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Original subtitles

[doux bruit de l'océan]

[musique lente et mélancolique]

- [son des vagues] - [mouettes au loin]

[musique évoquant la magie]

[respiration forte]

[fin de la musique]

[professeur] Lophiiformes.

Le poisson-pêcheur.

Le requin-griset.

Macropinna microstome…

Barreleyes.

Le calmar géant, l'Architeuthis dux.

Toutes ces créatures sont capables de survivre

à des profondeurs qui vont au-delà de la zone épipélagique,

des rayonnements du soleil.

Comment ces créatures peuvent-elles s’adapter à de telles profondeurs ?

- Ce sont des survivantes des mers. - [musique énigmatique]

À la surface de l'océan, on trouve une couche de quelques micromillimètres

qui oscillent entre l'eau et l'air.

À la fois les deux, sans en être aucune.

Toute forme de vie connue existe en corrélation avec cet espace.

Au-dessus,

nous avons la terre, l'air, les rayons du soleil.

Au-dessous, l'univers de l'eau, de la profondeur, de la pression.

Plus on s'enfonce dans ce monde, plus sombre il devient.

Plus hostile aussi.

Vers les 30 mètres, le tissu spongieux de vos poumons se contracte,

ce qui vous laisse avec une infime portion de l'air

inhalé à la surface.

La pression qu'impose la masse d'eau sur vos poumons est insupportable.

Une fois descendus plus profondément,

vos poumons s'arrêtent de fonctionner, vous tuant sur le coup.

- [sonnerie] - Bonne semaine à vous.

[la musique énigmatique continue]

[femme] C'est toi, chérie ?

Oui !

Assieds-toi pour manger.

[elle soupire]

[Juliette] T'as arrêté d'y aller. T'y vas plus ?

- J'ai plus besoin d'elle. - D'après qui ?

- D'après elle ou d'après toi ? - Maman…

J'ai pas envie d'en parler.

T'as jamais envie d'en parler. C'est important.

Plus tard. J'ai du boulot là, donc…

C'est toujours "plus tard" ! Quand, "plus tard" ?

[murmure] Oh, ça va. [soupir]

[musique énigmatique]

Excuse me !

Wake up.

Debout là, allez, c'est parti !

Vous pouvez pas dormir ici, c'est pas un hôtel.

Y a une auberge dejeunesse pas loin, c'était pas un lit, ça.

[en anglais] Vous parlez français ?

[en anglais, avec accent] Je suis là pour le cours de plongée avec Pascal.

[en français] Désolé, plein de jeunes dorment sur la plage, j'ai cru…

Y avait plus de place à l'auberge ?

J'ai dépensé tous mes sous pour le cours.

Top !

Je suis Tom, un des instructeurs du cours.

Tu veux un café ?

Ouais, je veux bien.

[Tom] La plongée en apnée, c’est pas juste rester sous l'eau sans respirer

ou à quelle profondeur je descends.

L'important, c'est ce qui se passe une fois en bas.

La paix.

La tranquillité.

Mon cours sera surtout consacré à ça,

trouver le meilleur état d’esprit.

Il faut être serein pour connaître les limites de son corps en apnée.

Y a trois règles d'or.

La première…

Quelqu'un ?

Plongez jamais seul, d'accord ?

Les plongées doivent être faites en binôme, avec un plongeur de sécu.

- Voilà. - Deux.

Ne cherchez pas à plonger le plus profond possible, ça sert à rien.

Et c'est dangereux. OK ?

Troisième règle,

restez calme, tranquille,

zen.

- Allez. - Bon.

Tout le monde va prendre une grande inspiration avec moi.

[il inspire profondément]

Et on expire lentement.

[il expire par la bouche]

On expulse toutes ses frustrations, toutes ses colères.

Toutes ses peurs.

[bruit de jet-ski]

[petit rire]

Et voilà, le maestro en personne !

Champion du monde,

détenteur du record du même nom, un peu moins beau gosse que moi,

mesdames et messieurs, Pascal Gautier !

[Pascal] Bonjour à tous !

Et merci d'être là.

La grosse part de ce qui se passe entre vous et le succès,

c’est la peur.

Le plus important, c'est d'apprendre à gérer cette peur.

À la contrôler.

C'est ça qui va faire en sorte que vous puissiez dépasser vos limites.

Et je vous promets qu'après cette journée,

vous allez ressentir un feeling différent.

Un rapport différent à la mer.

Une sensation nouvelle, une force, une puissance nouvelle.

Et ensuite,

vous voudrez signer pour le prochain niveau.

Je vous le promets.

[applaudissements]

[Tom] C'est parti, on va se mettre à l'eau.

[musique évoquant la magie]

C'est top. C'est trop bien.

Bloque ton air au niveau de ta glotte et de ta gorge, pas de tes lèvres. OK ?

Ne laissez pas échapper d'air, même pas un tout petit peu,

jusqu'à ce que vous pensiez que vous allez respirer de nouveau.

Tout mouvement est une dépense d'énergie. La gaspillez pas.

[Pascal] Restez calmes.

Faites confiance à vos profs. Faites confiance à votre instinct.

[il prend sa respiration]

Tout le monde,

regardez-le plonger. Regardez comment il nage pour descendre.

[musique énigmatique]

Il descend à combien ?

Il est un peu spécial. Il peut descendre à 80, 100 m sans efforts.

- Qu’est-ce qui le rend aussi bon ? - Sa principale qualité, c'est son calme.

Je vous l'ai dit. C'est son sang-froid. Faut rester calme dans l'eau.

Et il a aussi une extraordinaire résistante à la douleur.

La différence entre les grands apnéistes et les autres,

c'est cette aptitude à endurer la souffrance.

Ça fait combien de temps qu'il est descendu ?

Deux minutes.

[fin de la musique]

Merci beaucoup !

[Tom] Ça vous a plu aujourd'hui ? Bon, on se revoit demain alors, les gars.

- À demain. - Merci, hein !

Salut. Tu sais où tu dors ce soir ?

Non, pas encore.

- Encore sur une chaise longue ? - C'est joli de dormir à la belle étoile.

Merci pour aujourd'hui. J'ai appris plein de trucs.

T'as failli m'avoir.

De quoi ?

- T'avais déjà plongé avant. - Pas vraiment.

J'ai pêché au harpon avec mon grand-père, c'est différent.

T'as fait de la plongée sous-marine. Tu devrais continuer, t'es forte.

J'aimerais bien, mais c'est pas dans mon budget étudiant.

[ami] Tom, tu vas où ?

- Je suis là. - Viens nous aider, non ?

J'arrive !

Viens ce soir, y aura l'équipe. Je t'aiderai à trouver un endroit.

Je connais bien le type de l'auberge de jeunesse. OK ?

Je t'envoie un message ?

