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Musique douce

---

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Musique calme

---

---

--- Elle rit.

---

*-La meilleure solution pour le Kosovo,

*c'est l'indépendance.

---

*-On est cernés des deux côtés.

*-Pour nous, les Kosovars,

*les enjeux, c'est de garder notre terre

*et sauver un peuple tout entier de l'extermination.

*-Un mot sur la situation au Kosovo ?

*-C'est le chaos. Nous demandons l'intervention des Nations Unies.

--- Cris scandés

------

---

*-Don't don't don't live under this dream

*that the West is going to come in and sort this problem out.

*Don't dream dreams.

Chants d'oiseaux

---

Elle soupire profondément.

---

- T'es sérieuse ? - Oui, pourquoi ?

- Tu vas traverser le village devant tout le monde.

- Je m'en fous, je fais ce que je veux ici, comme en ville.

Elle souffle.

- Tu me fais chier.

- Oui, mais tu me supportes encore parce que tu m'aimes.

- Je te supporte toujours.

- Tu me supporteras encore un peu.

Jusqu'à ce que je me trouve un Américain.

- Bouge !

- Deux secondes.

- D'accord.

- Attends, putain, tu fais chier.

Ce soir...

Ce soir... - C'est bon, arrête.

- Mais juste, imagine le truc : Pristina, tu te rends compte ?

On va avoir notre appart, rien qu'à nous.

On va s'éclater. - Redescends.

- Pourquoi ? Je vais devenir interprète.

J'apprends l'anglais parfaitement et je me fais un max

de fric.

- Tu repars dans tes délires.

- Je délire pas. Tu viens avec moi, non ?

Je délire pas.

- Enlève ce maquillage avant de rentrer.

Si ton père le voit, ça va partir en vrille.

- Il me foutra dehors, c'est ça ? - Zoé !

- C'est bon, là ?

- T'as rien. Tout ça pour ça, franchement.

Allez, bouge.

- Tiens.

---

Elle démarre.

Oh non...

- Vous avez pas honte ? Vous savez que tout le village vous voit ?

- On passe le temps, c'est tout. - Zoé.

- Ton père va péter les plombs.

Il veut pas qu'on touche à cette voiture.

- Techniquement, c'est la voiture de Volta.

- Arrête de répondre.

- Tata, on arrive. - Rentrez à la maison.

Rangez cette voiture.

Elle souffle.

Elle démarre.

- Vous avez fait quoi ?

- Rien de spécial. - Ouais, rien.

- Comme d'habitude.

- Oui.

- Bon appétit.

- Bon appétit, papi. - A vous aussi.

- Du fromage ?

- Oui, je veux bien. - Tiens.

- Zenife a marié sa fille.

- C'est bien. Félicitations.

- Il était temps quand même ! Elle a 23 ans.

- Il vient, ce thé ? - Oui.

- Si Dieu nous avait donné un fils.

- Il nous en a repris un.

- Papa, c'est comme ça.

Remue pas le passé.

- Oui, bon.

- Tu sais, ton père, il m'écoutait jamais.

C'était une tête de mule, une vraie.

Inchallah, tu tiens pas ça de lui.

Avant de mourir, il...

Il m'a demandé de veiller sur toi

jusqu'à ce que tu trouves un mari.

- T'as vu la fille de Zenife ? Mariée à 23 ans.

- Et c'est trop tard pour eux !

- 23 ans, putain.

Elle a jamais foutu les pieds en dehors du village.

- C'est pas sa faute, c'est les parents qui ont trop peur.

- D'accord, mais elle a pas essayé.

- Pour ça, faut des couilles, Zoé.

- C'est clair. Tu la sors d'où, ta clope ?

- Du paquet de papi.

- File-moi une taffe.

- Bon, on l'écrit ?

Donne le cahier.

On commence comment ?

"Vous inquiétez pas, on n'a pas fugué."

- Ouais, c'est ça.

Musique calme

- "On sait que vous serez pas d'accord.

---

"Mais on fait ça aussi pour vous.

"Pour vous donner les moyens d'avoir une meilleure vie.

---

"On sait que vous nous comprendrez pas.

---

"Zoé et Volta."

---

---

Chanson calme

---

Musique calme

---

Brouhaha lointain

---

Allez.

---

Bon, on va où, maintenant ?

- Faut s'inscrire, je pense.

- Ouais. - Je sais pas.

Oh ! Le monde !

- T'as vu, là, c'est l'amphithéâtre.

- Et... concentre-toi.

- Oui, mais comment je saurais où on s'inscrit ?

- Tu stresses ? - Non.

- On va demander à quelqu'un.

- A qui on demande ? - A n'importe qui.

- Zoé, viens.

- Ah, bah voilà.

- C'est bon.

Bonjour. - Bonjour.

Quelle filière ?

- Eco.

- Pardon ?

- Economie.

- Logement ?

- Ouais, logement.

- Tout est expliqué là, dans ces documents.

Tout est clair pour vous ?

- Et les cours d'anglais ? - Y a plus de places.

- Plus de places ? Pour nous, c'était le plus important.

Tu peux revérifier, s'il te plaît ?

- Y en a qu'en cours d'allemand.

- On s'en fout de l'allemand.

- Tant pis.

- Et le logement, c'est où ? - A la cité U,

comme les autres.

Toutes les informations sont là-dedans.

- Y a qu'une chambre.

J'avais précisé pour deux. Tu vois bien qu'on est deux.

- Tu l'as précisé où ?

- Sur le formulaire "Orphelin de guerre".

- Désolée, j'ai qu'un nom.

Vous êtes soeurs ?

- Non, on n'est pas soeurs.

- Ton père est mort à la guerre ?

- Non.

- Qu'est-ce qui est pas clair ? Je vous parle clairement, là !

- Quelle conne, je vais péter un câble.

- Ouais.

- Ca donne envie de foutre le camp.

- Calme-toi, ça va.

- PAS D'ARGENT, PAS D'AVENIR, DES MOYENS POUR LES ETUDIANTS !

GENERATION OUBLIEE, LES JEUNES SONT EN TRAIN DE CREVER.

PAS D'ARGENT, PAS D'AVENIR, DES MOYENS POUR LES ETUDIANTS !

