All language subtitles for Vivre mourir renaitre (2024).EN

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Original subtitles

---

Crépitement d'un feu

---

Un léger brouhaha s'ajoute crescendo.

---

Une musique hard techno s'élève crescendo.

---

Ambiance environnante étouffée

---

- T'es sûre que c'est par là ?

- Si on suit le canal, on va forcément tomber sur Paris.

- Emma, tu sais, c'était pas la première fois.

- Les ecsta ?

- Non, le mec.

J'ai déjà couché avec des mecs.

- T'as déjà été amoureux d'un mec, avant ?

- Non, jamais.

- Ça pourrait arriver ?

- Non, je crois pas.

Enfin, non.

Moi, c'est toi que j'aime.

C'est pour ça que je veux rien te cacher.

Tu m'en veux ?

- Pourquoi t'as rien dit quand on s'est rencontrés ?

- J'avais peur que tu me jettes.

- T'es con ou quoi ?

Au contraire, ça m'excite.

- Et toi ? T'as pas de secrets ?

Dis-moi, c'est maintenant.

- Non, j'ai pas de secrets.

Mais j'ai un très gros défaut.

Je suis très possessive.

Si tu me quittes, je te tue.

- Moi, je te quitterai jamais.

Jamais.

Ambiance inquiétante

---

Éjection de la photo du Polaroid

---

- Allez, on ferme !

Allez, c'est fini, on ferme. Allez, tu descends.

Je vais pas vous chercher. Trop haut.

Allez, voilà.

Oh !

Elle rit.

- Merci encore.

Quelqu'un sifflote.

---

---

---

---

---

Coups répétés

---

Il soupire.

Coups répétés

---

---

---

- Excusez-moi.

Pardon !

- Monte pas sur l'échelle.

Écoute papa.

Oui ? Bonjour. - Bonjour.

Euh... Je travaille juste en dessous et c'est compliqué avec le bruit.

C'est même dérangeant.

- Désolé, faut que j'avance. Avec ma copine, on emménage bientôt.

Et j'ai du retard, donc...

- Vous êtes là tous les jours ? J'entends jamais ce boucan.

- Va là-bas. Papa parle, il arrive.

Touche à rien.

Aujourd'hui, je casse un mur.

Donc ça fait du bruit. Mais non, je suis pas là tout le temps.

J'ai un boulot. D'où mon retard.

- Euh...

On peut peut-être se laisser des mots pour se dire quand on est là ?

Je peux m'arranger aussi. J'habite pas ici.

Je peux venir quand vous êtes pas là.

- Si vous voulez.

- On se tutoie, non ?

- OK.

Au revoir. - Au revoir.

Bah oui, je...

Je passe à la galerie ce soir. Oui.

J'ai quelques trucs à régler, c'est tout. D'accord ?

Allez, à ce soir.

Musique douce au piano

---

"Je t'embrasse.

"Bonne journée."

---

La porte s'ouvre.

- Bonjour. Tu devais pas être là, aujourd'hui.

- Je suis passé récupérer un truc au labo.

- Ah. Je fais pas de bruit aujourd'hui.

- Non, c'est pas ça...

Rien à voir avec les travaux.

Je voulais te demander si...

si je pouvais te photographier un jour.

Avec ton fils.

Je suis photographe, je te l'avais pas dit.

- Ah. Non.

Enfin, je crois pas.

- Je fais une nouvelle série de photos,

de pères avec leurs enfants.

J'y ai pensé la première fois que je t'ai vu, avec...

avec ton fils.

- Nathan. - Oui.

J'aurais aimé vous photographier comme ça.

- Avec du plâtre partout ?

- Non, sans le plâtre.

- Pourquoi pas ? Je dois en parler à sa mère.

Ça la concerne aussi.

- Bien sûr.

- Je mettrai une lettre dans ta boîte avec la réponse.

- Très bien.

Merci.

- Merci à toi.

C'est flatteur comme proposition, non ?

Sonnette

- Bonjour. - Bonjour.

Vous avez des choses de Cyril Varga ? Il a exposé chez vous.

- Bien sûr.

Et nous avons une expo prévue bientôt.

C'est le catalogue le plus complet de son travail.

- Merci.

- Je le suis depuis ses débuts.

J'aime vraiment beaucoup son regard.

Il fait partie des gens qui rendent mon travail excitant.

La galeriste s'éloigne.

- Vous avez un autre livre moins cher ?

- Nous avons une brochure plus petite.

Elle est à 60 francs.

- OK.

Respirations haletantes

---

- Papa ?

(- Oh non, putain.) - Papa ?

(- Vas-y, toi. Vas-y.)

(- Je vais pas y aller comme ça, je bande.)

(Vas-y, s'il te plaît.)

- Oui, mon chéri.

(- Dépêche-toi, je suis trop excité.)

(Vite, s'il te plaît.)

(Fais vite.)

- T'as fait un cauchemar ?

(Il dort déjà.)

(- Hein ?)

(- Il dort déjà.) (- Il dort ?)

- Plus que quelques semaines.

- J'en peux plus de faire l'amour comme ça.

(Tu fais quoi ?)

Tu veux lire là ?

- C'est le travail du voisin qui te trouve bruyant.

- Fais voir.

C'est pas mal. - C'est pas mal ?

C'est vachement bien.

On voit mal, c'est des moins bons tirages.

Il y avait un catalogue à 200 francs, c'était magnifique.

- J'aime bien, ça.

- Je vais avoir une belle photo de vous deux.

- Il va nous les donner ? On va pas payer ?

- J'espère pas. Il vend des photos à 5 000 balles.

- 5 000 balles ? Pour une photo ?

