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Le diable n'existe pas
- Merci beaucoup. - Je t'en prie.
N'hésite pas.
- Bonjour. - Ça va ?
Ça va bien, et toi ?
Ouvre le coffre.
C'est quoi, dans le sac ?
Ma part mensuelle de riz.
- Ta part de riz ? - Oui.
- T'en as eu combien ? - Comme d'hab.
Tu me diras s'il est bon, j'en prendrai.
D'accord.
- Bonne journée. - Toi aussi.
Attendez, les enfants.
Il va se brûler s'il va en dessous. Attendez, je vous dis.
Bonjour.
- Vous allez bien ? - Oui, merci.
- Razieh va bien ? - Oui, merci.
Pardon de vous avoir dérangé.
Ce pauvre chat est coincé sous la chaudière.
Les enfants n'arrivent pas à le sortir.
Désolée de vous embêter avec ça.
Je vous en prie.
Oh, le pauvre.
Il est mignon.
Merci beaucoup.
Ça va, petit chat ? Merci, monsieur.
Avec plaisir, les enfants.
Coucou, toi.
Merci.
Bonjour.
- Ça va ? - Oui, chérie.
- Quoi de neuf ? - Rien et toi ?
- Rien. T'as pris mes chaussures ? - Devant toi.
Tu es un amour.
Tu l'as vue ?
Celle dont tu m'as parlé ?
Oui, Fatemeh. Elle était toute pensive en classe.
À la fin, je lui ai demandé ce qu'elle avait.
Elle a pas voulu me dire.
Je l'ai taquinée un peu.
Elle riait et tout à coup, elle a éclaté en sanglots.
La pauvre.
Ça m'a fait de la peine. Je lui ai demandé ce qu'elle avait.
Elle m'a dit : "Vous, on vient vous chercher."
Je lui ai dit : "Pas toi ?"
"Non, ma mère est à Istanbul avec des amis
et mon père fête l'anniversaire de sa femme."
- T'imagines ? - Comment ça ?
J'en revenais pas.
Mais j'ai rien dit.
J'ai dit : "C'est bien, tu vas t'amuser.
Qu'est-ce que tu vas faire ?"
"Je dois aller chez ma mamie."
J'ai proposé qu'on l'y conduise. Elle a tout de suite refusé.
Pareil pour le taxi.
J'ai compris qu'elle allait au ciné avec son ami.
- Son ami ? - Son petit copain.
Elle a quel âge ?
Tu te rends compte ? Une fille, à son âge, en cette classe,
au lieu de penser à son avenir,
à l'entrée en fac.
Ses parents sont divorcés ?
Je sais pas si c'est officiel.
D'après les collègues, le père est avec les deux.
Je le comprends pas. Sa femme est d'une beauté.
Elle a quelqu'un aussi ?
J'en sais rien.
Elle doit être à Istanbul avec son mec.
La belle-mère doit être une teigne.
Qu'est-ce que j'en sais, moi ?
On peut pas juger les gens comme ça.
On parle pas de ça, ça m'énerve.
- On va où ? - À la banque.
Ah oui, ton salaire. On doit acheter le cadeau de mariage.
On prend quoi ?
Je sais pas.
C'est toi qui vois.
- Une demi-pièce d'or ? - Tu te rends pas compte !
Tu sais ce que ça coûte ?
Une carte cadeau, c'est bien.
- À la rigueur, un quart de pièce. - OK.
C'est gênant vis-à-vis de tes collègues ?
T'es sûr ?
Dégage, connard.
Allô ?
Bonjour.
Vous allez bien ?
Je vous remercie.
Oui, c'est mon épouse.
Si vous voulez bien le lui verser.
C'est très aimable, merci. Au revoir.
Je vais plus chercher ton salaire. T'iras toi-même.
Il est insupportable, ce guichetier.
Je parie qu'il t'a appelé ?
Quel abruti, celui-là. Il croit que je vois pas dans son jeu.
Il se dit pas que tu vas m'en parler ?
Ça fait des années que j'y vais.
À chaque fois : "Je dois le lui remettre personnellement."
Il fait son boulot.
C'est pour ça qu'il faut montrer les papiers.
Il veut juste savoir si je suis ta femme. Après toutes ces années !
Il voit bien que j'ai ton portefeuille,
que j'en sors ta carte d'identité !
On aurait pu divorcer entre-temps.
Dis pas n'importe quoi !
J'ai l'air d'une arnaqueuse ?
- Laisse tomber. T'as payé le crédit ? - En plus, il est lent !
T'as payé le crédit ?
Il m'a tellement énervée que j'ai oublié.
Razieh, à chaque fois, c'est la même histoire.
Il nous reste cinq jours.
T'es vraiment tête en l'air.
Occupe-toi de ce que t'as à faire, pas du guichetier.
On reviendra, il y a pas le feu.
On doit se retaper ce trajet, avec les bouchons, la pollution.
J'irai moi-même après le lycée. T'auras qu'à venir me chercher après.
Le problème, c'est pas le crédit, c'est que tu sois si tête en l'air.
C'est bon, on a compris.
Il m'a assez énervée comme ça.
On y retourne si tu veux.
Désolée.
- Bonjour, ma fille. - Bonjour, ma chérie.
J'ai pas envie de vous parler !
Qu'est-ce qui se passe ?
Pourquoi vous êtes en retard ?
Papa, pourquoi tu es en retard ?
J'ai dû aller chercher maman.
T'avais promis de commencer par moi.
Oui, ma chérie, mais parfois, c'est pas possible.
On devait aller à la banque, chercher mon salaire,
pour pouvoir aller dans ton supermarché préféré,
avant d'aller chez Mamie.
Je veux pas savoir, t'as menti, tu dois être puni.
Quel genre de punition ?
M'emmener à Bamland manger une pizza.
D'accord, ma fille, on y va.
Comment ça ? Pourquoi tu cèdes sur la pizza ?
