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Avant de partir au combat,
je voudrais vous dire, seigneurs,
ce qu'est notre camaraderie russe.
Il s'est vu des camarades en d'autres pays.
Mais avec ceux que nous connaissons en terre russe,
nul ne put jamais rivaliser.
Aimer, comme aime un c�ur russe,
aimer, non pas avec notre seul esprit,
mais avec tout ce que Dieu nous a donn�,
avec tout ce qu'il y a en nous,
nul autre n'en est capable.
Je sais...
que de basses pratiques commencent � se r�pandre.
Les gens ne pensent plus qu'� leurs gerbes de bl�, leur foin,
et leurs chevaux.
Ils adoptent Dieu seul sait quelles coutumes infid�les.
Ils ont honte de leur propre langue.
Les fr�res ne parlent plus � leurs fr�res,
ils les vendent comme des b�tes sans �me au march�.
Et la faveur d'un roi,
ou plut�t,
l'ignoble faveur d'un magnat polonais
qui leur envoie sa botte jaune dans la figure,
leur est plus ch�re que toute fraternit� !
M�me chez le dernier des l�ches,
quel qu'il soit, mes fr�res,
il y a un grain de sentiment russe.
Et celui-ci finira par se r�veiller un jour,
et le pauvre bougre s'arrachera les cheveux,
en maudissant � voix haute sa vile existence,
pr�t � endurer tous les tourments
pour racheter ses bassesses.
Que tous sachent
ce qu'est la camaraderie en terre russe !
Et s'il est dit que nous devons mourir,
pas un seul d'entre eux ne conna�tra une si belle mort.
Pas un seul !
Pas un seul !
Comment le pourraient-ils avec leur nature de souris ?
Feu !
Bonjour, seigneurs.
- Comment vous portez-vous ? - Bien.
Tourne-toi un peu, mon petit.
Tourne-toi.
Te voil� dr�lement accoutr� !
Qu'est-ce que c'est que ces soutanes ?
Ces longues robes...
Essayez un peu de courir, l'un ou l'autre, que je vous regarde
vous prendre les pieds dedans et tomber.
Ne te moque pas, p�re.
Tu fais bien des mani�res.
Pourquoi je ne me moquerais pas ?
Tu as beau �tre mon p�re, si tu continues,
je vais te rosser, pardieu.
Quoi ?
Ton p�re ?
Et pourquoi pas ?
Quand on m'offense, je ne suis pas � �a pr�s.
Et comment voudrais-tu te battre avec lui ?
Aux poings ?
Peu importe.
Alors...
Vas-y !
Vas-y !
Va pour les coups de poing !
Allez !
C'est bien, petit.
C'est bien, petit. Pardieu, c'est bien.
Le vieux est fou � lier !
�a fait plus d'un an qu'on n'a pas vu les enfants,
et voil� qu'il se bat !
Mais c'est qu'il se d�fend. Il se bat bien, pardieu !
Tu feras un bon Cosaque !
Bonjour, mon petit.
On s'embrasse ?
C'est bien, mon petit.
Rosse-les tous comme �a. Ne te laisse faire par personne.
Et toi, nigaud, que fais-tu, les bras ballants ?
Tu ne veux pas me rosser, fils de chien ?
A-t-on jamais vu qu'un fils devait rosser son p�re ?
Tu fais bien le d�licat, � ce que je vois !
N'�coute pas ta m�re, petit. C'est une femme, elle ne sait rien.
Comme si vous aviez besoin de douceur !
Vos douceurs, � vous, c'est la plaine et un bon cheval.
Voil� les douceurs qu'il vous faut.
Vous voyez ce sabre ?
Voil� votre m�re !
Je ferais bien, d�s la semaine prochaine,
de vous envoyer en pays zaporogue.
C'est l�-bas que vous trouverez de la science.
C'est l�-bas que vous attraperez de l'esprit.
L�-bas !
� ce qu'il me semble, mes petits,
l'archimandrite n'a m�me pas d� vous donner � humer de la vodka.
Avouez qu'on vous a fouett�s, avec des rameaux,
le dos et tout ce qui constitue un Cosaque !
� quoi bon remuer des souvenirs ? Ce qui est pass� est pass� !
Qu'on me cherche chicane ! Qu'un infid�le passe par l� !
Il va go�ter au sabre cosaque !
C'est bien, petit.
C'est bien, pardieu.
Puisque c'est comme �a, je pars avec vous.
Je pars, pardieu.
Diable ! Pourquoi je resterais l� � attendre ?