- J'arrive ! - Sérieux…

- C'est bon ! - Allez !

Les gars arrivent à six avec six bouteilles de vodka,

des Russes gros comme ça, une réunion de bolchéviques !

- Tout de suite… - Y avait un Français avec eux,

une tête d'Astérix, avec une moustache cheloue.

Bref, passons. Ils arrivent avec une Russe, mon pote, mais un truc…

Les filles, vous jouez la Ligue des champions, mais là,

on est en finale de Coupe du monde. Je vous adore. Mais bon, on démarre.

Que des shots.

J'en bois un, deux, trois. J'envoie, le mec tient en place.

Il tient la table, il tient le bar, les murs, le mec est solide.

Je vois qu'on va pas s'en sortir, et on en a couché !

Des Bretons, des Normands… Y en a pas un qui tenait.

Mais bon, là…

Vas-y, raconte, c'est quoi, la fin de l'histoire ?

- Ça va ? - Salut.

Euh, Roxana, tout le monde. Tout le monde, Roxana.

- Salut. - Salut, tout le monde.

- Roxana, du cours d'apnée ! - D'accord.

Oh là, il sait pas, il se souvient pas du tout.

Me fais pas de clin d'œil, je m'en souviens vraiment.

[ils pouffent]

[Stéphane] Tu t'emmerdes pas.

Bon, bref, je te racontais !

Les mecs, ils arrivent avec une Russe qui me regarde depuis le début.

Le mec me regarde, on a perdu, concrètement.

Je me suis concentré sur la Russe dans le coin.

Donc t'as gagné ou pas ?

Les mecs boivent des biberons de vodka depuis petits, tu peux rien faire.

On couche pas les Russes.

On a tous fini en taule à Athènes, c'était un peu…

- [avec l'accent anglais] Prison Grecque ! - Carrément.

C'est le moment des blagues pourries.

C'est là. Je t'aime quand t'es comme ça, toi.

Bon, allez, na zdrowie, les Russes.

Et aux Grecs !

- Na zdrowie, les Grecs ! - Na zdrowie, les Grecs !

[Stéphane] Prost !

[Stéphane] C'était pas lui, le Russe tatoué, là ?

[la porte se ferme]

[respirations fortes]

[petit rire]

[soupirs et gémissements]

[Kévin] Elle m'avait jeté un sort, cette putain, elle voyait des shamans !

- Elle m'avait jeté un sort en russe ! - [rire]

[Kévin] Oh là là.

J'ai le moove là, je bouge tout seul. J'ai envie de danser.

[il se racle la gorge]

Tout va bien ici ?

T'as commencé la soirée.

T'en veux ?

[Anna] Connard !

- Putain, c'est pas possible ! - Mais…

[Pascal] Anna !

Reviens !

[Stéphane ricane]

Tu peux pas t'en empêcher.

On disait quoi ?

Eh ben…

à l'amour.

Et au sexe.

Kévin, tu connais la Russie, toi ?

- [Kévin] Secret défense. - [Sacha] Sérieux ?

Il veut pas raconter !

[musique enivrante]

"Dès sa naissance, l'homme porte le poids de la gravité sur ses épaules.

"Boulonné à la Terre.

"Mais l'homme n'a qu'à sombrer sous la surface…

- "Et il est libre." - [petit rire]

T'aimes Cousteau ?

Beaucoup. Il fait partie de mes mentors.

Allez.

Maintenant, montre-moi ce que t'as appris.

[musique douce évoquant la magie]

- T'es pas mauvaise. - [elle rit]

Quoi ? Pour une fille ?

Pour une Parisienne.

[son de l'air comprimé des bouteilles]

Stéphane.

Tu t'occupes de Roxy ? Tu lui montres comment on fait.

Fait chier.

- Je veux pas t'ennuyer. - Maintenant que t'es là…

J'aurais jamais pris quelqu'un sans expérience dans l'équipe, mais bon…

Pas moi qui décide.

C'est toujours la même chose avec lui.

T'observes et t'apprends.

Il t'a dit ce qu'il allait faire ?

Ouais, une plongée d'entraînement.

Quel trou du cul.

Un entraînement…

Il va descendre à 172 mètres.

Deux mètres de plus que le record du monde de plongée en apnée No Limit.

Putain.

- Personne n'est jamais allé si profond. - Sans un sous-marin.

Mais c'est dangereux ?

Toutes les plongées No Limit le sont. Surtout pour un nouveau record.

- Tu sais ce que c'est, No Limit ? - Non.

On t'accroche à une gueuse, on te descend dans les profondeurs

et si tu veux remonter, t'ouvres ton parachute, il se remplit d'air.

Tu remontes à la surface.

T'as plein de catégories.

- CNF, CWF, statique… - CN quoi ?

CNF : Constant Weight No Fins.

WF : With Fins. C'est avec des palmes, sans palmes.

- Et il descend avec ça ? - C'est une gueuse.

Ça, ça l'amène vers le fond.

Et ça, c'est pour remonter.

On revérifiera tout avant qu'il descende.

Le bloc. Le pony-tank.

Le filet de relevage. Le lift bag.

Le largage rapide et la pression.

On contrôle tout plusieurs fois avant chaque plongée.

Et ça, c'est sa garantie de retour à la surface.

On n'a pas le droit à l'erreur.

Sauf s'il nous pète trop les couilles…

Non, je déconne.

Le joint est bon.

Tout est OK. Nickel.

OK, donc…

Ce truc l'aide à descendre,

et après, vous l'attendez en bas au cas où quelque chose se passe mal ?

À peu près.

Deux plongeurs de sécurité tous les 40 m. On est huit sous l'eau.

Plus un médecin.

Moi, je suis au fond, et quand il remonte, j'y reste.

Je décompresse par palier, au moins 3 h pour rejoindre la surface.

[Stéphane] Bon.

Plongée dans 30 minutes. À toute l'équipe, 30 minutes !

- OK ! - Trente minutes !

Et s'il s'évanouit au fond ?

Les black-out arrivent dans les 10, 20 derniers mètres de la remontée.

Mais il peut faire une narcose à l'azote, l'ivresse des profondeurs.

Les plongeurs peuvent disjoncter, au fond.

Pascal doit faire quatre choses.

Premièrement, il nous fait un signe OK.

Il met la main sur le ballon.

Il ouvre la valve, tire la goupille et remonte.

Il passe par 18 atmosphères de pression. C'est énorme.

Ses poumons font la taille d'une orange, en bas.

S'il a un problème, je peux pas lui donner d'air.

Ses poumons exploseraient.

[Stéphane] Réunion sécurité ! Amenez-vous tous !

Tous les plongeurs, indiquez vos noms et vos profondeurs.

Jacques, sécurité surface.

Mathieu, apnéiste de sécurité profond, 40 mètres.

