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Michael Pozner, mon assistant.
Ça fait très longtemps que j'ai envie de faire ce film.
Pourquoi le plus grand écrivain italien du siècle
est-il totalement inconnu dans mon pays ?
Parce qu'il était communiste, M. Elliott !
Peut-être…
Pourquoi choisir Dante Pizani, qui est avant tout
un homme de théâtre, pour réaliser ce film ?
John de Vitta est le producteur,
à lui de répondre…
Pour moi, Dante Pizani est la seule personne
assez géniale…
Ou assez folle, pour laisser un Américain interpréter Pavese.
M. Pizani, vous connaissez
la réputation de Mr Elliott, c'est Un acteur exigeant…
Et vous n'avez pas la réputation d'un metteur en scène facile.
A votre avis, lequel va manger l'autre ?
Personne ne va manger personne.
Nous allons élever ensemble un monument
à la gloire de Pavese.
Et c'est peut-être lui qui nous mangera tous deux !
Pouvez-vous nous dire comment vous avez découvert Pavese ?
Je suis tombé sur son Journal,
je l'ai acheté par hasard.
I ignore pourquoi.
On disait qu'il avait commencé à le tenir à 28 ans
et s'était suicidé à 42 ans, au sommet de sa gloire.
I ai passé deux jours et deux nuits
à lire et à lire…
Je ne pouvais pas m'arrêter parce que, tout en lisant,
je savais que la dernière ligne de la dernière page,
le dernier mot,
serait la seconde même qui précéderait son suicide.
Et voici ce qu'il a écrit :
"La chose qu'on redoute le plus en secret arrive toujours.
"Quand j'y pensais, ça avait l'air facile.
"Tout cela me dégoûte.
"Pas de paroles. Un geste.
"Je n'écrirai plus."
Et il a dissous seize cachets de somnifère
dans un verre d'eau, il a bu,
il a attendu,
et il est mort.
On peut mettre la climatisation ?
- Elle est déjà au maximum. - Coupez tout, alors.
J'arrive pas à trouver Gabriella.
Il me reste ces quatre.
Elle est parfaite… mais elle est allemande !
Je sais pas…
- Tu as bien dormi ? - Trop bien !
Tu as acheté les brioches ?
C'est ton père.
Il t'a pas réveillée avec sa machine ?
Maintenant, il commence à 6 h.
Il devrait s'acheter une électronique.
Il en a déjà une, il ne s'en sert pas.
Pour lui, si ça ne fait pas de bruit,
ce n'est pas une vraie machine.
Combien de temps tu restes ?
Une semaine. On fait une télé avec le spectacle le 25.
En direct, avec du public.
Tu veux le revoir ?
Ça te fera une occasion de monter à Paris.
Tu vas toucher des droits d'auteur ?
J'arrive !
N'y va pas.
Il veut son café.
Jane ? Un synonyme de dévotion…
- Ferveur. - Bravo !
Demande à ta mère de m'apporter du café.
Demande à ton père de me lâcher un peu.
Le Pape se réveille à 6 h, donne un biscuit à son chien,
puis prend son petit-déjeuner.
Ça avance ?
Attention, tu arroses le déjeuner du Pape !
Un nouveau filon !
Les magazines de compagnies aériennes.
J'ai des clients dans le monde entier.
Ça, c'est "Les menus préférés du Pape."
Tu travailles pour le Vatican, toi ?
J'écris surtout sur la gastronomie. Pour que les gens oublient l'avion.
Et on les met à côté des sacs pour vomir.
C'est plus appétissant.
J'ai reçu ses derniers résultats.
Ils sont très bons.
Le taux de globules blancs est remonté.
Alexandre le Grand,
c'est lui qui a inventé le chich-kebab !
Il adorait ça ! Il en était fou !
N'importe quoi !
Il a répandu la cuisine byzantine
dans tout le bassin méditerranéen,
jusqu'à Moscou !
Les Romains mangeaient encore des tétines de truies !
C'est Bruno.
Dis-lui bonjour pour moi.
J'ai une idée géniale. Je vais aller à Rome !
Pourquoi ? Tu n'as rien à faire à Rome.
Pourquoi tu as mis le champagne au freezer ? Il est gelé.
Ta mère dit que je devrais aller à Rome avec toi.
Ça va pas ?
Pourquoi veux-tu y aller ?
Tu ne devineras jamais.
Qu'est-ce qui t'inquiète ? J'ai tout prévu.
Tu avais vraiment besoin d'apporter ça ?
Si tu te voyais !
Je te préviens, tu te débrouilles tout seul.
On n'entre pas, le rouge est mis.
Je sais. Où est le bureau de la production ?
Je te retrouve ici.
Saloperie de lampe !
Vous voulez entrer, mademoiselle ?