- C'est un vrai photographe. - Ah ouais !

C'est un gros bourge, surtout.

- Tu trouves ?

- Je sais pas.

- Regarde, un moustique !

Un moustique, un moustique, un moustique.

Un moustique, un moustique !

Musique douce au piano

Il t'a piqué, regarde.

- Il m'a piqué ? Oh non ! Fais-moi un bisou pour me guérir.

Je sais pas combien de temps il va tenir.

- On va faire avec.

- Pourquoi il va pas tomber, mais moi, oui ?

- Tu vas pas tomber. - Pourquoi ?

- Papa est là, tu tomberas pas.

J'enlève ça ?

- Ouais.

- Tu tiens ?

T'es fort. Sans les mains ?

Ouais ! - J'y arrive sans les mains.

- J'enlève pour que la photo soit plus belle.

Tu regardes ?

---

Il toque.

- Bonjour.

Je suis Cyril, le voisin du dessous.

- Oui, bonjour.

- Je vous amène le portrait de Sammy et Nathan.

- Merci.

Je sais pas si je dois l'ouvrir. Je suis pas le modèle.

- Comme vous voulez.

- Bon, allez.

C'est très beau.

Merci.

Elle est pour nous ?

- Oui, oui.

Sammy n'est pas là ? - Il bosse, aujourd'hui.

Et il en a déjà fait beaucoup.

Mais ça va, je termine la peinture, j'aime bien.

- Je peux vous aider.

Pour vous remercier d'avoir donné votre accord.

- Pourquoi pas ? Vous pourriez quand ?

- Maintenant.

- Oui, venez.

Tu ressembles pas tellement à tes photos.

- Comment ça ?

- Bah...

Tu photographies le monde de la nuit et t'as l'air sérieux.

Et sage.

- Je suis très sérieux.

Et pas si sage, d'ailleurs.

Tu connais mon travail ?

- Oui.

Je suis allée voir à ta galerie.

Si ç'avait été merdique, j'aurais dit non.

Ta série de portraits "Père-enfant",

c'est pas dans l'esprit de ton travail habituel.

- C'est une nouvelle envie. Et...

L'idée est venue de Sammy, en fait.

De quand j'ai croisé Sammy avec votre fils.

- Pourquoi t'as eu cette idée ?

- Je sais pas.

Enfin, si, je sais.

Sans doute parce que j'étais pas proche de mon père.

Et ça me touche de voir ça chez les autres.

- Ton père est mort ?

- Non, mais on se parle plus.

- Sammy t'a dit que j'étais sage-femme ?

- Non, je savais pas.

- Parce que je vois des pères tous les jours.

Si les bébés t'intéressent aussi,

je peux voir pour t'avoir une autorisation.

Pour venir travailler à l'hôpital.

Enfin, si ça t'intéresse.

- Ouais, ce serait génial.

- Un problème ? - Oui.

- C'est grave ?

- Ça n'a rien à voir avec vous. J'ai un problème de matériel.

J'ai ce qu'il faut, vous inquiétez pas. J'ai fini de vous examiner. Tenez.

- Merci.

Alors ?

- J'enverrai le rapport au Dr Cohen. Il vous a prescrit cet examen.

- Oui, il suit mon VIH.

Il y a des trucs inquiétants ?

- Si on devait dire quelque chose... - C'est pas obligé.

- Tout va bien.

Faites attention à votre alimentation, vous avez une stéatose hépatique diffuse.

Je vous explique, regardez.

Là, c'est votre foie. Là, ce sont vos reins.

Votre foie est un peu blanc. Il faudrait qu'il soit comme les reins.

- Ça veut dire quoi ?

- Si vous ne faites pas attention,

si vous ne gérez pas vos excès,

vous risquez de sérieux problèmes hépatiques d'ici 20 ou 30 ans.

Du type cirrhose.

- J'ai envie de vous embrasser.

On m'a jamais prêté une telle longévité.

- Vos organes m'y encouragent.

- Je demande qu'à vous croire.

Et... mon atteinte au foie...

ça peut être un effet secondaire de l'AZT ?

- C'est délicat, car c'est le seul traitement qu'on ait.

Mais effectivement, parmi les nombreux effets secondaires,

on observe ces troubles.

- De toute façon, j'en prends plus. Et je me porte mieux.

- Vous êtes sous quoi ?

- Rien.

Je fais des bilans sanguins régulièrement.

Je veux plus être un cobaye.

- Je devrais pas vous le dire, mais je vous comprends.

Courage. - Merci.

Cris d'une dispute

---

- Essaie de me comprendre...

- Je fais que ça, essayer !

Arrête ! Ta gueule !

Ta gueule !

Putain ! La porte claque.

- Cyril ?

Cyril ?

Ça va ? J'ai entendu du bruit.

- Ça va, c'est rien.

- T'es sûr ?

- Je crois que ça ira mieux après un verre.

Ça te dit ?

- OK.

- Ma caverne.

- Merci.

Tintement des verres

C'était qui ?

- Un mec.

Mon mec.

Enfin, plus maintenant.

Viens.

C'est les photos que j'ai faites grâce à Emma.

- Ça me rappelle quand Nathan est né.

Emma en a bavé, ce jour-là.

C'était atroce.

Elle souffrait et je pouvais rien faire. Je me sentais comme un con.

- C'est la première fois que tu parles autant.

- Je parle peu quand je connais pas.

- Donc on se connaît, maintenant.

Arrête, arrête.

- Quoi ?

C'est à cause d'Emma ?

- Non, c'est...

Va-t'en, s'il te plaît.

- Cyril devait pas venir nous aider ?

- Si. Il a dû oublier.