Pour semer le bl�, m'occuper de la maisonn�e,
garder les moutons et les cochons, et minauder avec ma femme ?
Qu'elle aille au diable.
Je suis un Cosaque !
Et je ne veux pas.
Il n'y a pas de guerre ?
Qu'� cela ne tienne, j'irai avec vous chez les Zaporogues.
M'amuser un peu !
C'est pas ici qu'on va d�busquer l'ennemi !
� quoi bon cette maison ?
� quoi bon tout �a ?
Dmitro, tu t'occuperas de tout.
- Entendu ? - Et comment !
Et d�s que je te fais signe de la Setch, envoie la troupe.
N'oublie pas de donner aux chevaux le meilleur grain.
� Monakh, Orlik, Bouriane.
Boulba �tait terriblement t�tu.
Ce genre de personnage
ne pouvait exister qu'en ce rude XVIe si�cle
o� apparut la cosaquerie,
cet �lan g�n�reux et d�brid�
de la nature russe.
C'�tait une expression exceptionnelle
de la force russe,
arrach�e aux entrailles du peuple
par le fer � feu du malheur.
�a y est.
�carte-toi !
L�che �a !
Allez, hue !
Mes chers petits !
Qu'est-ce qui vous attend ?
Que va-t-il vous arriver ?
Peut-�tre allez-vous vous faire prendre.
Peut-�tre qu'au premier combat, un Tatar vous tranchera la t�te.
Et je ne saurai pas o� gisent vos corps
d�chiquet�s et abandonn�s.
Allez, mes petits,
tout est pr�t !
Pourquoi tra�ner ?
Et maintenant, comme le veut la coutume chr�tienne,
asseyons-nous tous avant de prendre la route.
� pr�sent, m�re, b�nis tes enfants.
Prie pour qu'ils soient vaillants au combat.
Pour qu'ils d�fendent leur honneur de chevaliers.
Pour qu'ils luttent pour la foi chr�tienne.
Sinon...
qu'ils disparaissent !
Qu'il ne reste plus une trace d'eux ici-bas !
Que la sainte Vierge
vous prot�ge.
Mes fils, n'oubliez pas...
votre m�re.
La Setch !
Notre m�re la Setch !
La voil�, la Setch !
Voil� le repaire d'o� surgissent des hommes fiers
et forts comme des lions.
Voil� o� prend sa source la libert� cosaque
qui se d�verse dans toute l'Ukraine.
Ceux qui viennent ici
ont oubli� et laiss� derri�re eux tout ce qui les occupait auparavant.
Ils s'abandonnent avec insouciance � la libert�
et � la camaraderie avec leurs semblables,
qui n'ont ni parents ni foyer ni famille,
rien que le ciel libre
et l'intarissable gaiet� de leur �me.
La voil�, la Setch !
En avant, la musique !
Foma, sers sans compter les bons orthodoxes !
Enl�ve ta pelisse, il fait chaud !
Impossible.
Pourquoi ?
Tout ce que j'�te part en boissons !
Amuse-toi, Mossi.
J'ai pay� tes dettes.
Tu ne dois plus rien � personne.
Bonjour, Kirdiaga !
� ce que je vois, t'as amen� tes fils.
Il a tu� son camarade comme un chien,
pour une histoire d'ivrognes.
Dommage que �a ait �t� un Cosaque.
Et si ce n'en avait pas �t� un ?
Mais simplement un homme.
Un Polonais. �a n'aurait pas �t� dommage ?
Que les Polonais le plaignent ! Nous, ils ne nous plaignent pas.
Et la loi ?
La justice ? Le droit romain ?
Ici, r�gne la loi de notre terre.
Et si nous �tions n�s sur une autre terre ?
Je ne sais pas.
Je me souviens qu'on marchait, quand on �tait petits,
tu t'es mis � pleurer.
Sous tes pieds, la poussi�re te br�lait.
Je t'ai pris dans mes bras.
Je marchais et j'avais l'impression que ce n'�tait pas la poussi�re,
mais la terre elle-m�me qui me chauffait les pieds.
Ma terre.
Et en latin, on a appris...
Ce n'est pas moi qui invente :
"Veni, vidi..."
Et apr�s ?
"Vici. "Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu."
Tu n'as pas vaincu.
Ce n'est pas �a.
Ce n'est pas cette terre-l� sous nos pieds.
Allons-y !
Elle est l�.
O� ?
L�, au premier rang, � c�t� de son p�re.
Venez.
Esp�ces de porcs, que faites-vous dans une �glise catholique ?