Ne faites pas de bruit, ils tournent.
Gianni, allume le fond !
Susan au téléphone. Sam aussi a appelé de New York,
rien de grave, il essaiera ce soir à la villa,
j'ai reporté le rendez-vous chez le dentiste
et j'ai besoin des clés pour déplacer la voiture !
Dans ma veste. L'habilleuse.
J'ai téléphoné hier soir, c'était occupé.
Je t'ai appelé, tu étais sorti !
J'étais là. Toute la soirée !
- Seul ? - Bien sûr !
Ne mens pas !
Susan, tu vas pas recommencer !
Je suis sur le plateau…
Je suis sur le plateau, je ne peux pas vraiment parler.
Tu me manques.
Je sais…
Je me sens seule…
J'ai pleuré toute la nuit…
Susan, pourquoi tu te fais du mal comme ça ?
Et je vais virer Alicia,
elle s'est déshabillée devant Brian dans la salle de bains…
Dans notre salle de bains ?
Elle était nue ?
Qu'est-ce qu'il a dit ? Il a dit quelque chose ?
Je ne sais pas. La bonne s'est déshabillée devant lui !
Susan, calme-toi…
Il a sept ans, il a vu une femme nue,
il s'en remettra. Il ne l'a pas touchée ?
Il a eu une érection !
Tu ne l'emmènes pas voir un docteur pour ça ?
Je ne vais pas voir un docteur,
je vais la foutre dehors ! Je lui donne ses quinze jours ?
Quinze jours ? Un mois ?
Quand je pense à tous les endroits où on l'a emmenée…
Il y a eu Tahiti…
D'abord Tahiti, ensuite Paris…
Je lui donnais toutes mes affaires.
Tu te souviens, ce jean…
Tu te rends compte, cette salope !
Ecoute, vire-la et qu'on n'en parle plus !
Elle était nulle, de toute façon !
Moi, elle ne m'a jamais rien montré !
C'est pas drôle…
On m'attend sur le plateau. Je te rappelle.
Mon fils a charmé sa nurse.
Vous vous rendez compte…
Il a sept ans…
Il faut qu'on parle.
Vire-moi le type au chapeau marron,
il me déprime.
Pavese ne sera pas seul.
Non, je vais te montrer. Pavese sera ici,
une foule de gens sort de l'hôtel…
Remettez la voiture à sa première position.
On n'a qu'une voiture !
Trouve-moi plus d'argent, on aura plus de voitures.
Vingt minutes !
- Vous cherchez quelque chose ? - Mr Elliott ! Je veux le voir.
Un instant ! Michael, tu peux venir ?
Occupe-toi de lui.
Je veux lui parler cing minutes.
Je suis journaliste. J'ai fait 700 km pour le voir !
- Vous voulez lui parler ? - Je veux l'interviewer !
Il travaille, ce n'est pas le moment.
Il travaille pas, il est là à ne rien foutre !
Vous avez parlé à l'attachée de presse ?
Raffaella…
Il veut une interview avec Mr Elliott.
- Aucune interview. - Je suis journaliste.
C'est bon pour la publicité… Qu'est-ce que vous faites !
Mr Elliott ! Je veux vous poser quelques questions !
Je suis venu de loin pour vous voir !
Arrêtez !
Qu'est-ce qui vous prend ? Vous êtes cinglés ?
Lâchez-moi ! Ça va pas se passer comme ça !
Attendez ! C'est pas un chien !
C'est un journaliste ! Il veut seulement une interview !
Ce type, c'est mon père !
J'avais vraiment envie de jouer dans ce film,
de jouer Gabriella, mais maintenant,
votre rôle, vous pouvez vous le foutre au cul !
Où est-ce que vous vous croyez ? On travaille ici !
Je n'ai pas de temps pour une interview
et si ça ne vous plaît pas, j'en ai rien à foutre !
Pour qui vous me prenez ?
Pour qui vous vous prenez ?
Attendez !
Arrêtez ! Je vais la faire, son interview !
C'est juste une interview, on va la faire !
Je suis désolé.
Je suis désolée.
Ne me regardez pas comme ça.
Tout le monde nous regarde.
On les emmerde.
Le taxi me regarde dans le rétroviseur :
"Vous n'êtes pas Steve Elliott, l'acteur ?"
Oui.
"Vous connaissez Jerry Lewis ?" Je dis :
"Oui, je connais Jerry Lewis."
Il se retourne avec un grand sourire et fait :
"Vous savez quoi ?
J'ai baisé sa secrétaire !"
J'en croyais pas mes oreilles !
Tu sais pourquoi ?
Parce que tu l'avais baisée aussi !
- Comment tu le sais ? - Je l'ai baisée aussi !
Tout le monde a baisé la secrétaire de Jerry Lewis !