Une fois de temps en temps.
On avait dit : plus de fast-food.
Maman, je veux une glace.
D'accord, laisse-nous le temps d'arriver.
- T'en as déjà pris. - C'est pour ta mère.
Heshmat, c'est trop foncé.
On a un mariage demain.
Mes mèches vont disparaître.
Ça t'irait très bien, ça.
C'est trop foncé pour moi.
On prend ça.
Ça, c'est beaucoup plus joli. Tu trouves pas ?
Fais voir.
Non, le numéro neuf.
- T'es sûr ? - Oui.
Zahra, où est l'emballage de la glace que tu as mangée ?
À la poubelle.
Mais on n'avait pas encore payé.
Tu veux que j'aille le chercher ?
Pardon, elle a mangé une glace et jeté l'emballage.
C'est pas grave. Quel genre de glace ?
Un esquimau.
Tu te souviens comment il était ?
Heshmat, emmène-la en chercher un autre.
On y va.
Va t'asseoir.
Vous avez tous le même nombre de bons ?
Je sais pas, je suppose.
Mets les courses de ta mère à part.
OK.
Avec toutes les nuits que tu fais,
tu devrais pas en avoir plus que les autres ?
Tu leur poses même pas la question !
Je demanderai.
Oui.
Demain ?
C'est impossible pour moi demain.
C'est le jour du mariage.
Je n'aurai pas le temps.
Quel est le problème ?
Elle devait être prête il y a trois jours, ma robe.
Je suis venue le lendemain pour l'essayage.
Vous avez trois jours de retard.
Non, madame. C'est impossible, demain.
Terminez-la pour aujourd'hui. Je passe la prendre.
Oui, je vous remercie.
Oui, merci, au revoir.
Les gens n'en ont vraiment rien à faire.
Qu'est-ce que ça m'énerve !
C'est pas elle, c'est ses employées !
Sans pression, elles travaillent pas !
Mon chéri, c'est pas à ta mère, ça.
Entre.
Doucement.
Mamie !
Oui, mon trésor. Bonjour, ma petite.
- Bonjour, Mamie. - Bonjour, ma chérie.
- Vous allez bien ? - Oui, merci.
Ça va mieux ?
Tiens, ton sac. Va te changer.
- C'est gentil, merci beaucoup. - Je t'en prie.
- Quoi de neuf ? - Pas grand-chose.
- En ta jambe ? - Ça va mieux, merci.
Tu as reçu la facture d'électricité ?
Oui, c'est à côté de la télé.
Le plombier est passé ?
Oui, il était très bien. Il a tout réparé.
Tu prends tes cachets à temps ?
Bien sûr, mon fils. Sois tranquille.
Je prends ta tension.
Mamie, tu me passes la télécommande ?
Tiens, ma chérie.
Zahra
- Donne-moi ça. - Maman
- C'est comme ça. - S'il te plaît !
Va chercher tes devoirs.
- Maman ! - Commence pas ! Dépêche-toi.
Je veux pas faire mes devoirs !
- On s'était parlé, non ? - Maman !
J'aime pas faire mes devoirs !
- Tu veux une pizza ce soir ? - Oui.
- Alors, va t'y mettre. - Non.
- Tu as des maths et de l'orthographe. - Non !
Papa !
Au secours !
Certaines espèces animales sont nuisibles à l'homme.
Décrivez-en une.
Quelle espèce tu vas décrire, toi ?
Les perroquets.
C'est pas nuisible, les perroquets.
Mais j'aime bien les perroquets.
Réponds à la question.
Heshmat !
Ça t'a fait du bien, maman ?
Oui, mon chéri.
- Merci beaucoup. - N'attrapez pas froid.
Je me sens mieux.
Je te tiens, vas-y.
Tiens-toi à la chaise.
Tu prendras bien tes cachets.
Merci, mon fils.
- Et vous, alors ? - On dînera plus tard.
C'est du fromage ?
Oui, c'est très bon. Tu veux goûter ?
Il est délicieux, ce fromage.
Tu trouves pas ?
- C'est quoi ? - De la feta, je crois.
Il y a tellement de variétés, je sais pas.
Vas-y doucement, Heshmat.
Tu as pris tes cachets ?
Tu dors ?
Heshmat ?
Heshmat ?
Elle m'a dit : "Tu peux le faire".
Désolé.
Pourquoi t'es debout ?
Tu fais chier.
Tu te crois supérieur aux autres, c'est ça ?
Je suis vraiment désolé.
J'y peux rien, je suis pas bien.
Arrête de t'excuser.
J'arrive pas à me rendormir, je te dis.
C'est bon, c'est pas la fin du monde.
Tu vois bien qu'il est mal.
Il a qu'à passer la nuit aux chiottes !
Je me suis excusé.
Moins fort, les gars.
Qu'est-ce qui se passe ?
Tiens, c'est ta copine.
Allô, Tahmineh ?
Alors, tu lui as parlé ?
T'as pas envoyé de SMS ?
Avec un appel masqué, il aurait peut-être répondu.
Pourquoi il répond pas, ce con ?
Comment je peux rester calme ?
Je peux pas, Tahmineh.
D'accord.
Je peux pas te parler, là. Je te rappellerai plus tard.
Là, je peux pas. À plus tard.
Tiens.
Pourquoi tu l'as mêlée à tout ça ?
Qui ça ?
Ta copine.
J'avais le choix ?
Ça donne quoi ?
Il a dit quoi, ton frère ? Il peut faire quelque chose ?
Il répond pas au téléphone.
Peut-être qu'il n'a rien pu faire.
Il a le bras long. S'il voulait, il pourrait.
Abruti !
Il est 2 h du mat. Le bras long, ça marche pas la nuit.
Il a mis sur silencieux et il dort.
Il est pas coincé comme nous dans 6 m² avec un con pareil.
Hassan, t'as pas de cœur ?
Tu peux pas le comprendre ?
