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...
Sirènes de police.
...
-Vous vous en sortez ?
-Bonjour. -Salut !
-On l'a trouvé ce matin.
-Merde ! -Putain !
Il sifflote : "Alouette, gentille alouette".
...
-Bonjour.
...
-On chantait ça en colo,
quand j'étais môme. -C'était pas là hier ?
-Pas à 18 h, à ma ronde.
-"Camille Ospital".
18 ans !
Vous êtes entré ? -Non.
Je ne voulais pas détruire d'éventuels indices.
-Votre torche !
Venez.
...
-C'est quoi ?
-C'est pas bon du tout. -Vous pouvez tenir la torche ?
Merde ! -Putain !
-La tête a été identifiée. Victor Drosset.
Le corps a été retrouvé à Guérande. Du coup, je pars à Nantes.
C'était ça ou je n'envoyais pas la tête.
Oui. Je vous laisse. Oui. Mon train est là.
-Taxi, mademoiselle ? -Que faites-vous là ?
-Mon job. Victor Drosset est une ancienne connaissance.
J'ai demandé à diriger l'enquête. Vous êtes sous mes ordres.
Lola va bien ?
-Oui. Elle a grandi. En 1 an, normal.
Vous n'êtes pas mort !
-Je l'ai connu il y a 10 ans,
à Paris. -Dites donc...
C'est une sacrée épave.
-Il s'est laissé accuser du meurtre d'une prostituée.
-Tous les indices
l'accusaient.
-Les indices... J'ai fini par serrer le vrai coupable.
Il se fichait d'être innocenté. Il disait être un mort en sursis.
C'était vrai.
...
-Cet homme a eu la tête tranchée
ante mortem, dans la nuit de lundi à mardi,
entre minuit et 2 h.
L'entaille est nette et sans bavure.
Il n'y a eu qu'un coup porté, sûrement de haut en bas.
-Une lame
très tranchante et de la force. -Et aucune hésitation.
-Même conclusion.
Il y a des ligatures,
mais aucune marque défensive.
-Analyses toxico ? -Il n'a pas été drogué.
-Le sel a éliminé les indices ? -Vous imaginez bien.
En revanche, la tête a été plus bavarde.
J'ai prélevé des éclats de bois et de la limaille de fer
au-dessous de la glotte. C'est parti au labo pour analyse.
Le meilleur pour la fin. Tu m'aides à le retourner,
Suzon ?
Cet homme a été marqué au fer rouge.
-Une croix entourée de fleurs de lys ?
On dirait des armoiries. -Celles de Gilles de Rais,
seigneur de Bretagne, d'Anjou et du Poitou,
figure de la guerre de Cent ans.
-Une ordure qui a décapité 200 gamins.
-Les monstres de l'Histoire nous réunissent
sur les affaires les plus tordues. -Ca va finir par jaser.
Capitaine. -Becker ! Vous auriez pu prévenir.
Je ne vais pas
vous courir après.
-Avec lui, c'est comme ça. Il faut prendre l'habitude.
Marie Daguerre. J'ai trouvé la tête.
Je viens de Bayonne pour aider. -Capitaine Lucas Fournier.
Ravi de vous avoir avec nous. -On va voir la scène de crime ?
-Allons-y.
La marque au fer
a été faite avant la mort ? -Avant. Pour le faire parler
ou pour laisser une signature.
-Vous pensez à un tueur en série ?
-C'est une spécialité de Becker. Il ne se déplace pas pour rien.
-Becker...
Vieille connaissance ? -Un an et une semaine.
Surtout une semaine.
-C'est dur de bosser avec lui.
-Mais c'est une chance.
-On l'a trouvé là.
-On marquait les délinquants comme ça au 15e siècle.
Le fichier de l'époque !
-Victor a tué Camille ?
Ca expliquerait sa tête
à 600 km d'ici, dans son cercueil.
-Il aurait attendu 15 ans pour le faire payer ? Non.
-Mon adjoint va interroger les parents de Camille.
On en saura plus sur son lien avec Victor. Il était d'ici ?
-Il était revenu s'installer ici à la mort de son père.
Il avait une coopérative de sel.
Ca marchait bien. -Il avait des ennemis ?
-Non. C'était un vrai gentil.
-Personne ne l'a vu venir ici ? -Non. D'ailleurs, son associé
a trouvé bizarre qu'il ait pris sa voiture, à cause du sel.
-Il a été tué ailleurs et transporté ici ?
-Oui. Sauf qu'il n'y avait pas de traces de sang dans sa voiture.
-Donc, on a affaire à un tueur très méticuleux.
-Et hardi.
Il aurait pu laisser le corps
n'importe où. -Il voulait qu'on l'identifie.
-Et qu'on le relie à Camille. -Voilà.
-Il avait bien réussi
pour un mort en sursis.
Il s'en fichait peut-être pas tant que ça d'avoir été innocenté.
-Vos collègues m'ont déjà interrogée.
Commandant Becker ? Vous êtes sur l'enquête ?
-On se connaît ?
-Non. Mais Victor m'a parlé de vous un jour en vous voyant aux infos.
Il m'a dit que vous ne vous arrêtiez pas aux apparences
et que votre rencontre avait tout changé pour lui.
On s'est rencontrés il y a 7 ans. On s'est mariés un an plus tard,
juste après la naissance de notre fils.
Je ne comprends pas qui a pu lui faire ça.
Victor était si gentil, si attentionné !
C'est comme s'il mettait
un point d'honneur à faire le bien chaque jour de sa vie.
-Comme pour se racheter ?
-Je ne sais pas.
Il ne parlait pas de son passé.
Mais...
Il faisait souvent des cauchemars horribles.
Il n'a jamais voulu me dire quoi, mais quelque chose le hantait.
-Ces derniers temps, il était préoccupé ?
Comment il était ?
-Il est rentré de la coopé vers 16 h 30 pour aller au foot.
Il entraînait l'équipe de notre fils.
Ils ont dû rentrer vers 18 h. Je suis arrivée peu après
et j'ai vu Victor partir. Il a dit de ne pas l'attendre,
qu'il devait voir quelqu'un. -C'était pas dans le rapport.
-Vous ne l'avez pas dit à mes hommes.
Qui devait-il voir ?
-Je sais pas.
J'étais au téléphone avec ma mère. On parlait du cadeau de Thibault.
Il a 6 ans demain.
J'avais la tête ailleurs, je ne lui ai pas demandé.
Quand j'ai voulu l'appeler, il était sur répondeur.
-Ne vous inquiétez pas.
On va trouver.
Ne vous inquiétez pas.
-Ca vous ennuie si j'échange quelques mots avec votre fils ?
-Thibault ?
