All language subtitles for cento milioni Dollars(1982)

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Original subtitles

Un t�l�phone sonne.

-La Tribune, j'�coute.

*-M. Paul Kerjean, s'il vous pla�t.

-De la part de qui ? *-C'est personnel.

-Ne quittez pas.

*-Vous �tes en communication avec La Tribune,

l'hebdomadaire de l'actualit�, des arts et des lettres.

Votre appel a �t� enregistr�.

Veuillez patienter. Merci.

...

Le poste de votre correspondant est occup�.

Veuillez rester en ligne.

Merci.

...

Votre correspondant est en communication.

Nous vous remercions de votre appel.

Veuillez patienter

quelques instants.

...

-Ici Paul Kerjean.

Qui est � l'appareil ? *-Peu importe mon nom,

M. Kerjean.

Crissement de pneus

...

Arr�tez l�.

Restez � cette place pendant tout notre entretien.

-J'ai pass� l'�ge de jouer � Fant�mas, c'est grotesque.

-Kerjean,

Je dois me prot�ger et vous allez comprendre pourquoi.

-Je vous �coute.

-Que savez-vous sur Jacques Beno�t-Lambert ?

-Je croyais que c'�tait vous qui renseigniez.

-Ne m'agacez pas.

R�pondez. -D'accord.

C'est un homme �l�gant, riche, de bonne famille,

et super-star politique.

Sports favoris : le golf et la natation.

Ca vous suffit ?

-Le peu que vous savez est partiellement inexact.

-Qu'est-ce qui est inexact ?

-Vous le dites de bonne famille et riche.

-Il n'est pas de bonne famille ? -Si, mais riche, non.

Il ne l'est plus.

Il a besoin de 750 millions d'ici la fin de l'ann�e, il est aux abois.

-C'est donc un homme fini ?

-Ces 750 millions, je ne vous ai pas dit qu'il ne les avait pas trouv�s.

-Et comment a-t-il trouv�

cette somme ? -Nous en reparlerons.

Moteur

-Je ne me suis jamais autant amus� depuis que j'ai f�t� mes sept ans.

-Attendez ici 5 minutes, je ne veux pas �tre suivi.

Si vous me filez, ce sera termin�.

-Pourquoi me donnez-vous tous ces renseignements � moi ?

-Car je vous adore.

...

Bribes de conversations

...

-Bayen, nos rapports sont toujours bons

avec la pr�fecture de police ?

-Nous avons des rapports... normaux, sans plus.

Vous avez des ennuis ?

-Non, je voudrais savoir le nom et l'adresse

du propri�taire de cette voiture.

-Je ferai le n�cessaire.

Un accident ?

-Non, un informateur myst�rieux

qui m'a fait venir dans un parking pour me faire des r�v�lations.

-Des r�v�lations sur qui ?

-Sur gros... tr�s, tr�s gros.

-Jacques Beno�t-Lambert ?

-Oui, J.B.L. en personne.

-Il est inattaquable, sur tous les plans.

Et votre informateur est un dingue.

-C'est tr�s possible.

...

-Je te rappelle.

-Bonjour, ma petite Arl�ne.

Comment vont les amours, la famille, le travail, la vie ?

-Paul, t'es s�r que tu vas bien ?

-Alors, l�, tu es vraiment l'ingratitude en personne.

Je prends simplement de tes nouvelles.

-Mon petit, les amours, j'en parle au pass�, j'ai pas de famille,

et j'en ai ras-le-bol

du boulot. -Tu connais ?

-Oui, c'est J.B.L.

-Parle-moi de lui, c�t� coeur et c�t� fesses, bien entendu.

-Il vit avec la m�me depuis cinq ans.

Elle s'appelle Laura Weber.

Aucune photo : on n'a jamais pu les pincer ensemble.

On sait vaguement qu'elle a la trentaine.

Belle, intelligente, c�libataire, beaucoup de classe.

Ca le change de sa poivrote de femme.

Ah, en revanche,

des photos d'elle, j'en ai autant que t'en veux, hein.

-Il est toujours mari� ?

-Oui, il vit s�par� de sa femme, elle lui refuse le divorce.

A la derni�re r�ception de l'ambassade des Etats-Unis,

elle s'est so�l�e.

Il a voulu l'emmener, elle est devenue mauvaise.

Petit scandale, un incident entre mille.

Ah, signe particulier : tr�s grosse fortune personnelle.

-C'est le monsieur que vous attendiez, madame.

-Entrez, monsieur.

Rappelez-moi votre nom. -Paul Kerjean, madame.

Merci de m'avoir re�u. -Asseyez-vous l�,

que je vous voie bien.

Ah non, l�.

Les fleurs m'emp�chent de vous voir.

Prenez un verre, servez-vous.

Vous avez l'air charmant.

C'est tr�s gentil � vous d'�tre venu me voir.

Je suis si seule

dans cette grande maison.

Personne ne se pr�occupe plus de moi.

Personne � qui parler, c'est dur, vous savez.

-Je vous comprends, madame.

-Vous savez, j'imagine, que mon mari et moi...

Nous vivons s�par�s depuis quelque temps.

Nous avons fourni assez de mati�re aux comm�rages, ces derniers temps.

-Je sais.

-Non, non.

Je pr�f�re me servir toute seule.

-Concernant les comm�rages, ce n'est pas la sp�cialit� de mon journal.

-Oui, je sais.

C'est d'ailleurs � cause de �a que j'ai accept� de vous recevoir.

Je vous trouve tout � fait charmant.

Vous savez sans doute que mon mari vit avec une... une...

Oh, cette sordide petite histoire personnelle

n'a s�rement rien � voir avec l'objet de votre venue.

-Absolument rien, madame.

Je dois faire un article sur votre mari.

Nul ne peut le conna�tre mieux que vous,

n'est-ce pas ?

-Ah �a, oui !

Nous nous sommes mari�s en octobre 41,

pendant la guerre.

Il venait juste de terminer son droit.

Il s'est engag� dans les Forces libres.

Je suis all�e le rejoindre � Londres.

Mais... nous nous sommes assez peu vus

jusqu'� la Lib�ration.

-Et... apr�s la guerre ?

-Oui...

Apr�s la guerre ?

Nous sommes all�s nous installer en province, � Rouen.

Il avait un cabinet d'avocat qui marchait tr�s fort.

Et puis il s'est pr�sent� aux �lections l�gislatives.

Il a �t� �lu.

Ce fut le d�but de la r�ussite.

-Une r�ussite totale, due d'ailleurs � une intelligence exceptionnelle,

une habilet� et un charme incontestables,

une comp�tence dans les affaires...

Bien qu'il y a peu,

il para�trait qu'il avait des ennuis financiers,

mais ce doit �tre des comm�rages de jalousie.

Il n'a eu aucun ennui financier, ces derniers temps ?

-Ca, c'est � lui qu'il faut le demander.

Je sais juste qu'il a diminu� ma pension.

Je poss�de une fortune personnelle,

mais elle ne doit pas me servir pour vivre.

N'est-ce pas ? -Mais non.

Quand vous �tiez ensemble, vous parlait-il de son travail ?

-Oh... Non.

Il ne s'occupait pas de moi.

Il ne me sortait du placard que pour faire une photo.

Au moment des �lections, par exemple.

Ou quand il avait besoin d'amener une �pouse

� une r�ception officielle.

Et puis,

un jour...

Un jour, il m'a... compl�tement laiss�e dans le placard.

Et puis il y a eu ces voyages myst�rieux,

pour voir des messieurs myst�rieux.

-Quels voyages ?

Quels hommes ?

-Je ne le sais pas.

Si je le savais, ils ne seraient plus myst�rieux.

Vous pensez bien que je ne l'ai pas suivi.

-Ces voyages et ces messieurs

myst�rieux ne s'appelleraient pas Mlle Laura Weber ?

-Non.

Toux

Pas exclusivement. -Vous le savez

sans avoir suivi votre mari ?

-Je trouve que vos questions

deviennent de plus en plus personnelles.

-Madame... -Je n'ai pas suivi mon mari !

-Jamais je n'ai pens� qu'une femme de votre classe et de votre rang

puisse s'abaisser � filer un mari dans ses sorties nocturnes.

Je pensais � un d�tective priv�, peut-�tre.

Dans votre p�nible situation, je trouverais �a tellement normal.

-Vraiment ? -Tout � fait.

-Je ne devrais pas vous d�voiler mes petits secrets,

mais vous �tes si gentil, si compr�hensif.

Il est temps que vous partiez.

Bonsoir, monsieur.

Je vous prie de m'excuser de ne pas vous raccompagner.

Oubliez tout ce que je vous ai dit.

C'�tait tout � fait entre nous.

...

...

-M. Walter, vous m'avez �t� recommand� par Mme Beno�t-Lambert.

Vous avez pris son mari en filature, je crois, pendant un certain temps,

la nuit en particulier.

-C'est possible.

-Elle m'a dit que vous aviez pris des clich�s.

-C'est possible.

-Pouvez-vous m'indiquer les dates o� vous les avez pris ?

-Je n'ai pas dit que j'en avais pris.

J'ai dit que c'�tait possible.

-Bien s�r.

C'est s�rement quelqu'un d'autre

qui a imprim� votre nom au verso des photos.

-Ecoutez... Que voulez-vous au juste ?

-Voir ces photos.

-Vous plaisantez ?

-Non, je connais vos tarifs, je vous ai pr�par� un ch�que.

Vous avez d�j� �t� pay� pour �a.

...

De quand datent ces photos ?

-J'ai d� les prendre au cours des deux derniers mois.

J'ai fait �a avec un t�l�objectif, depuis ma voiture.

C'est pas mal, hein ?

-L�, je vois J.B.L. sans sa ma�tresse, mais avec des inconnus.

Qui sont-ils ?

-Alors �a, j'en sais rien.

Mme Beno�t-Lambert voulait des preuves pour son divorce.

Le reste ne m'int�ressait pas, je les ai donc pas fait tirer.

-Alors, pourquoi les avoir prises ?

-Pour prouver � ma cliente que je travaillais.

-Pourquoi ?

La question se pose ?

-Quelquefois.

-Bon, j'aimerais vous emprunter ces n�gatifs pour 24 heures.

Je vous les retournerai. -Pour quoi faire ?

-Pour mon album personnel. -Ca, c'est pas possible.

Je ne donne mes clich�s

qu'aux clients qui m'ont engag� pour une filature.

Les clich�s font partie du dossier complet.

-Eh bien, c'est simple : je vous ai engag� pour une filature

de M. Beno�t-Lambert avec photos � l'appui.

Satisfait de votre travail, je vous ai pay�, j'emporte mon dossier.

Sonnerie

...

