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Respiration saccadée
---
---
Chuchotements
---
Sanglots étouffés et chuchotements
---
Vrombissement d'un moteur
Prières
---
---
Le camion s'arrête.
Coups contre le camion
Musique pesante
---
Coups de feu
---
Le camion part.
---
---
Musique oppressante
---
Grondement sourd
---
Le grondement s'intensifie.
---
Le grondement diminue puis disparaît.
Bips de véhicule de chantier
---
Quelqu'un siffle.
Quelqu'un siffle.
Brouhaha
---
(En français) -Hé, le Syrien !
Tiens, pour ta journée.
*Jingle
Il éteint la TV.
Musique intrigante
---
(-Sami Hanna.)
Conversations entremêlées
---
(En français) C'est mon cousin.
Peut-être il a donné Sami Hanna comme nom.
-Il y a que des familles ici.
-Hé, salaam. Ca va ?
-Ca va, ouais.
Nappe sonore très lente en fond
---
Conversations indistinctes
Conversations indistinctes
---
-Il y a des Syriens ici ?
-Au fond de la cour.
---
-Salaam alaikum.
-Alaikum salaam.
Musique lancinante
---
(En français) -Hamid Kayat.
Vous êtes syrien, né à Alep.
Vous êtes syrien, né à Alep.
Vous avez eu le statut de réfugié en Allemagne
mais n'êtes pas venu signer les documents.
-Non.
-Il faut tout reprendre, vous régulariser en Allemagne,
ça prendra quelques mois, puis vous pourrez revenir.
-Je veux être en France.
-D'ici, on ne peut rien faire.
C'est l'Allemagne qui peut vous régulariser.
-Je dois être en France maintenant.
-Vous avez de la famille ici ? Un emploi ?
-Il a mal compris.
-On peut lancer un rendez-vous de vulnérabilité
avec un psychologue, je garantis rien.
Vous êtes professeur.
On a des programmes d'insertion avec les universités.
On peut essayer.
Musique tendue
---
---
---
---
Grondement sourd
---
Une porte claque.
-Merci.
Chuchotements
---
Léger brouhaha
---
---
Musique inquiétante
---
--- Tirs de mitraillette
(Sami Hanna.)
Musique très lente, tendue
---
---
La musique s'intensifie.
---
Il inspire.
Musique lente, oppressante
---
La musique s'intensifie.
---
---
(En français) Chère marraine,
je ne pourrai pas être à notre rendez-vous au parc.
Je suis avec mon nouvel ami.
Il m'a dit qu'il s'appelait Hassan Al Rammah.
Hassan Al Rammah.
R-A-M-M-A-H.
Rappelle-moi.
C'est urgent.
-Et...
Est-ce que vous avez pu les voir ?
-Non, j'ai pas vu les corps.
-Vous voulez en parler ?
-Je vous ai tout dit.
Elles sont mortes dans un bombardement.
-Il y avait d'autres personnes sur les lieux ?
-Non. Juste ma femme et ma fille.
-C'est Maya et... -Lina.
Maya, c'est ma fille. Lina, c'est ma femme.
-Vous avez eu quelqu'un à qui en parler ?
-Non. Juste ma mère.
-Le deuil est difficile quand la disparition n'est pas incarnée.
Et vous étiez en prison quand vous l'avez su.
On peut imaginer faire un enterrement symbolique
avec une matière ou un objet qui fait le lien.
Pour permettre ce travail d'acceptation.
Si vous voulez... -J'ai juste besoin de temps.
-Vendredi, tu peux pas ?
-Vendredi, tu peux pas ?
Tu peux quand ?
C'est juste que j'ai envie de te voir.
Propos indistincts
*Tu peux quand ?
*C'est juste que j'ai envie de te voir.
*Je pense à toi tout le temps, à ton visage, tes lèvres.
*Tu peux quand ?
*C'est juste que j'ai envie de te voir.
*Je pense à toi tout le temps, à ton visage, à tes lèvres.
Le téléphone bipe.
(Accent allemand) *-Cher filleul,
*Al Rammah est dans le fichier des opposants au régime.
*C'est un ingénieur en chimie qui a été arrêté
*et qui a quitté la Syrie il y a deux ans.
