All language subtitles for LAnnonce faite a Marie 1991

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Original subtitles

Cloche d'église

... Musique lugubre

...

... ...

...

... ...

...

... Chants d'oiseaux

... ...

...

Chant de coq

Aboiements lointains

-Halte.

...

Est-ce ainsi qu'on décampe de la maison,

sans saluer honnêtement les dames ?

-Retirez-vous.

-Vous n'avez même pas réussi à me tuer avec votre mauvais couteau.

-Quel est celui qui aime qui ne veut avoir tout de ce qu'il aime ?

L'homme outragé aussi a ses ténèbres comme la femme.

Mettez-vous là, près de ce cierge, que je vous regarde bien.

Chants d'oiseaux

...

-Vous m'avez bien regardée ?

-Qui êtes-vous, jeune fille,

et quelle est donc cette part que Dieu en vous s'est réservée,

pour que la main qui vous touche avec désir

et la chair même soit ainsi flétrie,

comme si elle avait approché le mystère de sa résidence ?

-Que vous est-il arrivé ?

-Le lendemain même de ce jour que vous savez,

j'ai reconnu à mon flanc le mal affreux.

-Quel mal ?

-La lèpre.

N'avez-vous pas crainte et horreur du lépreux ?

-Dieu est là qui me sait garder.

...

Paix sur vous, Pierre.

Cloche d'église

...

(En latin) -Regina Cœli.

...

-Quia quem meruisti portare, alleluia.

...

-Resurrexit.

-Ora pro nobis Deum.

Cloches rapides

...

... Chant en latin

...

...

...

-Amen.

Musique calme

...

-Violaine, je ne retournerai plus vers vous.

...

-Quelle est cette "Justice" que vous construisez à Reims

et qui sera plus belle que Notre-Dame ?

-L'église que les métiers de Reims m'ont donnée à construire.

-Qui prend soin de vous là-bas ?

-J'ai toujours vécu comme un ouvrier.

Une botte de paille me suffit entre deux pierres.

Un peu de lard sur du pain.

Chants d'oiseaux

...

Quel est cet anneau, Violaine ?

-Un anneau que Jacques m'a donné.

...

-Est-ce tout ce que vous donnez pour Sainte Justice ?

-Cela ne suffit-il pas à payer une petite pierre ?

-Mais Justice est une grande pierre.

-Je ne suis pas de la même carrière.

...

-Jeune fille,

je reconnais la bonne pierre sous les genévriers.

De même les hommes et les femmes.

-Mais pas les jeunes filles, maître Pierre !

Ca, c'est trop fin pour vous.

...

-Vous l'aimez bien ?

Chant d'alouette

...

-C'est un grand mystère entre nous deux.

...

Que ce monde est beau et que je suis heureuse.

...

-Que ce monde est beau et que je suis malheureux.

...

-Entendez-vous tout là-haut cette petite âme qui chante ?

...

-C'est l'alouette.

...

-Pardonnez-moi parce que je suis trop heureuse,

parce que celui que j'aime m'aime et tout est égal entre nous.

-Va au Ciel d'un seul trait !

Quant à moi, pour monter un peu,

il me faut tout l'ouvrage d'une cathédrale et ses fondations.

-Et dites-moi que vous pardonnez à Jacques parce qu'il va m'épouser.

-Non, je ne lui pardonne pas.

Il est dur d'être un lépreux.

C'est vous qui m'avez fait ce mal par votre beauté,

avec ce sourire plein de poison.

-Le poison n'était pas en moi.

-Je le sais !

Il était en moi.

Et cette chair malade n'a pas guéri l'âme atteinte.

Image de la beauté éternelle, tu n'es pas à moi.

-Je ne suis pas une image.

Soyez un homme, Pierre.

Soyez digne de la flamme qui vous consume.

Pauvre Pierre.

-Cette église seule sera ma femme qui va être tirée de mon côté

comme une Eve de pierre, dans le sommeil de la douleur.

Violaine, mon âme, je ne vous verrai plus.

-Qui sait ?

-J'emporte votre anneau.

Et qui sait si je n'emporte pas avec lui l'âme de Violaine,

mon enfant, pour que j'en fasse une église.

Musique calme

...

-Adieu, Pierre.

...

-Adieu, Violaine.

...

-Pauvre Pierre.

...

Chants d'oiseaux

...

Pas du cheval

...

Chœur en latin

...

...

...

...

-Le crapaud parle sous la gerbe

avec un mot de cristal.

Cloches lointaines

...

-Pourquoi me regardes-tu ainsi ?

...

-Allons, dis ce que tu as à dire.

-Tu sais que l'on ne peut rien te dire.

Mais il faut que je t'attrape pour te remettre un bouton.

...

-Les petites filles sont grandes.

-Elles ?

Non.

-A qui allons-nous marier cela ?

-Les marier ?

-O fausseté de femmes !

Quand penses-tu une chose que tu ne nous dises d'abord le contraire.

-Je ne dirai plus rien.

-Jacques Hury.

-Eh bien ?

-Je lui donnerai Violaine

et il sera à la place du garçon que je n'ai pas eu.

C'est moi qui lui ai tout appris.

Les bêtes,

les gens,

les armes,

les outils,

la coutume,

Dieu,

la manière de réfléchir avant que de parler.

Je l'ai vu grandir pendant qu'il me regardait.