- Votre voisin, le photographe ? - Oui.

- La photo de toi et du petit est chouette.

J'aimerais bien la même avec ma fille.

Tu lui demanderas ?

Il a un sacré coup d'œil.

- Tu fais quoi, mon cœur ?

- Je cherche des jouets.

- Où on les a mis ? Ah bah voilà !

Tu le ranges dans ta chambre ?

Attends, je t'aide, chérie.

Vous avez bien bossé.

- C'est beau, hein ? - Et grand.

- On va enfin pouvoir dormir,

Nathan a sa chambre.

- Si vous voulez en faire un 2e, faut de l'intimité.

- Chaud devant.

- Ma chérie, je suis contente pour toi.

- T'as vu comme c'est grand ?

- Alors, mon chéri ? Tu vas être bien ici.

- T'as une chambre pour toi tout seul.

Comme un grand, mon bébé !

- On met de la musique ?

- Attention à ton dos. - Ouais.

* Musique dance

*---

Ambiance environnante étouffée

Musique mélancolique au piano

---

- Cyril ?

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je te cherchais.

- Comment tu as eu mon adresse ?

- Je l'ai eue avec le Minitel.

Tu me donnais plus de nouvelles.

- Viens, maintenant que t'es là.

*- Vous avez 3 nouveaux messages.

*- Cyril, c'est moi.

J'espère que ça va.

Ça fait 15 jours que je t'ai pas vu au labo. Je m'inquiète.

J'espère qu'il t'est rien arrivé.

Donne-moi des nouvelles. J'aimerais te voir.

- Tu veux un café ?

- Un truc plus fort, si t'as.

* Je sais pas ce qui se passe, tu viens plus au labo ?

Ça me rend dingue.

Tu peux pas me faire ça.

Tu me prends en photo, tu m'embrasses...

Tu veux pas l'éteindre ?

Hein, Cyril ? C'est bon.

- J'écoute mes messages.

*- S'il te plaît, rappelle-moi.

Salut.

Désolé, c'est encore moi. Je voulais te dire que tu me manques.

Ça t'amuse ?

* J'ai envie de te voir.

Respirations haletantes

---

- Putain, arrête.

J'ai plus de capotes.

- On s'en fout. - Arrête, je te dis !

- Mais c'est bon. - Sammy, arrête.

- Quoi ? - Je suis séropo.

- Hein ?

T'es sûr ?

- Oui, je suis sûr.

6 ans que je suis suivi, donc oui.

- T'as pas l'air malade.

- C'est pas écrit sur la gueule des gens.

- Pardon.

- Je suis en bonne santé. Je suis bien suivi.

Mais je suis quand même infecté.

Tu t'en vas ?

Tu t'en vas ? - Non, t'es fou !

Viens. J'ai une idée.

Modern Love (David Bowie)

---

Il toque.

- Salut. - Salut.

C'est quoi, cette convocation mystère ?

- Tu vas voir, entre.

- Qu'est-ce qui se passe ? - Je sais pas.

- Elle m'a dit de prendre mon appareil photo.

Il soupire.

- C'est quoi ?

- Vas-y, ouvre.

Tu vas re-être papa.

- C'est super. Bravo.

- La vache, je m'y attendais pas !

- Je vous prends en photo aussi.

Tu me montres ?

- Tu déclenches là, c'est déjà réglé.

- C'est une grossesse, pas un enterrement.

Rapprochez-vous.

Allez, "cheese".

Musique mélancolique au piano

---

- Hey !

- Tu fais un bisou à mamie ?

- Sammy, ça va ? Bienvenue.

- Cyril, enchanté. - Daniel, enchanté.

- Bonjour, Myriam.

Vous allez bien ? - Oui, et toi ?

- Très belle robe. - Merci.

- Vous êtes le fameux Cyril ? - C'est ça.

- Enchantée. Très heureuse de vous rencontrer.

J'ai entendu parler de vous. Vous avez pas votre appareil ?

- Non, mais j'ai du champagne. - C'est bien aussi.

Je vous en prie, entrez.

T'es pas trop fatiguée, ma chérie ? - Non.

- Tu veux pas t'asseoir ? - Non, ça va.

- Tu dors bien, la nuit ?

- Oui, oui.

- Incroyable, ça se voit pas du tout.

- C'est normal, c'est trop tôt.

- Vous avez pas de 2e chambre ?

- On va s'organiser, t'inquiète.

- J'espère que Cyril est pas compliqué. J'ai fait à la bonne franquette.

J'ai fait gigot, patates.

Comme ton père est pas vraiment un cordon-bleu...

je fais simple.

- On fait l'apéro dehors, non ? - Oui.

- Où sont les garçons ?

- À la cave, pour le vin.

C'est bon, je range ça ?

- Attends, je le fais.

- Ça va, mon chéri ? - Oui.

Regarde, je vais jeter encore du pain de mie.

Ah, t'as vu ?

Tintements des clés

La porte grince légèrement.

...

- Hep, hep, hep.

Vas-y mollo, quand même.

- Tu le trouves comment, Cyril ?

- Quoi ?

- Physiquement, je veux dire.

Il est beau, non ?

- Oui, je sais pas.

- Je le trouve beau.

- OK.

Je sais pas, j'ai pas fait gaffe.

Je pense pas à ça quand je le vois.

Hé ! Ça va pas, oh ?

- Je vous ai vus, Sammy.

Je vous ai vus chez mes parents.

Depuis quand vous me prenez pour une conne ?

- Personne te prend pour une conne.

- Vous vous voyez souvent ?

Il soupire. - Je sais pas...

Non, pas beaucoup.

- Tu pouvais pas en choisir un autre ?