C'est un petit garçon.
-Il était là lundi. Il a peut-être entendu ou vu quelque chose.
-Allez-y.
-Thibault ?
Ta maman m'a dit que tu jouais au foot. Tu joues à quel poste ?
-Gardien de but.
-Ce n'est pas rien. Il faut rester calme,
avoir les yeux partout. Tu es rentré à la maison avec ton papa ?
Est-ce qu'il a reçu une visite, un coup de fil ?
Pourquoi est-il reparti ?
Tu sais ça, toi ?
Tu peux me le dire ?
Tu peux me le dire à l'oreille.
Il chuchote à son oreille.
...
Merci.
Quand le petit est rentré, il y avait un paquet devant la porte.
Il a profité du fait que son père était parti pour l'ouvrir.
-Il y avait quoi, dedans ? -Une boîte à musique.
Il jouait avec. Son père lui a arraché des mains en criant
et il l'a jetée à la poubelle. Ca pourrait être ça.
Non ?
Ah !
Air de : "Alouette, gentille Alouette".
...
-L'air de l'alouette. -Comme le tag, au cimetière.
-Ca veut dire quoi ? -Je sais pas.
Sonnerie. -Ah !
... Oui ?
-Remballe-moi ça.
-Ils savent pourquoi ?
Attends. Je te perds, là.
Oui. Attends.
Ca capte mieux, là. Vas-y. Oui. Et alors ?
Demande aux parents de Camille à jeter un oeil dans ses affaires.
Il faut comprendre ce qui s'est passé entre Victor et elle. Oui.
OK. Tu savais que Becker était sur l'affaire, toi ?
Oh ! Oui. Ecoute, ça va.
Lâche-moi avec Becker !
Pff. -Alors ?
Vous et Becker...
-Pas vous !
-Pourquoi pas ? On peut peut-être se tutoyer.
-Oui. Avec plaisir.
Si tu veux.
-Un lien entre Victor
et Camille ?
-Camille a passé la semaine
du 31 décembre 2000 à Guérande chez Barbara Pasquier.
-C'est mince. -Elle était folle
de joie quand elle a pris le train,
mais elle était de retour le 27 au soir, complètement traumatisée.
-A cause de la tempête. C'était fort.
J'ai vu ma voisine se faire écraser par sa toiture. Ca a été dur.
-Ce n'était pas la même quand elle est revenue.
2 semaines après, elle se suicidait.
-Elle a laissé un mot ?
-Un mot : "Pardon".
-Une tempête l'a fait mourir ? -C'était la tempête du siècle.
Symptôme post-traumatique.
-Ca a décapité Victor et ça a mis sa tête dans son cercueil ?
Creuse sur Victor.
Je veux savoir tout ce qu'il a fait. N'oublie rien.
On se charge de la copine.
Venez.
...
-Madame Pasquier ? Commandant Becker.
-Bonjour.
-Vous connaissez Camille Ospital ?
-Camille Ospital... Non. Ca ne me dit rien.
-Vous étiez amies, il y a 15 ans. Le réveillon de l'an 2000,
chez vous...
-Ah oui, mais elle n'était pas venue me voir.
Elle était venue voir un de mes amis. Ils étaient sortis ensemble.
Au Pays basque. Je lui ai juste servi de couverture.
-Ce ne serait pas Victor Drosset ?
-Vous êtes là pour ça ?
J'ai appris sa mort dans la presse.
Ca m'a fait un coup... -Vous vous connaissiez ?
-On était dans le même lycée jusqu'en terminale.
Je suis partie à San Diego.
-Camille
le connaissait ? -Je sais pas.
Ils ont pu se croiser.
-C'est à cause de lui qu'elle est repartie.
-Aucune idée. Je l'ai à peine vue.
-Et ce petit ami, il s'appelle comment ?
-Sam. Sam Duprats. Il est avocat au barreau de Nantes.
-Je vous remercie.
-Je vous en prie.
...
-Maître Duprats ? -Je suis pressé.
-On enquête sur le meurtre de Victor Drosset.
-Je sais. Les flics n'apprécient pas de voir un Parisien ici.
Je n'ai pas revu Victor depuis le lycée.
-Pourquoi ? -Comment ça, pourquoi ?
La vie. Vous fréquentez vos copains de terminale ?
-J'ai arrêté avant.
Parlez-nous de Camille Ospital. -Camille...
-1999, le Pays basque, la plage,
le sable chaud... -Les filles, ça défilait pas mal.
-Là, ça vous revient ? -Vaguement.
Le rapport avec Victor ? Elle est suspecte ?
-Non. Elle a un alibi. Elle est morte depuis 15 ans.
-Que lui est-il arrivé ?
-Même pas une idée ?
-Le président du tribunal m'attend.
-Elle s'est suicidée après vous avoir rendu visite ici.
Pourquoi n'a-t-elle pas passé le réveillon du 31 avec vous ?
-La vie... C'était une amourette qui aurait dû en rester là.
J'avais plus envie d'elle, je l'ai dit, elle est partie.
-Fin dramatique pour elle.
-Vous pensez vraiment qu'elle s'est tuée à cause de moi ?
On est restés ensemble
une semaine. -Ca avait compté pour elle.
Elle devait être bouleversée pour repartir malgré la tempête.
-Je ne l'ai pas raccompagnée à la gare.
-La grande classe !
-Je la réserve aux femmes qui en valent la peine.
J'ai été charmé
de vous rencontrer. -Dites qui l'a ramenée à la gare,
qu'on puisse l'interroger. -Ca va être difficile.
C'était Victor.
-Quel connard !
Il se fout de nous en nous renvoyant sur Victor.
-On n'a rien de concret sur lui et il le sait.
Il a été surpris en apprenant la mort de Camille.
-Encore une victime de la lâcheté masculine !
-Ca arrive de plus être en phase. -On peut appeler.
-A 18 ans, on est un peu lâche. -Plus vieux aussi, non ?
Sérieusement, vous n'avez pas votre bac ?
-Le quoi ? Vibreur.
... -"Inès" !
Encore une à qui vous ne donnez pas de nouvelles ?
-Vous êtes jalouse ou quoi ? -Non. Pas du tout.
-Becker n'est pas là ?
-Pff ! Becker ! -On lui fera un résumé.
Mes adjoints... Momo.
-Bonjour. -Capitaine Daguerre.
-Katia. -Bonjour.
-La fouille n'a rien donné,
mais son GPS, oui.
Son dernier parcours l'a emmené ici,
sur l'île de la Repentie,
embarcadère pour la visite des conches.
Les canaux. -On sait ce qu'il y faisait ?
-Non. Il détestait cet endroit.
