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Tasmanie, Australie 1830
Tr�s jeune alors,
ce temps a gard� pour moi la puissance d'un r�ve...
le feu, l'�clat de la lumi�re...
les silhouettes au loin.
Regardez, ils br�lent !
Les gens du feu !
Simon, pas de b�tises !
Mais je les ai vus
l�-bas.
Joanna aussi.
Calme ton imagination. Joanna est assez excit�e.
J'aime pas tra�ner ici.
Silence, Quinn.
Simon,
�a suffit, maintenant.
Assieds-toi vite.
Allons.
Plus de sottises.
Tr�s jeune alors,
je me rappelle pourtant ce premier jour,
et j'en revois tous les d�tails.
Parmi le peuple de la rivi�re,
Manganinnie �tait une femme unique.
Elle savait le secret de ce qui br�le
et chantait le chant du Feu.
Jamais, dans cette tribu, une femme n'avait eu tant de savoir.
Son mari, Meenopeekameena,
et tous les jeunes guerriers l'appelaient la femme du Feu.
"Dieu fit les deux grands luminaires
le plus grand pour pr�sider au jour,
le plus petit pour pr�sider � la nuit.
Et il fit les �toiles.
Dieu les �tablit dans le firmament
pour illuminer la terre,
pour pr�sider au jour et � la nuit,
et s�parer la lumi�re des t�n�bres.
Dieu vit que cela �tait bon.
Il y eut un soir, il y eut un matin : Quatri�me jour."
Voil� pour le quatri�me jour.
Nous reprendrons demain soir.
�claire nos t�n�bres, Seigneur
et, dans Ta grande bont�, prot�ge-nous des dangers
et des p�rils de la nuit.
Par Ton nom divin, nous t'en prions. Amen.
Le feu venait des �toiles.
Le tout premier �tre �tait tomb� du ciel, tenant � la main le b�ton du Feu.
Manganinnie �tait la m�moire du peuple de la rivi�re.
Elle leur disait comment conserver le feu de b�ton en b�ton.
C'�tait, pour eux, le seul moyen de faire du feu.
Je compte sur vous.
Est-ce vraiment n�cessaire ?
�a va encore ici, Monsieur Waterman,
mais, quand vous aurez perdu des hommes, vous nous approuverez.
Nous ne pouvons tol�rer ces attaques.
Pensez � votre femme et � vos enfants.
Le Gouverneur peut parfois se tromper, mais l�,
s�rement pas.
Bien, capitaine.
Mes hommes
sont � votre disposition et nous nourrirons vos chevaux.
Et vous m�me,
vous joindrez-vous � nous ?
Tous ces civils prenant les armes...
Vous en aurez besoin si vous venez.
Les Noirs sont impr�visibles,
et tr�s dangereux.
Ah oui ?
Qui aimerait �tre chass� de sa terre ?
C'est la seule solution.
� vendredi. Vous commanderez 10 hommes.
Il nous reste deux visites.
Merci, Monsieur Waterman. Tout ira bien.
Bonne journ�e.
Le capitaine manque de ponctualit�.
Ce sera un bien triste travail...
Mais juste, j'ose l'esp�rer.
Attrapez cet homme.
L�-bas !
II est l�, � droite.
Monsieur Waterman, vos hommes !
Meenapeekameena !
Je laisse le r�cit de la cr�ation
pour lire les Psaumes de David.
"Je regarde vers la montagne : D'o� le secours me viendra-t-il ?
II viendra du Seigneur, l'auteur de toutes choses.
Qu'il ne laisse pas chanceler ton pied.
Que ton gardien ne somnole pas !
Non ! II ne somnole ni ne dort, le gardien d'Isra�l.
Le gardien est ton gardien,
Dieu est ton ombrage. Il est � ta droite.
Le soleil ne te frappera pas, ni la lune la nuit.
Je n'ai jamais vu Meenapeekameena
ni Manganinnie heureuse, entour�e des siens.
Je n'appris le grand malheur et la disparition de sa tribu
qu'en �coutant ses r�cits.
La solitude de cette femme du Feu,
je ne l'ai qu'entrevue.
�te ton chapeau.
Regarde.
Nous allons les mettre dans tes cheveux.
Tu as l'air d'une princesse indienne.
Et si on en mettait une sur le cot� ?
P�re !
C'est Simon.
Viens.
Blanc...
Du feu... �a br�le...
Feu... Br�le...
Joanna !
O� es-tu ?
Manganinnie exultait,
remplie de joie.
� nouveau un enfant...
un enfant dont les cheveux �taient de feu.
Tandis qu'elle marchait,
son chant me ber�ait.
Ram�ne les chevaux, Quinn.