...

-Je crains.

-Eh bien ?

-Mara couchait dans ma chambre cet hiver quand tu étais malade.

-Eh bien ?

-Nous causions le soir,

dans nos lits. -Eh bien ?

-Que sais-tu pour sûr s'il l'aime ?

Et Mara, si elle a idée qu'elle épouse Jacques.

Elle est dure comme le fer.

-Jacques épousera Violaine.

-Eh bien, il l'épousera donc.

-J'ai autre chose à te dire, la vieille.

Je pars.

-Tu pars ?

Et où c'est que tu vas ?

-Là-bas.

-A Château ?

-Plus loin que Château.

-A Bourges, chez l'autre roi ?

-Chez le roi des rois, à Jérusalem.

-Seigneur ! C'est-il que la France n'est plus assez bonne pour toi ?

-Il y a trop de peine en France.

-Nous sommes ici bien à l'aise.

-C'est cela, nous sommes trop heureux

et les autres pas assez.

-Anne, ce n'est pas de notre faute.

-Ni de la leur non plus.

-Je sais que tu es là et que j'ai deux enfants.

-Mais tu vois au moins que tout est dérangé de sa place,

et chacun recherche où elle est.

Je suis las d'être heureux.

Tel a été le mal du monde, que chacun a voulu jouir de ses biens,

comme s'ils avaient été créés pour lui.

Et ces fumées que l'on voit parfois au loin,

ce n'est pas de la vaine paille

qui brûle.

-Qui t'appelle loin de nous ?

-Un ange jouant de la trompette.

-Quelle trompette ?

-La trompette sans aucun son que tous entendent.

La trompette qui cite tous les anges

afin que les champs soient redistribués.

Tu es toujours jeune et belle pour moi.

Et l'amour que j'ai

pour ma douce Elisabeth aux cheveux noirs est grand.

-Mes cheveux sont gris.

-Dis oui, Elisabeth.

-Oui, Anne.

-Patience, Zabillet,

bientôt je serai de retour.

Bientôt viendra une autre séparation.

-Aujourd'hui ? Aujourd'hui même ?

-Aujourd'hui même.

Et maintenant, je vais chercher Jacques.

Caquètement

...

-Dis-lui qu'elle ne l'épouse pas ou je me tuerai.

-Mara !

-Je me pendrai dans le bûcher. Là où on a trouvé le chat pendu.

-Méchante. Jacques Hury l'aime.

-Je sais que vous ne m'aimez pas.

Elle se croit comme Saint Onzemillevierges.

Je suis Mara qui dit la vérité. C'est ça qui met les gens en colère.

-Mauvaise.

Petite, tu ne criais pas quand on te battait.

-Dis-lui que je me tuerai.

-Et lui ? Que sais-tu s'il voudra t'épouser ?

-Certainement,

il ne voudra pas.

-Eh bien...

-Eh bien ?

Entrechoquements

...

-Que dites-vous ?

-Je m'en vais à Jérusalem. -Comment ?

-Tu as bien entendu. Tu seras le père ici, à ma place.

-Je ne vous entends pas.

-Je m'en vais.

...

Le soleil est comme notre bœuf luisant,

et la pluie, notre banquier.

Les autres attendent leur bien des hommes,

mais nous le recevons tout droit du ciel même.

...

La terre tient au ciel,

le corps tient à l'esprit.

...

Voici le fils de mon choix.

Jacques Hury.

Je m'en vais.

Obéissez-lui.

Quand t'auras un mari, ne méprise point l'amour de ton père.

Jacques, prends-la, ôte-lui mon nom.

Aime-la chaque jour comme le pain dont on ne se rassasie pas.

-Qui sait si elle veut de moi encore ?

-Qui le sait ?

-Vous voulez de moi ?

-C'est le père qui veut.

-Vous voulez bien aussi ?

-Je veux bien aussi.

-Comment vais-je m'arranger avec vous ?

-Songez-y pendant qu'il en est temps encore.

-Je vous tiens pour de bon, votre main et le bras avec,

et tout ce qui vient avec le bras.

Votre fille n'est plus à vous. c'est à moi seul.

-Que dis-tu, la mère ?

-Je suis bien contente.

-Compère Loriot

-COMPERE LORIOT

-Qui mange les cesses

-QUI MANGE LES CESSES

-Et qui laisse

-ET QUI LAISSE LE NOYAU, NOYAU !

Musique douce

...

-Le loriot siffle.

...

Qu'est-ce qu'il dit ?

...

Que la pluie de cette nuit a été comme de l'or pour la terre.

Que dit-il encore, le petit oiseau ?

Qu'il fait beau. Que Dieu est grand.

Qu'il y a encore deux heures avant midi.

...

Apporte mes souliers, apporte mon manteau.

-Comment, est-ce que vous partez ?

-Il n'a rien entendu.

Mets-moi mes souliers.

Musique ténue

...

Adieu Elisabeth. Qu'on amène mon cheval.

...

Une dernière fois je vous partagerai le pain.

...

Chœur lugubre

...

-Tu ne me reverras plus.

-Adieu, Elisabeth.

...

Adieu, Mara. Sois bonne.

...

-Adieu, père.

...

-Vous tous, adieu.

...

Qu'est-ce qu'il y a, petite enfant ?

Tu as échangé un mari pour ton père.