-Bonjour,

monsieur.

Cette voiture n'est pas � vendre.

-Bonjour, madame. M. Bronsky est l�, s'il vous pla�t ?

-Je suis Mme Bronsky.

Qui �tes-vous ?

-Paul Kerjean, journaliste.

C'est au sujet d'une enqu�te.

-Je suis s�re que vous vous trompez d'adresse.

-Je ne crois pas, et je d�sire toujours rencontrer M. Bronsky.

Mme Bronsky m'assura que la voiture gar�e devant sa maison

n'avait pas boug� de son garage depuis des semaines.

Quant � son mari,

il vivait en Am�rique et elle �tait divorc�e depuis plusieurs ann�es.

-Eric !

Voil� le seul M. Bronsky que je peux vous fournir.

-Bonjour, monsieur. -Bonjour.

Je n'ai pas cru ce qu'elle disait,

et je laissais � tout hasard,

� l'intention de ce myst�rieux M. Bronsky,

le num�ro de t�l�phone du restaurant o� je serais joignable.

Salut.

Tu vas bien ?

-Ca va.

-Comment va Bastien ? -L'angine habituelle.

C'est fini.

Tu le prends samedi ?

-Ecoute... En ce moment...

Tu peux le garder ce week-end ?

Je suis sur une grosse affaire.

-Un gros scandale en vue ?

-Oui, si tout va bien.

-Si tout va bien pour qui ?

Pour toi, pour tes lecteurs, pour le scandale ?

Pauvre Paul, tu auras pass� ta vie � courir derri�re un cas Dreyfus.

Seulement, tout le monde n'a pas le pot de Zola.

On court derri�re Dreyfus, on tombe sur Mesrine.

-H�l�ne, ne recommence pas.

On a rat� notre mariage, essayons de r�ussir notre divorce.

-M. Kerjean, au t�l�phone.

-Oui.

All� ?

*-Paul Kerjean ? -Oui.

*-Je croyais vous avoir dict� les r�gles du jeu.

-Eh bien, je les change.

Je refuse d'attendre que vous agitiez le grelot.

Voyons-nous vite si vous voulez que je continue de jouer le jeu.

*-Bon.

J'accepte pour cette fois.

Je vous attends dans une demi-heure au Martin's.

C'est au Pavillon Royal.

Ecoutez-moi bien et faites ce que je vous dis.

Vous vous installerez

dans un fauteuil, face au bar.

Vous avez bien compris ?

Ne vous retournez jamais durant l'entretien.

Vous voulez me voir pour quoi ?

Soyez bref.

-Je serai bref.

J'en ai assez de ces myst�res ridicules.

Vous voulez, c'est �vident, que mon journal d�molisse Beno�t-Lambert.

Mais mon article ne para�tra pas

sans preuves solides justifiant vos accusations.

Je veux savoir qui vous �tes et d'o� vous tenez vos informations.

Sans cela, c'est pas la peine de continuer.

-Kerjean,

au fond, vous sentez bien que cette affaire, c'est de la dynamite,

mais vous ignorez par quel bout la prendre.

Vous �tes �nerv� car vous pi�tinez.

Vous n'�tes pas � la hauteur de cette enqu�te.

-Alors, trouvez quelqu'un d'autre.

-Ecoutez-moi, Kerjean.

Il y a deux semaines, je vous ai mis sur la voie.

Alors, qu'avez-vous appris sur Beno�t-Lambert ?

-Respectable et respect�, int�grit� au-dessus de tout soup�on.

Compte bancaire limpide, vie sentimentale acceptable.

-C'est la fa�ade qu'il impose � tous.

Je vous avais dit qu'il avait besoin de 750 millions

et qu'il les avait trouv�s.

Vous avez entendu parler de la SCOVIM ?

-C'est une soci�t� immobili�re dirig�e par son gendre.

Quel rapport ?

-La SCOVIM a construit deux tours de 15 �tages destin�es � des bureaux.

Depuis deux ans, impossible de vendre ou de louer ces bureaux.

Les banques lui ferment les robinets du cr�dit.

Elle a une �ch�ance de 750 millions � la fin de l'ann�e

qu'elle ne peut payer.

Elle va d�poser son bilan.

Tout � coup, � la veille de la faillite,

des acheteurs miracles payent 1 milliard 750 millions

pour ces deux immeubles invendables

et la sauvent en lui laissant un joli b�n�fice.

-Et alors ?

-Vous le faites expr�s ou quoi ?

-Ca prouve que le P.D.G. de la SCOVIM est un homme remarquable

et que Beno�t-Lambert

a bien choisi son gendre. -Ce n'est pas un homme remarquable.

C'est un petit technocrate pr�tentieux et incapable.

-Alors, ces acheteurs ont tendu la main � la SCOVIM pour la sauver.

-Ils se foutent de la SCOVIM.

A travers elle, ils ont tendu la main � Beno�t-Lambert,

mais, dans cette main tendue, il y avait 1 750 000 000.

A ce prix-l�, on appelle �a un pot-de-vin.

-Mais pour quoi faire ? -Ce n'est pas moi, le journaliste.

C'est � vous de continuer l'enqu�te.

Personne ne donne pr�s de 2 milliards par bont�.

-Pourquoi ne pas prendre la voie l�gale pour d�noncer cela ?

-Pour une raison tr�s simple : Beno�t-Lambert a des amis puissants.

Je ne veux pas qu'on �touffe l'affaire.

-En cas de n�cessit�, o� je peux vous appeler ?

...

-Depuis combien de temps �tes-vous sur cette affaire ?

-Trois mois.

-Et pourquoi ne pas m'avoir pr�venu ?

-Pour vous pr�senter un dossier avec des preuves

et pas des accusations bas�es sur des ragots.

-Mener une enqu�te explosive sans mon accord ?

-Elle n'est devenue explosive que depuis quelques heures.

Jusqu'� ce soir, je pi�tinais. -Que s'est-il pass� de nouveau ?

-Je savais qu'un acheteur miracle avait vers� 1 750 000 000

pour sauver de la faillite la SCOVIM,

et, indirectement, Jacques Beno�t-Lambert.

Depuis ce soir, je sais qui est derri�re cet acheteur.

La soci�t� multinationale G.T.I.

-Et vous tenez cette r�v�lation, bien s�r, d'une source s�rieuse.

-On ne peut pas dire que mes sources soient du plus haut niveau,

mais le renseignement est indiscutable.

Tout �a commence de la fa�on la plus banale.

Beno�t-Lambert et sa ma�tresse sont pris en filature par un d�tective

engag� par Mme Beno�t-Lambert.

Prises de clich�s classiques,

vengeance d'une �pouse jalouse

qui veut faire basculer le dossier divorce � son avantage.

Mais il arrive � J.B.L. de sortir sans sa ma�tresse...

pour rencontrer d'autres personnes.

Cet homme, par exemple.

Pour justifier son salaire, le priv� continue � prendre des clich�s,

sans valeur pour le dossier divorce.

Ces n�gatifs, non d�velopp�s, j'ai pu les avoir.

Le service photo m'a remis les tirages ce soir.

-Vous connaissez cet homme ?

-Oui.

Il y a trois mois,

vous m'avez envoy� � Bruxelles pour la convention annuelle G.T.I.

-Oui, nous avons m�me ri � cause de l'heure de l'invitation.

4 heures du matin, je crois.

-C'est exact.

Je suis donc arriv� � l'H�tel de la Cit� � 4 heures du matin.

Et cet homme m'a re�u.

-Je suis Fred Gritt.

Ravi, M. Kerjean.

Merci d'avoir r�pondu � notre invitation.

-Je vous en prie.

-Depuis que je suis directeur des relations publiques de G.T.I.,

vous �tes le seul journaliste invit� � notre convention.

-Je suis tr�s flatt� de cette invitation exceptionnelle, mais...

Pourquoi � 4 heures du matin ?

-Mais il n'est que 21 heures pour G.T.I.

Notre pr�sident voyage �norm�ment.

Lundi, il �tait � Hong-Kong, mercredi � notre filiale de Bombay,

jeudi apr�s-midi � Moscou,

vendredi � un conseil � New York et aujourd'hui avec nous.

Aucun homme ne peut r�sister � tant de d�calages horaires,

alors, la compagnie a supprim� les heures locales

et tout fonctionne � l'heure de New York,

et il est en ce moment 21 heures � New York.

-Ah, ce qui veut dire que, lorsqu'il arrive quelque part,

on se l�ve � l'heure du souper et on se couche

� 15 heures ?

-Oui, question d'habitude.

Nos montres sont r�gl�es � l'heure de New York.

C'est plus facile pour appeler notre si�ge central.

*Enum�ration de chiffres en anglais

...

Le pr�sident va faire son speech dans 15 min.

Il est toujours bref.

Je vous pr�senterai apr�s.

This is Paul Kerjean of La Tribune.

I leave him in your hands.

-Vittorio Horta. Piacere.

-Michel Saint-Claude, G.T.I. Europe.

Que voulez-vous boire ?

-J'h�site entre un grand verre de whisky

et un caf� au lait avec des croissants.

Et voici la photo la plus importante.

J.B.L. a rencontr� quelque part

le pr�sident de G.T.I.

C'est un cerveau redoutable et f�roce en affaires.

Il a su cr�er un v�ritable patriotisme pour sa firme.

Pendant cette soir�e de la convention,

j'ai entendu son discours.

Tintements

...

Rires

Bip Applaudissements

...

-Sir, may I introduce monsieur Paul Kerjean of La Tribune ?

-Delighted.

-Il m'a serr� la main et j'ai senti passer le froid de l'acier.

Mais, dans ce cas, cette poign�e de main

vaut 1 milliard 750 millions.

D�s lors, tout s'encha�ne.

Beno�t-Lambert a des liens familiaux et financiers

avec la SCOVIM qui a de grosses difficult�s,

mais J.B.L. est aussi le pr�sident int�gre et intransigeant

de l'Electronique de France.

Malheureusement, on ne peut recevoir pr�s de 2 milliards d'un c�t�

et continuer � rester intransigeant de l'autre.

-Bien s�r... Mais on ne peut dire � G.T.I. :

"On accepte votre argent, mais restez chez vous, on fera le reste."

C'est trop commode de rendre les multinationales responsables

de toutes les difficult�s �conomiques du monde.

Pourquoi souriez-vous ?

-Parce qu'� cette soir�e de la convention,

le P.D.G. de G.T.I. m'a dit la m�me chose.

-Delighted.

So, Mr Kerjean...

Pardon.

Alors, M. Kerjean, votre journal fait-il partie

de ceux qui pensent que les soci�t�s comme G.T.I.

sont responsables des malheurs de l'Europe ?