Alain Calmette, secouriste. Équipe de surface.

Loïc, plongeur sécu trimix, 172 mètres.

Thierry, apnéiste profond, 40 mètres.

[Tom] 9h42 !

Tom, plongeur sécu trimix, 172 mètres.

- Immersion dans trois minutes. - Trois minutes.

[inspirations d'air comprimé]

[musique énigmatique]

[la musique énigmatique continue]

[Sacha] OK, trente secondes avant la plongée.

[expiration]

[respiration forte, avec écho]

[il avale de l'air plusieurs fois]

[Sacha, avec écho] Cinq, quatre, trois,

deux, un…

Go !

- [bruit du mécanisme] - [bulles]

110 mètres !

140 mètres !

172 mètres.

Il remonte !

[Sacha] 110 mètres.

100 mètres.

Il arrive !

I'm OK.

- Ça y est ! - Ouais !

[Stéphane] On l'a fait !

- [plongeur] Tu l'as fait ! - [rires de joie]

- T'as assuré ! - Mathieu ?

- Putain, Mathieu. - Mathieu ?

Il est où Mathieu ?

Allez ! Allez ! Allez !

Faut y aller.

[musique intense]

[elle halète]

[expiration]

[musique dramatique]

J'appelle les secours.

Mayday ! Ici le Ketos. Demande d'assistance médicale.

Un plongeur n'est pas remonté.

Notre position est 40° 00' 02" Nord et 6° 13' 38" Est.

[plongeur] Vite, vite, vite ! Remontez-le. Prends sa tête. Mathieu ?

- Aide-moi ! - [Sacha] Prends sa tête.

Mathieu ! Serre mes mains. Mathieu, tu m'entends ? Serre !

[Sacha] Homme inconscient, massage cardiaque sans résultat.

- Besoin d'aide d'urgence. - [radio] Bien reçu.

- Fais quelque chose, t'es secouriste ! - Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Putain. Il a fait un choc cardio-respiratoire !

- [Stéphane] Fais quelque chose ! - Il a plus de pouls.

Putain !

- Faut l'emmener à l'hôpital ! - Sacha, les secours, bordel !

[la musique dramatique s'intensifie]

[respirations haletantes]

[conversations indistinctes]

[Pascal] Bon, les gars…

On débarque tout et faut faire une déposition au commissariat.

Ouais. On leur dit quoi ?

Qu'il avait pas assez d'expérience pour être à 40 m ?

Pourquoi tu l'as laissé faire, alors ?

Et lui, là ?

- C'était un accident. - Exactement.

Horrible, mais un accident.

Qu'on aurait dû éviter, putain.

Tout le monde sait qu'il y a des risques ici.

C'était pas que ton pote, c'était mon ami aussi.

[Pascal] Stéph !

Écoute, je suis désolé.

Je suis stressé, énervé. Moi aussi, ça me touche.

C'était mon pote.

Et c'était un bon plongeur.

Tu m'entends ?

Un bon plongeur.

T'inquiète pas, je dirai comme toi, mon pote.

[musique mélancolique]

[fin de la musique]

[Pascal soupire]

J'aimerais qu'on prenne un moment.

Hier, on a perdu un ami.

Un membre de notre famille.

Mathieu aimait son travail.

Il était consciencieux,

appliqué.

Et passionné, comme nous tous.

Malgré tout, il connaissait les risques. Il les acceptait.

Je préfère pas parler pour lui.

Mais il aurait aimé qu'on aille au bout.

Si vous êtes d'accord, allons chercher ce record.

On va le faire pour lui.

Mais on n'a plus de plongeur de sécurité à 40 m.

Putain, ouais… Je peux y aller, moi.

[Pascal] OK, super.

Merci, Jacques.

Faut quelqu'un à la surface.

[Pascal] OK.

Euh…

Moi, je peux le faire.

Ça va pas, non ?

OK, t'as vaguement assuré hier,

mais on n'est pas plongeur de sécu en 2 jours.

N'importe quoi, putain.

Moi, je pense qu'elle en est capable.

Elle a du talent.

Et un super instinct.

Pascal, oh.

Demandons à l'équipe ce qu'ils en pensent.

Puis on décide tous ensemble.

Je pense qu'elle peut le faire. Elle est forte.

Elle a dépassé les 5 min sans problème.

Elle a rien à faire dans l'eau, surtout en ce moment !

Tom !

- T'as tort, elle est douée. - Tom.

Elle connaît les premiers gestes de sécurité et elle sera pas seule.

Personne d'autre dit rien ?

Allez tous vous faire enculer.

Stéphane a raison.

- C'est trop rapide. - [Tom] On a besoin de quelqu'un.

Tu peux apprendre la procédure aussi vite ?

Ouais, si vous m'apprenez.

Je fais de la plongée depuis mes 10 ans. J'ai mon brevet de secouriste.

[Pascal] OK.

Bon, qui est pour ?

[Pascal] Tu devrais retourner à l'école. À ta vie.

J'ai dit que je voulais faire partie de l'équipe.

Je devrais t'arracher à ta famille, à tes études ?

Je reste.

Tu devrais retourner à l'école.

Va te faire foutre, je reste.

Bon, OK.

Tu restes pour cette compétition.

Et après ?

Ben, ça dépend de toi.

[musique sentimentale]

Voilà. Il perd son air.

Ça, ça veut dire syncope. Black-out.

Prise en étau. Une main à la nuque, l'autre sur les voies aériennes.

On enlève son masque.

On essaye de le réveiller. Breathe, Pascal, breathe.

Il répond pas. Main sur la bouche. Bouche le nez.

Tu souffles fort. Enlève ta main à chaque fois, d'accord ?

Et s'il revient pas, bateau, oxygène.

La main en étau, hein. Roxy.

[inspiration]

Pascal, respire ! Pascal, respire !

[rires]

La plongée en apnée, c'est sérieux. C'est pour ça qu'on met tout en place,

les sauveteurs, les gestes, tout…

Faut avoir tout sous contrôle avant de plonger, tu comprends ?

Si t'as froid, tu fais "t'as froid". Si t'en as marre, tu fais "c'est fini".

- Genre comme ça ? - Fin de la plongée, fin de l'exercice.

[annonceur, en anglais] Pascal Gautier, No Limit, tentative de record du monde,

172 mètres.

Deux minutes avant le départ.

[musique intense]

[annonceur, en anglais] Trente secondes avant le départ.

[expiration]

[il inspire, avale de l'air]

[la musique intense continue]

Trente secondes !

Équipe de sécurité 3, descendez !

[respiration haletante]

I'm OK.

I'm OK.

Pascal Gautier, 172 mètres !

Nouveau record du monde, 172 mètres !

[gémissements et halètements]

Non, mais je vais bien, je te dis…

[Juliette] Tu mens.

T'es où ?