-Hélas, père ! Hélas !

...

...

...

...

... Le cheval s'éloigne.

... ...

...

Chants d'oiseaux

...

Aboiements

...

...

...

Couinement

...

...

...

...

...

-Bonjour, Mara.

-Monseigneur.

-Vous avez rêvé cette histoire que vous m'avez racontée l'autre jour.

-Quelle histoire ?

-Cette histoire du maçon.

-Vous parlez de Violaine ?

Je rougis de cette petite fille.

Il est honteux de se donner ainsi.

Le dessus, le dedans et la racine.

-Je sais qu'elle est entièrement à moi.

-Oui.

Comme il dit bien cela !

Comme il est sûr de ces choses qui sont à lui !

Brainard de Braine !

Sont à soi les choses que l'on a faites ou gagnées.

Vous êtes un grand beau jeune homme.

-Ne me tourmentez pas.

-C'est dommage.

-Qu'est-ce qui est dommage ?

-Il croit que tout est à lui, comme un paysan

au milieu de son petit champ tout rond.

On vous fera voir le contraire.

Chants d'oiseaux

...

Couinements

...

Chants d'oiseaux

...

Le chien pleure.

Musique calme

...

...

Grelots

...

-O ma fiancée à travers les branches en fleurs, salut.

...

-Jacques. Bonjour, Jacques.

-Quel est ce costume merveilleux ?

...

-Je l'ai mis pour vous.

C'est le costume des moniales de Monsanvierge

que les femmes de Combernon ont le droit de revêtir deux fois.

Premièrement, le jour de leurs fiançailles.

Secondement, le jour de leur mort.

...

-Que ce monde est beau

où vous êtes cette part qui m'était réservée.

...

Bonjour, ma femme.

Bonjour, douce Violaine. Il ne faudra plus jamais cesser

d'être là.

-Que cette heure est belle. Je n'en demande point d'autre.

...

-Que ce lieu est solitaire et que l'on y est en secret avec toi.

-Ton cœur suffit,

je suis avec toi.

...

-Demain aux yeux de tous,

je prendrai cette reine entre mes bras.

-Prends-la et ne la laisse pas aller.

Dites encore que vous me trouvez belle.

-Oui, Violaine.

Montrez-moi votre main gauche.

Mon anneau n'y est plus.

-Je suis plus qu'un anneau.

Après tout, je ne fais aucun mal en vous aimant.

C'est la volonté de Dieu et de mon père.

-Qui vous prendra d'entre mes bras ?

-Ne me touchez pas.

-Suis-je donc un lépreux ?

-Sachez ce que vous faites en me prenant pour femme.

Musique calme

...

Et témoin n'est à notre mariage aucun homme, mais le Tout-Puissant.

Et ce n'est point le soleil de Juillet qui nous éclaire

mais la lumière même de Sa face.

-Violaine !

Je ne suis clerc, ni moine, ni béat.

J'ai une charge et je la remplirai.

Ne me demandez pas de comprendre ce qui est par-dessus moi.

Aux célestes le ciel, et la terre aux terrestres.

Car le blé ne pousse pas tout seul

et il faut un bon laboureur à celui d'ici.

A chacun sa place,

en cela est la justice.

-Mais moi, je ne vous aime pas parce que cela est juste.

Et même si cela ne l'était pas, je vous aimerais encore et plus.

-Je ne vous comprends pas.

-Vous m'aimez tant et je ne puis vous faire que du mal.

Il ne peut y avoir de justice entre nous deux.

-Je ne comprends pas !

-Mon bien-aimé, ne me forcez pas

à vous dire mon grand secret.

-Un grand secret, Violaine ?

-Si grand que vous ne demanderez pas de m'épouser davantage.

-Je ne vous comprends pas.

-Est-ce que mon âme n'est pas assez ?

Prends-la.

Je suis encore ici et aspire-la.

L'un dans l'autre,

et la mort même ne nous anéantira pas plus que l'amour.

Que veux-tu faire de moi davantage ?

Pourquoi veux-tu prendre pour toi ce qui est à Dieu seul ?

La main de Dieu est sur moi et tu ne peux me défendre.

Nous ne serons pas mari et femme en ce monde.

-Quelles sont ces paroles étranges, si tendres,

si amères ?

Je crois que vous voulez m'éprouver et vous jouer de moi.

Et cependant j'ai peur

et je vous vois dans ce vêtement qui m'effraie.

Ce n'est point la parure d'une femme,

mais le vêtement d'un Sacrificateur.

Ne tourne pas vers moi ce visage qui n'est plus de ce monde.

Doux oiseau.

Le ciel est beau mais c'est une belle chose aussi que d'être pris.

Le ciel est beau mais c'est une belle chose et digne de Dieu même,

un cœur d'homme que l'on remplit sans en rien laisser vide.

Ne me damnez pas par la privation de votre visage.

Sans doute que je suis un homme sans lumière et sans beauté,

mais je vous aime, mon ange, ma reine, ma chérie.

-Il ne convient donc plus que je garde pour moi davantage

ce secret.

Une communication si profonde

que la vie, ni l'enfer, ni le ciel même ne la feront plus cesser.

Mais dites-moi encore une fois que vous m'aimez.

-Je vous aime.

Grelots

...

...

...

...

-Donnez-moi votre couteau.

...

...

...