-Oh... Ce sont les �conomistes qui disent �a,

mais dans des livres compliqu�s, lus que par d'autres �conomistes.

Ca ne va pas plus loin.

-Et vous, M. Kerjean, vous lisez ces livres ?

-J'en ai lu quelques-uns, mais, j'avoue, j'ai pas tout compris.

C'est plein de courbes, de tableaux de croissance, d'investissements,

de p�n�trations de march�s.

Il y a quand m�me... 3 ou 4 chiffres que j'ai not�s et qui m'ont fascin�.

Il y a, para�t-il, dans le monde, si on exclut les pays socialistes,

trente soci�t�s, dont la v�tre, qui totalisent

un chiffre d'affaires annuel de mille milliards de dollars.

-Et alors ?

-Une puissance aussi colossale concentr�e dans si peu de mains,

�a fait peur.

Mille milliards de dollars :

un tiers de la richesse annuelle des Etats-Unis.

Mille milliards de dollars, c'est 10% de la richesse annuelle du monde

pour un club de 30 personnes.

-De quoi vous plaignez-vous ?

Il reste encore

90% pour les autres.

-Pas tout � fait, car, si on �largit votre club de 30 � 200 soci�t�s,

l�, vous contr�lez 20% de la production mondiale

en utilisant seulement 0,5% de cette population.

Evidemment, vous pouvez toujours me r�pondre qu'il en reste encore 80%

pour les 4 milliards d'individus peuplant le reste du monde.

-Dans ce monde o� nous vivons, il faut grandir ou mourir.

Nous avons d�cid� de grandir.

Pas d'objection ? -Aucune.

D'ailleurs, un petit chef d'industrie a d�clar� un jour :

"Quand une multinationale se pointe sur votre march� national,

vous vous vendez � elle ou vous fermez boutique."

-Il devait traverser une d�pression nerveuse.

Ca arrive souvent, mais �a s'arrangera.

-Ca s'est arrang� pour lui : il a vendu son affaire � G.T.I.

-Voil� un homme avis� et malin.

Il pourra partir en vacances toute l'ann�e.

Tous ses soucis sont pour nous d�sormais.

-Vous ne seriez pas communiste sur les bords ?

-Si j'�tais communiste, je ne le serais pas sur les bords.

Et serais-je journaliste � La Tribune ?

-Soit, mais gare � vos propos.

-Fred Gritt m'a appel� le lendemain pour s'assurer que votre article

serait... moins violent que vos propos.

-Et il le fut, mon cher Bayen. -C'est vrai.

-Et cela malgr�, comme on dit, un incident diplomatique

que nous avons fr�l� de justesse.

C'�tait, je crois, le directeur G.T.I. pour la Belgique

qui a dit, en s'asseyant � ma table...

-Je crois que cette animosit� contre les multinationales

vient de ce que l'opinion publique europ�enne, surtout en France,

est ancr�e dans le nationalisme.

Elle n'est pas pr�te � accepter la mondialisation

et elle admet mal la concurrence �trang�re.

-La concurrence �trang�re, c'est venir dans un pays pour lui dire :

"Mon produit est meilleur et moins cher que le v�tre."

-C'est ce que nous faisons. -Non.

Vous vous installez dans le pays,

vous absorbez celui qui fait le m�me produit et imposez le v�tre.

Vous n'esp�rez tout de m�me pas

que ces gens vous embrassent ?

-Vous avez raison.

Ils ne nous embrassent que quand nous venons vous lib�rer

de l'occupation nazie.

-Ca, monsieur, c'est ce qu'on appelle un coup bas.

Je n'ai jamais pens�

que vous nous aviez lib�r�s d'une occupation militaire

pour y substituer une occupation �conomique.

-Messieurs, je crois que M. Kerjean sera d'accord avec moi

pour admettre que l'on a fait deux plaisanteries de tr�s mauvais go�t.

Nous vous promettons de ne plus recommencer.

Applaudissements

-C'est � ce moment-l�

que quelqu'un m'a gliss� un papier.

Je n'ai jamais su qui, mais c'�tait

s�rement le seul � qui j'�tais sympathique.

Sur une serviette en papier,

il avait griffonn� trois chiffres ahurissants.

-Concernant qui et � propos de quoi ?

-En 1968, pour faire un chiffre d'affaires annuel

de mille milliards de dollars,

il fallait prendre les 6 000 premi�res soci�t�s du monde.

En 1978, elles n'�taient plus que 50.

Aujourd'hui, elles sont 30.

Demain, elles seront 5, peut-�tre.

Et, � la limite, pourquoi pas une ?

-Dans quels termes avez-vous quitt� le pr�sident ?

-Nous nous sommes s�par�s

dans une parfaite et mutuelle incompr�hension.

Je n'oublierai jamais la derni�re image que je garde de lui.

J'avais rencontr� pas mal d'illumin�s dans ma vie :

des mystiques de la religion,

des sectes de la r�volution, de l'id�ologie, du terrorisme.

Lui, c'�tait un mystique du profit.

Les yeux riv�s sur une autre plan�te,

il a lev� son verre...

-A G.T.I.

A vous.

Quant � moi, j'ai demand� par testament

que l'on grave sur ma tombe deux dates,

celles de ma naissance et de ma mort, parce que �a se fait.

Et, en lettres d'or,

un seul chiffre :

le cours de l'action G.T.I. le jour de ma mort.

Je veux que mes successeurs viennent sur ma tombe une fois par an.

Et je serai encore l�

pour v�rifier s'ils ont fait grimper cette action.

Roulement des machines

...

Sonnerie

Bribes de conversations

...

-Et voil�, c'est parti !

Rentrez chez vous et d�crochez le t�l�phone.

Vous allez �tre assailli par les radios, la TV, par tous.

-Non, je pars, pour deux-trois jours.

-Entre nous, o� peut-on vous joindre ?

-Chez le vieux, mais qu'en cas d'urgence.

-Le retour aux sources. -Oui.

Allez, salut.

-Au revoir.

Roulement de machines

...

-Paul !

Ca fait plaisir de te voir.

Ca fait au moins... -Oh l� l�, plus que �a !

Le vieux est pas l� ? -Il est dans son bureau.

-Salut, Michel. -Bonjour.

-Ca va, Louis ? -Salut.

-Charles-Henri.

-On t'attendait par le train de 11 h.

-Mon cher Sylvestre, j'ai pris l'a�roplane.

L'a�roplane.

Vroum...

-Dis-moi, mon petit Paul, mais que fais-tu

les bras en l'air ?

-Il simule un a�roplane.

-Tu aurais dit que tu avais pris l'avion, on aurait compris.

Voil�, il nous prend pour des d�biles, car il ne sait pas encore.

Dis-lui, Sylvestre.

-Eh bien, Le Courrier de Vesons va �tre distribu�

� Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse.

On passe � l'�chelon national. -Mon petit Paul !

Je vais t�l�phoner � Germaine.

-Donc, dans tous les kiosques de France, on ne dira plus

"donnez-moi La Tribune, Le Figaro ou Le Matin",

on dira "donnez-moi Le Courrier de Vesons, je vous prie".

-Eh ben, je n'ai que deux mots � te dire : bra-vo.

-All�, Germaine ?

Oui, il vient d'arriver.

On t'a livr� la dinde ?

Ah, tout de m�me.

Dis-lui que mon estomac ne fonctionne pas

au calendrier.

La dinde de No�l,

le foie gras du jour de l'an, le poisson du vendredi, la poule

au pot du dimanche.

Oui... Oui... Ah non !

Non, tu vois, on a encore fr�l� la catastrophe.

Tu n'ajoutes le hachis

que lorsque tes oignons �minc�s sont bien dor�s, bien blonds.

Et badigeonne la dinde avec la moiti� du m�lange.

Et l'autre moiti�... Voil�, oui.

Je t'embrasse.

Vous autres, allez vous d�crasser,

et tous � la maison dans une heure.

-Paul, tu devrais venir nous voir plus souvent.

-Tu te rappelles notre engueulade ?

Tu voulais titrer "Paul

"Kerjean : oui � M. le maire,

mais pour cause de mariage seulement".

Tu �tais d�j� pour les titres accrocheurs.

Comment �a va, de ce c�t� ?

-Nous divor�ons.

-Et Bastien ?

-Je l'ai tous les week-ends et on partage les vacances.

-Et �a ne peut pas s'arranger ? -Non.

J'ai tout essay�.

Madame ne veut plus vivre dans l'ombre de Paul Kerjean.

Elle veut exister.

D�s qu'on sort, il y en aurait que pour moi.

Si on vient me parler de mon dernier article ou de mon dernier livre,

je r�ponds.

Mais il y a toujours un connard de service

qui vient susurrer des mots comme :

"Je vous trouve tr�s intelligente, ch�re madame."

Car elle lui a dit : "Auriez-vous la gentillesse de me passer le sel ?"

"Vous savez que vous �tes belle ?"

Et voil� le mot supr�me l�ch�.

Des mots.

Des mots, voil� ce qu'elles veulent.

-Vous �tes malades de la ville, Paul.

Allez, viens.

-Bravo pour votre article,

M. Gu�rande,

sur la taxe professionnelle.

Et pour ces saloperies de tours � construire ?

-Dans le prochain num�ro.

Merci, Julien.

Avoue que le "bravo pour votre article",

tu as cru que �a s'adressait � toi.

-C'est vrai.

-Vous vous imaginez tous, � Paris, que vous �tes le centre du monde,

mais, ici, ils se foutent de vos scandales parisiens, mon vieux.

Paul, un de ces jours, tu recevras peut-�tre un petit mot.

"Le vieux est mort."

Dis-toi que je serai parti avec ce printemps

plein les yeux, plein les oreilles et plein le ventre.

Je serai enterr� ici, pr�s des tiens,

et on gravera sur ma tombe : "Ci-g�t un vieux con heureux."

-Je ferai plut�t graver : "Il parlait d'une plan�te inaccessible."

-"Inaccessible", parce que j'ai d�conn� avec l'odeur du printemps ?

Mes printemps sont simples.

Mon printemps d'aujourd'hui, c'est ta visite

et une superbe dinde, farcie comme je l'aime, et qui nous attend.

Germaine !

D�clic photo

-A quelle heure a-t-on trouv�

le corps ?

-Un marinier l'a d�couvert ce matin vers 6 h 15.

Aucun doute possible : c'est un suicide.

M. Beno�t-Lambert s'est tir� une balle dans la t�te.

On a trouv� �a pr�s de lui, sur la banquette avant.

Bribes de conversations

-M. Kerjean, M. Bayen vous attend dans le bureau de M. Hartmann.

...

Petits coups

-Entrez.