Il faut que je le plaigne, le pauvre petit, c'est ça ?
Ça fait une semaine qu'il cherche à se faire pistonner pour se barrer.
Et moi, je fais comment sans piston ?
J'obéis sans broncher, parce que j'ai pas le bras long ?
T'étais pas comme ça, la première fois ?
Comment ?
Arrête de jouer au con.
On s'est troué le cul pour lui faire piger, mais non.
Monsieur se croit unique au monde.
La loi, c'est la loi. On n'est pas au Club Med, ici.
Ça s'appelle la taule. T'es conscrit, en Iran.
La hiérarchie décide pour toi. Et ce qu'elle dit, c'est la loi.
Et si la loi a tort ?
Ça nous regarde pas, toi et moi.
Ça regarde qui, alors ?
Je m'en fous. Pas moi.
En tout cas, tu y obéis.
J'obéis à la loi.
Ça s'appelle le service militaire.
J'habite dans ce pays.
La loi m'impose 21 mois de service.
Quand t'es conscrit,
tu obéis à ton supérieur et tu la fermes.
Il te dit de tuer et tu obéis ?
Moi, je veux pas tuer.
Tu vas pas remettre ça.
Quelqu'un a commis une infraction,
il a été jugé et condamné à mort.
- C'est pas toi qui le juges. - C'est moi qui l'exécute.
Il est bouché.
Qu'est-ce que tu fous à l'armée, toi ?
T'aurais dû te tirer à l'étranger.
Comment je fais, sans passeport ?
Qu'est-ce qu'on peut faire sans le service ?
Sans certificat de position militaire, tu peux avoir un passeport ?
Tu peux passer le permis ?
Tu peux te faire embaucher ?
Ou t'installer à ton compte ?
Ou assurer ta famille ?
Tous les conscrits se retrouvent pas à l'application des peines.
On n'a pas eu de pot.
Il doit s'estimer heureux d'être ici.
Avant d'être muté ici,
mon supérieur attendait que je chiale
pour signer ma permission.
Je nettoyais trente-deux chiottes par jour.
Juste parce que ma tête lui revenait pas.
On est en Iran. Vous croyez quoi ?
Ici, la loi, c'est pognon, piston, pommade.
Si on te dit : "tire et tue", tu tires et tu tues.
Sinon, ton meilleur pote se charge de t'envoyer à la potence.
Je fais mon service pour avoir mon passeport
et me tirer d'ici.
Pourquoi je devrais exécuter un condamné à mort ?
Je veux pas, je peux pas !
T'es là, tu dois le faire.
C'est ton devoir.
T'as pas le choix.
Sinon, c'est un refus d'obéissance.
Donc la cour martiale, la prison, le service prolongé.
Dans le meilleur des cas.
Et quand t'auras tiré tout ça,
ce sera retour à la case départ.
Tu dois finir ton service, mon ami.
Et obéir au doigt et à l'œil.
Sinon, tu finiras comme lui.
Quatre ans qu'il est là.
Chochotte,
cette exécution, tu vas la faire, de toute façon.
Alors, fais pas chier.
Tu vas gentiment retirer le tabouret sans faire d'histoires,
prendre tes 3 jours de perm, ta prime et aller t'éclater avec ta copine.
Arrête de simuler la crise de conscience et laisse-nous dormir.
Sans déconner.
Toi qui te vantais l'autre jour de vouloir partir avec ta copine,
pour l'emmener en Autriche
étudier la musique.
Eh bien, ça fait partie du projet.
Tu peux faire ça pour elle, non ?
Qu'elle soit juste ou pas, c'est la loi du pays.
Il en faut bien une.
Si tu veux la changer, c'est possible.
Mais dans ce cas, il faut renoncer à partir.
Il faut rester et se battre pour qu'elle change.
Je peux pas.
Je vous jure que je suis incapable de tuer.
Et nous, on en est capables ?
On est des tueurs-nés ?
Tiens, c'est ta copine.
Allô ?
Alors, Tahmineh ?
T'as pas de nouveau ?
Ici non plus.
Je peux pas.
Je craque, Tahmineh.
Je peux pas,
j'ai peur.
C'est pas possible. Me demande pas ça.
Je peux pas, je te dis.
T'es chez toi sur ton canapé à me donner des instructions.
Je te rappelle.
Ton portable.
On a une idée.
On a trouvé une solution
pour qu'à la fois, tu sois tiré d'affaire
et que contre une personne exécutée, une autre vie soit sauvée.
Comment ça ?
Ali veut bien le faire à ta place.
Mais il y a un problème.
Sa sœur est très malade, sa famille a besoin de 50 000.
C'est vrai, Ali ?
Tu peux le faire ?
Moi
je l'ai déjà fait plusieurs fois.
Une fois de plus, ça devrait rien changer.
- Il faut les 50 000 ce soir ? - Oui, tout de suite.
Je les ai pas, là.
J'ai économisé 35 000 pour partir à l'étranger avec ma copine.
Laisse-moi jusqu'à demain.
Le deal, c'est 50 000 ce soir.
Comment je peux lui verser 50 000 ce soir ?
Je vous l'avais dit. Il est bidon, ce type.
Ça va pas, non ?
Il a raison. C'est quoi, ce plan ?
Comment il peut faire ça ici ?
Et s'il nous fait marron demain ?
J'en sais rien.
Il passe même pas un coup de fil pour tenter.
J'appellerais qui à cette heure-ci ?
Ta copine, celle avec qui tu frimes.
Je frime, moi ?
T'aurais pu au moins faire semblant d'appeler
pour qu'on se dise que t'as essayé.
Je le trouverai, ce fric, Ali. Il me faut juste du temps.
Quelle garantie tu lui donnes ?
Ce qu'il veut.
Et si ce soir,
Ali te remplace et demain, tu te barres grâce à ton frère.
On fait quoi ?
Comment on fera pour te retrouver ?
