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Je n'ai pas entendu parler d'elle depuis 4 ans.
Elle a vendu la maison à ma marraine, qu'elle repose en paix.
Et puis on est venu avec mon mari et mes enfants.
Nous sommes venus vivre ici.
Je sais seulement...
qu'elle était avec un homme de Chaco.
Elle s'est mise avec lui et elle a quitté la ville.
Elle est revenue plus tard pour vendre la maison
et ils sont partis ensemble.
Mais elle n'a laissé ni téléphone, ni adresse… Rien.
- Vous êtes venu la voir ? - Oui.
C'est dommage, mon garçon, elle n'a rien laissé.
- Bonjour. - Bonjour, comment allez-vous ?
Je cherche un travail temporaire… Pour l'été.
Nettoyer la piscine, tondre la pelouse...
Ce n'est pas ma maison, je la garde pour mon oncle et ma tante
et je crois qu'ils s'occupent de ça.
Quelques pesos par jour, ça me va.
C'est juste pour l'été. J'ai un job promis à Buenos Aires
comme peintre...
Revenez demain, j'en parlerai à ma tante et à mon oncle,
ce sera peut être possible.
- Oui, génial. Merci. - Pas de quoi.
Tu es Eugenio, non ?
Oui.
Parce que j'avais l'habitude de nager dans cette piscine,
étant enfant.
Je suis le "Russe", le fils d'Esther.
Celle qui tenait une épicerie à côté du champ vide
près du bus abandonné.
Martin ? Comment vas-tu ?
Ta tête me disait quelque chose.
- Je reviendrai demain. - Tu veux entrer ?
Non, c'est bon. Est-ce que je reviens demain ?
Ok, reviens demain.
- Bien. Merci beaucoup. - De rien.
À demain.
Martin, viens là, j'ai acheté à manger.
Où habites-tu ?
Chez ma tante.
Elle vit près de l'hôpital.
Et ta mère ?
Ma mère est décédée quand j'avais 13 ans.
C'est là...
que je suis parti vivre avec ma grand-mère en Uruguay.
À Montevideo ?
À Carzodo. Tu connais ?
Montevideo, oui, pas Cardozo. C'est quoi ? Une ville ?
Oui, une ville au milieu de l'Uruguay.
- Et t'es jamais revenu ? - Non...
Si ! Je suis retourné à Buenos Aires, deux fois avec ma grand-mère.
Et ici, une seule fois, à 18 ans, aussi avec ma grand-mère.
Et tu as des cousins ?
Euh, non...
Si, mais ils vivent tous à Buenos Aires.
Et où vas-tu habiter à Buenos Aires ?
Je ne sais pas encore.
Excuse-moi, je peux me laver dans la douche du débarras ?
Il n'y a pas d'eau chaude, mais tu peux te doucher à l’intérieur.
- Non, c'est pas grave. - Allez, je te donne une serviette.
- Non, c'est bon. - Viens.
Martin, j'ai des vêtements ici. Tu veux les voir ?
Ils appartenaient à mon père, peut-être que certains t'iront.
Tu n'auras pas à travailler dans tes vêtements. Je ne sais pas...
Essaie-les.
Merci.
Prends ce que tu veux.
- Eugenio… - Oui ?
Merci.
Pas de problème.
Bien, je m'en vais.
On dirait quelqu'un d'autre.
Viens t'asseoir une seconde.
Ok.
Prends des gâteaux, tu as travaillé toute la journée.
Merci.
J'ai parlé à mon oncle et je l'ai convaincu de faire
quelques réparations nécessaires à la maison.
Il y aura du travail tout l'été.
Tu restes jusqu'à la dernière semaine de février ?
Et quand commences-tu en mars ?
La première semaine.
Où ?
À la maintenance d'une école… Une école religieuse.
À chaque fois que tu veux te doucher, vas-y. Ne me demande pas.
Ok ?
Je vais à l'hôpital. Tu veux que je te dépose ?
Non, je vais à la piscine municipale, à côté de chez mon cousin.
Je t'y emmène.
Non, c'est à sept pâtés de maison et dans l'autre direction.
Allez, je te dépose.
Il fait si chaud.
Surtout maintenant que le soleil est si intense.
Quoi ?
Tu vas mouiller le siège.
Non, pas de problème.
- Merci. - De rien. À plus.