GENERATION OUBLIEE,

LES JEUNES SONT EN TRAIN DE CREVER.

PAS D'ARGENT, PAS D'AVENIR, DES MOYENS POUR LES ETUDIANTS !

GENERATION OUBLIEE, LES JEUNES SONT EN TRAIN DE CREVER.

PAS D'ARGENT, PAS D'AVENIR, DES MOYENS POUR LES ETUDIANTS !

GENERATION OUBLIEE...

---

*"Feel good Inc." (Gorillaz)

*---

*--- Brouhaha

*---

- Salut, les filles.

*---

- Putain, sans déconner.

Elle souffle.

- Y a même pas de draps.

- Ca, j'y ai même pas pensé.

Et où on se lave, ici ?

- Je sais pas. Dehors, comme à la maison.

*---

- C'est où, les douches ?

- Par-là.

- Je vais vous montrer.

Venez.

- Vous avez pas intérêt à prendre toute l'eau chaude.

Rires

*---

- Salut.

*---

- C'est là ? - Oui.

*---

Comment vous vous appelez ?

- Zoé.

- Volta. - Moi, c'est Flora.

Vous êtes en 1ère ?

- Oui, en économie. Et toi ?

- Je suis en licence de droit. Il vous est arrivé quoi ?

- Y avait une manif, on s'est pris de la peinture.

- L'asso des étudiants. Ils s'arrêtent jamais.

- Ils font quoi ?

- Ils organisent des manifs,

ils font tout pour "wake up" et sensibiliser

sur la condition des étudiants. C'est vrai que c'est le bordel.

Vous venez de quel coin ?

- On vient de Burnik.

Elle acquiesce.

- Moi, je suis de Ferizaj. Enfin, un petit village à côté.

Vous avez pris l'autobus pour venir ? Ca me rend malade.

- On est venues en voiture.

- "No way", en voiture ?

- Oui, mais faut voir la bagnole. Elle est dans un sale état.

- Elle déconne ? Si vous voulez, mon mec est un bon mécanicien.

Il acceptera de regarder et il vous dit s'il peut l'arranger.

- Cool, merci.

- Je vous laisse tranquilles. Bonne installation.

En cas de besoin, je suis dans la chambre à côté. A plus.

Elle s'éloigne.

Musique calme

---

--- Conversations lointaines

------

---

---

--- Il parle anglais.

- OK, un paquet.

---

Merci.

Cigarettes. Cigarettes.

---

Cigarettes ? - Non, merci, ça va.

---

- Cigarettes.

---

- Quoi ? - On va se boire un truc ?

- OK.

- Allez, viens.

- Bonsoir, les filles.

- Bonsoir. - Bonsoir.

- Bienvenue.

Qu'est-ce que je vous sers ?

- Deux bières.

- Tout de suite.

Et voilà pour vous.

Alors ? On se balade en ville ?

- Oui.

- Profitez bien.

- Putain, quelle journée de merde.

Y a même pas anglais.

A quoi ça sert d'être venues ?

J'ai pas envie de finir commerciale.

J'en ai rien à foutre de l'économie.

C'est de la merde.

- Bah ouais.

- Et merde, qu'est-ce qui se passe ? C'est pas possible.

On est en 2007 et on est encore au générateur.

Tenez. Excusez-nous.

- Merci.

- Je vais le démarrer.

- Tu crois qu'ils ont réagi comment ?

- Mal.

Forcément.

- Ils vont nous chercher, tu crois ?

- Ca m'étonnerait qu'ils veuillent nous voir.

- J'espère que ça vaut le coup.

- Ca va aller.

Mange.

- Hein ?

- Tu me files une clope ?

- Quand même ! Ca fait plaisir de pouvoir te parler.

Tiens.

T'as vu mes cheveux ? C'est un massacre.

- Ils sont super bien.

Zoé soupire.

- On y va en caisse ?

- Pourquoi en caisse ?

- Pour le kiffe.

- Si ça peut te faire plaisir.

C'est bon ? - Presque.

- Dépêche. - J'en ai pour une seconde.

Arrête de râler.

- Il existe...

On distingue deux formes...

deux formes principales de régulation économique.

La 1ère est conduite par les pouvoirs publics

qui régulent par un plan.

On dit qu'il s'agit de...

D'une économie planifiée.

La seconde forme est...

l'autorégulation par le marché. Voilà.

Le système des prix

remplit 3 fonctions majeures dans l'économie.

Tout d'abord, il donne des informations

sur la rareté ou l'abondance d'un produit sur le marché,

mais aussi sur l'état général de l'économie.

Si le prix d'un produit...

- J'ai rien pigé.

- Il nous manque 2-3 notions de base, mais abuse pas, non plus.

- J'abuse ? Vas-y, toi.

Ca veut dire quoi "spéculatif" ?

- Spéculatif, c'est tout ce qui est...

La spéculation, c'est ce que tu fais quand le marché bouge.

Enfin, un truc du genre.

- C'est ce que je disais. - Faut que je bosse.

- Faut que tu bosses, je te jure.

- Me casse pas la tête.

- On n'est pas les seuls dans ce cas.

- Ils ont pas d'argent.

- T'es sérieuse ?

Du fric, y en a plein. Ca manque pas.

Et la thune des Américains ?

- Nous, en voit pas la couleur. L'éducation, ils s'en foutent.

- Les premières années font comment ? - Ils font comme nous,

ils redoublent.

- Une année pour rien. Ca va être chaud, les examens.

- Tu sais bien : tu veux ton diplôme, tu l'achètes.

- C'est la cata.

- Fuck it.

- Tu sais ce qui se passe ?

- Y a pas de prof.

Viens, on se casse.

Je vais voir la secrétaire.

- Pour quoi faire ?

- Pour me renseigner.

- Si ça t'amuse.

Je te laisse y aller.

- D'accord. - Tu me rejoins dehors ?

- A tout de suite.

- Hé, pète pas un câble.

- Bonjour.

La porte claque. - Bonjour.

- Je peux savoir où est le professeur ?

- Lequel ?

- Celui qu'on attend dans l'amphi.

- Y a pas de prof pour cette matière.

- Comment ça, pas de prof ? - Y en a pas.