Qu'est-ce que tu as dit ?
Taras a un bon fils, pas vrai ?
Et toi ?
Tu ne sais rien faire ?
Maintenant, lui, il va se mettre l�
et je vais tirer.
Tu veux vraiment tirer, aujourd'hui, Chilo ?
Lui, il a tir�.
Voyons maintenant s'il est courageux.
O� tu vas, Taras ?
Bonjour, p�re !
Bonjour.
Prends-moi � la Setch.
- Tu crois au Christ ? - Oui.
Bonjour, seigneur kochevo�.
Bonjour, Taras.
Et � la Sainte Trinit� ?
Oui.
Assieds-toi.
Fais le signe de croix.
C'est bien. Tu peux venir.
Choisis le quartier qui te convient.
Merci, p�re.
Eh bien, kochevo�,
il est temps que les Zaporogues s'amusent.
O� donc ?
Comment o� ?
On peut toujours aller voir les Turcs ou les Tatars.
Impossible de faire la guerre ni aux Turcs ni aux Tatars.
Que veut dire "impossible" ?
Nous avons promis la paix au sultan.
Sultan,
tu n'es qu'un diable turc !
Un maudit fr�re du diable...
et le secr�taire de Lucifer en personne !
Quel guerrier es-tu
si t'es pas foutu, avec ton cul nu,
d'�craser un h�risson.
Nous ne craignons pas tes troupes.
L'eau et la terre se battront avec nous.
Fricasseur de Babel !
Brasseur de J�rusalem !
Maintenant, finissons.
Nous ne savons pas la date,
nous n'avons pas de calendrier.
Mais ton jour sera le n�tre !
Un baiser...
Ici !
Envoie la lettre au sultan, scribe.
Impossible d'envoyer cette lettre au sultan.
Pourquoi ?
- Le kochevo� n'est pas d'accord. - Comment �a ?
Il a fait la paix avec le sultan.
Le sc�l�rat !
Que voulez-vous, seigneurs ?
D�pose la masse !
D�pose la masse !
Nous ne voulons plus de toi. Pars !
Qu'il d�pose la masse !
Qui allez-vous d�signer comme kochevo� ?
Qu'on �lise Koukoubenko !
On ne veut pas de Koukoubenko.
Il est trop jeune, il a encore les l�vres humides de lait !
- On ne veut pas de Koukoubenko ! - Prenons Chilo pour ataman !
M�fie-toi de lui !
Un Cosaque, ce chien qu'on a pris la main dans le sac,
comme un Tatar ? Au diable Chilo !
Crie Kirdiaga !
- Au diable Chilo ! - Allez, Kirdiaga !
Kirdiaga !
Tous d'accord !
Tu viens de la terre et tu retourneras � la terre.
C'est ma tourn�e, seigneurs !
Qu'est-ce qui vous am�ne ?
Un malheur.
La force cosaque est gaspill�e en vain !
Il n'y a pas de guerre.
Voyez les officiers, fain�ants comme des marmottes !
Ils ont les yeux bouffis de graisse.
Ataman, permets-moi de prendre la parole.
Parle.
Qu'est-ce qui vous am�ne ?
Un malheur.
Quel malheur ?
Tu n'as plus de troupes.
Ton village n'existe plus. Tu n'as plus de chevaux.
Ni de domestiques.
Les Polonais ont tout d�truit.
Et tu n'as plus de femme, Taras.
Ils l'ont tu�e !
Nous esp�rions te l'amener encore en vie, bless�e.
Mais nous arrivons trop tard.
Permettez, seigneurs,
que je tienne un discours.
Parle !
Parle sans d�tour, chien !
Je veux vous poser une question.
Vous savez
ce qui se passe en Ukraine ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Parle, fils de chien !
Il se passe des choses
qu'on n'a jamais vues depuis qu'on est n�s et baptis�s.
Maintenant, les temps font
que nos saintes �glises ne sont plus � nous.
Plus � nous ?
Plus � nous ?
Il faut les louer aux Juifs.
Quoi ?
On doit louer nos �glises chr�tiennes aux Juifs ?
Et si on ne paye pas d'avance,
on ne peut pas c�l�brer la messe.
Voil� ce qui se passe en Ukraine.
�coutez, ce n'est pas fini !
En Ukraine, les cur�s polonais se prom�nent en carriole.
Et ce ne serait rien...
mais elles ne sont pas tir�es par des chevaux,
mais par des chr�tiens orthodoxes !
Voil� ce qui se passe en Ukraine.