Il avait refusé d'accompagner la classe de son fils,
or il ne ratait aucune sortie. -Bizarre.
Des références aux alouettes ? -3.
Un gîte, un restaurant et un moulin. Personne n'a vu Victor.
-Il n'a pas fait de tourisme.
-Barbara Pasquier le sait peut-être.
Victor a appelé le jardin botanique
juste après être parti. -Elle ne nous l'a pas dit.
L'île de la Repentie,
d'où vient ce nom ?
-Les repris de justice venaient s'y repentir
en bossant à l'aménagement du marais.
-Des travaux d'intérêt général ? -C'est pas le juge
qui décidait, mais le seigneur du Poitou.
-Encore Gilles de Rais, alias Barbe Bleue.
...
-Bonjour. Bienvenue.
-Bonjour. -Bonjour. La 22, s'il vous plaît.
-Une chambre au nom de Marie Daguerre.
-La chambre 21, juste à côté. -Merci.
-C'est le SRPJ qui s'est occupé des réservations.
J'espère que mes ronflements ne vous empêcheront pas de dormir.
-Bon séjour. -Merci.
-On mange ?
-Non. Je préfère m'endormir avant vos ronflements.
-Ils ont des desserts à tomber.
-Ah bon ?
...
-Ah ! -Tu en as mis du temps.
-Victor voulait tout raconter, alors tu as pété les plombs ?
-Tu deviens parano.
-Quand je t'ai laissé, lundi soir, il était vivant.
Quelques heures plus tard,
on le découvre décapité. -Si j'avais voulu
le tuer, je n'aurais pas collé sa tête dans le cercueil de Camille.
-Quoi ? Oh ! Quelle horreur !
Les flics ne m'ont pas parlé de ça.
-J'ai des contacts que tu n'as pas.
-Oh ! Mon Dieu ! Je suis désolée...
Mais à part nous et Victor, personne n'était au courant.
-Je sais. Viens. Rentre.
-Desserts, messieurs dames ?
-Non, merci.
-Hier soir, il y avait une farandole. Je ne comprends pas.
-Pas besoin
de prétexte pour m'inviter.
-Je voulais faire un point.
-Sur cette année ?
-Victor se considérait comme un mort en sursis.
Il serait allé en taule
à la place d'un autre.
-Son passé le hantait
au point qu'il en faisait des cauchemars.
Et s'il était retourné dans le marais pour se racheter ?
-Ca expliquerait qu'il détesterait
cet endroit et que son meurtrier l'ait...
Pardon. L'ait marqué
au fer. Voilà. Ce serait ça.
-Ca n'explique pas Gilles de Rais,
ni l'alouette.
Dans la comptine, on lui plume la tête, on ne la coupe pas.
-Sauf pour la cuisiner.
L'alouette sans tête,
vous ne connaissez pas ? Ma mère la faisait divinement bien.
-Sérieusement...
-Cette mise en scène est peut-être une façon de brouiller les pistes.
-Le tueur aurait fait 600 bornes
pour poser la tête de Victor pour brouiller les pistes ?
C'est tordu.
-Sauf s'il voulait faire accuser l'avocat, Sam Duprats.
-Ou alors, c'est un avertissement ? Victor ne serait que le premier,
le début d'une série.
-Vous me faites rire.
Jeune, je piaffais d'impatience de traquer des serial killers.
J'étais comme vous.
-Vous ne vous coltinez pas les chiens écrasés toute l'année !
En parlant de ça, l'année qui vient de s'écouler a été d'un vide...
-Content de vous revoir.
Sonnerie.
...
-Pardon.
Oui, Lola ?
Ah oui. -(Je vais dormir.
(Je vais me coucher.) -Non. Tu ne me déranges pas.
-Tu as vu ? -Quoi ?
-Chut ! J'ai vu un truc, là-bas, passer. Une ombre.
-Sûrement ce bon vieux Gilles de Rais qui hante le marais.
-Plaisante pas avec ça. -Je ne crois pas aux fantômes.
Il est où, cet arbre ?
-Tu n'éclaires pas assez haut. Il a dû pousser.
-C'est là.
Soupir.
-Et maintenant ? Tu crois toujours pas aux fantômes ?
-C'est impossible.
Impossible.
Viens. Ne restons pas là.
-Gilles de Rais... Qu'est-ce que ça vient faire là-dedans ?
Soupir.
Fracas. Cri.
-Ah !
Ah !
-Becker !
Elle frappe.
Becker ! Becker ! ...
Becker !
Ca va ? -Oui. Ca va.
-C'était quoi, ce boucan ?
-Quel boucan ?
-Ca va ?
-Très bien. Je faisais un rêve torride.
Pas besoin de prétexte pour me rejoindre.
-Vous êtes très con.
Elle claque sa porte.
...
*-Bonjour. Dr Inès Gervais.
*Veuillez laisser un message.
-Docteur, c'est Becker.
J'ai dû partir en urgence sur une affaire en province.
Là, je suis à court de médocs. Il me faudrait un renouvellement.
Merci, Inès. Merci beaucoup.
Ah !
On frappe.
...
Room service.
Petit déjeuner.
-C'est pour cette nuit ?
-Non. Pas du tout.
Mangez-les après.
-Après quoi ?
-Après la morgue.
Je n'ai pas dormi, alors j'ai potassé
la presse locale. Tenez.
Regardez.
-"Etrange découverte d'un squelette sur un terrain
"appartenant autrefois à Gilles de Rais" !
Il y a 15 jours ?
Y a 48 heures, on trouve un cadavre marqué à ses armoiries.
-Ca vous plaît.
-C'est ça, le déclencheur.
Ce corps qui a refait surface.
C'est bon, ça ?
Murmure d'approbation.
Qui a trouvé le corps ? -Des mecs d'EDF réparant une ligne.
J'ai appelé le journaliste. Ce fait divers n'a intéressé personne
en 15 jours, et ce matin,
il a reçu 2 appels
à son sujet, dont le mien.
-L'autre, c'était qui ?
-Il s'agit d'un avocat.
-Sam Duprats.
Vous n'avez pas fait le rapprochement avec notre corps ?
-On vous apporte pas souvent un squelette à cotte de mailles.
-Il y a eu un pépin. Les gendarmes m'ont ordonné de la boucler.
-Quel pépin ?
-Le corps a disparu la nuit suivant son arrivée.
-Volé ? Qui l'a réceptionné ?
-Moi et mes 2 internes.
-Il y a eu effraction ? -Non.
On accède facilement à la morgue par le sous-sol,
mais en général, on ne vole pas de cadavre, ici.
-Vous avez fait l'autopsie ? -Non.
J'ai fait les 1res constatations et quelques photos.
Oh !