Tu sais ce que c'est, son sport favori ? La pêche !
Il a dû se foutre de moi. Il est sympa,
non ?
Non, je trouve que c'est Un con.
Viens te coucher, ça suffit.
Tu as un problème avec ton magnétophone.
Merde !
Tu t'es fait remarquer, hier !
Pizani t'adore. Il aime les gens qui ont du caractère.
Tu es anglaise ?
Anglaise, française, italienne, je ne sais plus…
Tu es italienne ? Tu connais Cesare Pavese ?
- C'est un écrivain, non ? - Le plus grand !
Le plus grand poète italien.
Et on tourne la vie de Pavese avec de l'argent américain !
Il est bien, Elliott,
mais c'est comme si Mastroianni jouait Hemingway.
Essaie de traduire ça.
"La mort viendra et elle aura tes yeux."
Ça n'a pas la même saveur, hein ?
Ça va ? Je vais te montrer le décor.
Ton père me plaît. Un type intéressant.
Il est toujours comme ça ?
Il choisit ses moments.
Gabriella est comme toi,
belle et forte.
Un jour, elle rencontre Pavese dans un bal,
il ne sait pas danser, il ne sait pas bouger…
C'est un écrivain célèbre,
et dès qu'il la voit, il tombe amoureux d'elle.
Mais quand il veut faire l'amour avec elle, il ne peut pas.
Ce qui compte,
c'est que tu es la dernière femme qu'il a rencontrée,
trois jours avant sa mort.
Prends bien soin d'elle !
Je ne sais pas danser.
Pardon… Je ne sais pas…
Qui es-tu ?
Tu me regardes depuis que je suis là.
Je m'appelle Pavese, je suis écrivain.
Tu écris des histoires ?
J'écris les histoires des autres.
Tu écriras mon histoire ?
Oui,
je l'inventerai.
Je veux te revoir.
Je ne sais pas…
Je n'aime pas les hommes de la ville.
Ils parlent trop bien.
Steve, c'était formidable !
J'ai fait deux km à pied !
- Personne ne m'a prévenu ! - Personne ne savait !
Le taxi s'est trompé, il m'a laissé au bout de la via Appia.
J'aurais envoyé une voiture à l'aéroport.
Je suis en nage.
Tant de gens m'ont dit de vous embrasser…
On aurait dit We Are the World !
Olga, c'est Sam.
Il faut que je sois à l'aéroport à 6 h.
Je dois être à L.A. demain matin.
Tu repars aujourd'hui ?
Il faut que j'aille plus vite que le décalage horaire.
Belle maison ! Susan va adorer.
Qu'est-ce qu'il y a, Sam ?
Rien.
Tu veux me dire que tu as fait 6000 km
pour voir si la maison plairait à Susan ?
Et le film ? Ça se passe bien ?
Très bien.
Et les rushes ? Tu es content de ce que tu vois ?
Si tu nous disais ce qui se passe.
Le projet Warner va se faire, finalement.
J'ai dit que tu étais parti en Italie pour trois mois
pour faire un film sur un intellectuel communiste
avec un réalisateur inconnu.
Ils sont prêts à payer ton dédit.
Susan ? Ne quitte pas.
Si tu veux rester mon agent ou mon ami,
ne refais jamais ça !
Oui, chérie.
Je crois que je vais rester un jour ou deux.
Tu as vu ces deux acteurs qui flirtent !
Pas de messages ?
J'allais m'endormir. C'est tellement calme…
Je ne t'ai pas fait peur ?
Non, non.
Je voulais prendre un verre avec toi.
Ils servent à boire ici ?
C'est fermé, mais j'ai un bar dans ma chambre.
On va trouver un endroit ouvert. Tu viens ?
C'est le Journal de Pavese…
Magnifique.
Il parle de la création, de la douleur de vivre.
Tu lis ses mots et tu te dis : "Oui, c'est ça."
"Je sais, c'est exactement ça."
Et tu partages sa souffrance.
Il était tellement exigeant,
tellement…
Seul.
Jamais heureux, mais pensant toujours qu'il pourrait l'être.
Avec les femmes,
il tombait amoureux sans arrêt.
Toutes les femmes qu'il a approchées,
il les a perdues.
Il est tard, tu n'es pas fatiguée ?
Je ne peux pas dormir,
je ne dors jamais. Je dors sur le plateau.
J'aime marcher la nuit, partout. A New York… À Londres…
- Quand est-ce que tu pars ? - Après-demain.
Tu sais où Pavese s'est tué ?
Dans un hôtel
qui s'appelait l'hôtel Roma, comme celui-là.
Il est dans sa loge.
Dans sa loge !
- Qu'est-ce qui se passe ? - Rien du tout, tout va bien.
Il est 3 h,
on termine à 7 h !
Va lui parler !