- À demain. - À demain.
Martin...
Tu veux venir dans la piscine ? T'as passé la journée au soleil.
Non, ça va, merci.
Allez, viens.
Juste un peu, je te donne un maillot.
Je ne vais pas te supplier.
- Non… - Laisse ça. Viens avec moi.
Je vais te prêter un maillot et tu vas nager un peu.
Ok.
On est de la même taille, non ?
Oui.
Voyons.
Essaie celui-là. Il devrait t'aller.
Merci.
Va là-bas.
- Là ? - Oui, c'est cool.
Excuse-moi.
Il te va ?
Bien.
Assez bien.
Tu as le même en vert ? Je le prends.
Allons-y. Laisse...
On rangera plus tard.
…deux ananas...
Quoi ?
Deux ananas...
Là… Regarde.
Tu vois ? Là.
Cool.
Pourquoi tu vis chez ta tante ?
Parce que ma grand-mère est morte.
- Celle qui t'a élevé ? - Oui.
Je vivais avec elle et
quand elle est morte, mon oncle m'a dit que
je devais libérer la chambre où je dormais
parce qu'ils allaient réparer la maison et la vendre.
Et il t'a ms à la rue du jour au lendemain ?
Il m'a laissé trois mois. Je suis resté jusqu'en décembre.
Mais j'imagine que tu as hérité d’une part de la maison ?
En fait, la maison appartenait à un homme qui a vécu
avec ma grand-mère pendant 20 ans, sans être mon grand-père.
Je n'ai pas connu mon grand-père.
Et mon oncle, je l'appelle comme ça, mais il ne l'est pas...
- Ok. - Laissait ma grand-mère rester...
Mais maintenant qu'elle est morte, je n'ai rien à voir avec la maison.
Et tu es venu ici avant d'aller à Buenos Aires ?
Oui.
Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé ? Martin ?
Je me suis accroché...
- Ça va ? - Oui, je me suis accroché...
Je me suis accroché aux barbelés.
- Oh, tu t'es coupé. - Non, c'est rien.
- Fais voir… - Je me suis coupé.
- Il faut mettre quelque chose. - Non, c'est rien.
- Ça peut s'infecter. - Non, non, c'est bon.
Non, c'est moche. Viens...
C'est sévère, viens. Tout de suite.
- Tu dois te traiter pour le tétanos. - Non, c'est bon.
Si. Je vais t'emmener à l'hôpital, puis je te déposerai chez ta tante.
Je ne… Je ne vis pas chez ma tante.
Alors où habites-tu ?
- C'est tout ce que tu as ? - J'ai deux ou trois boites...
…dans le garage d'un cousin à Luján.
- Tu ne pouvais pas l'appeler ? - Non...
Il a 3 enfants et pas assez de place. Je ne voulais pas l'embêter.
C'est ok… ok.
- Tu auras une bonne place en mars ? - Oui, ils me l'ont promis, mais...
pourquoi le diraient-ils si c'est faux.
Demain je t'emmène à l'hôpital, tu vérifieras pour le tétanos.
- Martin. - Oui.
Je t'ai amené des livres si tu veux pendant ton temps libre.
Génial, merci.
Je me rappelle, je me rappelle...
Demain, je vais à Buenos Aires et je reviendrai le jour d'après.
Tu as des restes dans le frigo :
de la viande et des patates de l'autre jour.
- Sinon tu te cuis ce que tu veux. - Ok.
Tu t'occuperas de la maison ?
Je vais prendre un autre coca.
Excuse-moi, Martin.
Je vais laver des vêtements, je prends ça.
Ok.
Tu peux venir dans ma chambre quand tu auras fini ?
Oui.
- Eugenio ? - Je suis là. Entre.
Tu m'as demandé de venir ?
Oui.
Je t'ai amené des vêtements, regarde s'ils te vont.
Dans cette pile, j'en ai tellement.
Et je ne les mets jamais. Essaie-les.
Et essaie ça aussi. Si ça ne va pas, je peux l'échanger.
Ok.
Celle-là est vide.
Un ami qui tient un magasin me les a données gratos.
Je lui dirai quand je le verrai.
- Je l'essaie ? - Oui, essaie-le ici !
Il n'y a pas de problème, ne fais pas ta chochotte.
Tu écris quoi ?
Un livre.