Vous avez ma parole. Donnez-moi un papier, un crayon,
je vous le signe et vous le laisse.
C'est à Ali de voir.
Ça te va, Ali ?
Bande de connards, va !
Qu'est-ce que vous foutez, là ?
Salar, ses médocs.
Tu veux t'acheter une conscience ?
Ou tu veux te défausser sur un autre ?
- Laissez-moi parler. - Ali !
- Calme-toi. - J'ai pas besoin de cachets.
Amir, prends-les.
Laisse-moi finir, je les prendrai.
Laisse-moi parler !
T'es plus coupable que nous tous, salopard !
Tu veux qu'il le fasse pour du fric, que sa sœur se fasse opérer
et que toi, tu puisses dormir, la conscience tranquille ?
Si tu te défiles, il n'y aura plus de pendaisons ?
Tu devrais te tremper les mains dans le sang,
te faire prendre en photo et les afficher devant toi.
Là, tu sauras que tu vaux pas mieux que nous.
Sinon, demain, tu nous jetteras ton innocence à la figure.
Écoutez-moi bien :
si vous faites ce deal,
je vais vous dénoncer demain matin.
À chaque fois que c'est mon tour d'aller retirer le tabouret,
j'essaye de savoir quel crime le type a commis.
Dieu merci, je l'ai jamais fait pour un innocent.
C'était tous des trafiquants ou des assassins.
C'est ce que je me tue à vous dire.
Ici, on n'exécute personne pour rien.
Ils ont tous quelque chose à se reprocher.
Allez, Pouya, haut les cœurs.
Il te reste à prier pour que ce soit un cas de talion ce soir.
Comme ça, c'est un parent de la victime qui le retire
et toi, tu as la conscience tranquille jusqu'au prochain.
Tahmineh ?
Je t'écoute.
Ça peut te servir.
Bonsoir.
- C'est quoi ? - C'est ton premier ?
Va le chercher.
Allez, avance.
Qu'est-ce qui t'arrive ?
T'es une petite nature, c'est ça ?
Viens, tu vas t'habituer.
Restez là une minute.
- Oui ? - Passez-moi la lettre.
Tout de suite.
Tenez.
Passe devant.
Avance.
Quoi, encore ? Qu'est-ce que t'as ?
Je dois aller aux toilettes.
Vas-y.
Tiens…
attache-le à la barre.
Dépêche-toi.
Grouille.
J'y peux rien, je tremble.
Pousse-toi, laisse-moi faire.
Qu'est-ce que tu fais ?
La ferme ! Tu vas là-dedans.
Toi aussi.
Joue pas avec le fusil.
Je te jure que je vais te buter.
- Tu veux quoi ? - Tais-toi. Ta casquette.
- Enlève-la. - C'est de la mutinerie.
Ta gueule. Ton manteau, retire-le.
Couvre-lui le visage avec son manteau.
Tu vas te faire exécuter.
Ferme-la.
Je voudrais pas verser une seule goutte de sang.
Mais si on m'y oblige,
je tuerai celui qui veut me faire tuer un autre.
Ta gueule.
Emmène-le à l'intérieur.
Prends ses menottes et attache-le.
Attache-le au tuyau.
Vite.
Attache-le.
Il me faut les clés, dans sa poche.
Fouille, elles y sont.
Passe-les-moi.
Ferme la porte.
Attends.
Pour quel crime tu dois être exécuté ?
Attache-toi là, dépêche-toi.
Vite.
Je veux pas t'entendre.
Ali !
T'as sorti les poubelles ?
Bonsoir.
L'ambulance n'est pas arrivée.
Quelle ambulance ?
Pour l'exécution.
Il dit qu'il est là pour l'ambulance.
Viens voir. De quoi tu parles ?
Bonsoir.
Je viens voir pourquoi l'ambulance n'est pas là.
Une ambulance pour quoi faire ?
Vous savez bien, pour l'exécution.
On m'a envoyé me renseigner.
Tu viens de quelle division ?
Application des peines.
- T'es nouveau ? - Oui.
Pose le téléphone ! Range ça !
- Raccroche ! - D'accord.
Debout !
- Tu veux quoi ? - Ton portable !
- Ton portable. - J'en ai pas.
- Mens pas ! - Je te jure.
- Tourne-toi. - Tu veux quoi ?
Les mains sur la vitre !
Les mains sur la vitre !
Remonte ton pull ! Ton pull !
Si tu bouges, je tire.
Retire doucement ton arme. J'hésiterai pas à tirer.
Jette-la.
Par ici, toi. Je vais tirer, je te jure !
Viens là.
Où est la clé ?
La clé de la porte ! Elle est où ?
Donne-la-lui.
Retourne-toi, les mains sur la vitre.
Des menottes !
Menotte-le.
Les mains dans le dos.
T'atteindras pas le bout de la rue.
Ferme-la, connard.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Ouvre le placard, vite !
Il y a rien là-dedans.
Vide-le complètement !
Balance tout !
Grouille !
Vide tout !
Retire les étagères.
File là-dedans, vite.
Dépêche-toi.
Face au mur. Vas-y !
Ferme la porte du placard.
Prends la clé et ouvre la porte.
Un faux pas et je te bute.
Magne-toi !
Viens par là, viens.
Prends les menottes.
Menotte-toi.
- Vite ! - D'accord.
Ils vont pas te louper.
La ferme, abruti ! Dans le placard !
Vas-y, tourne la tête !
Tu vois que tu y es arrivé, Pouya !
J'avais peur, Tahmineh, j'en ai bavé.
Mais moi, j'en étais sûre !
J'arrive toujours pas à y croire.
Jour d'anniversaire
M. Keshavarz ?
Vous avez la photo encadrée ?
- Montez-la. - Tout de suite.
Javad.
Tu m'as manqué.
Toi aussi, beaucoup.
- Merci beaucoup. - Je t'en prie.