Je ne bouge pas d'ici ! Vas-y, toi !
Il veut parler à Jane…
Steve voudrait te voir.
Il veut te parler. Tu sais où est sa loge ?
Je t'emmène.
Qu'est-ce que tu veux ? Tu veux ma peau ?
On m'attend. Je te rappelle.
Tu bois quelque chose ?
Regarde, un cadeau de John.
Ça prend une minute.
Viens.
Pardonne-moi…
Ne me fais pas mal…
Superbe, c'était superbe…
Mais t'avais la braguette ouverte.
Tout du long.
Grande ouverte !
- C'était comment, Dante ? - Parfait.
- Tu as ce que tu veux ? - On la refait.
Qu'est-ce que tu attends de moi ?
Tu perds Pavese.
Je ne perds pas Pavese !
Je ne peux pas me débarrasser de Pavese ! Tu vois rien ou quoi ?
Tu ne t'attendais pas à ça, hein ?
Tu viens dîner avec nous ?
Sûr ?
Oui, sûr.
On t'attend dehors.
Jane ! Par ici !
Non, ne prenez pas les chaussures !
J'ai perdu mes chaussures.
De Niro tourne un nouveau film.
Ils viennent de terminer.
Où tu veux manger ?
A la maison ?
Peut-être qu'elle veut passer à son hôtel ?
Non, ça va.
Ils se sont séparés quand j'étais petite.
On vivait à Londres, il travaillait pour la télé,
elle l'a quitté et a ouvert une galerie d'art à Paris.
Elle m'a inscrite dans une école bilingue
pour que je puisse parler avec lui.
Mais je ne le voyais jamais,
et quand je le voyais c'était tellement triste.
Il ne supportait pas de nous avoir perdues toutes les deux.
C'est là qu'il s'est mis à boire ?
Et finalement il est venu à Paris.
Et ils se sont remis ensemble ?
Oui. C'est bizarre de se remettre ensemble, non ?
Comme s'ils n'avaient pas pu trouver mieux ailleurs.
Ils sont un peu comme ça…. désenchantés.
J'aime beaucoup ton père.
C'est un fou…
Mais elle n'est pas mal non plus. Ça compense.
C'est pour ça qu'ils se sont mariés ?
Non. ils se sont mariés parce qu'ils étaient beaux.
Tu veux rester avec moi ce soir ?
Voilà Beatrice. Steve et Jane.
Elle ne parle pas anglais…
Elle a été très gentille, elle travaille chez Beltrami,
ils ont ouverts jusqu'à 10 h, j'ai rien payé,
je veux une augmentation !
Vous n'avez rien mangé !
On est chez Alfredo,
l'inventeur des fettucine d'Alfredo !
Qu'est-ce que vous voulez ?
Quoi ?
Rien.
Tu es défoncé ?
Moi non plus.
Qui est là ?
Il y avait quelqu'un ?
Je ne sais pas.
Ça va mieux ?
C'est l'herbe. Elle est trop forte. On a trop fumé.
Jane, tout va bien…
Reste là. Ne bouge pas.
Je reviens.
Je sais qu'on en a ! Où est-ce qu'elle l'a foutu ?
Bois ça !
Excuse-moi.
Jane, tu peux rester ici, ou tu peux venir avec moi…
Je vais regarder la télé dans la bibliothèque.
Papa !
Tu t'étais endormie ?
J'ai bien l'impression !
Dis bonsoir à tout le monde. A Michael…
A Dante et à John, à oncle Sam…
Bonne nuit. J'ai un avion très tôt.
Steve, à bientôt.
Dis-leur que j'arrive. Sam !
Qui t'emmène à l'aéroport ?
Un taxi. Je ne veux réveiller personne.
Fais bon voyage.
- Tu ne m'en veux pas ? - Va te faire foutre !
T'en fais pas, je leur dirai que le film sera génial,
même avec toi dedans.
Ils sont couchés !
Susan ! Reviens !
Attends, j'ai laissé mon verre dans les parages.
Je ne sais pas si c'est le décalage horaire,
mais je te trouve très sexy ce soir.
Arrête tes conneries, Michael.
Tu ne me croiras pas, mais je suis content que tu sois ici.
Quel faux cul ! !! a tout fait
pour que je reste à New York !
Susan, tu es formidable !
Redeviens actrice,
je ferai un remake de Tendre est la nuit…
Tu seras Zelda, tu seras géniale !
Si Susan reprend sa carrière, pas de remakes,
et je te préviens, elle ne partagera jamais la vedette !
Même avec toi ?
Surtout pas ! Je ne prendrais pas le risque.
C'est Susan la star, pas moi.
Il est toujours parfaitement lucide quand il a bu.
A partir d'une certaine dose, la un éclair de génie.
Après, il s'endort.
