle dont l'existence peut dépendre

de notre vie honnête,

de notre travail

et de notre honneur

qui ne nous permet de parler

que de ce que nous avons vu de nos propres yeux.

C'était...

Je n'ai pas entendu vos réponses.

Aucun signal ne peut traverser la radiation

enveloppant cette planète.

En tombant, ils sont passés au-dessus de la plaine.

Nous avons capté une onde réfléchie.

Ils étaient au-dessus de moi.

O'Tamor était mort,

il venait me chercher.

Peut-être que ça se réfléchit et nous revient ?

Une onde pas seulement électromagnétique.

Peut-être que nous reviennent les bions qui recréent...

Tu délires !

Tu sais que chaque chose que tu viens de dire

contient ne serait-ce qu'une bribe de vérité.

Justement parce que tu es capable de l'énoncer.

Couchons-le !

N'oublie pas pourquoi nous sommes partis.

Pour pouvoir reproduire impunément

ce en quoi nous croyons.

Ne l'oublie pas !

Quoi que tu dises, tout est vérité,

tant que tu ne l'as pas énoncé

pour nous imposer ta volonté.

Je ne crois en rien.

Si tu le dis, tu regardes en toi-même.

Si tu regardes en toi-même, tu n'es pas aveugle.

Et c'est pourquoi tu es parti avec nous.

Oui, mon frère, tu meurs.

Dans tout ce que je dis, il y a de la vérité,

puisque je peux l'énoncer.

Car la liberté existe,

cachée dans les ténèbres.

Elle fuit le désir des ténèbres

et cherche celui de la lumière.

Elle embrasse la lumière de sa volonté éternelle.

Les ténèbres poursuivent la lumière de la liberté

mais ne l'attrapent jamais.

Elles ont beau s'enfermer dans elles-mêmes

avec leur désir, elles redeviennent

ténèbres.

Le vent se lève, la nuit tombe.

La pluie devient ouragan, Tomasz meurt.

Avant sa mort, Marta reste seule avec lui.

Elle lui fait l'amour, le protège de son corps.

Le fleuve déborde, c'est le déluge.

Nous devons partir.

Ici, nous n'avons aucune chance de survivre.

Nous devons gagner la mer.

Viens !

Non ! Non !

Tu es malade. Il faudra te porter.

Et arrête cette caméra ! Arrête-la, imbécile !

La mer !

Je vois la mer !

Jerzy.

Tomasz grandit plus vite que sur Terre.

À six mois, il paraît avoir un an.

Se peut-il qu'il reste seul quand nous serons déjà morts ?

Marta, ce sera bientôt la saison des pluies.

Six mois, c'est long.

Tu pourrais mourir, nous aussi, et alors...

N'est-ce pas, Marta ?

Oui.

J'ai pris les caméras de Marta et de Piotr.

Ils ne veulent plus rien enregistrer.

J'ai intégré leurs mémoires à la mienne.

J'efface l'accessoire, je garde l'essentiel.

La seule chose où je voie un sens.

Le mien.

Je dois être prudent. Ça leur coûte tellement.

Moi, ça me coûte si peu, pourquoi ?

Rien, je n'exige rien, je ne crois en rien.

Je ne crois qu'en notre...

qu'en ma liberté parfaite.

Piotr dit qu'autrefois, il y a des siècles,

je serais devenu moine.

Pas encore un homme et déjà tellement vieux.

Car en oubliant pourquoi nous sommes ici,

on est tel que je suis.

Car ce n'est pas nous qui contemplons le monde :

c'est le monde qui se perd à nous contempler.

Terre !

Tu ne veux pas apprendre, Tomasz ?

Je peux m'en passer pour respirer !

Qu'est-ce que la Terre ?

Qu'est-ce que c'est, vieil homme ?

La Terre, c'est ce que je sens à travers toi.

Vous êtes vivants, mon père est mort.

Parle-moi, Marta. Dis quelque chose.

Oui.

Tais-toi, Marta !

Ris !

Pleure !

Danse, Marta !

Danse !

On ne peut penser que lorsqu'on croit.

Sans foi, la pensée n'existe pas.

Seul celui qui a la foi pense.

C'est donc la foi qu'il faut vouloir connaître.

La foi n'est possible que si l'on est enraciné.

Seul celui qui a

des racines peut croire.

Ce sont donc les racines qu'il faut vouloir connaître.

Ce n'est que dans les actes

qu'on a des racines.

Seul celui qui accomplit des actes a des racines.

Ce sont donc les actes qu'il faut vouloir connaître.

Tout est comme sur Terre.

Le même chaos, le même manque de vérité, le même mensonge.

Tu l'aimes.

Aimer veut dire se laisser totalement absorber.

Aimer veut dire se sentir responsable de quelqu'un.

On peut également prendre sans amour.

Mais l'amour en devient Mal, l'amour en devient haine.

Nous sommes pourtant venus ici

pour ne plus haïr personne.

Comment peux-tu être si heureux,

toi qui n'as rien ?

C'est vous que j'ai.

Oui ?

Tu as donc ce que nous avons : tu n'as rien.

Rien !

Jerzy, tu ne te défends même pas.

Terre !

Piotr !

Je l'ai trouvé ici.

Venu chez Salomon, l'Ange de la Mort regarde un serviteur.

"Qui est-ce ?", demande le serviteur.

"L'Ange de la Mort.", répondit Salomon.

"Il m'a regardé.

Faites que le vent m'emporte vers l'Inde."

Et Salomon le fit et l'ange lui dit :

"Je l'ai regardé car j'étais surpris.

C'est d'Inde que je devais apporter son âme

et il était là, près de toi, à ta cour."

C'est la vérité !

J'aurai un enfant.

Le dernier. Il sera de toi.

Ne dis rien.

Je veux être en accord avec moi-même.

Aide-moi.

Tu ne t'es jamais laissé peindre le visage.

Je peux ?

Tu aurais pu tuer Piotr,

quand, pour la première fois, il s'est approché de moi.