D'habitude j'écris pour les journaux, des articles...
Mais là, j'écris un livre.
Comme une histoire ?
Oui… Un roman.
Et ça parle de quoi ?
C'est...
un père qui vit avec ses enfants sur un grand lopin de terre...
…dont il est propriétaire.
Et un jour...
sa plus jeune fille, âgée de 6 ans, commence à lui poser des questions.
Cette famille est très traditionnelle et personne ne parle à table,
sauf si le père l'autorise.
Et sa fillette commence à poser des questions qui surprennent son père.
Un jour, par exemple, elle demande
pourquoi sa terre lui appartient ?
Le père répond qu'il en a héritée.
Mais la petite demande comment les gens décident
de ce qui leur appartient d'un jour à l'autre.
C'est...
…un jeu entre le pouvoir du père et sa façon de voir les choses...
…et l'innocence et le communisme, en quelque sorte, de la fillette.
Le père ne sait pas d'où ça vient.
C'est une histoire sur le juste et l'injuste.
Mis d'un point de vue innocent, en essayant de comprendre.
Ces questions conduisent le père à voir sa fille comme un germe,
quelque chose qui pourrait le dévorer.
Le roman s'intitule 'Le germe".
C'est tout.
- C'est bien. - Hum.
Tu as soif ?
Merci.
On a lapidé un chat à mort, ici.
C'est vrai.
Je ne me souvenais pas que j'étais avec toi. Ça vient de me revenir.
Je me souvenais l'avoir fait avec un autre gosse, sous un pont.
Dès que je vois un chat mort, je revois ce chat battu.
Tu te souviens qu'on allait chasser avec mon père ?
Complètement.
Ton père disait à ma mère que nous allions pêcher.
- Oui. - Pour qu'elle ne s'inquiète pas.
Elle ne s'imaginait pas que 2 heures plus tard,
- on avait un fusil en main. - C'était un fusil à air comprimé.
- Vraiment ? - Oui, il est toujours là.
Si tu le vois, tu vas rire. Il est tout petit.
Tu avais 8 ans et tu te souviens d'un fusil, mais ç'en était pas un.
Non, mon père n'était pas si dingue.
On pouvait quand même se crever un œil.
On va nager ?
- On va jusqu'au pont ? - J'ai pas de maillot.
- Nage nu, je ne regarderai pas. - Non, c'est pas ça.
Allez, on y va.
On mange ?
Je sors.
Quoi ?
- Je peux ? - Attends.
Il est très vieux et le viseur est tordu.
Essaie...
- Sois prudent. - Oui.
Le viseur est tordu, hein ? Tu as visé à droite ou à gauche ?
Non, j'ai visé la boîte.
Voyons.
Et voilà.
Je vais le charger pour toi.
On fait un pari pour qui en touche le plus ?
Ok.
On parie quoi ?
Rien, juste pour savoir qui est le meilleur.
Ok.
- Quoi ? - Rien, rien.
- Quoi !? - Rien.
Allez, quoi ?
Combien d'années as-tu de plus que moi ?
Je ne sais pas, 2 ou 3 ans.
Je me souviens quand on était gamins...
que ton père avait donné à ma mère un lot de tes vêtements.
et j'ai passé tout l'hiver à porter un pull rouge.
avec marqué '"Eugenio" ici.
J'avais oublié ce pull !
Ma grand-mère l'avait tricoté et un pour mon frère et ma sœur aussi.
Le mien était le seul avec le nom complet.
Les autres disaient "Santi" et "Flor".
C'est vrai...
Je ne me souviens pas bien de tes frères et sœurs.
Normal, j'ai 2 ans de plus que toi, les autres sont encore plus vieux.
Flor de 5 ans et Santi 7.
C'est vrai.
Incroyable, je ne me souvenais même pas
comme mon père était formidable, toujours à aider les gens.
Il me manque.
Il est mort récemment ?
Il y a deux ans.
J'ai hérité de cette maison. Et mes oncles l'ont achetée
pour m'aider.
Mon frère et ma soeur voulaient l'argent,
moi, je ne voulais pas perdre la maison.
Mon oncle ne me l'a jamais dit, mais je sais
ce qu'il en est.
Quand il a su qu'on devait vendre, il l'a achetée lui-même.
- Doucement, les bras en arrière. - Comme ça ?