Fallait que tu te tapes quelqu'un que je connais ?

Tu veux qu'on se quitte ?

- Quoi ?

Bien sûr que non.

Non.

J'ai jamais pensé à te quitter.

Ma vie est avec toi.

Avec Nathan.

J'ai jamais pensé à être ailleurs qu'avec vous.

Je veux pas te quitter.

- T'as pensé à quoi en faisant ça ? - Je sais pas.

- Je veux pas non plus qu'on se quitte.

- Excuse-moi.

Pardon.

Elle soupire.

- Tu fais pareil quand il est contre toi ?

Son cœur bat aussi fort que le mien ?

- Je sais pas quoi te dire.

Je préfèrerais que tu sois en colère.

- Oui, ce serait plus simple.

J'étais venue pour en finir avec toi, te dire des trucs définitifs...

Genre "déménage", "sors de notre vie"...

"t'approche plus de lui".

Mais en fait, je t'en veux pas.

C'est à lui que je devrais en vouloir et j'y arrive pas.

- Je comprendrais que...

que tu veuilles plus me voir.

- Quand j'ai su que Sammy pouvait aimer des garçons,

ça m'a pas dérangée, au contraire.

Je me sentais hors de danger.

Mais c'est pire que si c'était une femme,

car ce truc qui vous unit m'est inconnu, et c'est de ça que je suis jalouse.

Tu l'aimes ?

En fait, j'ai pas envie de savoir.

Et je préfère que ce soit toi, car je comprends qu'on puisse t'aimer.

- Emma, je...

Je vais disparaître un peu. Ce sera mieux pour tout le monde.

Ma galeriste peut me prêter une maison en Italie.

Je pense que je vais dire oui et partir quelque temps.

- Je pense pas que ça change grand-chose.

Si c'est pour que Sammy soit comme un fou en attendant ton retour,

à quoi bon ?

C'est certain qu'il t'aime. Je peux te l'assurer.

Se partager quelqu'un, c'est comme se partager un territoire.

Il faut un pacte de non-agression.

Alors je te propose ça.

Vous vivez ce que vous voulez.

Je veux pas le voir, je veux rien savoir.

Vous vous démerdez.

Mais je te préviens,

je veux pas la guerre.

S'il doit y en avoir une, je la gagnerai.

Grincement métallique du métro

---

Il souffle.

Il gémit.

---

- L'électrocardiogramme est parfait.

- Super.

C'était quoi alors ?

Une crise d'angoisse ?

J'avais l'impression que mon cœur allait éclater.

- Je sais pas. On prospecte.

Vous pouvez le tenir ?

Vous avez une prise de sang moyenne, avec un signe d'infection,

mais ça peut être pas grand-chose.

On va faire des examens complémentaires.

Merci.

- Des examens comme quoi ?

- Une autre prise de sang. On va chercher autre chose :

l'hépatite, le HIV...

Vous avez fait un test récemment ?

- Non.

- À quand remonte votre dernier test ?

- J'en ai jamais fait.

Je vis avec une femme, je suis plutôt fidèle.

- Plutôt fidèle ? Elle rit.

Vous êtes drôle, vous.

Ce serait plutôt bien de faire le test.

- D'accord.

Je dois le faire en laboratoire ? - Non, on le fait ici.

Vous aurez les résultats sous 5 jours.

Il faudra voir un médecin pour les récupérer.

- J'ai jamais eu si peur de ma vie.

- Allez, viens.

- M. Sammy Benor ? - Oui.

- Vous me suivez ?

Il soupire.

Lydie !

Vite, il s'est évanoui !

La porte claque.

- Il faut que t'ailles te faire tester.

Et il faut faire tester Nathan aussi.

- Nathan pourrait être malade aussi ?

- Il faut le faire tester.

- Le bébé, que je l'aie ou non, il l'a ?

- Je sais pas.

J'ai pas pensé à demander.

- T'as pas pensé à demander ? T'as pas pensé à demander ?

Mais t'as pensé à quoi alors ? T'as pensé à quoi ? Hein ?

T'as pensé à qui ?

Je te déteste !

T'es un minable !

T'es une merde ! Une merde !

Légers sanglots

Je vais chercher Nathan, pars avant qu'il rentre.

La porte s'ouvre et claque.

Il sanglote.

- Votre fils Nathan est séronégatif, mais vous êtes séropositive.

- Et pour le bébé ?

- Le phénomène de séroconversion mère-enfant est encore mal connu.

Il y a une petite possibilité

pour que votre enfant naisse séronégatif,

mais le contraire est plus probable.

- Et avec des examens plus poussés ?

- Non.

Impossible de savoir avant la naissance.

En tout cas,

votre taux de T4 est meilleur que votre compagnon. Vous êtes à 800.

Ça veut dire que le virus est dans votre corps,

mais que la charge virale est encore peu active

et encore très faible... Avec un peu de chance,

ça peut ne pas évoluer.

- Avec un peu de chance.

- Monsieur.

Vos défenses immunitaires sont plus faibles, moins actives.

Ce qui laisse penser que l'infection au VIH

est antérieure à celle de votre compagne.

Il acquiesce.

- On a combien de temps ?

- Je peux pas vous répondre.

Et je cherche pas à vous épargner, je sais pas.

Personne ne sait. Le taux de T4 et les charges virales

peuvent nous orienter, mais en aucun cas,

permettre de vous répondre.

Votre SIDA est déclaré. Dans ce cas,

on peut espérer 2 ou 3 ans.

Au mieux.

- Donc y a pas de happy end possible.

Je veux avorter.

- Quoi ?

On en a même pas parlé.

- J'ai eu le temps d'y penser.