- Pourquoi c'est dans l'emploi du temps ?

- C'est pour les examens.

- Vous gardez cette matière aux exams, mais y a pas de prof ?

- C'est comme ça. - Et les autres cours ?

- On est déjà à deux cours annulés.

C'est quoi votre problème ? Elles sont où vos promesses ?

- Doucement, tu te crois où ?

- Commence pas à crier.

- On fait quoi, maintenant ?

Où est le doyen ? - Il arrive.

- Il est encore en vacances ? - Du calme, merde !

- Orges, on est dans cette situation. Moi, j'y suis pour rien.

- Vous voyez pas ce qui se passe ?

Vous pigez que dalle, et elle non plus.

- Je pige que dalle ? - Ils se foutent de nous.

- Toi, tu me passes devant et t'ouvres ta gueule.

- Ca va, arrête. T'as pas compris où t'es tombée.

- Dis-le-moi, je t'écoute !

- Sortez de mon bureau.

- Flora, viens, ils vont me rendre fou.

- Flora, tu connais ce malade ?

- Comment tu parles ?

- Vous avez fait connaissance.

Orges, voici Zoé et Volta, des copines de la cité U.

- Enchantée.

- Ouais. On y va.

- C'est lui, ton mec ?

- Non, pas du tout.

Il est un peu con parfois, c'est un nerveux.

- J'ai vu ça.

- Tu vas où ? - Je vais rejoindre Bini.

- Bini ? Qui c'est ?

- Mon mec.

- Tu t'en vas ? Je t'ai fait peur ?

- J'ai peur de personne.

- Waouh ! Un gangster en mobylette !

- Tu viens, Flora ?

- Oui. Vous voulez venir aussi ?

- On a notre caisse. - Je peux venir ?

- Bien sûr. - On y va.

- Vous venez ici en bagnole ?

- Déjà de retour ?

- Tu me manques trop quand je suis loin de toi.

- J'attendais Orges, mais je te préfère.

- On s'en fout.

- Salut. - Volta.

- Bini. - Zoé.

- Enchanté. - On est ensemble à la cité U.

- OK, soyez les bienvenues dans notre palais des rêves.

- Le palais de nos rêves !

- T'as séché les cours, finalement ?

- Non, comme l'an dernier, y a pas assez de profs.

Il soupire.

- Elle est cool, ta voiture.

- Ouais.

- Une Jetta 80. Elle est vieille, mais...

C'est solide.

Je peux la démonter et vendre les pièces. Ca te fera du fric.

- Non, je veux pas la vendre, c'était celle de mon père.

- OK. - Tu pourras y jeter un oeil ?

- Oui, bien sûr.

Toi, t'es toujours en retard, même quand on a des invitées.

- T'aurais pu faire péter les bières, déjà.

- C'est à l'intérieur, mais elles sont fraîches.

Enfin non, chaudes !

- Et ce lieu est à toi ?

- Non, à l'état, mais c'est désaffecté.

Ca nous coûte rien et on nous fout la paix.

Mais un jour, ils nous foutront dehors.

- Je capte.

- Tiens, d'ailleurs,

vous voulez voir ? - Bien sûr.

- Parfait. C'est parti. - Zoé.

- Orges ?

- Je vous suis.

- C'est là.

Vous venez d'où ?

- De Burnik.

- De Burnik ?

- Elles sont cousines, tu vois ?

- Et qu'est-ce qui vous amène ici ?

- On est à la fac, en économie.

- Waouh ! Classe !

Des futures commerciales ? C'est super.

*Chanson rythmée

Vraiment super.

*---

- On s'assoit là ?

*---

- Vous fumez ?

- OUI.

- OK. Tenez.

*---

- Et toi, t'es à la fac, aussi ?

*---

- J'ai lâché y a longtemps.

Ici, même si t'as des tas de diplômes,

faut bosser pour pouvoir bouffer.

*---

- C'est autant la merde que ça, ici ?

- Mais c'est pas mieux ailleurs.

- Comment ça ?

- Bini, c'est spécial, il a eu plusieurs vies.

Il était déjà là du temps de Tito.

- On attend l'indépendance et on vieillit comme ça.

- L'indépendance, des moyens...

on passe notre temps à attendre de vivre.

- Oui, surtout qu'ici, l'année, ça dure 36 mois.

Flora rit.

Qu'est-ce que vous faites ? Faut trinquer d'abord.

A votre arrivée !

- Santé. - Dans le palais de nos rêves.

- Orges !

- Ca vous plaît ?

- Beaucoup.

- Vraiment ? - Oui.

- Cool.

- Combien pour 10 ?

- Deux.

*Chanson rythmée

*---

*-Une manifestation pacifique a tourné à l'affrontement,

*à 15h, près du Grand Hôtel.

*Ca a dégénéré quand des proserbes ont brûlé le drapeau albanais.

*Cet acte a déchaîné la colère des manifestants.

*Les forces de la Minuk sont intervenues pour les disperser.

- Mm !

Che Guevara !

Il est de retour ! Viens là, toi !

- Ca fait plaisir, putain.

- Mon frérot, t'étais où ?

- Tu sais bien. Tu vas bien, toi ?

Faut rester fort.

- Chaque fois qu'il va à une manif, ça part en couille ! Toujours !

- T'abuses. - Ouais ?

- Salut tout le monde. Je sors de chez les condés.

- Super.

- Ils vous font la bise, d'ailleurs. Ils vous adorent, changez rien.

- T'en fais pas. - Vous êtes super.

Frérot, on a un peu abusé sur ce coup-ci, je te jure.

Ils m'ont foutu en taule.

- On allait venir te chercher. - Ils m'ont niqué ma race.

- Ta face, c'est sûr !

- Carrément.

- T'es resté longtemps ?

- Je sais pas, 3-4 heures, genre.

- Ah. Ils t'ont pas loupé.

- Non.

- Les filles. - Quoi ?

- Je vous montre ma chambre ?

- Allez.

- Ta-ta-ta-ta !

- Hé, mais t'as une télé ?

- C'est Bini qui me l'a trouvée.

- On en a une au village, mais elle est foutue.

- Tu veux regarder un truc ?

- Je peux ? - Bien sûr.