-Donnez-moi le couteau.

...

Quelle est cette fleur d'argent dont votre chair est blasonnée ?

La lèpre.

...

-Certes, vous êtes difficile à convaincre.

...

-La lèpre la plus hideuse est celle de l'âme ou celle sur le corps ?

-Je ne connais que celle du corps.

...

-Tu ne connais pas l'autre ?

...

-Ainsi, vous ne demandez plus à m'épouser ?

-Fille du diable !

-Tel est ce grand amour que vous aviez pour moi.

-Tel est ce lys que j'avais élu.

Eloigne-toi !

-Je suis assez loin, tu n'as rien à craindre.

-Plus loin que tu ne l'as été de ton porc ladre !

-C'est de Pierre de Craon que vous parlez.

...

-C'est de lui que je parle, que vous avez baisé sur la bouche.

-C'est vrai.

-Vous ne niez point que cet homme ne vous ait possédée ?

-Je ne nie rien.

...

...

...

...

...

Détonation lointaine

...

-Mais je t'aime encore.

Dis quelque chose.

Si tu as rien à dire,

je le croirai.

Parle.

Je t'en supplie. Dis-moi que cela n'est pas vrai.

-Mara dit toujours la vérité.

-Qu'allez-vous faire ?

-Quitter ces vêtements. Quitter cette maison. Accomplir la loi.

-Eh bien ?

-Gagner le lieu qui est réservé aux gens

de mon espèce.

La léproserie du Géyn.

-Allez vous dévêtir et prenez une robe pour le voyage.

Chants d'oiseaux

...

-Puissé-je bientôt sous moi sentir s'élever

mon vaste ouvrage,

poser la main sur cette chose indestructible que j'ai faite

et qui tient ensemble dans toutes ses parties.

Mon œuvre que Dieu habite.

Cris de corbeaux

...

...

...

-Va et prie pour nous.

...

...

...

-Et que fait le vieux fou ?

Où est-il maintenant ?

Elle soupire.

Vent

...

-Voilà.

Le roi peut venir.

Il peut venir à c't'heure. Nous ons bin fait not' part.

-Les rencontres de paix se déroulent

sur des montagnes de cendres et de feu.

Tout est ému et dérangé de sa place.

Chacun recherche éperdument où elle est.

(En latin) Deus, in adjutorium meum intende.

Domine, ad adjuvandum me festina.

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto.

Sicut erat in principio, et nunc et semper, amen.

-Vox clamantis in deserto :

Parate vias Domini

et erunt prava in directa et aspera in vias planas.

Vous avez bien travaillé.

-Ecoutez.

-Oh non, ce n'est pas encore lui.

On entendrait les cloches de Bruyères sonner.

Il a soupé à Fisme.

-Et qu'vlà un bon petit Noël.

-C'est le jour de Noël

que notre roi Charles revient se faire sacrer.

-C'est une simple fille de Dieu

qui le ramène à son foyer.

-Jeanne, qu'on l'appelle.

-La Pucelle !

-Noël ! Ki ki ki ki ki ki.

Noël, Noël, nouvelet ! Brr... Qu'il fait froué !

-Faut bien regarder si qu'y aura un petit homme tout rouge

près du roi.

C'est elle.

-Sur un grand cheval noir.

-Y a six mois qu'elle gardait les vaches ed son pé.

-Maintenant, elle tient une bannière où qu'y a Jésus en écrit.

-Les Anglais se sauvent devant

comme souris.

-Quoi qu'ils font les ceusses ed là-bas ?

-Les deux cloches de la Cathédrale

commencent à sonner au Gloria de minuit,

et jusqu'à l'arrivée des Français,

elles ne cesseront plus de badonguer.

-Je m'appelle Agnès. Je suis la jeunesse.

-Comment ça, vous êtes pas resté là-bas ?

-C'est maître Pierre de Craon qui m'a envoyé chercher du sable.

-C'est à cela qu'il s'occupe en ce moment ?

-Son métier n'est pas de faire des routes pour le roi,

mais une demeure pour Dieu.

-A quoi sert Reims, si le roi n'y peut aller ?

-A quoi la route, s'il n'y a pas d'église au bout ?

-Ce n'est pas un bon Français.

-Celui qui parle politique chez nous,

on lui noircit le nez avec le cul de la poêle.

-On dit qu'il est lépreux.

-Ce n'est pas vrai.

Il a la chair saine comme celle d'un enfant.

-Ca ne fait rien qu'il soit malade ed son corps.

Ce n'est pas de son corps qu'il travaille.

-Faudrait pas qu'il vous entende dire ça.

Il a puni l'un de nous qui restait dans son coin à dessiner.

Il l'a envoyé toute la journée sur les échafauds,

disant qu'au bout de la journée,

il saurait deux choses ainsi mieux que par règle et par dessein :

le poids qu'un homme peut porter et la hauteur de son corps.

C'est ainsi qu'il nous a enseigné cette demeure de Dieu

dont chacun

est comme un fondement secret,

ce que sont le pouce, et la main, et la coudée,

et notre envergure,

et le bras étendu,

et le pied,

et le pas.

Ce faisant tout de par-dedans

comme les abeilles, et comme l'âme fait pour le corps.

Tout est action de grâce.

Musique calme

-Le petit homme parle bien.

...

-C'est ici les gens de Chevoche ?

-C'est nous.