Une fille !

Je les vois tous.

Comme tout autre chose.

Confusément.

Moi non plus, je ne comprenais pas.

Il fait nuit ici.

Tu es revenu ? Et ma mère ?

Elle est morte.

Toi aussi, tu mourras ?

Oui.

Comme ma mère ?

Oui... Oui...

Je le dirai, même si c'est obscur.

Moi, homme libre, dépourvu d'émotion,

je suis blessé comme un animal.

Je souffre comme un animal. Comme Piotr.

J'ai apporté le chaos.

L'ordre, la sérénité, la clarté, le calme,

tout a disparu.

Comme si sa mort avait emporté

le cauchemar sans rêve, le rêve sans réalité,

la réalité sans signification.

On m'avait appris

que l'œil du monde qui me regarde,

c'est le même que celui

avec lequel je regarde le monde.

Cet œil n'est ni serein ni méchant, il ne sent rien,

il n'attend rien.

Il est indifférent comme l'eau.

Je resterai dedans,

tant que j'en serai capable.

J'irai...

J'irai dans la montagne, chercher des métaux

qui pourront leur servir.

Je vais réfléchir... Oui...

Je vais réfléchir...

Je vais sentir...

Me sentir uni à vous...

Roche !

Herbe !

Je vais sentir...

En moi, je vais sentir votre transparence,

le vent impénétrable, le froid absolu.

Je ne suis personne.

J'ai méprisé ceux qui guerroient.

Maintenant, je suis moi-même méprisable :

je suis en guerre contre moi-même.

Il y a la souffrance, sans celui qui souffre.

Il y a l'action, sans celui qui agit.

Il y a l'apaisement,

sans celui qui l'atteint.

Il y a le chemin,

sans celui qui le suit.

Tu es revenu, vieil homme.

Je vous en prie, continuez à danser.

Tu es revenu.

Je suis Ada, la dernière fille de Marta.

Pourquoi ne meurs-tu jamais ?

Pourquoi ne meurs-tu pas ?

Ne comprends-tu pas ce que, toi-même,

tu nous as donné ?

Pourquoi es-tu en dehors de ce qu'il y a ?

Ailleurs, là où il n'y a rien.

Rien !

Et la Mère Marta,

fécondée par la Lune,

donna naissance à la foudre.

Et elle la rendit plus forte que Tomasz.

Elle revint et, fécondée par le déluge,

donna naissance aux poissons et animaux.

Et Piotr nous donna nos demeures,

la raison et l'arc.

Et toi, tu nous appris à nous souvenir.

Pourquoi ne parles-tu jamais ?

Terre !

Terre !

Le vieil homme a dit :

"Terre" !

J'ai de plus en plus souvent

envie de m'enregistrer moi-même.

Non, non, non !

Viens,

toi qui te tiens immobile,

mais, qui à chaque instant, te rapproches de moi.

Elle ressent le feu.

Elle sert le feu.

Elle se donne à moi

car je domine le feu.

Je suis consacrée à vous qui êtes venus.

Je pourrais l'épouser. Ils ont peur de moi et de lui

car nous jouons, Marta,

toi et la pluie.

Aime-moi.

Moi, j'aime tout.

Parle-moi !

Je te maudis

au nom du Vieil Homme.

Parle-moi !

Parle-moi !

Tuez-le.

Tuez-le !

Le Vieil Homme prie pour vous.

Il a voulu dessiner quelque chose.

Il ne sait plus écrire.

Le Mal, peut-être ?

Le Mal.

Pardonne-moi.

Ne me regarde pas dans ce maquillage,

dans ce costume, dans cet avilissement.

Tu ne m'aurais pas cherché

si tu ne m'avais pas trouvé.

Enregistre attentivement :

tu enregistres un demi-dieu

et un animal.

Avais-tu peur sur Terre ?

Oui.

C'est de là-bas que nous sommes.

Tu vas y retourner.

On ne retourne nulle part, je te l'ai déjà dit.

Tu ne dois pas dire toute la vérité. Tu es le Vieil Homme.

Dis-moi seulement pourquoi tu sais tout.

Car l'éternité est un état dans lequel on possède tout,

Ada.

Je suis Tomasz II, fils de Tomasz I.

Tomasz III.

Quand tu parles ainsi, même Ada ne te comprend pas.

Nous avons peur de regarder ton visage.

Je ne vais pas

m'opposer à vous tous, Tomasz III.

J'étouffe, je m'impatiente,

je me languis.

Tu es le Vieil Homme.

Bénis-moi, Vieil Homme.

Comment ?

Tomasz I était fainéant.

Il n'essayait pas d'agrandir le pays.

D'aller voir ce qu'il y a plus loin. Plus loin !

Comme s'il avait peur.

Demain, la mer sera calme.

Nous irons de l'autre côté.

Par beau temps, on y distingue quelque chose.

Et si l'autre côté n'existe pas ?

Il doit exister.

Oui, tu as raison.

J'oublie parfois que je sais tout

et ne comprends rien.

Tu veux voir Marta.

Je ne suis pas obligé.

J'y crois.

C'est la Mère Marta qui créa le monde.

Nous devons le connaître car il nous appartient.

Que fais-tu, Ada ?

Fâche-toi contre moi, Vieil Homme.

Tu ne m'écoutes pas.

Je sais que tu ne peux pas tout me dire.

Tu vas y retourner.

Ne conte pas de sornettes, du moins, pas toi.

Tu es ma fille.

Nous sommes tous tes enfants.

Tu nous montres le Bien et le Mal.

Pourquoi vous a-t-on chassés de la Terre ?

Moi... Moi...

Je suis beau...

Je suis jeune...

Je sais ce que personne...

ce que personne ne sait...

Que la bénédiction des hommes soit avec vous.

Rends-moi ça ! Assez.

La mémoire est presque épuisée.

Là-bas, de l'autre côté...

Nous avons trouvé...

des cités énormes.

Une ville comme une ruche...

Tous ont péri.

C'est peuplé de monstres !