Ça va ?
J'avais envie de t'entendre.
Il est trop tard ?
Non, non, ça va…
Tu n'es pas seule ?
Je t'aime.
Tu me manques.
Qui c'est ?
Jane Steiner. Elle joue Gabriella.
Je hais ce mec, je hais ce film et je hais l'Italie !
On a fait 23 prises !
Il arrêtait pas de bouger la caméra !
Tu sais ce que ça veut dire, 23 prises ?
Martini ou scotch ?
Les deux !
J'ai fait tirer toutes les prises.
Bravo.
Tu trouveras peut-être quelque chose de possible dans tout ça.
Tu sais, il est très content du film, il me l'a dit.
Il n'est pas facile, c'est tout.
Il est un peu nerveux en ce moment, c'est peut-être le climat.
Non, c'est toi ! Dès que tu viens sur un tournage,
vous n'arrêtez pas de vous engueuler !
Il a besoin de moi. C'est pour ça que je suis là.
On a fait 23 prises.
Vous savez ce que ça veut dire, 23 prises ?
Dante, j'ai assez envie de refaire ce qu'on a tourné.
Je me dis que c'est moi, le problème.
Je n'étais pas dans le coup. A ton avis ?
Mais non, ça allait.
Vraiment ? Tu le penses ?
J'aime pas qu'on se foute de ma gueule !
Vous croyez qu'il est fâché ?
Moi, je crois qu'il est fâché !
C'est Jane.
Une seconde.
C'est pas le moment.
Je suis désolée…
J'ai mis $ 200 sur toi, chérie, me laisse pas tomber !
Ne parie jamais sur ta femme.
Tu es trop raide, Susan ! Détends-toi !
Non, concentre-toi !
Tu essaies de foutre en l'air la partie ?
Elle joue bien mieux que ça. Elle le fait exprès.
Attends !
Concentre-toi !
Tu vas la fermer ?
Susan, c'est qu'un jeu, relaxe…
Tu veux jouer ?
J'oubliais. Il a besoin de sa doublure pour jouer au tennis.
Pour faire croire qu'il est bon.
Si on l'appelait. Tu passeras ta mauvaise humeur sur lui.
Envoie-le dans la chambre à coucher.
Il pourra paut-être baiser à ta place.
Avec plaisir.
Je ne sais pas ce qu'il a. Il me rend folle !
Je sais, Michael.
Je sais ce que je fais. Je voulais partir pour le week-end.
La voiture est à l'aéroport, les clés à l'endroit habituel.
Je serai sur le plateau lundi matin.
Comment tu m'as trouvée ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
Je ne sais pas !
Voilà Bruno Schlosser.
- Le metteur en scène. - Formidable.
Merci, moi aussi j'aime ce que vous faites.
Tu viens dîner avec nous ?
Vous venez voir le spectacle, demain ?
Je ne peux pas, je regrette.
Je ne veux pas te mettre mal à l'aise, Bruno, je m'en vais.
Je préfère garder un bon souvenir de cette soirée.
Alors, on arrête là.
Ça va, la maison est calme ?
Ça, pour être calme… Susan est partie avec les enfants.
Tu plaisantes ?
Elle est rentrée à New York.
Elle dit que tu as besoin d'être seul.
- Elle se doute de quelque chose ? - Je n'en sais rien.
Tu sais…
On n'est pas simplement venus pour le spectacle.
On est venus pour passer un scanner.
Si on nous dit
qu'il n'y a plus rien à faire,
on arrête tout et on rentre en Toscane.
Un instant…
Jane.
Où es-tu ?
Tu peux venir ?
Il y aura un billet pour toi à l'aéroport.
Depuis quand tu n'as pas été amoureux, Dante ?
Je ne sais pas. Cinq minutes… un an.
Moi, je suis toujours amoureux.
C'est les autres qui ne m'aiment pas.
"Jane chercha Steve des yeux, mais ne vit que Michael.
"La déception se lisait sur son visage.
"Voyant s'évanouir ses espoirs,
"Michael dévora machinalement le bouquet qu'il lui apportait…"
Il est là-bas, tu as le droit de courir.
On remonte donc Amsterdam Avenue,
tous les six, trois garçons, trois filles, et je me dis,
cette fois-ci, je suis sur un bon coup.
Tout le monde se sent très bien, alors on retourne chez moi,
on monte, douzième étage, on entre, et moi je me dis,
ça va être sublime ! On sort le vin, la dope,
on était jeunes, qu'est-ce que je peux dire…
Lumières tamisées, musique…
Je vais dans ma chambre avec ce monstre, en pensant,
je vais mourir !
Dans ma chambre, il y a moi et la fille,
et un couple sur le divan, quelqu'un sur le tapis indien…
Quatre dans le living, moi dans l'autre chambre.