Asseyez-vous.

Soupir

Ce suicide confirme votre article.

Mais n'ayons pas l'air de triompher.

On n'y est pour rien, mais, si on continue, on agacera tout le monde.

D'autant qu'on nous reproche d�j� d'avoir caus� sa mort.

-Ce n'est pas mon avis. -Mais d'autres le pensent.

-Je crois qu'il faut continuer.

On ne peut se permettre de laisser tomber cette affaire

comme si on regrettait d'avoir allum� un p�tard.

Allons jusqu'au bout, il reste des questions sans r�ponse.

-Quelles questions ?

-J.B.L. ne pouvait pas � lui seul brader l'Electronique de France.

En trouvant tous les autres, �a peut nous mener loin et haut.

La r�ponse est peut-�tre dans ces photos.

Un soir sur deux, J.B.L. se rendait l�, 16 rue Cisco.

Ces photos font partie de la s�rie que Walter, le priv�

engag� par Mme Beno�t-Lambert, a prise dans ses filatures.

A la fin, comme �a ne pouvait pas servir au divorce,

il ne l'a plus photographi�.

-Il devait aller chez sa ma�tresse.

-Non, monsieur, elle n'habite pas l�.

Et puis il y a celle-ci,

avec cet homme de dos,

le seul que je n'aie pas encore identifi�.

-On ne pouvait imaginer que J.B.L. emploierait ce moyen

pour sortir du p�trin.

Il est mort et la suite appartient � la justice et � l'histoire.

Pour moi, c'est termin�.

Je vous remercie.

Claquement

On sonne � la porte.

...

-Je viens voir M. Walter.

-Attendez, M. Walter est en rendez-vous.

-M. Kerjean... Vous allez me faire le plaisir de sortir de ce bureau.

Je n'ai rien � vous dire.

Je vous ai dit tout ce que je savais lors de notre entretien.

Je n'ai rien � ajouter.

Je vous prie de sortir.

Ecoutez, Kerjean, j'ai pas le temps, je suis tr�s press�.

Faut que je parte pour une fila... Euh... Pour une enqu�te.

Vous pouvez comprendre �a, n'est-ce pas ?

Allez, soyez gentil.

Laissez-moi. -J'en ai pour dix petites minutes.

-Mais j'ai pas le temps. -Prenez-le.

-Y a aucune raison !

-Si, il y en a une.

Je vais �crire des articles sur les d�tectives priv�s,

notamment sur l'agence Walter.

Apr�s, vous ne vous ferez plus de souci pour vos clients.

Vous aurez tout votre temps, pour me recevoir, par exemple.

-Mais... vous me menacez.

-Non, je vous propose un choix.

-Bon.

Mais juste dix minutes.

-Chez qui allait Beno�t-Lambert, au 16 de la rue Cisco ?

-Chez qui ?

J'en sais rien.

Au rez-de-chauss�e,

un cabinet dentaire.

Au premier, un jeune m�nage, deux enfants.

Ils sont toujours en voyage.

Le mari enseigne aux Etats-Unis six mois par an.

M. et Mme Chatillon.

Au deuxi�me, ce sont des bureaux d'experts en assurance.

Au troisi�me,

un couple de retrait�s : M. et Mme Holstein.

Voil� tout, vous �tes content ?

-Et �a ?

-Beno�t-Lambert

et Laura Weber.

-Faites pas l'imb�cile.

L'homme qui est de dos,

qui est-ce ?

-Je n'en ai aucune id�e.

On ne me payait pas pour le suivre.

Je filais Beno�t-Lambert et Laura Weber.

C'est tout. -Ca a dur� jusqu'� quand ?

-A peu pr�s jusqu'au dernier jour.

-Parce qu'on vous a retir� l'affaire ?

-Non.

-Et vous n'�tes pas rest� jusqu'au bout ?

-J'y �tais.

-Vous �tiez l�... quand il s'est suicid� ?

-Vous voulez ma peau ou quoi ?

-J'essaie de comprendre.

Par cons�quent, le dernier soir,

vous avez vu J.B.L. monter dans sa voiture et vous l'avez suivi.

-Mais non. -Vous venez de me le dire !

-Non, j'ai pas dit �a.

Ce soir-l�, Beno�t-Lambert est sorti de chez lui

en compagnie de deux hommes.

L'un d'eux est mont� � l'arri�re avec lui,

l'autre s'est install� au volant.

Alors que je me mettais en route pour les filer, un camion

a d�marr�, a masqu� la voiture.

Quand le camion a d�gag�,

leur voiture avait disparu.

Sachez que je n'en ai pas parl� dans mes rapports.

J'ai dit que ce soir-l�, malade, je n'ai pu le filer.

Je d�clarerai �a devant un tribunal

si l'affaire en arrive l�.

-Sous serment ? -Oui.

Je n'�tais pas l�, je n'ai rien vu. -Qui �taient

ces deux hommes ?

-J'en sais rien du tout et je ne veux pas le savoir.

A quoi ressemblaient-ils ?

D�crivez-les-moi.

-Ni grands ni petits, ni trop gros ni trop maigres.

Ils avaient des chaussures,

des pantalons et des imperm�ables, parce qu'il pleuvait.

Ca vous suffit ? -Vous avez vu leurs visages ?

-Ah, vous voudriez une photo.

Eh non, j'ai rien vu.

J'�tais gar� � une certaine distance, il faisait nuit.

Maintenant, pour l'amour de Dieu, allez-vous-en, Kerjean.

Pour vous prouver que je ne vous en veux pas,

je vais vous donner un vrai conseil d'ami.

Laissez tomber cette affaire, oubliez Beno�t-Lambert,

prenez des vacances, quittez cette ville.

-Tr�s bien.

Pour l'instant, �a ira. -Ni pour l'instant,

ni pour plus tard.

Ne m'appelez pas, ne revenez pas, je ne serai plus l�.

-Alors, Bastien... Ca va bien ? -Ouais.

-R�mi est pas venu ? -Non.

...

Papa, qu'il est beau, ce bateau !

Comment il s'appelle ? -L'Oc�an.

Viens.

-Ca, c'est le Chebba.

-Voil�.

-Oh l� l�...

-Bastien...

Va jusqu'au bout de la galerie, reviens par l'autre c�t�.

Tu viens pas ? -Si, je te rejoins.

Vas-y.

Mlle Laura Weber ? -Oui, monsieur.

-Je vous remercie d'�tre venue.

-Car vous �tes un ami intime de Jacques Beno�t-Lambert.

De quoi s'agit-il ?

-Je ne suis pas un ami de M. Beno�t-Lambert.

J'avais besoin de vous parler.

-Mais qui �tes-vous ?

-Paul Kerjean.

-Votre culot m'�coeure.

Vous n'avez pas fait assez de mal ?

Vous cherchez aussi � salir sa vie priv�e ?

Eh bien, allez-y.

Je m'appelle Laura Weber et je l'aimais profond�ment.

-Mademoiselle...

Je comprends votre antipathie.

Il ne s'agit pas de sa vie priv�e.

Accordez-moi un instant et gardez votre calme.

-Garder mon calme ?

Mais vous n'avez aucune id�e du m�pris que je vous porte.

Vous �tes un �tre immonde.

Entre deux mots crois�s, vous �talez la vie des autres,

ne supportant pas d'�tre moins important que ces gens.

-Papa !

-Ne partez pas.

-C'est le bateau de Napol�on !

-On ne crie pas dans un mus�e !

-Pourquoi ? -Regarde et tais-toi !

Excusez-moi. -C'est ignoble.

Amener un gosse pour m'attendrir !

-Personne ne cherche � vous attendrir.

On peut �tre un journaliste et un papa qui emm�ne son fils au mus�e.

Pour le reste, j'ai rempli un devoir professionnel.

-Non, vous avez soign� votre carri�re,

mais vous manquez de cran pour l'avouer.

Vous n'y �tes pour rien, c'est �a ? -Mlle Weber...

Il se peut que M. Beno�t-Lambert ne se soit pas suicid�.

-On l'aurait tu� ?

-Ca para�t possible.

-Ce qui vous fait dire �a ?

-Des choses troublantes, mais je peux encore rien dire.

Ca vous para�tra absurde, mais j'ai besoin de votre aide.

-Si c'est pour vous aider � �crire encore un bel article, vous r�vez.

-Calmez-vous.

Y aura pas d'article.

Ou, si un jour il y en a un, �a sera pour d�noncer ses assassins.

-Mais je vois pas en quoi je peux vous aider.

-Vous a-t-il laiss� entendre qu'il se croyait en danger ?

-Je lui ai parl� l'apr�s-midi de sa mort.

Il m'a dit qu'il avait d�cid� de contre-attaquer,

qu'il ferait �clater un scandale qui le d�passait,

mais qui concernait tout un monde,

et que je serais fi�re de lui avoir fait confiance.

-Ce fut votre dernier contact ?

-Non, il m'a rappel�e vers 20 h, 20 h 30.

Il m'a dit qu'il �tait chez lui et qu'il passerait chez moi

pour me raconter ce qu'il comptait faire.

Il m'a dit "j'arrive dans 30 min", il �tait tr�s gai.

Je l'ai attendu.

-Qui vous a pr�venue ?

-Personne.

C'est horrible d'apprendre la mort de l'homme qu'on aime � la t�l�,

par quelqu'un pour qui ce n'est qu'un incident comme les autres,

entre la m�t�o et le reste.

Voil�, vous pouvez continuer � lancer des fl�ches en l'air

sans chercher � savoir o� elles tombent.

-Si autre chose vous revenait,

vous m'appelleriez ?

-Il y a fort peu de chances que je vous appelle.

...

*-Kerjean,

J.B.L. est mort.

Qu'il repose en paix.

Laissez tomber.

Vous avez bien compris ?

Laissez tomber.

Bips

*-Ici Bayen.

On vous a pas vu depuis deux jours !

Hartmann demande ce que vous devenez.

Faites-vous toujours partie du journal ?

Alors, votre pr�sence ici nous rassurerait

et vous �viterait un risque de licenciement.

Bonsoir !

Bips

*-Paul, c'est H�l�ne.

Je suppose que tu vas d�ner avec Bastien.

Sois gentil de ne pas le ramener avant 22 h 30.

Je sors.

-Bastien...

Ce soir, on fait la f�te.

On va au restaurant et, apr�s, un film.

"Bambi", �a te va ?

-Je l'ai vu deux fois. -Ben voyons !

-Un film avec des cow-boys et de la bagarre.

-Arr�te... "Shane", "L'Homme des vall�es perdues".

Le petit gar�on te plaira.

-Ca finit bien ?

-Ca d�pend pour qui.