Ils ont des ailes noires.

Un œil au milieu du front.

Ils me poursuivent,

ils vont venir ici et détruire l'humanité.

Ils sèment la mort, Seigneur.

Seigneur !

Seigneur !

C'est le vent ?

Seigneur, ne nous quitte pas !

Je te surpasse.

Et je peux te jouer.

Terre !

Terre !

Terre !

Réjouissez-vous !

Le Vieil Homme s'en va !

Peut-on partager sa couche avec sa fille ?

Si un frère...

vole une chose qui appartient à son frère,

faut-il lui couper une main ?

Faut-il nourrir les morts tous les jours

ou seulement les jours de fête ?

La naissance d'un enfant est-elle une fête

si l'enfant est né aveugle ?

Je ne sais pas.

Je ne sais rien.

Je ne sais rien !

Rien !

Elle n'est pas malade !

Elle est la victoire du désir sur la vérité.

Celui qui joue est malade.

L'acteur est malade : c'est toi qu'il cherche en lui.

Et il est laid, bien qu'il voie et sente.

Il ne sera aimé de personne et il fait des grimaces.

Tel un miroir déformant.

L'acteur est la victoire de la laideur

sur la beauté du monde.

Tu entends ?

Tu entends ?

Ils arrivent !

Ils arrivent !

Viens,

Dieu sanguinaire.

Seul, bizarrement accoutré, mi-astronaute, mi-divinité,

Jerzy va retrouver sa fusée.

Le corps d'O'Tamor est là, comme il l'avait laissé.

Jerzy met dans la boîte du transmetteur

les plaques contenant le récit de ce qui leur est arrivé.

Avant d'envoyer le transmetteur dans l'espace,

il enregistre son propre visage.

Et ses larmes.

Dans le laboratoire, les écrans s'éteignent.

Personne ne dit rien.

"Il faut l'envoyer sur la Terre.",

dit le plus âgé des astronautes.

"Rentrons.", répond l'autre.

"Réjouissons-nous d'être vivants."

"Tu pleures ?", demande le plus âgé.

"Je ne sais pas qui je suis."

La porte s'ouvre doucement

une jeune fille entre.

Celle qui avait des dessins sur les paumes.

Et qui est morte avec Tomasz II.

Pas la même, mais éternellement pareille.

Des guerriers, l'arc à la main, la suivent.

Là où la fusée de Jerzy s'était écrasée,

un autre vaisseau spatial atterrit.

Il est plus moderne. Un seul homme en descend.

C'est Marek.

Tourné vers la caméra du vaisseau, il dit :

"Tout est comme dans le message."

Il regarde le visage de Jerzy.

"Ils sont beaux.", dit-il. "Démodés et drôles.

Je descends."

On entend le bruit de la radio.

Marek répond qu'il va bien.

"Croire que vous n'existez pas ? Bonne idée.

Embrasse Aza de ma part."

Marek débranche la radio et descend.

En bas, une foule grise fourmille.

Ce sont les Frères Attendants qui observent la montagne.

Jerzy est allé là. C'est de là que vient Marek.

Les prophètes avaient annoncé l'arrivée

du jeune Dieu-Vainqueur qui allait délivrer les hommes

du pouvoir des terribles Cherns, créatures cruelles

et impénétrables

qui ont réduit les hommes en esclavage.

"Je ne suis pas le Sauveur mais un homme comme vous."

Le prieur ne le croit pas : "Tu le veux ainsi."

Ce n'est pas la foi de ces malheureux qui entraîne Marek :

c'est la révolte.

L'armée des Cherns est composée de Mortz,

monstres mi-humains, mi-Cherns.

Ils sont cruels, forts et stupides.

La dernière bataille est livrée

au bord de la mer,

où les hommes habitent sous la terre,

avec l'archiprêtre Malahuda.

Où est l'archiprêtre Malahuda ?

Nous venons le saluer, le Vainqueur.

Si c'est le Vainqueur...

Si...

Si !

Arrêtez-le ! Punissez-le !

Je devrais te tuer.

Ils ne peuvent pas te voir blessé.

Vite !

Laisse ça !

L'archi-traître qui ne t'a pas salué sera puni.

Le père de ta fiancée, celle que tu aimeras.

Elle t'est destinée.

Va-t'en !

Nous verrons qui a raison : celui qui attendait

ou celui qui s'est prosterné.

Allez-vous-en !

Je ne savais rien de ma propre personne,

de ce que je faisais sans peine.

Je jouais avec mon intelligence,

cherchant un but adulte bien que je fusse jeune.

C'est stupide de ne pas comprendre son propre charme.

Qui êtes-vous ?

Des acteurs, Seigneur.

Nous n'avons pas le droit de lutter, de franchir le seuil.

Nous devons servir, Seigneur.

Tu es humain.

C'est très bien, je pourrai t'incarner.

Pourquoi pleures-tu ?

Notre cité souterraine

où nous célébrons la promesse de ton arrivée.

Il y a des sectes de poètes, d'iconoclastes...

Les moines ont écrit ici leurs prophéties.

Là-haut, l'âme de l'Homme devient Chern.

Elle justifie ses actes.

Elle s'entretient avec lui.

C'est ton Église, Seigneur.

Seigneur, ils sortent.

Mais ils sont ridicules, sans défense.

Ce qui est sans défense est fort. Le Bien est vicieux.

C'est tout ? C'est fini ?

Le Chern Aville s'est enfui.

Ils vont envoyer des secours.

Malahuda remet le pouvoir entre les mains de Marek

et lui parle de sa fille, Ihezal,

vouée au Vainqueur,

et aimée du jeune guerrier Jeret.

"C'est moi qui parlais aux Cherns, qui les suppliais

d'épargner la vie des hommes.

J'essayais de comprendre leur dépravation.",

dit Malahuda.

"La foi a perdu sa raison d'être, puisque te voilà.

Elle devient réalité."

Je suis seul. Prince dans une chambre glaciale,

inscrite dans un espace tout aussi glacial.