-Loué soit Jésus-Christ.

-Ainsi soit-il.

...

-C'est chez vous qu'habite la lépreuse ?

-Ce n'est pas chez nous, mais jouxtant.

...

-C'est un enfant que vous tenez dans vos bras ?

Il fait bin froid pour promener les tiots enfants.

-Il n'a pas froid.

Crécelle

-V'là sa clique.

... Dommage qu'elle soit pas morte.

...

-A vient demander son manger. Pas de danger

qu'elle oublie !

-Hé, Sans-figure ! Jeanne, que je dis !

Hé là, la d'vourée !

-Attrape !

-Où qu'elle va ?

Vent

...

...

...

... Chœurs inquiétants

...

Explosion lointaine

Craquement de la glace

...

...

...

...

...

...

...

...

...

-C'est moi, Violaine.

-Est-ce vous, ma mère ?

-C'est moi, Violaine, Mara, ta sœur.

-Que c'est bien d'être venue. Mais ne me crains-tu point ?

-Je ne crains rien au monde.

-Ta voix est devenue semblable à celle de maman.

-Violaine, notre chère mère n'est plus.

Et le père n'est pas revenu encore.

-Et vous deux ?

-Cela va bien.

Nous avons trois charrues de plus. Tu ne reconnaîtrais pas Combernon.

-Etes-vous heureux ensemble, Mara ?

-Oui. Nous sommes heureux. Il m'aime.

Craquement

-Loué soit Dieu.

-Tu ne vois pas ce que je tiens ?

-Je n'ai plus d'yeux. L'âme seule tient dans le corps péri.

-Comment marches-tu si droit ?

-J'entends.

-Qu'entends-tu ?

-Les choses exister avec moi.

-Et moi ? M'entends-tu ?

Musique douce -Que veux-tu ?

-Louer ce Dieu avec toi qui t'a faite pestiférée.

-Louons-le donc,

en cette veille de sa Nativité.

...

...

-Il faut te tourner vers Dieu quand le reste n'est plus là.

-Lui, du moins, ne manquera pas.

-Que sais-tu de Lui qui est invisible et que rien ne manifeste ?

-Il ne l'est pas devenu plus pour moi que n'est le reste.

-Il est avec toi, petite colombe, et Il t'aime.

-Comme avec tous les misérables, Lui-même.

-Son amour est grand.

-Comme celui du feu pour le bois quand il prend.

-Celui à qui tu as livré ton corps t'a oubliée.

-Je n'ai pas livré mon corps.

-Douce Violaine.

Menteuse, Violaine.

Ne t'ai-je pas vue embrasser Pierre de Craon ?

-Le pauvre homme était lépreux

et moi, j'étais si heureuse ce jour-là.

-En toute innocence.

-Comme une petite fille qui embrasse un pauvre petit garçon.

-Ne dis point que c'est de ton gré que tu m'as laissé Jacques.

-Non, je ne suis pas si bonne.

-Pourquoi te laisser croire parjure ?

-Fallait-il lui laisser aucun regret de moi ?

-Maintenant, je suis heureuse avec lui et je lui ai donné un enfant.

Une douce petite fille.

-Ah, est-ce que ma lèpre guérira ?

Non, autant qu'il y aura

une parcelle de chair mortelle à dévorer.

Est-ce que l'amour en mon cœur guérira ?

Jamais tant qu'il y aura une âme immortelle à lui fournir aliment.

Est-ce que ton mari te connaît ?

-Quel homme connaît une femme ?

-Heureuse qui peut être connue à fond et se donner tout entière.

-Tu as transféré à Dieu ta foi.

-L'amour a fait la douleur et la douleur a fait l'amour.

-A quoi sert cet aveugle amour

qui ne donne aux autres ni lumière ni chaleur ?

-Si tu passais une seule nuit dans ma peau,

tu ne dirais pas que ce feu n'a pas de chaleur.

Le malheur de ce temps est grand.

Ils n'ont point de père.

Ils regardent et ne savent plus.

C'est pourquoi voici mon corps en travail

à la place de la chrétienté qui se dissout.

Puissante est la souffrance quand elle est aussi volontaire

que le péché.

Tu m'as vue baiser ce lépreux, Mara.

Cloches lointaines

La coupe de la douleur est profonde,

et qui y met une fois la lèvre, ne la retire plus à son gré.

...

-Ma douleur est plus grande que la tienne.

...

Prends-le.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Ma petite fille. Mon enfant.

...

C'est son pauvre petit corps.

Prends-le, je te le donne.

-Que veux-tu que je fasse, Mara ?

-Je te dis qu'elle est morte.

-Son âme vit en Dieu.

-Tu ne me donneras pas le change avec tes paroles de béguine.

Ce lait qui me cuit aux seins, il crie vers Dieu.

-Comme son petit visage est froid.

-Il ne sait rien encore.

-Il n'était pas à la maison ?

-Il est à Reims pour vendre son blé.

-A qui ressemblait-elle ?

-A lui. Ses yeux seulement sont les miens.

-Pauvre Jacquin.

-Ce n'est pas pour t'entendre dire cela que je suis venue ici !

-Que veux-tu de moi ?

-Rends-moi mon enfant que je t'ai donné !

-Tu ne m'as donné qu'un cadavre.

...

-Rends-le-moi vivant !

...