- J'ai rencontré un homme. - D'accord.

T'as rencontré un homme. Et donc ?

Non, mais maman, c'est sérieux, là.

Comment ça ? T'es enceinte ?

Mais non, je suis pas enceinte.

Euh…

par contre, je vais pas rentrer à la fac.

En tout cas, pas tout de suite.

[elle soupire, inspire]

Et…

c'est qui, cet homme ?

Il fait quoi ?

Il s'appelle Pascal Gautier.

C'est un apnéiste.

Il est champion du monde,

il a une école de plongée, il voyage pour ses compétitions.

Et il veut que…

Il veut que je sois avec lui.

Là, tu me dis que tu arrêtes la fac

et fous tes projets en l'air pour un mec que tu connais depuis 5 min ?

J'étais sûre que t'allais réagir comme ça. Sois contente pour moi.

C'est ça que je veux. C'est lui, mon projet. Une vie avec lui.

Moi, je veux que tu fasses attention à toi.

Je veux que tu prennes soin de toi.

Faut que j'y aille, des gens m'attendent.

["Putain de merde" par Naza]

♪ C'est la vida loca ♪

♪ Une ambiance à ne pas louper Mes gars sont loco ♪

♪ Travail sans avocat C'est la vida loca ♪

♪ Y a que des gros popotins ♪

♪ Mes gars sont loco ♪

♪ Pas là pour papoter ♪

♪ On la vend vend vend vend ♪

♪ Toi tu la sniffes bâtard On la vend vend vend vend ♪

♪ Toi tu la sniffes bâtard Merde ♪

♪ Ce soir ça sent l'dégât Putain de merde ♪

♪ Ce soir y a pas débat Putain de merde ♪

♪ Ce soir ça sent l'dégât Putain de merde ♪

♪ Aaaaaah putain de merde ♪

♪ Nous on veut que de la money ♪

♪ C'est pour ça qu'on a zoné ♪

♪ Nous on veut que de la money ♪

[fin de la chanson]

- [Sacha] La capitale de l'Australie ? - Canberra.

Ah !

Putain !

- Tu connais la capitale… - Stéphane, joue ! Fais pas le timide.

- Tu connais la capitale de… - Ouagadougou !

Du Burkina Faso !

[rires]

♪ Chauffeur, si t'es champion Appuie sur le champignon ♪

♪ Stéphane, si t'es champion Appuie sur le champignon ♪

♪ Stéphane, si t'es champion Appuie sur le champignon ♪

- [Stéphane] Fuck you. - Te laisse pas faire.

- Merde, Alexi Sobiesky a battu le record. - [Stéphane] Putain…

- [Tom] Mais non. - [Sacha] Si.

Fais lire ça.

[musique intense]

Ah ouais.

- 174 mètres. - Qui ça ?

[Tom] Sobiesky.

On va aller le chercher. C'est fait pour ça, les records.

Et si y a du Russe, y a de la Russe.

[rires]

[Sacha] J'adore.

[musique douce]

[inaudible]

[en anglais] Montre-moi ce que t'as dans le ventre !

[conversation inaudible]

[elle rit]

[Stéphane] Une minute !

Allez, on y va !

[Sacha] Caméra prête !

[Stéphane] Dix secondes !

J'arrive.

[déclenchement de la gueuse]

[musique intense]

[grésillement du signal]

[la musique s'assombrit]

[cris de dauphins sous l'eau]

[la musique sombre s'intensifie]

[Stéphane, en anglais] Pascal ! Respire !

[plongeur] Respire, Pascal !

[Stéphane] Respire ! Respire.

Pascal ! Pascal, respire.

Pascal, respire !

[musique austère]

C'était quand, la dernière fois ?

La dernière fois que quoi ?

Que je me suis évanoui ?

Ça fait des années.

Roxana, c'est bien ça ?

Votre copain joue avec le feu.

S'il continue à plonger, ça va mal se terminer.

Si vous l'aimez, il faut le convaincre d'arrêter.

Moi, je peux pas faire ça.

C'est toute sa vie.

Pour le moment, oui.

Comprenez-moi bien, ces black-out ne sont pas anodins.

Je te demande d'arrêter.

Tu prends trop de risques, là.

C'est comme ça.

C'est ma vie.

Tu devrais peut-être aller voir un autre médecin.

Il fait son job. Il dit toujours pareil.

Je replongerai quand j'en aurai envie.

- Mais là, je pense à un truc. - Quoi ?

Quoi ?

Mais quoi ?

[en riant] Mais dis-moi !

[Pascal] Mental relax, plongée relax.

T'as la technique, les poumons. Tu sais quoi faire.

C'est le jour de la compète que ça se complique.

Quand ils sont seuls avec leur team,

ils ont de l'oxygène pour une semaine.

Quand le compte à rebours commence,

avec les juges, la pression, l'agitation, le bruit, la foule,

c'est là qu'on reconnaît les hommes des gamins.

T'es prête ?

[Pascal] OK.

[musique sentimentale]

[musique intense]

[respirations profondes]

[annonceur] Cinq, quatre,

trois, deux, un.

Top officiel !

[la musique intense continue]

[respiration haletante]

I'm OK.

Roxana Aubry, 56 mètres !

- Nouveau record français féminin de CWF ! - [acclamations]

Tu l'as ! Tu l'as fait !

Toutes nos félicitations, Roxana, pour cette fantastique plongée !

Vous êtes la meilleure apnéiste française. Ça fait quoi ?

Ça fait du bien. Ça fait beaucoup de bien.

Mais j'y serais jamais arrivée sans lui.

Pascal Gautier.

Qui connaît mieux les profondeurs que Pascal Gautier ?

Ça, vous êtes déjà au courant.

Merci, les gars…

- T'es fière ? - Ouais, quand même.

Il est lourd par contre, le journaliste de RMC Sport, non ?

[Juliette] Vous êtes Pascal ?

Bon après, il était vraiment bizarre.

[Pascal] Enchanté, je suis ravi.

- Vous avez fait bon voyage ? - Maman ?

- Qu'est-ce que tu fais là ? - Mais…

Je savais pas que c'était un évènement aussi important.

Mais pourquoi t'es venue ? T'aimes pas la plage…

- Le bateau, la mer, je comprends pas. - Pourquoi t'es agressive ?

Qu'est-ce qu'il se passe ?

C'est pas sain pour elle, tout ça !

C'est pas bon !

- Vous la connaissez pas. - Maman ! Arrête.

Tu devrais pas risquer ta vie comme ça !

Mais maman, arrête !

Elle est fragile.

Stop ! Attends, on a besoin de deux minutes, là.

Il faut que tu rentres.

Je sais ce que tu fais, ça va pas marcher !

C'était impressionnant aujourd'hui.

Très impressionnant.

T'es forte.