Je porte mon propre espace dans un pays absurde,

dans un temps absurde.

Comme si le monde entier s'était confondu

en une vision de leur corps,

cherchant en eux-mêmes un sens

qui n'est pas dans les corps.

Les Cherns capturaient des enfants et ils leur...

Ils voulaient voir le démon quittant le corps.

- Vous l'avez supporté ? - Ils sont impénétrables.

Leur présence est poétique, disent les Mortz.

Mais ça pue ici !

Les Cherns ont un œil au milieu du front.

Cet œil leur sert de moyen de communication.

On peut comprendre toutes les nuances.

Les Mortz disent que c'est beau.

Que nous sommes infirmes.

Que nous ne savons concentrer notre Mal ni notre force.

Ils vous tuent.

Incidemment.

Impossible de comprendre le choix de leur victime.

Vous avez négocié ?

Ils refusent.

Depuis qu'ils prennent nos femmes, ils ne bougent plus.

Ils restent couchés et regardent.

Et ils se parlent.

Ça nous rend inquiets, nous voyons tout.

Tout !

Rien ! Rien !

Certains savants disent qu'ils n'existent pas,

qu'ils sont le reflet de nous-mêmes.

Comment ça ?

Je ne sais pas.

- Tu les crois ? - Non, Seigneur.

Et moi, tu crois en moi ?

Qui es-tu ?

Un homme.

Les heures, les nuits de plomb, du plomb dans l'âme.

Le mal de l'âme devenu plomb, les pensées de plomb.

Le cancer de plomb

dévorant mon corps, fluide comme l'amibe,

dans mon droit égoïste

à chercher l'endroit de voluptés plus grandes.

Elle joue la femme que tu as quittée.

Quoi ?

Que tu as quittée pour venir ici.

Comment l'as-tu su ?

De la prophétie.

Oublie !

Quoi ?

Elle te prie de ne pas revenir.

- Où ? - Sur Terre.

Redoute les marques de débauche

sur le corps de la femme perdue.

Ne crains pas ce qu'il y a, ce que tu ne sens pas.

C'est effroyable : tomber aux mains d'un dieu vivant.

Aza !

Ce sera désormais mon nom.

Ihezal ! Aza !

Je veux aller là-haut et rester seul, sans vous.

Je savais que tu viendrais.

Comme tout être pensant, tu es curieux.

Tu te demandes qui je suis. Je t'ai sauvé la vie.

Ils t'auraient tué.

Parle-moi. Je comprendrai qui tu es.

Je t'entends, j'essaye de comprendre.

Tu es moi, je suis toi, tout est identique.

Quand je parle avec toi, c'est avec moi que je parle.

Tu es la porte et le tunnel.

Tu es la lumière du dernier seuil.

C'est absurde !

Comment ?

Avec quoi ?

Je ne connais pas cette notion. Je ne comprends pas.

Que nous sommes frères ? Ensemble.

Ta pensée a dévié.

Toi, moi, nous étions sur le point de...

Maintenant, je ne vois que des éclairs.

Non, la lumière !

Pourquoi répètes-tu : Dieu ? Pourquoi la mort ?

Pourquoi la résurrection ?

Reviens !

En toi la survie car tu n'es pas fermé,

car la contradiction que nous sommes... animaux,

tu la résous dans le pouvoir.

Je suis animal parmi les animaux.

Celui survit qui dévore les autres.

Minables ceux qu'il dévore.

Il faut les saigner pour ne pas étouffer.

Pour que le froid retourne au froid.

Très bien !

Pourquoi répètes-tu son nom : Aza ?

Elle m'accuse de ne pas m'être donné tout entier ?

Quand suis-je tout entier ?

Moi qui suis en proie aux ténèbres en lutte éternelle.

Viens ! Viens ici !

Aville !

Ô Marta ! Ô peuple !

Le Vainqueur !

Parle-moi encore, monstre !

Tiens !

Enchaîne-le ! Je vais lui parler.

Tu as été seule avec un Chern ?

Elle l'a pris !

Il a peut-être des traces ?

Assez ! C'est moi qui commande.

La loi dit que les femmes qui...

C'est moi qui suis loi.

Je la prends sous ma protection. Elle est à moi.

J'ignorais ce que voulait dire volupté.

J'ignorais ce que voulait dire ne pas répondre de soi.

Tout est à toi, Seigneur.

Tu es le libérateur.

Comment te sens-tu devant le Vainqueur ?

Je vais le servir de toutes mes forces.

Le Vainqueur est injuste.

Tu enjambes le Mal. Laisse les bons être bons.

Même dans la douleur.

Oui ! Oui ! Oui !

Chut, calme-toi.

Je suis fatigué.

Ecoute.

Tu m'as prise. Je suis à toi.

Je serais à toi même si tu n'étais pas venu.

Mais alors, tout le monde pourrait me prendre.

Mes enfants seraient tués.

J'accepte tout. Je suis à toi. Je suis comme toi.

- Tu aimes Jeret ? - Je n'aime que toi.

Je suis venu ici car la femme que j'aime m'a trompé.

La seule pour qui...

C'est comme si rien n'était important.

Est-ce le pouvoir que les autres ont sur nous ?

Qu'est-ce que je possède ? Qui suis-je ?

Un coup de couteau et le ballon est à la dérive.

Et le voyageur, enroulant son cocon d'air,

voit les ténèbres et se met à crier.

Je suis dans la prison de ma propre liberté.

Dans l'Enfer de celui qui observe.

Je suis capable d'aimer, et toi, et cette femme.

Sois. Ne pense pas.

Je n'aurai pas mal.

Pourtant, je suis vivant !

Vivant !

Je te défends de raconter ce qui s'est passé ici.

- J'étais insensé. - Comme tu veux, Seigneur.

Je suis faible.

Je suis un homme !

De la Terre !

Je suis celle qui t'a pris en soi.

Je te vois déjà hésiter. Tu veux parler à mon père,

car il s'est soumis,

et au Chern Aville, car il s'oppose à toi.