-Est-ce qu'il est en mon pouvoir de ressusciter les morts ?

-A quoi est-ce que tu sers alors ?

...

-A souffrir et à supplier.

...

-Rends-moi cet enfant que tu m'as pris.

...

Cri étrange

-Mais tu vois qu'il est mort.

-Il n'est pas mort, fillasse ! Cœur de brebis !

Si j'avais accès comme toi à ton Dieu,

il ne m'arracherait pas mes petits si facilement !

Il est écrit que tu peux souffler sur cette montagne,

et la jeter dans la mer.

-Je le puis, si je suis une sainte.

...

-Il faut être une sainte quand une misérable te supplie.

...

-Pourquoi viens-tu me tourmenter dans ma tombe ?

-Je ne te demande que mon enfant.

-Ecoute.

Ce sont les cloches de Noël, Mara.

Un petit enfant nous est né.

...

-Rends-moi le mien.

Musique calme

...

...

...

Cloches lointaines Hurlements de loups

... ...

-Le vent porte sur nous.

-Prions avec tout l'univers.

... ...

Ne pleure point.

Ce n'est pas le moment de pleurer,

quand le salut de tous les hommes est déjà né.

... ...

...

... ...

Vois-tu ce livre ? Lis-moi l'office de Noël.

Cloches lointaines

...

-"Prophétie d'Isaïe".

"Le peuple qui marchait dans les ténèbres

"a vu une grande lumière.

"Ceux qui habitaient dans la région de l'ombre de la mort,

"la lumière leur est née,

"car un tout petit nous est né,

"et la principauté a été placée sur son épaule,

"et son nom sera appelé...

"admirable conseiller.

"Dieu fort.

"Père du siècle futur.

"Prince de la paix."

-Ecoute.

Chant spirituel

...

...

Chant d'enfant

...

-Je n'entends rien.

-Poursuis, Mara.

-"Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né en ce jour-ci :

"soyons heureux.

"En effet, il n'est d'ouverture à la tristesse

"quand c'est le jour natal de la vie."

Trompette

...

Le roi de France qui va-t-à Rheims.

"Que le pécheur se réjouisse à cause qu'il est invité au pardon."

Chœur calme

...

"Car le Fils de Dieu s'est revêtu

"de la nature de la race humaine,

"afin que cet inventeur de la mort

"le diable,

"fut tour à tour subjugué."

Percussions

...

(Voix d'enfant) -Ave Maria, ave gratia plena.

Dominus tecum.

Chœur calme

...

-Je ne suis pas digne de lire ce livre.

Violaine, je voudrais être autrement.

-Lis, Mara.

Tu ne sais pas qui chante le répons.

-"Il est bien aussi,

"que ce soit Bethléem où il naisse.

"Bethléem en effet veut dire maison du pain."

Chœur calme

...

...

Brise

...

Elle crie.

-Qu'y a-t-il ?

-Je sens sur ma face le souffle du jour qui naît.

Musique étrange

...

-Violaine ! Violaine !

...

Est-ce toi qui remues le bras ?

-Paix, Mara.

Voici le jour de Noël où toute joie est née.

Je vous annonce une grande joie car un homme est apparu dans le monde.

...

Prends, Mara.

Veux-tu me laisser toujours cet enfant ?

Hurlements de loups au loin

...

-Il vit !

Il vit !

-Il vit et nous vivons.

...

-C'est moi, Aubaine.

...

Me reconnais-tu ?

... Pleurs de nourrisson

... ...

Quoi qu'i gnia, ma joie ? Quoi qu'i gnia, mon trésor ?

...

Violaine !

Que cela veut-il dire ?

...

Ses yeux étaient noirs.

Et ils sont devenus bleus comme les tiens.

Chœur calme

...

...

...

...

Musique calme

...

...

...

-Cet espoir nous réchauffe comme le café.

Inaudible

...

Aboiements lointains

...

...

...

...

...

...

...

...

Aboiement

Couinements

...

Aboiements

...

Trompette

Aboiements

Trompette

-Ho hé !

On frappe.

-Que voulez-vous ?

-Ouvrez !

-Qui êtes-vous ?

-Ouvrez que l'on vous dit !

Jacques Hury, ne me reconnaissez-vous point ?

-Pierre de Craon.

-C'est moi.

-Qu'est-ce que vous m'apportez ici ?

-J'ai pris sur moi de vous l'amener ici.

-Pourquoi ici ?

-Qu'elle meure au moins sous le toit de son père.

Jacques,

voici Violaine.

-Vous autres lépreux, raclez vos ulcères les uns aux autres.

-Je suis sain de nouveau.

-Et celle-ci va être guérie dans un moment.

-Vous êtes plus lépreux qu'elle et moi.

-Est-ce vrai qu'elle vous a embrassé ?

-C'est vrai.

Pauvre enfant.

Je vous laisse avec elle.

Porte

-Qui est là ?

-C'est moi qui suis près de vous.

-Bonjour, Jacques.

Vous m'en voulez encore ?

-Qui vous a pris de baiser ce lépreux sur la bouche ?

-Nous avons autre chose à dire encore.

-Je n'ai rien de plus à vous dire.

Crépitement du feu

...

Pourquoi l'avez-vous embrassé ?

...

-Il était si triste et j'étais si heureuse.

-Je ne vous crois pas, Violaine. Cruelle Violaine.