Et vous, vous �tes l� en pays zaporogue,
� vous amuser
en ignorant tout ce qui se passe dans le monde.
Attends !
Et vous, que faisiez-vous ?
Vous n'aviez pas de sabres ?
Comment avez-vous pu laisser perp�trer pareille infamie ?
J'aurais aim� vous y voir, face � 50 000 Polonais !
Et puis, il faut bien avouer
qu'il s'est trouv� des chiens parmi les n�tres
qui se sont convertis � leur foi.
Et votre hetman ? Et vos officiers ? Qu'ont-ils fait ?
Qu'ont fait les officiers ?
Ce qu'ils ont fait,
je ne souhaite � personne de le faire.
Notre hetman, grill� vif dans un taureau de cuivre,
se trouve � Varsovie.
� Varsovie ?
Quant aux officiers, on prom�ne de foire en foire
leurs mains et leurs t�tes pour les montrer au peuple.
Voil� ce qu'ont fait les officiers.
Quoi !
Les cur�s polonais attellent des orthodoxes !
Tol�rer des horreurs pareilles en terre russe !
Qu'on traite ainsi le hetman et les officiers ?
Nous ne laisserons pas faire !
Jamais !
Noyons ces impies !
Tous les Juifs dans le Dniepr !
Ils ne sont pas des n�tres, eux l�-bas, en Ukraine.
Ils ne sont pas des n�tres !
Arr�te !
Arr�te, je te dis !
S�r�nissime seigneur !
S�r�nissime seigneur !
On n'a jamais vu des seigneurs comme vous.
Des seigneurs comme vous, il n'y en a jamais eu en ce monde.
Des seigneurs aussi vaillants, aussi courageux, aussi bons,
il n'y en a jamais eu !
Mais ce ne sont pas les n�tres, pas du tout,
ceux qui ont des concessions en Ukraine.
Ce ne sont pas des Juifs, mais des je-ne-sais-quoi.
Ils m�ritent qu'on leur crache dessus.
Qu'on les envoie au diable.
J'ai connu votre fr�re, le d�funt Doroch.
Je lui ai donn� 800 sequins pour sa ran�on,
quand les Turcs l'ont fait prisonnier.
�a suffit !
Arr�te !
Tu connaissais mon fr�re ?
Oui, ma parole, je le connaissais.
C'�tait un grand seigneur.
Comment tu t'appelles ?
Lankel.
Bien.
Allez-y !
Et toi aussi, pars !
Ne m'oblige pas � p�cher.
Nous avons d�cid�,
au conseil des anciens,
de marcher sur la Pologne.
De nous venger de tout le mal qui nous a �t� fait,
des larmes et des morts.
De l'irrespect de notre foi.
Voil� la d�cision
prise par les troupes des Zaporogues !
Tous d'accord !
Que Dieu vous b�nisse.
Que Dieu vous b�nisse.
Adieu, notre Setch bien-aim�e.
Que Dieu te prot�ge !
Que fais-tu l� ?
Tu veux qu'on te tue comme un moineau ?
Que le seigneur ne dise rien. J'ai l� un chariot
avec des provisions utiles pour les Cosaques,
� un prix qu'on n'a jamais vu chez aucun Juif.
Pardieu, c'est vrai.
En tout cas, quelle nature !
Tire !
- Maman, je suis fatigu�e ! - Avance plus vite.
Bient�t, tout le sud-ouest de la Pologne fut en proie � la terreur.
La rumeur se r�pandait :
"Les Zaporogues ! Les Zaporogues arrivent !"
Tous ceux qui pouvaient fuir prenaient la fuite.
Tous partaient et se dispersaient,
comme le voulait souvent
ce si�cle tumultueux et impr�voyant.
Garde mon cheval.
Quelles nouvelles ?
S�r�nissime seigneur, j'ai seul r�ussi � passer.
Ils sont si nombreux ?
Des serfs,
des mis�rables,
des esclaves r�volt�s !
Ils ne sont pas tous comme �a.
Tu ne les connais pas.
Tu as peur ?
Je n'ai peur de rien, ma fille.
Je m'inqui�te seulement pour toi.
Mais crois-moi, nous les mettrons en d�route
et les ch�tierons comme il se doit.
Appr�tez-vous � tirer !
Va-t'en, ma ch�rie.
On va leur donner une le�on.
Tu n'as rien � faire ici ! Elzbieto !
Feu !
� l'assaut !
Les pierres !
Feu !
Balancez la poix !
Vite !
Tiens bon !
Tiens bon !
En avant ! � l'assaut !