Tu te sens souillée, rejetée ?

Je t'aime comme personne ne t'aimera.

Le Vainqueur est venu des profondeurs de la foi,

d'au-delà la vie et la mort.

Désormais, tout manque de foi sera sévèrement puni.

Nulle est la valeur des infidèles.

Partons maintenant, allons nous venger des Cherns.

Qu'ils ne touchent plus à nos femmes.

Aux armes, fidèles ! Suivons Jeret !

Aux armes !

Je suis sûr que tu me comprends.

Hier, tout était différent.

Ils se préparent aujourd'hui à une expédition.

Même si tu es cruel, il doit y avoir une vérité en toi.

Je veux te comprendre.

On me parle de vos crimes. Je ne sais pas.

Le passage du visible à l'invisible que nous effectuons

nous empreint-il de son image ?

J'ai toujours attaché peu d'importance aux extrêmes

de la foi et de l'illusion,

croyant que, dans le fond, chacun est bon.

Si tout est vérité, elle existe dans chacun.

Je dois faire ce que je veux ? Pourquoi ce mépris ?

Pourquoi est-ce que je sens ta haine ?

Au-delà de la mer, il y a une ville, grande et riche.

Je ne te l'ai pas demandé.

Tu as parlé du principe caché et de la réponse.

Y a-t-il un endroit où tout s'unit ?

Je ne comprends pas. Continue, c'est beau.

Je ne comprends rien. J'ai peur.

J'entends le mouvement de l'eau.

Non, de la nuit ! Non, du mouvement, de la volonté !

Je...

Que veux-tu dire ?

L'irrationnel, l'esclavage...

Le pouvoir en tant que but en soi ?

La cruauté en tant que vertu ? L'inertie de l'ensemble !

Pourquoi donc me craches-tu dessus ?

Tu ne me donnes rien sauf ton mépris.

Et le mépris ne va pas te délivrer.

Son pouvoir sur moi est infini.

Quel pouvoir ? De qui ?

Tu es animal !

Tu es animal et toi-même.

Tu sais donc parler ?

C'est toi qui entends ?

- Pourquoi me parles-tu ? - Tu me donnes à manger.

Tu veux donc vivre.

Tu crois que je suis vivant ?

Oui, car tu es un animal.

N'y a-t-il rien en toi qui vit au-delà de l'animal ?

Je ne comprends pas.

Et toi, et moi, nous sommes des animaux.

Moi, j'accepte. Toi, tu n'acceptes pas.

Je reflète ce qu'il y a en toi.

Tu ne reflètes pas ce qu'il y a en moi.

Une chose m'intéresse.

Qu'est-ce que la Terre, la planète d'où tu viens ?

Une étoile. Tu comprends ?

J'ai oublié.

Leur orgueil !

Leur désir de la mort !

Ma mort car je me vois en eux.

Je la vois extasiée, empalée, criant...

Accéder dedans. Expulser la même chose.

L'infini est dedans.

Je n'aime point. L'amour est dedans.

Aimant tout, tu es tout. Tout devient indifférent.

Tu touches la vérité.

L'animalité grâce à laquelle tu existes.

Je vois, au-delà des mots : vérité, Mal...

Ces mots ne signifient rien.

Je désire cette douleur, ce flottement.

Je me sens uni à vous. Roche, eau...

Je sens votre transparence, le froid absolu.

Je ne suis personne. J'ai haï, méprisé.

Maintenant, moi-même, je suis méprisable :

je suis en paix avec moi-même.

Et cette illusion ne change rien.

Même pas une ride à la surface du monde.

Je vois ! C'est l'océan !

Tu me montres sa beauté.

Parle plus lentement.

Tu t'ouvres... lentement !

Je suis sur le seuil. Lentement, ça fait mal !

Sa beauté fait mal.

On m'avait appris à être intelligent, conquérant.

Ne me parle pas d'émotions ! Je n'en ai pas !

Qui ? Comment ? Que dois-je faire ?

Te libérer

car les fers brisent tes ailes ?

Tu es beau, divin. Je t'aime !

Je veux disparaître dans ta sagesse !

Il veut te tuer.

C'est Dieu !

- Il ne dit rien que tu ne saurais déjà. - Je l'entends !

Non ! Ce Dieu est en toi.

Comment le sais-tu, femme ?

Je le joue et je sais sentir la naissance et la mort.

La vérité et la non-vérité.

L'autre m'a trompé pendant des mois.

Tu commences seulement à voir, à pressentir.

Rien n'importe, sauf ce que tu exiges de toi.

Ta sagesse me dépasse.

Il te parle. Il te chante. Je le sens dans mon corps.

Il se moque de toi. Il dit que tu ne m'as jamais prise.

Et ne me prendras jamais car tu es sec et mort.

Il dit que tu ne vis pas.

Car tu es un objet,

tu ignores le sens, tu ne te connais pas.

Tu es faible, aveugle !

Non ! Non ! Non !

Emmenez-le !

J'apprends depuis des années, Vainqueur.

Dans les entraves de mes devoirs, pendant de longues nuits sans sommeil,

j'ai pensé que je partirais tout en apprenant.

Que je retournerais ma vie comme un gant.

En un geste. Regarde !

J'ai toujours cru : il y a deux voies.

Comme si, quand nous jouons ce que nous jouons,

la satisfaction n'existait pas.

Dis-moi ce que je dois faire.

Tu le sais toi-même. Tu le sais sûrement

puisque tu as pris ma fille

et que tu l'as changée en femme.

Que sais-tu des Cherns ?

Le Chern en nous est invincible, Vainqueur.

Tu as dû l'éprouver toi-même.

Comment veux-tu en vaincre des milliers ?

Comme tu vois, je joue,

en m'écartant de ton chemin.

C'est à toi d'agir.

Quand tu seras parti, l'espoir reviendra.

Qu'est-ce que l'espoir ?

Espérer,

c'est croire que notre personne remplira la forme.