Tu arrives à l'improviste, mais tu es le bienvenu.
Désolé.
C'est comment, la vie de caserne ?
C'est le service.
Ce sera bientôt fini.
Oui, j'en vois le bout.
Shirin n'est pas là ?
Ils sont allés en ville avec Aras.
Ils rentrent bientôt.
Il y en a, des chaises.
Ce sera une grande fête. Vous voulez de l'aide ?
Non, merci. Bois ton thé, mon grand.
C'est une bague.
Avec votre permission,
je voudrais l'offrir à Nana ce soir, pendant son anniversaire.
Attends Shirin.
C'est à sa mère que tu dois parler de ça.
Je lui ai parlé au téléphone il y a quelques jours.
Je veux faire la surprise à Nana.
Je sais. Mais parle quand même à Shirin.
Il s'est passé quelque chose ?
Oui.
Il s'est passé quelque chose.
Quoi ?
Ces chaises ne sont pas là pour l'anniversaire de Nana.
On est au plus mal depuis deux jours.
On est ravagés.
On a perdu quelqu'un qui…
Keyvan était l'ami d'Aras.
Pour Shirin et moi,
il était comme un fils.
Toutes mes condoléances. Nana ne m'a rien dit.
Je sais, mon grand.
Merci.
Fais voir ce que tu cueilles.
Tiens.
N'arrache pas les feuilles, d'accord ?
Et des tiges plus longues, ce serait mieux.
Elle devient croulante, cette maison.
C'est rien, on va la rénover.
Qu'est-ce que tu trouves à cette ruine ?
Une ruine ? Elle était prévue pour ma grand-mère.
Elle est irrécupérable. Elle s'écroule de partout.
La nôtre était pire à notre arrivée et on l'a rénovée.
En un mois, Aras pourra la retaper.
On sera là pour l'aider. T'inquiète.
Moi, je trouve qu'on devrait partir.
Moi, je trouve qu'on devrait rester.
Tu sais où c'est, Bora-Bora ?
Elles s'appellent comment, ces fleurs ?
Tu sais pas ?
Des insensées.
- Des insensées ? - Oui.
Tu m'en passes une autre ?
- Pourquoi tu ris ? - C'est pas un nom, "insensée".
Elles poussent n'importe où,
elles grandissent et se répandent n'importe comment,
elles n'ont pas de saison, elles arrivent n'importe quand.
C'est pour ça que je les ai appelées "insensées".
Mais c'est drôle,
j'ai l'impression qu'il y a un sens à ce côté insensé.
C'est qu'il ne faut pas de raison pour être joyeux.
Qui te dit qu'elles sont joyeuses ?
C'est la joie qui les rend si belles.
Ah bon ?
Donc, tu dois être très joyeuse pour être si belle.
Alors c'est prêt.
Approche.
Ça te donne beaucoup d'allure !
Votre altesse,
voulez-vous bien être mon prince charmant ?
Nana, c'est qui, ce Keyvan ?
- C'était un criminel ? - Non.
Quoi, alors ?
Je viens de te dire qu'il était traqué.
- Traqué par qui ? - J'en sais rien, la police.
Qu'est-ce qu'il avait fait ?
Il avait rien fait.
On le recherchait pas pour rien.
Qu'est-ce que t'en sais ?
La police a d'autres chats à fouetter.
Il était poursuivi
en raison de ses opinions.
C'était un activiste, alors.
Peu importe, il est mort.
Oui, peu importe,
mais sache que j'aime pas les activistes.
La politique, ça rend intraitable.
C'est pas des gens fiables.
Pourquoi vous m'aviez jamais parlé de lui, ni toi ni ta famille ?
L'occasion ne s'est pas présentée.
Et puis, il est parti.
On s'était pas promis d'être sincères ?
De jamais se mentir ?
Je t'ai menti, moi ?
Non, mais tu m'as pas dit la vérité.
Qu'est-ce que tu veux savoir ?
Un étranger est venu chez vous pendant des années.
Ton père dit qu'il était comme son fils.
J'ai pas le droit de savoir qui c'était ?
Pourquoi personne ne m'a jamais parlé de lui ?
J'étais moins proche de vous que lui ?
Tu as raison, j'aurais dû t'expliquer. Ça ne s'est pas fait.
Il ne s'est rien passé avec lui qui puisse te déplaire.
Je veux pas penser à ça maintenant.
Laisse-moi rester joyeuse aujourd'hui.
C'est là qu'il se planquait ?
C'est là qu'il vivait.
C'est pas mal.
Écoute.
Je connais ce son.
C'est Keyvan.
Il chante.
Javad, qu'est-ce que tu as ?
Où tu vas, comme ça ? Arrête.
Arrête ! Je te parle.
C'est pas du tout ce que tu crois.
Écoute-moi !
On y va.
- Je peux pas, j'ai mal. - Comment ça ?
Je vais te porter.
- Je vais marcher. - Allez.
- J'adore ta tête de mule. - Réponds-moi.
- Tu me crois pas ? - Non.
Tu es idiot. Il avait dix ans de plus que moi.
Nana,
mon père avait douze ans de plus que ma mère.
Ce que tu peux être bête.
C'est toi que j'aime.
Keyvan était comme un prof pour moi.
Pas seulement pour moi, tous les jeunes l'adoraient ici.
La maison bleue, c'était notre école.
Tu es triste qu'il soit mort ?
Comment tu peux être triste et rire autant ?
Quel argument ils donnent ?
Aucun. Que des fausses excuses.
Ils n'autorisent pas de cérémonie.
Un enterrement familial,
dans la plus grande discrétion.
Même mort, il leur fait peur.
Désolé, Javad.
Aujourd'hui, on ne parle que de mort.
Je vous en prie, je comprends.
J'espère que cette épreuve passera vite.
Oui.
Il faut oublier.
Il faut passer à autre chose.
Aras, mon chéri…
Pardon.
Laisse-le faire son deuil.