Bon, on se déshabille… enfin, je me déshabille.
Elle a l'air sortie d'un catalogue Bloomingdale.
Elle est encore habillée, alors je vais chercher le vin,
en revenant je me dis, c'est le moment d'attaquer,
voilà qu'elle se met à me parler de sa famille !
Moi, je suis là pour m'envoyer en l'air, et elle…
Olga, il y a du dessert ?
C'est un rêve.
Ça va s'arrêter.
Tu ressembles à un Indien.
Je t'aime.
Non, tu ne me réveilles pas.
Qu'est-ce qui se passe ?
Je ne peux pas…
- Mais si, tu peux. - Je suis fatiguée.
Ferme les yeux.
J'ai gagné !
Tu as triché !
Il restait Un croissant…
Elle a triché !
Tu es assise sur un croissant ?
C'était mon cinquième !
Tu es assise sur un croissant !
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Tu vas devoir le manger…
Passe-moi mes lunettes.
Il est 8 h 30, il faut y aller.
Du café ?
Ça te plaît, ce que tu fais, Michael ?
Etre l'esclave de Steve ?
J'adore ça. C'est le rêve de ma vie.
Je gagne plein d'argent, je voyage, j'habite dans des maisons superbes.
Tu sais ce que je faisais, avant ?
Je tenais la boucherie cachère de mon père à Flatbush Avenue,
Brooklyn.
Regarde-moi.
Tu ne veux pas me dire que tout ça n'est qu'un rêve ?
Il te raconte sa vie ?
La boucherie cachère ?
La fille d'Ottawa ?
Il ne m'a pas raconté la fille d'Ottawa.
Ce type me hait.
Il me vole mes chaussures et les planque dans des coins impossibles.
Il me tient.
Il en sait trop. Il sait comment la lune bouge.
Je suis pieds nus. Où sont mes chaussures ?
On en achètera !
Vous voulez quelque chose ?
Elles sont encore chaudes, je viens de les cueillir.
Qu'est-ce que c'est ?
Regarde.
Mets-la.
Alors ?
Tu es trop belle.
Je veux te montrer quelque chose.
Susan va pas bien. Cette nuit,
elle m'a tenu trois heures au téléphone, hystérique.
Elle supporte plus New York,
elle supporte plus d'être loin de moi,
je crois qu'elle se doute de quelque chose.
C'est pour toi.
Je l'ai acheté pour toi.
Tu es fou !
On est tous fous cette semaine.
Elle est très belle.
Jane, il faut que je te dise.
Je t'aime bien, je ne voudrais pas que tu souffres.
Je crois que Steve ne quittera jamais sa femme.
Je sais, Michael.
En position de départ !
Ça va faire combien, quinze prises ?
Peut-être que je ne suis pas un acteur !
- Alors, tu es quoi ? - Je ne sais pas.
Tu veux que je change cet acteur ?
Non, ça vient de moi.
Je ne suis pas dans le coup. Laisse-moi la refaire.
Bon, on en fait une autre !
Tu sais pourquoi on voudrait que l'amour dure toujours ?
Parce que si la vie est une souffrance,
l'amour est un anesthésique,
et qui voudrait se réveiller au milieu d'une opération ?
Tu veux l'épouser ?
Les seules qu'on devrait épouser sont celles dont on se méfie trop.
C'est génial !
Que fais-tu ici ?
Je m'ennuyais… j'avais envie de te voir.
Qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce qu'elle fait là ?
Elle me remonte le moral. Pas de quoi en faire un plat.
Moi, elle me fait chier.
Tu veux répéter ?
Vous me faites chier tous les deux,
avec vos enfantillages et vos histoires de cul.
J'ai un film à faire
et j'ai pas le temps pour vos conneries.
Retourne finir ta scène,
et toi, fous le camp !
Tu sais,
je ne crois pas que tu devrais lui parler sur ce ton.
Foutez-moi la paix !
On va te foutre la paix,
et quand tu auras retrouvé ton sens de l'humour,
appelle-nous.
"Elle me fait chier !"
C'était nécessaire ?
Excuse-moi.
Regarde !
Qu'est-ce qu'ils font ?
Merde !
Ils sont vraiment après nous !
Je vais le tuer !
Ton producteur est en état de choc.
Il ne quitte pas des yeux la photo dans le journal.
J'espère que tu t'es bien marré.
Il y en a pour $ 60000.
C'est assuré.
J'ai appelé New York. Sam fait tout pour que ça ne s'ébruite pas.
Arrête d'en faire une histoire.
J'ai un peu démoli la voiture. C'est pas la première fois.
La voiture, c'est rien !
Elle est avec toi sur toutes les photos.
Tu vas foutre en l'air ton mariage.
De quoi tu te mêles ? C'est ma vie, non ?