Je ferai pas un orphelin de plus.

T'as rien à dire, je crois.

Au moins, c'est pas Cyril qui te l'a filé.

- Non.

Je savais qu'il était séropo.

On a toujours fait attention.

- Donc avec les autres, tu faisais pas attention.

- Emma... - Tais-toi.

Vraiment, tais-toi.

Je rentre de mon côté, je veux être seule.

Musique mélancolique

---

- Sammy,

j'ai fait ce qu'il fallait pour le bébé.

Il n'y aura pas de bébé.

Pas de nouvel enfant.

Je n'ai pas la force ou le courage insensé d'un tel pari :

porter la vie sans savoir si ce n'est pas de la mort en plus.

J'espère que tu comprendras.

De toute façon, c'est fait.

Je pars quelques jours avec Nathan chez mes parents.

J'ai besoin d'être avec des gens qui m'aiment et en qui j'ai confiance.

Tu ne rentres pas dans cette catégorie en ce moment, tu t'en doutes.

- Tu t'es disputée avec Sammy ?

- Non, pourquoi ?

- Chérie...

Tu débarques ici avec Nathan sous le bras...

Tu dis que Sammy viendra pas.

C'est normal que je te demande.

Ça vous ressemble pas.

- J'ai perdu le bébé.

- Chérie...

Pourquoi tu me l'as pas dit ?

- Je sais pas.

C'est dur, mais ça va aller.

- Ma puce...

* Musique funk

*---

- Cyril, quelqu'un t'attend.

*---

- Je te dérange, on dirait.

- Non, pas du tout.

Qu'est-ce qui se passe ?

- Je repasserai. - Attends, viens.

- J'arrivais pas à dormir.

Ni à rester chez moi tout seul.

J'ai tout le temps l'impression d'avoir peur.

Ça me rend fou qu'elle ait pas gardé le bébé.

- Y avait que ça à faire, non ?

- Oui, je sais.

De façon rationnelle, je le sais.

Mais ça me donne encore plus une sensation de...

de perte.

Tu vois ?

À part Nathan,

j'aurai plus jamais d'enfant.

Plus jamais.

J'ai toujours voulu avoir des enfants.

Même quand j'avais 16 ans,

je pensais déjà à ça.

On dit que c'est les femmes qui pensent à ça.

Moi, j'y ai toujours pensé.

J'avais envie d'être père, un bon père.

Pas comme le mien.

Et c'est pour ça que j'aurais jamais pu faire comme toi.

- Comment ça ?

- Être juste pédé.

- Allez, viens.

* Musique funk calme

*---

Qui veut une bière ?

*---

- T'en veux ?

*---

Il tousse.

---

- Sammy, ça va ? Ça va ?

Sammy ? Sammy !

Sammy !

Viens là, calme-toi.

Amenez-moi de l'eau. De l'eau, putain !

Calme-toi, Sammy.

Respire... Respire...

Dépêchez-vous !

*---

- Alors ? - Ça va mieux. Il dort.

Mais il faut attendre pour les visites. J'ai dû sortir.

- Il le garde longtemps ?

- Une petite semaine. Il a déjà bien récupéré.

- Putain, ça va trop vite.

Les résultats, c'était y a un mois et il a déjà une pneumonie ?

- Ça a peut-être rien à voir.

Et toi, ça va ?

- Je sais pas. Je me sens en forme physiquement, c'est déjà ça.

Sinon, le ciel me tombe sur la tête un peu plus chaque jour.

Je lui en ai tellement voulu que je voulais qu'il meure.

Chez mes parents, je pensais encore à ça.

Je l'imaginais mort, ça m'apaisait.

Et quand j'ai eu ton coup de fil...

- Je devrais pas te dire ça, mais...

il voulait pas que je t'appelle.

Il avait peur que tu viennes pas.

- Quel con.

...

- Allez, viens. Sammy gémit.

OK.

---

Ça va ?

Je vous raccompagne ? - Non, c'est bon.

Ça va aller, les escaliers ?

Tu te sens d'attaque ?

- Tes parents gardent Nathan jusqu'à quand ?

- Encore deux ou trois jours.

J'avais envie qu'on passe du temps ensemble.

Je dois te remplumer avant d'aller le chercher.

T'as beaucoup perdu.

- Normal, leur bouffe était dégueulasse.

Tu vois, j'ai pas tout perdu quand même.

- T'as envie de quoi à manger ?

Musique douce

---

Du vin ?

---

Sammy vomit.

Il tousse.

---

---

---

On toque.

- C'est moi, je peux rentrer ?

Je te dérange ? - Non. Viens.

J'arrivais pas à dormir.

Donc je suis venu ici.

- Moi non plus, j'arrive pas à dormir.

- T'as décidé un truc pour ta mère ?

- Je sais pas encore.

Je vais lui dire quoi ?

Que je suis malade ?

Que j'ai le SIDA ?

Qu'un mec que je connais pas me l'a refilé ?

Elle va se mettre à hurler et à pleurer.

Me supplier de rentrer en Martinique,

et d'aller avec elle à l'église pour me guérir

d'être pédé, d'être malade...

J'ai pas envie de ça.

La photo, c'est ta drogue.

Tu peux pas t'en passer.

- Si tu veux.

J'ai l'impression que...

mes photos ont changé depuis que je suis séropo.

- Comment ça ?

- Je sais pas.

Ça m'a donné

une exigence.

Je veux travailler plus et mieux.

Je suis meilleur photographe depuis la maladie.

- Cool.

Vive la maladie, vive la mort, alors.

Mais moi, je suis pas un artiste.

Et Emma non plus.

On n'a rien d'autre, on a que nous.

- T'as vu la photo d'Emma ?