Shirin, c'est très beau ici.
Mais j'aimerais bien comprendre
pourquoi vous avez tout plaqué pour revenir ici ?
On t'a déjà contraint à faire une chose qui n'était pas juste ?
Bien sûr.
Le service militaire.
Faire la plonge, nettoyer les toilettes,
défiler, monter la garde,
que des contraintes, du travail forcé.
Pourquoi tu le fais ?
Parce que sinon, mon service est prolongé.
Et sans le service, tu peux rien faire.
Ni travailler, ni gagner de l'argent,
ni quitter ce pays.
Et puis, faire son service, c'est la loi.
Qui décide de la loi ?
J'en sais rien.
Ceux qui ont plus de pouvoir que nous.
Si certaines de ces lois étaient abusives,
pourquoi tu n'as pas pu t'y opposer ?
J'aurais pu.
Mais je me dis
que je peux prendre mon mal en patience pendant deux ans.
Même si j'avais voulu, j'aurais pas eu la force.
Ta force, c'est de dire non.
Dire non,
c'est détruire sa vie.
Bonjour.
Comment tu vas ?
Bonjour, ça va ?
Ça faisait longtemps.
Va te changer, les invités arrivent.
Javad !
Ça va ?
- Qu'est-ce que tu fais là ? - J'ai froid.
Je t'ai cherché partout.
J'ai froid.
Qu'est-ce que tu t'es fait ?
Mes affaires sont là-bas.
- Quoi ? - Mes affaires, là-bas.
Tes affaires ?
Pourquoi tu es venu ici ?
Qu'est-ce que tu t'es fait ?
Fais voir.
Attends.
Tu as un pantalon ?
Tu veux te changer ?
C'est moi qui l'ai tué.
Qu'est-ce que tu racontes ?
C'est moi qui ai tué Keyvan.
C'est moi qui ai retiré son tabouret.
On m'a dit que c'était un criminel
qu'il devait être exécuté.
Et moi, je l'ai tué.
Je voulais mes trois jours de perm.
Je voulais être là pour ton anniversaire.
Nana…
Je le connaissais pas.
Je le connaissais pas, je le connaissais pas.
J'ai froid.
J'ai froid.
Ramène-moi à la maison.
J'ai froid.
Mets ça.
Je veux pas que ma famille le sache.
Viens.
Ouvre la bouche.
J'ai dit à ma mère qu'on s'était disputés.
Keyvan n'est plus là.
Même si ce jour est triste en raison de son absence,
il est heureux grâce à ta naissance, Nana.
Bon anniversaire.
Joyeux anniversaire !
Que tes lèvres sourient Que ton cœur s'épanouisse
Viens souffler tes bougies Qu'encore cent ans tu te réjouisses
Allez, les enfants ! Ma fille chérie.
Allez, debout, on danse !
Nana.
J'ai compté toutes tes perms.
Arrête, Nana, ne me fais pas ça.
Je me sens pas bien.
Tu sais à quel point je t'aime ?
Tes bras rassurants,
les veines de tes mains,
ton torse large.
On va oublier tout ça.
Tu vas me manquer.
Nana.
Nana !
Embrasse-moi
Ça va ?
Oui.
- La voilà. - Où ça ?
Là, avec la capuche.
Darya…
Darya !
(Allemand) Un peu bizarre, mais le vol s'est bien passé.
La nourriture était bonne, oui.
Papa, on a déjà parlé de ma venue ici.
Ne t'inquiète pas.
Oui, tout va bien.
Je suis grande.
Bahram, tiens, mon père.
Darya.
Allô, Mansour ?
Bonjour.
Ça va.
Et toi ?
Tout va bien.
Tu n'as pas de soucis à te faire.
D'accord.
Simplement…
je voulais te remercier.
Me voilà enfin.
Bienvenue !
Comment était le vol ?
C'était la première fois que je voyais autant d'Iraniens.
C'était cool.
Je les écoutais tout le temps parler.
C'est très mélodieux, le persan. C'est comme un poème.
Tu lis de la poésie persane ?
Non, mais j'aimerais bien m'y mettre.
On va faire ça ensemble.
Le foulard, ça va ? Ça ne te gêne pas ?
Non, c'est cool.
Oui, ça peut être cool,
si on t'oblige pas à le porter tout le temps.
Et la fac, alors ? Tu fais médecine, c'est ça ?
Je viens de commencer.
Mais je suis pas sûre d'aller au bout.
Pas sûre ? Pourquoi tu as commencé dans ce cas ?
Je sais pas. À cause de mon père.
Comme Mansour est médecin,
il voudrait que je fasse pareil, je crois.
Pardon, je dois prendre cet appel.
Allô ?
Merci beaucoup.
Elle parle à Mansour.
Elle va bien ?
Oui, ça va.
Mais elle a une attitude
qui fait qu'on ne peut pas trop l'approcher.
Qu'est-ce que tu croyais ?
Je ne croyais rien.
Je t'explique la situation, c'est tout.
Elle est très curieuse de savoir
pourquoi Mansour et toi l'avez obligée à venir.
Désolée pour l'attente.
Je t'en prie.
Viens, Darya.
Entre.
- Je t'aide ? - Non.
Bonne nuit.
Bonne nuit.
- Docteur ! - Zaman !
Docteur !
- Docteur ! - C'est mon petit !
- Oui ? - À l'aide, docteur !
Entrez.
Emmenez-le là. Qu'est-ce qu'il a ?
Il s'est fait mordre par un serpent.
- Quand ça ? - Il y a une demi-heure.
Vous avez vu le serpent ?
Non, j'ai entendu le petit crier.
Enlevez son bonnet. Où est la morsure ?
À l'aide, au secours ! Zaman, mon fils va mourir.
Ça va aller.
Retirez ses chaussettes. Calmez-vous.
- C'est là. C'est la morsure. - Où ça ?