-Papa, quand je serai grand, je veux �tre docteur pour les enfants.

Ca s'appelle �tre un...

P�di... p�dicure...

C'est pas p�dicure.

C'est...

-P�diatre. -C'est �a.

Il para�t que c'est un bon m�tier.

-Allez, on s'en va.

-Je peux emporter ma bicyclette chez maman ?

-Mais bien s�r !

-Et o� il est, ton restaurant ?

Vacarme

...

-All�, la maison Elevator ?

Ici l'immeuble de la rue de la Convention, au 128.

Vous avez envoy� vos ouvriers pour entretenir l'ascenseur.

Ils viennent de partir, la porte du rez-de-chauss�e est bloqu�e

et il y a eu un bruit dans la cage.

Oui, au 128.

Vous n'avez envoy� personne ?

Je suis quand m�me pas folle.

...

Sonnerie

-Tu n'as pas eu mon message ? -Si.

-Il �tait convenu que nos rapports...

-"Se borneraient � Bastien."

Il s'agit de lui.

Indirectement, mais je suis l� pour lui.

-Mais qu'as-tu ?

Dis-moi, mon Bastien.

-Maman, j'ai cass� ma bicyclette.

-Oh, mais c'est rien, mon ch�ri.

Tiens, c'est un cadeau pour toi.

Tu es fou.

Pour une bicyclette, tu viens ?

-Je t'expliquerai la situation d�s que ton toubib sera parti.

-Va jouer dans ta chambre.

On peut savoir qui t'a dit ?

-Tout gosse de divorc�s h�site entre le m�tier de son p�re

et celui de l'amant de sa m�re.

N'�tant pas m�decin, conclure �tait facile.

-Paul, va-t'en.

-H�l�ne, je suis vraiment d�sol� de jouer les trouble-f�tes,

mais ta fiesta est s�rieusement compromise.

C'est tr�s, tr�s grave.

-Cesse donc de parler par �nigmes.

-Bastien et moi avons �chapp� � un attentat.

-Comment �a, un attentat ?

On a essay� de vous tuer ? -Oui.

-Mais pourquoi ?

Qu'a � voir Bastien ?

-Rien, mais, � travers Bastien, c'est moi qu'ils visent.

-Mais qui, "ils" ?

-Je sais pas, je suis sur une enqu�te qui peut d�plaire.

-Sur Beno�t-Lambert ?

-Oui.

-Il s'est suicid�, ce qui prouve que ce que tu disais �tait vrai.

-Il ne se serait pas suicid�.

Mon article a servi � maquiller un assassinat en suicide.

-Pourquoi ?

-Pour qu'il parle pas.

Car il allait parler.

-Et tu sais ce qu'il aurait dit ?

-Pas du tout.

Mais voil�, ils ne le savent pas.

H�l�ne...

Emm�ne Bastien loin d'ici pendant quelque temps.

-Je suppose que �a ne servirait � rien

si je te demandais de laisser tomber.

-Non, � rien.

-Bien.

O� je dois aller ?

-Je te remercie.

H�l�ne...

J'avais eu

bien raison de t'�pouser.

M. Gu�rande, c'est Paul Kerjean.

Non, �a va pas bien, mais je vous expliquerai.

M. Gu�rande, il faut me rendre un service.

Pourriez-vous h�berger H�l�ne et Bastien ?

Oui.

Non... Disons des vacances forc�es.

Vous les prendrez � la gare ?

Par le train du soir, oui.

M. Gu�rande, merci.

Et embrassez tr�s fort Germaine.

...

-Pardonnez-moi encore, Pierre.

Je vous rappellerai.

-Je ne peux rien faire pour vous ?

-Non, mais ne vous inqui�tez pas.

Et merci encore.

Porte

-Je te demande pardon.

J'esp�re qu'il n'a pas pris mon intrusion

pour une vulgaire sc�ne de jalousie.

C'�tait...

tr�s important pour toi ?

-Rien ne l'est plus que Bastien.

Bribes de conversations

...

-M. Kerjean.

On ne vous voit pas souvent.

Je fais quoi du courrier ? -En r�sum� ?

-Ca, c'est la pile "insultes".

Je r�sume : "Vous mangez une vie, vous racontez la vie d'un autre,

"froidement, cach� derri�re votre profession.

"Vous �tes

un remueur de merde."

Etc., etc.

-Et �a, c'est quoi ?

-Un monsieur qui vit � la campagne et qui vous �crit

que le papier hygi�nique y �tant rare,

votre article finira sous cette forme.

Il ajoute le c�l�bre mot d'Henri Jeanson :

"Je vous ai lu ce matin, monsieur, d'un derri�re distrait."

Et, �a, c'est la pile "j'ai beaucoup aim� votre article",

"j'ai appr�ci�, bravo pour votre courage",

"c'est avec int�r�t...".

Etc., etc. -Rien d'autre ?

-Une jeune femme est venue vous voir trois fois, sans laisser son nom.

-Bayen est dans son bureau ? -Oh oui, lui, il y est toujours.

Bribes de conversations

...

-On �vite les pr�liminaires d'usage.

"Voil� un revenant.

Faites-vous encore partie du journal ?"

Je rentre dans le vif du sujet.

Un,

j'ai �chapp� � un attentat.

On a voulu me tuer,

moi et mon fils.

Deux, je suis certain que Beno�t-Lambert ne s'est pas suicid�

et qu'on l'a tu�.

Trois, tous ceux qui fouillent dans cette affaire sont en danger.

Quatre, je fouille.

Cinq, vous me couvrez, ou alors, je d�missionne.

-Comment vous couvrir ?

-Pas un mot � Hartmann.

Officiellement, vous me confiez une enqu�te

du genre "la crise du cin�ma", sujet que j'ai abord�.

-Paru l'ann�e derni�re.

-Vous changez quelques virgules, �a marche toujours.

Officieusement, je continue mon enqu�te.

En cas de p�pin, vous n'�tes au courant de rien.

Ca vous va ? On frappe � la porte.

-Entrez. -M. Kerjean, elle est l�.

-Qui �a ?

-La dame qui est venue trois fois.

Propos non audibles

...

-Je dois �tre stupide de faire confiance � quelqu'un comme vous...

-Mlle Weber, c'est une question � r�gler entre vous et vous.

J'ai pas le temps de vous persuader que vous vous trompez,

que vous pouvez vous confier � moi, etc.

Alors, ou vous parlez ou vous partez.

-Je viens d'�tre cambriol�e.

Tout mon appartement a �t� fouill�, les moquettes arrach�es.

-On vous a vol�

quoi ? -Rien, absolument rien.

-C'est donc pas un cambriolage, on a cherch� quelque chose en vain.

-Evidemment.

Mais... � votre avis, je dois pr�venir la police ?

-Que voulez-vous leur dire ?

Qu'on ne vous a rien vol� ?

R�pondez-moi

franchement.

Avez-vous une id�e de ce que vos visiteurs cherchaient ?

-Aucune, vraiment.

-Alors, un bon conseil :

vous ne risquez plus rien, mais il vaut mieux que vous quittiez Paris.

-Je pars chez ma soeur, en province, demain.

-C'est une bonne d�cision.

-Bon.

-Et merci de m'avoir fait confiance.

-Mlle Weber, une derni�re question.

Vous rappelez-vous de cet homme avec qui vous avez d�n� un soir ?

-Oui, c'est Michel Saint-Claude, un ami de Jacques.

-Et que fait-il dans la vie ?

-Il est pr�sident d'une grosse bo�te pour l'Europe, je crois.

-M. Kerjean, vous vous int�ressez toujours � l'empire G.T.I., je vois.

Vous ne vous souvenez pas ?

On s'est rencontr�s � la convention de Bruxelles.

Il �tait 4 h et on faisait comme s'il �tait 21 h.

Que voulez-vous boire, M. Kerjean ?

-J'h�site entre un grand verre de whisky et un bon caf� au lait

avec des croissants.

-Vous m'aviez beaucoup plu.

Vos arguments �taient un peu na�fs, mais pleins de bon sens.

Oser tenir t�te au pr�sident fut un spectacle � ne pas manquer.

-Le petit papier

gliss� dans ma poche... c'�tait vous.

-C'�tait moi, au p�ril de ma situation.

Asseyez-vous.

Un whisky ?

-M. Saint-Claude, vous �tiez tr�s li� avec Jacques Beno�t-Lambert ?

Vous �tiez des amis ?

-Nous le sommes devenus, lentement.

J'aimais beaucoup Jacques.

Et il me le rendait bien.

-Vous lui glissiez des papiers ? -En quelque sorte.

Mais, cette fois, �a m'a co�t� ma place.

-Que s'est-il pass� ?

-Vous savez...

Pour comprendre ce qui se passe dans une multinationale comme G.T.I.,

il faut avoir assist� � une de ces conf�rences-marathons

qui commencent � 10 heures pour finir � minuit.

Une fois par mois, le pr�sident quitte New York dans son Boeing

avec 40 de ses collaborateurs.

Il d�barque � Bruxelles.

L�, au 18e �tage du building G.T.I.,

les directeurs des filiales passent sur la sellette.

C'est une �preuve terrifiante,

un spectacle surnaturel.

-Good morning, gentlemen. -Good morning.

-All right, Steve.

-"Texlico : annual operations report.

"Despite very high expenditures

"by Texlico in research and development this year,

"nearly 74 million dollars, rates of turnover,

"especially rates of profits were disappointing.

"Diverting these funds into developing new products

"and improving existing ones to maintain their position

"in a highly competitive market

"did not result in achieving the goals set.

First, in relation to projected estimates..."

-On examinait ce matin-l� les comptes annuels d'une filiale :

la Texlico.

Les r�sultats �taient d�cevants : les chiffres de la colonne "real",

� savoir les r�sultats enregistr�s r�ellement dans l'ann�e,

compar�s � ceux de la colonne "forecast",

� savoir les pr�visions,

montraient que les objectifs n'�taient pas atteints.

La fl�che accusatrice indiquait que les ventes avaient baiss� de 2.60%.

Et cela malgr� pr�s de 74 millions de dollars

investis pour la recherche et le d�veloppement.

Les frais g�n�raux avaient augment� de 8.60%.

Les b�n�fices

accusaient une baisse de 36 millions de dollars,

c'est-�-dire 29.41% de moins que le chiffre pr�vu.

-Durant ces r�unions, le monarque, qui r�gne sur notre compagnie,

v�rifie si ses directeurs sont bien riv�s au syst�me.

Il veut les voir pr�senter leurs comptes.

Certains sortaient au bord de l'�vanouissement,

d'autres se so�laient durant 24 heures.

J'�tais un cadre endurci et c'est

avec calme que j'attendais l'attaque.