À tâtons.

Je languis.

Tout dure. Moi, je dure.

Je veux, de plus en plus souvent, ne plus participer.

Moi, eunuque, dans un paysage de désespoir.

Allons au-delà de la mer.

Vous avez la poudre. Allez-y.

Ils croient en toi, ils t'attendent.

Je vais te la rendre.

Tu as besoin d'une femme.

Pourquoi ce mystère du chaos dans le Chern ?

Pourquoi le Mal méthodique est-il tellement absurde ?

La vérité est-elle seulement dans ce qu'il y a

de plus absurde et cruel que je puisse penser ou énoncer ?

Et le courage ?

Quelles sont tes intentions, Seigneur ?

Elles sont toutes dans la prophétie.

Pourquoi me poser la question ?

Tu dois te montrer au peuple, Seigneur.

Le bruit court que la mer ne t'a pas obéi.

Il faut des impôts.

Il faut du métal et du salpêtre.

Et de la main-d'œuvre.

Tu l'as dit, Seigneur.

Homme de peu de foi, peut-il en être autrement ?

N'est-ce pas, hérétique ?

Tu sais tout, Seigneur.

Que t'ai-je fait, monde, que je ne te comprends guère ?

Tu es content ?

Tu es en nous comme la moelle dans l'os.

- Qu'as-tu dit ? - Rien, Seigneur.

Tu nous permets de nous réjouir.

Ils jouent que le Chern créa un monde

qui lui parut parfait.

Mais il vit la lumière qu'il n'avait pas créée

et il revint dans sa patrie.

Sa force virile se transforme alors en attente féminine.

Je fais tant d'effort, Seigneur.

Son père, l'hérétique Malahuda, se moque de toi

et ébranle la foi du peuple.

Ton départ rétablira la paix, dit-il.

Je ne suis pas venu apporter la paix.

- L'hérétique Roda... - Qui ?

Un savant qui a fait plusieurs inventions.

Il dit que la Terre n'existe pas.

Que tout est vide.

Qu'il n'y a que nous et les Cherns.

D'où suis-je donc venu ?

De dessous la surface, dit-il.

Et pourquoi suis-je venu ?

Tu n'es pas venu. Tu as été chassé.

Où est Jeret ?

Il prépare le supplice des Mortz en ton honneur.

- Il y a des prisonniers ? - Ce sont des animaux.

Assez ! Personne ne mourra sans que je le sache.

Tu sais tout, Seigneur.

Tu es Lui. Je reconnais ton courroux.

Un fleuve d'amour m'emporte.

Il est peut-être infamie, trahison et douleur,

mais il embrasse, et le Bien, et le Mal.

Il est le Bien, puisqu'il est l'amour.

Et pourtant, l'unique pensée qui anime la pensée,

l'unique fidélité qui confère une forme

au chaos de la biologie,

c'est la fidélité au but que l'on s'est fixé.

Elle me donne le sentiment de pouvoir ordonner ce chaos

suivant mes idées à moi, bien que toute la réalité,

y compris cette phrase-ci, ne soit qu'une idée à moi.

Je t'ai plu ?

Pose ton pied sur elle, rends-lui sa dignité.

Ils vont me tuer !

Laissez-moi seul !

Allez !

Vous ne pouvez, Mortz,

être seulement fils de vos pères.

Vous devez, de vos mères, tenir un élément humain.

C'est à cet élément que je veux m'adresser.

Vous sauverez votre vie si vous vous unissez à nous.

Si vous nous suivez,

Mortz.

Mère, mère.

Père, enfant.

Tuer rien. Toi rien.

Tout douleur, Chern.

Rêve douleur, jour douleur, peur.

Calme Chern, moi Chern.

Quand Chern chante, moi animal.

Toi moins, toi mort, moi arc.

Arbre, herbe.

Moi mort Mortz. Moi courir.

Moi marcher, moi loin, toi près.

Toi peur, douleur, poids. Toi parole.

Moi silence. Nous partir.

Périr, flotter.

Toi Chern. Qu'il chante.

Je vois la terre, l'herbe et la forêt.

Je sens un souffle doux.

Je vois des oiseaux qui me font penser à la mort.

Libérez Aville !

Ihezal l'a fait venir ici.

Comment ?

Quiconque connaîtra le monde trouvera un cadavre.

Et le monde ne sera plus digne de lui.

Elem veut les jeter au bûcher.

Il a raison, Seigneur. Elles ne sont plus rien.

Le Chern leur brûle le sexe.

Elles disent que cette extase est presque ignoble.

Le Chern touche leur noyau, le cœur des ténèbres.

Et il le déchire, il le comble,

il l'explique.

Tu parles comme si toi-même...

Je ne sais rien ! Rien !

Que veux-tu ?

Que dois-je faire ? Comment me défendre ?

J'ignorais qu'un tel amour pouvait exister.

Sur Terre, c'est différent.

Il y a le jour et la nuit ?

Oui.

Le noir et le blanc ?

Oui.

- L'amour et la haine ? - On n'y tue pas.

On tue quand on vit.

Non !

Que sens-tu ?

La joie, la force de l'accomplissement.

Tu m'apprends des choses que j'ai toujours ignorées.

Moi, je sens l'amour.

Ce n'est que mon corps qui souffre.

Ma douleur n'est que physique.

Je peux le palper et je peux aussi dire :

ô art nouveau, éloigne ma pensée d'elle.

Qu'elle soit absente, que tu ne souffres plus.

Comme si l'âme venait doucement se dessiner

à travers le corps enflé de souffrance.

L'âme ne souffre pas.

Tel un fleuve en été, elle est indifférente.

Mon âme et moi, nous sommes identiques.

Elle était belle et connue.

Oui.

Tu ne l'as jamais aimée.

Pour quoi faire ?

Pour la fête de demain.

Pour saluer ce qui est et ne pas rejeter ce qui n'est pas.

La palpabilité du Mal qui nous entoure,

notre condescendance pour nos passions,

notre soumission à nos souverains,

c'est la consécration du Mal,

notre transformation

en glande meurtrière.