Il s'agit d'un homme
à la croissance non terminée.
-Donc jeune. -Entre 15 et 18 ans.
1,75 m, type caucasien.
-La cotte de mailles est ancienne ? -Impossible à dire
sans analyse, mais il y avait un motif dessus.
-Une alouette ?
-Merci.
Comment as-tu pu passer à côté de ça ?
-Je n'étais pas au courant de la découverte du corps.
Il date de plusieurs siècles. -L'alouette date de 1990.
-Vous voyez ça avec les photos ? -Le légiste a récupéré des résidus
avant que le corps disparaisse. -Je vais appeler la gendarmerie.
-Ils sont au point mort.
Vérifie les caméras autour de la morgue
dans un rayon de 500 m.
-Et j'interroge le personnel de nuit de l'hosto.
Je connais mon boulot.
-Dépêche-toi avant la prochaine tempête.
-Tu n'as rien d'autre ?
*-Non. Il n'y a rien qui concerne Victor.
-Katia, Momo, avec moi !
-Dans son journal intime, rien ? *-Non.
*Elle a écrit la veille de son départ
*pour Guérande.
-Va à l'hosto.
Trouve un truc sur le soir du vol de cadavre.
*-"24 décembre.
*"Demain, je prends le train.
*"Je n'arrête pas de penser à Sam."
-Rien d'autre. -Aucun signe de dépression ?
-Non. Elle était en boucle sur Sam.
-Elle n'a pas fait de photos ?
*-J'ai rien trouvé. -Dans l'appareil,
tu as regardé ? *-Non. Merde !
-Non !
*-Il y a 15 photos faites.
-Ne l'ouvre pas, c'est de l'argentique. Tu l'as voilée.
Bravo, Coben !
*-Désolé.
*Je savais pas.
-On peut peut-être
les récupérer avec un logiciel. -Fais développer la pellicule
et numériser les photos et envoie-les.
*-Désolé.
-Je te rappelle. -J'ai briefé mes hommes.
Je vais aller voir la tombe.
-Non. Le garde forestier nous attend.
-D'accord.
Vous voulez vous perdre ?
-Bonne ambiance !
-Il me gonfle.
-Vous êtes dur avec Lucas. -Ca fait une moyenne.
-Vous êtes jaloux ?
-Ca fait 3 fois qu'on voit ce pont.
-Ils se ressemblent,
mais ne sont pas les mêmes. Il faut être sensible aux détails.
Cris d'oiseaux.
C'est là.
-Bonjour.
-Vous vivez ici ? -Non.
C'est chez mon ami, Paul. Il va arriver.
Vous voulez du café ?
-Non, merci. Vous savez pourquoi on est là ?
-Pour le corps à cotte de mailles. Vous voulez voir sa tombe.
-Vous étiez à la morgue quand on l'a amené ?
-Oui. Je suis partie à 17 h avec l'autre interne, Nico,
et je ne suis pas rentrée avant le lendemain.
-Vous avez parlé du corps à d'autres ?
-Je ne parle pas de mon travail. Ca fait flipper, les cadavres.
-Pas votre ami ?
-Non. Il est différent. J'ai beaucoup de chance. Excusez-moi.
Sonnerie. Oui.
Ben non. Je comptais un peu sur toi, là.
Soupir. OK.
J'arrive.
Je vais devoir y aller. -Ca va ?
Je ne peux pas rester. -On se voit demain ?
-Oui.
-Bon courage.
Bonjour.
-BONJOUR.
-Paul Masson. -Commandant Becker.
-Capitaine Daguerre. -La tombe, c'est par là.
On y va ? Allez.
Je suis passé par ici des centaines de fois.
Sans ce problème de ligne, on ne l'aurait jamais retrouvé.
Il aurait pu rester là.
-C'est le but. La tombe est profonde.
Assez pour éloigner les animaux.
Tout a été fait pour qu'on ne le retrouve jamais.
-Pas tout.
Venez voir. Cette croix, ça pourrait être un repère.
-Un repère ?
Pourquoi ?
-Repérer le lieu d'un crime ou se souvenir de la sépulture.
-C'est une marque de respect
pour le défunt. Celui qui l'a enterré
avait une conscience.
-Il a quel âge,
cet arbre ? -Celui-là,
il est vieux.
-On doit pouvoir savoir quand cette croix a été gravée.
-Il faudrait le tronçonner.
Couper un arbre comme ça,
je ne le fais pas.
C'est un sacrilège.
-Tuer un gamin aussi.
Moteur de tronçonneuse.
...
J'en ai plus. Il m'en faut en urgence.
Je ne peux pas vous parler. Je vous expliquerai.
Je ne peux pas rentrer.
Je ne peux pas rentrer maintenant.
-Envoyez ça au labo. Urgent. -D'accord, capitaine.
-Oui. Je vous rappelle.
-Si vous voulez, Lucas et moi, on peut prendre le relais.
-Non, merci. Ca peut attendre.
Passez-moi le labo, s'il vous plaît.
Oui. D'accord. J'attends. Aïe !
On vous envoie un prélèvement d'arbre à dater en priorité.
Je mets le haut-parleur.
*-Les esquilles de bois dans le cou de Victor Drosset
viennent d'un chêne du 15e, traité au goudron de bois de pin.
-Les résidus de limaille de fer ? *-Même époque, même traitement.
*Les matériaux et le type de traitement sont inhabituels.
*Les seules références similaires sont les machines de guerre
*du musée. -Le château de Gilles de Rais ?
*-Oui.
-Gilles de Rais : pervers narcissique,
jouisseur amoral, adorateur
de Satan, pédophile notoire...
On dirait un cousin à vous. -Très drôle.
-Merci.
-C'est avec un de ces fers
qu'il marquait les gamins
esclaves sexuels.
(-C'était un compagnon d'armes de Jeanne d'Arc
(et c'est interdit de toucher.)
(Rassurez-vous.
(Ce n'est pas de la sorcellerie, c'est un phénomène acoustique...
(...propre à cette salle.)
-Vous êtes ?
-(La gardienne du château.)
-Capitaine Marie Daguerre. -Commandant Becker.
C'est quoi, ça ?
Mais c'est quoi, ça ? L'ancêtre du massicot d'imprimerie ?
-C'est la décapiteuse. -Pour couper les têtes.
-Ca fait partie du folklore.
-Entaille nette...
Ca vous rappelle rien ?
-C'est sans doute avec un engin de ce genre que Victor a été décapité.
-Vous ne pourrez pas la soulever.
Elle a été arrimée
au socle pour éviter les vols. -Les vols ?
-Aucune trace de sang.
La lame est si émoussée qu'elle ne peut pas couper grand-chose.