-Nous ne sommes am�ricains qu'avec les Am�ricains.

Nous avons toujours su �tre europ�ens avec les Europ�ens

et fran�ais avec les Fran�ais.

Nous ne sommes l� que pour coordonner

et faire profiter ces filiales de notre structure mondiale.

-Vous fatiguez pas, Neil.

La presse explique �a tr�s bien aux Fran�ais.

Pour eux, nous sommes une entreprise �trang�re

qui veut s'implanter en France pour �chapper aux barri�res douani�res

et b�n�ficier des avantages r�serv�s aux entreprises fran�aises.

-Mais qu'est-ce qu'une campagne de presse ?

Deux jours, une semaine ?

Un bout d'Afrique ou du Moyen-Orient qui bouge,

une annexion en perspective et puis c'est fini.

-Je vous ai parl� tout � l'heure de deux raisons majeures.

La deuxi�me, c'est le P.D.G. de l'Electronique de France.

Beno�t-Lambert est un obstin�, il ne c�dera pas.

-Nous avons achet� cet homme.

-Non, pour l'instant, vous n'avez achet� que son gendre.

-Nous avons achet� une soci�t� pourrie qui s'appelle SCOVIM

et qui est repr�sent�e par "gendre + Beno�t-Lambert".

Le gendre ne valant pas un sou, il est �vident pour tout le monde que,

si nous avons vers� 1 milliard 750 millions,

c'est pour Beno�t-Lambert.

Il est condamn� � une certaine r�ciprocit�

dans l'affaire qui nous int�resse.

S'il bouge,

c'est le scandale.

-Il bougera.

-M. Saint-Claude, pour acheter un homme qui d�tient un pouvoir,

il faut trois conditions.

Un, s'assurer s'il est achetable et y mettre le prix.

Deux, lui assurer la discr�tion absolue et totale.

Trois, lui supprimer tout remords �ventuel

en lui sugg�rant tr�s habilement qu'il a agi

dans l'int�r�t de son pays.

En g�n�ral, ils sont tr�s ouverts � ce genre de suggestions.

On a ex�cut� les deux premi�res conditions.

Vous avez rat� la troisi�me.

-Les gens qu'on ach�te savent qu'ils n'agissent pas par int�r�t national.

Ils font semblant de le croire.

Beno�t-Lambert refuse de tricher.

Il repr�sente une quatri�me condition qui vous a �chapp�.

L'entretien avait commenc� par "mon cher Michel"

et s'est termin� par "M. Saint-Claude".

Ce qui, en langage G.T.I., voulait dire que j'�tais vir�.

-Comment expliquez-vous que Beno�t-Lambert

ait touch� un �norme pot-de-vin pour un service qu'il refuse de rendre ?

-Pour mieux d�noncer le scandale, avec preuves � l'appui.

-Votre compagnie l'a pris de vitesse.

Ils m'ont utilis� pour d�truire la r�putation de Beno�t-Lambert.

Et ils l'ont fait supprimer, pour l'emp�cher de parler.

-Vous allez un peu vite, je crois.

La compagnie l'a devanc� pour que le scandale change de camp, soit,

mais de l� � aller jusqu'au meurtre, non.

G.T.I. n'est pas la Mafia.

-Cet immeuble vous dit quelque chose ?

C'est le 16 de la rue Cisco.

Au rez-de-chauss�e, le cabinet dentaire

du Dr Ri�ra.

Au premier, famille Chatillon.

Au deuxi�me, un expert en assurances, Robert Duroc.

Au troisi�me, M. et Mme Holstein.

-Non, tout �a ne me dit rien du tout.

-Tant pis.

Je vous remercie.

-Attendez.

Il me semble qu'il y avait un Holstein � G.T.I.

Il �tait directeur pour l'Autriche.

Ca devait �tre dans les ann�es 35.

Mais �a n'a s�rement aucun rapport.

-Merci.

-Je m'appelle Joachim Holstein

et j'ai bien �t� directeur de G.T.I. pour l'Autriche, de 1930 � 1938.

Je ne vois pas en quoi je puis vous �tre utile.

-Vous connaissiez Jacques Beno�t-Lambert ?

-J'ai lu ce nom dans les journaux, mais je ne le connaissais pas.

-M. Holstein, cet homme que vous dites ne pas conna�tre,

a �t� photographi� au moins dix fois entrant dans votre immeuble.

-Il y a un cabinet dentaire et un autre d'expertise dans cette maison.

Il d�file beaucoup de monde.

-Les Chatillon sont absents depuis cinq mois.

Le cabinet dentaire ferme � 19 h, celui d'expertise � 18 h.

Or, M. Beno�t-Lambert a �t� photographi� chaque fois

entrant dans cette maison vers 21 h, sortant vers minuit.

-Vous devez avoir de bonnes raisons pour �claircir ce myst�re,

mais, je le r�p�te, nous ne sommes pas concern�s par votre probl�me.

A part mon fils et ma belle-fille, nous ne recevons personne.

-Bien.

Alors, pardonnez-moi de vous avoir importun�.

M. Holstein...

Je crois que vous savez quelque chose et que vous refusez de parler.

Je n'ai aucun moyen de vous prouver ma bonne foi,

et vous n'avez aucune raison de me croire, mais, voyez-vous,

de tr�s grandes choses ont souvent �t� r�alis�es parce que deux hommes,

face � face, se sont regard�s

et ont su saisir cette seconde ind�finissable

qui est la confiance,

sans raison, sans logique.

Je crois que nous avons rat� cette seconde.

-C'est tr�s joli, ce que vous venez de dire,

mais �a concerne les grands hommes.

Moi, je suis un tout petit homme qui va bient�t mourir.

M. Kerjean, voulez-vous remonter, j'aimerais vous dire un mot.

Ma femme.

-Monsieur. -Madame.

Ma fameuse seconde ind�finissable a jou� � retardement ?

-Non, ma vue est trop basse pour d�celer une seconde aussi subtile.

Je suppose simplement que,

si vous aviez appartenu au clan de ceux qui ont supprim� Jacques,

vous ne seriez pas reparti sans, disons, quelques violences.

-Je vois que votre cerveau est rest� alerte.

-Ca va bien de ce c�t�, merci.

Alors, voil�...

Ils l'ont tu� une heure trop t�t.

Il venait chez moi pour prendre un dossier important.

Ils ont cru qu'il l'avait d�j�.

-Mais qui, "ils" ? -Je n'en sais rien.

-Ceux qui sont concern�s par ce dossier.

-Je ne le crois pas, en tout cas, pas directement.

Asseyez-vous.

D�clics

...

Ce dossier, M. Kerjean,

c'est l'histoire, pendant la Deuxi�me Guerre mondiale,

d'un gigantesque empire �conomique qui s'appelle G.T.I.

Ce petit bout du pass� vous �clairera le pr�sent.

Venez pr�s de moi.

"'New York Times', 4 ao�t 1933.

"Hitler re�oit pour la premi�re fois

une d�l�gation d'hommes d'affaires am�ricains � Berchtesgaden."

En fait

de d�l�gation, Hitler venait de recevoir le pr�sident de G.T.I.,

Arnold C. Adams.

Regardez.

"Press� de questions par la presse sur cette fameuse entrevue,

"Adams r�pond : 'Tout ce que je puis

"'vous dire, c'est que M. Hitler s'habille d'une fa�on impeccable

et que c'est un vrai gentleman.'"

La v�ritable raison de ce voyage de Adams chez les nazis,

nous l'apprendrons apr�s la guerre, en 1946,

durant un interrogatoire du g�n�ral SS Kurt von Schroeder,

pourvoyeur des fonds

de la Gestapo.

-Two witnesses that will be called today,

Kurt von Schroeder and Gerhardt Kramer,

have already appeared on the charge.

Traduction simultan�e en allemand

Traduction simultan�e en russe

-"Aux c�t�s de nazis.

-Kurt von Schroeder, from 1933...

-"Kurt von Schroeder, de 1933 � la d�claration de la guerre,

"on vous trouve � la t�te du conseil d'administration

"de la soci�t� am�ricaine G.T.I.

Qui vous a nomm� � ce poste ?"

Propos en allemand

"Le pr�sident de la G.T.I.,

M. Arnold Adams."

Propos en anglais du procureur

"En quoi consistaient vos fonctions ?"

Propos en allemand

"D�velopper les affaires G.T.I. en Allemagne,

"r�organiser les filiales,

et signer de nouveaux contrats d'armement."

Propos en anglais

"De 1933 � 1939, gr�ce � vous,

"G.T.I. b�n�ficie d'un traitement de faveur des nazis,

"contrairement � toutes les autres soci�t�s �trang�res

"qui furent expropri�es.

"Pourquoi la soci�t� am�ricaine G.T.I.

�chappe-t-elle � ces nationalisations ?"

Propos en allemand

"En nationalisant G.T.I., nous h�ritions juste de quelques usines.

"En conservant ces usines comme des filiales allemandes de G.T.I.,

"nous recevions tous les brevets am�ricains et mondiaux

de haute technologie, dont nous avions grand besoin."

Propos en anglais

"Tr�s vite, les bilans de G.T.I. Allemagne

"montrent des b�n�fices colossaux.

Que devenaient ces b�n�fices ?"

Propos en allemand

"D�s 1934, je proposai � M. Adams

"de transf�rer, d'une fa�on ou d'une autre, ces b�n�fices en Am�rique.

"Il me r�pondit qu'il pr�f�rait les r�investir

"dans d'autres entreprises d'armement allemand.

C'est ce que j'ai fait."

Propos en anglais "Soyez plus pr�cis."

Propos en allemand

"Nous avons construit de nouvelles usines

"avec une partie de ces b�n�fices et investi le reste en achetant

32% des actions de Focke-Wulf."

Propos en anglais

"Il faut pr�ciser que Focke-Wulf

�tait l'usine qui fabriquait les bombardiers allemands."

Propos en anglais du procureur

"D'apr�s vous, M. Schroeder,

"pourquoi G.T.I. investissait ses b�n�fices

dans la machine de guerre nazie ?"

Propos en allemand

"Il �tait clair que G.T.I. et son pr�sident Adams

croyaient � la victoire allemande."

En anglais

"Je vous remercie."

-Doctor Gerhardt Kramer.

Propos en anglais

-"Dr Kramer, vous avez �t� le directeur

"de toutes les usines G.T.I. en Allemagne et dans les pays occup�s,

de 1933 jusqu'� la fin de la guerre."

En allemand "Oui."

"En 1938, apr�s l'Anschluss, l'Allemagne envahit l'Autriche.

"G.T.I. tombe sous le coup de la loi

"de l'expropriation des compagnies �trang�res

et de la confiscation des biens."