Vire-moi cette bagnole de merde. Je ne veux plus la voir.
C'est pour ça que je te paie ! Pas pour tes conseils à la con !
Tu dois être au studio à 3 h.
- Allons déjeuner. - Il reste de la dinde.
- Plus de macaroni. - Non. Un peu de salade ?
C'est la cassette préférée de mon fils.
Il l'a vue mille fois.
Il est formidable.
Tu crois que je devrais avoir un enfant ?
Peut-être.
Peut-être pas.
Peut-être.
Je te l'ai dit, je crois à la famille.
Je crois qu'on est faits pour vivre en couple, comme les loups.
Et les pingouins.
Tu sais, je ne m'attends jamais aux rencontres.
Avec toi, ça a été une surprise totale.
Je suis très fermé.
Quand j'ai rencontré Susan,
elle m'a même demandé si j'étais pédé.
Elle a toujours été très directe.
C'est quelqu'un de très complexe,
et de très fort.
Et ça lui fait quoi, d'être la femme d'un acteur ?
Elle est très jalouse.
Tu pourrais la quitter ?
Peut-être.
Peut-être pas.
Peut-être.
Si tu peux la quitter, tu pourrais me quitter aussi.
Mademoiselle,
quelqu'un pour vous.
Tu ne dors pas ?
On a couru huit kilomètres jusqu'aux Thermes de Calacalla.
Caracalla, imbécile !
Caracalla, Caligula ! J'ai horreur du jogging !
Tu conduisais la voiture !
Oui, et j'ai horreur du jogging. C'est ce que je dis.
Qu'est-ce qui se passe ?
Ça ne va pas ?
Non, je t'en prie…
- Où tu vas ? - Téléphoner.
- À qui ? -An' n'importe qui !
Je t'ai attendu toute la journée.
Excuse-moi, on n'a terminé qu'à minuit.
Tu aurais pu téléphoner.
Je ne peux pas passer mes journées à t'attendre.
Je crois que je vais partir.
J'étais plongé dans le boulot, je n'ai pas pensé…
Non, tu n'as pas pensé !
Si tu veux tout foutre en l'air parce que je ne t'ai pas appelée,
fais-le !
Mais j'espère que tu ne le feras pas.
Vraiment.
Je t'aime.
On le fait sur la table de la cuisine ?
Non, pas sur la table.
Alors… elle m'appuie contre le mur,
je sens le froid dans mon dos.
Elle commence à descendre le long de mon corps, lentement…
Elle est à genoux.
Tu as gardé ta culotte ?
- Non. - Si, tu l'as !
Elle fait glisser ma culotte,
elle commence à me caresser…
Elle me caresse très lentement.
Je voudrais qu'elle aille plus vite,
et puis je sens
ses seins,
contre ma peau.
Comment ils sont ?
Petits,
très durs…
Non, ils sont très gros, très doux…
Si tu préfères…
Puis elle m'embrasse le long de la cuisse…
J'ai les genoux qui tremblent.
Je sens son souffle, toujours plus proche…
Elle est entre mes jambes,
je me laisse faire…
Et ça dure…
Je ne veux pas que ça s'arrête…
Mercredi 5 octobre.
Il a plu, mais le soleil est revenu.
L'automne est dans l'air.
Je vais avoir 26 ans, et je t'aime.
Pour la première fois de ma vie,
je passe mon temps à attendre la nuit.
Tu pars à l'aube.
Il fait encore sombre.
Je te vois disparaître comme dans un brouillard,
et c'est alors que je m'endors.
Nos nuits sont longues. Tu ne dors jamais.
Parfois, tu interromps un mot, un geste,
et tu glisses dans un sommeil qui me fait penser à la mort.
Puis soudain, tu te redresses
comme pour échapper à une chute sans fin,
tu ouvres les yeux, et tu me regardes…
J'aime ce besoin qui m'a poussée vers toi,
qui m'a emportée de Paris à Rome,
et j'ai grimpé dans l'avion avec un air mystérieux,
je me suis glissée sans un bruit contre toi,
et la chambre s'est refermée sur nous.
J'aime t'écrire de cette maison un peu étrange.
Je voudrais y rester des heures à regarder au-dedans de toi,
y voir ce que je suis, ou ce que je crois être.
C'est si paisible en moi, et ça bouillonne,
j'ai la fièvre. Dépêche-toi.
J'entends tes pas dans tous les escaliers.
Dis-lui que papa l'a acheté pour tous les deux.
Il devra partager.
Susan ?
Quel script ? J'ai jamais entendu parler.
Jane ! Elle est là !
Susan est là !
Dans la cuisine, avec Steve. Elle est en bas !
Comment es-tu arrivée si tôt ?
Il n'y a pas de vol de New York à cette heure-ci.