C'est pas trop enflé. Retirez son blouson.
Calmez-vous. Ça va aller.
C'est bon, laissez-le comme ça.
Comment vous pouvez vivre ici ?
Sans Internet, sans téléphone.
Au bout de vingt ans, on aurait du mal à partir d'ici.
Tu es vraiment médecin ?
Pourquoi ?
On t'appelle "docteur" comme ça ou tu es un vrai médecin ?
Je suis un vrai médecin.
Tu as fait les études ?
Évidemment !
Mansour et moi étions ensemble à la fac.
Echt ?
"Echt" ?
Ça veut dire "vraiment ?"
Oui, vraiment.
Je savais que vous étiez proches, mais pas que c'était à la fac.
Pourquoi t'as pas de cabinet ?
C'est une longue histoire.
Je vais rester quelques jours, j'aimerais bien l'entendre.
Je te la raconterai le moment venu.
On dirait mon père.
Quand il veut éviter un sujet,
il dit qu'il en parlera plus tard.
Ça doit être bizarre de conduire ici.
Tu veux essayer ?
Ici ? Non.
Pourquoi ?
Je sais pas encore conduire une voiture manuelle
et surtout, ces routes me font peur.
T'as pas l'air d'aimer ça, la conduite.
Si. Au contraire,
ça me calme.
- Vraiment ? - Oui.
C'est bizarre.
Hier, c'est Zaman qui a conduit tout le temps.
C'est que
je n'ai pas le permis.
Ah bon ?
Il faut y aller tout doucement, pour ouvrir une ruche.
Le moindre mouvement brusque provoquerait une attaque des abeilles.
Regarde. La reine pond ses œufs là.
Tu vois le miel ?
L'hiver, on ne les embête pas.
On les laisse tranquilles.
Ce qui compte, c'est la température de la ruche
et qu'elles aient à manger.
Là, sur les bords, c'est la propolis. C'est elles qui la fabriquent.
Ça permet de conserver la chaleur de la ruche
et aussi de la désinfecter.
On met leur nourriture dans ce cadre.
Du miel ou une pâte sucrée.
Les abeilles viennent se nourrir.
Vers le milieu de l'hiver,
la reine pond à nouveau.
Pose-le doucement.
Entrez.
Entrez.
- Bonjour, docteur, bienvenue. - Bonjour, Taghi. Ça va ?
- Comment allez-vous ? - Merci.
Qu'est-ce qui vous amène ?
- Vous avez une minute ? - Bien sûr, je vous en prie.
Ravi que vous soyez là, docteur.
Il doit avoir ses raisons.
C'est justement ce qui m'intéresse.
Faire toutes ces études pour devenir médecin
et ensuite, aller vivre dans le désert avec les abeilles.
C'est pas le désert, ici.
Peu importe. Pourquoi tu me réponds pas ?
Ce n'est pas simple de répondre.
Tu peux me dire qu'après la fac,
tu n'aimais plus la médecine.
Pourquoi tu veux savoir ?
En partie parce que…
j'ai peur de n'avoir pas fait les bons choix.
Moi, jusque-là, j'ai toujours fait ce que j'ai voulu.
Toujours ?
Pas toujours, mais la plupart du temps.
Donc, tu es un homme heureux !
Heureux !
Comblé !
Tu devrais plutôt dire "serein".
Oui,
je suis serein.
Et toi ?
Moi ? Je suis sereine aussi.
Comment vous vous êtes rencontrés ?
Eh bien c'était il y a dix ans.
Monsieur était malade, il était venu à notre pharmacie.
Il n'avait pas d'ordonnance.
J'ai refusé de lui délivrer le médicament.
Il était hors de lui, il hurlait :
"Je suis médecin ! Je suis une ordonnance sur pattes !"
Une ordonnance quoi ?
Une ordonnance sur pattes, vivante.
Tu lui as donné le médicament ?
Tu parles !
Non, je ne lui ai pas donné.
Mais bon,
ça s'est fait.
Plus j'y pense et plus je me dis que je n'y arriverai pas.
C'est impossible.
On laisse ça pour une autre fois, Bahram ?
Quelle autre fois ?
Bahram !
Mon père veut te parler.
Merci.
Allô ?
Mansour, bonjour.
Je tiens encore debout, oui.
Non.
Je cherche le bon moment pour le faire.
Mon père m'avait dit que tu avais des poules et des vaches ici.
Je croyais que c'était une vraie ferme.
Il en a de bonnes, Mansour.
Il est à l'autre bout du monde, il te raconte des histoires.
Il n'a jamais mis les pieds ici.
Des vaches, non, mais on a eu des poules.
Où elles sont passées ?
Il y a un renard rusé par ici.
Il venait toutes les nuits les manger.
On n'a pas réussi à s'en débarrasser.
Donc, on s'est débarrassés des poules.
Il vous faut un chien, dans ce cas.
Comme ça,
le renard ne pourra plus attaquer vos poules.
- On avait un chien aussi. - Vous aviez un chien ?
Oui. Une nuit de neige, des loups l'ont attaqué
et ils l'ont mangé.
Le pauvre.
Il vous faut une clôture, alors.
Embrasse-moi
Embrasse-moi
Ça sent bon.
- Tu t'es bien reposée ? - Très bien.
Quel festin.
Que Dieu te protège
Je m'en vais vers ma destinée
Notre printemps est passé
Le passé est passé
Je vais à la rencontre de ma destinée
En pleine tempête
Uni aux navigateurs
Ne craignant pas la mort
J'affronte la tourmente
En pleine nuit
J'ai fait la promesse à mon aimée
D'allumer
Un feu dans la montagne
La nuit noire
Je la traverse
La route obscure
Je la fais mienne
Zaman !
Crache, Bahram.
Ne renvoie pas le sang dans tes poumons.
C'est fini ?
Viens.
Je vais te rincer la bouche.
Enlève ça.
Ça va.
Tu vas bien dormir.