- Où ça ? - Celle-là.

- Mmh.

Elle est belle.

Emma, je veux dire.

Enfin...

La photo aussi, pardon.

- Le modèle y fait beaucoup.

- Et l'artiste.

- J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Enfin, non, pas vraiment. J'ai...

J'ai une nouvelle pas terrible et une bonne idée.

C'est plutôt ça.

Euh...

J'ai vu mon médecin récemment, et...

mes T4 sont en train de s'effondrer.

Et comme je supporte pas l'AZT...

Voilà, je vous fais pas de dessin.

Quand ce sera fini pour moi,

mes parents vont hériter de ce que j'ai de côté.

Et je supporte pas qu'ils gagnent de l'argent grâce à mon travail...

parce qu'ils m'ont fait que du mal,

et n'ont jamais rien compris à mes photos ou à moi.

Ça, c'était pour le côté sombre, la mauvaise nouvelle.

Et maintenant, j'en viens à la lumière.

À la bonne idée.

Euh...

Si je me mariais avec Emma,

c'est elle qui hériterait et donc Nathan aussi.

Ça l'aidera quand on sera tous les trois partis.

Je sais, ça peut paraître fou, mais...

mais j'y réfléchis depuis un moment.

Et moi, je trouve ça parfaitement logique.

- Regarde, il y a Cyril. Cyril !

- Il a des fleurs.

- Bonjour. Je savais pas que vous étiez là.

J'allais chez vous.

- On prend un café.

- C'est pour qui ?

- C'est pour vous deux.

Euh... Il faut que je vous parle de quelque chose.

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Enfin, non, c'est pas ça...

J'ai une nouvelle pas terrible et une bonne idée.

Allez, dépêche-toi ! T'es en retard !

On dirait la Reine d'Angleterre.

- C'est un mariage, quand même.

Mon mariage, c'était y a longtemps.

J'étais en blanc, j'ai regretté. Je voulais de la fantaisie.

- C'est réussi, là.

- Bonjour. - Bonjour.

L'homme soupire.

- Nous attendons d'autres personnes ? - NON.

- Je vous invite à vous asseoir.

Nous allons procéder à la cérémonie.

Je vais vous lire les articles du Code civil.

Nous sommes ici pour unir

Cyril Paul Roger Varga

et Emma Anne Marie Clerval.

Si les futurs époux veulent bien s'approcher.

Alors, article 144 :

l'homme et la femme ne peuvent contracter le mariage avant 18 ans.

Article 146 : il n'y a pas de mariage sans consentement.

Article 180 :

le mariage qui a été contracté sans le consentement libre des époux

ou de l'un d'eux, ne peut être attaqué que par les époux

ou par celui dont le consentement n'a pas été libre

ou par le ministère public.

Musique mélancolique

---

- C'est ridicule, non ?

Je vais pas la porter ?

- C'est comme tu veux.

- Je préfère que tu l'aies, toi.

Tiens.

---

Il tousse.

- On trinque à quoi ?

- À l'été ?

- À l'été.

---

- Je signe.

À Albane, parce qu'elle nous a prêté sa maison.

Tu veux signer ? - Oui.

- Signe ici.

Tu fais attention.

L'homme parle en italien.

---

- Papa !

- J'y vais.

---

- C'est un harmonica. Souffle.

Notes

Cris enjoués de Nathan

- Oh là ! Ouh là !

- Tu vas à la douche avec maman ?

- Ouais. Nathan, à la douche.

Nathan rit.

À la douche !

Musique douce traditionnelle italienne

---

- On va voir la musique ?

Oh, putain, c'est dur.

---

- T'as vu, Nathan ?

---

- Vous voulez boire un verre ? - Ouais.

---

- Tiens.

Emma, salute!

---

...

- C'est bon ? - Oui.

- Sammy, fais gaffe !

Je t'ai dit de pas le porter !

Tu vas finir par lui faire mal !

Fais pas cette tête, le marchand est pas loin.

Sammy.

Il pleure.

---

- Je suis en train de crever.

- Dis pas ça...

Respire, respire...

Ça va, ça va.

- J'en peux plus.

J'en peux plus.

---

Musique émouvante

---

- La dernière fois que j'étais à l'hôpital,

j'étais plein de médicaments et de fièvre.

J'allais m'endormir, j'ai senti une présence.

J'ai rouvert les yeux, j'ai vu une masse noire dans le coin

qui s'approchait.

C'était un ours.

Un vrai. Énorme.

Hyper menaçant.

J'étais tétanisé.

Il est arrivé si proche de moi

que je sentais son souffle sur mon visage. J'ai eu peur.

J'ai eu peur pour toi. Pour Nathan.

J'espérais qu'il me dévore et qu'il vous laisse tranquilles.

Puis, il a disparu.

J'étais en nage, à bout de souffle, comme après avoir couru.

Maintenant, je sais que quand ça arrivera,

ça ressemblera à ça.

Un ours qui me dévore.

Mais je saurai aussi, en disparaissant après les premières morsures,

qu'il vous laissera tranquilles.

- Personne te dévorera.

Quand je marche avec toi dans un lieu comme ici,

tout semble éternel.

J'imagine qu'on l'est, nous aussi.

Je me dis qu'on pourrait être au début de tout.

Avant la maladie, avant Nathan.

Avant tout.

On a 16 ans, on est devant la grille d'informations du lycée.

On se dévore des yeux.

Je cherche mon nom, ma classe.

Je me fiche de savoir qui de mes amis sera avec moi,

car c'est comme une évidence :

c'est avec toi que je veux être.

C'est toi que je veux connaître.

Je sais d'une manière absolue que tu vas venir me parler.