*Télévision

- Ca rapporte bien le taf de Bini ?

- Tu fais pas fortune en vendant de la ferraille.

Mais il a un petit business à côté, donc...

*---

Volta, viens.

*---

- Elle est cool, ta chambre.

- Coca-Cola !

- Oui, merci.

- Mm ?

- C'est Pink mouth.

Elle a une mèche rose. Sa chambre est au fond du couloir.

Elle ramène plein de trucs,

mais personne lui parle.

- Pourquoi personne lui parle ?

- On sait pas trop ce qu'elle fait. Et elle, elle raconte rien.

- Pourquoi elle raconte rien, à ton avis ?

- On dit qu'elle est maquée avec un homme marié.

Tu sais, ici, quoi que tu fasses, on a vite fait de te juger.

*Télévision

*---

- Qui veut cette assiette ? - Je veux bien.

- Qui veut la mayonnaise ? Voilà.

- Tiens, voilà la cuillère.

- Bon appétit.

- Tu m'en ressers ?

- Ca vous rappelle pas le repas que faisaient nos mamans ?

- Ouais, carrément. Ca fait quelque chose.

- Depuis quand vous êtes pas rentrées chez vous ?

- Je sais pas, ça fait un bail.

- Tu nous mets quelque chose ? - Ouais.

- Ouais, vas-y.

Rires

- Allez.

*Chanson douce

*---

---

- Attention !

Oh !

- Parce qu'on manque de professeurs, vous désertez mes cours ?

Vous avez vu ça où ? Hein ? Dites-moi.

Vous arriverez à quoi comme ça ?

Téléphone

---

Allô ?

Oui, attends, je sors.

- Il a pété un plomb.

- Ils sont tous tarés et bientôt on va péter un plomb aussi.

- Genre, il revient pas.

- Bonjour, Gjoka. - Bonjour.

Ca va, les filles ?

- Bien.

Et toi ?

- Comme un jeune homme.

A part ma putain de jambe ! Ca me lance quand le temps change.

Enfin bon, faut bien faire avec.

- Qu'est-ce qu'elle a, ta jambe ?

- 99, un matin, je me suis levé...

J'avais les nerfs et je suis parti libérer le Kosovo.

J'étais avec un pote.

Moi, j'ai fini avec la moitié d'une jambe en moins.

Lui a été libéré.

Mort au combat.

- Comment ça, la famille est déshonorée ?

On est venues ici pour étudier. T'abuses pas un peu, là, maman ?

*-Vous êtes parties comme des criminelles.

*Vous auriez dû nous en parler.

- Vous en parler ?

Mais on vous a parlé de la fac. Une dizaine de fois.

Tu savais qu'on voulait y aller. Pourquoi tu me dis ça maintenant ?

*-Restez là-bas. Pensez même pas à revenir.

*Ton père vous découperait en morceaux.

- C'est quoi que tu comprends pas ? On aurait fait quoi au village ?

Attendre le mariage ?

*-C'est des conneries.

- C'est pas des conneries. Tu comprends pas.

*-Si, c'est des conneries. Vous avez sali notre réputation.

- On est parties, mais on a rien fait de mal.

On n'est ni en train de vous abandonner, ni de vous oublier.

On fait ce qu'on peut pour s'en sortir.

Je fais ce que je peux.

*-Ah ouais ? Parfait ! Continue comme ça.

*Elle raccroche.

- Allô ?

Maman ?

*Tonalité

*---

- Ils ont dit quoi ?

- A ton avis.

- Ils nous attendent comme le mouton de l'Aïd.

- On dirait bien.

Moteur de voiture

---

Pas

---

Le taxi s'éloigne.

---

Cliquetis

---

On frappe.

- Salut. - Salut.

- Tu viens dans ma chambre ?

On regarde la télé ou autre chose, comme tu veux.

- OK.

T'as plus cours aujourd'hui ?

- Non, y avait qu'un cours sur quatre.

- Putain...

- Tu foutais quoi, là ?

- Rien. Que veux-tu que je fasse ?

- On se fait grave chier. Avant, je bossais dans un salon.

- C'est vrai ? - Oui.

- T'as bossé ?

- Comme coiffeuse.

- Raconte.

- En vrai, pas longtemps.

La patronne a fermé et après, j'ai plus trouvé de boulot.

- T'as plus jamais travaillé ? - Jamais.

- Ah ouais ? - J'ai adoré cette période.

- Tu t'emmerdes moins, ça passe le temps de bosser.

- Oui, mais c'est pas que ça.

Je me sentais forte, j'avais ma thune.

- Tu m'étonnes. - C'était bien.

- J'ai trouvé, ça y est. Comment on monte le son, là-dessus ?

- Le bouton rouge.

- Le rouge, là ?

- Oui, c'est ça.

- Ca marche !

*Chanson rock

*---

Putain, elle est...

*---

Tellement belle.

- Elle en a rien eu à foutre.

- C'est clair.

Elle fait ce qu'elle veut et réussit quand même.

*---

Je suis dégoûtée pour l'anglais.

- Je peux t'apprendre si tu veux.

- C'est cool, Flora, mais c'est pas pareil.

- "Pas pareil", c'est-à-dire ?

- Je voulais devenir interprète.

Elle rit.

- Interprète ?

- Pourquoi tu te marres ? - Sérieux ?

- Oui, pourquoi ?

- Tu pourras jamais le devenir.

Les postes, c'est les diplômés qui les ont raflés.

- C'est pour ça que je suis partie.

Et toi, ça te manque ?

- Mon village ?

Elle acquiesce.

Pas du tout.

- Tu parles à tes parents ?

- Rarement.

C'est un peu compliqué avec eux.

Ils ont du mal à comprendre.

- Que tu fasses des études ?

- Pour mes études, je les avais convaincus, mais...

Ils sont plus d'accord.

- A cause de la situation ?

- Non, ils sont pas au courant.

- C'est pour Bini ?

Soupir

- Il fallait que je fasse un choix, je l'ai fait.

Musique calme

---

--- Rires

---

Plus vite.

- Plus vite. Wou-hou ! Flora crie.

- Ca te va comme ça ?

---

C'est bon ? - C'est clair.