-Merci.
C'est la seule décapiteuse ?
-Martial en a peut-être une autre. -Martial qui ?
-Martial Chauvet. Il a restauré la plupart des machines d'ici.
C'est un collectionneur. -Il vit où ?
-Son atelier de menuiserie est sur la route de Sainte-Hermine,
mais il est à la retraite depuis 2, 3 ans déjà.
-Merci beaucoup, madame. -Merci.
...
-Ils ne sont pas accros au ménage.
-Dedans, c'est peut-être nickel.
-Attention !
Cris.
...
-C'est quoi, ça ? -Un boulet de canon.
...
-Police ! -Bouge pas. Lâche ça. Tu entends ?
Lâche ça. -Arrêtez.
Que fais-tu ?
-Rien. -Qu'est-ce que tu fais ?
-Là... -Je suis là.
-Va voir dans la grange. -OK.
-Je file au labo. -On fouille la grange.
-Il a eu une attaque. Depuis, il fait de la démence sénile.
Mon père et moi, on se relaie.
Depuis une semaine, dès qu'on a le dos tourné, il fonce
à son atelier pour défendre son territoire.
-Que s'est-il passé ? -Je l'ai vu.
Je l'ai reconnu. C'était Gilles de Rais.
Il est revenu.
Il a volé la décapiteuse. Il hante le marais dans sa barque noire.
Les enfants...
Il faut cacher les enfants. -Chut !
-Commandant ! Le 36, à Paris. -Merci.
Oui. Becker, j'écoute. Oui.
-Alors, qu'est-ce qu'on a ? -On n'a rien, capitaine.
-Aucune trace de sang et rien qui ressemble à une décapiteuse.
-S'il ne délirait pas ? Si quelqu'un l'avait volée ?
-Aucune trace d'effraction ? -Non.
-Le fantôme est passé par les murs.
-Il y a 2 semaines, on retrouve un corps à cotte de mailles.
Victor Drosset se fait couper la tête.
Et une décapiteuse aurait disparu. -Oui.
-Mademoiselle Chauvet, votre grand-père
avait une décapiteuse ?
-Je sais pas. Faudrait demander à mon père.
-Votre père ne savait pas pour le corps à cotte de mailles ?
-J'en ai parlé à personne.
-Le soir où le corps a été volé, votre père était où ?
-Ici, avec mon grand-père.
On ne connaissait même pas ce type. -Ca a un lien.
Vous venez de le faire.
Si vous avez quelque chose à dire, c'est maintenant.
Alors ? -Dites à votre père
de nous contacter.
-On se cogne à Suzon Chauvet. Ce n'est pas un hasard.
-Voici les photos de l'appareil de Camille.
24 décembre 1999, Noël.
La veille du départ de Camille pour Guérande.
Et ici, le 25, avec Sam,
venu la chercher à la gare. -Il ne voulait plus d'elle ?
-Après, c'est le néant.
-Ca devenait intéressant.
-On fait tourner le logiciel, mais sans garantie.
-Capitaine !
Le labo a analysé l'arbre.
La cicatrice remonte à 15 ans environ.
-Comme le séjour de Camille.
Elle est radieuse
sur les photos et repart après 48 heures...
-Et se suicide.
-Victor a déconné après les fêtes.
J'ai contacté son bahut. Il n'est pas revenu à la rentrée 2000.
-Pourquoi ? -La drogue.
Il aurait fugué.
-2 gamins dérapant en même temps...
-Il y a un lien avec le corps du marais. Une vengeance.
-Tu as listé les disparitions qui ont eu lieu à l'époque ?
-Avec les tempêtes : 30 morts et quelques disparus.
-Des ados de type caucasien ? -Aucun.
-Vérifie les mains courantes. -OK.
-Chauvet est veuf.
Un fils unique, menuisier,
le père de Suzon.
-Et Barbara et Sam ?
-Barbara est mariée à ses plantes. Elle aurait eu
un chagrin d'amour. Partie aux USA
faire ses études.
-Ou se faire oublier. Et Duprats ?
-Unique rejeton de la bâtonnière.
Immense fortune. Il claque tout
en bagnoles, soirées... Sa famille a une propriété
dans le marais.
-Capitaine !
Becker est avec Eddy Chauvet.
-Il pourrait nous attendre.
Excusez-nous
pour le père. Si Suzon n'avait pas traîné, ça ne serait pas arrivé.
-Votre fille est dévouée. -Il faut bien s'en occuper.
Suzon sera triste,
mais on va devoir le faire enfermer.
La décapiteuse volée par Gilles de Rais, il ne l'avait jamais faite.
-Il en avait une ?
-J'en sais rien.
-Vous bossez avec lui. -Je fais les chantiers.
-Monsieur Chauvet ?
Capitaine Fournier.
Vous connaissiez Victor Drosset ?
-Non. Jamais entendu parler.
-Vous étiez où, la nuit de lundi à mardi ?
-Chez mon vieux. -Barbara Pasquier,
Sam Duprats,
ça vous parle ? -Elle, non,
mais lui est connu, vu les soirées chaudes qu'il donne dans le marais.
-Dans l'ancien relais de chasse de Gilles de Rais.
Aboiements.
...
-Vous êtes qui ?
On n'a pas été prévenus. -Surprise !
-Vous faites peur aux chiens.
-On peut passer ?
-Merci. -Je ne comprends pas.
Ils aboient sur les voyous.
-Pourquoi autant de sécurité ? Vous avez peur pour votre vie ?
-Plutôt pour tous les objets de valeur qu'il y a ici.
Suivez-moi.
Barbara...
Le commandant Becker
et le capitaine Daguerre.
-On s'est déjà vus. Je vais vous laisser.
-Restez. Ca nous évitera une convocation.
-Je vous ai déjà tout dit. -Apparemment pas tout.
Victor vous a appelée avant d'être assassiné.
-Sur son portable ?
-Non. Au jardin botanique.
-Aucune preuve qu'il voulait la joindre.
-Après, il est venu ici, mais il ne voulait pas vous voir ?
-On a dû se rater.
Je suis resté à Nantes.
J'avais une audience le lendemain.
-Vous étiez seul ? -Non. Avec Barbara.
Toute la nuit. Non ?
-Le journaliste qui a écrit sur le cadavre à cotte de mailles,
vous ne l'avez pas appelé ?
-Si. Là, je plaide coupable.
J'ai eu envie d'en savoir plus sur ce fait divers.
Le terrain était à ma famille. -Avant ?
Il y a 15 ans ?
-Ecoutez. Je ne sais pas.
Je ne tiens pas les comptes.
Mais je peux me renseigner.
-Il avait entre 15 et 18 ans.