-Non, point cruelle, mais douce.

Douce Violaine.

-C'est moi, Violaine,

c'est moi seul que vous aimiez.

-Jacques...

C'était trop beau.

Et nous aurions été trop heureux.

Si vous aviez cru en moi,

qui sait si vous ne m'auriez pas guérie ?

-Ne devais-je pas croire à mes yeux ?

-Vous deviez croire à vos yeux, cela est juste.

Est-ce qu'il faut que la mort encore nous sépare ?

-Je vous ai perdue à jamais.

-Dis-moi pourquoi perdue ?

-Tu vas mourir.

-A quoi me servait ce corps pour qu'il me cache ainsi le cœur,

en sorte que tu ne le voyais point ?

-La délivrance est proche.

Chants d'oiseaux

...

-Bénie soit donc la main qui, l'autre nuit, m'a conduite.

...

-Quelle main ?

...

-Cette main, silencieusement, qui m'a pris la mienne,

et qui m'a conduite.

-Où ?

...

-Où Pierre de Craon m'a trouvée.

Sous un grand tas de sable,

la charge de toute une charrette sur moi renversée.

...

M'y suis-je mise toute seule ?

...

-Qui a fait cela ?

...

Cent dieux !

...

-Je ne sais pas.

...

Peu importe.

Ne jure pas.

...

-Je tirerai cela au clair.

...

-Ne parle pas vainement.

...

Je n'ai plus que peu de temps avec toi.

...

-Reste.

Ne t'en va pas.

...

-Je reste.

...

Je ne m'en vais pas.

...

Dis, te souviens-tu de cette place sur ma chair,

que je t'ai montrée sous mon sein ?

...

Te l'ai-je bien dit

que désormais, tu ne m'arracherais plus de ton âme ?

...

Je ne veux plus que tu sois joyeux.

Il n'est pas convenable que tu ries.

...

Pour le temps que tu es loin de moi encore.

...

-Violaine.

-Aide-moi ceci, mon bien-aimé.

L'amertume du malade qui voit l'ombre sur le cadran

et de l'âme qui reçoit vocation.

...

-Et de moi,

tu n'as rien voulu accepter.

...

-Crois-tu que je ne connaisse rien de toi ?

...

Ne t'ont-ils point dit que ton enfant était mort ?

...

-Mara jure qu'il dormait seulement.

...

-N'as-tu point vu que les yeux de ta fille ne sont plus les mêmes ?

...

-Ils sont bleus maintenant, comme les tiens.

...

-Oui, Jacques.

Elle était morte.

...

-Qui donc lui a rendu la vie ?

...

-Dieu.

Et avec Dieu,

la foi et le désespoir de sa mère.

...

-Et toi ?

...

-Oui.

Quand j'ai senti l'enfant mort sur moi,

l'enfant de ta chair,

mon cœur s'est rétréci et le fer a pénétré en moi.

...

Voilà donc ce que je tenais entre mes bras.

...

Tout ce qu'à jamais de toi je ne posséderai dans cette vie.

...

-Dis-tu que cet enfant est vraiment ressuscité ?

...

-Il était mort.

...

Tout d'un coup, en un seul trait...

...

J'ai senti cette petite tête bouger.

...

Et la vie a jailli de moi, tout d'un coup.

En un seul trait.

Et ma chair mortifiée a refleuri.

...

Je sais ce que c'est que cette petite bouche aveugle

qui cherche le sein de ses dents impitoyables.

...

Me pardonnes-tu ?

...

-Fausseté de femmes.

Tu es la fille de ta mère.

...

Quelle est cette main qui t'a si gracieusement conduite ?

...

-Je ne sais pas.

...

-Mais moi, je crois le savoir.

-Tu ne sais rien du tout.

Tu ne comprends rien aux femmes.

Et combien elles sont pauvres.

Etait-ce sa main seulement ?

...

Je n'en sais rien.

...

Et à quoi bon le savoir ?

...

-Je reste seul.

...

Clameur étrange

Chants d'oiseaux

...

-Non, point seul. Avec ce beau petit enfant que je t'ai rendu.

Il te faut un devoir tout tracé et le fait accompli.

...

-Le bonheur est fini pour moi.

...

-On ne t'a point promis le bonheur.

...

Travaille, c'est tout ce qu'on te demande.

Dis, qu'est-ce qu'un jour loin de moi ?

Bientôt il sera passé.

Et alors, quand ce sera ton tour

et que tu verras la grande porte craquer et remuer,

c'est moi de l'autre côté qui suis après.

-O ma fiancée à travers les branches en fleurs, salut.

...

(-Tu te souviens ?)

...

Et maintenant, il faut m'emporter d'ici.

...

Fais-moi porter dans cet abri

que mon père avait construit pour les pauvres.

...

Non, Jacques...

Pas vous.

Appelez Pierre de Craon.

Il a été lépreux, il n'a point horreur de moi.

...

... Musique calme

... ...

Porte

Chants d'oiseaux Musique calme

... ...

... ...

... ...

Tonnerre

-Est-ce que tout est prêt ?

-On travaille au cercueil.

Demain, au petit jour, tout est prêt.

-Y a-t-il à boire et à manger pour ceux que nous aurons à traiter ?

-Vieillard, c'est ta fille que l'on va mettre en terre

et voilà ce que tu trouves à dire.