*Je suis désolée que ce ne soit pas notre ami.
*-Tu peux quand ?
*C'est juste que j'ai envie de te voir.
*Je pense à toi tout le temps, à ton visage, à tes lèvres.
Musique lente, tendue
Musique lente, tendue
---
*Tonalité d'appel
*---
(L'Allemande) *-Il y a un problème ?
-Je veux les témoignages.
*-Pourquoi ?
-Je dois les écouter.
*-C'est toi qui vois. Je viens à Strasbourg demain.
---
-Il y a plus de 50 témoignages.
Ca va être dur.
-Quoi ?
-Moi, je n'ai pas pu les écouter.
-Tu me crois, toi ?
Bip
*Respiration
Vrombissement d'un métro
Vrombissement d'un métro
---
La porte claque.
Quelqu'un rit.
(-Bonjour.) (-Bonjour.)
-Je vous remercie pour les références.
Ca m'a fait gagner du temps. -Vous avancez ?
-Tout à fait, j'aurai fini vers fin avril comme prévu.
-Bravo. Vous arrivez à bien travailler ici ?
Une porte claque.
-C'est ma seconde maison.
-J'ai fait ça aussi avant vous.
Mais j'étais tout au fond moi, moins dans la lumière.
Grondement sourd
Bourdonnement strident
Le bourdonnement s'intensifie.
---
(L'Allemande) *-On a plus de nouvelles de toi.
*Tout va bien ?
-Ca va.
*-Raconte-moi.
-Quoi ?
-Quoi ?
*-Ce que tu as écouté.
-On doit pas parler par téléphone.
*-Tu crois que quelqu'un nous écoute, franchement ?
-Dis-moi pourquoi tu as rejoint le groupe.
*-Moi aussi, j'ai perdu quelqu'un.
-En Syrie ?
*-Je travaillais dans une ONG là-bas.
*Ils avancent en Allemagne.
-Il n'est pas là-bas. Il est là.
Respiration profonde
Bip
-J'ai eu des retours du programme d'insertion.
Vous avez été fléché comme professeur invité
dans le master de littérature arabe.
L'université de Nancy recherche un profil comme le vôtre.
Si vous êtes pris, il faudra déménager...
Un téléphone sonne. Pardon. Allô ?
Bourdonnement sourd angoissant
---
---
Propos entremêlés, indistincts
---
*Soupir
Musique lancinante
Musique lancinante
---
La musique s'intensifie.
---
---
La musique disparaît en decrescendo.
-T'aimes bien ? Elle rit.
Brouhaha
---
---
Vibrations de téléphone
-Allô ?
Musique lente
---
La musique disparaît.
Discussion inintelligible
---
*Ils mettent une musique douce.
*--- ---
*--- ---
Rires
Il sanglote.
*--- ---
*---
(L'Allemande) *-Il se passe quoi ?
-Je peux plus.
*-Qu'est-ce que tu as fait ?
-Quand je ferme les yeux,
je me vois le pousser sous le tramway.
*-C'est lui ?
-Je ne sais plus.
Je ne peux pas rester ici.
*-Tu ne peux pas arrêter là.
*C'est pas le moment.
*On en reparle demain.
-Dis-moi ton nom.
Ton vrai nom. *-On ne dit pas les noms.
*C'est la règle.
-J'ai besoin de quelque chose de vrai.
*-Rentre chez toi. -S'il te plaît.
Ca ne va pas...
*-Nina.
-Tu as perdu qui toi, là-bas, Nina ?
*-Va dormir.
*Demain, je viens te voir.
*Demain, je viens te voir.
-C'est l'anniversaire de ma fille, demain.
Crissement de pneus et klaxon
Il soupire.
---
-Ce n'est pas lui à Hambourg.
Le Sami Hanna à Hambourg est là depuis trois ans.
On s'est trompés.
Tu dois continuer.
S'il te plaît.
-Peut-être que je me trompe.
-J'avais un petit garçon.
Nael.
-Je vous rappelle.
On fait pas ça.
Je dois vérifier les dates de commande.
Oui, j'ai votre numéro.
Je vous rappelle.