---

Bouge plus, on descend.

---

- Wou-hou !

- Qui veut une bière ?

---

- On trinque, les gars, puisqu'on est là ?

A la vôtre.

- A la vôtre.

- J'imaginais ça plus grand, Pristina.

- En vrai, c'est pas très grand.

- On n'arrive plus à respirer

tellement on est les uns sur les autres.

Flora rit.

- Comment vous avez su que vous étiez amoureux ?

- Comment ? - La question !

- C'est bon.

- Avant, ces deux-là étaient déjà potes.

En arrivant, je les ai rencontrés,

on était dans la même classe. Et Bini a décidé

d'arrêter les cours. Il a lâché la fac.

Mais moi... Il a pas voulu me lâcher.

- Vous l'avez senti ?

- C'est ça, oui. Et toi, tu le sens, le truc, avec Orges ?

Rires

- T'es con !

- Arrête, commence pas.

- Ca va.

Rires

---

- Il comprend rien !

---

- Il est plus con qu'un poulet sans tête.

- Quoi ?

- Toi, quoi ?

- Tu me regardes.

- C'est toi.

- Je te regarde ? - Bah ouais.

- Qui regarde qui ?

- Me gonfle pas, toi aussi !

Avant, y en avait un pour me gaver, maintenant, vous êtes deux !

Zoé tousse.

---

- Ca va ? - Ris pas !

---

- Non, fume pas.

- Non, ça va.

Musique calme

Y a rien de drôle.

---

- T'as pas sommeil ?

---

- Non, pas trop.

---

- Tu veux faire un tour en mob ?

---

Rire discret

- Pourquoi tu m'as emmenée ici ?

- J'aime bien les voies ferrées.

- T'as déjà pris le train, toi ?

- Une seule fois.

Quand on nous a envoyés en Macédoine.

- T'y es resté longtemps ?

- Je m'en souviens plus.

C'est la dernière fois que j'ai vu mon père.

- Il a été tué à la guerre ?

- Non.

Il s'est barré.

Il est parti en Italie.

- Et pourquoi t'es pas resté avec lui ?

- C'est lui qui l'a voulu, pas nous.

Tout ça à cause de cette putain de guerre.

On n'était que des gamins.

Pas

---

- Salut.

Ca va ?

- Oui, super.

- Moi, c'est Zoé.

- Besa.

- Tout le monde t'appelle Pink mouth.

- J'ai hésité à me teindre la mèche, mais "I like it".

- Ca te va bien.

T'es en quoi ?

- Tu veux dire maintenant ?

En petites culottes.

En troisième année.

- Moi, en première. - Je sais.

Comment tu trouves la vie en ville ? Ca change de la campagne, non ?

- C'est marqué sur ma tête ?

- Tu vas t'y faire. La ville adopte tout le monde.

Et ça, c'est cool.

- Ouais.

- On va se boire un truc.

Tu veux essayer des fringues ?

Ca, par exemple.

Vas-y, essaie.

T'aimes bien ?

Elle acquiesce.

Je te la donne.

- Oh, mais non.

- Prends-la. - Je peux pas.

- Comment ça, tu peux pas ? Pourquoi ?

- Elle est trop courte.

- Trop courte pour qui ?

- C'est ton mec qui t'achète tout ça ?

- Mon mec ? J'ai pas de mec, moi.

J'aime pas qu'on me donne des ordres.

Faut toujours être libre.

Les filles pensent que je suis une pute.

Mais j'en ai totalement rien à carrer.

- Personne ne dit ça.

- Sois pas naïve. Je sais que tu es différente.

Mais je vais te dire un truc.

Tout prendre à une fille, sans mot ni regard,

y a qu'aux putes qu'on fait ça.

Apprends juste à t'en foutre et tu deviendras "powerful".

- T'as un boulot à côté des études ?

- Je suis danseuse.

*Chanson orientale rythmée

*---

*---

Elle rit.

- M. Gjoka, vous devez venir voir notre squat.

- Tu peux le tutoyer. - Pas de "monsieur".

C'est Gjoka.

- Moi et Bini, on vend de la ferraille.

- On ramasse des trucs. - C'est toi ou moi qui parle ?

- C'est bon.

- Je suis au courant, Volta me l'a dit.

- Faut que tu viennes.

- Ca nous fera plaisir. On fait des soirées.

- Vous êtes des cas, vous deux.

Rires

- Bah ouais.

- Servez-vous en bière, raki,

pour vos fêtes. - C'est sympa.

- Nous, à la guerre, quand on voulait fumer,

la nuit, en plein hiver, on devait faire comme ça.

Pour cacher le bout rouge

et pas se faire repérer par ceux d'en face.

Du coup, l'odeur du tabac restait sur tes mains une semaine.

Il rit.

- Flora !

- Quoi ?

- T'es là ?

- Je sors de la douche.

Tu faisais quoi, toi ?

Soupir

- Rien, j'ai traîné ici.

- T'es au courant pour l'assemblée générale de demain ?

- Non, c'est quoi ?

- La direction a une annonce à nous faire, je crois.

J'ai pas tout compris, mais c'est pas clair.

- Je savais pas.

- T'en penses quoi ?

- C'est la merde.

Elle acquiesce.

- Je voyais pas ça comme ça.

- Personne voyait ça comme ça.

- Regarde Flora. Ca fait trois ans qu'elle est là.

Et où elle en est ?

Ca mène à rien, tout ça.

- Ca sert au moins à décrocher un diplôme.

- Mais il vaut que dalle, ce diplôme !

- Zoé. - Je me torche le cul avec.

- Je suis venue ici pour toi.

J'avais aucune envie de me faire chier à la fac.

J'en ai rien à foutre du diplôme. - Donc c'est ma faute.

- Je dis pas ça, t'abuses.

- C'est ce que t'as dit.

C'est ce que t'as dit.

Léger brouhaha

- Bonjour à tous.

---

Silence, s'il vous plaît.

Je vous ai réunis afin de vous livrer des informations

concernant le manque criant de professeurs.

Vous connaissez la situation économique du Kosovo.

Elle est difficile et a des répercussions

sur la disponibilité des enseignants.

Mais sachez que nous avons étudié la question de près.