Je vais remonter le ruisseau.
Edward, je t'en prie.
Je ne crois pas � sa mort.
Je m'appelle Joanna.
Vilain Manganot. Tiens-toi sage !
�coute Manganinnie.
Vilain, vilain Manganot.
Tiens-toi sage !
C'est toi, Manganinnie.
Et �a, c'est moi, Joanna.
Ici, c'est Manganot, le wombat.
L�, c'est la lune.
La lune.
Regarde,
Voil� la lune.
Nous marchons dans la nuit.
Manganinnie me conta l'histoire du poisson et de la lune
et la naissance de la nouvelle lune.
On l'avait surnomm�e la s�ur de la lune,
parce que comme elle, elle portait la lumi�re du soleil.
Cette nuit-l�,
dans l'obscurit�,
apparut une chose
qui finit par s'�loigner
du feu de Manganinnie.
Je ne peux mieux d�crire cette nuit,
mais quand vint le vent du matin,
nous n'avions qu'une id�e :
Partir.
La saison du froid �tait de retour.
� cette �poque, le peuple de la rivi�re migrait vers la grande eau.
Manganinnie devait refaire ce voyage.
Redoutant la saison des orages sur les hautes terres,
elle �tait chaque jour plus agit�e.
Et r�vait de revoir les siens sur les rives de la mer.
Regarde !
Manganinnie m'avait ramen� dans un lieu de grand pouvoir.
De cette �le, son peuple entamait le voyage vers le R�ve.
L�, � l'endroit du d�part des morts,
d'o� les �mes s'en vont vers le R�ve,
Manganinnie commen�a � m'apprendre le secret des choses qui br�lent.
Et le chant du Feu.
Je te plais, chien ?
Vas-y, chien... Un lapin !
Chien ! Reviens, le chien...
Oh, le chien !
Manganinnie s'ennuyait des siens.
Elle �tait maintenant s�re de les retrouver au bord de la grande eau.
Regarde ce que j'ai trouv�.
La joie intense
qu'elle ressentit � revoir la mer s'estompa vite.
Les lieux o� sa tribu retournait chaque hiver
�taient devenus d�serts.
Elle qui connaissait
le secret de ce qui br�le
et le chant du Feu, �tait soudain d�sempar�e.
Elle ne savait pas faire du feu
et seul le b�ton de Feu nous prot�geait des esprits de la nuit.
H�, toi !
Une corde !
Qui est-ce ?
- C'est un ami. - Et alors ?
Je te croyais seul.
Je veux juste �tre s�r que mon ami aura le bateau qu'il a pay�.
Il l'aura.
Alors, en route.
Et la femme ?
Donne-la moi.
�a me prot�gera des fl�ches
si je tombe sur les Noirs.
Tu es fou de rester ici.
Au moins je connais ici.
Allez, partez.
Elle est � toi.
Tu prends de sacr�s risques. Enfin, bonne chance.
Toi, tu m'ob�is.
Debout, j'ai encore du chemin � faire.
Bien, bien...
Elle avait esp�r� un signe des siens.
Mais d�s le premier, elle sut que quelque chose n'allait pas.
Le peuple de la rivi�re �tait jusque-l� rest� loin des blancs.
De plus en plus, les signes devenaient incompr�hensibles pour Manganinnie.
Son �il per�ant trouvait des chemins invisibles � tout autre.
Manganinnie comprit peu � peu
que le temps �tait compt� pour le peuple de la rivi�re.
En revenant vers les hautes terres,
l'espoir de les revoir diminuait.
Les effets de sa blessure
et la profondeur de sa d�ception augmentaient.
Manganinnie...
La femme du Feu parlait dans son sommeil,
criant que les siens �taient l�,
qu'elle les verrait bient�t.
Je vais voir les chevaux.
Meenapeekameena !
Manganinnie !
Joanna.
Pas encore. Attendons un peu.
Allez au lit.
Mais p�re,
je veux rester.
Tout le monde va au lit.
William, mon fauteuil.
Je vais rester avec elle.
Jojo...
C'est Simon.
Manganinnie.
Attends-moi.
Simon, sois prudent.
Si cette pauvre cr�ature a prot�g� notre enfant,
nous avons un devoir envers elle.
Nous l'enterrerons demain, dignement.
Vite !
Laissez br�ler.
Comment ?
Laissez.
Regarde.
J'�tais tr�s jeune alors...
Je m'en souviens comme d'un r�ve.
Les flammes dans le vent, les ombres dans le ciel...
j'�tais seule � les voir.
Le dernier survivant non m�tiss� de la race aborig�ne en Tasmanie
�tait une femme.
Elle mourut en 1876.
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