J'ai raconté ça à papi, il en revenait pas.

Il était fou de joie.

Comment il va ?

Bien.

Il a toujours le cœur fragile, ça va pas changer. Mais ça va.

Tu lui manques.

Je vais pas rentrer avec toi, maman.

J'ai compris.

Fais attention à toi.

[musique sombre, énigmatique]

[la musique s'intensifie et culmine]

[respiration haletante]

[elle déglutit, soupire]

[émission télé en italien]

Ça va, mon amour ?

Ça va ?

Hm.

Qu'est-ce qu'il se passe ?

T'inquiète pas, va te recoucher. J'arrive dans une minute.

[musique mélancolique]

[conversations indistinctes]

Tu l'as trouvé ?

Il est pas sur le bateau. Je sais pas s'il va venir.

Bah voyons. La seule interview tous ensemble.

Ça fait combien de temps qu'il est descendu, l'autre ?

Deux cinquante.

[femme] Il arrive !

- [réaction de la foule] - Il est là, prends-le !

[en anglais] Respire !

- Ouais. - Respire !

He's OK.

Au moins, y aura pas de nouveau record du monde.

- Hé, c'est elle, l'Américaine ? - Ouais.

- [Tom] Ouah. - [Stéphane] Ouais.

- [Sacha] Elle veut descendre à 178 m. - Quoi ?

Elle est descendue à 130 m à sa dernière compète.

[Stéphane] Ouais.

Elle veut tenter le record d'Alexi ? Ils laisseront jamais faire.

Si. Elle a réussi à l'entraînement.

Ils montrent la vidéo. Elle veut battre le record masculin.

[Sacha] Elle va le faire.

- [répondeur de Pascal] - Et l'autre, il répond pas là, putain…

[en anglais] Cinq, quatre, trois,

deux, un…

Départ officiel !

[air comprimé relâché]

- Thank you. - Congratulations.

[applaudissements et acclamations]

[moteur de bateau à l'approche]

[musique sombre]

Les gars, je veux plonger.

- Il est au courant pour le record ? - Ouais, pourquoi on serait là ?

Il veut descendre à 180 m.

[soupir écœuré] Il est taré. On va pas le regarder se foutre en l'air.

- [Pascal] Je vais plonger. - C'est pas prévu.

Je vais pas rester comme ça. Je dois le refaire.

- [Tom] Je veux pas voir ça. - Y a plus assez de temps, alors.

Bon, allez, go.

- [Stéphane] C'est n'importe quoi. - Ouais.

Je suis prêt. Je l'efface de cette liste. Toi aussi, si tu continues.

- Non. - Tu le regretteras.

Eh, oh, calme-toi, là.

Je t'emmerde. Oublie pas ce que tu viens de faire.

- Calme-toi, Pascal. - [Pascal] On y va.

Allez ! Tu veux que je le conduise moi-même ou quoi ?

[bruit du moteur qui s'éloigne]

[en anglais] Bien, merci.

Mesdames et messieurs,

nous avons un nouveau record français de plongée,

mais ce n'est pas ça, le plus fort.

En revanche, la femme à l'origine de ce record

participait à sa première compétition, et ça, c'est fort !

[acclamations]

Mesdames et messieurs,

un nouveau record français

dans la catégorie Constant Weight with Fins,

cinquante-six mètres,

laissez-moi vous présenter Roxana Aubry !

[acclamations]

Maintenant, la terre se dérobe sous nos pieds.

Pour la première fois dans notre sport,

une femme remplace un homme pour le record du monde

de la plus grande profondeur jamais atteinte par un humain.

Mesdames et messieurs,

la championne des profondeurs,

détentrice d'un nouveau record du monde de 178 mètres,

Naomi Clarke !

[acclamations]

[la foule scande "Naomi"]

[les acclamations continuent]

[foule] Bravo !

[chant d'opéra] ♪ We go in the taxi ♪

[en mauvais italien] Bonsoir, c'est possible de… Parfait.

[Sacha] Et hop. Hop.

[Roxana] Je vais marcher, je prendrai un taxi.

- [Tom] Oh ? - [Sacha] Pourquoi ?

- Parce que… - [Sacha] Tu vas pas rentrer à pied.

- C'est pas grave. - [Sacha] Allez !

Non, non, vas-y.

- [Tom] Elle a pas la clé ! - [Sacha] Roxy, on t'aime !

[Pascal] Hé, Roxy !

Attends-moi !

Je pouvais pas rester là !

T'aurais pu faire un effort.

C'était un moment important pour moi.

J'ai rien à voir avec le fait que ton record ait été battu.

Battu ? Sa plongée, c'est de la merde !

- T'as vu l'enregistrement ? - Non.

C'est une imposture.

- Je vais reprendre mon titre. - De quoi tu parles ?

Je vais pas arrêter la compétition pour 3 plongeons malchanceux.

Mais laisse ton corps se reposer !

- Pourquoi t'écoutes pas le médecin ? - Jamais de la vie.

Jamais de la vie, OK ?

Je préfère que ce soit n'importe qui qui ait ce record. Même toi.

Je t'ai vue. Toute l'attention sur toi, t'as l'air d'aimer ça.

- T'es dégueulasse. - Dégueulasse ?

Ah ouais ?

Je vais te dire ce qui est dégueulasse.

Mon père est parti quand j'avais cinq ans.

Il tabassait ma mère tous les soirs.

[musique mélancolique]

On était contents qu'il parte, cette pourriture.

Ensuite, ma mère est partie.

Elle pouvait pas s'occuper de moi, elle buvait tellement.

Et regarde-moi aujourd'hui.

J'ai 25 records du monde.

Y a ceux qui bronzent et ceux qui ont rendez-vous avec le soleil.

J'ai tout construit tout seul.

Je me suis vengé de tout et tout le monde.

J'ai rendu les coups toute ma vie. Je suis pas fatigué de me battre.

C'est moi, le champion.

Ça aussi, tu trouves ça dégueulasse ?

- C'est pas ce que je voulais dire… - Laisse tomber.

[elle sanglote]

J'ai besoin de prendre l'air.

Toi, tu rentres à l'hôtel.

[elle soupire]

[musique mélancolique]

[ça sonne]

Bonjour, vous essayez de joindre Pascal Gautier.

Je ne suis pas disponible, laissez un message après le bip.

[bip]

Bonjour, vous essayez de joindre Pascal Gautier.

Je ne suis pas disponible, laissez…

[elle raccroche]

[ça sonne]

[la musique mélancolique continue]

Bonjour, vous essayez de joindre Pascal Gautier. Je ne suis pas…

[Stéphane] Donne-moi ça.

Non, merci.

- Comment tu te sens ? - Fatiguée.

T'as vu Pascal ?

- Il t'a pas dit ? - Non, dit quoi ?

Attends, qu'est-ce qu'il se passe, là ?