Les heures de cours manquées seront vite rattrapées.

- Merci

d'avoir donné votre analyse et votre point de vue.

Je vais vous donner notre analyse et notre point de vue.

La situation est, selon nous, plus que désastreuse.

C'est une montagne de merde.

- Du calme.

- On est très calmes.

- Tout ça,

c'est du foutage de gueule. L'argent, vous l'encaissez.

Et nous, on a même pas de profs. Il va où, ce fric ?

- Je vous l'ai dit, notre situation est difficile.

On doit aller de l'avant tous ensemble, et dans le calme.

- Comment

rester calmes, vu que vous vous foutez de nous ?

Vous ne ferez rien pour nous, on le sait.

On est tout seuls et on l'a toujours été.

Protestations - Silence, ça suffit !

- Mais non ! Pourquoi on fermerait notre gueule ?

On est morts, qu'est-ce qu'on craint ?

- Ca vous arrive de penser à votre village ?

- Ces jours-ci, oui.

- Ma mère, quand ils l'ont mariée, elle a pas eu le choix.

Je crois qu'elle a jamais été heureuse.

J'ai eu trop peur de finir comme elle.

Et au final, ils m'ont reniée.

- Ils devaient s'inquiéter pour toi.

Elle rit.

- Non, y a qu'une chose qui les inquiète :

c'est ce que les autres pensent d'eux.

Y a ce que vont dire les gens, je passe après.

- C'est comme ça, les gens causent, y a des traditions.

Et quoi, au final ?

C'est toi qui l'as choisi, Bini. Tu l'as choisi, oui ou non ?

- Oui.

- Tu vois, t'as eu le choix.

Ma mère est partie à la mort de mon père.

Je sais pas ce qui a été le pire.

Elle soupire.

Portière

*-L'indépendance de notre région semble enfin se dessiner.

*C'est la promesse d'un renouveau dans un pays libre et indépendant.

*Un Kosovo euro-atlantique.

*Mais nombreux sont ceux qui doutent

*de ces promesses d'avenir.

*Beaucoup de gens rêvent de quitter le pays

*et tenter leur chance à l'étranger.

*-Mais avant tout, il y a la peur. La peur du changement.

*Elle est liée aux enjeux de notre potentielle autonomie.

*Cela fait 8 ans que la guerre a pris fin.

*8 ans à attendre la proclamation officielle de notre indépendance.

*A présent...

- Ils font chier avec leur crise identitaire !

Ils cherchent quoi ?

Ils voudraient qu'on retourne crever pour le Kosovo.

Ce sont tous des nuls et des planqués.

Conversations

---

*Chanson rythmée

*---

*---

*---

Besa s'allume une cigarette.

- Alors ? Ca t'a plu, ce soir ?

- Oui.

Tu danses super bien.

- Assieds-toi.

- Tu fais ça depuis quand ?

- Pas si longtemps, en fait. Je suis bien ici. C'est top.

T'as vu les Américains ?

Regarde un peu.

- Ils t'ont filé tout ça ?

- Tout ça et plus encore.

Tu peux danser avec moi.

T'aurais envie ?

Entrechoquement

Porte

- Hé.

- Tu dors pas ?

- Non.

Ca va ?

- Super.

Je t'ai manqué ?

Soupir

- J'étais avec Besa.

- C'est qui, Besa ?

- Pink mouth.

- Et elle est cool ?

- Ce soir, elle m'a filé des fringues. C'est sympa, non ?

- Ouais.

- Et toi, t'as fait quoi ?

- J'étais avec Orges.

- Mm.

Ca y est, tu m'oublies, j'existe plus.

- Non, je t'abandonne pas.

- T'as Orges, maintenant.

- Mm.

- Je serai toujours là.

Zoé soupire.

- Regardez ça, qu'est-ce qu'ils foutent, ces branleurs ?

C'est une choré pour la kermesse ?

Faut gueuler un peu !

Plantés comme ça, personne vous calcule.

C'est qui le chef ?

- C'est moi.

- Toi ? - Ouais.

- T'es en colère, toi ?

- Oui, je le suis. - Ouais ?

- T'es sérieux ?

- Si t'es vraiment vénère, montre-moi que t'es à bout.

Montre-moi que t'es fou de rage.

Montre-moi.

Montre-moi !

Vas-y, gars, montre-moi.

Quoi ? C'est tout ce que t'as ? C'est tout ce que t'as ?

Plus fort, mec.

Plus fort !

Plus fort.

- On n'en...

On n'en peut plus, on est... morts.

- Plus fort.

- On n'en peut plus, on est morts !

- Plus fort !

- On n'en peut plus, on est morts !

- ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS ! ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

ON N'EN PEUT PLUS, ON EST MORTS !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

LE KOSOVO, C'EST LES JEUNES !

- Vous savez comment on nous appelle ?

La génération sacrifiée.

Mais c'est pas vrai.

La génération sacrifiée, c'est celle de nos parents.

Nous sommes la génération oubliée, celle qu'on n'écoute pas,

qu'on néglige. Ils veulent nous réduire au silence.

Ils veulent qu'on la ferme ! Mais jamais on la fermera !

- JAMAIS ! - Non, jamais.

- Tu viens ? - Ah bon ?

- Je t'attends. - Zoé.

J'y vais. On se voit plus tard.

- OK.

- On restera chez nous.

A notre chez nous.

- A NOTRE CHEZ NOUS ! A NOTRE CHEZ NOUS !

Musique calme - Ouais !

---

Elle soupire.

*Musique rythmée

*---

*---

Chanson rythmée

---

---

---

Il souffle.

(-OK.)

---

- "Fuck United Nations".

- Tu me le passes ?

Passe-le-moi.

---

---

- T'as vu ? C'est Loran.

C'est fort ce qu'il a osé dire.

Moi, je dis bravo.

Hein ?

Hé. - Qu'est-ce qu'il y a ?

- C'est quoi, cette tronche ? - Quelle tronche ?

- Tu souris. - T'es sûre ?

- Pourquoi tu te marres ?

- J'ai embrassé Orges, hier soir.

- C'est pas vrai ! Je le savais ! - D'où, tu le savais ?

- Ca commence comme ça, les belles histoires.