Le perdant devra donner quelque chose au vainqueur.
Donne-moi ton crucifix.
Non, c'est le cadeau d'une fille, à laquelle je tiens.
- Une petite amie ? - Non.
- Ok, tu me donne quoi, alors ? - Ce que tu veux.
Ok, tes lunettes.
Fils de pute ! T'es prêt ?
- Oui… Où est la ligne d'arrivée ? - À la fin.
- À 3 ? - Ok.
Un ?
Deux...
Non, ça ne compte pas.
Parce que mon cœur s'est emballé.
J'ai cru qu'il allait s'arrêter.
Comme une tachycardie ou de l'arythmie. Sens.
Sens comme il bat en décalé.
Comme décalé... Tu sens ?
Il est parfait.
Peut-être que c'était moi...
Mon dieu...
Hé, Martin.
J'en ai trouvé une autre.
Martin… Hé... Hé...
Martin...
Martin...
Hé, Martin...
Martin, j'en ai trouvé une autre.
Martin, j'en ai trouvé une autre.
Je vais rester ici un moment.
Un petit peu ici...
- Excuse-moi, Eugenio. - Oui.
- Je sors les ordures maintenant… - Je ne peux pas, Martin.
Pourquoi t'es pas venu avec les garçons ?
Nicolas a un anniversaire et Andres voulait venir...
"Oncle Eugenio par ci, Oncle Eugenio par là"...
- Pourquoi tu ne l'as pas amené ? - J'avais besoin de temps pour moi.
Je travaille non stop, ma tête va éclater.
Il te plaît.
Quoi ?
Tu lui as donné du travail parce qu'il te plaît. Tu me crois idiot ?
Tu vas faire quoi ? Le baiser et après lui dire :
"Désolé, je t'ai donné du boulot, parce que tu m'excitais".
Je devais l'aider. T'aurais fait pareil.
Tu veux être son petit ami ?
N'exagère pas, ça suffit.
- Il s'est passé quelque chose ? - Non !
Il sait ?
Que devais-je lui dire ?
"Je te donne du boulot, mais je suis gay.
Tu veux travailler ou pas ?"
Si tu le baises et que l'été s'achève, tu vas faire quoi ?
Tu vas l'emmener à Buenos Aires, dans une boutique Levi's...
Lui acheter des fringues… Puis l'emmener à Palermo
et l'entretenir ?
Ou tu l'envoies travailler sur un site de construction
et tu l'attends à 18 heures avec du thé chaud ?
Arrête !
Assez...
Je vais chercher de la glace.
On boira un verre, je dois partir à 7 heures.
Ok.
Par ici...
- C'est bon ? - Oui.
Je continue ?
Oh, désolé.
Hé, fais attention avec ça.
Quoi ?
- On doit acheter de l'eau de javel. - Je te donnerai de l'argent.
- Martin. - Oui.
Le poison que tu as acheté l'autre jour...
Celui que tu as utilisé dans la pièce à côté du grill. Il en reste ou non ?
Il en reste plein. Il faut le mélanger avec de l'eau.
- J'en ai utilisé qu'un tiers. - Oh.
Je peux laver mes vêtements, ici ?
- Oui. - Sûr ?
- Oui, sûr. - C'est pas un problème ?
- C'est pas grave, sinon. - Non.
Le poison est à côté de la petite pièce où sont les tuiles.
Je vais regarder.
Tu vois ?
- Tu vois comme ça tombe ? - Oui.
Tu dois faire ça jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus.
- parce que ça bloque la lumière... - Ok.
D'un coté à l'autre, puis les balayer.
Ç'en est plein. C'est toujours rempli de feuilles.
Elles ne tombent jamais, alors quand ça commence...
Arrête.
- Attends, attends… - Quel est le problème ?
- Rien, j'ai… - Ça va ?
Oui, mais j'ai...
- Je ne peux plus l'ouvrir. - Attends, je regarde. Ne bouge pas.
Ouvre-le doucement.
- Souffle. - Non, non… voilà.
- Là, tu vois ? - C'était tout petit.
- Tu es couvert de feuilles. - C'est horrible, comme il y en a.
Beaucoup.
Tu en as aussi...
Non, non, non...
Non, non.
Quoi ? C'est à cause des dessins ?
"20.000 lieues sous les mers"
Ananas...
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