Il avait besoin d'être seul, il est parti à Kalamata.

Ils ont refusé qu'il plonge à cause de son blackout.

Désolé, je pensais qu'il t'avait prévenue.

Il m'a prévenue, je savais pas qu'il partait si tôt.

Léa est très triste que tu partes.

Comment tu sais ça ?

- [Tom] Non. - Stéph ?

Les black-out, c'est grave ?

C'est pas génial.

Ça arrive, avec l'âge.

Le problème, c'est que quand ça commence, ça s'arrête rarement.

Voilà, voilà.

Tu veux que j'appelle Pascal ?

Non, ça va.

Je peux le faire moi-même. On y va ?

Pour moi, c’est ça, le vrai truc.

Pas de palmes.

Pas de gueuse,

pas de ballon pour remonter.

Juste toi,

ta force et ton savoir-faire.

T’as la technique, t'as les poumons, t’es douée…

Je rigole pas.

Des gens excellent tout de suite dans certains sports. C’est rare,

particulièrement en apnée, mais y en a.

Toi,

t’as cette physiologie naturelle.

Et ça…

Ça, c'est un don.

Mais ça suffit pas.

Le plus important,

c'est le mental.

Visualise ta plongée comme si t'étais à l’entraînement.

Reste concentrée.

Reste calme.

Voilà.

Longue inspiration…

[elle souffle]

Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je suis pas sûre d'être prête. - Bien sûr que si.

Je te laisserais pas plonger si je pensais que t’en étais pas capable.

- C'est pas pareil quand il est pas là. - Roxy.

T'as pas besoin de lui. T'as besoin de personne.

T'as même pas besoin de moi, alors…

Merci…

[longue expiration]

[musique intense]

[conversations indistinctes]

[Roxana, en anglais] C'est une méditation quand on est aussi profond sous l'eau.

[en français] C'est le sport d'équipe le plus solitaire.

[elle se répète, en anglais]

[en anglais] De nombreux fans remarquent que l'apnée

est prise d'assaut par de superbes femmes.

Ça ne me pose pas vraiment problème.

Mais avez-vous un commentaire sur votre nouveau rôle d'athlète vedette

et soyons honnêtes,

de sex-symbol ?

- [petits rires] - [elle rit]

[en anglais] Ce n'est pas très féministe, mais merci du compliment.

Euh…

Je ne suis pas encore une athlète vedette.

Et je ne suis pas du tout un sex-symbol !

[en anglais] Mais si !

[Roxana rit]

Non, mais je crois que c'est un moment intéressant pour ce sport.

La ligne s'estompe entre les hommes et les femmes.

Il s'agit juste d'être le meilleur.

C'est peut-être naïf ?

Pas du tout.

- Félicitations encore. - Merci.

C'est incroyable, ce que vous faites,

au-delà d'être un sex-symbol, bien sûr !

Vous êtes géniale. On a eu ce qu'on voulait.

Merci beaucoup, ça me fait plaisir.

- Avec plaisir. - Oui. [petit rire]

Merci.

On est bons.

- Merci. - De rien.

[en français] T'es venu.

J'arrive au bon moment, on dirait.

[musique sombre]

De quoi tu parles ?

Mais t'étais où ?

Tu disparais. C'est ton équipe qui doit me dire que t'es parti.

Je t'ai dit que j'avais besoin de respirer.

Non, que t'avais besoin d'aller faire un tour.

C'était quoi, ça ?

Ça, quoi ?

Peu importe que je sois là pour te tenir la main ou pas.

T'es une athlète professionnelle, maintenant.

T'es ma partenaire, dans mon équipe.

- Et ? - [fort] Comporte-toi comme telle !

Au lieu de t'exciter quand un mec te drague.

Souviens-toi comment on en est arrivés là.

[musique inquiétante]

[Roxana] Pascal.

[grésillement de soudure]

[sourd] Pascal.

[fin de la musique inquiétante]

Tout le monde t'attend, là.

[il soupire]

J'ai bien réfléchi.

Je pense que c'est le moment.

Faut aller chercher ce record.

- On peut pas le laisser… - Arrête.

Je sais ce que vous allez dire.

Je suis pas prêt,

pas assez entraîné, pas assez en forme…

Je le sais.

Vous avez raison.

C'est vrai.

Je le suis pas.

Mais Roxana, elle l'est.

- Quoi ? - Stéph, tu sais qu'elle en est capable.

Le CWF, c'est bien plus dur que le No Limit.

- Ah bon ? - Eh bah !

Tu crois vraiment qu'elle est prête pour le No Limit ?

[Tom] OK.

Laisse tomber.

J'arrête.

J'arrête.

On a fait des trucs de fou ensemble, mais là, c'est trop.

N'abandonnez pas, putain !

Risque ta vie pour ton sport, mais l'impose pas aux autres.

Stéph.

Il a raison.

[Pascal] Vous déconnez, là.

Sur ce coup-là, ce sera sans moi aussi.

Vous croyez que je mettrais l'amour de ma vie en danger ?

C'est ce que vous pensez.

Comme vous voulez.

M. Tom et M. Stéphane se barrent.

Tu veux te barrer, toi aussi ? Toi aussi ?

Sérieux ?

Après tout ce qu'on a vécu ensemble…

Tu veux rentrer chez toi ? Vas-y, casse-toi !

Dégage aussi si t'es pas content !

Cassez-vous tous ! J'ai besoin de personne. Compris ?

C'est pas toi qui te barres, c'est moi qui te vire.

- Dégage ! - Stop !

Vous, asseyez-vous !

J'en ai marre qu'on prenne mes décisions et qu'on parle à ma place !

Pascal me mettrait pas en danger.

Vous faites chier à parler de moi comme si j'étais pas là.

Je suis là, putain ! Je suis là !

J'ai envie de la faire, cette plongée ! Et c'est pas pour lui que je la fais.

C'est pour moi, OK ?

C'est ton père ?

Non.

C'est mon oncle.

C'est lui qui m'a élevé.

Et c'est lui qui m'a appris à plonger en apnée.

J'arrivais même pas à tenir le fusil harpon à l'époque.

Tu vas le faire, ton come-back.

T'en sais rien.

T'as peut-être raison, mais…

Je sais ce que c'est de penser…

que tout est fini.

[musique basse, sombre]

J'étais une gamine bizarre.

Super maigre, avec des bagues, tout ça.

[petit rire] Je t'ai déjà dit.

Mais…

j'étais pas heureuse.

Mon père s'est suicidé quand j'avais 12 ans.

Dépression. Il voulait pas se faire soigner…

Il était tellement jeune.

Ma mère était une loque.

Moi, je sais pas, je…

J'avais que des questions.

Pourquoi il a fait ça ?

Pourquoi il a voulu nous quitter ?