- Tu t'y connais, toi ?

- Allez, vas-y, raconte.

- Zoé, arrête.

- Quoi, arrête ?

Allez, raconte.

- Non, je raconte rien.

- Vous vous êtes embrassés et...

Et ensuite ?

C'était comment ?

- Tais-toi.

- Comment c'était ? Dis-le-moi.

T'es amoureuse. - Mais non ! T'es lourde.

- Mais si, vu ta tête. "Orges a fait-ci..."

"Orges a dit ça." - N'importe quoi !

- Je vais le dire à Flora.

Rien que pour te faire chier.

Rires

- Putain.

- Oh, regarde.

Ca va gueuler.

Elle acquiesce.

- Orges, faut qu'on parle.

- De quoi ?

- De ça. C'est quoi, cette inscription ?

- Pourquoi ce serait moi ?

- On commence à te connaître, tu sèmes le désordre.

- J'ai pas écrit ça sur ce mur.

Mais si vous trouvez l'artiste, félicitez-le de ma part,

c'est très beau.

Choc

---

- Fuck you ! Fuck you !

- Ca suffit.

Tu as dépassé les bornes, c'est intolérable.

- C'est bon. - C'est fini !

Tu es renvoyé !

- Tant mieux, avec plaisir. Rien à foutre !

- Fuck ! - Hé, vieux.

Calme-toi. - Non, je me calme pas.

Chocs

- Arrête.

- Non, je m'arrête pas ! Je continue, rien à foutre.

T'as vu comment ils nous traitent ?

---

---

- Tu fais chier, maintenant !

T'es en boucle, ferme-la !

- Ouvre les yeux, putain !

Regarde ce qu'ils nous font, ces enfoirés ! Regarde !

Ils ont pas le droit de me virer ! C'est moi qui me barre !

- Ca va, calme-toi. Du calme. Va rejoindre ton père.

Il t'attend.

- Me parle pas de lui, Bini.

Tu connais la situation, alors me fais pas chier !

- Va tenter ta chance là-bas, il t'attend.

- C'est ce que t'as fait.

Ca a foiré. Pourquoi ça marcherait pour moi ?

- Moi c'est moi, et toi c'est toi.

Mais si t'as peur, c'est pas grave.

- D'où j'ai peur, Bini ? D'où j'ai peur ?

Hein ? D'où j'ai peur ?

- Arrêtez,

putain !

- Viens, on va se boire une bière.

- Me touche pas.

Il soupire.

- Viens.

Viens t'asseoir.

- Et si on sortait, ce soir ?

C'est vendredi, les gars. Ca nous changera les idées.

C'est presque fini, arrête de bouger.

- Ca va ? - C'est bon.

- C'est l'horreur. C'est l'horreur !

- Parce que tu es près. De loin, ça passe très bien.

- Les filles ! - HE !

- Viens t'asseoir. - Je mets celle-là ?

- Non, garde l'autre.

- A la vôtre. - Santé.

- Et toi ?

T'as Orges. - Hein ?

- Lâche-moi avec ça.

- Oh ! Je lui dirai.

- Zoé !

Chanson rythmée

---

---

---

- Oh ! Bon, OK.

- Porte-moi !

- OK, OK.

- Tu fais du toboggan.

- T'es sûre ?

- Ouais, t'inquiète.

- Attention, tu veux te tuer, ou quoi ? Viens dans la voiture. OK.

- Attention, aïe, aïe !

- Je monte devant !

- Surtout, me lâche pas.

- A moi ! Porte-moi !

- On y va, là ! Oh, montez !

Ca part, on y va.

- Vas-y.

- Hou ! J'ai pas de place.

- Ferme la porte, Orges !

- Si j'ai voulu m'asseoir devant, c'est pour être tranquille,

pas pour vous voir faire votre cinéma ! Ca suffit !

Arrêtez ! Sans déconner, j'en peux plus.

Entre vous, Volta et Orges...

- C'est quoi le problème ? - C'est quoi ?

- Oui, c'est quoi, le problème ?

- Vous vous embrassez tout le temps !

- C'est ça, tout le temps !

- A force, ça me soule. C'est lourd.

- T'as les boules. - N'importe quoi.

- T'énerve pas, ça va ! - Putain...

- Moi, je sais ce qu'elle a, elle part en vrille.

C'est chiant. - Qu'est-ce que tu fais, Bini ?

- Bini est hors de contrôle. Il se contrôle plus.

Bini ! - C'est bon !

- C'est quoi ? T'as trouvé des frites ?

- Elles sont d'hier, mais ça va. - D'hier ?

Il grogne. - Hé ho !

Dégage ! Il est taré, ce mec !

- T'es con ? - Qu'est-ce que t'as foutu ?

- J'ai la dalle. - C'est immangeable !

Il a foutu sa tronche dedans.

- Pas en entier.

- J'en veux ! - T'as vu leurs tronches ?

C'est ignoble.

Choc

- Volta...

Volta. - Oh...

Quelqu'un a un haut le coeur.

Respiration angoissée

---

---

- Zoé !

Zoé ! Zoé, ça va aller, chut... Calme-toi. Non, regarde-moi.

Tout va bien, calme-toi, d'accord ? C'est bon, arrête, maintenant !

Tout va bien, calme-toi. Zoé, regarde-moi, s'il te plaît.

Zoé éclate en sanglots. Zoé, non, arrête.

---

--- Zoé, calme-toi... Calme-toi.

Musique triste

---

---

---

*-Allô ?

---

*Allô ?

---

*C'est qui ?

---

*Allô ?

---

- Quand c'est le bordel dans ma tête,

j'ai personne à qui parler.

Personne à appeler.

- Ouais, moi non plus, j'ai personne à appeler.

- C'est pareil pour tout le monde, alors.

- Faut croire.

- Pourquoi Loran s'est suicidé à ton avis ?

- T'y as jamais pensé, toi ?

Je sais ce que tu te dis, au fond.

Il faut avancer.

---

Te pose pas trop de questions.

On vit qu'une fois.

Chanson rythmée

Et au final, on fait du mieux qu'on peut.

---

---

Porte

Entrechoquements

- T'étais où ?

- C'est quoi, ça ? Un interrogatoire ?