Balancez les pierres !
Accroche-toi !
Les torches !
Donne l'ordre de se retirer. Nous gaspillons nos forces pour rien.
Mes fr�res, nous battons en retraite !
Mais que je devienne musulman
si nous en laissons sortir un seul de la ville.
Que tous ces chiens meurent de faim !
Assi�geons leur ville.
Pas un seul d'entre eux ne sortira !
Aide-moi � me d�shabiller, et tu es libre.
D'accord, mademoiselle.
Bonne nuit !
Que se passe-t-il, mademoiselle ?
Je me suis piqu�e avec mon peigne.
Tu m'as vue ?
Oui.
Personne n'a encore jamais fait ma connaissance comme �a.
Va-t'en !
Qui es-tu ?
Dis-moi qui tu es.
Je t'ai d�j� vue ?
Oui, � Kiev.
� Kiev ?
Tu es la Tatare, la servante de la fille du gouverneur.
- Elle est toujours en vie ? - Elle est l�, en ville.
En ville ?
Mais pourquoi ?
Le vieux seigneur est ici aussi. C'est le gouverneur de Doubno.
Est-ce qu'elle est...
mari�e ?
Parle !
Elle n'a rien mang� depuis deux jours.
Comment ?
Il n'y a plus de pain, on mange de la terre.
Elle m'a dit: "Va demander au chevalier
"de venir me voir s'il se souvient de moi.
"Et s'il m'a oubli�e, qu'il donne du pain pour ma m�re.
"Il a aussi une m�re, qu'il le fasse en son nom."
Ma m�re a �t� tu�e par les Polonais.
Mais comment es-tu venue ?
Par o� es-tu pass�e ?
Par le souterrain.
Le souterrain ?
Oui.
Viens avec moi.
Du pain, pour l'amour du ciel !
J'y vais. Attends-moi ici, pr�s du chariot.
Assieds-toi. Tout le monde dort, personne ne te verra. Je reviens.
Arr�tez ce diable de Polonais...
Allons-y !
Andre� !
Tu es avec une fille.
Tu vas voir, quand je vais me lever !
Les femmes te perdront.
Elles te perdront.
Allons-y ! Vite !
Suis-moi.
C'est la famine. On a tout mang�.
Chevaux, chiens, chats... M�me les souris.
- Et vous d�fendez encore la ville ? - Le gouverneur voulait capituler.
Mais hier matin, il a appris qu'un r�giment arrivait de Varsovie.
Viens.
T'as vu, il apporte du pain pour la demoiselle.
Le chien ! Et nous, on va crever...
Dieu te r�compensera.
Ce n'est pas � moi, faible femme...
�a suffit ! Arr�te de manger.
Tu es rest�e longtemps sans manger, ce pain va t'empoisonner.
Reine !
Que veux-tu ?
Que d�sires-tu ?
Ordonne !
Donne-moi
la plus impossible des t�ches, et je courrai l'ex�cuter.
Demande-moi ce que nul ne peut faire, et je le ferai.
Pourquoi es-tu si triste ?
Pourquoi es-tu si triste ?
Le destin est un bourreau cruel.
J'ai v�cu dans une luxueuse abondance.
� quelle fin ?
Pour p�rir d'une mort atroce,
qu'ignore m�me le plus mis�rable mendiant ?
Et pour voir un amour tel que je ne pouvais m�me pas l'imaginer ?
- Pardon, sainte Vierge ! - Tu ne mourras pas !
Tu ne mourras pas,
pas toi !
Je te le jure par ma naissance, tu ne mourras pas.
Et si ni la force ni la pri�re ne peuvent te sauver,
nous mourrons ensemble.
Moi, le premier,
et ce n'est que mort qu'on pourra me s�parer de toi.
Ne t'�gare pas, chevalier,
et ne m'�gare pas non plus.
Je sais que tu ne peux m'aimer.
Ton p�re t'appelle,
tes camarades, ta patrie.
Et nous sommes tes ennemis.
Qu'ai-je � faire de mon p�re,
de mes camarades, de ma patrie ?
S'il en est ainsi, je n'ai personne.
Personne !
Qui a dit que l'Ukraine �tait ma patrie ?
Qui me l'a donn�e pour patrie ?
La patrie, c'est ce que cherche l'�me,
ce qu'elle a de plus cher au monde.
La voil�, ma patrie !
Tu es ma patrie.
Et d�sormais, je porterai cette patrie
au plus profond de mon c�ur.
Je la porterai jusqu'� la fin de mes jours.
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