Que dès cet instant,

ma vie, notre vie,

ce sera nous.

Ensemble.

Pour toujours.

On a 16 ans.

Et rien ne peut nous arriver.

Musique émouvante

---

Petits gémissements d'un animal

---

Discussions lointaines d'hommes

---

- Y a 3 ans, si j'étais venu ici avec Emma,

j'aurais peut-être été les draguer.

Mais là, j'ai même pas la force.

Et en même temps, il y a 3 ans, je te connaissais pas,

donc on n'aurait pas pu venir ici.

Y a 3 ans, j'étais peut-être pas malade.

Peut-être que c'est un d'eux qui me l'aurait refilé.

Non.

Ben non, y a 3 ans, je pouvais pas être ici.

C'est pas un Italien qui m'a refilé ce truc.

C'est pas...

---

...

* Grésillement de la radio

* Lontano Dagli Occhi (Sergio Endrigo)

*---

- "JE ME SOUVIENS DU GRAND CHEVAL

"QUI PROMENAIT TÊTE ET CRINIÈRE

"COMME UNE GRAPPE DE LUMIÈRE

"DANS LA NUIT DU PAYS NATAL."

- Très bien, je continue.

"Qui me dira mon chien inquiet

"Ses coups de pattes dans la porte

"Lui qui prenait pour un gibier

"Le tourbillon des feuilles mortes."

Où sont vos parents ? Ils sont là.

Bonne soirée.

Chloé, c'est là. Qui vient te chercher, Nathan ?

Ah oui, très bien.

- Cyril ! Ça va ? - Bien et toi ?

- Ça va.

- Je t'ai pris un pain au chocolat. - Merci.

- Ça a été ta journée ? - Ouais.

Et toi ? - Ouais, très bien.

- Franchement, c'est épatant.

- À ce point ?

- Oui, la trithérapie marche parfaitement.

Et même au-delà de mes espérances.

Vos T4 ont remonté en flèche.

Ils sont au niveau d'une personne pas malade.

Et votre charge virale est indétectable.

Ça peut paraître étrange que je dise ça,

mais vous êtes en bonne santé. En très bonne santé.

Vous comprenez ce que je dis ?

Je vous dis

que vous devez vous projeter sur une vie longue.

Une vie normale.

- Une vie normale ?

- Je ne me permettrais jamais de dire ça à la légère,

mais vous pourriez même avoir un autre enfant.

- Vous vous foutez de moi ?

- Non.

La charge virale aussi basse n'est pas contaminante.

Si vous tombiez enceinte,

il est fort probable que l'enfant soit séronégatif.

- C'est dingue, j'arrive pas à le croire.

Mais c'est pas sûr à 100 % ?

- Si, quasiment.

Je sais que vous êtes encore en deuil,

mais comme je vous disais,

la vie est longue.

Il faut que vous recommenciez à intégrer cette idée.

Exclamations de Nathan

- Encore un dérapage !

Magnifique !

- Coucou.

C'est quoi, ces rollers ?

- C'est un cadeau.

- C'est pas son anniversaire.

- C'est un cadeau comme ça,

sans raison officielle.

- T'as remercié Cyril ?

- Oui. - J'ai eu des câlins pour 10 ans.

- Tu restes dîner ?

- Ouais, j'ai préparé quelques trucs déjà.

- Viens voir !

- J'arrive.

- Qu'est-ce qui t'a pris ?

Ça aurait fait un super cadeau de Noël, mais là...

- On a parlé en rentrant de l'école...

Je l'ai senti triste, je voulais lui faire plaisir.

- S'il a un cadeau chaque fois qu'il est triste...

Lui offre pas de cadeaux que je peux pas lui offrir, moi.

- OK.

- Comment va Cyril ?

- Pourquoi tu me demandes ça ?

Tu le vois souvent, non ?

- Justement, non.

Tu le vois plus souvent que moi.

- Vous vous voyez pas pour sa prochaine expo ?

- Pas vraiment, non.

Ça fait longtemps qu'il m'a rien montré de nouveau.

Comment il va, à ton avis ?

- Écoute, niveau santé, c'est bien.

Enfin, c'est même très bien. La trithérapie fonctionne à fond.

Et il s'occupe de Nathan.

Bizarre qu'il t'ait rien montré,

parce qu'il est tout le temps au labo.

- En dessous de chez toi ? - Oui.

- Tu sais, au début,

quand il m'a annoncé sa maladie, j'ai eu peur de le perdre.

Maintenant qu'il va mieux, je suis heureuse pour lui, mais...

c'est comme si l'urgence avait disparu.

Qu'il s'était asséché.

- Je te la présenterai. Elle compte beaucoup pour moi.

- On verra.

C'est dingue.

T'es le premier homme marié qui veut me présenter sa femme.

- On est mariés, mais pas vraiment.

- Ben si.

- Tu sais, avec Emma...

on vit pas ensemble, on couche pas ensemble.

Ça a rien à voir avec ce que t'as pu connaître.

- Et Sammy ? - Quoi, Sammy ?

- Tu penses souvent à lui ?

- Beaucoup, oui.

Mais moins qu'avant.

C'est surtout quand je vois son fils, Nathan.

Il lui ressemble tellement.

- Ouais, ouais.

Et tu le récupères à l'école 3 fois par semaine.

Je dois faire quelque chose ?

- Non, continue de bouder.

Fais comme si j'étais pas là.

Évite de sourire.

Faut que tu boudes.

- T'es marrant, toi...

- Bah, continue de boire ton café

et fais rien.

J'y arrive pas.

La lumière est bien, pourtant.

- T'as pas le bon modèle.