Propos en anglais du procureur

"Les usines G.T.I. sont encore �pargn�es.

Pourquoi ?"

Propos en allemand

"J'ai sugg�r� de faire b�n�ficier les usines G.T.I.

de la nationalit� allemande."

"En plein accord avec le pr�sident Adams ?"

En allemand "Oui, bien s�r."

Propos en anglais

"G.T.I. devient donc usine allemande

"et vous licenciez son directeur, Joachim Holstein,

parce qu'il est juif."

En allemand

"Ce n'est pas moi qui ai licenci� Joachim Holstein.

En anglais

"Joachim Holstein est parmi nous aujourd'hui.

Nous allons entendre son t�moignage."

-Mr Holstein.

-Je fus licenci� en deux minutes.

Arnold Adams est entr� dans mon bureau, je l'ai regard� en face.

Il avait pour la premi�re fois le regard fuyant.

Il m'a dit :

"Mon cher Joachim, je suis vraiment navr� de ce qui vous arrive,

"mais, que voulez-vous, ce n'est pas la faute de G.T.I.

"si le monde se divise en deux camps.

"En traitant avec Hitler, je prot�ge les int�r�ts de nos actionnaires

"et j'�vite qu'on nationalise nos filiales.

Je suis s�r que nous nous retrouverons tr�s bient�t."

Je ne l'ai plus revu.

Propos en anglais

-"Merci, M. Holstein, de votre t�moignage.

"Dr Kramer,

"apr�s l'entr�e de l'Am�rique dans la Deuxi�me Guerre mondiale,

"vous continuez � recevoir en Allemagne

"du mat�riel de guerre G.T.I.

et des mati�res premi�res ?"

En anglais "Dr Kramer, r�pondez !"

En allemand

"Excusez-moi, c'�tait une question ?"

En anglais "C'�tait une question."

En allemand "Ma r�ponse est oui."

En anglais

"Comment receviez-vous ce mat�riel ?"

En allemand

"Ce mat�riel �tait fabriqu� dans la filiale G.T.I. en Espagne,

qui nous l'exp�diait."

En anglais

"Une derni�re question personnelle, Dr Kramer.

...

"Que pensez-vous du comportement de la soci�t� G.T.I.

pendant la guerre ?"

En allemand

"Je crois que M. Kurt von Schroeder

est mieux plac� que moi pour vous r�pondre."

...

"Puis-je me permettre de vous rappeler, monsieur,

"que nous ne sommes pas am�ricains, mais allemands.

"Votre question sugg�re sans doute que G.T.I. trahissait son pays.

Il servait le n�tre et cela nous suffisait."

-Ainsi, des bombardiers allemands, fabriqu�s

dans les usines Focke-Wulf avec des investissements G.T.I., bombardent

les navires alli�s, navires que G.T.I. fournit

en appareils de d�tection surnomm�s Huff-Duff, pour les prot�ger

contre les sous-marins

allemands.

Mais la position de ces navires

leur �tait signal�e gr�ce aux c�bles install�s par G.T.I.

Explosions

-A ce niveau, ce ne sont plus des affaires, c'est du surr�alisme.

-Le pr�sident Adams �tait tout ce que vous voulez, mais pas un po�te.

Quand il vit que la victoire alli�e �tait in�luctable,

il changea de camp.

Il mit G.T.I. exclusivement au service de la cause alli�e.

Et c'est en uniforme de colonel

qu'il suivit l'arm�e victorieuse � travers l'Europe de l'Ouest

jusqu'en Allemagne, et veilla au red�marrage de ses usines.

-Mais enfin,

apr�s la guerre, aucune voix ne s'est �lev�e pour d�noncer...

-Mais il y en eut plusieurs.

Le d�partement de la Justice �tablit un acte d'accusation

qui rassemblait de lourdes charges.

L'acte d'accusation,

dat� du 10 mars 1947, ne fut jamais sign�

et le proc�s n'eut jamais lieu.

L�, ce n'est plus du "surr�alisme", mais le monde de Kafka.

En 1967,

le gouvernement am�ricain versa 27 millions de dollars

au titre des dommages de guerre

subis par les usines G.T.I. d'Allemagne,

et 5 millions de dollars pour les usines de bombardiers Focke-Wulf

sous pr�texte qu'elles �taient des propri�t�s am�ricaines

d�truites par les bombardements alli�s.

-Et le pr�sident Adams n'a jamais �t� inqui�t� ?

-Arnold Adams est mort en 1963, dans son lit.

D�cor� de la plus haute distinction am�ricaine,

la France l'avait fait grand officier de la L�gion d'honneur,

et la Belgique, commandeur de l'ordre de L�opold.

Voil�.

J'ai mis 40 ans pour r�unir toutes ces pi�ces.

Il y a l�-dedans tous les num�ros des brevets

et les plans qui ont servi � la fois les Allemands et les Alli�s,

750 t�moignages, toutes les minutes des plus petits proc�s,

la comptabilit� de G.T.I. durant la guerre,

tous les pots-de-vin retrouv�s, cern�s.

-Personne ne sait que vous avez ce dossier ?

-Non, puisque Beno�t-Lambert est mort.

Il est � vous.

Lisez-le attentivement

et vous y trouverez la cl� du myst�re que vous voulez percer,

mais m�fiez-vous des conclusions trop rapides.

-Je vous remercie de votre confiance.

-Oh, c'est un cadeau empoisonn�.

Il faut que vous sachiez, avant de le prendre,

que tant que ce dossier n'�clatera pas au grand jour,

tant qu'il ne sera pas publi�, vous serez en danger de mort,

ou milliardaire.

-Raisonnablement et en toute logique,

que croyez-vous que je vais faire ?

Vous h�sitez � r�pondre ?

-Non, je regarde.

Comment disiez-vous d�j� ?

"Cette seconde ind�finissable qu'est la confiance,

"sans raison

et sans logique."

...

-Je suppose que je dois lever les mains en l'air.

Ca se fait dans ce genre de situation.

-Exactement.

Asseyez-vous l�-bas.

...

Quelle honte.

Voil� des mois qu'une organisation de professionnels

cherche � savoir ce que Beno�t-Lambert mijotait,

quelle �tait cette bombe qu'il voulait faire exploser,

et c'est un amateur, un petit journaliste, qui d�couvre la v�rit�.

-Dites que vous l'avez d�couvert, car je suppose que vous me tuerez.

-Bien s�r.

-Je peux savoir qui vous �tes ?

Vous me devez bien �a. -Je m'appelle Stan Hankins.

-Oui, si on veut... Ma question �tait stupide.

-Comme vous dans cette affaire.

-Je sais.

Vous m'avez utilis� tout d'abord pour abattre J.B.L. moralement

et le placer dans une situation de suicide.

Mon r�le devait cesser l�.

-Exact.

Vous avez voulu rallonger ce r�le et vous ne faites pas le poids.

Vous allez dispara�tre sans rien avoir compris.

-Ah si.

Depuis quelques minutes, j'ai reconstitu� le puzzle.

Un,

pourquoi un empire comme G.T.I. veut absorber l'Electronique de France

quand il a les m�mes usines chez lui et en mieux ?

Car les lois de son pays l'emp�chent de traiter un �norme march�

avec un Etat,

que nous appellerons X.

Il cherche donc un pays n'ayant aucun probl�me avec cet Etat X,

d'o� il fournira son client

en toute tranquillit�.

Ce pays, c'est la France.

L'usine existe d�j� : l'Electronique de France qui servira de couverture.

Deux, le processus habituel "pots-de-vin" ne suffit pas.

Alors G.T.I. dit � son client X : "Je peux vous fournir,

mais il y a un obstacle que je ne peux pas franchir."

Et trois,

l'Etat X en question charge ses services secrets,

ou une organisation similaire, de gommer cet obstacle.

Et...

un homme, qui s'appellera Hankins pour cette op�ration,

d�barque en France.

Et cet Etat X... c'est ?

-Deuxi�me question stupide.

-Dommage.

Un petit trou restera dans mon puzzle.

-Depuis deux jours, nous avions perdu votre trace,

� cause d'une erreur technique.

-Non, j'ai sem� vos suiveurs.

L'immeuble des Champs-Elys�es o� je suis entr� avait deux sorties.

-Peu importe.

Or, c'est durant ces deux jours que vous avez obtenu ce dossier.

Qui vous l'a transmis ?

-Ah... Ah bon.

Je comprends maintenant pourquoi vous n'avez pas �t� plus exp�ditif.

-Restez o� vous �tes.

Qui vous a donn� ce dossier ?

-Puis-je vous demander comment se porte votre petite soeur ?

-Vous ne voulez donc pas r�pondre.

-Voil�, je n'ai plus le monopole des questions stupides.

-Vous avez tort, M. Kerjean, nous pouvons n�gocier.

-N�gocier quoi ?

-Votre vie,

contre un nom et une adresse.

-Et la seule garantie que vous m'offrez, c'est votre parole ?

-Vous n'�tes pas en position d'exiger autre chose.

Ceci dit, r�fl�chissez deux secondes.

Vous vous doutez bien que l'homme que vous allez d�signer

va avoir quelques petites histoires, disons, d�sagr�ables.

D�s lors, vous ne repr�sentez plus aucun danger pour nous.

Vous ne vous vanterez pas d'avoir �chang� votre vie ?

-Si je disparais, je suis pas seul.

J'enqu�te pour mon journal, ils voudront savoir ce qui s'est pass�.

-Nous avons pens� � tout �a.

Il y a l� une lettre

qui explique tout.

Vous �tes un homme � bout, d�pressif,

qui a invent� des informations, falsifi� des documents,

qui vit mal sa responsabilit� dans la mort de Beno�t-Lambert.

Ce sont vos aveux sur votre machine � �crire, avant...

-Avant mon suicide.

-C'est �a.

Alors ?

-J'arriverai jamais � le dire.

J'accepte.

Je vais vous l'�crire.

...

Tirs

Le t�l�phone sonne.

...

-All� ?

*-All�, Bayen ?

Ici Paul Kerjean.

-Moi qui m'�tais enfin couch� t�t, vous exag�rez !

Cette semaine, o� �tiez-vous pass� ?

-Ecoutez, c'est urgent, je peux pas parler longtemps.

Je dois quitter Paris pour quelque temps.

-Qu'y a-t-il ?

*-J'ai tu� un homme. -Mais qui �a ?

O� ? *-Je vous raconterai.

Pour ce soir, sachez simplement que je tiens un dossier explosif

et la v�rit� sur l'affaire Beno�t-Lambert.

Il me faut 6 pages dans le num�ro de lundi.

Voyez �a avec Hartmann.

-Ce sera pr�t quand ?