Musique de Noël
---
-Vous allez bien ? -Oui, et vous ?
-Vous connaissez le miel d'Alsace ? -Non.
-J'ai quatre sortes, dont le miel de Noël.
C'est un miel avec de la cannelle, de l'anis et du gingembre.
Vous pouvez goûter. On a des cuillères.
Musique pesante
---
-Merci.
-Merci.
---
Bip
Bip
Il rembobine.
Bip
Bip
-Que fais-tu là ?
-J'avais peur que tu arrêtes.
-Tu peux partir. Je suis là.
-Si c'est lui, il ne se méfiera pas de moi.
-Merci, au revoir.
(-Il arrive, pousse-toi.)
Tu es trop fragile.
Rentre chez toi.
Conversations indistinctes
---
Musique oppressante
---
---
-Salut.
-Salut.
-Hop, tiens. -Merci beaucoup.
-Je vous mets ça. Le plat du jour ?
-C'est ça ? -Oui.
-Non, houmous. -Houmous.
-Merci.
(En français) A l'université.
Mais j'essaie d'éviter les Syriens.
Sinon, on reste entre nous.
On est là pour s'intégrer, non ?
-Tu veux parler français ?
Ca te va ?
-Si tu veux.
Je parle pas très bien.
-Tu parles bien.
Je suis sûr.
Tu étudies quoi ?
-La littérature.
-C'est bien, la littérature.
Je ne lis pas assez.
Je ne lis pas assez.
Même si je devrais, je...
Je prends pas le temps.
-Je vous mets ça là.
Bon appétit. -Merci.
-T'aimes bien Strasbourg ?
-Ca va, oui.
-Oui. "Ca va."
Il fait moche, hein ?
C'est bien, la France, mais ça manque de couleur.
Tout est gris.
Pas comme chez nous.
T'es d'où ?
-Alep.
J'ai quitté la Syrie il y a longtemps.
Je vivais à Beyrouth.
J'étais professeur là-bas.
-A Beyrouth ?
-Oui.
-Quelle université ?
-Quelle université ?
-Haigazian.
-Tu dois connaître M. Tayah !
-Non, ça me dit rien.
-Non ? -Non.
-C'était il y a trop longtemps,
il doit plus y être.
Moi, je viens d'Homs.
Je m'appelle Hassan.
-Saleh.
-Et...
T'en penses quoi ?
-Quoi ?
-"Quoi ?"
De la situation.
Ce qui se passe au pays.
-Ah !
-Je sais pas.
-Tu sais pas ?
-Je suis triste pour le peuple.
-La faute à qui ?
La faute à Bachar, non ?
-Peut-être.
-Tu vois, je suis déçu.
Quand j'étais plus jeune, je le trouvais fort, mais...
il sait pas s'adapter.
Regarde,
il va faire quoi, maintenant ?
Il n'y a plus de solution.
Je pensais qu'il redresserait le pays, qu'il était moderne,
mais il a pas su prendre le virage.
Le Printemps arabe,
ça l'a fait vriller.
Il a arrêté de penser à l'économie et...
Ca va ?
-Oui.
-Tu manges pas.
-Si, si.
J'ai pas très faim en ce moment.
-Tu vas dire que ta mère fait mieux la cuisine ?
La mienne aussi faisait mieux la cuisine.
T'as fait les manifs ?
Il y avait beaucoup de profs.
Même au Liban.
Quelle connerie !
Quelle perte d'énergie pour tous.
Le pays a tout perdu à ce moment-là.
-C'est pour ça que tu es parti ?
-Qu'est-ce qu'il nous reste là-bas ?
Ici,
les choses sont simples.
Si tu t'inscris à un diplôme et si tu as le niveau,
tu auras ton diplôme sans avoir
besoin de...
C'est ça, toi aussi, c'est pour ça que tu es là.
En France, c'est plus simple.
En Allemagne, il y a trop de Syriens.
800 000, ils disent.
Tu te rends compte ?
Je suis passé par l'Allemagne, moi, mais...
c'est pas possible.
Tout le monde parle du pays, des morts, des problèmes.
Tout le monde parle du pays, des morts, des problèmes.
Tu peux pas recommencer une vie si tu passes ton temps...