Vous le connaissiez peut-être.
-Là, ça va être dur à dire.
Ma cuisinière est persuadée d'avoir vu le fantôme de Gilles de Rais
hanter le marais... -Gilles de Rais !
Dont vous habitez l'ancien relais de chasse.
-Mon truc, c'est pas les gamins,
mais les vraies femmes. "Alouette, gentille alouette".
Verre brisé.
-Cette alouette vous fait aussi peur qu'à Victor. Pourquoi ?
-Elle vous rappelle celle-ci.
Que s'est-il passé entre le 25 et le 27 décembre 1999 ?
Qui a tué ce jeune ? Une oeuvre collective ?
-C'est lui, votre chagrin d'amour ?
-Non. -Ca suffit.
Si vous nous harcelez, je vous poursuivrai en justice.
-J'espère que vous ne finirez pas comme Victor.
Ce serait dommage de perdre une aussi si jolie tête.
-Je ne vous raccompagne pas.
Soupir.
Tu as assez bu.
-Ne me touche pas !
-Ne craque pas.
Tu allais tout raconter. -C'est moi qui craque ?
On n'était pas ensemble
quand Victor a été tué.
-On pourrait faire un point à table.
Ils auront peut-être fait le plein de desserts.
-Non. J'ai une nuit à rattraper. Je vous laisse avec la farandole.
Porte qui s'ouvre.
Porte qui se ferme.
...
-Aïe ! -Désolé. J'ai pas l'habitude.
Soupir.
-Ca ne tourne pas trop ? -Si. Mais je n'ai plus mal.
-Appuyez bien.
C'est la 1re et la dernière fois que je vous dépanne. Compris ?
-Compris. -Continuez
à vous shooter et vous allez crever.
-Y a que ça qui me soulage.
Après l'enquête, je me fais opérer.
J'ai déjà joué assez comme ça avec ma santé, et...
Avec quelqu'un qui m'est cher.
-La petite blonde avec qui vous bossez ?
Mon interne m'en a parlé. Elle vous trouve charmants, tous les deux.
-Suzon Chauvet ? -Oui.
Elle adore les histoires d'amour.
Elle n'est pas près d'en avoir une, la pauvre...
-Elle a un petit copain, le garde forestier.
-Ah bon ? Ah ! Je ne savais pas. C'est pour ça qu'elle est bizarre.
-"Bizarre" ? -Comme si
un truc lui pesait. L'amour, ça donne plutôt des ailes, non ?
-Plutôt, oui.
Plutôt.
Grincement.
-C'est à cause de ça
que vous avez disparu ?
Parce que vous êtes accro à ça ?
J'ai vu des types foutre leur vie en l'air
à cause de ça, mais...
...
-Pour vous faire taire.
-Ca n'explique pas la morphine.
-J'ai une hernie discale qui me comprime la moelle épinière.
Ca me soulage.
-Vous déconnez ? Je n'ai pas de nouvelles depuis un an
à cause d'une hernie discale ?
Pourquoi ne vous êtes-vous pas fait opérer ?
Non ! Vous avez la trouille ?
Vous flippez à l'idée de passer sur le billard, c'est ça ?
-C'est la colonne vertébrale. On peut finir paralysé.
Vous êtes drôle, vous. -Il y a 5 chances sur un million ?
-J'ai failli vous appeler,
mais je me voyais en fauteuil roulant.
C'est de l'histoire ancienne. On boucle cette affaire, et après,
je...
Je me fais opérer. Promis.
-Non.
Après l'opération.
...
-On a enfin fini de visionner les vidéos autour de l'hôpital.
Je vous ai mis les meilleurs moments. Envoie.
Voilà.
-Fais un arrêt sur image, là.
C'est Suzon Chauvet !
-Suzon ne répond pas et n'est pas chez elle.
Elle a dormi là ? -Elle doit être à la fac.
Quel rapport
avec l'enquête ?
-Suzon a volé le corps. -Pourquoi aurait-elle fait ça ?
Suzon ne ferait pas de mal à une mouche. Vous ne la connaissez pas.
-Suzon ? Suzon !
Attendez !
Arrêtez-vous.
-Ah !
Ah !
-C'est fini. -Ne lui faites pas de mal.
-Vous avez dit...
Ce jeune homme était enterré
depuis 15 ans.
Suzon n'a pas pu faire ça.
-Vous protégez son tueur.
-C'est un proche.
Vous risquez votre vie.
-C'est faux, hein ?
-Je suis désolée.
C'est mon grand-père qui l'a tué.
-Par là.
-Merci.
Rentrez chez vous. -Pas sans Suzon.
-On ignore si ce sera long. -Je ne la laisse pas. Je l'aime.
-Attendez derrière la porte. -S'il vous plaît.
-Non. Merci. Monsieur...
...
-C'était...
Le soir de la grosse tempête,
le 26 décembre.
Mon grand-père m'avait emmenée à Nantes au cinéma pour Noël.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Au retour, j'étais assise à côté de lui.
Il faisait nuit
et je dormais à moitié,
et, tout à coup, un jeune homme est arrivé à vélo.
Il portait un habit de chevalier.
-Une cotte de mailles. -Oui.
Et on lui a foncé dessus. J'ai eu peur.
J'ai fermé
les yeux, et quand je les ai rouverts,
on était arrêtés.
J'ai entendu un bruit à l'arrière.
J'ai crié et...
J'ai vu...
J'ai vu mon grand-père revenir les mains en sang.
-Tout ce sang... Il y en avait partout.
Une vraie boucherie !
-Le corps, vous l'avez chargé sur le plateau du pick-up ?
-On n'allait pas le laisser sur le bord de la route, tout de même.
-Après, vous l'avez enterré dans le marais ?
-Hein ?
Pff.
-Son vélo ? -Son vélo.
Vous en avez fait quoi ?
Toussotements.
-Son vélo !
-C'est bon.
-Tu peux éteindre.
-Capitaine ?
Le vieux n'a pas menti. Il y a du sang partout.
-Ils ont retrouvé du sang sur le pick-up.
-Pourquoi ne l'avez-vous jamais dit ?
-J'ai cru que j'avais rêvé.
Quand j'ai vu l'habit,
la cotte de mailles, tout m'est revenu.
J'ai voulu protéger mon grand-père.
-Joli numéro, mais ça ne prend pas.
Vous avez travaillé
très dur pour faire votre internat et vous prendriez le risque
de tout perdre pour protéger un vieillard sénile,
qui sera déclaré irresponsable.
-J'ai paniqué.
-Vous ne paniquez pas pour un oui ou pour un non.
Vous protégez quelqu'un d'autre. -Mais non !
-Votre grand-père a dit : "On n'allait pas le laisser."