- C'est pas toi, c'est moi.

J'arrive plus à photographier ce que je vois.

Enfin, ce que je ressens.

Une porte s'ouvre et se referme.

- Salut.

- On devait pas se voir, aujourd'hui.

- Je vais au labo, alors je suis passé.

J'ai faim, il reste des trucs ?

Je vais chercher Nathan ?

- Je l'ai laissé à la cantine. J'ai pris ma journée.

- Moi, j'arrête pas de bosser.

- Ah oui ?

- Au fait, je voulais te dire...

J'ai rencontré quelqu'un.

Ça t'embête ?

- Pourquoi ça m'embêterait ? - Je sais pas.

Je voudrais pas que tu penses que je l'oublie.

- Je pense pas ça.

Je suis contente pour toi.

Vraiment.

Cyril.

J'aimerais récupérer mes clés.

Tes clés. Le double des clés.

- Pourquoi ?

T'as rencontré quelqu'un aussi ?

- Non, j'aimerais juste les récupérer.

- Je fais comment, avec Nathan ? On t'attend 3 heures au café ?

- Justement, j'y ai pensé

et je vais voir avec Albane pour finir plus tôt certains soirs.

Et il pourra aller à l'étude.

- Il a horreur de ça.

- Je vais pas me mettre à genoux non plus.

- Tiens.

Je vois pas pourquoi tu changes tout.

J'ai l'impression d'être congédié.

- Non, c'est pas ça.

Mais je peux pas me reposer sur toi comme ça.

Je dois faire autrement.

Toute seule.

- C'est quoi l'intérêt ?

- Je sais pas si c'est bien ce qu'on fait pour Nathan.

T'es si présent dans sa vie.

Je sais pas s'il réalise que son père est mort.

- C'est mal le connaître.

- Va-t'en. S'il te plaît.

On va devenir méchants.

La porte s'ouvre et claque.

...

(- Putain, c'est nul.)

Fait chier !

- Bisous, à demain.

- Bonne soirée. - Merci.

- Excusez-moi, je peux passer ? - On bosse.

- Tout le monde bosse !

Fermez la porte, je passe. - C'est pas possible.

Klaxon

- Vous pouvez reculer ?

Je suis en retard, désolée.

- C'est bon, il vous attend dans la cour.

- Je suis désolée, mon chéri.

Elle démarre le scooter.

Nathan, je t'ai dit de me tenir pour la route.

Elle l'éteint.

Nathan ? Je te parle.

Tu me tiens.

- J'ai pas envie.

- Très bien. On reste ici.

On peut dormir ici, on sera pas en retard demain.

Musique douce

---

T'en as, une armée.

- C'est des maîtres-nageurs.

Tous à l'eau ! - D'accord.

Désolée de m'être énervée tout à l'heure.

Je me suis énervée parce que je suis fatiguée.

- Quand Cyril venait me chercher, t'étais moins fatiguée.

- C'est vrai, je courais moins. C'était plus pratique.

Mais je dois faire sans lui.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est pas ton papa, ni mon amoureux.

Je dois me débrouiller seule. - T'es pas seule. Je suis là.

- Oui, t'es là.

Bien sûr.

---

Viens.

Il faut qu'on divorce.

J'ai repensé à tout ça.

Y a pas d'urgence, mais j'aimerais le faire cette année.

Tu comprends ou pas du tout ?

- Ouais, je comprends.

Je suis pas idiot.

- De toute façon, c'est mieux pour toi aussi ?

Pour Jérémie.

- Non, Jérémie s'en fout.

Il a bien compris la situation.

Je suis triste, comme pour un vrai divorce.

- Ce sera un vrai divorce.

- J'ai l'impression d'avoir tout perdu.

Mais j'ai plus Sammy.

J'aurai bientôt plus Nathan.

Après le divorce, je te verrai plus.

- Et ton travail ?

- Je fais plus rien, j'y arrive plus.

- C'est depuis la mort de Sammy ?

- Non, c'est arrivé après.

Avec la trithérapie.

D'un côté, ça m'a sauvé...

mais j'ai plus d'élan.

- Les photos prises en Italie, t'en as fait quoi ?

- T'arrives pas à dormir ?

- Non.

- Tu penses à quoi ?

- À rien, à nous.

- À rien ou à nous ?

* Holding Back The Years (Simply Red)

*---

---

- Il refera les tirages en grand si je valide l'idée d'une expo ?

- Évidemment.

Il voulait pas faire la sélection. Il se sentait pas la force.

- Tu as été son deuxième œil, en quelque sorte.

- Oui, enfin, j'ai fait ce que j'ai pu. Au feeling.

C'était dur de savoir comment choisir

et de se replonger dans tout ça.

- Ouais.

Enfin...

C'est très beau.

On va faire l'expo. Mais je veux que Cyril vienne me voir

et être sûre qu'il nous plantera pas.

- Il te ferait jamais ça.

- Ça fait 6 mois que je l'ai pas vu. Dis-lui de m'appeler.

Si c'est la dernière, je veux que ce soit sublime.

Musique mélancolique

---

- Jérémie ?

- Emma ? J'ai beaucoup entendu parler de toi.

- Moi aussi.

J'ai pas vu Cyril, il est où ?

- Il est dehors, il se planque.

---

- Tu vas pas passer la soirée là ?

- Non, mais j'aimerais bien.

Merci.

J'aurais pas pu faire ça sans toi.

C'est ma dernière expo.

- T'es sûr ?

- Presque sûr.

- Tu vas faire quoi après ?

- Je sais pas, je vais trouver.

On a la vie devant nous, maintenant, non ?

---

Musique funk douce

---

Sous-titrage TITRAFILM

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