à ressasser, ressasser, ressasser le passé.
Il faut avancer.
-T'as quoi à la main ?
-La vie était dure au pays.
C'est pour ça qu'on est partis, non ?
-Tu faisais quoi, toi ?
-Tu faisais quoi, toi ?
-Je voulais faire des choses importantes.
Je sentais qu'il y avait des possibilités.
J'ai commencé des études en Suisse.
Et on m'a rappelé pour un poste.
J'ai eu des possibilités, mais...
j'ai arrêté d'y croire.
Alors, je suis parti.
Fais attention à toi, Saleh.
"Saleh", c'est ça ?
Profite de cette nouvelle vie.
En Syrie,
c'est fini pour nous.
C'est du passé.
-Sa main droite est blessée.
Ses doigts se bloquent, comme dans les enregistrements.
Musique lente en fond
---
Attends, tu vas où ?
-Je veux le revoir.
-Non arrête... Arrête, Nina.
Arrête. -Rentre chez toi.
-Tu n'as plus besoin, c'est bon. Non.
-Tu n'as plus besoin, c'est bon. Non.
-Non, j'ai besoin.
Toi, tu as eu ton moment.
-Tu risques de mettre en danger tout le monde.
Il faut le dire au groupe.
Arrête, Nina.
(C'est bon, tu l'as vu, on ressort.)
(-On pourrait le faire.)
(-Quoi ?)
(-Ca serait si simple.)
(On pourrait le faire nous deux.)
(Personne ne saura rien.)
(Personne n'entendra rien.)
(Juste toi et moi.)
(Et tout ça, c'est fini.)
(Tout le cauchemar.)
(Ca s'arrête.)
(-Et le groupe ?)
(-Tout le monde sera soulagé.)
(Si on s'occupe de lui, on peut continuer,)
(passer aux autres noms de la liste.)
(Mon mari était syrien.)
(Il était à Saidnaya.)
(Lui aussi.)
(Pour le faire parler, Harfaz a fait venir Nael.)
(J'ai trop peur)
(qu'il n'y ait pas un procès.)
(Que tout ça n'ait servi à rien.)
Prends une journée pour réfléchir.
Demain, on se retrouve au parc.
Chant en arabe
---
---
Musique lente, inquiétante
---
*-Cher filleul, ne m'attends pas aujourd'hui.
*C'est ma décision. A moi seule.
*C'est ma décision. A moi seule.
*Je n'aurais pas dû t'impliquer.
*J'espère que tu me comprendras.
*Toi, tu sais que je n'ai pas le choix.
*Je te souhaite de trouver la paix un jour.
---
La musique s'intensifie.
---
--- Elle sanglote.
---
-Pas comme ça.
--- ---
--- ---
La musique disparaît en decrescendo.
Musique oppressante
---
-Saleh !
Salut, ça va ? -Ca va, et toi ?
-Je t'ai vu passer. T'as l'air perdu.
-Non, ça va.
-Tu bosses trop ?
-Je suis fatigué, oui. -Il faut faire une pause.
Tu veux faire une pause ?
Vite fait ?
C'est important. -Je sais.
-J'ai quelque chose à te montrer. Viens.
C'est par là.
Viens.
C'est pas mal, non ?
Un des profs d'ici m'a fait découvrir l'endroit.
Regarde ça.
Regarde ça.
Des vrais ghraybeh. Faits à la main.
Je suis allé en Allemagne les acheter.
C'est bon, hein ?
Brouhaha de la rue
---
Vrombissement d'une tondeuse à cheveux
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Vacarme d'avions
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*Annonce de vols
*---
Bip
Klaxons de voitures et brouhaha
Chant de prière
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Brouhaha de la rue
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Musique lente et triste
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Musique douce
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Musique très lente, grave
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Musique lente, tendue
---
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-C'est lui ? -C'est la photo source, oui.
-Vous avez ici la preuve de son passage en Allemagne.
Les différents noms qu'il a utilisés.
-C'est du beau travail !
-Vous avez le témoignage
-Vous avez le témoignage
du déserteur qui a permis de l'identifier.
-Waouh !
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Musique très lente, triste
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Adaptation : Marie Crouzeix
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