Pourquoi t'occuper d'une femme ?

La sainteté de l'Homme, c'est la pureté de la Visitation.

Quelle Visitation ?

Seigneur,

le Chern...

Si le Chern est le Mal, si moi, je suis Dieu,

qu'y a-t-il de plus grand, de plus calme que Dieu ?

En route !

La chaleur sera brûlante, Vainqueur.

Surveille, souviens-toi et retiens.

Tu le sens ?

Les infidèles, les femmes corrompues,

ceux qui ont caché leurs fils...

Je me souviens de toi.

- Comment t'appelles-tu ? - Sévim.

Qu'étais-tu ?

Prêtre.

Vas-tu me servir ?

Contre qui, Maître ?

La mer est calme, la brise pousse les bateaux.

Sur leur route, ils rencontrent

le savant Roda et l'Acteur, chassés pour leur manque de foi.

Roda dévisage Marek avec mépris.

"Tu n'existes pas !", lui crie-t-il.

Marek répond : "Si je péris, va retrouver ma fusée.

Enferme-toi dedans et pousse le bouton rouge."

"Compte sur moi, je peux t'incarner.", dit l'Acteur.

"Mon casque se trouve chez les Frères Attendants.",

ajoute Marek.

Roda : "Tu me laisses ici et tu parles de ta fusée."

"Oui", répond Marek, "nous avons les mêmes chances."

Marek !

Marek, tu m'entends ?

Il ne répond pas...

Aza !

Le pas suivant, le seuil suivant

qu'il me faudra franchir,

c'est la mort.

Parle.

Toujours rien.

Et si ce n'est pas ça que je veux savoir ?

Sa vérité, ce sont ses ténèbres.

La lumière se formule toujours contre elle-même.

Parle.

Toujours rien.

Et si ce n'est pas ça que je veux savoir ?

Là-bas.

Je dois savoir.

Là-bas...

Ici, pas là-bas.

Là-bas. Il faut que je voie.

Celui qui ramène tout à la physiologie

fascise l'âme.

Ramenée à la physiologie,

l'âme se rapetisse, au lieu de s'agrandir.

Comme si l'homme, vivant, n'était capable de rien,

comme s'il ne pouvait créer que lorsqu'il est infirme

ou mort.

"Maître Jacek", disent les portiers qui le saluent.

Dans la salle, on voit une foule d'auditeurs,

habillés comme lui, penchés vers l'avant, fascinés.

Au fond de la salle, on voit Aza qui chante.

C'est au sujet d'elle-même qu'elle chante.

De l'amour qu'elle éprouve pour elle-même.

Jacek ferme les yeux, trébuche, court à la sortie.

Qu'y a-t-il ?

Ce charlatan m'a fait bouffer une saloperie.

Pas de nouvelles de Marek ?

Nous l'avons envoyé là-bas pour mieux faire l'amour.

- Oui. - Maintenant !

Maintenant ! Toujours !

Nous faisons l'amour,

mais tu as vite perdu ta jeunesse.

Car poussée jusqu'au bout, la matière est amenée

à l'auto-explosion.

Comme si, au-delà d'une limite, elle devenait la mort.

Encore une fois, parmi tant d'autres,

tu étales tes charmes à la foire.

Tu renais grâce à l'amour,

mais tu ignores que ce n'est pas toi

qui fixes la valeur de la marchandise,

que la main qui te tripote

et te retourne, est celle du principe même

de la foire,

une main meurtrière,

tel un œil qui se plaît à observer l'usure

des acteurs en rut.

Dans la nef, on voit des rangées d'armoires en métal

dont les tiroirs sont remplis de lampes.

Elles sont identiques et ressemblent à de vieilles lampes de radio.

Les Cherns s'élancent à l'attaque, Marek tire.

Un des Cherns est tué, son œil tombe par terre.

Après son dernier éclair, Marek répète silencieusement :

"C'est tout !"

Des milliers d'yeux de Chern, de cerveaux de Chern,

attendent dans les tiroirs.

Les murs sont couverts de fresques.

Pourries, ternies, mais lisibles.

Des Cherns sur le trône, figés, pompeux.

Des Cherns saints, des Cherns vainqueurs,

contemplant le plus âgé d'entre eux ou regardant

vers les cieux.

Marek dit silencieusement : "Rentrer."

"Rentrer."

Aza !

Tu es folle !

Tu vois !

Il arrive un moment où il faut se rendre,

laisser sortir ses tripes,

comme pour admettre qu'il n'y a que ça en nous.

Par un tel acte, on renonce à son secret,

on se défait de soi-même,

totalement.

Toi...

Et si ce n'est pas toi, qui d'autre ?

Moi ?

Nous nous réjouissons de ton retour,

mais, partis si nombreux, vous revenez si peu.

La guerre, les maladies...

Jeret m'a déjà dit

que vous aviez fait tout ce qui est dans le pouvoir de l'Homme.

Rien de plus.

Où est Jeret ?

Avec toi. Il t'a amené des renforts.

Comme tu l'avais demandé. Tu ne te souviens pas ?

J'étais malade...

On nous l'a dit.

Pourquoi ?

Par manque de foi, évidemment.

Ce n'est pas la foi qui exige le don de grâce.

Pourquoi avons-nous reculé ?

Nous aurions dû lutter jusqu'au bout.

Il est dit : "Qui se connaît soi-même connaît Dieu."

Moi, je me connais.

Et toi, frère ?

Depuis ton départ,

d'étranges meurtres ont été commis.

Le peuple est pris de panique.

Où est Ihezal ?

Ihezal !

Debout !

En toi, il n'y a aucun mystère.

Tu en parles, mais tu n'y crois pas.

Tu es comme un animal qui suit une trace,

toujours le même vent.

Une actrice qui joue la valeur du sentiment

et son inconstance.

Tu es la biologie,

poursuivant le mystère par le ventre

que tu confonds avec le mystère même.