J'ai pris le Concorde,
j'ai changé à Paris.
Tu as maigri.
Tu veux du sucre ?
Tu préfères qu'on aille dehors ?
C'est comme tu veux.
Ça m'est égal.
Tu l'aimes ?
Je crois que oui.
Tu crois vraiment qu'on peut aimer plus d'une personne à la fois ?
J'en suis sûr.
Je crois qu'aimer plus d'une personne à la fois,
c'est les trahir toutes.
Si tu crois n'aimer qu'une personne à la fois,
c'est toi que tu trahis.
J'ai été emporté.
Quand…
C'est fort comme ça, ça te dépasse.
Ça s'impose à toi…
Et ça t'entraîne toujours plus loin.
Tu deviens aveugle et sourd,
plus rien n'existe.
Tu l'aimes ?
Oui.
Tu veux vivre avec elle ?
Je ne sais pas.
Je vais partir ce soir.
J'ai une seule question.
Quand as-tu cessé de m'aimer ?
Je veux savoir. Dis-moi la vérité.
Tu vas me quitter ?
Papa ?
On a essayé de te joindre.
Ta mère ne va pas très bien.
Tu pourrais venir quelques jours ?
Elle est juste un peu fatiguée.
Bien sûr ! Je serai là demain.
Non, non, ça va.
Pourquoi je l'ai laissée partir ?
Dis-moi pourquoi je suis aussi con !
Tu veux que je te dise que tu es un con ?
D'accord, tu es un con.
C'est pas le moment, Michael !
J'en ai marre de tes sourires hypocrites.
Vous n'avez tous qu'une idée, c'est que je tienne le coup.
Faut finir ce film, faut en commencer un autre, continuer…
Et ce qui se passe là-dedans ? Tout le monde s'en fout.
Ce que je sens, tout le monde s'en fout.
Tout le monde s'en fout, Michael !
Passe-moi les clés.
- Quelle heure est-il ? - 6 h et demie.
Je ne peux pas continuer à perdre $ 100000 par jour.
Je ne peux pas croire que tu ne saches pas où il est.
Que je le sache ou non, ça ne vous regarde pas.
Susan, fais quelque chose. Il faut que je lui parle.
Fichez-lui donc la paix ! Elle ne sait pas où il est.
Allez vous faire foutre !
Il ne parlera à personne, il ne verra personne.
Il a besoin de se reposer.
Moi aussi, j'ai besoin de repos.
J'en ai jusque-là de vous tous.
Vous ne pensez qu'à la baise, aux films et au fric !
Mais vous savez quoi ? Vous pouvez le faire arrêter,
lui coller un procès au cul, tout ce que vous voudrez,
sauf le faire jouer s'il n'est pas prêt.
Elle à raison.
Je le sais.
J'ai toujours raison.
Regarde qui est là !
Sandro !
C'est bon de te voir.
Elle n'a pas une mine superbe ? Et celle-là ?
On te sert un verre !
Ce soir-là, on a traîné plus de trois heures à table.
Harry avait acheté des homards et du vin blanc.
Julia n'arrêtait pas de parler.
Elle avait l'air heureuse.
Je ne l'avais jamais vue aussi belle,
mais je la sentais ailleurs.
Elle me jetait parfois ce regard que nous seules partagions.
C'était ma mère, et je comprenais que plus personne
ne m'écouterait jamais avec la même attention.
Je ne voulais pas qu'elle me laisse seule.
Quand on ne peut plus vivre, on a le droit de mourir,
on a le droit de saisir une dernière étincelle de vie
et de faire de sa mort un poème.
La chose qu'on redoute le plus en secret arrive toujours.
Il suffit d'un peu de courage.
Quand j'y pensais, ça avait l'air facile.
Il faut de l'humilité, non de l'orgueil.
Tout cela me dégoûte. Pas de paroles. Un geste.
Je n'écrirai plus.
Coupez.
Ma mère va mourir.
Ça fait trois ans qu'elle lutte
et ça fait trois ans qu'on lui dit
de se battre, de ne pas abandonner.
Mais maintenant, je sais qu'elle n'en peut plus.
J'ai besoin de toi.
Pleure.
Steve est reparti le lendemain.
J'ai regardé la voiture disparaître et je suis rentrée.
Je ne m'étais jamais sentie aussi seule.
J'ai laissé les fenêtres grandes ouvertes.
Vers minuit,
le vent s'est levé, et le ciel s'est rempli d'étoiles.
Alors, j'ai compris
que la force de Julia était en moi.
J'ai su que j'allais affronter ma vie
comme elle avait affronté sa mort.
Je suis restée dans la maison et j'ai écrit jusqu'à l'hiver.
Le parfum de ma mère flottait encore dans sa chambre.
Sous-titrage : HIVENTY
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