- Je me suis inquiétée.

- C'est bon, arrête. Tu me stresses.

- Alors, t'étais où ?

- J'ai été boire un coup avec Besa, j'ai le droit ?

- C'est ses fringues ? - Oui.

- C'est quoi ce personnage ?

- Quel personnage ? - Le tien !

- T'es sérieuse ?

- Oui, très sérieuse.

Elle soupire.

- Tiens. De la thune pour nous.

- Tu sors ça d'où ?

- C'est de la thune pour nous.

Sans argent, on n'arrive à rien, ici.

- Vire-moi ça, Zoé.

- Je vire rien. Tu ramènes quoi, toi ?

On galère comme deux connes et tu me prends la tête ?

- C'est de l'argent sale ?

Mm ?

- T'es sérieuse ?

- Ouais, ça en est ?

- Tu crois que je me...

- Comment tu l'as gagné ?

- Tu crois que je me vends, c'est ça ?

Et si c'était le cas,

c'est pire que de vendre de la drogue comme ton mec ?

- Zoé.

- C'est pire ou pas ?

C'est pire ou pas ? C'est pire, oui ou non ?

- Tu réponds pas.

- Toi, t'as pas répondu.

- C'est toi qui réponds pas.

Vas-y, je t'écoute.

On fait quoi ? On retourne au village ?

- C'est pas le sujet. - Si, c'est le sujet.

On va leur expliquer qu'on n'a rien fait de mal,

qu'on est pas des putes, qu'on a rien fait.

On y retourne. - Ta gueule.

- Faut l'admettre quand on fait des conneries.

Elle souffle.

---

Elle pleure.

---

- Je suis fatiguée. Tout part en vrille.

J'en peux plus.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Trop de choses.

- Quoi ?

Quelqu'un t'a fait du mal ?

- Non. C'est rien.

C'est juste la ville. Elle te bouffe.

Je sais pas pourquoi je te raconte tout ça.

Je sais plus où j'en suis.

Profond soupir

- Ecoute.

Si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le-moi.

- J'en sais rien.

Je sais même pas de quoi j'ai besoin.

- Tu sais quoi, Volta ?

J'avais un ami qui disait : "Peu importe les choix que tu fais,

"ce qui compte, c'est comment tu les assumes."

---

*-Papa ? *-Hein ?

*Rires d'enfants

*Ca va, les filles ? *-Oui, ça va.

*-Tout va bien ? *-OUI !

*Rires

*-Vous faites quoi ? *-RIEN.

*-On fait rien.

*Rires

*---

- Attends-moi !

Musique grave

---

*-Il t'a dit quoi ? *-Rien, je m'en fous.

--- *Donne un truc à boire.

---

--- *Rires

--- *---

---

---

- Oh, mon Dieu.

---

Les mecs, tous les mêmes.

---

- De retour dans nos taudis, putain.

Rires

---

Pas

---

(-Hé !)

(Salut, à demain.)

Porte

---

Entrechoquements

Elle soupire.

---

Soupir

Tapotements

---

- Arrête, s'il te plaît. Arrête.

- Y a Zoé.

- Hier, t'étais où ? - Du calme.

- T'as vu dans quel état t'étais ?

- Et alors ?

- Et c'est quoi, cette mèche ?

- Volta, tu déconnes ? Pourquoi tu me fais une crise ?

- C'est pour qu'on t'appelle Pink mouth ?

C'est ça ? - Non !

- Tu veux être comme elle. - Tu fais une fixette.

- Tu fais une fixette sur elle !

Quand t'es pas avec elle, tu parles d'elle non-stop.

Y a plus rien d'autre qui compte pour toi. C'est ça ?

- Volta, t'es jalouse ? - Jalouse de quoi ?

Je m'inquiète pour toi parce que nous, on est une famille.

Comment tu oses dire ça ? Comment tu oses, putain ?

- Tu cherches quoi ?

- Je veux savoir ce que tu fous !

Toi aussi, t'as trouvé un homme marié ?

Vas-y, parle.

- Te parler de quoi ? - Parle-moi.

- De quoi ? - Tu fais comme elle ?

- Mais écoute ! - Je t'écoute !

- Tu me gueules dessus !

- C'est pour ton bien. - Tu me fais la morale.

Et tu te goures ! - Parle-moi.

On est une famille, on peut tout se dire.

- J'emmerde la famille. - Tu l'emmerdes ?

Je suis responsable de toi. - Non !

- Je veux te protéger, Zoé ! Je dois te protéger.

- D'où tu veux me protéger ? C'est pas ton rôle.

Occupe-toi de ta vie, je me débrouille seule.

Retourne au village, prends ta vie en mains, mais lâche-moi.

Il faut que tu me lâches !

- On peut s'en sortir sans faire de la merde.

- Je fais pas de la merde. - Si !

Je te reconnais plus ! T'as changé !

- On n'a plus 7 ans, c'est normal que tout ait changé.

Mais tu fais comme toujours, tu me joues les victimes.

T'as toujours joué la victime. Tu fais genre "je suis forte".

Mais, moi, je sais qu'au fond, t'es morte de peur.

- C'est ça que tu penses de moi ? Que j'ai peur ?

Moi, j'ai peur ?

J'ai toujours été là pour toi.

Je pourrais mourir pour toi. - Volta.

- C'est ça avoir peur ?

Est-ce que c'est ça avoir peur ?

- Je veux plus que tu penses comme ça.

On devrait jamais mourir pour qui que ce soit.

C'est pas ça, l'amour.

Elle respire fort.

---

Musique calme

---

---

---

---

- Zoé.

---

Quoi que tu fasses, fais-le pour toi et personne d'autre.

---

Ce qui importe dans la vie, c'est pas les choix que tu fais,

c'est comment tu les assumes.

---

Sache que je t'abandonnerai jamais.

---

Et toi, n'oublie pas...

---

Moi non plus, j'oublierai jamais.

---

Tous nos souvenirs au village, ensemble.

Peut-être qu'il était là, notre bonheur. Seulement...

*Est-ce qu'on peut s'en vouloir d'avoir rêvé plus grand ?

---

Musique calme

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Chanson calme

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Sous-titrage : TransPerfect Media France

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