Est-ce que j'aurais pu l'arrêter ?

Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?

[la musique sombre continue]

Et je suis devenue obsédée par l'idée de la mort.

Comment ça ferait de mourir ?

Euh…

Et à un moment, ça a été trop dur.

Et un jour, je me suis dit que…

ce serait le jour où j'irais le rejoindre.

J'ai rempli la baignoire avec de l'eau chaude.

Et je me suis coupé les poignets.

[la musique devient dérangeante]

Mon grand-père est arrivé, il m'a trouvée.

Et il m'a sauvé la vie.

C'est plus toi, tout ça.

Tu représentes plus pour moi

que n'importe quel trophée ou record. Je m'en fous de tout ça.

[fin de la musique]

Je serais contente de tout arrêter.

Je sais pas, de partir sur une île déserte avec toi, faire des enfants…

[gémissements et halètements]

[soupir suffoqué]

- [elle suffoque] - [il gémit]

[elle tousse, suffoque]

[gémissements culminants]

[elle halète]

[elle tousse]

[elle se racle la gorge, déglutit]

Pourquoi on mettrait pas tout ça de côté ?

[musique inquiétante]

Je veux juste faire ce qui est le mieux pour nous.

[il soupire]

[il se lève]

Tu veux déjà abandonner ?

[Pascal] On n'abandonne pas.

T'es une championne maintenant.

Grâce à moi.

Tu veux retourner à ta petite vie ?

Dans l'obscurité ?

T'as juste peur.

Hein ?

On abandonne pas quand on est la meilleure.

Je vais faire un tour.

[musique bossa nova en fond]

Bonsoir.

- OK, OK. - [ivre] Tom !

Bonsoir.

Ouh.

- Comment ça va ? - Trop contente de te voir.

Moi aussi, je suis content de te voir.

Deux shots.

Allez, deux shots, s'il vous plaît.

Tu bois quoi ?

Un Martini rouge.

[elle rit, ivre]

- On trinque à quoi ? - Euh… [elle pouffe]

- La plongée. Le record. - OK.

Tiens. C'est parti.

Arh.

T'es stressée un peu, t'es nerveuse ?

- Heu… Non. Oui. - Tu veux me parler de quoi ?

Euh…

Je suis pas trop nerveuse, mais…

je voulais mettre…

Je voulais mettre les choses au clair entre nous avant la plongée.

De quoi tu parles ?

J'ai peut-être fait le mauvais choix.

C'est à toi que j'ai plu d'abord, non ?

Non.

Si ! Si.

Si, tu m'as plu, ouais.

Moi, je croyais que je te plaisais au début.

Je suis désolée.

Tu t'es fâchée avec Pascal, toi.

Hein ?

Tu sais qu'il me trompe.

C'est mieux si je me mêle pas de ça.

Non, je te demande pas de dire quoi que ce soit. Je sais déjà.

Tout le monde le sait.

[il soupire]

Je suis désolé, mais parce que… je sais…

["Solitude" par Billie Holiday en fond]

- Je suis pas une fille bien ? - Si.

Si, t'es une fille bien.

Si. Si, si, t'es une fille très bien.

Mais là, t'es une fille très bourrée.

Je peux pas t'en vouloir.

Je veux pas que tu regrettes de m'avoir embrassé, tu comprends ?

[il soupire]

- Tu veux faire du vélo ? - [en riant] Oui.

[bruits sous-marins]

[musique sombre]

[respiration haletante]

I'm OK.

[acclamations]

Je vous l'avais dit, les gars.

Je vous avais dit que c'était une championne.

Je savais que tu pouvais le faire.

176 mètres.

Boum !

Remets la plaque à 180.

Quoi ? Pour elle ?

- Pas pour elle, connard. Pour moi. - [Stéph] Quoi ?

180 mètres. Maintenant.

[musique intense]

[battement rythmique sourd]

[musique dramatique]

[Pascal] Je vais bien.

Je sais.

Je sais que tu vas bien.

On peut se parler une minute ?

Et si on prenait des vacances ?

Arrête de t'inquiéter, je te dis.

On peut quitter tout ça un moment, juste toi et moi.

Loin de tout.

- Loin de l'eau. - Non !

- Juste… - Arrête !

Personne me traite comme un gamin.

On va nulle part.

Quand ça va mal, je me cache pas, moi.

Alors tu vas continuer à t'entraîner.

On a une compétition dans cinq jours et on y sera.

Tu y seras.

[musique sombre]

OK ?

[Pascal rit]

N'importe quoi. Je te jure…

OK.

OK, ça marche.

Je t'embrasse.

Allez, bisous.

C'était qui ?

C'était rien.

Une amie.

- Rien d'important. - Si c'est pas important, raconte-moi.

Tu crois que j'ai quelqu'un d'autre ?

Je parlerais à ma maîtresse devant toi ?

[petit rire méprisant]

T'es un enfoiré.

À question conne, réponse d'enfoiré.

Je sors, je vais prendre un verre.

[la porte claque]

[une voiture démarre]

[musique inquiétante]

[la musique inquiétante continue]

[la musique s'intensifie]

[la musique devient mélancolique]

[respiration saccadée]

[Pascal, riant] Viens là.

["Nouvelle-Orléans" par La Femme]

[il chantonne]

♪ Je ne veux plus de situations bancales ♪

♪ Maintenant je veux retrouver le calme Et la paix dans mon âme ♪

[on frappe]

Ouais, c'est ouvert !

Roxy, qu'est-ce tu fais là…

- [elle pleure] - Oh, oh…

[il éteint la musique]

Oh, oh, oh…

- [elle pleure] - Qu'est-ce qu'il se passe ?

Qu'est-ce qu'il se passe ? Viens là.

- Qu'est-ce que… - J'en peux plus…

J'en peux plus, je le quitte.

C'est bien, ça.

Je veux faire cette dernière plongée avec toi.

Après, j'arrête.

OK.

- OK. - OK.

- Oui. - [elle rit]

Je suis pas bourrée, cette fois.

- [murmure] Non ? - [murmure] Non.

J'avais bien fait le mauvais choix.

T'étais où ?

Oh !

Qu'est-ce tu fais, là ?

Je sais pas, ça ressemble à quoi ?

OK, calme-toi.

Me dis pas de me calmer.

Ne me touche pas !

OK, je te touche pas.

C'est fini.

Tu comprends ?

- Je veux plus me faire marcher dessus. - Bah, va-t'en.

C'est toi qui nous abandonnes. Pas moi.

Tu m'as trompé ? T'en avais besoin ?

Pas grave. Je l'ai fait aussi. Ça voulait rien dire.

Mais ça voulait dire quelque chose pour moi, putain !

Tout ce qu'on a vécu ensemble, ça voulait dire quelque chose pour moi !

T'es la seule femme que j'ai jamais aimée.