-Que cherchez-vous, ma sœur ?

-Des fleurs pour les lui mettre sur son cœur

entre ses mains.

-Il n'y a plus de fleurs.

Il n'y a plus que des fruits.

Ecartez les feuilles

et l'on trouvera la dernière violette.

-Elle repose dans un sommeil profond,

comme celui qui sait à qui il s'est confié.

-Ma grosse petite fille qui se réveillait en riant aux éclats.

dans son sabot de petit lit.

-Qu'avez-vous à me reprocher ?

J'ai dit à la mère de lui parler

ce jour que tu es revenu de Brenne,

car je désirais ardemment t'épouser.

Et autrement, j'étais décidée à me pendre le jour de vos noces.

Or Dieu qui voit les cœurs,

avait permis déjà qu'elle prît la lèpre.

Mais Jacques ne cessait de penser à elle.

C'est pourquoi je l'ai tuée.

Pour que celui que j'aime et qui est à moi,

fut à moi comme je suis à lui, tout entier.

Et fallait-il que cet homme qui m'appartient

et qui est à moi,

soit coupé en deux ?

Une moitié ici et l'autre dans le bois de Chevoche.

Et fallait-il que mon enfant

qui est à moi, fut coupé en deux et qu'il eût deux mères ?

L'une pour le corps,

et l'autre pour son âme.

Qui t'a été le plus fidèle, Jacques,

de moi ou de Violaine ?

De Violaine qui t'a trahi pour je ne sais quel lépreux.

Cédant, dit-elle au conseil de Dieu, en un baiser.

Tonnerre

...

-La voici qui revient vers moi avec la nuit.

-J'honore Dieu. Qu'il reste où il est.

Notre malheureuse vie est si courte, qu'Il nous y laisse en paix.

Est-ce ma faute si j'aimais Jacques ?

Etait-ce pour ma joie ?

Ou pour la dévoration de mon âme ?

Qui m'aime ?

...

(Qui m'a jamais aimée ?)

...

Disgrâce de celle qu'on n'aime pas.

Mon amour ne naît point de la joie, il naît de la douleur.

Cette douleur qui suffit à ceux qui n'ont point la joie.

Il n'y a que moi qui puisse te la donner.

Ne me reconnais-tu pas, Jacques ?

Je suis ta femme.

-Viens donc, Mara.

C'est Violaine qui te pardonne.

C'est elle, femme criminelle, qui nous garde réunis.

-Parole morte.

...

Je reste sans force comme une femme veuve et sans enfant.

Grondement

...

-Que c'est beau de vivre.

Et que la gloire de Dieu est immense.

Mais que c'est bon aussi de mourir

alors que c'est bien fini

et que s'étend sur nous peu à peu,

l'obscurcissement comme d'un ombrage très obscur.

... Cris de corbeaux

... ...

-Pauvre Violaine.

Et toi, petit enfant !

Comme ses yeux sont bleus !

(Voix d'enfants) -LA BELLE ARC-EN-CIEL !

-La belle arc-en-ciel !

-Pierre,

voici le temps où les femmes et les enfants nouveau-nés

en remontrent aux sages et aux vieillards.

Bourdonnements

...

Est-ce que le but de la vie est de vivre ?

...

Il n'est pas de vivre mais de mourir,

et de donner ce que nous avons en riant.

...

Là,

est la jeunesse éternelle.

...

-Ne pleure point, Jacques, mon ami.

-Pierre,

j'ai vu sur mon chemin les églises que tu as enfantées.

Musique calme Chants d'oiseaux

... ...

-Que la pierre est belle

et qu'elle est douce aux mains de l'architecte.

Comme elle garde l'idée et quelles ombres elle fait.

... ...

Et que c'est réel, ensemble, l'âme de Violaine, mon enfant,

pour que j'en fasse une église.

... ...

-Violaine n'est pas une pierre.

Je ne veux pas que la lumière de ses yeux si beaux soit couverte.

-Celle de son âme est avec nous.

Que tu es belle, mon enfant.

Marche devant, Violaine, et je te suivrai.

Violaine et Elisabeth,

bientôt je suis de nouveau avec vous.

-MARGUERITE DE PARIS

PRETE-MOI TES SOULIERS GRIS

POUR ALLER AU PARADIS

QU'IL FAIT BEAU, QU'IL FAIT CHAUD

J'ENTENDS LE PETIT OISEAU

QUI FAIT "PIII" !

... ...

-Je vis sur le seuil de la mort

et une joie inexplicable est en moi.

L'ange du Seigneur nous avertit de la paix,

et l'enfant tressaille dans le sein de sa mère.

... ...

-Homme de peu de foi, pourquoi pleurez-vous ?

-Parce que je vais à mon Père et à votre Père.

... ...

-L'action de grâce descelle la pierre de mon cœur.

Que je vive ainsi mélangé à mon Dieu,

comme la vigne à l'olivier.

... ...

-L'ange retentissant, une fois encore,

aux cieux et à la terre attentif, fait l'annonce accoutumée.

-Voix de la rose, Dieu est né.

-Dieu s'est fait homme.

Il est mort.

-Il est ressuscité.

Les trois notes, comme un sacrifice ineffable, sont recueillies

dans le sein de la vierge sans péché.

... ...

Musique sinistre

...

...

...

Chœur lugubre

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