Car nous crions du fond de l'abîme :

laisse-nous atteindre la grâce de ta résurrection,

nous noyer dans ta bonté,

connaître la grâce de ta miséricorde

et ressusciter avec toi,

mystère, car nous sommes minables et morts.

Ihezal !

Pourquoi te caches-tu ?

Tu m'as tant manqué !

Moi, sans toi...

Moi aussi, je t'ai attendu.

Rien ne comptait, sauf ma fidélité.

Pourquoi ne te laisses-tu pas toucher ?

Peut-être sommes-nous faibles et vicieux ?

Peut-être que je cherche

une fraîcheur inconnue ?

Je ne te comprends pas.

Mon étreinte est douce.

Elle n'est rien par rapport à la vraie volupté.

Si le corps accepte qu'il est corps.

Je suis corps, Seigneur.

L'idée de dissociation, la conscience en dissociation,

la dissociation de la nature,

la dissociation de la vie de Dieu ?

L'idée de dédoublement est conforme à ma nature.

La contradiction entre la forme et le désir.

Entre la réponse et les ténèbres.

Je suis donc Dieu.

Je suis Dieu !

Viens, Seigneur.

Seigneur ! Seigneur !

Les Frères Attendants ont vu ta fusée

s'envoler vers l'espace.

Je ne veux plus voir, je veux savoir.

Je veux être là-bas.

Toi ici, là-bas rien.

Là-bas, il n'y a rien.

Tout ici.

Tu peux mourir.

Je t'en prie.

Je n'ai pas peur.

La mer !

Il faut changer leurs lois cruelles,

chasser les prêtres, détruire les faux espoirs.

Ils vont s'opposer.

Nous avons des canons.

Contre qui ?

Contre la ville.

Ils ont raison, Seigneur.

Heureux celui qui fut avant de devenir.

Et vous deviendrez ceux qui passent leur chemin.

Le Chern Aville s'assied au-dessus de la tête de Marek.

"Bienvenue, frère.", lui dit-il.

"Sans cet œil programmé par quelqu'un

ou par vous-mêmes quand vous saviez encore penser...",

dit Marek.

"Et toi, qui t'a programmé ?", demande le Chern.

"Qui suis-je ?", demande Marek.

Montrant la poussière sur la croix, Aville dit : "Ça."

"Vais-je sortir de ces ténèbres ?", demande Marek.

"Ça fait mal, n'est-ce pas ?", répond le Chern.

Jacek tire. Le Chern s'écroule sur le sable

tout en répétant de plus en plus lentement :

"L'amour... l'amour..."

Force, ma force, pourquoi m'as-tu abandonné ?

Qui ?

Quoi ?

Pourquoi ?

Bienvenue,

grâce.

Ah, bon.

Combien peut-on accepter, combien peut-on pardonner

pour ne pas, soi-même, devenir Chern ?

Les astronautes sont dans la salle de jeux du casino.

Jacek entend leurs conversations.

"Il était animal parmi les animaux.",

constate l'un.

"L'âme est dans la forme.", dit quelqu'un d'autre.

Et un troisième :

"L'ange symbolise le passage du visible en invisible."

Des écrans retransmettent l'image enregistrée

par la caméra dans la fusée de Marek.

La chaleur la met en marche.

Le savant Roda et l'Acteur s'approchent de la fusée.

Jacek crie, mais ils ne l'entendent pas.

Ils passent à côté du corps de Jerzy et montent.

Le directeur du casino dit à Jacek :

"Maître, on vous cherche."

"Grèves, manifestations, complot des gnostiques.

Ceux qui sont conscients..."

À la table, on voit Ihezal dans la robe d'Aza.

Entourée d'adorateurs, elle regarde Jacek

avec un air provocant.

Sur les écrans, on voit l'assistant de Jacek.

On a le contact.

Parlez-nous.

Où est Marek ?

Qui vous a envoyés ?

Nous vous voyons.

Parlez à la caméra

qui est placée au-dessous

de la lampe blanche.

Nous allons vers le centre de la Terre.

Nous y trouverons la vérité et le bonheur humain.

Et l'explication de tous les mystères.

Nous avons raison.

Depuis toujours !

Nous avons raison !

Il est devenu fou.

Non. Il joue.

Nous pouvons les faire atterrir ici.

Maître !

Laissons-les partir.

Où, Maître ?

Sur Terre.

Jacek se retourne.

Il s'écroule lentement. Une crise cardiaque.

Jacek meurt.

Les astronautes essayent de le réanimer.

Rien à faire.

Du fond de la salle, il observe sa propre mort.

S'agitant autour de son corps, les astronautes

ne remarquent pas que Jacek quitte la salle.

Autour des feux illuminant la steppe,

nous voyons la même tribu.

Le même cavalier et la même fille, ressemblant à Ihezal.

Jacek s'approche, elle ouvre les bras.

La caméra s'enfonce dans son intimité.

On entend battre son cœur.

Et le galop du cheval s'éloigne dans la steppe.

Le dernier plan du film devait être le suivant :

428. Plan large. 3 mètres.

L'aube. Le cheval galope sur la steppe.

Sans cavalier.

Au printemps 1977, le Vice-Ministre de la Culture

a décidé d'arrêter le tournage du film

Sur le globe d'argent.

Tous les décors, nécessaires pour terminer le film,

commencé 2 ans auparavant,

nous attendaient en Basse-Silésie,

en Mazurie et dans le Caucase.

Tous ces décors, costumes et accessoires

ont été anéantis.

Pendant des années, les membres de l'équipe

ont gardé, même à la maison,

ce qu'on avait réussi à sauver.

C'est à eux que je pense maintenant.

Et le petit drame de ce film

et le grand drame de notre vie

s'entrelaceront dans un réseau commun de victoires et d'échecs.

Je m'appelle Andrzej Zulawski.

Je suis le réalisateur du film Sur le globe d'argent.

Sous-titres : Beata Geppert

Resynchronisation & réédition : Y7M3U47

FIN

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