- Tu le sais. - Je te crois pas.

Je sais que c'est pas facile.

Et que je suis pas facile.

Mais on est pas dans une petite vie bourgeoise à la con.

[respiration intense]

Et ce qu'on a ensemble…

Ce qu'on est ensemble,

c'est exceptionnel. C'est grandiose.

C'est qu'une fois dans la vie, tu m'entends ?

Roxana.

Tu m'entends ?

[soupir de mépris]

[respiration haletante]

Mais qu'est-ce que t'as fait…

- Je suis désolée… - Non.

Non…

Pardon.

Non.

OK.

OK, c'est pas mal. Encore.

Donne ton temps d'apnée maximum.

- [Sacha] C'est bon, je l'ai soudé. - [Tom] Hm.

Tu vas me tenir la barre. Ça c'est… Tiens, attrape-la.

Hop. Mais attrape-la ! Tu fais quoi là, en fait ?

J'envoie un petit texto.

T'envoies un texto à qui ?

[bip de texto]

[annonceuse, en anglais] Merci à tous d'être venus !

Pascal Gautier et Roxana Aubry sont ici ensemble,

cette fois en tant que plongeuse et entraîneur,

pour répondre à vos questions sur l'épreuve de demain

et sa tentative de record.

Fabrice, Canal +.

[en français] Je regarde les deux meilleurs apnéistes français.

Une légende avec plus de records que quiconque dans ce sport

et une jeune femme sortie de nulle part qui a battu deux records en six mois

sans parler de sa tentative demain, de descendre à 180 mètres…

- Y a une question ? - [rires]

Oui, pardon. Ma question est en deux parties.

Comment vivez-vous le fait d'être dans une relation où vous êtes

constamment entourés de danger ?

Et puis, Roxana,

ça fait quoi d’être entraînée par son compagnon ?

Merci.

Tout le monde parle des dangers de l’apnée.

Mais on n'est pas en haut de la liste. Prenez les coureurs automobiles,

le ski, le rugby…

Les majorettes aux États-Unis, tiens.

Vous savez le nombre de majorettes mortes en pratiquant ce sport ?

- [rires] - Je sais même pas si c'est un sport.

Évidemment, y a du danger,

mais on fait très attention

et on s’entoure des meilleures équipes de sécurité au monde.

Et l'autre question…

tant qu’il y a de l’amour et de la confiance,

ça donne envie d'aller plus loin.

J’aurais jamais pu faire tout ça sans lui.

Merci.

[en anglais] Une autre question ?

Nathalie, TF1.

[musique angoissante]

Roxana, les gens parlent de vous comme d’un modèle de féminisme dans le sport.

[écho] Je me demandais, en tant que journaliste,

mais aussi en tant que femme, ce que vous ressentez…

[la musique prend le dessus]

… en tentant de battre un record détenu par votre compagnon.

[la musique angoissante s'intensifie]

[journaliste, en anglais] Roxana ? Une question de TF1.

Vous pouvez répéter la question ?

Je disais qu'on parle de vous comme d'un modèle de féminisme dans le sport

et je voulais savoir ce que vous ressentez…

Pardon, je suis désolée. Merci à tous.

[journaliste] Une autre question ? Guillaume !

[musique mélancolique]

[respiration forte]

[respiration saccadée]

[respiration haletante]

[respiration haletante]

[musique inquiétante]

[la respiration haletante continue]

[la musique inquiétante continue]

[Pascal] Parle-moi de la gueuse.

[Sacha] Sur la plateforme. Pas encore mise sur la ligne.

- Le parachute ? - Vérifié.

Les bouteilles sont pleines, tout a été inspecté.

Les équipes de sécurité, on en est où ?

[Stéphane inspire]

Prêtes.

On fera une vérif quand même avant la plongée.

Et Roxy, ça va ?

Ça va.

[Pascal] Allez.

[musique inquiétante]

Oh. Je t'avais pas vu. Ça va ?

Ça a pas été facile, ces derniers temps.

Je voulais que tu saches que tout va bien.

Merci, mec.

[il frappe]

Quinze minutes.

Ma championne.

[annonceur, en anglais] Plateforme une, prochaine catégorie,

No Limit. Tentative de record du monde.

Plateforme une.

[expiration]

[il purge l'air]

Tout va bien ?

Ouais, je vérifie.

Stéph et moi, on vient de terminer le dernier check.

Je sais.

C'est bon, on y va.

Viens m'aider, on va la mettre à l'eau.

Un, deux, trois !

[en anglais] Trente secondes avant le départ.

Roxana Aubry.

180 mètres.

Dix secondes.

[Stéphane] C'est bon ?

[musique sombre]

[elle avale de l'air]

[la musique sombre continue]

[musique à suspense]

[la musique devient mélancolique]

[cri sourd]

[hurlement étouffé]

Trois minutes 40 !

Y a un problème, je sens pas la gueuse remonter.

Qu'est-ce qui se passe ?

Merde.

[murmures inquiets]

[voix sourde] Tom ! Arrête !

[signal de danger]

Non !

Lâche-moi !

Lâche-moi !

[hurlement sourd]

[sons de

[les coups résonnent]

[la musique mélancolique continue]

[chant de baleine]

[musique dramatique]

[fin de la musique dramatique]

- [en anglais] Sortez-la ! - [Stéphane] Allez !

[musique dramatique]

Six minutes et 50 secondes.

Ils arrivent !

[la musique s'intensifie]

Préparez l'équipe !

[Stéphane] Roxana !

- Dégagez ! - L'oxygène !

[Stéphane] Faites de la place, putain ! Allez !

Magnez-vous, merde !

[en anglais] Sortez-la !

- Allez, merde, là ! - Reste avec nous. Roxana !

[conversations paniquées]

[la musique dramatique continue]

Roxana, tu m'entends ?

- Merde ! - [docteur] Elle respire plus, putain !

[la musique devient mélancolique]

Monsieur Carole ?

[il inspire]

[policier] Vous avez vérifié le réservoir qui devait remplir le sac d'air ?

Le ballon aussi, oui.

J'ai tout vérifié avec Stéphane Géralt.

Et il était plein ?

On vérifie toujours tout avant chaque plongée.

Il était plein, il fonctionnait.

Et quand Mlle Aubry est arrivée au fond et qu'elle a essayé de l'ouvrir ?

Il était vide.

Vous pensez qu'il est arrivé quoi ?

À tout cet air.

[musique inquiétante]

Voilà, on est arrivés, monsieur.

Merci.

[bruit d'avions]

[musique inquiétante]

[la musique inquiétante s'intensifie et s'arrête]

[des rames dans l'eau]

[musique mélancolique]

[la musique mélancolique continue]

[fin de la musique]

[musique énigmatique]

Sous-titres : Hélène Skantzikas

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