Il ne parlait pas de vous.
Il parlait de qui ?
-Il perd la tête. -Arrêtez
d'agiter la démence.
Vous protégez quelqu'un d'autre.
Regardez-moi.
A l'époque,
votre mère était partie, votre grand-père était veuf.
Vous avez passé Noël à 3 :
votre grand-père, vous et votre père.
Il était dans la voiture quand vous avez percuté le jeune homme.
Il a aidé votre grand-père à embarquer le corps.
Oui ou non ? -Oui.
-Vous êtes son seul alibi pour la nuit du meurtre de Victor.
Vous et votre grand-père qui a perdu la tête.
-Je vous jure que c'est vrai.
-Pourquoi je vous croirais ?
-Elle assure, quand même. -Elle n'est pas libre.
Fais interpeller Eddy Chauvet.
...
-Qu'est-ce que je fais là ? -Asseyez-vous.
Parlez-moi de la nuit
du 26 décembre 1999.
-C'est quoi,
ces conneries ? -Assis !
Vous reveniez de Nantes, vous étiez allés au ciné.
C'était le petit Noël de Suzon. -J'ai eu quoi comme cadeau ?
-Un jeune à vélo en cotte de mailles, ça vous parle ?
-Il a déboulé devant le capot. J'ai cru qu'il allait s'envoler.
-Vous l'avez percuté.
-Mais non. J'ai braqué
et on s'est tapé le chevreuil. -Le chevreuil ?
-Un chevreuil s'est encastré dans la calandre.
-Vous l'avez ramassé ?
-Il était mort. Je n'allais pas le laisser pourrir sur le bas-côté.
-On n'a que votre version.
-La mienne et celle de la moitié de la gendarmerie. Ca calme, hein ?
-Ils ont fait un p.-v. ? -Non.
Ils ont mangé le chevreuil.
C'est bon ? Je peux me casser ? -Non.
Et le jeune ?
-Quoi ? Il n'avait rien. Il a filé sur la petite route
qui va à Saillanges.
Il s'est mis à l'abri au château. Je peux y aller ?
-Hein ?
Tu es sûr ?
Oui.
C'est bien du sang
de cervidé.
Comment a-t-elle pu croire ça ?
-Elle était petite. Elle a fait l'amalgame. Que risque-t-elle ?
-Vol de cadavre... -Les gendarmes ont étouffé ça.
A mon avis, ils vont la laisser tranquille.
-Il faudrait
que le corps revienne. -Qu'en a-t-elle fait ?
-Elle l'a planqué
dans la citerne derrière la menuiserie.
-Merci d'avoir parlé au proc.
-Je vous devais bien ça. Elle pourra finir son internat.
-Bon. Alors...
C'est un jeune garçon
de 15 ans,
mais j'ai rien pour l'identifier.
-Cause de la mort ? -Pas banale, mais j'ai l'habitude.
Il a eu la tête tranchée par un carreau d'arbalète.
Je l'ai retrouvé là. -Une arme médiévale ?
-Qui nous ramène au château et à Gilles de Rais.
-Capitaine !
-Quoi ? -On a récupéré les photos.
-Oh ! -Oui.
-Becker va nous payer le champagne.
-On l'a reçue.
Je te mets sur haut-parleur. La blonde,
c'est Camille et la brune, c'est Barbara
*Pasquier. *-Avec ces casques,
impossible d'identifier les garçons. L'un est Sam
*et l'autre, Victor. -Le 3e, inconnu.
-On ignore qui c'est. *-Sur 5, 3 sont morts.
Il reste Sam et Barbara.
*Eux savent qui est l'inconnu. -Il faut isoler Barbara
*et la faire parler.
-J'y ai pensé, mais personne ne l'a vue au jardin botanique.
*Ne quittez pas. J'ai un double appel.
Oui ?
-Regardez.
Si c'était lui, son chagrin d'amour ?
-Notre inconnu ?
Barbara serait sortie avec un gamin de 3 ans de moins qu'elle ?
-Je les préfère plus vieux.
*-Allô ? Barbara a mis les voiles. Ca sent le départ précipité.
Je lance un avis de recherche.
Avis de recherche véhicule.
*Citroën DS3, bleu turquoise.
*Immatriculation : CV 583 SY 44.
-Forcez le coffre.
-Qu'est-ce que c'est que ce truc ? -Une alouette ?
-Ca pue la mise en scène. Pour se dédouaner, non ?
Ca n'a aucun sens d'abandonner sa voiture là.
-Sauf si elle a voulu se recueillir sur la tombe.
-La tombe ? -Oui.
Allez. Venez.
-Putain !
Allô ? Envoie une équipe.
On a un nouveau cadavre. Barbara Pasquier.
Dans la tombe
du jeune à la cotte de mailles. Oui.
-Morte depuis plusieurs heures. -Oui.
Etranglée, apparemment.
-Ses mains sont intactes.
Elle ne s'est pas débattue. -Elle connaissait son agresseur.
-Il ne reste que l'avocat.
-Son relais de chasse est à 5 mn d'ici.
Putain de merde !
Rien à l'étage. -Rien au rez-de-chaussée.
-On l'aurait vu sortir. -Comme la jeune femme !
-Elle, on l'a vue. Elle est partie peu après vous.
-Pourquoi cette mise en scène ? Il aurait pu la faire disparaître.
-Pour finir le travail. -Ils sont tous morts, sauf lui.
-Oui, Lucas. Qu'y a-t-il ?
On a peut-être retrouvé l'identité du jeune.
Une main courante du 27 décembre 1999. Je t'écoute, Lucas.
Manu Kessel aurait signalé la disparition de son frère, Lenny.
Fils de la gardienne de Saillanges. -Merde !
-Rejoins Marie. Je pars à la recherche de l'avocat.
-Aucune chance de le retrouver. -Le garde forestier va m'aider.
-Bonjour.
C'est mon jour de congé. Le château est fermé.
-Je ne suis pas là pour ça, madame Kessel.
Je suis là pour Lenny.
-Vous l'avez retrouvé ?
-On n'en est pas sûrs,
mais pouvez-vous me dire s'il avait une cotte de mailles
avec un oiseau dessus ? -Oui.
Son frère la lui a offerte pour Noël.
Manu. Il lui a peint une alouette dessus.
-Vous la reconnaissez ?
-Oui.
Je savais pas où elle était.
-Il la portait sur lui.
Je suis désolée.
Vous étiez où quand Lenny a disparu ?
-Avec mon mari, on était allés passer la nuit du 26 chez des amis.
Quand on est revenus, Manu était aux cent coups.
Lenny avait disparu.
-Pourquoi ça n'a pas été classé en disparition inquiétante ?