-Je t�che d'�crire mon article cette nuit.

Apr�s, j'accepte la police, les tribunaux, mais d'abord l'article.

-Mais o� je peux vous appeler ?

-Je vous appellerai.

Bonsoir.

Sonnerie

...

-All� ?

*-M. Gu�rande, c'est Paul.

-Paul, mais nous sommes sans nouvelles de toi.

*-Vous appeler vous aurait mis en danger.

Bastien va bien ?

-Tr�s bien.

Il est d�j� au lit.

-Remerciez H�l�ne pour sa grande patience.

Elle pourra rentrer dans quelques jours.

-Et toi, �a va ?

-Oui, �a va aller.

Rendez-moi un dernier service.

Je serai � l'H�tel de la Sir�ne, � Saint-Paul-le-Village, � 2 h.

C'est � 30 km de Vesons, je crois.

-35 exactement. *-C'est �a.

Il me faut une machine � �crire, beaucoup de papier.

Non, j'aurai pas la force de taper. Vous avez un magn�tophone ?

-La machine que tu m'as offerte l'an dernier.

Mon petit Paul, j'ai honte, je ne m'en suis jamais servi.

-Parfait.

Vous pouvez demander � quelqu'un du journal de m'apporter tout �a

avec dix cassettes ?

-Oui, bien s�r.

Mais que se passe-t-il ?

-Je vous raconterai tout.

N'oubliez pas : H�tel de la Sir�ne, � Saint-Paul-le-Village.

Et un litre de caf�, beaucoup de caf�.

Merci.

...

Ronflement

...

Je voudrais une chambre.

-Pour combien de nuits ?

-Trois ou quatre.

-Le 26, au deuxi�me.

-La chambre 17 ne serait pas libre, par hasard ?

-Oui, mais elle est pour deux.

Ca ne fait rien ? -C'est tr�s bien.

Dans 30 min, on va m'apporter un paquet.

Dites que... -Oui, on vous attend l�-bas.

-Ma pauvre H�l�ne, d�cid�ment, je t'aurai emmerd�e jusqu'au bout.

-Paul, je t'en prie.

Pourquoi tu as choisi cet h�tel ?

-Parce qu'il me fallait un bled paum�, assez loin de Paris,

et pas trop pr�s de vous pour vous �viter des ennuis.

C'est tout.

-Paul, que se passe-t-il ?

-Je vais passer la nuit � �crire un tr�s long article.

Tu sauras tout en lisant La Tribune.

-C'est tout ce que tu peux me dire ?

-Oui, parce que c'est tr�s compliqu�,

et je reviens de si loin.

Deux heures sonnent.

-Tu attends quelqu'un ?

-J'esp�re bien que non.

-La chambre 17, c'est aussi un hasard ?

-Ah �a, tout � fait.

-Je vais rester avec toi ce soir.

-Ecoute, H�l�ne... -Mais je ne te d�rangerai pas.

Tu verras m�me pas que je suis l�.

Je vais pas apprendre ce qui t'arrive par le journal.

-Titre en caract�res gras : "Mille Milliards de Dollars."

Je m'appelle Paul Kerjean.

Profession : grand reporter.

Un titre pompeux que l'on nous donne,

car nous sommes l� o� le monde bouge, l� o� les hommes se battent

et meurent.

Ce soir, je suis un rescap� de la plus impitoyable des guerres,

la guerre �conomique,

o� les g�n�raux sont en costume ray� de bonne coupe,

et leur arme, un attach�-case de bon go�t.

Derri�re trois initiales discr�tes,

une lettre, un point, une lettre, un point, une lettre, un point,

se cache la plus gigantesque machine � broyer les fronti�res,

les Etats, les int�r�ts collectifs,

dans le seul but de produire plus, cr�er sans cesse des march�s,

et vendre.

Je me suis cogn� la t�te

contre ce d�fi lanc� au monde.

*Si le dynamisme et la mondialisation des affaires

est dans la nature des choses, il est difficilement supportable

qu'ils s'exercent au profit de 30 firmes dans le monde.

C'est aux Etats et � leurs gouvernements

qu'il appartient de les contr�ler, les pr�voir, les d�finir

et les dominer.

Devant l'absence de cette politique et le manque de volont�,

ces empires �conomiques nous regardent,

dans la l�galit� et du haut de leur gigantisme.

Ils nous regardent, avec nos petits drapeaux,

nos fronti�res, nos grosses bombes, nos patriotismes,

nos id�ologies, nos querelles et nos folklores,

tandis qu'appara�t en bas de leurs bilans annuels :

mille milliards de dollars.

...

Chants d'oiseaux

...

...

Tu sais,

la chambre 17, c'�tait pas un hasard.

-Tu te souviens ?

-Tout.

Notre d�part apr�s la c�r�monie, ta joie de d�couvrir Venise,

notre panne � 35 kilom�tres de Vesons,

nos 3 kilom�tres � pied jusqu'� Saint-Paul,

l'H�tel de la Sir�ne,

la chambre 17.

Soupir

L'ampoule grill�e, le d�ballage de nos affaires,

ton fou rire quand je te cherchais dans le noir.

T'as tout tap� ?

-Paul... Mais qu'est-ce qui nous est arriv� ?

-M. Gu�rande m'a dit un jour

que nous �tions malades de la ville.

La Tribune ? *-Oui.

-M. Bayen de la part de M. Kerjean.

*-Ici Bayen. -Bayen...

Mon article est termin�.

*-O� �tes-vous ?

-Je vous le ferai d�poser ce matin.

*-Mais dites-moi o� vous �tes.

Vous vous m�fiez de moi ? -Du t�l�phone.

Hartmann publiera bien mon article lundi ?

-Ecoutez, Kerjean, je suis avec M. Hartmann.

Vous lui posez des probl�mes.

Vous devez venir le voir.

*-Je ne reviendrai pas � Paris tant que mon article ne para�tra pas.

Si Hartmann veut me parler, passez-le-moi.

-Pourquoi refusez-vous de venir ?

*-Par mesure de s�curit�.

-Paul, vous �tes fatigu�, surmen�, cette enqu�te vous a �puis�.

Vous imaginez des dangers, des tireurs, des meurtres.

Vous n'avez rien � craindre.

Venez, nous parlerons et vous verrez que vous n'avez rien � craindre.

-Mais vous me traitez de fou, l� ?

-Non, j'ai parl� de surmenage.

Vous expliquez �a tr�s bien dans la lettre qu'on a trouv�e chez vous

dactylographi�e.

-Mais dites donc, si vous avez trouv� cette lettre,

vous avez trouv� mort l'homme venu pour me tuer.

All� !

-Mon petit Paul,

nous avons appel� la police et Bayen est all� chez vous.

-Vous voyez !

*-Mais il n'y avait pas de cadavre chez vous, pas de sang

et aucun d�sordre, par contre, ils ont trouv�

votre lettre. *-D'autres

ont d� faire le m�nage.

-Oui, bien s�r, bien s�r.

*-M. Hartmann,

�coutez-moi bien.

Dans cette enqu�te, j'ai failli y laisser ma peau,

et tant que cet article ne para�tra pas, je reste en danger.

Je vous expliquerai plus tard, mais je vous demande de me croire.

J'ai un dossier explosif de 700 pages prouvant tout ce que je dis.

-Apportez-le avec votre article.

Je demanderai � un de vos confr�res, disons, plus calme, de tout v�rifier

et j'aviserai, mais votre article ne para�tra pas lundi.

-Tr�s bien, je le donnerai ailleurs !

-A votre place, je ne ferais pas �a.

Tout le monde se demandera pourquoi vous avez fait ce choix.

Ils v�rifieront votre dossier.

Ils voudront proc�der de la m�me fa�on que moi.

Non, croyez-moi, apportez-nous tout �a.

Et, surtout, partez vous reposer, vous en avez bien besoin.

-Dites, vous �tes s�r qu'il n'y a pas dans La Tribune

un petit bout de G.T.I. ?

-Question stupide et insultante !

-Et voil�.

H�l�ne,

je suis fichu.

-Moi, je te dis

qu'ils publieront ton article.

-Arr�te, c'est inutile.

Personne voudra se mouiller comme �a, tout de suite.

-Promets de rester ici tant que je ne t'aurai pas appel�.

Je ne te demande que �a.

-H�l�ne...

Tu vas te lancer au milieu d'un cyclone.

-Laisse-moi essayer.

Que risque-t-on ?

Reste ici, je te t�l�phone.

Minuit sonne.

...

Le t�l�phone sonne.

-All� ?

*-Paul, c'est H�l�ne. -Mais t'es folle ou quoi ?

T'es partie � 9 h ce matin, que t'est-il arriv� ?

*-Ton article sera dans tous les kiosques de France lundi,

en 400 000 exemplaires.

-Attends, me dis pas le titre du journal.

Laisse-moi deviner.

400 000 exemplaires, c'est...

-Non, tu n'y es pas.

Non plus.

Ah non, alors l�, tu n'y es pas du tout.

Non...

Ne te fatigue pas, tu trouveras jamais.

Ecoute quelque chose qui te mettra sur la voie.

Roulement des machines

...

*...

-Le Courrier de Vesons.

Mais tu m'as dit en 400 000 exemplaires.

-Gu�rande a mis son stock de papier

de 14 mois dans ce num�ro et ne publie que ton article.

Tu es heureux ?

-H�l�ne, tu es...

Tu es g�niale.

Pauvre M. Gu�rande qui voulait se d�marquer des journaux parisiens...

-Germaine, file, tu g�nes.

-Ecoute-le.

-Plus vite, Sylvestre !

-Je peux pas, je suis au maximum. -Il s'amuse bien.

Je te le passe ?

-Non, parce que... je saurais pas quoi lui dire.

Il me sort d'un tel p�trin.

-A tout de suite... Non, attends.

Ne raccroche pas.

Tu es avec quelqu'un ?

-Non, voyons, je suis � l'h�tel.

-Non, je veux dire... Tu as quelqu'un dans ta vie ?

-Non.

Mais, vu ce qui m'arrive, m�me si j'avais quelqu'un,

elle m'aurait d�j� laiss� tomber.

-Tu pourrais peut-�tre rester un peu avec nous.

Ca ferait tellement plaisir � Bastien.

-Ah, alors, si c'est pour faire plaisir � Bastien, c'est d'accord.

-Et apr�s, Paul, tu as une id�e de ce que tu veux faire ?

All�, tu es toujours l� ?

-Oui, je suis toujours l�.

Je r�fl�chissais � ta question.

Apr�s...

Apr�s, je crois que je vais essayer de rejoindre la race des humains.

Viens vite.

...

Sous-titrage t�l�texte ST' 501

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