Demain matin, tu iras beaucoup mieux.
Oui, il y a de tout : des sangliers, des ours.
Des ours ?
Arrête de la faire marcher, Bahram.
Peut-être pas des ours, mais des loups.
Venez, c'est par là.
Tu devras revenir au printemps.
- C'est tout vert. - C'est vrai.
Ne vous moquez pas,
mais j'ai l'impression d'être déjà venue ici au printemps.
Tu vois le château fort, là-haut ?
Il a 1 200 ans. Tu étais peut-être là-dedans.
J'ai oublié notre pique-nique.
On n'en a pas besoin.
Je vais le chercher.
- Mais non ! - J'arrive.
Viens.
Tu as déjà tiré à la carabine ?
Non.
Mais ça doit être cool.
Oui, c'est cool.
Toi, ça se voit que t'es un bon tireur.
Si tu veux, je peux t'apprendre.
- Tu connais vraiment sa tête ? - Bien sûr.
Comment ?
On s'est déjà dévisagés plusieurs fois.
Vraiment ?
Oui. Quand il tournait autour de nos poules.
Je lui ai parlé. J'ai essayé de le dissuader.
Mais il ne m'a pas écouté.
Il est venu en pleine nuit,
les a chipées et il est reparti.
Il devait avoir faim.
Et il se sert chez moi ?
Il n'en sait rien, le pauvre.
Et mes pauvres poules,
elles ne méritaient pas de vivre ?
Un animal sauvage chasse par instinct.
Toi, tu veux lui tirer dessus.
Je défends ma ferme, c'est tout.
La loi du plus fort.
J'ai une idée : c'est toi qui le tues.
Je ne sais pas tirer, je te dis.
C'est facile, je t'apprendrai.
Je ne veux pas apprendre. Je ne veux pas tuer un être vivant.
Parfois, tu es obligé.
Je ne suis pas obligée.
Imagine que je te force.
Tu ne peux pas me forcer.
Tu crois que j'aurais du mal à te forcer ?
Darya.
Attends.
Attends !
Qu'est-ce qu'il y a ?
Zaman ?
J'ai dû tout lui dire.
Je peux lui parler ?
Non, elle n'est pas bien.
Pourquoi tu as fait ça ?
Je devais lui dire la vérité. C'était à moi de le faire.
Avant de mourir.
À quoi bon dire une vérité qui détruit la vie de l'autre ?
Sa vie sera détruite ?
Tu ne crois pas ?
Elle a le droit de savoir la vérité.
Tes cachets.
Elle veut parler à son père.
Zaman, c'est moi, son père.
Je l'emmène appeler Mansour.
Va dans la chambre.
Je viens avec vous. Je lui parlerai dans la voiture.
Bahram,
elle ne veut pas te parler.
Elle ne veut pas te voir.
Tu ne veux pas la comprendre ?
Le monde s'est effondré pour elle.
Elle se pose mille questions.
Comment tu oses me dire au bout de 20 ans que tu es mon père ?
Juste avant de mourir.
Comment tu peux être si égoïste ?
À cause de toi,
toute ma vie a été un mensonge.
On ne comprend pas ce que tu dis.
Mais 20 ans de vie dans le secret, c'est dur aussi.
Et maintenant, pour moi, ça va être facile, c'est ça ?
J'ai voulu que tu viennes pour tout te dire.
Je veux pas être mêlée à ton histoire.
Tu te prends peut-être pour mon père.
Mais tu ne l'es pas.
Tu n'es que mon père biologique.
Mon père est celui qui m'a élevée.
J'ai parlé à Mansour.
Il m'a demandé pardon
pour ces 20 ans de mensonge par ta faute.
Peut-être qu'un jour, je pourrai lui pardonner.
Mais à toi, jamais.
Je veux rentrer chez moi dès que possible.
Je veux vivre avec ce que j'ai, pas avec l'absence.
Mais tu dois l'écouter.
Il attend depuis des années de pouvoir te parler.
Essaye de le comprendre.
Je comprends que sa famille ne comptait pas pour lui.
Il a refusé de tuer une personne
et a causé la mort de deux autres.
Il a obligé le frère de ma mère
à se faire passer pendant des années pour mon père.
Il se fichait de moi.
- Ta fille ne comptait pas pour toi ? - Tu comptais.
C'est pour ça que j'ai voulu que tu partes.
"J'ai voulu" ! C'est toi qui as tout voulu.
Même la mort de ma mère.
Non.
Ta mère est morte en venant te rejoindre. C'était un accident.
Qui l'a envoyée en Europe avec des passeurs ?
Elle et moi avons pris cette décision ensemble.
Parce qu'on voulait que vous soyez réunies.
Tu aurais préféré que ton père exécute un homme
pour que tu sois heureuse aujourd'hui ?
J'aurais préféré qu'au lieu de jouer les héros, il s'occupe de sa famille.
Je ne voulais pas tuer, c'est tout.
Et toi, pourquoi tu n'as pas voulu tuer ce renard ?
Tu voulais être héroïque ?
Mon refus de tuer ce renard n'a nui à personne.
Ta mère et Mansour
étaient heureux de ce que j'avais fait.
Darya,
ta mère était fière que j'aie renoncé à ma vie
pour ne pas commettre cet acte.
Tu sais pourquoi ?
Parce que deux de ses frères avaient été exécutés.
Elle me demandait toujours :
"Quel genre de bête est capable de ces exécutions ?"
Et moi, alors ?
Qui m'a demandé mon avis ?
À vrai dire,
on ne savait pas que tu étais en route.
Et si tu avais su, tu aurais pris une autre décision ?
Si je redevenais soldat
et qu'on me redemandait d'exécuter quelqu'un,
je retournerais de nouveau mon arme contre le gardien et je m'échapperais.
LE DIABLE N'EXISTE PAS
Adaptation : Massoumeh Lahidji
Sous-titrage : HIVENTY
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