-Lenny avait déjà fait une fugue l'été d'avant.
Pas savoir ce qu'il était devenu, ça nous a détruits.
-Et Manu ?
Il a réagi comment ? -Il était anéanti.
Lenny et lui étaient inséparables.
Manu ne se pardonnait pas
ce qui s'était passé, et on ne lui pardonnait pas non plus.
-Vous le teniez pour responsable ?
-C'était son grand frère. C'était son rôle de le protéger.
Il a fini par partir
en disant qu'il ne cesserait jamais de chercher Lenny,
qu'il reviendrait quand il l'aurait retrouvé.
Mais il n'est jamais revenu.
En même pas 3 mois, j'avais perdu toute ma famille.
-Vous avez des photos de Lenny ? -Dans le tiroir gauche du buffet.
-Merci.
...
-Paul ? Il y a quelqu'un ?
Couinements de chien.
Putain !
Mais quel con !
Allô ? Allô ? Allô ? Merde !
Allô ? Allô ?
Que se passe-t-il ? Oh !
-Ils ont grandi
au château.
Ils passaient
leur temps à jouer aux chevaliers.
-Vous vous souvenez de Barbara Pasquier ?
-Bien sûr. C'était la petite amie de Manu.
Ils étaient fous amoureux.
Il était toujours avec elle.
-Lenny vivait ça comment ?
-Ca le faisait râler de ne plus avoir son frère.
-Vous pensiez qu'il avait fugué pour ça ?
-Peut-être bien, oui.
Il s'était caché à L'Erche, un endroit où seul Manu pouvait
le retrouver. -"L'erche" ?
-Arche, en patois.
-C'est où ? -Je sais pas.
C'est leur truc à eux.
C'est Lenny avec le garde forestier ?
-Garde forestier ? Non. C'est Manu, le frère de Lenny.
-Becker, réponds. J'espère que ça va.
-C'est Lucas. Demande à Momo de localiser le portable de Becker.
-Becker. -Trouve-moi tout sur Paul Masson.
Ramène Suzon.
Avec du renfort. -Il répond pas.
...
-Merde !
-Il est où ?
Il est où ?
Sonnerie.
...
-Merde !
-Ah !
Toussotement.
...
-Ah !
Ah !
Hé !
-Manu, attends !
-Que fais-tu ?
-Allez. -Attends, Manu.
-Non. Fais pas ça, Manu !
-J'ai pas le choix. Eux l'avaient. -C'était un accident.
Un accident. -Ta gueule !
-Calme-toi, Manu.
Fais pas ça. -Non !
-Si tu nous tues, que vas-tu faire après ?
Tu vas te tirer une balle ? Hein, Manu ?
Ta mère a perdu un fils.
Pense à ça. -Pour elle, je suis déjà mort.
-D'où le faux nom ?
-Je devrais retrouver Lenny.
-C'est ta faute, sa mort ? -Oui.
Putain ! Je ne l'avais pas emmené, ce soir-là.
Je voulais frimer devant les autres. On est allés au château.
-Tu voulais être tranquille ?
Logique. -La tempête s'est levée.
J'ai pensé à Lenny.
J'ai voulu rentrer. Je leur ai dit...
Putain, regarde-moi.
Regarde-moi. Regarde-moi.
J'ai dit de pas toucher aux armes.
-On n'a tiré qu'une seule fois.
On a vu une masse tomber.
On pensait que c'était un chevreuil.
-Ferme ta gueule !
-Non. -Allez.
-Ah ! -Manu, que fais-tu ?
-Ah !
Sirènes de police.
...
-Paul n'est pas le frère du jeune homme à la cotte de mailles ?
-Vous ne le saviez pas ? -Bien sûr que non.
-Tu protèges Manu ?
-Il a toujours été Paul, un gentil.
-Il va encore tuer quelqu'un,
alors dis où il est.
-Je ne sais pas. -Regarde ça.
Regarde.
-C'est où ?
-C'est l'arche
de Noé. Paul y allait, petit.
-Venez avec nous.
-Arrêtez.
-Ne faites pas ça.
-C'est ici que j'ai retrouvé Lenny quand il a fugué.
-Tu es resté ici.
-Je pensais que s'il était vivant, il reviendrait ici.
-On voulait pas le tuer.
On voulait pas le tuer.
-Fallait appeler les flics.
-Je voulais le faire, mais les autres ont paniqué.
-Ta gueule !
Ferme ta gueule, menteur !
Victor m'a tout raconté.
Tu as dit que la meilleure solution,
c'était de faire disparaître le corps.
-Non. -Ne fais pas ça.
Il se fout des autres.
Il a continué sans jamais rien dire.
-Il nous aurait tués si on lui avait dit.
-C'est ton silence qui m'a tué.
Tu sais combien de temps j'ai cherché mon frère ?
Vous l'avez enterré comme un chien.
-Le tuer ne le ramènera pas.
Il paiera, compte sur moi.
Il faut qu'il vive.
Relâche-le, Manu.
Ne fais pas ça. Il n'en vaut pas la peine.
-Non !
Je t'en supplie !
Fais ce qu'il te dit.
-Ils vont m'enfermer, Suzon.
-Je t'en supplie.
-Il sera libre.
-Je suis là. Pense à tout ce qu'on a construit, s'il te plaît.
Regarde-moi.
-Je peux pas vous laisser seul 5 mn.
-Kidnapping et tentative de meurtre, fini ton marais !
Vous faites quoi ? -Vous êtes en garde à vue.
Vous avez le droit à un avocat. -Il y a prescription.
-Pas pour le meurtre de Barbara. -Tu l'as tuée ?
-Pour la faire taire et vous faire porter le chapeau,
mais vous avez laissé une empreinte
dans la cage. L'alouette vous a trahi.
-Embarque-moi cette merde.
-Avec plaisir, commandant.
-J'ai une faveur à demander. -Si c'est en mon pouvoir.
-Que les cendres de mon frère soient dispersées ici.
-Je ferai le maximum.
...
-Taxi, mademoiselle ? Ben quoi ? -Ben rien.
Sonnerie. Ah !
...
Bonjour, Inès. Oui. Non.
Ca va. Il est là, devant moi.
Il sera là à 16 h, comme prévu.
Bonne journée.
-Depuis quand appelez-vous ma toubib par son prénom ?
-Depuis qu'on a convenu d'une date pour l'opération.
-Pardon ? -C'est pour après-demain.
-C'est court pour se préparer.
-Vous avez eu un an, Becker. Et puis, vous ne serez pas seul.
-Vous avez peur que je me défile ? -Oui.
Mais je veux surtout être là après.
...
Sous-titrage MFP.
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